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2 novembre 2021 2 02 /11 /novembre /2021 17:48


Studio de Meudon, avril 2021.

Camille Productions/Socadisc.
Sortie le 5 novembre.

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Ce duo entre un pianiste et un guitariste mérite une attention particulière. Le premier, Pierre Christophe, a écrit pour cette rencontre avec le second, Hugo Lippi. Ils se connaissent depuis quelque 25 ans et partagent entre autres d’avoir décroché le prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz (Pierre en 2007, Hugo en 2019). Pierre Christophe « apporte un soin infini au choix des tonalités et aux tessitures… Il faudra considérer ce duo comme un tout, un orchestre de chambre », relève dans le livret Daniel Yvinec.

 

Ici point d’effets mais une écoute réciproque sur des compositions originales sollicitant le monde du jazz (Duke Ellington), du classique (Ravel), de la bossa nova (Carlos Jobim), de la pop (Paul McCartney).

En disciple de Jaki Byard, dont il suivit l’enseignement particulier à New-York et qu’il honora dans deux albums (Byard by Us , Black & Blue et Live at Smalls, Camille Productions), Pierre Christophe nous offre une palette encyclopédique du piano (jeu et composition).

 

Quant à Hugo Lippi, aux guitares (acoustique et électrique), il nous suffit de rappeler le jugement que portait à son égard son confrère (aujourd’hui disparu) Marc Fosset : « Le guitariste René Thomas, aurait particulièrement apprécié la finesse, l’humour et le feeling d’Hugo ».

 Un album à écouter (et réécouter) pour en saisir toutes les subtilités.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

Pierre Christophe et Hugo Lippi seront en showcase le  21 novembre à 15 heures à la Seine Musicale (au Club Jazz) à Boulogne-Billancourt (92) pour le salon Musicora  et en concert le 1er décembre au Duc des Lombards (75001).

 

©photo Zoé Forget.

 

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31 octobre 2021 7 31 /10 /octobre /2021 21:31

Craig Taborn (piano)

Vienne (Autriche), 2 mars 2020

ECM 2693 / Universal

 

Dix ans après le disque «Avenging Angel», enregistré en studio pour le même label, le pianiste revient avec un enregistrement de concert dans la prestigieuse Konzerthaus de Vienne. Je l'avais plusieurs fois écouté sur scène en sideman, mais je garde un souvenir ému de deux prestations solistes : en 2017 au festival Sons d'Hiver, en première partie d'Amina Claudine Myers, et en 2019 pour Jazz à Vienne (France cette fois.....) où, dans une soiré pilotée par John Zorn, il avait durant quinze minutes atomisé en solo un thème du saxophoniste-compositeur, qui était aussi le Monsieur Loyal de cet hommage... à la musique de Zorn. Et ce disque ravive les émerveillements passés : cette faculté de partir d'un élément que l'on jurerait peu orienté, presque indécis, et de nous embarquer par son imagination de l'instant dans son imaginaire le plus profond, le plus inattendu, et le plus constamment renouvelé. La musique suit son cours, introspective, mais aussi souvent folle (en apparence), et se construit ainsi, au fil du disque (et du concert, s'il nous est restitué dans sa chronologie), une forme mouvante qui semble inexorablement se diriger vers un point de cohérence qui ne serait pas un point de clôture (car il s'agirait d'une forme ouverte). Fascinant, jouissif, d'un niveau musical et pianistique hallucinant. Bref formidable, et même plus que cela !

Xavier Prévost

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Craig Taborn est en tournée européenne, en trio. Il sera le 4 novembre à Genève (AMR), le 7 à Brest (Plages Magnétiques), le 12 à Strasbourg (festival Jazzdor), et le 13 à Bruxelles (Flagey)

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26 octobre 2021 2 26 /10 /octobre /2021 17:05

Jon Irabagon (saxophones ténor & piccolo, clarinette alto), Joe Fonda (contrebasse), Barry Altschul (batterie)

tournée européenne, printemps 2019

Not Two Records MW 1012 / https://www.nottwo.com/mw1012

 

Des retrouvailles (très attendues) avec un trio d'une vivacité presque effervescente. Un trio qui nous avait déjà tourneboulé avec un disque enregistré cinq ans plus tôt (chronique en suivant ce lien). La pulsation, irrépressible, ne produit nulle frénésie ostentatoire, aucun effet surjoué, aucune expressivité feinte : rien qu'un engagement musical, de corps et d'esprit, qui nous entraîne vers une folle énergie, une créativité débridée qui s'insère dans les lois de cette musique pour mieux les déjouer. Et ce mode de fonctionnement, musical et esthétique, vaut pour chacun des trois membres du trio. On part d'un thème de jazz, cursif comme un chorus sur un standard up tempo. Puis, d'une plage à l'autre, la transgression s'installe, la liberté tend à prévaloir sans qu'il s'agisse d'un déni de l'idiome originel, mais plutôt de la sublimation d'un langage. C'est chaud comme un concert de Sonny Rollins, libre comme une aventure de free jazz. Vient une ballade, à la clarinette alto, lyrique en diable, puis la liberté gagne à nouveau, jusqu'au solo de batterie conclusif. Un pur régal.

Xavier Prévost

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23 octobre 2021 6 23 /10 /octobre /2021 14:24

Samuel Blaser (trombone), Marc Ducret (guitare)

Loguivy-Plougras (Côtes-d'Armor), 11 mars 2019

Jazzdor Series 11 / l'autre distribution

 

Retour au disque d'un duo qui se pratique de longtemps (un premier disque, enregistré en 2013, a paru en 2020 : chronique en suivant ce lien). Le répertoire est différent de ce précédent CD, mais on y retrouve des bribes de thèmes joués dans de récents concerts. Et toujours cette sensation d'évidence, de spontanéité, de connivence immédiate ; c'est un concentré d'intelligence musicale, indissociable d'un engagement de tout le corps dans la musique pour l'un comme pour l'autre. Parfois le thème surgit d'un unisson très précis, trace d'une composition soigneusement élaborée. Parfois au contraire c'est un son, un timbre, une impulsion, un accord, un trait ou un phrase chargée d'expressivité qui vont donner le signal d'une déambulation si fluide qu'elle paraît totalement concertée, alors qu'elle résulte d'une invention immédiate par une communication quasi télépathique entre les deux musiciens. Les lignes, qu'elles soient écrites ou improvisées, sont d'une liberté fascinante, échappant quand ça leur chante à l'univers tonal, et se promenant aussi parfois dans ces évidences mélodiques familières des musiques les plus populaires. Ce paysage sonore, qui est en même temps une œuvre musicale à part entière, semble surgir par magie. C'est frappant dès le premier thème, The Beekeeper, de la plume du tromboniste, amené en introduction par une escapade assez vertigineuse du guitariste. Le titre suivant, Des états lumineux, signé Marc Ducret, paraît procéder d'une autre démarche. En fait c'est le même processus qui est en jeu : écoute, action, interaction. Et ce jeu se poursuit, évolue, de plage en plage, procédant toujours, semble-t-il, de son alchimie fondatrice. Fascinant, de bout en bout.

Xavier Prévost 

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18 octobre 2021 1 18 /10 /octobre /2021 08:26
​​​​​​​BACK TO BASICS 2     THOMAS CLAUSEN TRIO

BACK TO BASICS 2 THOMAS CLAUSEN TRIO

Label STUNT RECORDS/UVM

 

On retrouve le contrebassiste Thomas FONNESBAEK cette fois en trio, celui du pianiste danois THOMAS CLAUSEN, un des musiciens les plus reconnus dans son pays; s’il n’est plus à présenter dans le royaume nordique, précisons pour le public français que ce pianiste qui a expérimenté tous les genres, vécu toutes les formules, du big band à la musique de chambre, sans oublier les choeurs et la comédie musicale, aime passionnément les trios (un premier remarquable avec Henning Orsted Petersen et Aage Tangaard dans les années 80). Il en est à son quatrième et ce, depuis 2006, quand il fit appel à Thomas Fonnesbaek et au batteur Karsten Bagge pour un premier album consacré aux standards, dont le titre suffisamment explicite est Back to BasisIl revient à ce répertoire de valeurs sûres en 2021 avec Back to Basis 2, enregistré pendant le confinement, sans public dans les studios MillFactory, à Copenhagen, dans les conditions d’un concert sans public mais avec un soin particulier apporté au son. Si ce très bel album n’est en aucun cas révolutionnaire, le jazz “classique” que l’on entend est de la plus belle facture. Du jazz dont la spontanéité (chaque piste est une première prise ) est captée sur un grand piano Steinway D et l’on entend chaque note chanter. 

Le résultat est éblouissant : plus d’une heure de musique élégante, qui revisite avec intelligence ces standards. Rien de plus difficile que de reprendre ces thèmes éternels, constitutifs de cette musique, avec humilité, en oubliant les versions majeures déjà enregistrées qui ont sculpté notre oreille et fait notre apprentissage?. Non seulement ça sonne avec ce trio mais ça swingue, les trois complices réalisant la synthèse de diverses influences. Le pianiste aime chanter et cela se sent : il a les paroles dans l’oreille et se sert de cette connaissance pour donner du sens à son interprétation. On entend aussi bien Debussy qu’Ellington sous ses doigts et bien évidemment Bill Evans. Quand on aime ce pianiste, comment ne pa être sensible aux versions délicates de Thomas Clausen qui a retenu la leçon du maître et sait en un ressassement travaillé et spontané, diriger l’improvisation du trio. Il laisse d’ailleurs à son contrebassiste toute liberté. Et si on avait apprécié les qualités de ses arrangements avec la chanteuse Sinne EEG dans Staying in touch, toujours sur le label classieux Stunt Records, on écoutera avec intérêt sa façon de faire sonner sa contrebasse.

Un trio équilibré et subtil qui laisse de l’espace dans l’interprétation de ces thèmes chéris qui débutent par l’impeccable “Just one of these things” du grand Irving Berlin. Comment ne pas être sensible aux notes de pochette qui détaillent les commentaires précis et inspirants du pianiste? Sa version de base est celle de Sinatra, la voix toujours en majesté, la façon de sculpter les mots et d’étirer le temps. Il semble que Thomas Clausen ait tout compris de l’art du trio en piano jazz et des standards. Et si on apprécie sa version “latine” de “Nature Boy”, on est attaché au merveilleux thème mélancolique de Bronislaw Kaper, grand compositeur de musiques de films hollywoodiens, créé pour ce mélo de George Cukor assez méconnu A life of her own, de 1950 avec Lana Turner et Ray Milland. Il en fait un blues, joue beaucoup de la main gauche et change les couleurs de la partie de contrebasse. Ou comment s’adapter merveilleusement à une musique quand on en a saisi le sens.

 

Sophie Chambon

 

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17 octobre 2021 7 17 /10 /octobre /2021 18:01
STAYING IN TOUCH  SINNE EEG & THOMAS FONNESBAEK

STAYING IN TOUCH SINNE EEG & THOMAS FONNESBAEK

STUNT RECORDS/UVM

Take Five - YouTube

Just One of Those Things - YouTube

 

On retrouve avec plaisir le couple formé par la chanteuse danoise Sinne EEG et le contrebassiste Thomas FONNESBAEK depuis leur premier album en 2015 : cette configuration piano/contrebasse, plus originale que celle formée par piano/voix, réduite à l’essentiel, fonctionne très bien. On pense au duo italien de Musica Nuda (Petra Magoni et Ferruccio Spinetti) qui opérait plus dans le registre de la pop et de la variété, mais le répertoire des Danois est éclectique : ils reprennent avec goût des standards éternels de Cole Porter et Irving Berlin, le “Take Five” de Brubeck, “Round Midnight”, ils n’hésitent pas donner leur version épurée de “The long and Winding road” des Beatles ni “The Dry cleaner from Des Moines de Joni Mitchell et Mingus, sans oublier leurs propres compositions, des originaux du contrebassiste ou de la chanteuse “Spring Waltz” et “Streets of Berlin”. On sent bien que le plaisir de chanter de belles mélodies les anime tous deux; ils ne rechignent pas un certain luxe, en faisant appel à un quatuor à cordes pour étoffer trois des onze titres de l’album.

Leur entente est plus que cordiale, ce format exigeant un accord parfait, le résultat produit une grande liberté. La chanteuse danoise est devenue une star: la “sirène” de Copenhagen met dans son interprétation un naturel assez remarquable : elle chante sans forcer sa voix de velours, avec un bel ambitus, une aisance certaine pour distiller des effluves pop ou rester dans un jazz intimiste : un timbre chaud et rond, une énonciation parfaite, un swing qui ne trompe pas, une aisance dans le scat et un certain goût pour oser reprendre à sa façon sans imiter, même si elle a écouté les divas du jazz vocal, notamment Sarah Vaughan (“How deep is the ocean?”). Ainsi Just one of these things” de Cole Porter est pris à un tempo ultra-rapide, s’écartant des versions sculptées, étirées de Sinatra ou Billie Holiday. Son complice, des plus fiables, lui sert un accompagnement précis et précieux, il est pour beaucoup dans le charme de cet album aux nuances délicates. Staying in touch leur a réussi, qu’ils continuent leur collaboration est tout ce qu’on leur souhaite.

 

Sophie Chambon

 

 

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15 octobre 2021 5 15 /10 /octobre /2021 15:21

Rogue Art est décidément un label irremplaçable, en cela qu'il ouvre son catalogue à des propositions artistiques d'une radicale singularité, à l'écart des courants dominants, mais aussi de chapelles parfois recluses dans une exclusive un brin sectaire.

STÉPHANE PAYEN, INGRID LAUBROCK, CHRIS TORDINI, TOM RAINEY «All Set»

Stéphane Payen (saxophone alto droit), Ingrid Laubrock (saxophone ténor), Chris Tordini (contrebasse), Tom Rainey (batterie)

Pernes-les Fontaines, 12-13 mai 2019

RogueArt ROG-0105 / https://roguart.com/product/all-set/174

 

La publication de ce disque marque l'aboutissement d'une œuvre qui avait vu le jour en 2019, avec une série de concerts (Paris, Lille, Strasbourg, Avignon....), et fut enregistrée en fin de tournée. Une œuvre inspirée par All Set, composition de Milton Babbitt créée en 1957 au très innovant festival de Brandeis University (festival fondé par Leonard Bernstein en 1952) sous la houlette de George Russell et Günther Schuller, avec notamment Bill evans au piano. L'instrumentation est différente, ce n'est pas un arrangement de la musique de Milton Babbitt mais une interprétation de sa démarche, laquelle était empreinte d'une liberté tonale qui, en 1957, n'était pas encore le quotidien du jazz. Des compositions alternées de Stéphane Payen et Ingrid Laubrock, et une formidable liberté musicale dans un cadre balisé par un puissant désir d'ailleurs musical, font de cette œuvre, et de ce disque, une proposition esthétique tournée vers le futur, déjà advenu.

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un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=Y5YDmiZqaiI&t=1s

WILLIAM PARKER-MATTHEW SHIPP «Re-Union»

William Parker (contrebasse), Matthew Shipp (piano)

Malakoff, 3 février 2019

RogueArt ROG-0111 / https://roguart.com/product/re-union/179

 

Plus de vingt après leur rencontre en trio avec Rob Brown («Magnetism», 1999), William Parker et Matthew Shipp se réunissent pour ce duo qui parcourt toutes les facettes du jazz, dans ses sources les plus ardentes, comme dans ses aventures les plus folles. Le décollage se fait en douceur, mais déjà dans des lignes tendues, mélodiquement comme rythmiquement se font jour. Le couleur est clairement annoncée, celle de l'aventure et de la liberté. La musique coule de source, comme un chemin qui serait à notre oreille presque naturel, cohérent jusque dans ses surprises et se détours. Plus que vivant, vital, animé de cette énergie qui serait le sel de notre humanité.

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un avant-ouïr verbal sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=nAm5RYTkivY&t=2s

JUDSON TRIO : JOËLLE LÉANDRE, MAT MANERI, GERALD CLEAVER «Light and Dance»

Joëlle Léandre (contrebasse), Mat Maneri (violon alto), Gerald Cleaver (batterie, percussions)

Montreuil, 22 janvier ; Paris, 25 janvier ; Malakoff 27 janvier 2020

double CD RogueArt ROG-0112 / https://roguart.com/product/light-and-dance/180

 

Cinq ans après un concert à la Judson Church de New York pour le Vision Festival, et le 33 tours «An Air of Unreality» (RogueArt-0073), le trio s'était retrouvé avant le premier confinement pour des concerts, à Montreuil aux Instants Chavirés, puis à Paris au 19 rue Paul Fort, et enfin pour une séance d'enregistrement au Studio Sextan. La musique est tendue par l'urgence, et progresse par élans successifs, jusqu'à ce que l'un ou l'une des protagonistes lance un trait, un son, presque un souffle bien qu'il n'y ait pas d'instrument à vent. C'est un peu comme Le jardin aux sentiers qui bifurquent de Borges, un labyrinthe infini où l'on se perd avec délices, mais en prenant chaque fois un nouveau cap aussi mystérieux qu'hypothétique. Tout le contraire d'une œuvre close : une œuvre ouverte sur l'infini de ses métamorphoses. Le miracle permanent de l'improvisation, quand elle est pratiquée par des orfèvres.

Xavier Prévost

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un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=vsYI3gUdovE&t=8s

https://www.youtube.com/watch?v=vsYI3gUdovE&t=3s

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14 octobre 2021 4 14 /10 /octobre /2021 09:31

Thomas Curbillon (chant et guitare), Eric Legnini (piano, Fender Rhodes), Thomas Bramerie (contrebasse), Antoine Paganotti (batterie), Stéphane Belmondo (trompette, bugle), Pierre Bertrand (arrangements, saxophones, flûte), Stéphane Chausse (saxophone alto, clarinette), Michel Feugère (trompette), Philippe Georges (trombone), Daniel Yvinec (réalisation). Studios Libretto et Durango.

Jazz & People / Pias.
Paru le 24 septembre.

 

Le milieu de la musique -et tout spécialement du jazz- n’a guère de secrets pour Thomas Curbillon que ce soit les maisons de disques, la radio (programmateur à FIP), ou la scène. Mais le guitariste et chanteur ne s’était pas encore aventuré dans la création d’un album. Les choix opérés pour ce premier disque se révèlent audacieux, la langue française comme véhicule et pour la plupart des morceaux retenus des compositions personnelles.

La barre est mise à bonne hauteur. Pour cette ascension, Thomas Curbillon a mobilisé une équipe d’excellence chez les interprètes (Eric Legnini, Thomas Bramerie, Stéphane Belmondo entre autres) sous la houlette d’un maître de l’arrangement, Pierre Bertrand et d’un expert en réalisation, Daniel Yvinec. Du travail soigné, élégant, gorgé de swing et de sensibilité, propre à séduire fans de jazz et amoureux de la chanson française. Certains, parmi les « anciens », y trouveront une filiation avec deux « vedettes » qui mariaient avec bonheur jazz et chanson, Sacha Distel (pour la partie instrumentale) et Henri Salvador (pour l’exercice vocal), notamment dans une reprise de Petite Fleur, énorme tube de Sidney Bechet qui bénéficia des textes d’un orfèvre, Fernand Bonifay (1920-1993).

 

Teaser

 

Pas question de regarder seulement dans le rétroviseur. On apprécie la petite musique personnelle signée par Thomas Curbillon et sa parolière Gaëlle Renard. Avec « Place Ste Opportune », référence au lieu central de la scène jazzistique des Halles, le guitariste-chanteur(de charme) nous offre un album des plus plaisants.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

Thomas Curbillon sera en concert de présentation de l’album le 28 octobre au Bal Blomet (75015).et le 8 décembre à Cenon (33) au Rocher de Palmer.

 

©photo Anabelle Tiaffay.

 

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13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 17:49

 

«The Workshop 4, In and Out»

Stéphane Payen (saxophone alto sax, percussions, compositions), Olivier Laisney (trompette), Sylvain Debaisieux (saxophone ténor, Bo Van Der Werf (saxophone baryton), Tam De Villiers (guitare), Jim Hart (vibraphone), Guillaume Ruelland (guitare basse), Vincent Sauve (batterie)
Malakoff (France), octobre 2020.

Onze Heures Onze ONZ042 / Absilone 

 http://www.stephanepayen.com/?page_id=1951

«The Workshop 5, Extensions»

Stéphane Payen (saxophone alto, compositions), Olivier Laisney (trompette), Bo Van der Werf (saxophone baryton), Guillaume Ruelland (guitare basse), Vincent Sauve (batterie)
invités : Nelson Veras (guitare), Sylvain Debaisieux (saxophone ténor), Tam De Villiers (guitare), Jim Hart (vibraphone), Thibault Perriard (batterie)
Villetaneuse, 2018 & Malakoff, octobre 2020

Onze Heures Onze ONZ044 / Absilone

 http://www.stephanepayen.com/?page_id=1959

 

Stéphane Payen poursuit sa route avec cet atelier actif depuis 10 ans, et qui s'est étoffé au fil du temps. La densité musicale et la créativité ne se sont jamais démenties, et la musique se développe, entre vibrante pulsation (constamment animée de tensions rythmiques effervescentes) et inspiration des solistes-partenaires, toujours très bien choisis, et manifestement totalement impliqués dans l'esthétique en œuvre. L'un des petits miracles réside dans cette faculté de combiner la complexité et le lyrisme. Le contraste qui existe entre le flux obsédant de la plupart des plages du volume 4, et le solo de vibraphone conclusif, avec des sons épars et réverbérés qui peuplent progressivement l'espace sonore, dit assez l'étendue du champ esthétique abordé avec une pertinence à hauteur des ambitions affirmées.

Le volume 5, passée la première plage 'clin d'œil', ainsi titrée, replonge dans les vertiges rythmiques, en poussant plus loin le bouchon peut-être, sans se priver de libre déambulations dans l'espace improvisé et/ou expressif. Avec aussi une balade furtive du côté de la musique médiévale, bientôt métamorphosée en musique du 21ème siècle. Décidément Stéphane Payen n'en finira pas de nous étonner. Et de nous réjouir aussi.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=DiELIyRIOx8

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12 octobre 2021 2 12 /10 /octobre /2021 17:24
FREDERIC ADRIAN      NINA SIMONE

FREDERIC ADRIAN

NINA SIMONE

LE MOT ET LE RESTE

Musiques (lemotetlereste.com)

Nina Simone (lemotetlereste.com)

A voir le nombre de critiques de la biographie de Frédéric Adrian, on mesure, près de vingt ans après sa disparition, survenue en avril 2003, la fascination qu’exerce toujours Nina Simone. A quel point Eunice Waymon contribua à forger sa légende, à devenir ce personnage tragique, cette figure iconique de la communauté afro-américaine, c’est ce que montre ce spécialiste de la Great Black Music, dans son Nina Simone, paru aux excellentes éditions marseillaises Le Mot et le ResteL’originalité de ce travail est de ne pas imprimer la légende justement mais de donner à lire un récit au-delà du mythe, de s’en tenir aux faits et aux dates, à toutes les parutions critiques lors des concerts, tournées, sorties de disques. Un travail d’archiviste-chercheur qui démêle le vrai du faux, raconte à partir de plus de mille cinq cents coupures de presse, la vie tragique de cette diva, extravagante, colérique, blessée par le racisme dès son plus jeune âge. Sans se laisser trop influencer par ce que l’on sait d’elle ni sur ses dernières années, navrantes à plus d’un titre. Oublier le mythe, les réactions imprévisibles d’un phénomène qu’on venait voir, attendant l’incident, la crise comme avec Judy Garland ou même l’actrice Vivien Leigh.

L’auteur s’est appuyé sur une documentation sérieuse, une bibliographie copieuse en anglais dont la propre autobiographie de Nina Simone I put a spell on you, parue en 1992, évitant l’écueil d’une vision trop personnelle privilégiant un angle particulier, musique ou vie privée avec anecdotes croustillantes, scandales et autres caprices de la diva. Il ne raconte pas la vie de Nina Simone telle qu’on l’imagine, il n’écrit pas de roman même si, par bien des aspects, sa vie fut un roman, de sa jeunesse dans le sud ségrégationniste à ses dernières années en France à Carry le Rouet, près de Marseille. On reste au plus près de la femme, pas du personnage, restituant la vitalité extraordinaire, le caractère bien trempé, les aspirations spirituelles, mais aussi la mélancolie, la déraison, la conviction que sa couleur et son sexe avaient été ses malédictions.

Les 231 pages se lisent d’un trait, pris au piège dès la première phrase, acte de (re)naissance de la musicienne: “ Nina Simone est née en juin 1954 dans un petit club d’Atlantic City, le Midtown Bar”. Un événement qui fera basculer toute sa vie, car “ce soir là, c’est toute l’histoire musicale de Nina, qui se confond à peu de chose près avec sa vie, qui coule sous ses doigts”. Tout est dit, le malentendu commence. Elle fut reconnue souvent pour une musique qu’elle méprisait. Consciente de sa valeur et de son talent, elle n’arriva jamais à se satisfaire de l’écart entre ce qu’elle aurait souhaité et ce qu’elle obtint. Signe de ce besoin éperdu de reconnaissance, elle reçut (ironie cruelle), un jour avant sa mort, le diplôme de Docteur du prestigieux Curtis Institute de Philadelphie ( Bernstein en est issu) qui décida de son sort, cinquante ans auparavant, en 1951, en la recalant au concours d’entrée, par pur racisme; elle aurait pu alors réaliser son voeu le plus cher, devenir la première pianiste concertiste noire classique, elle qui avait travaillé avec acharnement pour réussir. Cette blessure originelle, cet épisode fondateur allaient marquer sa vie professionnelle et privée. Elle n’aurait pas pris cette orientation musicale devenant une diva de la soul, une reine du blues avec une telle rage au coeur, comparable à celle de Mingus. Difficile d’avaler ces humiliations, de dire adieu au classique (elle garda toujours une place particulière pour sa triade Bach, Debussy, Chopin). Pourtant le succès vient vite sur scène et dans les festivals, elle triompha très vite à l’Apollo de Harlem, au Town Hall de Manhattan puis à Carnegie Hall, défiant les classifications faciles. Elle était inclassable en effet mais reconnaissable dès la première note comme Ray Charles ou Stevie Wonder : une voix unique, écorchée, rauque et un jeu de piano perlé, subtil, baroque avec des marches harmoniques, des trilles.

Incisif, passionnant, ce livre à l’écriture simple et fluide, est l’histoire d’une vocation contrariée qui donnera l’une des carrières les plus singulières. Clarifiant les points délicats d’une vie tourmentée toujours au bord de la chute, déjouant toute caricature, c'est une vraie entreprise de démolition de tous les clichés, au fil de pages qui dessinent le portrait en creux d’une icône du mouvement des Droits civiques autant qu’une femme en prise à sa bipolarité (qu’on ne nommait pas ainsi à l’époque) et à son alcoolisme. Si elle fait du jazz, c’est à sa manière. Reine de la soul, épinglée malgré elle par toute une époque pour son engagement qu’elle ne voulait pas non-violent, même si elle admirait Martin Luther King. Elle chantera Why? ( The King of love is dead) au lendemain de sa mort. Quant à Ain’t go, I got life, cette chanson, reprise de la comédie Hair, elle se l’appropria complètement, elle, l’Afro-américaine  toujours rebelle qui prit en main sa carrière, devenant une figure du Black Power. On ne peut écouter sans être ému son Mississipi “Goddam” censuré dans son titre même, pour le terme grossier( !) de goddam (“putain”) après l’assassinat du militant Medgar Evers à Jackson (Mississipi) et des quatre fillettes de Birmingham (Alabama) qui allait inspirer à John Coltrane, dans un autre style, son poignant Alabama.

A la fin du livre, on comprend mieux les errances d’une formidable artiste qui ne fut jamais heureuse dans sa vie personnelle, jamais satisfaite de son parcours artistique. La colère caractérise sa personnalité, la plupart des chansons qu’elle a écrites ou reprises expriment sans ambiguïté ce sentiment d’injustice intolérable quand on est “young, gifted and black”, titre qui aurait dû devenir l’hymne noir américain, d’après l’ amie, écrivaine et activiste Lorraine Hansberry, morte prématurément. Cette composition deviendra néanmoins le premier classique de la chanteuse. Autre titre révélateur Don’t let me be misunderstood

Si elle attaqua régulièrement l’industrie musicale, les maisons de disques qui la spoliaient (“J’ai fait trente cinq albums, ils en ont piraté soixante dix), si elle découragea souvent les bonnes volontés autour d’elle, le public lui conserva une certaine affection jusqu’à la fin. Alors que son répertoire fut peu repris de son vivant, la jeune génération s’est emparée des chansons de la grande "prêtresse de la soul", lui rendant des hommages sur scène ou en disques. Peut être serait elle apaisée de savoir que l’on parle toujours d’elle et que l’on joue sa musique.

Dernier point, non négligeable, elle peut figurer dans une histoire du jazz, auprès de Billie Holiday qu'elle rejetait tout en l’admirant sans doute. Michel-Claude Jalard ne s’y était pas trompé, au festival d’Antibes Juan-les-Pins en 1965 : Nul ne pourrait nier pourtant que Nina n’ait créé le plus grand choc émotif du festival : c’est que depuis Billie Holiday, dont elle reprit, le fameux Strange fruit, Nina Simone est sans doute la chanteuse la plus bouleversante de l’histoire du jazz, une de celles chez qui l’art se confond le plus naturellement avec un expressionnisme tragique, résigné chez Lady Day, révolté chez Nina.”

Ce n’est pas l’un des moindres mérites de la biographie de Frédéric Adrian que de citer de larges extraits des grandes plumes de l’époque, les Lucien Malson, Maurice Cullaz et autres chroniqueurs au Monde, Jazz Magazine ou Jazz Hot, secouant présent et passé dans notre mémoire à la façon d’un shaker.

 

Sophie Chambon

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