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2 septembre 2025 2 02 /09 /septembre /2025 17:25

Après «Shakkei», publié en début d’année, et chroniqué ici, Alexandra Grimal a fait paraître ces derniers mois quatre autres enregistrements, accessibles via bandcamp

https://alexandragrimal.bandcamp.com/

«Nekosphere», un solo du guitariste Didier Aschour sur une composition d’Alexandra Grimal, enregistré en 2022 : méditatif, abstrait et mystérieux….

«Souffler sur les nuages en attendant le printemps - climatologie d'une cabane en hiver», inspiré par 31 haïkus d’hiver, composition pour chœur mixte enregistrée en 2024 à l’Abbaye de Fontevraud par l’Institut Musical de Vendée (direction Odile Amosse), la Maîtrise des Pays de la Loire (direction Pierre-Louis Bonamy), et la Maîtrise de la cathédrale de Nantes (direction Julien Buis). Au total un centaine de vocalistes, pour une œuvre en courtes séquences successives où les langages du chœur, toutes époques confondues, s’épanouissent avec une force expressive sans pareille.

«La Ronde», version pour quatre cloches d’une pièce pour six cloches, commandée en 2023 par l’Abbaye de Fontevraud, et enregistrée en ce lieu en 2024 : insondable mystère des sons épars, comme venus d’ailleurs.

 

Et enfin «Interspaces», solo de saxophone d’Alexandra Grimal, enregistré en juillet et publié tout récemment. Ici les harmoniques du soprano ouvrent encore des champs (et des chants) insoupçonnés

https://www.youtube.com/watch?v=adMKqnVSn3s

Le tout chaque fois enregistré par l’irremplaçable Céline Grangey, qui excelle dans l’art de magnifier la musique en restituant le son. Et une fois encore la diversité d’inspirations, de pratiques et de nomenclatures révèle avec constance la richesse de l’univers musical de la compositrice, de la saxophoniste (et aussi improvisatrice) : une musicienne qui n’en a pas fini de nous surprendre par l’étendue de son Art musical.

Xavier Prévost

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2 septembre 2025 2 02 /09 /septembre /2025 11:48

Naïve 2025    

                                                                  

Nate Smith (compos, dirc, dms) + au gré des morceaux, feat : Josh Johnson (sax), Jswiss, Marquis Hill (tp), Lala Hathaway (vc), Lionel Loueke (g), Michael League (b), Säje (vc), Kiefer (rhodes), Carrtoons (b), Ben Williams (b), Jermaine Holmes (vc), Charlie Hunter (g, b), DJ Harrisson (rhodes)

 

Gros coup de cœur pour cet album de rentrée, du batteur américain Nate Smith.

Avec « live- action », le batteur de Pat Metheny ou de Norah Jones (entre autres) se promène dans un ambiant jazz hyper léché ( certains diront « hyper produit ») où règne en maître une sorte de groove suave porté par des voix superbes. Tout cela entre mélodies, rap et scansions.

Nate Smith qui signe les compositions s’éloigne certes du jazz pour privilégier une approche nettement plus commerciale, à l’instar de beaucoup de talentueux jazzmen (et women) de l’autre côté de l’Atlantique qui ne cessent de lui tourner le dos.

Mais qu’importe. Finalement cet easy listening, on le savoure sans même éprouver la moindre culpabilité, tout simplement parce que ça passe tout seul. Crème !

Nate Smith s’entoure de ce qui se fait de mieux dans la pop culture américaine à l’image de Lala Hathaway (la fille de son père, Donny, auréolée de 5 grammy’s) qui vient prêter sa voix sublime sur un titre (Automatic). Ou encore Charlie Hunter, le guitariste à huit cordes de la néo-soul. Marquis Hill, le trompettiste de l’Illinois, très en vue aux IS est aussi de l’affaire.

Il y a certes un peu de name dropping dans cet album mais (et c’est tout le talent de Nate Smith), sans jamais perdre en cohérence.

Il le dit lui-même, cet album « était une façon d’activer toutes ces relations que j’ai construites ces cinq dernières années »

Entièrement enregistre en live , il a été réalisé en utilisant chaque fois les mêmes instruments. Ce qui contribue justement à cette homogénéité.

Au final, un album rond, un peu mou mais aussi velouté et sucré. Dans lequel on aime, finalement s’y prélasser.

Jean-Marc Gelin

 

                                                     

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12 août 2025 2 12 /08 /août /2025 16:14

Orchestre National de Jazz & Ensemble Intercontemporain
direction : Frédéric Maurin

Alain Billard
(clarinette, clarinettes basse & contrebasse),
Catherine Delaunay (clarinettes), Julien Soro (saxophone alto), Christiane Bopp (trombone), Fanny Meteier (tuba), Valeria Kafelnikov (harpe), Bruno Ruder (piano), Samuel Favre & Aurélien Gignoux (percussions), Rafaël Koerner (batterie), Jeanne-Marie Conquer (violon), Guillaume Roy (alto), Renaud Déjardin (violoncelle), Sarah Murcia (contrebasse)

Châlons-en-Champagne, 18 octobre 2024

ONJ Records 524444 / l’autre distribution

https://shop.onj.org/produit/jeux/

Sorti en catimini fin juin (et disponible uniquement en téléchargement numérique - suivre le lien ci-dessus), c’est l’enregistrement de la rencontre entre les solistes de deux ensembles engagés dans la création musicale sous deux bannières distinctes, mais qui se retrouvent sur le terreau commun du désir d’horizons neufs. Le disque a été enregistré en public, lors de la création, à La Comète, scène nationale. Le répertoire est signé Sofia Avramidou, Andy Emler & Frédéric Maurin. Ce même programme avait été donné trois mois plus tard au Conservatoire Pina Bausch de Montreuil-sous-Bois. Et c’est l’ultime projet ONJ de Frédéric Maurin qui cède la place, à la tête de l’orchestre, à la flûtiste et compositrice Sylvaine Hélary (premiers concerts en septembre)

La musique consiste en quatre suites à l’intérieur desquelles les compositions s’enchaînent avec fluidité, même si elles sont issues de différents langages. Mais tout commence par une improvisation collective, laquelle débouchera de manière très naturelle sur une ouverture composée par Andy Emler, puis sur une partition de Sofia Avramidou. La perméabilité des langages est manifeste. Et cela se confirme quand surviennent les séquences imaginées par Frédéric Maurin. Un voyage dans le présent de la création musicale, un présent dont les yeux sont fixés sur le devenir. Totale réussite, à l’usage des tous les mélomanes, toutes obédiences confondues !

Xavier Prévost

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3 août 2025 7 03 /08 /août /2025 19:38
Laurent Briffaux    Bill Evans  Le Cercle de Trois

Laurent Briffaux

Bill Evans Trio Le Cercle de Trois

Editions Lenka Lente

 

www.lenkalente.com

 

Bill Evans : Le Cercle de Trois de Laurent Briffaux / Editions Lenka lente

 

 

Si on a beaucoup écrit sur le premier trio de Bill Evans formé de Paul Motian et de Scott LaFaro entre 1959 et 1961, Laurent Briffaux publie sur les éditions nantaises Lenka Lente de Guillaume Belhomme un récit tout à fait étonnant, sensible et poétique, très documenté sur l’émergence de cette formation qui allait révolutionner l’histoire du jazz. Un trio hors norme, trois personnalités vraiment différentes que la musique seule rassembla, association improbable et éphémère, le génial contrebassiste ayant disparu dans un tragique accident de voiture. Musicien, Laurent Briffaux l’est assurément quand on découvre sa façon de décrire le jeu et les moments musicaux, l’atmosphère des gigs. Sa passion pour le trio remonte à loin puisqu’il est déjà l’auteur d’une biographie du contrebassiste aux Cahiers du Jazz. Car on ne peut pas dire que  le pianiste  a les projecteurs constamment braqués sur lui : il est certes le leader mais nous est surtout montrée la création d’un triangle totalement équilatéral où chacun sut rapidement trouver sa place et entrer en résonance avec les deux autres.

Autre originalité : si Bill Evans avait une passion pour la « forme » qu’il voulait imprimer à sa musique, luttant entre l’ordre et l’émotion, trouvant sa liberté dans le cadre et la partition, l’auteur nous livre « a narrative non fiction » sur la ligne de crête périlleuse entre fait et fiction. Ce n’est ni une biographie, ni un récit factuel nécessairement plus sec comme Bill Evans : Portrait d’un artiste au piano dans l’excellente collection Bleu Profond en 2004 d’Enrico Pierannunzi qui s’était livré à un exercice d’admiration d’un pianiste à son modèle et mentor.

Suivant sans doute l’écrivain du jazz Alain Gerber qui écrivit nombre romans du jazz sur les grands de cette musique, en fictionnalisant quelque peu leur vie, Laurent Briffaut imagine et réécrit avec talent la rencontre et la vie du trio de 1959 à 1961 selon les dates précises des concerts et tournées, par touches progressives, dans de courts chapitres qui finissent par dresser un portrait des plus vifs, titrant chaque entrée d’une chanson ou composition du trio. Pour cette reconstitution passionnante, nul doute qu’il s’est livré à un travail considérable de recherches, épluchant tous les types de documents possibles. Il intègre ainsi témoignages, anecdotes essentielles, précisions historiques, réflexions culturelles, sociales, biographiques évidemment et analyses musicales des plus fines. Sur une trame d’utiles points de repère, avec un système astucieux de notes en fin d’ouvrage qui éclairent considérablement le contexte, Laurent Briffaux tisse une toile de fond sur laquelle va se dérouler l’une des plus formidables aventures musicales et humaines du jazz, d’autant plus intense qu’elle ne dura que deux ans. Sans oublier d'établir à la fin du volume une chronologie précieuse et une discographie particulièrement soignée en inédits.

On a l’impression de lire un roman et en cela, l’auteur s’inspire aussi de Jean Echenoz et de son Ravel avec plus de bonheur dans la collecte des faits, car il est plus facile de se lancer dans une véritable enquête sur la vie et l’aventure du trio ( Motian gardait par exemple tous les comptes des concerts). Il réussit à apporter une belle singularité à ce qui aurait pu être une chronique de plus sur un trio même mythique  qui révolutionna l’art du trio justement. Il montre dans une approche sensible et progressive comment ces trois musiciens qui n’avaient pas grand-chose en commun ont réussi à s’apprivoiser et à inventer l’inouï : s’acharnant comme tous les grands à ne ressembler qu’à lui même, toujours à la poursuite de la mélodie, Billy savait pourtant s’abandonner à chaque improvisation que souvent ses acolytes lui rendaient imprévisible.

Véritables personnages de fiction, tenaces mais chahutés par la vie des musiciens de l’époque (et pourtant ils ne sont pas noirs), l’issue nous importe autant que la musique, le fil du suspense n’étant jamais négligé. Un « page turner » en somme.

Le style est enlevé, on découvre enfin une écriture ce qui est plutôt rare dans ce genre de livre « musical ». Et c’est drôlement agréable que de se laisser entraîner, de par la maîtrise narrative et l’érudition musicale dans un  scénario bondissant qui balise deux années folles en d’audacieux travellings.

Sophie Chambon

 

 

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27 juillet 2025 7 27 /07 /juillet /2025 20:54

Olga Amelchenko (saxophone alto), Matthew Stevens (guitare), Enzo Carniel (piano), Étienne Renard (contrebasse), Jesus Vega (batterie)

Edition Records EDN 1274

https://editionrecords.com/releases/olga-amelchenko-howling-silence/

 

Pour la musicenne russe devenue parisienne, choisir cet oxymore comme titre (silence hurlant, silence assourdissant….), c’est déjà dire que le projet est celui d’une très forte expressivité, retenue, mais d’une intensité rare. Chacune des compositions de la saxophoniste dresse un possible paysage de cette force d’expression. Mélodies sinueuses, densité harmonique, liberté des lignes qui nous entraînent là où ne savions pas être attendus. Musique mélancolique ? D’une certaine manière oui, mais pas d’une forme de mélancolie dépressive ; ici la réflexion produit de l’action, une action musicale et collective, partagée avec le groupe : un batteur mexicain de Californie, côtoyé par la saxophoniste durant sa période berlinoise ; un pianiste et un bassiste qui sont assurément des orfèvres, insuffisamment reconnus selon moi, de la scène hexagonale ; et un très renomme guitariste canadien de New York, en invité. De cet alliage naît une forme de synergie qui magnifie le propos et l’ambition esthétique. Dès lors on évolue vers les sommets : de musicalité, d’expression, d’interaction et d’invention. Une incontestable réussite musicale, artistique, comme une parole singulière, et collective tout à la fois, qui nous dit : écoutez, le silence parle à haute voix.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr en quartette sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=9wucpGQtOtA

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Le groupe jouera à Paris, au Studio de l’Ermitage, le16 septembre 2025, avec en invité Pierre Perchaud à la guitare

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29 juin 2025 7 29 /06 /juin /2025 11:20

     Raynald Colom (trompette), Diego Amador (piano et voix), Joe Sanders (contrebasse), Greg Hutchinson (batterie), Kike Terron (percussions),
    Quatuor à cordes : Oriol Catala (violoncelle), Uixi Amargos (alto), Roc Alemany et Edu Torné (violons).

 

Enregistré à l’automne 2024 à Royat (Puy de Dôme) et Sitges (Catalogne).
Space Time Records – BG2556 / Socadisc.
Paru le 10 juin.

     Voilà un album à glisser dans sa valise pour les vacances : un concentré de rythmes et de lyrisme qui prend son inspiration au-delà des Pyrénées !

 

     Rien de superflu dans ces 27 minutes -faire court n’est pas seulement une qualité dans le journalisme- concoctées par le trompettiste franco-catalan Raynald Colom et le pianiste-chanteur andalou Diego Amador. Un duo auteur des six titres ici proposés qui peut compter sur une rythmique américaine, un percussionniste madrilène et un jeune quatuor à cordes hors pair.

     Envolées et incantations du plus pur style flamenco donnent une couleur sonore séduisante à ces « Constellations ».  Actif sur la scène européenne depuis deux décennies, Raynald Colom illumine de sa classe et de son originalité ce septième album sous son nom.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

PS/On peut aussi retrouver Raynald Colom dans quatre titres du premier album de la chanteuse suisse Lea Maria Fries, Cleo (Heavenly Sweetness) paru au printemps.
 

 

 

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23 juin 2025 1 23 /06 /juin /2025 16:07

 

Dire que ce concert était attendu serait bien peu dire. En effet le superbe festival de Saint Germain des Prés qui a l’habitude de nous offrir des affiches de rêve, proposait à son public de découvrir le tout premier concert de sortie ( on dit « relase party » si on veut paraître dans le coup) de l’album du piansite Yaron herman, «  Radio paradise ».

On avait déjà écouté cet album qui nous était apparu comme un des choc de cette année 2025 et qui nous avait totalement séduit par son côté inattendu dans la carrière du saxophoniste. En effet pour cet album, Yaron Herman est allé chercher deux grands saxophonistes tenor : Maria Grand et Alexandra Grimal, toutes deux superlatives.

Aux côtés du pianiste, l’alter ego, le frère , le compagnon de toujours, Ziv Raviz à la batterie et à la contrebasse Haggai Cohen Milo avec qui Yaron Herman enregistrait pour la première fois.

Dans cette salle magnifique en forme d’amphithéâtre qu’est la Maison des Océans à Paris ( salle remplie à craquer au demeurant) on entendait avant concert un public d’afficionados murmurant ses interrogations sur cette nouvelle formule du pianiste. 

Après une longue introduction improvisée au piano, Yaron Herman, en chef de bande, en leader mais aussi en inspirateur, emportait sa troupe dans un grand moment de musique. Maria Grand et Alexandra Grimal se passaient le relais montant alternativement sur scène avant de finir par jouer les derniers morceaux en quintet.

La musique atteignait des sommets d’intensité et d’expressivité où il est question de plus que de musique. Il est question d’une forme de spiritualité et de communion. De moments de musique en fusion. Cette musique que Yaron Herman offre à ses deux solistes au lyrisme si différent l’une de l’autre mais toujours avec cette flamme incandescente protée par un groupe en osmose.

L’écriture de Yaron Herman pour ce quintet ne ressemblait pas à ce qu’il nous avait proposé précédemment. Comme un tournant ou plutôt comme une remise en jeu de sa créativité.

Et encore une fois le public était absolument conquis. Conscient que celui qui jouait ce soir là s’inscrit parmi les plus grands pianistes de sa génération.

Le public lui faisait une standing ovation évidente et Yaron Herman prenait le temps de discuter avec lui à la fin du concert dans un beau moment de partage.

Le festival de Saint Germain des Prés était bel et bien lancé pour cette édition à nouveau remarquable

 

 

Retrouvez l'émission sur jazland, ici

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22 juin 2025 7 22 /06 /juin /2025 18:16

 

Julian Shore (piano), Martin Nevin (contrebasse), Allan Mednard (batterie)

Waterford (Connecticut), 27-28 août 2024

Chill Tone Records CT0004

https://chilltonerecords.bandcamp.com/album/sub-rosa


 

Pour le Times de Londres, le meilleur album de l’année (pour l’instant, à la fin du premier semestre). En tout cas un disque cohérent, séduisant, mais aussi profond, plein de surprises, et de choix singuliers, presque à contre courant. Le titre de l’album fait référence à une symbolique du secret. Commencer par une tournerie où le collectif s’exprime dans les échanges, là où d’autres arboreraient dès les premières mesures le thème comme un emblème : c’est déjà un parti pris esthétique, et presque une éthique, une manière d’imposer d’entrée de jeu un choix, une approche, un point de vue, qui nous avertissent qu’une écoute intense s’annonce et s’impose. Suivent des thèmes assez différents : harmonies chantournées, jaillissement vif de lignes des deux mains, ondulations sinueuses, un blues (signé Ellington) déconstruit, All The Things You Are renouvelé (ce qui n’est pas si courant….), un thème de Wayne Shorter, un autre des Beach Boys, et aussi effraction douce des codes…. le tout dans une belle interaction avec la basse et la batterie. Bref un très très bon disque de jazz en trio….

Xavier Prévost

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Sur Youtube un récent concert à Séoul

https://www.youtube.com/watch?v=VIM0rHgp1Dw

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21 juin 2025 6 21 /06 /juin /2025 21:03
ALAIN  GERBER        Naissance de la Bossa Nova

 

ALAIN GERBER Naissance de la bossa nova

Frémeaux& Associés

Alain Gerber - Naissance de la bossa nova

 

La bossa nova, bande sonore d’un Brésil idéal, vous fait-elle rêver de Rio, du Corcovado sur des airs connus « Chega de Saudade » ou l’inoxydable « Garota de Ipanema» ? Heureusement pour les plus cinéphiles viennent à l’esprit des scènes du film de Marcel Camus Orfeu Negro, succès planétaire de 1959, Palme d’Or à Cannes et Oscar à Hollywood l’année suivante. La bossa allait faire le lien entre la samba des rues et le jazz. 

Le romancier du jazz, l’écrivain de cette musique Alain Gerber s’est lancé dans l’un de ses nouveaux chantiers, l’un de ses travaux d’Hercule auxquels il se livre régulièrement, cette fois sur la bossa nova et sa naissance, les liens réels complexes avec le jazz, faussés souvent par l’engouement médiatique planétaire après le Jazz samba de Stan Getz / Charles Byrd. Même Frank Sinatra enregistrera avec Joào Gilberto, ne voulant pas rater cette Nouvelle Vague en 1967.

Deux grandes parties subdivisées en plusieurs chapitres structurent le livre : la Genèse à Rio de Janeiro comprenant un « prologue » essentiel où il est question autant de Johnny Alf, Baden Powell, Henri Salvador avant Georges Moustaki ( D’utiles points de repère ) et Jeunesse à New York et ailleurs dans le monde. Où l’on voit que tout ne commence pas avec Stan Getz et surtout Charlie Byrd qu’il ne faudrait pas négliger car c’est lui qui amena Getz à la bossa.

1962 est l’année de la Bossa Craze nous annonce Alain Gerber en référence à la Swing Craze des années 30.  Tous les grands jazzmen s’en emparent avec plus ou moins de bonheur et ce, malgré le rendez-vous raté à Carnegie Hall avec les musiciens Brésiliens. Enfin presque tous les bons puisque ni Coltrane, ni Ayler, ni Ornette ne se frottèrent à ce nouveau courant. Reconnaissons le rôle précurseur une fois encore, mais non reconnu faute de preuves immédiates d’enregistrement de Dizzy Gillespie avec Lalo Schifrin, les essais pas toujours transformés de Quincy Jones, Sonny Rollins, Elek Bacsik. Evitant de figer la bossa nova dans une aventure, une épopée historique, Gerber inscrit chaque interprète dans l’évolution de cette musique. Il examine tous ceux qui ont oeuvré pour faire connaître la bossa nova ou s’adapter à sa  modernité, les déterminants Bud Shank et Laurindo Almeida et encore Dave Brubeck, Paul Desmond, Herb Ellis. La liste est si longue… impossible de les mentionner tous ! N'oublions pas les musiciens français Claude Bolling et Guy Laffite, pourtant inscrits dans la tradition qui se laissèrent séduire par cette révolution « tranquille ». Toutes ces tentatives ne furent pas toujours de grandes réussites er ce sont peut être les tenants de la West Coast qui se sont le plus rapprochés de la bossa nova. L’année suivante 1963 voit cet engouement perdurer.

Après avoir lu la somme d’Alain Gerber, vous en saurez beaucoup plus assurément sur la naissance de ce mouvement qui révolutionna l’histoire musicale à la fin des années cinquante. Vous saurez à peu près tout sur sa préhistoire, son histoire, son évolution, ses avatars plus ou moins heureux. Sans faire œuvre de musicologue, Alain Gerber a une démarche d’historien mais ce qui lui importe est de rendre compte de son sujet de la façon la plus musicale possible. Si vous le lisez attentivement, défileront tous les maîtres de cet art musical, les trois pères fondateurs déjà. Dans une période de modernisation urbaine et de fort sentiment d’identité nationale, âge d'or d' un regime qui comptait rattrapper cinquante ans en cinq ans, Vinicius de Moraes, « le Cocteau Carioca », Antonio Carlos « Tom » Jobim qui apporta un nouveau raffinement à la musique populaire brésilienne, João Gilberto, venu de Bahia qui donna à la bossa son rythme, ont su dégager poésie et harmonie dans un style musical délicat, minimaliste qui se caractérise peut être par sa nonchalance élégante, j’oserai avancer avec une « sprezzatura » toute italienne, celle de la Renaissance, d’un Leonard ou d’un Raphaël. Des légendes avec un portrait vivant pour chacun.

Suivent tous les musiciens en orbite de cette triade, chanteurs le plus souvent comme Chico Buarque, Caetono Veloso qui furent les dignes héritiers du canto falado (parler chanter), mais encore des « passeurs » oubliés aujourd’hui que l’auteur évoque précisément avec une certaine tendresse pour ces défricheurs, ces passionnés pas toujours brésiliens Mark Murphy, Jon Hendricks. Une mention particulière est faite à la muse aux macaronis Nara Leão qui, avant de devenir une égérie du mouvement tropicaliste, ouvrit la voie à d’autres chanteuses qu’il ne faudrait pas oublier non plus Maria Bethãnia. Gal Costa, Elis Regina, Eliane Elias.

Alain Gerber écrit avec sa passion habituelle, son « addiction » de collectionneur qui sait extraire la quintessence d’une formule sans oublier des fulgurances qui peuvent flirter avec le paradoxe dont il a le goût. Difficile de résumer un tel livre si riche d’informations et d’analyses. Une somme jamais fastidieuse mais labyrinthique tant le sujet, pour attachant qu’il soit, se révèle complexe. Avec ce travail d’archives, de recherches colossales qui prirent beaucoup de temps, il nous ouvre la voie pour éviter les raccourcis faciles sur cette musique dans un magistral essai qui ne veut surtout pas ressembler à une étude universitaire. Tout amateur de musique trouvera son compte avec ces références discographiques innombrables, détaillées dans des notes de bas de page, des vignettes photos, y compris de livres sur le sujet. Il est vrai qu’il s’appuie sur la référence patrimoniale incontournable des Editions Frémeaux & Associés pour laquelle la musique brésilienne est un territoire déjà sillonné avec plus de trente anthologies de référence. En témoigne la postface précise et personnelle de Philippe Lesage, justement directeur de la collection Brésil Amérique du Sud. L’un des intérêts et non des moindres de son commentaire est d’avoir souligné les difficultés de la bossa à s’imposer en dépit ou à cause de son attraction populaire immédiate : les jazzeux se montrèrent condescendants et il est savoureux de lire ce qu’en écrivait alors Jacques Réda dans Jazz Magazine, notre poète flâneur des banlieues, amoureux du bop : inévitable monotonie …. comme les chevaux de bois, ça monte jamais bien haut puis ça descend même pas très bas. Ça tourne en rond, ça recommence. Le cher Réda se trompait... bien qu’il reconnût que le vieux Bean s‘en tirait à merveille, lui qui avait su monter sur le manège (Desafinado : Bossa Nova et Jazz Samba, un Impulse de 1962). Alain Gerber n’égratigne pas son ami critique mais rend hommage par contre à Alain Tercinet, le spécialiste incontestable de la West Coast alors peu prisée qui aima la bossa et su voir dans la voix de Chet une préfiguration du chant intimiste de la bossa. « Chet et Gerry Mulligan captèrent l’attention des jeunes Turcs de Rio » tempérant le goût marqué de la samba sans abandonner le swing. Mais le final flamboyant du livre est consacré à Stan Getz le traduttore/ traditore, ambassadeur et même V.I.P . Si Alain Gerber avait dénigré quelque peu le succès planétaire de Getz/Gilberto, et surtout le coup publicitaire avec Astrud Gilberto, il finit par ce qu’il fait de mieux et depuis longtemps, un portrait psychologique de Getz qui sut prendre congé suffisamment tôt de la bossa nova pour ne pas perdre l’estime artistique. Cet éternel insatisfait était d’une loyauté à toute épreuve envers sa musique, voulant jouer comme il savait le faire. Ironiquement sa plus grande popularité, il la trouva avec une musique qu’il avait attaqué avec désinvolture dès ce « Jazz Samba », sorte de « sieste voluptueuse ». Mais la « batida » de Gilberto qui fait tanguer la bossa comme aucune autre musique et « son » jazz sans oublier la mélancolie ou saudade qui leur était commune firent de cette association une vraie réussite avec en mars 1963 Getz/Gilberto featuring Antonio Carlos Jobim. Pour conclure: « Stan (à qui Gilberto reconnaissait une âme) a inventé son Brésil, le Brésil universel. » 

 

Sophie Chambon

 

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19 juin 2025 4 19 /06 /juin /2025 17:08

Tony Malaby (saxophones ténor & soprano), Jozef Dumoulin (piano & autres claviers), Samuel Ber (batterie)

Challenge Records CR 73611

https://www.challengerecords.com/products/17428304664294/trees-on-wheels

 

Le disque conjugue plusieurs sources : un concert au festival Jazzdor de Strasbourg, et deux séances à Paris. Jouée et improvisée autour des éléments préétablis, une copieuse matière musicale fut ensuite fragmentée, agencée, pour composer ce nouvel objet sonore et phonographique. Et c’est comme un voyage qui commence, vers des contrées inconnues, dont parfois on imagine qu’elles sont découvertes par les musiciens dans l’instant de l’improvisation, ou du rebond sur le matériau thématique. C’est comme un paysage recomposé par la magie de la mise en forme des éléments musicaux, recueillis pour créer un nouvelle œuvre : ce disque.

Introduction majestueuse et tendue de claviers électriques, puis entrée en scène du piano acoustique, en dialogue avec la batterie, pour le surgissement du saxophone qui s’enflamme jusqu’à un paroxysme, là où un fondu enchaîné passe le relais aux claviers. Et la dramaturgie se poursuit, pleine de surprises, de dérives, d’esquives…. Le résultat est un disque fascinant, par la volupté qui naît de ces glissements successifs : pas une construction intellectuelle ou un programme abstrait ; plutôt une escapade sensuelle dans le plaisir du son et les circonvolutions des motifs, phrases et fragments qui nous entraînent dans une sorte de mystère. Foncièrement original dans la conception comme dans la réalisation : réussite totale !

Xavier Prévost

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