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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 07:36

                 

                     ou ci-gît le CIJ (1984-2014)

 

 

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Par un communiqué publié sur son site le 23 avril 2014, l’Irma annonçait la suppression, pour raisons économiques, des trois piliers fondateurs de la structure, ADN de l’association, à savoir le Centre

Pascal Anquetil © JB Millot

d’information du jazz, le Centre d’information du rock et le Centre d’information des musiques traditionnelles : « Le conseil d’administration de l’Irma vient d’entériner l’arrêt de ses missions spécifiques aux esthétiques (centres d’information spécialisés) pour se concentrer sur ses services transversaux (formation, édition, ressources, outils en ligne). Cette restructuration économique affirme sa volonté de se positionner dans la réorganisation du dispositif d’intérêt général d’accompagnement de la filière ». En guise de remerciements pour le travail accompli par les centres d’info, le communiqué tenait quand même à préciser :

 « Unanimement, les membres du conseil ont tenu à saluer le travail réalisé par les responsables des centres d’information spécialisés et à indiquer combien ces missions ont participé à la structuration des différents secteurs des musiques actuelles. »

 

Conséquence première : le Centre d’Information du jazz ne fêtera pas son 30e anniversaire. Et à compter de fin mai 2014 n’existera plus

 

C’est en effet en janvier 1984 que le Jazz Action Paris Ile-de-France (qui répondait au drôle de sigle nasal de « Japif ») prenait le risque et le pari de créer, avec l’aide de la Direction de la Musique et de la Danse du Ministère de la Culture, le Centre d’Information du jazz. En un bel élan militant, cette association regroupait depuis 1982 des photographes (Horace), journalistes (Alex Dutilh, Franck Bergerot), musiciens (Didier Levallet, Sylvain Kassap, Jean-Jacques Birgé),  agents (Martine Palmé, Corinne Léonet) et autres acteurs passionnés qui souhaitaient en pleine effervescence jazzeuse faire bouger la cause des musiques improvisées à Paris et bien au-delà du seul cercle francilien. L’organisation en 1985 du « Salon européen du jazz »  (dont l’administrateur n’était autre que…Michel Orier) en est la preuve. Laurent Goddet, ancien rédacteur en chef de Jazz Hot, fut missionné par le Japif pour imaginer et animer, dans les locaux du Cenam, un centre d’information et de ressources dédié exclusivement aux acteurs et amateurs de jazz. Un an et demi après, suite à sa brutale disparition, on me passa le flambeau. Ce fut la chance de ma vie : transformer ma passion en profession et servir tous ceux qui comme moi aiment le jazz, tous les jazz.

 

En 1988, le Cij devint un département à part entière du Cenam. Cette « cenamisation » eut pour conséquence principale d’officialiser la structure et d’assurer par là la pérennité et l’avenir de sa mission. A la suite de la liquidation du Cenam, il y a 20 ans, en 1994, un autre anniversaire, le CIJ s’alliait au CIR et CIMT pour donner naissance à l’Irma. Cette fusion, pas évidente au départ, s’est révélée à l’usage très fructueuse et complémentaire. Exemple ? Le CIJ y a gagné un réseau très performant de correspondants en région. Il a aussi pu profiter du savoir faire éditorial du CIR pour la publication de guide-annuaires.

 

La clef du succès de l’Irma pendant 20 ans a résidé dans le partage œcuménique et intelligent d’une base de données commune que chaque centre d’information a pu nourrir et enrichir grâce à son propre réseau, sa propre histoire et ses propres acteurs. Loin de se fondre et de s’oublier dans le mélange indifférencié des « musiques actuelles », chacun des trois centres d’information a ainsi pu en toute liberté garder son autonomie et son identité propres aux musiques qu’ils représentaient avec passion.

Conclusion : « l’intérêt général » passe aussi et d’abord par l’intérêt particulier bien compris et professionnellement expertisé !

                                

                       Le guide-annuaire « Jazz de France »

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Qu’il paraît  loin le temps où toutes les fiches cartonnées du Centre d’information du jazz étaient rassemblées dans des boites en bois et consultées par des musiciens en herbe qui passaient des journées 51 rue Vivienne à recopier les coordonnées d’agents, labels, écoles, festivals de jazz. Beaucoup sont devenus aujourd’hui connus et amis. Depuis ces temps héroïques, la révolution informatique a heureusement triomphé.

A preuve, le succès éditorial de « Jazz de France ». Publication phare du CIJ, « Jazz de France » a vite trouvé sa « clientèle » (musiciens, agents, diffuseurs, journalistes, etc.) et s’est imposé comme un outil indispensable pour tous les acteurs du jazz en France. Depuis l’an 2000, grâce à sept éditions successives (une tous les deux ans), ce guide-annuaire a eu pour ambition de proposer la photographie la plus exacte du jazz en France.

 

Cela grâce à l’entretien quotidien et quasi obsessionnel d’une base de données qui aujourd’hui comprend 5900 fiches totalement réactualisées en mai 2014.

A savoir : 2800 fiches artistes et groupes, 57 collectifs. Mais aussi plus de 2000 fiches « Spectacle » dont 410 scènes de moins de 400 places, 390 salles de plus de 400 places, 300 associations, 611 festivals (un record !), 41 tremplins et concours et 178 agents et tourneurs.

Ce n’est pas tout. « « Jazz de France », c’est aussi 340 fiches « Media » dont 105 fiches « journalistes ». Dans la rubrique « Musique enregistrée », on recense aujourd’hui 240 fiches dont 170 labels indépendants et 22 distributeurs. Quant à la formation artistique, on dénombre aujourd’hui 245 écoles de musiques publiques ou privées qui dispensent, sous diverses formes, un enseignement de jazz.

L’anticipation d’un tel palmarès eut été inimaginable il y a 30 ans.

 

 « Jazz de France » avait (puisqu’il faut désormais employer l’imparfait !) pour objectif affirmé d’offrir une sorte d’état civil le plus à jour possible de la population des musiciens de jazz qui n’a cessé en l’espace de 30 ans d’augmenter de façon exponentielle  (500 en 1984, 5000 aujourd’hui ! combien demain ?). Soit, comme j’aime à le répéter, « un travail de fourmis pour recenser des cigales ».

Travail de Sisyphe, la réactualisation d’une base de données comme celle du CIJ est une œuvre sans fin. « Work in progress » devrions-nous dire. Comme sur le métier à tisser de Pénélope, le jazz se fait, se défait et se refait depuis ses origines sans discontinuer, son paysage ne cesse aussi de bouger et de s’enrichir de nouveaux acteurs. Des labels s’arrêtent, d’autres prennent le relais ;  des agents changent et des écoles éclosent ; des  clubs ferment, des festivals naissent ; des musiciens émergent, d’autres disparaissent ou abandonnent le « métier »…C’est la loi du genre.

 

Que va devenir, avec la disparition du Cij, cette base de données laissée brutalement en jachère ? Qui va l’enrichir et l’expertiser en repérant au détour d’un club, un tremplin, un festival, un concours ou une sortie de disque, les nouveaux acteurs du jazz en France ?

Le travail du CIJ était d’abord de faire gagner du temps à tous ceux qui cherchaient des informations indispensables (et jusqu’alors disséminées et éparpillées) pour s’accomplir dans leur parcours professionnel.

 

                                             CODA

 

C’est une évidence : le Centre d’information du jazz n’aurait jamais existé si en 1981 la DMD, sous la direction éclairée de Maurice Fleuret (dont on ne dira jamais l’importance qu’il a eu pour la reconnaissance et la « légitimation » des musiques improvisées dans notre pays), ne s’était pas dotée d’un nouveau service : la Division de l’Action Musicale.  « Cette décision d’une grande importance, écrivait alors Maurice Fleuret, traduit un changement profond dans l’histoire de l’administration culturelle en France. En effet, pour la DMD, toutes les formes d’expression musicale sont désormais égales en dignité…. ». Cette philosophie militante est-elle toujours d’actualité en 2014 ?

 

Pendant 30 ans, j’ai vécu des jours heureux à la tête de ce poste d’observation privilégié qu’était celui de responsable du CIJ. Parce qu’il autorisait et favorisait une proximité exceptionnelle avec tous les acteurs de la vie du jazz en France, dans une relation simple et directe dans laquelle les questions d’argent et de pouvoir n’étaient jamais engagées.

J’ai pu ainsi accompagner, dès leurs débuts, dans leur travail de structuration, les différentes fédérations qui aujourd’hui représentent les divers secteurs du monde du jazz. Ainsi les premières réunions fondatrices de l’Afijma ont eut lieu dans les locaux du Centre d’information du jazz, au Cenam, rue de l’Escot. J’ai aussi participé, dès sa création à Tours, à de nombreuses assemblées générales de la Fédération des scènes de jazz. Pour mémoire, je rappelle que les Allumés du jazz sont nés à la suite de l’opération « La Maison du jazz Made in France » que le Cenam a pu pendant cinq ans organiser au Midem, grâce à l’aide du Ministère de la culture, pour permettre aux labels de jazz indépendants de participer à ce marché international du disque et de l’édition musicale et de trouver une distribution hors de nos frontières. Aujourd’hui, en tant que président du Jazz Club de Dunkerque, je suis membre de la l’Association Jazzé Croisé (AJC), nouvelle mouture de l’Afijma. N’oublions pas que depuis de nombreuses années, en tant qu’administrateur, je participe aux destinées de l’Ajon afin de défendre la seule « institution » que le monde du jazz ait su en trois décennies se donner, à savoir l’Orchestre national de jazz.

Enfin (et c’est le titre de gloire dont je suis le plus fier) j’ai été, dès sa fondation au New Morning en 1992, élu par les musiciens, membre du conseil d’administration de l’Union des Musiciens de jazz (UMJ) pendant plus de quinze ans. C’est, à mes yeux, la meilleure preuve que le Cij était reconnu par ses principaux acteurs, à savoir les artistes, comme un outil utile et nécessaire. Ce n’est donc pas un hasard si c’est de la part des musiciens eux-mêmes que je reçois aujourd’hui le plus de témoignages de sympathie et de messages de désolation d’apprendre la fin soudaine du Cij.

 

J’abandonne aujourd’hui ma fonction d’« entremetteur du jazz » sans aigreur ni amertume, mais avec le vif et profond regret de ne même pas pouvoir transmettre le flambeau à un(e) jeune pour continuer cette mission que je crois toujours très utile à un milieu foisonnant, inventif, talentueux et généreux que je ne vais pas lâcher pas pour autant dans mon autre vie à venir. 

Keep on swinging !

 

Pascal Anquetil

 

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