Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
3 juin 2006 6 03 /06 /juin /2006 10:09

PATRICK ARTERO : tirage de portrait

 Après trente-cinq ans de gourmandes et fiévreuses expériences autour de la salsa, du jazz, de la musique antillaise, du reggae, de la variété, Patrick Artero nous a régalé l’automne dernier avec sa première oeuvre personnelle en hommage au cornettiste Bix Beiderbecke, immédiatement récompensée par l’Académie du Jazz. Bix, Artero le découvre à l’âge de l’apprentissage alors qu’il étudie la trompette au lycée de musique de Sèvres.  Bix, c’est quelqu’un qui lui parle, un être tourmenté, quelqu’un qui a traversé pleins de choses qu’il a vécu. En 1975, il incarne déjà Bix  dans un film de Jean-Christophe Averty pour la télévision, une sorte de prémonition de ce projet qui inaugure superbement sa discographie. Ce projet il. Musicien voyageur et curieux, Artero multiplie les expériences et les performances. En 1969, il rejoint le groupe mythique de jazz New Orléans des Haricots Rouges. Entre 1973 et 1977, il joue tous les soirs au Slow Club avec Michel Attenoux. Cette période est déterminante dans sa carrière car il rencontre toutes les stars du jazz français, parmi lesquelles Claude Bolling, Marc Laferriere, Guy Laffitte, Martial Solal, René Urtreger. Il participe également à l’Anachronic Jazz Band et au Jazz Five de Raymond Fol avec André Villeger. Au début des années 1980, il se passionne pour la Salsa. A partir de 1984, il est de toutes les aventures musicales africaines et antillaises, ou presque, de Kassav à Touré Kounda. Les  années 1990 marquent son retour au jazz, surtout en big bands. Il nous prépare dit-on pour 2006 une surprise avec Vincent Artaud aux arrangements chez Nocturne, label avec lequel  il a signé un contrat d’artiste. Nous en salivons d’avance. En attendant, il ne cesse de réinventer sur scène l’univers bixien accompagné d’un quatuor à cordes ou en quartet (Laurent Courthaliac au piano, Matthias Allamagne à la contrebasse et Mourad Benhamou à la batterie). C’est dans cette dernière formation qu’Artero se produira le 21 octobre au NEW MORNING. Il nous fait ce mois-ci l’amitié de répondre à notre questionnaire-type. 

 

 

 

Régine Coqueran

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DNJ : Pourquoi le jazz ?

 

 

 

Patrick Artero : « Parce que c’est la forme d’expression musicale la plus libre et qui permet de véhiculer dans  l’instant ses sentiments propres sur un schéma soit harmonique ou rythmique ou bien mélodique, donné avec son instrument. Politiquement ce serait une certaine idée de l’anarchie qui serait contenue…Je suis assez sensible à la notion de Liberté……. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DNJ : Quelle est votre principale influence musicale ?

 

 

 

P.A : « Je pense que c’est la vie sous toutes ses formes ainsi que toutes les musiques qui s’y rattachent qui sont ma vraie source. Je vous parlerais donc de voyages et de rencontres, donc d’émotions, de douleurs plus ou moins physiques, psychiques, de la peur, de l’angoisse, mai aussi du bonheur amoureux, de la joie de vivre, la naissance et bien sûr la mort ! Mais j’ai commencé cette influence musicale par le son de la trompette de Louis Armstrong……puis aussi, quelques notions de musique dite Classique. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DNJ : Qu’aimeriez vous transmettre ?

 

 

 

P.A : «  Si j’avais à transmettre quelque chose, ce serait surtout une certaine idée de la liberté, par rapport à ce monde qui est en pleine mutation. Il y a un roman de Francis Marmande sur l’alternance des triomphes et les débâcles aussi profonds les uns que les autres, d’un torero, qui en ont fait une légende…comme une image de la grandeur et de la peine des hommes en liberté. Il y a évidemment cette chanson de Jacques Brel intitulée «  La Statue » qui reflète bien ce que je peux ressentir au sujet de cette transmission.  En fait, je me sens bien dans une peau de troubadour qui va, comme les chiens, renifler un peu le c.. des autres.  Je me crois volontiers d’un naturel curieux et gourmand…jusqu’à l’extrême parfois……. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DNJ : Croyez vous à une révolution possible du jazz et existe-t-il de nouvelles expériences qui vous intéressent ?

 

 

 

P.A : « Pour ma part, la révolution doit être permanente ou bien elle meurt…. Donc, forcément la musique suit, ou bien influence le cours de la vie. Si nous prenons la musique de Jazz comme exemple, (avec sa conception du swing au sens véritablement le plus large du terme), elle ne peut évoluer que si elle garde son aspect révolutionnaire, en faisant appel  à l’être humain et lui seul pour sa création sur l’instant. Le reste (rythmique, harmonique et mélodique) est  le regard de ce même être humain sur le monde actuel.

 

 

 

Les nouvelles expériences font partie intégrante de cette révolution. Certaines meurent, d’autres survivent !

 

 

 

 En ce qui me concerne, il m’est difficile de travailler avec des éléments que je ne maîtriserais que partiellement, mais cela ne veut pas dire que je m’interdis cette voie. Le tout doit être d’une logique par rapport à moi-même. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DNJ : Sur une île déserte qu’emporteriez vous ?

 

 

 

P.A : « Pour un court séjour, ma brosse à dents et quelques livres, pour un temps plus long je rajouterais ma trompette, mais pour un temps définitif je demanderais à mon épouse de bien vouloir réfléchir à l’idée de venir partager cette solitude ….. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DNJ : Pouvez-vous rédiger la dédicace de votre prochain album

 

 

 

P.A : « …….Pépé, Fattier, Luis, Rolph, l’Orannais…C’est à vous que j’ai pensé…… »

 

 

 

 

 

 

DNJ : Pouvez-vous citer 3 artistes que vous détestez ?

 

 

 

P.A : « Non, mais je déteste la connerie sur toute ses formes…Mort Aux Cons !!! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DNJ : Quel est l’artiste avec lequel vous rêveriez de jouer ?

 

 

 

P.A : « Il y a tellement de rencontres à faire…ou bien qui n’ont pas pu se faire……. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DNJ : Qu’est ce qui vous fait lever le matin ?

 

 

 

P.A : « Le réveil, les enfants pour l’école, le p’tit déj, la matinée très longue puisque levé tôt….. Pendant longtemps,…..très longtemps dirons nous je n’ai pas été du matin…Je me rattrape. »

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0
11 mai 2006 4 11 /05 /mai /2006 07:29

 

Géraldine Laurent , celle que l’on attendait

 

Il y n’y a pas si longtemps que cela, à peine un mois dirais je, personne ou presque n’avait entendu parler de Géraldine Laurent. Presque personne en effet sauf les oreilles avisées de Claude Carrière (Jazz Club) qui traînent toujours au bon endroit et qui avaient bien repéré la jeune femme. Un Jazz Club enregistré à la Fontaine fut le véritable déclencheur de ce qui allait devenir en quelques jours le phénomène  Géraldine Laurent. Telle une traînée de poudre, il ne fut plus question que de la jeune femme. Jean Louis Chautemps, auditeur passionné de cette retransmission prit aussitôt sa plus belle plume pour adresser une magnifique déclaration d’amour à Jazzman, se battant la coulpe de ne pas avoir su reconnaître le génie (ce sont ses termes) lors de son passage au conservatoire  de Niort. Un autre m’en parla dans un club un soir. Puis Jean Michel Proust, des trémolos dans la voix déclara que illico presto il allait lui donner la scène du Duc un Lundi par mois.  Bien décidé à savoir de quoi il retournait nous allâmes donc l’entendre  rue des Lombards. Et là mes amis, ô vous qui pensiez que le sax en jazz en était trop souvent aujourd’hui réduit à gens qui jouent vite des gammes montantes et descendantes et terminent par des hurlements furieux, vous auriez eu si vous aviez été là le même choc que moi. Dolphy était là. Ornette Coleman soufflait dans le même sax que Paul Desmond et Jackie Mc  Lean se tenait là juste derrière et Rollins venait de troquer son ténor pour un alto.

  

Rencontre avec la saxophoniste que l’on attendait…..

 

D’où viens tu  Géraldine Laurent ?

 GL : Je viens de Niort. Cela fait 6 ans que je suis sur Paris mais je travaille beaucoup en province ce qui fait que souvent les gens pensent que je n’habite pas Paris. C’est à Niort que j’ai débuté mon parcours. Au conservatoire j’ai commencé par le piano classique. Mes parents écoutaient beaucoup de classique. Il faut dire que mon père est musicien et enseignant en musique. Il est spécialisé en pédagogie musicale pour les enfants (NDLR : son père, Jean Laurent est l’auteur d’un ouvrage intitulé «  La Tradition orale enfantine et l'éducation musicale à l'école »). Donc la musique a toujours été présente dans ma vie. Mais bon le piano j’en ai fait deux mois au conservatoire et j’ai ensuite pris des cours particuliers. Puis j’ai arrêté et je ne me suis mise au saxophone que vers 12/13 ans. J’ai vu l’orchestre du conservatoire de Niort, le big band et là ça m’a fait bizarre, je ne sais pas ce qu’il s’est passé mais cela a sonné comme un appel au jazz. Je crois avoir hésité un instant entre le sax, la trompette ou le trombone. Et du coup j’ai commencé l’année d’après au conservatoire à une époque charnière où il y avait les premières classes de jazz qui s’ouvraient. Et il se trouve que mon prof venait du jazz. Du coup j’ai commencé à écouter mes premiers disques de jazz à cette époque.

 Lesquels ?

 GL : J’en ai pris deux à la médiathèque mais c’était du genre à ce que je me dise «  si c’est ça le jazz ! ». En fait j’avais commencé par un disque de Dolphy et un double album live de Coltrane. Et là j’avais le sentiment d’avoir à me forcer un peu. Pas du tout le déclic. Mes oreilles n’étaient pas encore préparées à ça. Mais avec mon prof on a continué et il nous a rapidement mis en situation de jouer. Pas des trucs de fin d’année. Non de vrais concerts avec des vrais pros. Du coup je suis rentré dans un groupe avec Sylvain Cathala et d’autres saxophonistes plus âgés que moi qui n’avais que 16 ans. Et puis après avoir passé mes examens de fin d’année j’ai alors arrêté le sax. Je faisais 2mn par semaine à tout casser. Et j’ai arrêté pendant 4 ans.

Tu connais les raisons pour lesquelles tu as rejeté l’instrument ?

GL : Je ne sais pas trop. Je sais par contre que je me suis fait mal sur l’instrument. C’est un apprentissage physiquement douloureux. Comme tous les instruments à vents. Heureusement maintenant je n’ai plus ce rapport là avec le sax. C’est devenu un plaisir total. Bon j’ai quand même passé mon DEM et j’ai essayé de jouer à gauche  droite dans les groupes que je trouvais.

 A Ce moment là tu n’as pas eue envie de te consacrer à l’enseignement toi aussi ?

 GL : Justement à cette période là j’ai effectivement un peu enseigné pendant 2 ans mais j’ai arrêté parce que ce sont des responsabilités énormes et il fallait que je choisisse entre l’enseignement ou la pratique. Je sais bien que ce n’est pas incompatible. En plus, nous les musiciens on en a besoin financièrement. En plus moi l’enseignement musical ce n’est pas quelque chose qui ne me vient que de mon père. C’est de génération en génération que la famille compte des enseignants en musique. Mais simplement moi, je ne m’en sens touts simplement pas capable. L’enseignement demande une exigence à laquelle je ne suis pas certaine de pouvoir répondre. Enseigner c’est une responsabilité énorme.

 A quel moment as-tu décidé de quitter Niort ?

 GL : En fait je tournais un peu dans la région (surtout à la Rochelle ) mais je n’avais pas beaucoup de travail. Et pour être dans la réalité du jazz il fallait que je monte. Pourtant j’ai appris plein de choses en province. Mais comme il y a moins de monde en province il y a une cohésion bien plus forte entre les gens avec qui tu joues. Mais dans le même temps tu tournes un peu toujours avec les mêmes.

 Comment cela se passe quand on arrive à Paris, pour tourner, trouver des gigs, se mettre dans la connection des jazzmen parisiens ?

 GL : Déjà trouver des gigs ce n’est pas mon truc. Je ne sais pas trop faire. Mais bon j’avais des copains déjà installés comme Yoni (Zelnik) ou David (Georgelet). Et j’avais monté mon quartet avec eux.

 

 

 Avec qui joues tu actuellement ?

 GL : Je tourne notamment avec le Time Out Trio qui est composé de moi-même, de Yoni Zelnik à la contrebasse et de Laurent bataille à la batterie. Mais là c’est une réunion, ce n’est pas sous mon nom. Mais j’ai un autre trio sous mon nom avec Hélène Labarrière à la contrebasse et Eric Groleau à la batterie.

 Récemment tu as été invitée aux Lundi de Caratini. Tu le connais depuis longtemps ?

 GL : Pas du tout. En fait il avait écouté ce fameux concert sur France Musique et il a eu envie de m’inviter. Et j’étais ravie parce que c’est quelqu’un dont  j’ai toujours admiré son travail.

 Cela devait être particulièrement stressant

 GL : En fait je stresse pour tellement de choses ! Même par exemple lorsque je joue à la Huchette où je fais danser les gens. J’adore ça. Je joue dans un autre style bien entendu, un peu plus New Orléans (pas complètement quand même, on ne se refait pas !) et j’y prend un grand plaisir mais en stressant quand même.

 Quelles sont tes influences

 GL : Sur ma platine il y a forcement Eric Dolphy mais surtout Sonny Rollins. Parker et Coltrane évidemment dont je repiquais les chorus. Ou alors Paul Desmond aussi. Ou bien encore des chorus de Bill Evans que je reprenais pour le sax. Et en ce moment je suis totalement passionnée par Dolphy.

 Tu écoutes quoi en ce moment ?

 GL : En fait je n’écoute pas grand-chose. Mais j’entends des trucs épatants lorsque je sors. Même si je sors rarement. Parmi ceux là je suis vraiment émue par le batteur Dré Pallemaert. J’adore son jeu. Mais en ce moment j’écoute peu car je me consacre beaucoup à mon travail.

 Tu composes beaucoup. Dans quel esprit écris tu ?

 GL : Je ne sais pas trop, faut écouter. Il y a une certaine forme de construction des morceaux. Par tableaux. Je construis des morceaux comme des standards mais avec des reprises et des ostinatos. Ça reste ternaire mais quand même un peu free. Mais bon pour les gens qui aiment le free, c’est bop et pour les gens qui aiment le bop c’est trop free. Et à côté de cela j’adore jouer les standards pour avoir le plaisir de les structurer. J’adore les quartets de Miles avec Shorter ou encore l’esprit qu’il y a chez Mingus avec Dolphy.

 Tu composes comment ?

 GL : Juste un peu sur ordinateur mais juste pour m’amuser. Sinon je travaille au piano. Il m’arrive de travailler à la table sans rien. Mais en ce moment je n’ y arrive pas trop. C’est la page banche et je n’arrive pas à me forcer.

 Si un label venait te voir pour enregistrer tu préférerais y mettre quoi : tes compos ou des standards ?

 GL : Les deux absolument. Mais je ne ressens pas la nécessité d’enregistrer même si je sais que c’est la quadrature du cercle : jouer pour enregistrer et enregistrer pour jouer. C’est la loi du genre e je sais que je dois en tenir compte. Dans l’idéal j’aimerai surtout faire un album en public. J’aime cette idée de prise de risque.

 Aujourd’hui tu as trouvé ta formation idéale ou est ce que tu as des idées d’autres formats ?

  GL : Le format actuel me va bien. J’aimerai quand même un peu revenir un peu au quartet. Ramener u instrument harmonique. Et puis j’adore le piano !

 Des projets d’enregistrement ?

 GL : Non pas encore mais je sais bien qu’il va falloir que je m’y mette un jour. Pour l’instant mon seul album c’est celui auquel je participe avec Christophe Joneau. Mais c’est quelque chose de très stressant là aussi. Le retour du son c’est un truc terrible.

 

Tu arrives à accepter l’idée de te consacrer exclusivement au jazz, au détriment d’autres musiques comme le classique par exemple?

 GL : Si je le faisais j’irais dans un conservatoire car je trouve cela très difficile. En plus en sax il n’y a guère que le répertoire contemporain et je trouve cela très dur. Je le fais au piano parce qu’il y a le texte qui m’aide pour cela. Mais au sax s’il fallait que je m’enferme dans une partition je serais totalement perdue. En fait tout mon apprentissage vient essentiellement du travail d’oreille.

 Tu joues exclusivement de l’alto ?

 GL : Eh oui ! D’abord parce que je n’ai pas de soprano et le ténor cela me fait trop mal au dos. Et pourtant mon influence c’est plutôt les joueurs de ténors comme Rollins. Et puis peut être aussi par pragmatisme financier. C’est David Georgelet, l'ex- batteur de Yun Sun Nah qui m’avait revendu son sax et depuis je l’ai toujours. Mais maintenant que j’arrive à me sentir libre avec l’alto, pas question d’en changer. Même s’il m’arrive de l’oublier souvent (bel acte manqué, non !)

 Comment tu perçois cette arrivée soudaine sur le devant de la scène ?

 GL : En fait tout est parti du festival de Calvi où Claude Carrière m’a entendu un jour. Moi je ne les connaissais pas mais j‘ai fait le beuf comme on me l’avait demandé. C’est parti de là. Sinon il faut leur demander à eux. Mais je suis très touchée par le retour et l’écoute qu’ils ont de mon travail. Mais je vivais aussi avant ce fameux Jazz Club.

 Tu signes pour une série au Duc des Lombards ?

 GL : Oui effectivement, Jean Michel Proust me laisse un Lundi par mois.

 

 

 Propos recueillis par Jean Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0
15 mars 2006 3 15 /03 /mars /2006 19:06

Interview du pianiste Nico Morelli

 

 

Partager cet article

Repost0