Confirmation éclatante du talent de compositeur d'Alfred Vilayleck et de la qualité musicale autant qu'instrumentale des membres du Grand Ensemble Koa de Montpellier. Le fil rouge (plus qu'un prétexte assurément), c'est une évocation des poètes de la Beat Generation via trois figures tutélaires : Jack Kerouack, Allen Ginsberg et William Burroughs. La musique ne plonge pas ses racines dans les musiques de jazz qui furent contemporaines de ce trio poétique (le bebop, la révolution d'alors, et ses suites tumultueuses). Le choix est de jouer une musique d'aujourd'hui, marquée autant par le jazz des sixties et le rock progressif que par un sens des formes hérité de la tradition musicale de l'ensemble du vingtième siècle. La qualité des solistes irradie les espaces improvisés, et le sens collectif est palpable dans tout le déroulement du CD, plage après plage. La chanteuse Caroline Sentis, venue en renfort du groupe, prête sa voix aux textes, en anglais ou en traduction française. Dans la dernière plage, après le dernier vers de Thanksgiving Prayer, de William Burroughs, c'est une imprécation contre ceux qui accusent la Beat Generation de tous les maux. Déjà sorti en téléchargement (https://www.bauerstudios.de/de/data/shop/6632/ncd4195.html), l'album verra bientôt le jour en support physique (25 janvier en Allemagne, 1er février en France). Mais dès maintenant le groupe est en tournée : on se précipite !
Xavier Prévost
.
En concert le18 janvier à Perpignan (Jazzèbre), le 26 à Lautrec (Tarn) au Café Plum, le 2 février Saint-Claude (Jura) à La Fraternelle, le 8 à Nantes, au Pannonica & le 9 à Toulouse, au Taquin.
Un avant-ouïr sur Youtube
Editions PARENTHESES (144 pages, 120 photos en bichromie).
Ce livre n'est pas un nouvel album de photos de jazz, même s'il en présente tous les aspects. Bel ouvrage au format agréable, proche d'un cahier à l'italienne, il se feuillette avec plaisir car le papier est épais et de qualité, la mise en page originale et surprenante, les photos placées avec soin en respectant l'équilibre avec les textes qui documentent, précisent, poétisent.
C'est tout simplement le premier livre qui rende hommage à cette "drum society" selon la formule même du photographe, à ses acteurs souvent méconnus ou oubliés, à cette communauté de musiciens, née avec l'histoire de cette musique. Un "labour of love" envers le jazz, la batterie, cet instrument si singulier, inventé par et pour le jazz, les batteurs, ces "esprits frappeurs" selon un expert en la matière, le disert Bernard Lubat.
Amateur de jazz, Christian Ducasse, a toujours fréquenté les clubs de jazz et à Marseille, le Cri du Port depuis son ouverture. Progressivement, alors que son métier l'appelait ailleurs, la musique a fini par s'imposer jusqu'à prendre la première place. Cette complicité naissante avec les batteurs se fait alors sentir au point de plonger dans ce rêve de bois, de peaux et de métal, il établit même un parallèle entre batteur et photographe, figures à part, isolées au sein de leur métier.
Dès la préface-mise au point, Jacques Réda, tout en réintroduisant la notion (toujours) essentielle du "swing", laisse entendre qu'il ne faut pas chercher l' exhaustivité dans ce "Dreaming drums". Christian Ducasse n'a pu photographier en effet les tout premiers batteurs, les historiques, les "ancêtres". Mais aucun des batteurs actuels n'a pu échapper à l'influence des grands maîtres de l'instrument dont quelques grandes figures apparaissent cependant dans le livre, comme Max Roach, Tony Williams, Daniel Humair et son set spécifique de batterie, Kenny Clarke, dont l'une des deux photos, si émouvantes du livre, fit "la une" de Libération, à la disparition du musicien, le 28 janvier 1985.
Mais si l'histoire récente, contemporaine de la batterie vous intéresse, ce livre est fait pour vous, vous y retrouverez une "épopée du rythme" représentée par la centaine de musiciens rencontrés par le photoreporter depuis 1981, année décisive, initiatique. Commence en effet sa traversée au long cours de la contrée "drumland", de Doug Hammond au Cap d'Agde en avril, Milford Graves à Pise en juin jusqu'à Fred Pasqua, au club marseillais Le Jam, en avril 2018. Quant aux femmes, comme dans le jazz, elles ne sont pas assez nombreuses,évidemment, mais elles ne sont pas oubliées : on découvre une Anne Pacéo pensive, Terri Lyne Carrington et Susie Ibarra très concentrées.
Si le photographe se dit braconnier, toujours sur le qui-vive, il profite de ce "droit d'ingérence de l'oeil", sans qu'il soit question de mise en scène. Vont ainsi défiler devant nos yeux, les corps en action de batteurs qui dansent derrière leurs fûts, cogneurs fous ou délicats coloristes. Certaines positions, attitudes sont captées sur le vif : on saisit le rapport du batteur à l'instrument avec lequel il fait corps, des cymbales aux baguettes qui parfois peuvent leur échapper! Classées en séquences, apparaissent des sourires (attendrissant de Hamid Drake, épanouis de Christophe Marguet, Mourad Benhammou, Dave King...), des grimaces en plein effort ( Antoine Paganotti, Nasheet Waits...), le portrait saisissant de Michel Petrucciani dans les bras d'Aldo Romano, des duos de section rythmique ( Drew Gress et Tom Rainey, Dennis Charles et Didier Levallet, Vincent Segal et Cyril Atef...). Sans compter que le livre nous donne une pleine double page de noms de sections rythmiques!
Les mots ne sont pas en reste: les photos ne sont pas soulignées de leur traditionnelle légende (elle est reportée en fin de livre avec la page de référence) mais de textes, artistiquement mis en scène, en plus ou moins gros caractère dans les polices Andrea Tinnes et Univers, sélectionnées avec soin par les formidables architectes-éditeurs de la maison Parenthèses dont le catalogue jazz est une référence.
Franck Médioni est le deuxième auteur du livre, absolument complémentaire, dressant à grands traits l'évolution de la batterie en jazz, esquissant les portraits de batteurs historiques sans oublier de recueillir les témoignages de musiciens actuels sur leur conception du rythme, savoureuses confidences, toujours chères aux amateurs de jazz. Une forme assez ludique qui se prête à une lecture spontanée, diagonale, jamais fastidieuse. Ce document, sorte de journal qui engage un dialogue avec le lecteur, est riche de descriptions et d'analyses en rythme, qu'il faudrait presque suivre en se déplaçant...Ting, ti-gui-ding, ti- gui-ding. Cette histoire visuelle ainsi racontée, galerie de portraits toujours tendres, réussit à ne pas figer l'aventure du jazz et de ses batteurs qui font entendre leur voix.Et l'on finit avec le clin d'oeil malicieux d'Edward Perraud, lui même passionné de photo, qui a saisi un Christian Ducasse encore tout étonné.
Michel Petrucciani : « je commence à peine à savoir un peu jouer »
Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand (1)
Disparu à 36 ans à New-York le 6 janvier 1999, Michel Petrucciani n’aura pu mener à bien le grand projet qui lui tenait à cœur, une œuvre symphonique. Quelques parties pour une durée de 25 minutes avaient été présentées en concert le 15 septembre 1997 à La Haye par un orchestre symphonique sous la direction de Jurre Haanstra sur des arrangements d’Anders Soldh (ndlr : musique qui sera publiée en avril 2016). Quelques semaines après, le pianiste-compositeur s’était confié à l’occasion de la sortie de Both Worlds.(Dreyfus Jazz) album qui regroupait musiciens italiens (Flavio Boltro à la trompette et Stefano di Battista au saxophone) et américains (le tromboniste à piston Bob Brookmeyer, Steve Gadd à la batterie et Anthony Jackson à la basse.
-
Dans « Both worlds », votre jeu paraît moins fougueux. Michel Petrucciani aurait-il changé ?
Michel Petrucciani. - Je vais répondre avec une phrase bateau : avec l'âge on s'assagit (rires).
-Vous partez pour un mois au Japon et en Corée. Votre programme est bouclé pour les dix-huit mois à venir. Une pause ne s'impose-t-elle pas après dix-huit ans de carrière ? –
MP -Le public vous donne une énergie incroyable. J'aime la vie et tant que j'aurai envie de jouer... Le cauchemar, ce serait de ne plus avoir d'idées. Effectivement, le métier demande énormément de travail tous les jours, travailler sur des concepts, essayer de jouer mieux. C'est un travail microscopique. Cela prend des années avant d'être un musicien accompli, dans le classique comme dans le jazz. Je considère que je n'ai pas encore fini. Je commence à peine à savoir un peu jouer (rires).
Certains jazzmen, comme Keith Jarrett, se sont aventurés dans la musique classique. Ce n'est pas une expérience qui vous tente ? –
MP - Je ne fais pas le complexe du musicien de jazz qui veut essayer d'être reconnu comme pianiste classique. On peut être tout aussi grand en improvisant qu'en jouant comme Arthur Rubinstein. Ce sont deux vies, deux cultures, deux façons de travailler différentes.
Si vous deviez séjourner seul sur une île déserte, qu'emporteriez-vous ? –
MP -Quelques disques de jazz : Wes Montgomery, Erroll Garner, Bill Evans, John Coltrane (Live at Birdland), Miles Davis et Gil Evans (Porgy and Bess par exemple), Ella Fitzgerald et Louis Armstrong. Deux chanteurs brésiliens, Elis Regina et Joao Gilberto. Dans le classique, le pianiste Arturo Benedetti Michelangeli, Maria Callas. Un livre, Le Maître et Marguerite, de Mikhaïl Boulgakov, un tableau le Concert inachevé de Nicolas de Staël. Et je demanderais à manger de la cuisine italienne jusqu'à la fin de mes jours, c'est la cuisine la plus variée.
(1) Extrait de l’interview publié dans Paroles de Jazz (Ed Alter Ego 2014) avec l’aimable autorisation de l’éditeur Joël Mettay. Dans ce livre, figurent aussi des entretiens avec Aldo Romano, Joe Zawinul, Ahmad Jamal, René Urtreger, Herbie Hancock, Dee Dee Bridgewater, Melody Gardot.
Ingrid Laubrock, Contemporary Chaos Practices. Two works for orchestra with soloists. Mary Halvorson, guitar, Kris Davis, piano, Nate Wooley, trompette, Ingrid Laubrock, saxophone. Décembre 2017. Power Station, Berkeley NYC. Intakt Records.
Lors d’une récente conversation, Philippe Carles, l’auteur de « Free Jazz » (avec Jean-Louis Comolli) me confia son admiration pour cet album sorti l’automne passé par un label suisse assez pointu, Intakt Records, sis à Zurich. Le titre m’avait interpellé, mais j’avoue que j’ignorais totalement l’existence d’Ingrid Laubrock, même si la saxophoniste allemande (48 ans) résidant depuis dix ans à New-York après vingt ans à Londres s’est illustrée au sein des groupes marquants du free jazz. Membre régulière de la formation d’Anthony Braxton, qui l’a grandement inspirée, Ingrid Laubrock s’avère être aussi bien une vraie improvisatrice-au ténor et au soprano- qu’une sérieuse compositrice, Les deux titres présentés dans le disque constituent d’ailleurs des commandes passées à la jazzwoman. L’audace et la liberté tiennent le haut du pavé dans ces deux œuvres –Contemporary Chaos Practices (4 parties pour 24 minutes) et Vogelfrei (hors la loi en français) qui s’étire sur 17.48 minutes. Pas moins de 47 musiciens ont participé à ces créations en studio qui alternent mouvements d’ensemble et solos du quartet de la saxophoniste. Est-on dans le jazz ou la musique contemporaine ? La question ne se pose pas, tant les œuvres vous emportent dans un univers qui marie improvisations et compositions. L’accueil de la presse américaine témoigne de cette appartenance aux deux mondes : le New York Times a retenu l’album parmi les 25 disques de musique classique (classical music tracks) de 2018 et Downbeat consacré Ingrid Laubrock comme l’étoile montante (Rising Star) de l’année dans la catégorie saxophone ténor après lui avoir attribué la même distinction trois ans plus tôt pour le saxophone soprano. Le chaos et l’harmonie peuvent-ils faire bon ménage ?, 20 ans après l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan (Le chaos et l’harmonie. Editions Fayard), la musicienne Ingrid Laubrock apporte sa réponse, en notes.
Jean-Louis Lemarchand
Ingrid Laubrock se produira le 8 février à Vitry sur Seine (94)au sein de l’Anthony Braxton Zim ensemble dans le cadre du festival Sons d’Hiver.
J'ai un souvenir très vif du festival de jazz de la Seyne sur mer, au Fort Napoléon (83) qui accueillait la fine fleur du jazz européen et américain invitée par Robert Bonaccorsi qui dirigeait par ailleurs la VILLA TAMARIS, centre d'art contemporain. Ainsi les diverses pratiques artistiques étaient réunies (théâtre,cinéma, photographie, écriture, et bien sûr peinture) et le jazz se confrontait entre mémoire et création.
Le peintre JP Giacobazzi était un habitué des lieux. Pour son ami Robert Bonaccorsi qui lui avait consacré une belle rétrospective en 1996, il était un "virtuose du collage, maître du coq à l'âne visuel, iconolâtre et iconoclaste, il possédait l'art et la manière de décrypter le réel". Ses "bleus crus et rouge sang" illustrent une mémoire à vif, violente, celle de l'immigration italienne dont il était issu, celle des chantiers navals de la Seyne où il avait été docker, un temps. Inscrit dans le mouvement de la Figuration narrative ( Rancillac, Fromanger,Erro, Arroyo), il travaillait à partir de photos, cette technique lui permettait de s'insérer dans l'histoire, l'actualité, de faire partager son engagement en déclinant ses mythologies personnelles.
"Rendre le jazz présent et surtout l'inscrire au coeur du projet pictural" était l'un de ses objectifs. Il fut ainsi l'auteur d'affiches du festival et signa quelques pochettes pour le label sudiste CELP Musiques, qui enregistra dans le temps, André Jaume, JimmyGiuffre, Charlie Mariano, Joe Mc Phee, Rémi Charmasson... et le Jazz Hip trio de Daniel Humair, JB Eisinger et Roger Luccioni ( créateur du festival des 5 continents à Marseille).
Le festival et JP Giacobazzi ont disparu mais ses amis, les musiciens de l'AJMI avignonnais ont voulu, avec leur collectif, créé en 2014, la compagnie de l'ARBRE DE MAI, composer la bande-son d'un film qui salue son travail, le personnage et son humanité : le tableau d'une exposition sudiste de "GIACO" où l'on reconnaît portraits, affiches du festival, Marseille, La Seyne et ses chantiers navals. Le guitariste Rémi Charmasson, à l'éloquence fleurie et poétique précise :
"Giaco" peint l’histoire des peuples et de leurs destinées. De l’Indochine à l’Algérie, de l’Italie aux Usa, de l’opérette à Sinatra, du Che à Sitting-bull, du Coca au Pastis, le grand-écart permanent, la valise à la main et le miston sur l’épaule… Et ce « noir » esseulé coloré de son blues...Ennio Morricone, Verdi, Robert Mitchum, Jimi Hendrix, Martin Scorsese soutiennent ses pinceaux tout autant que ses amis musiciens. La lumière peinte à l'épaisseur du son."
C'est la chanteuse Laure Donnat qui ouvre l'album par une composition co-écrite avec le contrebassiste Bernard Santacruz "Al Djazaïr" qui présente ce "rêve de toiles qui fait décoller". Un rapport fantasmé à cette Afrique du Nord. "Ce qu'il raconte, c'est cette invitation à traverser l'au-delà de la peinture... ses toiles sont des guides pour traverser l'imaginaire".
Le CD est le résultat du travail d'équipe d'un quintet à l'énergieféconde. En dépit d'approches différentes, la musique garde une grande unité, portée par la voix de la conteuse, la rythmique précise et souple, le martèlement pénétrant du piano, le chant rauque et tendre de la guitare. Ayant visité son atelier, les musiciens sesont inspirés d'une sélection de toiles pour écrire les quelques chapitres de cette histoire avec le concours d'une vidéaste. Les morceaux agissent plus en résonance qu'en références, nous immergeant dans l'atmosphère singulière du peintre. On perçoit la lumière, l'espace, on ressent le vent qui habitait les toiles hyperréalistes de Giacobazzi, habités de curieux paradoxes, de rapprochements singuliers. Quelle étrangeté dans ces lieux ainsi immobilisés dans une palette absolument unique, qui a le tragique du bleu implacable méditerranéen.
Le spectacle enregistré au jazz club l'Osons, à Lurs en 2017, a été ensuite présenté à la Gare de Coustellet puis au Chêne Noir d'Avignon. Une douceur mélancolique vous envahit quand musiques, voix et couleurs s'entrelacent avec finesse. Car il est fait appel aux sensations, jamais à la sentimentalité, que les préoccupations sociales soient au premier plan comme dans ce "Rosita" ou "Les champs de liberté" que Laure Donnat porte de sa voix vibrante, en italien, avec un esprit et des accents proches de la passionaria Lucilla Galeazzi. Quand vient le temps des souvenirs, celuides photos de classe, ce sont "Les enfants" qui sont évoqués dans une berceuse délicate. "Early Work's Suite" reprend des études des débuts, retraçant l'éveil d'un peintre ou d'un musicien à sa pratique.
On se laisse prendre par cette musique d'atmosphère, grave souvent, exaltée ettendre, qui semble venir d'une contrée lointaine et pourtant familière, celle des toiles de Giaco.Que l'on aimerait voir encore programmé ce spectacle complet de musiques, d'ombres et de lumières.
Grand Prix Jazz à CÉCILE McLORIN SALVANT pour son disque 'The Window' (Mack Avenue / Pias)
Grand Prix Blues au groupe DELGRES pour son disque 'Mo Jodi' (PIAS)
JORDI PUJOL, du label Fresh Sound, a reçu un Prix in honorem pour son travail sur l'édition phonographique et les rééditions, depuis 1983, et en particulier pour ses récentes publications de rééditions et d'inédits du jazz français des années 40 à 60.
JOËLLE LÉANDRE a reçu un Prix in honorem en musique contemporaine pour l'ensemble de son parcours musical,à l’occasion de la parution récente de 'Double bass', ( B. Jolas, G. Scelsi, J. Cage, J. Druckmann, J. Léandre par J. Léandre) (Empreinte digitale). Elle a publié également cette année plusieurs disques de musique improvisée
L'harmonica est un instrument trop rare dans le Jazz, il n'en reste pas moins l'un des plus expressif et des plus puissant sur le plan émotionnel…
Laurent en est l'un des représentants les plus accompli et respecté à ce jour, alliant une technique instrumentale rarement atteinte sur cet instrument à un son qui emporte et fait rêver, au travers d’un répertoire plantureux (compositions, standards, arrangements, reprises …), où Il invite à (re)découvrir ce superbe instrument qu’est l’harmonica chromatique.
Quelques repères biographiques et discographiques :
… Ou l’histoire d’un gamin de douze ans qui tombe amoureux d’un son et d’un instrument. Il l’a d’abord entendu dans les salles de cinéma, et c’est le cadeau qu’un ami lui fera d’une cassette d’enregistrements de Toots Thielemans qui le fera définitivement entrer en religion !
Né à Paris en 1970, son apprentissage musical commencera finalement assez tardivement, vers l’âge de 18 ans. Dans sa chambre avec les disques tout d'abord, puis dans le métro parisien où il gagnera sa pitance en musique (de 1990 à 1994) puis au sein de différentes formations de blues et de rock, Peter Kingsbery (ex Cock Robin), Mighty Sam Mac Laine, Adrian Burns, Sittin Blues.
Ses principales influences sont à chercher du côté de Sugar Blue et Sonny Boy Williamson, mais il a également beaucoup écouté Big Walter Horton, Little Walter, Paul Butterfield … et Toots, bien sur.
L'envie de jouer du jazz l’amène à suivre pendant un semestre une formation plus théorique au C.I.M. de Paris (1994), puis il s'installe a Bordeaux au début de l'été 1994 et commence à faire ses armes et jouer avec les Jazzmen locaux... Avec les encouragements de Toots Thielemans et la complicité de Do Harson (compositeur-arrangeur), il réalise un premier album* « Mano a Mano » en s’entourant du trio de Francis Lockwood en décembre 2001.
Les étapes de sa progression s’enchainent alors à l’avenant:
- Il est double lauréat du concours international d’harmonica de Trossingen (Allemagne)**, en 2001, dans les catégories chromatique libre et jazz chromatique.
- Il intègre en 2004 le “CMDL” de DIDIER LOCKWOOD. La rencontre qu’il y fait avec ORLANDO POLEO, un maitre de la percussion, est un virage important dans sa carrière : il le rejoindra dans son nouveau projet, l’AfroVenezulian Latin-jazz Quintet, (avec Gerardo di Giusto (Arg), Felipe Cabrera et Glukmil Perez (Cuba), Orlando Poleo (Venez.)), dont les engagements les amèneront à se produire dans toute l’Europe (festivals de Genève, Lausanne, Séville, Paris, nombreux clubs …).
- Il réintègre les studios en septembre 2006 pour participer à l’enregistrement de l’album « should I stay » de la jeune et talentueuse chanteuse Clem, (sur des compositions de la leader et des arrangements de Felipe Cabrera, pour le label japonais DIW Records), qui l’engage également dans son quintet (tournées en Suisse, Luxembourg, Allemagne), puis en novembre de la même année sur l’album « 7waves » d’Yves Carbonne (Alternity Records, USA).
La poursuite de l’amicale collaboration avec Orlando va l’entrainer dans une filière Caraïbe et Vénézuélienne aussi enrichissante que dépaysante, en particulier en juin 2007 à Caracas (Venezuela) pour le festival international de musique afro-américaine, le « FITA » où ils partageront la scène avec la Descarga Criolla (plateau réunissant les plus grands artistes vénézuéliens du moment) ...
En 2010 l’appel du large l’emmène en Asie (Chine, Corée) , où il développe une carrière de leader et partage la scène avec les plus grands artistes de jazz locaux (Xiajia, Moreno Donadel, Beibei, zhangke , Kim Jeeseok, Kim Minchan, Kim Dae Ho, Wonsool Lee, Vian , Jo Jung Hee...) . Il s'installe principalement a Beijing et Seoul et tourne dans toute l’Asie, en Chine, en Corée et en Mongolie (Shanghai, Taiwan, Oulan Bator, Hanoi, Wuhan, Tianjin, Nanjing, Guangzhou, Jarrasum, Daegu, Chunchon ...).
En 2016 il revient s'installer à Paris et depuis joue dans les clubs et festivals Français tout en continuant ses collaborations et tournées à l'étranger (Concert a l'opéra house de Oulan Bator et Festival de Chalon en champagne en mars 2017 ...).
La période récente le voit enregistrer un nouvel album en leader (2018) et participer à celui d’un quartet original, associant les flutes d’Emilie Calmé à son harmonica (2017) :
YOUPI 4tet, ‘No Man’s Land’, avec Émilie Calmé (flûtes, bansouri), Ouriel Ellert (basse électrique) et Curtis Efoua Ela (batterie). 2017. InOuie Distribution.
Laurent MAUR, ‘La Dernière Danse’, avec Mario Canonge (piano), Felipe Cabrera (basse), et Pierre Alain Tocanier (batterie), avec l’amical soutien de Richard Galliano, Alain Jean-Marie, Jean-Jacques Milteau et Marc Berthoumieux. 2018. MAQUIZ’ART.
* Laurent MAUR, ‘Mano a Mano, Harmonica with strings’. 2002. CRISTAL Records.
Daniel Goyone (piano), Thierry Bonneaux (vibraphone, percussions)
Pernes-les-Fontaines, 25-27 septembre & 20-23 novembre 2017
Music Box Publishing A 442 / InOuïe Distribution
À la première écoute, à cause peut-être de la plage 1, Baba Rumba, qui exhume le souvenir d'Armando's Rhumba, et aussi en raison de la clarté mélodique, et du dialogue avec le vibraphone, on pense à Chick Corea. Mais c'est un leurre. Daniel Goyone est un brouilleur de pistes, un musicien qui maraude sur les sentiers transversaux, offrant ses talents mêlés de pianiste et de compositeur au jazz, aux musique latines et indiennes, ou à la chanson de qualité. Goût revendiqué de la musique française du début du vingtième siècle (dont une plage-clin d'œil à Erik Satie), mais aussi exploration hardie des combinaisons rythmiques les plus audacieuses, tout chez lui respire l'esprit d'indépendance. Écriture soignée, espaces improvisés quand le déroulement le requiert, le musicien garde la maîtrise de son projet, en harmonie totale avec le vibraphoniste-percussionniste Thierry Bonneaux, complice de longue date. Il en résulte un disque résolument inclassable, et qui manifestement se revendique comme tel. Alors rangez votre étalonneur de catégories musicales, oubliez votre tendance à la taxinomie, et profitez du plaisir qu'offre ce disque singulier et totalement réussi.
Xavier Prévost
.
Sur Youtube, extraits et élucidation par le pianiste-compositeur
Peu avant la fin de l'année, j'ai reçu des nouvelles du saxophoniste-improvisateur Daunik Lazro, qui avait égaré mes coordonnées et souhaitait me faire partager deux nouveaux disques : le premier, « A Pride of Lions », issu d'une rencontre à Tours dans la cadre transatlantique de 'Across the Bridge' en 2016, et paru lors du match retour à Chicago en mai 2018 ; et le second, enregistré en 2016 à Vandœuvre-lès-Nancy à l'initiative du regretté Dominique Répécaud, mixé ultérieurement, et apparu dans le paysage sonore cet automne.
THE BRIDGE SESSIONS 08 «A Pride of Lions»
Daunik Lazro (saxophones ténor et baryton), Joe McPhee (saxophone ténor, trompette de poche), Joshua Abrams (contrebasse, guembri), Guillaume Séguron (contrebasse), Chad Taylor (batterie, mbira)
De ce premier disque on pourrait dire qu'il est dans la tradition de la musique improvisée afro-américaine, car cette musique, surgie à l'orée de sixties, a déjà une (longue) histoire, des codes et une tradition. Et les rencontres suscitées par 'The Bridge', réseau transatlantique surgi à l'orée des années 2010, font vivre et revivre cette histoire presque neuve en organisant, en France et aux USA, des tournées de groupes où s'associent des musicien(ne)s de Chicago (et du Midwest) et des musiciens français. Ceux qui participent à ce disque ont des affinités et des expériences antérieures, mais comme toujours dans la musique improvisée, lorsqu'elle éclot sous un jour favorable, ce sont l'événement singulier, l'osmose du groupe et la magie de l'instant qui tissent un moment musical. Tissage réussi, trame lisible et pourtant pleine de surprises et de bifurcations inattendues, bref tout ce qu'on aime dans ce type de rencontre, sans filet et en concert.
Le second disque raconte une autre histoire, celle d'une musique expérimentale qui, comme la musique improvisée qui puise une part de son idiome dans le jazz.... et ailleurs, va prendre son bien dans d'autres territoires : musique électroacoustique, rock, musique(s) contemporaine(s).... La rencontre s'est faite autour d'une personnalité majeure de ce courant : Dominique Répécaud, guitariste mais aussi fédérateur du festival Musique Action qui vit éclore, sur plusieurs décennies, bien des aventures musicales autant qu'humaines. Cette musique est à l'image de cette rencontre entre des personnes-et des personnalités musicales- qui partagent un goût prononcé de l'aventure et un désir d'action sonique (si l'on veut reprendre l'expression qui identifie l'objet). Dominique Répécaud est mort moins de 5 mois après l'enregistrement. Les membres du groupe ont mis du temps à surmonter la tristesse qui les envahissait à chaque réécoute pour le mixage et l'édition. Mais comme ils l'expriment collectivement dans le livret du CD « Faire durer le travail, les écoutes, c'était encore jouer ensemble. Fraternité inoubliable et Reconnaissance éternelle ». Tout est dit, et cela se confirme à l'écoute.
Concert hommage initié par l’Académie du Jazz, journées spéciales à la radio (France Musique, TSF), sorties de coffrets de disques sur sa période Dreyfus : de nombreux événements sont prévus pour célébrer les 20 ans de la disparition de Michel Petrucciani le 6 janvier 1999 à 36 ans.
Pour les amateurs du pianiste « pétri de musique » selon le mot d’une voisine de sa ville natale Orange, les hommages ont débuté cet automne avec la sortie chez BMG d’une intégrale de la production discographique chez Dreyfus (12 cd). La même maison de disques, qui a repris le catalogue Dreyfus sort en janvier une anthologie des compositions de Michel Petrucciani avec le témoignage de pas moins de 40 pianistes recueillis par Pascal Anquetil.
Sur les ondes, France Musique consacrera une semaine spéciale à Michel Petrucciani : dans son émission, Open Jazz (18 h-19 h), 'Alex Dutilh invitera cinq pianistes du 2 au 8 janvier (2 janvier, Laurent Coulondre, le 3 Manuel Rocheman, le 4 Bruno Ruder, le 7 Thomas Enhco et le 8 Baptiste Trotignon) ; les Légendes du Jazz de Jérôme Badini proposeront des concerts du pianiste les 5 et 6 janvier de 18 h à 19 h ; le temps fort sera constitué par une nuit Petrucciani du 5 janvier à minuit au 6 janvier à 7 h présentant des concerts du pianiste disparu. Quant à TSF, la station présentera tout au long de la semaine du 7 au 11 janvier un abécédaire dédié à Michel Petrucciani en même temps que deux numéros de son émission dominicale Rue des Archives et des témoignage de ses proches dont Aldo Romano et Jean-Jacques Pussiau.
Les fans de Michel Petrucciani retrouveront Aldo Romano sur scène le 9 février à l’auditorium de la Seine Musicale à Boulogne Billancourt lors d’un concert organisé par l’Académie du Jazz qui réunira entre autres des musiciens ayant joué avec le pianiste, Joe Lovano, Lenny White, Flavio Boltro , Philippe Petrucciani (son frère) mais aussi les pianistes Franck Avitabile, Jacky Terrasson et Laurent Coulondre, la saxophoniste Géraldine Laurent, le bassiste Géraud Portal...
Jean-Louis Lemarchand