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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 22:31

  CARAVAGGIO #2

Bruno Chevillon (b, cb, electro), Benjamon de la Fuente (Vl, mandcaster, g, electro), Eric Echampard (dm, percu, electro), Samuel Sighicelli (orgue hammond, sampler, synthé)

Studio La Buissonne 2012

 Caravaggio.jpg

Amateurs de sensations fortes, cet album est pour vous ! Caravaggio, du nom du peintre florentin, propose en effet une musique électro acoustique créatrice de sensation fortes, entre univers fantastique ( Beth Vibrations), mangas ou jeux videos hyper stressés (Aguirre, Anybody here).  A eux 4, ces musiciens explorent des backgrounds rocks et créent des espaces et des textures sonores saisissants. Ils manient les sons électro et les instruments acoustiques avec une très grande maîtrise. Les espaces sont parfois très distendus, parfois serrés à l’extrême passant d’une musique fourmillante à une musique minimaliste dans un même thème (Aguirre). L’orgue hammond de Sighicelli insère une pâte sonore dessinant des atmosphères mystérieuses (When you will be angelic). On est en pleine dramaturgie, à l’Intérieure d’une toile cinématographique. On pourrait y voir, à sa manière aussi une sorte de continuation, sans imitation, de l’univers d’un King Crimson mâtiné de celui des Floyds ou encore de John Zorn (on s’attend en effet à tout moment à voir débarquer un Mike Patton qui ne dénaturerait en rien le propos). L’écriture y est magnifique, sensationnelle ( au sens propre), para –sensorielle presque tant l’éntrange affleure toujours derrière le propos. Entrer dans l’univers de Caravaggio c’est entrer dans une expérience rock où les distorsions des guitares et les les nervures du violon, s’endiablent avec l’électronique et avec l’orgue magistral. Ces 4-là ont créé un univers remarquable qui ne laissera personne indifférent. A écouter absolument (après les fêtes bien sûr) !

Jean-Marc Gelin

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 09:42

 

 arte-logo.jpg

 mercredi, 12 décembre 2012 à 22:20

Rediffusions :
17.12.2012 à 03:55
Billie Holiday for ever
(France, 2012, 52mn)
ARTE F
Réalisateur: Frank Cassenti

 Billie-Holiday.jpg

Amis amoureux de la dame au gardenia, vous que tue la voix de Lady Day, vous qui ne vous êtes jamais remis de « Don’t Explain », qui restez hantés par «  Strange Fruit » ou par « God Bless the Child », vous pour qui rien n’a jamais égalé la voix déchirée de Billie Holiday, de grâce ne manquez surtout pas le très beau documentaire que Franck Cassenti à consacré à la chanteuse de Baltimore et qui sera diffusé Mercredi 12 décembre sur Arte à 22h15.

 

Les moments de jazz sont en effet assez rares sur le petit écran pour saluer comme il se doit cette belle initiative de programmation en 2ème partie de soirée autour du travail d’un des réalisateurs les plus importants que connaît cette musique.

photos-Sem2-2012-1208.JPG

 

Franck Cassenti a quelques passions dans sa vie. On lui connaît celle d’Archie Shepp auquel il a consacré une grande partie de son travail . On lui connaît aussi celle des chanteuses et l’on découvre ici tout l’amour qu’il porte à Billie Holiday.

Avec un très gros travail de montage ( le doc ne dure qu’une heure) , les images d’archives toutes très connues, se mêlent à une approche biographique sommaire ( surtout là pour souligner la vie dramatique ( !) de la chanteuse). Mais surtout, le film donne la parole (ou plutôt la voix) à d’autres chanteuses que Billie Holiday a inspirées. On y entend ainsi Patricia Barber, Sandra Nkaké ( qui réinvente God Bless the Child), l’incroyable et exceptionnelle Lavelle avec Jacques Schwarz-Bart,

 

 

 

 

Sarah Quintina qui chante I Cover the Waferfront en solo dans une église ou encore une émouvante Leena Conquest. Pour ma part j’ai été totalement renversé par les deux thèmes chantés par Cecil Mc Lorin en duo avec Jacky Terrasson. Un très grand moment d’émotion.

Archie Shepp intervient brièvement, tout comme Hal Singer. On peut juste regretter que les archives soient trop souvent coupées au montage comme cette émission de télé de 1957 avec Ben Webster, Roy Eldridge, Lester Young, Coleman Hawkins, et Gerry Mulligan sur Fine and Mellow et le regard que Billie porte sur Prez!!. Que pour la peine, je vous offre ici en cadeau.

Magneto Serge !

 

 

 

 

 

 

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 14:57

 

Instant music record 2012

Distribué par Muse

Rémi Gaudillat (tp), Russ Lossing (p), usin Nachoff (ts, cl), Bruno Tocanne (dms)

Bruno-Tocanne.jpg

C'est ici un exercice entre écriture et improvisation qui s'organise autour du vif drumming de Bruno Tocanne,véritable moteur de cette musique.  Loin de donner la pulse, Tocanne anime la musique par ses grondements, ses roulements et ses ponctuations. maître de la phrase. On est loin de l'engagement politique fort du batteur qui dominait chez lui (« New dreams on »), loin aussi de ces inspirations rock (« I overdrive trio »). Certes la musique reste libre, par cette large part donnée à d'improvisation mais elle est aussi un peu plus assagie, encadrée entre jazz free et jazz moderne. Entendez par moderne l'inspiration donnée par la musique d'un Paul Motian par exemple ( kumo to mine ou firely). Bien sûr il y a aussi quelque chose d'Ornette dans ce One Pm où la musique flirte avec l'atonalité comme lors d’une fin de set épuisée avant de s'assagir et de laisser les espaces se créer entre les lignes. Mention toute spéciale donnée à Rémi Gaudillat à la trompette, à la fois anguleux et mordant. Mais l'on est parfois un peu gêné par le parti pris parfois d’une sorte d'inaboutissement de la musique qui ne donne pas clairement de direction. Comme si les solistes, rangés derrière le batteur étaient un peu (volontairement ou pas) perdus dans la musique sans trop savoir jusqu'où ils peuvent aller. L'improvisation organisée toucherait ainsi sa propre limite. La contrepartie étant donnée par les dessins harmoniques du quintet comme sur ce "frémissement" qui clôture l'album avec de prégnantes réminiscences de Motian, le génial coloriste.

Jean-marc Gelin

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 20:46

Bettye LaVette. A Woman Like Me. With David Ritz.

Blue Rider Press.

Pearson-Penguin Group. Septembre 2012.262 pages. 26,95 $

BettyeLaVetteCover2012.JPG

Voici le genre de biographie du plus pur style américain, bien saignante. Amateurs de politiquement correct et âmes sensibles, s’abstenir. La vie de Bettye LaVette n’a rien d’un conte de fées.  Le récit que la chanteuse de R& B en donne, avec la complicité de David Ritz-un expert du genre qui a mis sa plume au service notamment de Ray Charles- s’avère bousculé, agité, passant par des hauts  et (surtout) des bas. Jamais elle ne baisse les bras. Elle assume sa personnalité, comme elle assure sur scène. Avec vigueur. Sans (presque) rien dissimuler, de son penchant pour la boisson (venu de ses parents qui  tenaient une boutique d’alcools), de son goût pour le(s) sexe(s) et surtout des coulisses du show-bizz avec ses coups fourrés et  ses coups tout court (allant même jusqu’à justifier le traitement viril imposé à Tina Turner par son époux-Pygmalion Ike).

En cinquante ans de carrière, Betty Jo Haskins en a vu et subi. Vedette à 16 ans en 1962 avec « My Man, He’s A Lovin’Man », signée par le label Atlantic, camarade d’écurie d’Aretha Franklin, Marvin Gaye, Otis Redding, oubliée à 20 ans, revenue sous les feux de l’actualité la cinquantaine passée grâce au producteur français Gilles Pétard qui redécouvre des enregistrements jamais publiés, consacrée enfin par sa participation au concert d’inauguration  de la présidence de Barack Obama en janvier 2009. En quelque deux cents pages bien troussées, au style alerte, aux expressions crues, Betty LaVette n’hésite pas à laver son linge sale en public. Surtout elle donne une leçon de vie, de survie plutôt dans un milieu que l’on sait impitoyable. « A l’approche de mes 67 ans, confie-t-elle, je ne suis pas encore là où je voudrais être mais je suis sûr, c’est vrai, que je ne suis plus où j’étais ».

Jean-Louis Lemarchand

Dernier disque publié, Thankful N’Thoughtful (Anti) en septembre 2012, que Betty LaVette a présenté lors d’une tournée en France qui s’est achevée le 9 décembre à Lille.

 

 

 


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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 07:07

Brubeck-Dave-Digs-Disney.jpg

Vingt-cinq ans après, Dave Brubeck a rejoint au paradis des jazzmen son complice des années glorieuses, le saxophoniste Paul Desmond. Disparu le 5 décembre à Norwalk (Connecticut) la veille de ses 92 ans, le pianiste et compositeur restera à jamais célèbre pour l’alliance qu’il forma avec le saxophoniste alto au sein d’un quartette où officiaient également et élégamment le bassiste Gene Wright et le batteur Joe Morello.

Formé en 1951, le groupe accéda au succès grand public en 1959 avec deux compositions, Take Five (en 5/4) signé Desmond, et Blue Rondo A La Turk, de Brubeck.  Dès lors, le tandem du pianiste de formation classique,  élève de Schoenberg et Darius Milhaud, inventif dans ses compositions, et du saxophoniste alto au son aérien (Alain Gerber lui a consacré un ouvrage joliment et justement intitulé « Paul Desmond et le côté féminin du monde »), allait arpenter le globe, conquérant des amateurs bien au-delà de la sphère des jazzfan.

Photo-brubeck.jpg

La dissolution du quartette « historique » en 1967 n’allait pas marquer la fin de la coopération de Dave Brubeck avec Paul Desmond, les deux comparses se retrouvant en 1975 pour un enregistrement en duo (These Foolish Things).  Le pianiste californien natif de Concord devait reconstituer un quartette et poursuivre jusqu’à ces dernières semaines une activité professionnelle couronnée de nombreuses récompenses et d’hommages officiels (dont le National Music American Eagle Award en 1988). Le comique américain Mort Sahl fit un jour cette remarque : « Quand Foster Dulles (ndlr Secrétaire d’Etat) visite un pays, le Département d’Etat envoie le quartette de Dave Brubeck quelques semaines plus tard pour réparer les dégâts. »

Membre permanent du quartette de 1951 à 1967, le batteur Joe Mo

rello (décédé en 2011), très en verve dans les deux albums-phare du groupe Time Out et Time Further Out, rétorqua un jour aux critiques qui reprochaient à son patron de ne pas swinguer : « Il peut swinguer quand il veut, il ne joue pas comme tout le monde, ce qui est, je pense, admirable ».

 

Jean-Louis Lemarchand


Sélection discographique : Time Out, Time Further Out, Jazz Impressions of Japan, The Great Concerts (Ams

terdam, Copenhagen, Carnegie Hall), Gone With The Wind (Columbia).

 

 

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 21:25

 

Ad Lib Production

www.jeanlucfillon.com

 fillon.png

Jean-Luc Fillon (dont la patronyme n’a rien à avoir avec le célèbre empêtré) est un garçon résolument gonflé. Et audacieux ! Non contant d’avoir apporté depuis quelques années et avec brio, la preuve que le hautbois (ou cor anglais if you prefer) n’était pas un instrument réservé aux baroqueux mais qu’il pouvait créer de nouvelles sonorités dans le jazz ( cf. son travail sublime sur Duke Ellington), non contant de se monter fort audacieux disais-je, Jean-Luc Fillon est aussi casse cou. Car il faut avoir une petite dose de folie pour oser s’engager dans une formule fort exigeante en duo Hautbois/Accordéon.

Et force est de constater que l’on ne peut manquer d’être impressionné par la qualité musicale de ce que ces deux-là proposent. Ça joue à haut, très haut niveau. En grande partie, la performance résulte de l’appropriation d’une écriture magnifique signée soit de l’accordéoniste, de Fillon lui-même mais aussi de Claude Barthélemy, Marcel Azzola, Hermeto Pascoal ou encore Peggy Stern. De ce matériau Jean-Luc Fillon en fait une musique buissonnière, heureuse, virevoltante, la robe légère et le sourire aux lèvres. Les deux hommes s’écoutent, s’entendent et se comprennent admirablement. L’énergie domine les échanges et la couleur du son, la pâte harmonique tirée du mariage du Hautbois et de l’accordéon est carrément convaincante.

Pour autant l’exercice impose un partage des tâches un peu unilatéral. Jean-Luc Fillon, en gourmand épicurien de la musique s’y jette à corps perdu dans des arrangements très serrés et denses où la répartition des rôles, un peu contrainte par le registre des instruments ( difficile en effet pour le hautbois de jouer les lignes de basse) est du coup un peu unilatérale confiant aux sinuosités du hautbois les lignes mélodiques et les improvisations (exceptionnelles) et à l’accordéon la chaleur des harmonies et la ponctuation rythmique.

Mais la musique est belle. C’est une musique qui danse. Une musique emplie d’humanité et de fraternité. De ce duo où dominent l’écoute et le partage, le résultat est beau. Juste beau. Et se déguste sans modération.

Jean-Marc Gelin

 

 

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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 21:56


Michel-BUTOR-et-Marc-COPLAND--Le-long-de-la-plage.jpgVision Fugitive

« Ce qui noud attend là bas…pour pouvoir apprivoiser les soupirs du monde entier »
La genèse de ce court album de miniatures exquises, lues à voix haute par Michel Butor ( 87 ans) d’une voix claire et nette, sans modulations, accompagné du son cristallin du piano de Marc Copland,  vient d’une rencontre improbable, rêvée et désormais effective, entre l’écrivain français, grand voyageur, auteur entre autres de La Modification, chantre du Nouveau Roman et le pianiste américain Marc Copland.
Michel Butor a développé une « écriture nomade »,  toujours multiplié les œuvres réalisées avec des artistes contemporains, inventé de nouvelles formes textuelles au gré de ses innombrables voyages.  Son projet littéraire était de changer le monde par un travail sur le langage, avec des poèmes semi réguliers, ne respectant pas les règles de la prosodie classique,  de tracer des « idéogrammes sonores sur la page de l’attente». Il a ainsi abandonné le roman depuis cinquante ans.  Et la musique dans sa vie ?  Michel Butor est un amoureux du jazz qu’il a découvert à la Libération, quand chaque semaine parvenaient les nouveautés américaines : Monk, Parker, Gillespie.
Visiter l’espace butorien en musique, on se doute que cette expérience ne pouvait que l’enchanter et exciter son inlassable curiosité : l’écrivain et le poète s’apprivoisèrent lors d’une séance unique dans le studio magique de La Buissonne, s’écoutant et se répondant l’un l’autre, inversant leur rôle, interchangeables en quelque sorte. A chaque étape, le texte de Michel Butor fait entendre la voix d’un autre poète, musicien, une petite musique obsédante, hypnotique, minimaliste et intime. Une ballade tendue vers une paix intérieure : « le temps reste ouvert, il y aura toujours à inventer», en marchant le long de la plage.  


Comme sur une carte ou un globe terrestre
« Un Gênois obstiné, obsédé par Marco Polo, parti pour le Japon, empêché par l’ Amérique.» 
Michel Butor mêle la plus triviale réalité à l’histoire et géographie de notre pays,  dresse la cartographie d’une œuvre toujours en mouvement. Avec ce sens du réel, ou réalisme poétique, il déroule le fil de son écheveau poétique, de ses pensées égrenées simplement, sans accentuation, dans une « platitude» voulue, une invention d’écriture qui devient poésie du quotidien. La musique est là,  roulant d’un mouvement imperceptible jusqu’à ce que la vague jaillisse. « Sur le clavier de l’histoire, les arpèges apprivoisent les accords dilapidés, défont les ronds du progrès...pour changer notre savoir.»

Sophie Chambon

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 21:27

 

Antoine Hervé (p, fder, synthés), Véronique Wilmart ( acousmatique, ordi), Philippe « Pipon » Garcia (dm), Jean-Charles Richard (ss, bs)

www.antoineherve.com

 antoine-herve.jpg

Ceux qui sont familiarisés avec l'univers d'Antoine Hervé, ceux qui ont suivi ces magnifiques leçons de jazz ( Keith Jarrett, Oscar Peterson, Wayne SHorter etc....) ou encore ceux qui ont  à l'oreille " Mozart la Nuit" vont être sacrément surpris des univers qu'explore le pianiste avec cette formation " Pierrre et Marie Tuerie". Car ce que propose Antoine Hervé est en réalité une sorte d'expérience de laboratoire où la musique se confond avec l'architecture d'un paysage sonore. La musique et le son etant les deux ingrédients principaux du cocktail. Antoine Hervé , en blouse blanche joue alors avec les alambics de la musique, organise cet espace en nous laissant déranger par des sons parasites qui viennent déstabiliser notre confort d'auditeur trop avide de repères ( Parallèles). Cela peut alors être le son de boules de métal qui s'entrechoquent, le bruit de l'eau ou encore des effets électroniques totalement décalés rompant la linéarité d'un discours musical pour le coup, hors formatage. On jurerait même qu'Antoine Hervé joue aussi le parasitage facétieux avec un brin d'humour décalé (Les Triplettes de Barbès).

Et dans cet espace, Jean-Charles Richard, absolument impérial , vient décocher ses flèches, dessiner ses

arabesques avec une puiss ance et une énergie redoutables. Le saxophoniste qui vient, à juste titre de remporter le prix Charles Cros s'impose en effet de plus en plus comme l'un des grands maîtres du soprano qu'il marie judicieusement au baryton passant ainsi de l'aigu au grave avec la même maîtrise et la même expressivité.

Dans ce développement foisonnant et riche, c'est comme une dramaturgie qui se déroule à pas comptés. On entre alors dans un univers passionnant et quasi fantasmagorique (Reflets), du domaine de l'onirisme. Univers fascinant et fort où chaque membre du quartet contribue à la poétique de l'ensemble. Ainsi, lorsque l'on est immergé dans une sorte de ruche bourdonnante (Multitudes). Mais la musique est aussi organique comme sur Canal Saint Martin où une fois encore on apprécie le travail central, créatif et imaginatif de  Véronique Wilmart au laptop, véritable axe majeur de l'album. Sur Tag l’on entre dans un morceau plus Shorterien ce qui n'est pas très étonnant si l'on en juge par le beau travail qu'avaient fait, dans une des leçons de jazz, Antoine Hervé et JC Richard autour de l'oeuvre du saxophoniste.

Album très puissant on l'a dit, très intense aussi dans ce qu'il exprime. Peut-on parler, sans que cela ne paraisse creux, de densité poétique pour dire aussi, combien ce voyage imaginaire parle aux pieds, autant qu’aux tripes et à la tête. Jusqu'à ce Transe n' dance, vision dynamique de la musique qui s'emporte dans un grand moment de transe collective appuyé par la pulse tellurique de JC Richard au baryton.

Il y a  dans cet album quelque chose de parfois dérangeant ( comme Monk lorsqu'il dérangeait le confort d'un public assagi) et qui nous impose d'écouter la musique autrement, en démultipliant l'écoute. La musique d'Antoine Hervé véhicule des sentiments essentiels en recourant à une multitude des détails. Ce sont ces détails qu'il faut découvrir à chaque écoute.

Passionnant.

Jean-marc Gelin

 

 

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 18:43


Jon-Hendricks-singing-at-the-Duc-des-Lombards-120212.jpg« It’s from hard work that you find the joy because then, you leave a part of you inside ».

Ce sont ces mots que Jon Hendricks m’a adressés à 1h30 du matin sur le perron du Duc des Lombards, vêtu d’un magnifique manteau gris à fins carreaux, avant d’être happé par son taxi !
Silence dans mon cœur…

Jon Hendricks est un arbre…
Cet arbre donne naissance à des branches qui donnent elles-mêmes d’autres branches...jusqu’à l’infini.
Tel est l’image que l’on peut lui donner.
Car Jon Hendricks est un « père créateur» à de multiples égards.

 

Photo - Yael Angel

 

Il est tout d’abord l’initiateur du Vocalese, un style de chant qui utilise la voix comme un « instrument parlé » lui  permettant de chanter avec des paroles des mélodies et des improvisations à l’origine purement instrumentales. C’est avec le trio Lambert, Hendricks & Ross qu’il portera ce style à travers le monde et à son sommet. Il a ainsi inspiré toute une génération de vocalistes (dont Kurt Elling, Mark Murphy, les Manhattan Transfer, les New York Voices, Bobby Mc Ferrin, Al Jarreau et bien sur d’innombrables autres chanteurs qui marchent sur ses traces, dont l’auteure de cette chronique).

Il est encore un parolier prolixe grâce auquel nombre de mélodies sont entrées dans le répertoire du jazz vocal. Qui se douterait que des morceaux tels que (et entre autres) « I remember Clifford » de Benny Golson, « I mean You », « In Walked Bud » et « Reflections » de Thelonious Monk, « Four »  de Miles Davis ou « Moanin’ » de Bobby Timmons lui doivent de pouvoir être chantés ?

Il est enfin le piler d’une grande famille à laquelle il a transmis l’amour de la scène et du chant et nous en avons eu la preuve éclatante lors de ce concert du 2 décembre 2012.

C’est en effet entouré de ses deux filles chanteuses Michele et Aria, mais également de deux de ses petits-enfants d’environ 6 et 10 ans que « la grande famille Hendricks » est montée sur la scène du Duc, accompagnée par Bruno Rousselet à la contrebasse, Philippe Soirat à la batterie, Olivier Temime au saxophone Ténor et Arnaud Mattei au Piano. Chacun avait sa place, et l’on sentait bien que chacun jouissait d’une entière liberté d’expression à ses côtés.

 

 

[vidéo Yael Angel]

 

 

 

Ce géant du jazz vocal a aujourd’hui 91 ans. Il n’a toutefois rien perdu de sa superbe. Elégant à souhait mais naturel comme il l’a toujours été, jovial, fraternel avec chacun, il dégageait une douceur et une bonté qui à elles seules remplissaient les cœurs, avant même qu’il ait chanté.

Avec Michele et Aria, Jon Hendricks a égrené plusieurs de ses arrangements et lyrics : notamment « Come on Home » et « Doodlin’ » d’Horace Silver, « One O’Clock Jump » de Count Basie, « Four » de Miles Davis, et « Everybody’s Boppin’» de sa plume.

Michele Hendricks a particulièrement brillé de son talent. Musicienne accomplie, elle a même chanté avec humour une improvisation où ses cordes vocales se sont métamorphosées en cordes de contrebasse jusqu’au petit « ping » aigü et sonore du bas des cordes.

Et en cela, elle honorait certainement la transmission de son père qui lui, opta pour un instrument à vent plus proche de la voix. Sur « Every Time They Play This Song » une grande surprise nous attendait : Jon Hendricks s’est dirigé vers Philippe Soirat, s’est saisi d’une de ses baguettes et, la plaçant comme une flûte traversière sous ses lèvres et en en mimant le jeu avec ses doigts, se mit à siffler un chorus….Grâce ultime de ce souffle qu’il maîtrise toujours et qui montre combien grande est sa connaissance de la voix et de la musique pour parvenir à réaliser cet exercice à l’âge qu’il a.

 

 

 

[vidéo Yael Angel]

 

Cet homme qui a tant donné au jazz chantait comme s’il avait 20 ans, toujours avec un sourire angélique aux lèvres, toujours avec une énergie incroyable, toujours avec une passion qui l’aurait fait rester sur scène la nuit entière si ce n’était la vigilance bienveillante de son épouse après l’heure de minuit…

Un concert euphorisant, où l’on « apprend », non seulement à un niveau musical mais aussi et surtout à un niveau humain. Inoubliable.


Yaël Angel

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 22:29

ROBERTO FONSECA

BY HÉLÈNE POISSON

 

 

Roberto FONSECA, Ramsès, percussioniste 2012-1

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