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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 08:23
 

Criss Cross Jazz 2009
Jonathan Kreisberg (g); Matt Penman (cb); Mark Ferber (dr); Gary Versace (p)
Le site de Jonathan Kreisberg


Le guitariste new-yorkais Jonathan Kreisberg, que vous connaissez bien grâce aux dnjs, est de retour avec son troisième album sur le label Criss Cross. Ce label new-yorkais existe depuis 1978 et a enregistré tout new-york et édité plus de 300 cds. Distribué en France par Dom, Criss Cross a son public: des amateurs, le plus souvent américains, de jazz américain qui aiment la tradition musicale personnifiée par un jazz propre et classieux, type années 50, où les standards revisités sont les bienvenus voire conseillés par la production. Le directeur du label, Gerry Teekens, continue d'enregistrer selon la bonne vieille méthode de la session - comme celles qu'ont connues des artistes comme Coltrane, Monk ou Mingus - qu'il soumet aussi bien à la jeune garde qu'aux musiciens plus expérimentés, pourvus qu'ils suivent son cahier des charges, et qui se révèle être une gageure: prises directes sans post-production dans un contexte musical inhabituel.
Night song propose neuf ballades, que des standards, dont certaines sont plus rarement rejouées ("Nefertiti" de Shorter, "Warm Valley" d'Ellington). Kreisberg joue ici avec son trio habituel (composé du contrebassiste Matt Penman et du batteur Mark Ferber), que l'on croise régulièrement en clubs à New York. Gary Versace vient renforcer le groupe sur le plan sonore sur quatre pièces dont "Laura" pour un très beau duo avec le guitariste. Kreisberg se sert également de la guitare acoustique ou électrique, sans effets s'entend, avec une profondeur de jeu qui croise beauté et béatitude, loin de toute performance. Cet excellent quartet moderne joue des ballades avec passion, en observant, dans le jeu, une respiration concertée qui libère des espaces d'expressions modernes et personnelles chez tous les musiciens. Le plaisir qu'ont ces musiciens à jouer simplement avec décontraction se traduit par un jeu soulful et essentiel ("Autumn in New York") et une sensibilité aigüe dans la mélancolie.
Jonathan Kreisberg, qu'on avait vu cet été à Paris au 9 Club en duo avec Nelson Veras pour une prestation éblouissante, est décidément un guitariste doué pour se transcender quelque soit la musique dans laquelle il est impliquée.



Jérôme Gransac



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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 20:00

1 CD Act/Harmonia Mundi – 2009



Quoi de plus passionnant, excitant et stimulant que de découvrir un disque qui propose une musique nouvelle, une musique qui n’a jamais existée, impossible à identifier, classer ou étiqueter. La « chambre merveilleuse » du pianiste et compositeur allemand Michael Wollny définit en fait son propre univers, intime, mental et artistique. Un univers original et profond, qui provient de recherches personnelles extrêmement poussées, qui font se côtoyer la musique écrite, classique et contemporaine et les musiques improvisées européennes, marquées par le jazz et quelques cousinages avec les expérimentations répétitives de Steve Reich, Terry Riley ou Philip Glass. Il utilise à cet effet une palette où les couleurs du piano, du célesta, du clavecin, de l’harmonium et du Rhodes, sont souvent entremêlées dans une savante orchestration, qui n’oublie jamais d’être lisible et raffinée. Homme orchestre à lui tout seul (de l’ambiance douce et feutrée de « Studenglas » à la folle fantasmagorie de « Kabinett III »), il est quelquefois seul au piano pour une introspection méditative (« Palimpsest » et « Amethyst »). Wollny sait aussi s’entourer de personnalités fortes qui vont s’immiscer dans son univers, comme l’israélienne Tamar Halperin (spécialiste de musique baroque), qui va jouer un rôle fondamental dans le processus orchestral avec sa pratique savante, sophistiquée et expressive du clavecin. N’oublions pas aussi de nommer Guy Sternberg, directeur artistique attentif et génial, qui réalise par un innovant mixage, un univers sonore tout à fait unique, allant même jusqu’à proposer trois arrangements tout à fait pertinents (comme le magnifique « Kabinet VI »). Je sens bien qu’il y aura toujours quelque grincheux pour dire que ça ne swingue pas et que ce n’est pas du jazz, tant pis pour eux, ils passeront à côté d’une œuvre unique, onirique et étrange, à la fois sombre et lumineuse. Un monde imaginaire, merveilleux, fantastique et inconnu, que Wollny explore avec  encore plus de certitude et de sensibilité que lors de son précédent opus solo (« Hexentanz »).

Lionel Eskenazi

 

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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 20:07

Gravity 2009

 

 

En 1967 Otis Redding est au sommet de sa forme, en pleine ascension. Le chanteur enchaîne les festivals et les concerts, aligne les tubes planétaires. Il a à peine 26 ans et déjà derrière lui des titres mythiques comme sa reprise de (I can’t get no) satisfaction, Try a little tenderness, I’ve been loving you too long. Des titres à se faire trémousser des nymphettes en robes Castelbajac.

Mais cette année 1967 est aussi une année tragique puisque cette fulgurante carrière est brutalement interrompue par un accident d’avion qui, le 10 décembre coûte la vie au chanteur.

Le label Gravity a choisi de rééditer deux extraits de concerts de cette année 67. Le premier prit en Norvège à l’occasion du festival européen organisé par le label d’Otis Redding , le Stax/Volt tour où le chanteur pour l’occasion était rejoint sur scène par quelques stars soul du moment comme Booker T & the MG’s ou encore Sam and Dave bête de scène totalement déchaînée. Le deuxième extrait est filmé à l’occasion du festival de Monterrey en Californie.

On ne va pas bouder son plaisir. Surtout pour ceux qui, comme moi n’ont bien sûr jamais pu voir le chanteur sur scène. Jamais pu approcher les raisons de sa légende. Car il y a là de la dynamite c’est sûr. Otis Redding dégageait une puissance, une énergie et une sensualité à faire perdre la tête aux donzelles ci-dessus évoquées. Pourtant pas de quoi s’emballer non plus.

Car si la cause est  sympathique elle ne peut faire oublier la qualité du produit final. Quelques extraits de concerts tournant autour des grands tubes, pas de construction au montage, des images de mauvaise qualité que l’on ne s’est pas donné la peine de restaurer ( il faudrait un jour que les éditeurs de documents musicaux historiques prennent la peine d’investir dans la restauration des images !), un support documentaire réduit à sa plus simple expression, soit au final un document un peu maigre qui ne pourra que réjouir les collectionneurs compulsifs en quête d’images qu’ils connaissent certainement et quelques donzelles à qui cela rappellera certainement des amours de vacances au temps merveilleux de l’apogée de leur félicité.

Jean-marc Gelin


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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 22:58

Les chroniqueurs de jazz, qui adorent – et c’est normal – se procurer les secrets de fabrique (et de coulisses) de leur musique préférée n’expliquent quasiment jamais comment ils écrivent leurs textes (est-ce d’ailleurs l’une de leurs préoccupations majeures ?). Même si ce n’est pas sa visée première, le présent article tente de rompre avec cette habitude : outre le lien très clair qu’il établit entre son sujet et une période de la propre vie de l’auteur, ses convictions personnelles aussi, 

précisons qu’il a été écrit le dimanche 1er novembre 2009 en un quart d’heure environ, après le deuxième visionnage du volume de la collection « Jazz Icons » consacré à Anita O’Day (chroniqué à part dans les DNJ), à la brasserie « Le Carrefour », à l’angle de l’avenue Secrétan (19ème), sur une nappe en papier juste après déjeuner vers 15H30…Le texte a été rédigé d’un jet et dans le désordre, ce pourquoi il est truffé jusque dans son titre de quelques chiffres qui dévoilent la succession des paragraphes et des thèmes qui ont scandé sa graphie.

 

(3) J’aime tout d’Anita. Le galbe de ses mollets, le magnétisme de son visage, l’orbe de sa bouche qui découvre ses dents supérieures trop en avant, sa démarche sur scène, qu’elle se plante face au micro, jambes écartées, buste splendidement rejeté en arrière ou qu’elle esquisse un pas de danse (son premier métier) toujours imparablement juste de sensualité, ses bracelets, ses bras nus ou à l’inverse gantés (jusqu’au poignet ou encore au-delà du coude, trop usé), qui miment chinoisement le phrasé ...

Stéphane Carini

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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 22:26

1 CD Fram Music – 2009

Franck Amsallem (piano and vocals).




 « La majorité des pianistes qui nous touchent, le font d’abord quand leur clavier chante réellement les mélodies ». C’est le pianiste français Franck Amsallem qui parle et qui a été au bout de sa logique, en franchissant le pas de chanter lui-même, seul au piano, de touchants et d’indémodables standards de la chanson américaine. Il faut beaucoup de courage pour se lancer dans une telle aventure et savoir mettre de côté sa timidité et sa pudeur, faire parler sa sensibilité et pouvoir faire oublier les grands chanteurs de référence (Sinatra, Chet Baker ou Nat King Cole). Franck Amsallem est gagnant sur tous les fronts et arrive constamment à nous surprendre et à nous émouvoir, en chantant avec beaucoup de sobriété et sans pathos, ces mélodies que l’on connaît pourtant par cœur et dont il saisit parfaitement bien la richesse. Il s’embarque dans un voyage intérieur, sentimental, profond et léger à la fois, avec beaucoup de retenue, de sincérité, de swing et d’émotion. Quel plaisir d’entendre un chanteur français chanter en anglais avec une diction et un accent aussi parfait ! Il faut dire que Frank Amsallem a une certaine légitimité à chanter aussi bien ce répertoire, car il a passé vingt ans aux Etats-Unis, où en plus de la pratique du piano, il a aussi appris à chanter. Un disque très agréable et idéal pour se changer les idées et même s’il n’est pas l’un des plus marquants de l’année, pourquoi bouder son plaisir et ne pas rentrer dans cette belle ambiance intime et feutrée afin d’apprécier l’impeccable travail de production de Daniel Yvinec, qui restitue au mieux, la belle osmose d’une voix sensible et d’un élégant toucher de piano.

Lionel Eskenazi

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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 20:00

« Jazz Icons ». Naxos 2009.

 

Anita O’Day (voc) + en 1963 : Goran Engdahl (p), Roman Dylag (cb), John Poole (dr) ; en 1970 : Georges Arvanitas (p), Jacky Samson (1970), Charles Saudrais (dr).


 

La France a loupé Anita O’Day (et l’accueil qui lui fut fait sur le tard au Franc Pinot, alors qu’elle n’avait plus tous ses moyens, ne change rien à l’affaire). Après le splendide DVD Live in Tokyo ‘63 diffusé par « Kayo Stereophonic », ce volume de la collection « Jazz Icons » permet de mesurer idéalement l’originalité foncière et la présence scénique incomparable d’une des plus grandes chanteuses de jazz de tous les temps. L’intérêt majeur de ce DVD est de présenter Anita O’Day à deux moments-clés de sa carrière et de sa vie. En Norvège, en 1963, elle est au zénith après avoir gravé pour Verve une impressionnante série de chefs d’œuvre. Sa prestation est alors représentative de ses passages en clubs : une rythmique locale (Anita joue au chat et à la souris avec le pianiste, qu’elle pousse à sa limite de tempo sur un « Tea for Two » endiablé), son batteur attitré (et ami), le remarquable John Poole, un répertoire fait de standards et qui change peu mais qu’elle habite et revisite chaque soir comme un acrobate se jouant des lois de l’espace et de la pesanteur, un charisme et une sensualité qui conquièrent d’emblée le public. Car sur scène, Anita fait tout (chanter, danser, mimer le rythme, arranger et distribuer les choruses, apprécier la musique au quart de tour et avec l’espièglerie qui convient), sait tout, voit tout (la manière dont « elle sert » les caméras), maîtrise tout (y compris le temps qui passe en scrutant sa montre, à l’instar d’un Stan Getz affichant sa distance et son désabusement). Son swing, (écoutez-là impériale sur « Sweet Georgia Brown »), son scat (« On Green Dolphin Street »), sa manière absolument unique de phraser, de réarticuler les songs les plus éculés, la liberté de son placement rythmique font merveille. En 1970, en Suède, devant un auditoire plus large, le contexte a profondément changé : après une over-dose qui faillit bien la terrasser en 1968, Anita repart de plus belle pour une tournée européenne, formidablement accompagnée par le trio Arvanitas (dont elle note dans son autobiographie « High Times, Hard Times », p. 290, que si ses membres « ne parlaient pas l’anglais, ils savaient à coup sûr comment communiquer avec leurs instruments »,) et qui donnera lieu à un enregistrement (Live In Berlin). Le répertoire est peu différent de celui chanté en 1963 mais les qualités de la chanteuse ne se sont nullement estompées : sens de l’interprétation (l’enchaînement sensible, intime, Beatles / J. Kern autour de « Yesterday(s) »), infinie élasticité de la voix, finesse harmonique, drive et virtuosité vocale (« Four Brothers », « Tea For Two »). Avec pudeur et intelligence, la camera continue de la filmer une fois le concert terminé, repartant seule en coulisses, ses partitions précieusement serrées contre sa poitrine. Telle était effectivement Anita O’Day, seule pour mieux être libre en musique, amoureuse de la seule musique.

Stéphane Carini




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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 11:40


 Sunset
- 22 Novembre
  (60 rue des lombards - Paris)
 Words Project


 



Laurent Coq: "J'ai rencontré Sam durant l'été 2008 où je résidais à New York. Je connaissais déjà son  disque Words Project qui m'avait tout de suite enthousiasmé lors de sa sortie. Je l'avais contacté pour le lui dire, et c'est assez naturellement que nous nous sommes retrouvés à jouer ensemble une après-midi de Juillet à Brooklyn.

Plus tard, il a obtenu la bourse CMA/FACE French-American Jazz Exchange de la fondation américaine Chamber Music America (la même que l'altiste Miguel Zenon a obtenue, mais c'est une autre histoire) sur un dossier nous associant tous les deux, toujours autour de la poésie. Cette fois, il s'agissait d'écrire une musique originale sur des poèmes anglais (ou américains) et français qui ont fait l'objet d'une traduction. Ainsi, chaque poème serait chanté dans les deux langues et avec deux traitements musicaux distincts.

C'est ce travail que nous présenterons en sextet pour la première fois à Paris fin novembre (à la maison de la Radio le 21, et le lendemain au Sunside) avec deux chanteuses magnifiques ; Christine Correa chantera les versions anglaises mises en musique par Sam, et Laurence Allison chantera les versions françaises que j'aurai mises en musique. La rythmique sera assurée par les vaillants Yoni Zelnik (contrebasse) et Karl Jannuska (batterie)."


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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 11:46

 

1 CD Ames/ Harmonia Mundi – 2009

Didier Lockwood (violon), Francis Lockwood (piano).

 

On ressent d’emblée de la fraîcheur, de la bonne humeur et de la jubilation dès les premiers titres de ce disque. Les deux frangins (qui n’avaient encore jamais enregistrés ensemble) s’en donnent à cœur joie, ils se font plaisir et ce plaisir est largement partagé par l’auditeur qui apprécie le bon goût, la beauté du jeu et l’esprit fraternel qui découlent de ce duo. Une interaction presque télépathique, comme en témoigne deux beaux exercices improvisés (dont l’impressionnant « Impro Opus 2 »). Une musique pure et dépouillée, où l’absence de support rythmique donne la priorité au chant et à la mélodie, un registre où Didier Lockwood excelle, nous proposant de belles envolées lyriques (« October Waltz »). Son frère Francis n’est pas en reste, signant de très belles compositions (« Day in London ») et pratiquant des chorus incisifs et inspirés où quelque fois Didier va assurer une ligne de basse (en jouant en pizzicato sur la corde la plus grave du violon). Malheureusement l’intérêt musical s’atténue nettement au milieu du disque pendant trois morceaux plombants, comme l’interminable (9’51) et inutile reprise du « In a Sentimental Mood » d’Ellington ou une « Bay D’Along » à l’exotisme bien décevant. Puis le disque repart sous de bons auspices avec deux très belles compositions signées de Francis (« Caraïbes » et « Above the Clouds »), pour se terminer sur deux bonus tracks insipides où l’on se demande si celui qui a inspiré le morceau « Mr Bling Bling » est bien celui dont tous les français se désespèrent.

Lionel Eskenazi

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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 08:19

 

Logan Richardson: alto saxophone (1, 3, 5, 6, 9); Gary Thomas: tenor saxophones: (1, 3, 5, 6, 9); Jesse Elder: piano; Christopher Tordini: bass; Tyshawn Sorey: drums; Chris Cheek: tenor saxophone (4, 7, 8); Jeremy Viner: tenor saxophone (2); Aya Nishina: piano (10-13).


 Jess Elder est un jeune pianiste qui évolue du côté de Brooklyn et qui, à l’exception des initiés de la nouvelle scène New Yorkaise, est encore totalement inconnu de ce côté-ci de l'Atlantique. Avec quelques autres jeunes talents, il réalise aujourd’hui son premier album axé autour de ses propres compositions. Le moyen pour lui, loin de se mettre en valeur, de mettre sur orbite deux saxophonistes de grand talent : le tout jeune altiste Logan Richardson repéré il n'y a pas longtemps par Jordi Pujol (Fresh Sound New Talent) et par le moins jeune ténor Gary Thomas que l'on a pu entendre autrefois aux côtés de Greg Osby ou de Steve Coleman. Tiens, Steve Coleman justement ! Pas un hasard que l’on en parle ici puisque sa musique semble être une influence importante dans la construction des compositions de Jess Elder. Juxtaposition des structures harmoniques, relégation des phrases mélodiques au second plan, agencement des structures rythmiques impaires et des décalages sont les bases de cet album. Les imbrications dans un mix « écriture-improvisation », des dialogues de l’alto et du ténor, auxquels s’ajoute parfois la voix de Chris Cheek toute en feulement contrasté crée un ensemble particulièrement inspiré. On est ici dans la droite ligne de cette musique aujourd’hui dominante de l’autre côté de l’Atlantique, brillante, remarquablement interprétée par des solistes très très fort mais auxquels manque quand même une part d’engagement, un sens du collectif, une envie de swing. L’album se termine par une série de 4 morceaux improvisés au piano solo, l’occasion d’entendre Jess Elder dans une expression en total contraste avec le reste de l’album, bien plus sombre presque concertant et pourtant marquée par l’étonnante maturité de son protagoniste. Une valeur à suivre comme on dit.

Jean-Marc Gelin

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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 07:59

Zig Zag territories 2009

Thomas Grimmonprez, Christophe Hache, Jérémie Ternoy

 « Du spirituel dans l’art », quelque chose de l’essence et de l’essentiel pour la musique précise et métallique, électrisante  de ce bel ensemble nordiste conduit par le batteur Thomas Grimmonprez. Si celui-ci a jusqu’à présent joué le rôle déterminant mais souvent considéré  « annexe » d’accompagnateur de beaucoup de grands formats (orchestres de Laurent Cugny, Martial Solal, Patrice Caratini, le PJBB…), il désirait se réaliser en tant que « batteur leader » comme il l’écrit dans les notes de pochette. Acceptant que les projecteurs soient braqués sur lui et sa  musique, il a confié ce projet « Bleu » au sérieux label de toutes les musiques Zig Zag.

Il retrouve deux comparses fidèles, le contrebassiste  Christophe Hache (intervention superbe sur « Planeur ») que nous avions repéré au sein du collectif lillois Circum, et grandement apprécié dans Impressions et aussi au sein du Stephan Orins Trio, et  Jérémy Ternoy au Fender Rhodes. La coloration si particulière du piano électrique donne un aspect énigmatique,  mystérieux à cette musique cristalline, nocturne, lunaire même ; et nous renvoie à des sonorités déjà anciennes,  aimées, auxquelles notre oreille actuelle s’est réhabituée.

8 titres et une durée des plus raisonnables (39’) ajoutés à un sens inné du groove  entretiennent la tension («Presque énervant»).Une musique urbaine créant des textures sophistiquées, une création  prenante, poétique (« Sans nom »), sans violence comme dans « Issue de secours » malgré le rythme continu et soutenu de la batterie sèche et assurée.

Une triangulaire presque classique, une belle cohérence mélodique, un sens affirmé de l’interaction, voilà  qui a de quoi séduire même les plus blasés. Car si rien n’est véritablement nouveau, en guise de signature se ressent  le désir manifeste  de jouer ensemble, de raconter  une histoire. Tout simplement. 

 

Sophie Chambon

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