John abercrombie quartet : « Wait till you see her » ***
ECM 2009
Johh Abercrombie (g), Mark Feldman (vl), Thomas Morgan (cb), Joey Baron (dm)
Dans sa filiation naturelle, John Scofield revendique souvent les influences de John Abercrombie dans son jeu alors que ce dernier, de son côté n’a jamais cessé de revendiquer sa gratitude à Jim Hall. Le point commun entre ces trois-là étant une même approche de l’instrument, tout en résonance bleutée on a là le triumvirat de rêve de la guitare jazz qui porte haut les couleurs harmoniques d’un jeu aux modalités évanescentes.
John Abercrombie figue majeure et prolifique du label ECM signe un nouvel album avec son quartet dans lequel il associe aux côtés de Joey baron et de Thomas Morgan, le violoniste Mark Feldman. Voilà déjà plus de dix ans que le guitariste a testé ce format. Un format que l‘on devrait plutôt qualifier de quatuor plutôt que de quartet dans lequel les trois instruments à cordes (Guitare, violon et basse) se complètent merveilleusement avec un Joey Baron en assembleur-coloriste. Car ce dont il est question ici c’est d’une musique de chambre clairement revendiquée. Une musique classique du jazz dans laquelle il faut l’avouer, on pourrait s’ennuyer parfois au gré d’une certaine langueur monotone où les compositions complexes du guitariste crée des espaces d’improvisations savantes mais manquant parfois de nervure. Et l’on s’ennuierait si l’on perdait de vue que les 7 compositions du guitariste sur les 8 de l’album, révèlent de petits bijoux, signées de la patte d’un très grand compositeur. En témoignent des thèmes comme Anniversary Waltzque l’on rêverait entendre jouer par le quartet de Wayne Shorter ou encore un Chic of Arabylégèrement orientalisé et sur lequel Feldman peut retrouver quelques (légers) accents zorniens. Chaque thème est un magnifique espace d’improvisation dans lequel le guitariste semble flotter avec grâce, improvisant sur un jeu aussi délié que profond. Si l’association des réverbérations du guitariste et des lignes tranchantes du violoniste créent un espace musical fluide et si tous deux possèdent à leur façon cette chaleur du timbre, on regarde néanmoins cet album autant qu’on l’écoute, avec une pointe d’ennui élégant.
Il y a des jours comme ça où, malgré la fatigue, le froid et les jambes qui se traînent un peu en début de semaine, on ne regrette pas de s'être un peu forcé pour aller traîner en club du côté de la rue des Lombards. Il faut dire qu'hier soir, se donnait le dernier des deux concerts du saxophoniste Walter Smith III venu pour l'occasion avec sa clique New-Yorkaise, un groupe de jeunes furieusement doués : Ambrose Akinmusire à la trompette, Gerald Clayton au piano, Harish Raghavan à la contrebasse et Justin Brown, un jeune batteur à découvrir absolument. On eut droit à un concert de très très haute tenue avec son cortège de solistes héroîïques, un Ambrose Akinmusire poignant dans sa façon de tourner autour des thèmes, un Walter Smith au lyrisme impressionnant et surtout un batteur venu tout droit de l'espace, spectacle à lui tout seul, incarnation même de la batterie aussi sauvage que naturellement inventive. Carrément démoniaque comme le disait Stéphane Portet.
Il ne fallait pas en rester là, car un autre saxophoniste tapi dans l'ombre du Sunside venait en pur visiteur laisser traîner une oreille attentive. Forcément Walter Smith demanda alors à Steve Coleman de les rejoindre sur scène pour interpréter quelques titres ensembles. Et l'on eut droit alors à un Steve Coleman totalement libéré qui avait abandonné son traité de mathématique pour se jetter corps et âme dans la bataille, interprétant aec ses camarades un Stablemates de légende. Le son Coleman !
Baptiste Trotignon et Laurent Coq, dans la salle ne boudaient pas leur plaisir.
Pur moment de grace hier soir au Théâtre du Châtelet. La harpiste Isabelle Olivier venait présenter son nouvel et superbe album, " My Foolish Harp" paru en septembre chez ENJA. Présents sur l'album l'accordéoniste David Venitucci et le batteur Peter Erskine étaient bien là alors que Louis Sclavis et Youn Sun Nah etaient pour l'occasion remplacés au pied levé par le contrebassiste Michel Benita et le chanteur David Linx. Et ce fut pour une grande partie du concert, un moment de charme absolu. Un moment de partage musical et d'écoute attentive. Les duos, trios puis quartet se succèdèrent avec la même perception de l'intime, de la conversation murmurée, de l'épure et du relâchement. Des duos comme ceux que la harpiste nous offraient avec Venitucci ou avec Erskine se révélaient comme des espaces d'une rare sensibilité où il aurait été difficile pour chacun des musiciens de jouer moins fort. L'espace s'emplit d'une musique au flottement terriblement émouvant. Isabelle Olivier montrait là toute l'étendue du possible de la harpe dans sa dimension rythmique, harmonique ou mélodique, passant naurellement d'un rôle à l'autre. Avec l'arrivée du chanteur, impressionant de musicalité et de présence, ce fut un autre concert où le quartet se mettaient plus à sa disposition. Isabelle Olivier disparaissait un peu dans le son. Jusqu'au moment où David Linx se rassit, dans une ecoute plus attentive, prit lui-même dans cette musique où il n'était question que de partage. Superbe. Jean-Marc Gelin
Ayant lu une chronique particulièrement enthousiaste de Thierry Quenum au printemps dernier dans Jazzmagazine, notre curiosité fut récompensée et notre écoute bienvenue, puisque nous ne connaissions pas le pianiste Philippe Le Baraillec et au rythme auquel il se produit, il y a peu de chance pour que nous l’entendions désormais dans nos parages marseillais. Nous n’étions pas au rendez vous cet été à Junas et à La Seyne. Mauvais hasard puisqu’il nous est souvent arrivé de fréquenter ces deux festivals sudistes. L’effet de cette musique est immédiat : il en est chez les artistes comme dans les familles, il y a des lignées de pianistes et l’on sent vite à laquelle Philippe Le Baraillec appartient. En tous les cas, il fait partie des musiciens à qui l’on donne son adhésion. Un écho à Bill Evans, jusqu’au dernier titre « Nardis », joué sobrement en un court solo : plus qu’une reprise refondue, un fredon, un tendre chuchotement . On n’est guère surpris de retrouver aussi une adresse à Bruno Angelini, le trait d’union étant sans doute le contrebassiste italien Mauro Gargano complice des deux pianistes. Grâce à la perspicacité de Jean Paul Ricard qui a toujours eu un septième sens pour dénicher les talents, le trio de Philippe Le Baraillec, Mauro Gargano, Ichiro Onoe est désormais gravé dans la classieuse collection de l’Ajmiseries dont on aime les beaux objets disques, identifiables immédiatement aux pochettes fines, cartonnées, chics. Les compositions sont quasiment toutes de la plume de Philippe Le Baraillec et autorisent une entente cordiale, une fluidité réelle : voilà bien un art du trio renouvellé de belle façon, un swing réel dans « The empty chair», un hommage réussi au batteur Lilian Bencini « Song for Lilian (du Laure Donnat Quintet « Straight ahead ») qui évoque aussi pour les plus nostalgiques « Moon River». L’écriture claire du pianiste sait mettre en valeur les autres voix complices. Les idées ne sont là que comme des occasions pour rebondir avec d’autres. Sans doute faut-il savoir s’entourer et Mauro Gargano avec Ichiro Onoe apportent profondeur généreuse, justesse, émotion, sens de la gradation . Le fond intimiste et même mélancolique des compositions y trouve des couleurs, et même des élans inattendus. Chaque thème est une histoire, avec un sens inné du rythme, une intériorité qui trouve sa voix, se fond en une alchimie qui repose sur un équilibre aussi vigoureux et solide que les roulements énergiques du batteur. Lyrique et tendu comme il se doit. Une imagination fertile liée à un sens de l’harmonie, une vraie capacité à swinguer sans relâche, enfin une souveraine aisance dans les climats les plus divers même si la tendance reste au vif, au jazz vif. C’est une musique qui contient du corps, qui fait sens. Du vécu et une certaine humanité, qui a su traverser des pans entiers d’histoire et de musique. Au sortir d’un long silence, la sensibilité voire la fragilité du pianiste peuvent se percevoir dans cet « Invisible wound », comme une fêlure. « Toute vie est un processus de démolition » écrivait Francis Scott Fitzgerald qui savait de quoi il en retournait.
Diplômé de l'école Emile Cohl, François Olislaeger a travaillé pendant longtemps dans la presse, comme pour Les Inrocks, le Monde et Libération. Il réalise aussi des reportages dessinés. En 2005, il s'associe avec Pauline Fonderla, une scénariste, avec qui il crée 'Echoes Land'. Légère, simple, cette bande dessinée est à la fois humoristique est caustique. En 2006, il prend pour partenaire Pierre Cattan et crée 'Un autre monde possible', publié chez Hachette.
Matthieu Donarier ( saxophones), Manu Codjia (g), Joe Quitzke (dm)
Matthieu Donarier signe avec son trio habituel, son deuxième album après, « Optitopic » largement salué par la presse en 2004. Ce nouvel opus en « live » à Saint Nazaire et à Angers témoigne à nouveau de la très forte intimité entre ces trois musiciens habitués à jouer ensemble depuis leurs années d’école et de CNSM. C’est avec eux que Matthieu Donarier, que l’on connaît dans d’autres collectifs ( avec Daniel Humair, Alban Darche ou Patrice Caratini) se révèle à la fois comme un saxophoniste total mais aussi superbe compositeur.
Pour Matthieu Donarier, grand dévoreur depuis l’enfance de musiques de toutes sortes, tout est prétexte au jeu (aux jeux) et aux détournements. Il peut aussi bien s’agir d’une musique inspirée du jazz New-Yorkais, de chansons françaises de Charles Trenet (Il pleut dans ma chambre) à Georges Brassens ou encore des gnosiennes de Satie, Matthieu Donarier peut tout faire avec tout. Adversaire de toute linéarité et adepte d’une musique à tiroirs et à surprises, tout lui est prétexte à la construction de larges espaces d’improvisation. Où l’on entend le travail de Donarier sur les tensions harmoniques (Abrakadabra),sur les lignes mélodiques (Au refuge) et les atonalités. Prenons l’exemple de Brassens. ....
Anouar Brahem (oud), Klaus Gesing (clb), Björn Meyer (b), Khaled yassine (darbouka, tabläs)
Les albums de l’Oudiste tunisien se suivent et… se ressemblent un tout petit peu. Ici un nouvel album réalisé sous les auspices de Manfreid Eicher et de l’écurie du label allemand. On y retrouve donc un habitué des studios ECM, le magnifique clarinettiste basse Klaus Gesing déjà entendu par ailleurs dans le dernier album de Norma Winstone. L’alliage de l’oud et de la clarinette basse n’est pour autant pas une nouveauté et avait déjà été mis en avant par Anouar Brahem dans une précédente production avec Jon Surman. Mais c’est ici d’une autre inspiration dont il s’agit et qui s’inscrit dans une couleur résolument plus grave. Avec Brahem on retrouve ici la même poétique du conte et l’invitation au voyage. Au centre de ce travail, beaucoup d’écoute entre les musiciens et cette façon qu’à Brahem d’imprimer sa couleur à l’album en étant tout à la fois très présent et aussi très discret, se plaçant souvent en recul derrière les autres musiciens. Cependant Brahem reste confiné dans un système musical qui, pour s’ancrer dans la musique arabe dite « savante » montre rapidement ses difficultés à sortir de son propre système musical. Un thème comme « The Astrounding eyes of Rita », parce que justement il donne au clarinettiste un espace plus sauvage, peut montrer une voie d’évolution intéressante. Mais l‘essentiel de l’album reste confiné dans une musique de chambre, très belle au demeurant, à écouter à l’heure du thé ( à la menthe), en lisant les poèmes de Mahmoud Darwish (1941/2008), poète palestinien dont s‘inspire Brahem dans cet album.
À l’occasion de la sortie du nouvel album de l’Oudiste tunisien Anouar Brahem, les DNJ ont rencontré l’une des figures les plus marquantes du label ECM. Anouar Brahem ne cesse de jeter des ponts entre les différentes cultures. Il a contribué à cette ouverture de la musique savante arabe à d’autres horizons musicaux et ses rencontres avec les musiciens venus du jazz restent aujourd’hui encore comme des modèles de syncrétisme auquel il imprime une forte dimension poétique. A 57 ans Anouar Brahem qui vit à côté de Carthage, pas loin de Sidi Boussaïd, fait déjà figure de légende dans son pays.
DNJ : Le choix des musiciens dans votre nouvel album : choix librement consenti ou choix imposé par le label ?
Anouar Brahem : Ce n’est absolument pas un cahier des charges et en même temps ce n’est pas non plus librement. C’est ce qui m’est imposé par la musique qui surgit. Quand je commence à travailler sur un disque, je ne pars pas avec une idée d’orchestration préétablie. Cela vient à mesure que la musique surgit. Je commence toujours par des ébauches, des premiers jets et c’est au fur et à mesure qu’elle se met à sonner que cela me donne des idées d’orchestration
DNJ : Vous partez au départ de trames mélodiques ?
AB : Oui c’est généralement la seule chose que je peux ou que je sais faire : partir de fragments de thèmes. Et c’est en commençant par là que je peux arriver à l’instrumentation. Et l’instrumentation c’est la chose que je mets le plus de temps à décider. C’est pour moi comme l’étalonnage dans le cinéma et les instrumentistes sont comme des acteurs. Quand on me demande, dans un festival par exemple de jouer avec untel ou untel, je suis dans l’incapacité d’écrire pour une formation donnée ou imposée.
DNJ : Vous parlez de cinéma, et au cinéma il y a des castings. Est ce qu’il y a des musiciens avec qui vous avez essayé de livrer votre musique et avec qui la magie ne s’est pas produite ?
A.B : C’est vrai il y a beaucoup de musiciens avec qui je souhaiterai travailler et cela ne marche pas forcément parce que je n’ai pas ressenti que leur rôle était important dans ce que je voulais jouer. Mais lorsqu’il s’agit de faire un album cela ne m’est jamais arrivé. D’ailleurs on a pas le droit à l’erreur avant de rentrer en studio. Lorsque l’on fait appel à des musiciens on fait appel à des personnalités très différentes. De gens qui ont un vrai background et c’est cela qui est très stimulant, les choses peuvent ainsi sonner de manière différente.
DNJ : pourquoi avoir choisi la clarinette basse en l’occurrence ?
Miguel Zenon (as, voc), Luis Perdomo (p), Hans Glawischnig (b), Henry Cole (dms), Hector « Tito » Matos, Obanilu Allende, Juan Gutiérrez (perc, voc).
Marsalis Music 2009.
La direction prise par Miguel Zenon sur ce nouvel opus est à la fois très attendue et très surprenante. Car si ce dernier n’a jamais renié ses origines portoricaines, la présence d’influences latines dans sa musique demeurait jusque là discrète, sous-jacente, intégrée dans une conception plus large du jazz qui devait tout autant à Steve Coleman et à la scène new-yorkaise actuelle. Même sur son album « Jibaro » (2005), déjà dédié au folklore de son île natale, la composante latine était pour ainsi dire « digérée » par un quartet résolument ancré dans le jazz d’aujourd’hui. Et voilà que Zenon fait le choix de revendiquer explicitement ses racines, en s’adjoignant les services de trois percussionnistes chanteurs portoricains. Comme son titre l’indique, le disque entier est un hommage à la plena, style traditionnel rythmé et dansant où les vocalistes s’accompagnent de tambours et de panderos, sorte de gros tambourins que l’on peut admirer sur la pochette. Et la surprise vient du fait que, cette fois, le saxophoniste a choisi de rester au plus près des fondamentaux de cette musique : « Je me suis dit que j’allais garder ce rythme intact, et que j’allais écrire autour, en restant le plus fidèle à cette tradition. » (interview dans JazzmanN°152, décembre 2008) Ainsi, on pourrait dire qu’« Esta Plena » est le premier vrai disque de latin jazz de Miguel Zenon. Son disque le plus festif, aussi. Sur ce tapis de percussions endiablées, les solos de l’altiste font merveille : vif, tranchant, débordant d’invention rythmique, son style pourtant si moderne reste décidément bien enraciné dans ces grooves latins. Le pianiste du quartet, Luis Perdomo (originaire pour sa part du Venezuela), n’est pas en reste et déploie avec aisance des chorus à l’architecture parfaitement contrôlée. Plus en retrait que d’ordinaire, le tandem contrebasse/batterie se fond avec aisance dans les rythmes portoricains, tout en y apportant des accentuations inattendues. Au final, « Esta Plena » relève sans doute d’une démarche moins personnelle et originale que « Awakening », le précédent album de Zenon. Long de 72 minutes, le disque aurait peut-être aussi gagné à être plus resserré dans son propos. Mais l’énergie et l’engagement total des musiciens suffisent à balayer ces quelques critiques.
Avec Christophe Monniot, Emil Spanyi, Michel Massot, Eric Echampard et le quatuor de saxophones Arcanes. Enregistré en juillet 2007.
On vit une drôle d’époque ! La pochette de ce disque nous montre une girafe sur un iceberg en train de fondre qui finira par se retrouver les pattes dans l’eau ! On appelle ça le dérèglement climatique ou le réchauffement de la planète, comme vous voudrez, mais c’est tellement grave que le pauvre Antonio Vivaldi s’en retournerait dans sa tombe s’il se rendait compte que trois siècles plus tard, le cycle des quatre saisons est complètement chamboulé. C’est ce qui a intéressé le génial saxophoniste-compositeur-arrangeur Christophe Monniot : dérégler et déranger les quatre saisons de Vivaldi afin de les réarranger dans une version jazzistique avec une vision à la fois poétique et politique. Le projet de rendre actuelle et vivante l’œuvre de musique classique la plus célèbre du monde (jusqu’à s’immiscer dans les attentes téléphoniques, les parkings ou les aéroports) est ambitieux et pleinement réussi. Le propos est sérieux et si l’on ressent une menace, de l’angoisse ou de la peur dans cette œuvre, on remarque aussi beaucoup de digressions, d’humour et de folle poésie dans cette façon unique (chère à Monniot) de pratiquer un jazz décalé à la fois festif et profond. La formation se compose d’un double quartette, le premier comprend Monniot (au sax sopranino, alto ou baryton), son fidèle acolyte Emil Spanyi au piano (et différents claviers), Eric Echampard à la batterie et dans le rôle du bassiste, Michel Massot au tuba. Le deuxième quartette est un quatuor de saxophones (le quatuor Arcanes, réputé dans le monde de la musique contemporaine) qui se distingue par son homogénéité, semblable à celle d’un quatuor à cordes, au service de cette œuvre conçue à l’origine sous la forme de mini-concertos pour violon. Du baroque au jazz, il n’y a qu’un pas à franchir, celui de l’ouverture harmonique qui s’apparente à un travail sur l’improvisation. La façon unique de déranger les thèmes de Vivaldi, de les cacher, puis de jouer avec eux en improvisant des chorus est absolument stupéfiante. Enfin la grande idée de Monniot est d’avoir utilisé une bande-son constituée de lectures du rapport d’évaluation du groupe d’experts sur l’évolution du climat, entrecoupée de poésie de Baudelaire ou de Pasolini et de témoignages de paysans. Cette bande-son s’intègre à merveille à la musique grâce au talent de la réalisatrice-productrice Sylvie Gasteau, qui utilise des procédés qui rappellent l’utilisation du son dans les films de Jean-Luc Godard. Vivaldi + Godard + Monniot, trois bonnes raisons de ne pas rater la saison 5 de ce Vivaldi Universel.Lionel Eskenazi