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1 novembre 2009 7 01 /11 /novembre /2009 22:17

Emmanuel Bex (org), Franco Bearzatti (ts, cl), Simon Goubert (dr). Plus Loin Music 2009

 

Emmanuel Bex dit ne plus vouloir jouer de thèmes de jazz (comprenons des thèmes-prétextes) avant de se trouver dans le (partage du) jazz (1).  Il a donc trouvé les moyens de contourner cette contrainte qui n’est pas vraiment nouvelle : renouveler sa propre approche compositionnelle (quitte à opter, en tempo rapide, pour des segments plus fulgurants que la norme habituelle des 32 mesures) et surtout puiser dans la concentration et l’énergie du rêve (qui, comme chacun sait, n’est jamais vraiment pourvu d’un début ou d’une fin). A l’écoute répétée, c’est l’impression prégnante que je retire de cet album. Mais il ne faut pas s’y méprendre, la musique qui se joue ici n’a rien de planant ou d’elliptique, bien au contraire ! En revanche elle possède cette force imprévue d’arrachement, d’embarquement, propre au rêve et dont l’étoffe résulte d’une mise en sons très souvent inouïe. Outre cette qualité singulière, qui impose le leader comme un créateur d’univers sonores extrêmement convaincant, ce disque surprend par sa diversité : de l’ouverture qui nous plonge immédiatement dans le « groove » (un superbe shuffle néo-orléanais, il s’en trouve un dans quasiment chaque album désormais) à « Take It Easy » joué sur un tempo d’enfer en passant par la splendide vocalisation de « Que Ne Suis-je » jusqu’à la ballade chantante et dépouillée « Vacuum’s Dancer’s » et à cet étrange et captivant « Song for A Lift Man ». Ce qui s’impose chaque fois c’est bien le transport, recueilli ou hyper-speedé et moins la précision abstraite de la trajectoire, cette manière d’être immergés dans la musique, de construire en attendant l’imprévu, et d’alimenter une dynamique collective. Il faut ici souligner qu’à ce jeu, diabolique et étonnamment sensuel, outre la remarquable contribution de Simon Goubert, déjà présent aux côtés du leader et de Glenn Ferris au sein du précédent trio, Franco Bearzatti fait merveille : pureté du son à la clarinette dans les pièces les plus posées et, pour le reste, expressivité hyper-évocatrice au service d’un univers qui n’exclut rien (« Pericoloso Porgersi »), virtuosité cinglante, rageuse et acrobatique, en complète osmose avec le leader, sens aigu de l’improvisation conçue comme un déséquilibre auto-entretenu, l’architecture mouvante et ludique d’écarts affirmés et maîtrisés avec une furia jubilatoire (« Inverse »). Grand beau disque à prolonger sans conteste en live.

Stéphane Carini

 

 

 

 

(1) Lire à ce propos l’interview de l’organiste dans Jazz Magazine – novembre 2009, p. 25.

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1 novembre 2009 7 01 /11 /novembre /2009 05:56

Tzadik – 2009

Marc Ribot (g), Jamie Saft (p, cl), Kenny Wollesen (vib), Trevor Dunn (b, elb), Joey Baron (dr), Cyro Baptista (perc).

Nouvel opus de John Zorn dans lequel il ne joue pas mais compose et dirige. Joué par son éternel équipe de six musiciens du Electric Masada au talent insaisissable et éclatant, “O'o”, du nom d'un oiseau hawaïen à l'espèce éteinte, est la version exotique, voire la suite de ses projets les plus populaires, de The Gift et The Dreamers. Zorn surprend encore une fois. « O'o » présente douze titres lyriques et instrumentaux au sommet du guimauve. La musique est minimaliste, easy-listening à souhait, emprunté à la world music, à l'exotica, surf music (Prenez les Beach Boys au sommet de leur gloire...), aux génériques de séries télévisées américaines ou à la musique d'ascenseur d'une clinique de rhinoplastie américaine de luxe. Dans l'esprit de The Dreamers, le packaging est apaisé et imaginé par Chippy, avec pas moins de 38 représentations naturelles d'oiseaux exotiques et rares dessinés au crayon en guise de livret. Cet opus est à l'extrême de la dureté musicale d' « Astronome » et « Moonchild » avec Mike Patton aux hurlements. Si « Astronome » représentait un exercice de style dont le but était de faire jaillir colère, terreur hardcore, hystérie et envie de meurtres, « O'o » en est un autre, un mirage de plus dans l'oeuvre très abondante de Zorn. Imaginez-vous vous retrouver dans un hamac en pleine forêt tropicale, aménagé pour votre confort, sirotant un lait de coco/papaye doucement alcoolisé préparé par de belles amazones aux sourires magiques et aux dents blanches. A votre gauche, des chasseurs indigènes aux muscles saillants qui vous préparent un repas somptueux. Vous agrémentez le tout par les bruits ambiants des habitants d'une forêt sauvage: sifflements d'oiseau et bruits de singes (« Po'o'uli ») à votre droite. Ajoutez-y des doux grattements de peaux, la guitare de Ribot qui déverse des chorus rock à souhaits (et il ne peut pas s'empêcher d'être brillant), la douceur velouté du vibraphone de Kenny Wollesen, les clochettes scintillantes de Baptista, la rythmique à la barbe à papa de Baron. Et serein, vous vous laissez aller à vos rêves les plus délicieux où tout vous est favorable.
Voilà, la musique est parfaitement interprétée et on est en plein dans le cliché. Le but de Zorn est atteint: dans sa quête perpétuelle de la découverte et de l'ouverture musicale, il transcende le cliché pour en maitriser parfaitement le style. Ce compositeur ne connait pas de limitation stylistique: il sait tout faire et fait ce qu'il veut. « O'o » alimente le paradoxe zornien: offrir des musiques antagonistes, où règnent oxymore et pléonasmes, sans jamais tomber dans la facilité ni la compromission. Zorn est fou … droyant.
Jérôme Gransac
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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 14:28
Petit coup de pouce pour le prochain album de la chanteuse laura Littardi, qu'ici aux DNJ on aime bien.

N'hésitez pas, nous on a entendu le répertyoire en concert et ça vaut le coup.......




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30 octobre 2009 5 30 /10 /octobre /2009 06:12



  Ajmiseries novembre 2008

Bernard santa cruz, Christine Wodrascka, Philippe Deschepper, jean-Luc Capozzo

www.jazzalajmi.com

www.allumesdujazz.com

 

Infatigables acteurs de la scène des musiques actuelles, Bernard Santacruz, Christine Wodrascka, Philippe Deschepper se livrent toujours à des expérimentations sur les textures et les sons,  à une exploration très personnelle de la musique d’improvisation . Le résultat est à écouter sur le petit label indépendant courageux et volontaire de l’Ajmiseries : une série de courtes pièces, vives, subtiles servant de base à des improvisations plus longues, colorées comme «  roc et sable »  délicatement impressionnistes « un défilé bleu ».

Suivons les investigations de ces musiciens de métier, constamment à l’ouvrage, absolument solidaires qui se cherchent, se répondent par solos interposés, en conversations subtiles et souvent humoristiques, en  échanges sans le moindre cliché. 

Entièrement composé sur le vif , cet album ne se présente pas comme une navigation au long cours, périlleuse , mais nous réconcilie (si besoin était) avec la complexité des sons et rythmes libres : une configuration souple, ouverte, sans batterie nous soulage d’une tension constante, d’un pilonnement continu. S’ introduit alors une dimension plus insolite et mélancolique parfois. Aucune violence si ce n’est celle douce, plus mystérieuse de la pianiste ou du guitariste au son rauque, immédiatement reconnaissable, alors que les traits élégants de la basse réchauffent.

 Les instruments font entendre leurs vocalises, et aussi parfois leur stridences : traversé de fulgurances souvent dues à l’invité ami, le trompettiste Jean Luc Cappozzo, toujours présent pour l’aventure de l’improvisation,  l’album fait entendre un chant mélodique profond, libéré et finalement heureux.

Aucune règle ne détermine ce qui se produit là si ce n’est la complicité alliée au travail le plus sérieux, exigeant : ce Récifs est baigné d’une poésie lunaire, intimiste et se déguste pour peu qu’on prenne le loisir de se laisser aller à autre chose qu’à la précipitation

Loin de tout académisme le quartet se nourrit de musiques glanées dans un espace ouvert aux quatre vents, où s’ entend la quintessence du souffle, où les frottements, chuchotements et autres bruissements remplacent souvent  l’expression habituelle de chaque instrument.

On se laisse bien volontiers entraîner par cette déferlante sans brisants de  près de 50  minutes.

A écouter d’un trait, presque goulûment.

Sophie Chambon

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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 07:43

De Leon Gast

Gravity 2009





Ce fut un événement disons… planétaire. 1974, le match tant attendu entre Muhammad Ali et George Foreman. Un match qui restera dans les annales. Kinshasa 1974. Plusieurs jours de spectacles autour de ce match annoncé (comme toujours) comme le match du siècle. Et parmi les stars qui, dans la capitale zairoise se succèdent devant un public de 80.000 personnes, un héros du blues, l’inusable BB King accompagné de fidèle Lucille (sa guitare).

Pour ceux qui ne connaissent pas la légende, qu’il nous soit permis ici de vous raconter l’histoire de Lucille. Un jour alors qu’il était encore jeunot, BB King se trouvait dans un rade qui prit feu. Le jeune homme, comme tout le monde dans l’immeuble prit ses jambes à son cou. Sauf qu’il avait oublié sa guitare à l’intérieur. Intrépide, BB King ne fit ni une ni deux et retourna à l’intérieur de l’immeuble en flammes chercher sa bien aimée, c’est à dire sa guitare, manquant à un poil cramé près, d’y passer. Plus tard il apprit que l’immeuble avait prit feu à la suite d’une bagarre intervenu au sujet d’une fille, une certaine Lucille. BB King appela alors sa guitare du nom de la donzelle pour lui rappeler toujours, de ne jamais agir inconsidérément.

Mais revenons en à ce concert de 1974. 80.000 personnes disais-je.  BB King a alors 49 ans et est déjà un grand routard du blues. Un increvable des scènes du monde entier. BB King est là,  et bien là. Il livra ce soir là un très très grand concert autour de ses titres fétiches ( Sweet 16, Why I sing the blues, The thrill is gone). Le guitariste à la limite de la transe, faisait totalement corps avec son instrument, grimaçant avec sa guitare. Derrière Sonny Freeman, son fidèle batteur lui donnait un change explosif.

 

Ce concert fut filmé avec les moyens de l’époque, avec ce grain si typé qui nous rappelle aujourd’hui les 70’s. Aux manettes, Léon Gast qui couvrait alors l’événement sportif pour la réalisation d’un film qui devint mythique (When we were kings) et qui en profita alors pour capter les évènements de ces trois jours de liesse africaine. Quelques plans serrés nous permettent de saisir au plus près les expressions du guitariste, la caméra cherche aussi quelques plans larges du public, capte Ali dans la salle et accompagne le guitariste en loges à la sortie du concert. En fin de DVD, un « bonus » très court d’à peine 3’30 mn (tu parles d’un bonus !) d’interview express de BB King datant de 1981.

 

Plongée dans l’histoire d’une légende, ce DVD présente un intérêt historique évident. Il y avait de l’électricité dans l’air ce soir là. Quelque chose d’impalpable dans cette atmosphère incroyable. De la fièvre certainement. Celle de la musique, de la boxe, de l’Afrique au plein cœur de l’Afrique.

Document rare.

Jean-marc Gelin

 

 

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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 07:06

Personnel détaillé sur la pochette. Half Note Records. 2009.

Cet album relance une question : ça sert à quoi un « all-star » ? Car s’il n’est pas commercialement     (voire affectueusement) surprenant de voir ressurgir des avatars du big band de Dizzy Gillespie, comme ce fut le cas de celui de Basie, assez peu de celui d’Ellington (demandez-vous pourquoi), musicalement l’interrogation, dans certains cas, demeure : perpétuer une mémoire ? Réinterpréter un corpus ? Réaffirmer certains critères musicaux ? A l’écoute, on n’aura certes pas l’outrecuidance, en pareil cas,  de douter du travail des sections (voyez par exemple « One Bass Hit ») ; avec un « musical director » de la trempe de Slide Hampton et des calibres tels James Moody, Jimmy Heath, Antonio Hart, Gary Smulyan, Claudio Roditi (à créditer d’un beau chorus intense sur « Birk’s Works »), Roy Hargrove, Cyrus Chestnut ou Lewis Nash, la cohésion orchestrale est garantie. En revanche, au fil des plages, l’impression se renforce d’un bop qui n’est même plus classicisé mais banalisé, é-nervé (cf. « Una Mas »). On est loin, même si l’on comprend bien que l’heure n’est pas à la copie servile, de l’intuition géniale de Dizzy Gillespie qui, faute d’une sensibilité écorchée, avait compris qu’il pouvait électriser - et rendre ainsi éminemment actuelle - une musique déjà plongée pourtant dans l’expressivité la plus débridée en raison d’une virtuosité posée en principe et d’un humour décalé, presque grinçant, qui en était le complément naturel.…La version bien ronronnante de « Manteca » avec un son de guitare basse (John Lee, également producteur du disque) complètement « old fashion » pour ne pas dire « has been » (où est passée la révolution des Pastorius, Alphonso Johnson et autres Marcus Miller ?!) dit assez bien le déphasage de ce all-star par rapport aux exigences de son temps déboussolé. Voilà ça sert à cela, souvent, un all-star : marquer négativement l’écart par rapport à ce qui fut un temps splendidement étoilé…

Stéphane Carini.

 

 

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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 06:51
interview à retrouver sur All About Jazz


The world of jazz guitar has long been filled with some of the most storied names in jazz history. Artists such as Charlie Christian, Johnny Smith, Wes Montgomery, Pat Metheny and John Scofield have all become recognized as some of jazz's greatest innovators and most prolific performers.

In a day and age when it seems that jazz, and jazz guitar, has been through just about every transition, amalgamation and innovation possible, there are still new voices emerging to take the music forward into unexplored and exciting territory. One of the guitarists that is leading this charge is New York-based picker Jonathan Kreisberg. With a strong foundation in the jazz tradition, and a personal vision of the genre's future, Kreisberg is winning over crowds and critics alike with his albums and concerts held around the world.

 

Kreisberg's playing is not easily categorized, as it draws upon a diverse background of influences, and is constantly challenging the defined conception of modern jazz. His solos portray a player dedicated to absorbing the traditional vocabulary and vernacular of the jazz idiom, skills honed through a solid musical education and by studying on bandstands across the globe. Drawing the listener in with a healthy dose of swing and traditional vocabulary, Kreisberg acts as a skillful guide as he leads his audiences into new and entrancing harmonic and melodic territory, without ever sounding abrasive or disjointed.

This ability, to smoothly transition between established and inventive sonic ground, has helped raise Kreisberg to the upper echelon of today's jazz guitarists, and has firmly established his position one of the genres leading voices.

Apart from being an accomplished improviser and band leader, 2009's Night Songs (Criss Cross) is his sixth outing under his own name, Kreisberg is also a composer and arranger of merit that is continually exploring the possibilities of small group jazz. Kreisberg's albums, like his improvisations, contain a mixture of tunes drawn from the jazz tradition and his own original compositions.

Even when an album contains tunes that are one or the other, such as Night Songs which is a collection of jazz ballads or Unearth (Mel Bay Records, 2005) which is all original compositions, there is still a sense of Kreisberg's dual approach to writing and arranging found within his work.

When approaching a jazz standard, Kreisberg is rarely content to play the track in its original context. Instead, he is constantly looking for new ways to interpret many of the genre's classic tunes, such as his odd-meter rendition of "Stella by Starlight" from the album South of Everywhere (Mel Bay, 2007). On the other side of the coin, Kreisberg's original compositions will often have a sense of the jazz tradition weaving in and out of more modern sounding harmony and melodic phrases, such as the hard-driving composition "Fever Vision" from his 2004 release Nine Stories Wide (Criss Cross, 2005).

With such an array of accomplishments behind him, Kreisberg is showing no signs of slowing down. He is continuing to tour in support of Night Songs and is already at work on his next recording project. With such a busy schedule of performing, writing and recording, it's no wonder that Kreisberg has become one of the genre's young stars, a status that is sure to stick as he moves forward into his musical future.

All About Jazz: You began playing guitar at 10 years of age. How were you introduced to the instrument and had you always been interested in playing guitar?

I initially picked up a guitar after hearing Eddie Van Halen's playing on "Eruption." I was blown away by that great "other worldly" sound he was getting out of his guitar.

It's funny because years later I would realize that Eddie was reaching out for the sounds he'd heard from Allan Holdsworth, who was in turn channeling Coltrane. One of my childhood favorites was Coltrane's album "My Favorite Things," so I guess it all makes sense in a weird sort of way.

lire la suite ......

http://www.allaboutjazz.com/php/article.php?id=34225&pg=1

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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 05:26

Enja 2009

Pascal Schumacher (vib, glockenspiel), Franz von Chossy (p), Christophe Devisscher (b, gong), Jens Düppe (dms, gong et glockenspiel).

Ils ne sont guère nombreux, sur la scène actuelle, les musiciens qui s’attèlent à renouveler l’esthétique du vibraphone, que beaucoup associent encore à des ambiances d’ascenseur ou de salle d’attente. De formation classique (il est passé par la fameuse classe de percussions du Conservatoire de Strasbourg), le Luxembourgeois Pascal Schumacher sait faire sonner l’instrument à sa manière, en tirant le meilleur parti de cette vibration caractéristique, de ce halo de mystère scintillant qui nimbe chaque tintement des mailloches sur les lames métalliques. Tout en s’inscrivant dans la lignée de Gary Burton, il a aussi su développer une musique personnelle et originale, grâce à un quartet particulièrement soudé. « Here We Gong » témoigne d’une esthétique très contemporaine, qui doit autant au minimalisme répétitif de Steve Reich (dont Schumacher a interprété les œuvres par le passé) qu’à une certaine pop d’aujourd’hui (on relève ainsi une reprise du groupe écossais Travis). Bien qu’il n’y ait pas de chanteur et que la quasi-totalité du répertoire soit signée des différents membres du groupe, il y a là quelque chose qui fait parfois songer à Radiohead : une certaine mélancolie assumée sur fond de rythmiques obsédantes, plus binaires que swinguantes, mais non moins complexes ; et aussi un même intérêt pour les musiques électroniques créatives, dont les musiciens (et en particulier le batteur) parviennent habilement à reproduire les effets avec des moyens essentiellement acoustiques. Ajoutez à cela une production très soignée et un bel équilibre entre densité et espace, et vous obtenez un album pop-jazz original qui a tout pour plaire.

Pascal Rozat

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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 19:06

Tzadik 2009

Joe Lovano (ts), Dave Douglas (tp), Uri Caine (p), Greg Cohen (b), Joey Baron (dms), John Zorn (composition, as sur un titre).



 Au commencement, Masada était d’abord un formidable quartet. Avec le temps, c’est devenu un concept compositionnel que Zorn décline avec divers interprètes au fil de sa série « Book of Angels », dont voici déjà le douzième volume. En apparence, on a affaire ici à un retour aux sources partiel, puisque ce nouveau quintet comprend trois des membres du groupe original (Dave Douglas, Greg Cohen et Joey Baron). Mais la comparaison s’arrête là. En effet, l’arrivée du piano de Uri Caine et surtout du ténor de Joe Lovano – nouveau venu dans l’univers de la « radical jewish music »  – change totalement le son d’ensemble, en le tirant vers un registre plus explicitement jazz. Au premier abord, la formule semble séduisante. Servie par des musiciens d’exception, cette relecture cool et décontractée de l’univers de Masada enveloppe l’auditeur dans un confort d’écoute peut-être un peu trop douillet… jusqu’à la plage six (Rahtiel), où Zorn se décide enfin à sortir son alto de l’étui. Et là, on se réveille et on se dit : Bon sang, mais voilà ! Masada, c’était ça : cette plainte venue du fond des âges, ce cri de fureur, cette étincelle de folie, ce déferlement d’énergie… Las, Zorn remballe bien vite son biniou (ça finit par devenir agaçant, à force, ces apparitions en guest star sur ses propres disques…), et par comparaison, la suite de l’album nous paraît d’un coup bien fade. On n’y entend plus qu’un super group de jazz un peu mollasson, chez qui les influences klezmer et orientales, loin de toucher à la substance même de la musique, se résument à des gimmicks exotiques souvent un peu facile. Il n’est qu’à comparer la composition finale, Rigal, avec la version déchirante qu’en donnèrent Mark Feldmann et Sylvie Courvoisier dans le volume 3 de la série. Comme dirait l’autre, y a pas photo ! Et une fois le disque terminé, on ne peut s’empêcher de se poser la question : y aura-t-il un jour enfin un nouvel album du Masada Quartet qui demeure, malgré certaines réussites incontestables du « Book of Angels », la référence absolue de cette « nouvelle musique juive » que Zorn appelle de ses vœux ?

Pascal Rozat

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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 08:03

DREYFUS JAZZ 2009

ROCKY GRESSET (g), MATTHIEU CHATELAIN (g), DIEGO IMBERT (Cb), COSTEL NTESCU (Vl), JEREMIE ARRANGER (Cb), THOMAS DUTRONC (g)



On serait tenté parfois de comparer le jazz manouche à la peinture Egyptienne. Celle qui durant deux millénaires représentait toujours les mêmes les personnages de profil, avec talent certes mais avec aussi une certaine obstination dans la constance ( et réciproquement). Rocky Gresset, jeune guitariste, issu d’une famille gitane où l’on élève les enfants au lait et à Django, aurait pu tout aussi bien tomber dans les travers d’une tradition « ancestrale » qui, disons le tout net fige un peu la musique dans un marbre dont on ne se lasse pas mais bon quand même….. Et pourtant ce jeune guitariste qui signe là son premier album chez Dreyfus apporte réellement quelque chose de nouveau dans le paysage (et j’ai bien conscience en disant cela qu’à chaque nouveau guitariste manouche qui apparaît sur la scène, on dit strictement la même chose). Pourtant force est de constater que Rocky Gresset, 29 ans au compteur,

s’impose d’emblée à la fois comme un immense guitariste de la trempe de Bireli lorsqu’il était jeune mais aussi comme un guitariste qui va bien au-delà des clichés du jazz gypsy, capable de réinventer le style en empruntant autant au maître mais en allant chercher aussi d’autres références de la guitare électrique chez Wes Montgomery ou George Benson. En quelque sorte le rêve de Django lui même lorsque ce dernier s’aventurait à l’électrique. Il y a là une sorte de continuité de l’histoire qui ne s’est pas arrêtée en 1953.

Sur les standards Gresset affirme une virtuosité qui est tout, sauf… virtuose. Pas de vélocité démonstrative chez lui, juste le sens de la musique, de la mélodie qui s’exhale et du swing qui la fait vivre. Une façon de faire chanter l’instrument, de lui donne ses petites inflexions, cette petite touche de triolets toujours finement ajoutées  comme autant de petites frises. A côté du real book ( Just one of those things, Polka dots and Moonbeams, Darn that dream, Blue skies), Rocky Gresset va aussi chercher du côté de Wes Montgomery pour aligner un superbe Jingles passant ainsi de l’acoustique à l’éléctrique sur lequel il affiche une toute autre personnalité sans y perdre en élégance et en sensibilité (dommage toutefois que parfois la prise de son y soit très étouffée - Looking up -).

Une fin d’album avec Thomas Dutronc en invité sur Time on my hands,  nous laisse sous le charme de cette heuresue révélation.

Avec Rocky Gresset c’est un nouveau génie de la guitare qui émerge sur cette scène dont il éclaircit les horizons. Lorsqu’un musicien parvient avec autant d’aisance  de naturel et presque de détachement à nous transmettre ainsi son amour-passion pour la musique on sait que de toute évidence on a affaire à un très grand. Déjà.

Jean-Marc Gelin


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