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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 08:18

Cam Jazz 2010

Paul Mc candless (oboe, fl, saxs), Glen Moore (cb), Ralph Towner (g, p), Mark Walker (dr, perc)

 oregon.jpg

 Petit rappel pour un album qui aura certainement passé inaperçu et que c’est bien dommage et que franchement faut ouvrir les esgourdes parce que y a pas d’raisons de s’faire du mal et de passer à côté de ce petit nounours. Parce qu’il y a des petits bonheurs tout simples dont on ne devrait surtout jamais avoir honte. Du genre, prendre du plaisir comme celui que l’on a à l’écoute de ce nouvel album d’Oregon, le célèbre groupe crée par le guitariste Ralph Towner en 1971 et qui, presque trente ans plus tard semble baigner dans le même bain de jouvence. Jusqu’à livrer une musique d’une simplicité biblique, d’une évidence charmante avec la même fraîcheur que si c’était hier. Car ces musiciens-là qui se connaissent si bien n’ont pas perdu leur enthousiasme et leur talent. Ils savent faire le métier et le font avec envie. Mélodies efficaces, Paul Mc Candless sopraniste et flutiste -soliste étincelant, un Ralph Towner guitariste (acoustique) aux couleurs chatoyantes et à l’occasion pianiste et enfin une rythmique frémissante. Les couleurs sont un peu world-fusion et l’on pense au tribu qu’un groupe comme Hadouk Trio doit à ses ainés.

On chante les airs comme de vraies chansons qui s’installent et vous reviennent en caboche longtemps après. Parfois ça frise la telle simplicité que les snobs diront que c’est « service minimum ». N’empêche, on danse, on se laisse prendre, on met ça en boucle. C’est court, bref, fugace.

Franchement touchant.

Posologie : remplacer les chants de noël au pied du sapin par le CD d’Oregon.

Jean-Marc Gelin

 

 

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 22:35

 

Rebecca-Cavanaugh.jpgBlack and Blue / Socadisc

Rebecca Cavanaugh – voc ; Frédéric Loiseau – g ; Claude Carriere – p ; Marie Christine Dacqui – cb

En concert: le 23 novembre au SUNSIDE

 

Avec un tel titre, on aura vite compris le projet de cet album qui respire d’une douce nostalgie sans pathos, s’attardant sur des standards, de belles mélodies du jazz. Puisque le sous-titre est « Summer in all seasons », cet album, en dépit de sa première chanson, « Autumn leaves » peut s’écouter à loisir, en toutes saisons d’autant que le guitariste Frédéric Loiseau apporte les harmonies brésiliennes qui réchauffent les mélodies.

Présenter Claude Carrière à quelqu’un qui dit aimer le jazz ou même s’y intéresser est forcément inutile. C’est à lui que nous devons la découverte sur France Musique [sans « s » à l’époque, c’était en 1977] de la série feuilletonnesque ‘Tout Duke’ ! Il se met au piano accompagnant la jeune chanteuse de parents américains mais élevée à Londres, Rebecca Cavanaugh. Tous deux partagent un amour réel pour l’alter ego du Duke, le compositeur de mélodies immortelles Billy Strayhorn : cinq titres « Daydream », « Something to live for », « A flower is a lovesome thing » et « Blood count » lui rendent donc hommage, car Claude Carrière a « le cœur ellingtonnien » selon la jolie formule de son compagnon du JAZZCLUB Jean Delmas.

La chanteuse sert ce répertoire d’une voix tendre et voilée, toujours sur le bord de la fêlure. Sans jamais hausser le ton, sur le mode de la confidence et du murmure, elle berce délicatement de son vibrato léger, «Sometimes it snows in April », ballade de Prince sur fond des cordes de la guitare et de la contrebasse réunies.

Les arrangements sont soignés et voilà bien une chanteuse qui laisse de l’espace aux musiciens : écoutez le piano sur « Something to live for », la première chanson de Strayhorn enregistrée par Ellington ou sur la valse enivrante et mélancolique« Lotus Blossom ».

Piano et contrebasse terminent l’album d’un sombre  Bloodcount », alors que l’on se plaît à rêver devant la pochette illustrée de la composition de Sonia Delaunay (la mère de Charles) « Cinema ». 

 

Sophie Chambon

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 22:17

 bobomoreno.jpgStunt Records / Sundance

Cd 10112

 

 

 

Ces Scandinaves sont décidément étonnants dans leur façon de s’ancrer dans une tradition et de la faire évoluer doucement .

Le chanteur Bobo Morenoreprend ici un répertoire majoritairement pop de bon goût des chansons de Lennon/Mc Cartney comme « A hard’s day night » ou « Yesterday », immortel tube de Mc Cartney, « 50 ways to leave your lover » du grand Paul Simonqui donne son titre à l’album, mais aussi « Manic depression »  de Jimi Hendrix. Mais aussi « Both sides now » de Joni Mitchell et le très émouvant et réussi « Everytime we say goodbye » de Cole Porter. Il est accompagné de Ole Kock Hansenau piano, Bo Stief( contrebasse et basse électrique) auquel sur certains titres se joint un quatuor de cordes dans l’arrangement de « People get ready » de Curtis Mayfield. Tout le pari des cordes (les Beatles l’avaient bien compris) est de changer la couleur, d’enrichir le propos tout en conférant à l’ensemble une certaine légèreté comme si des danseurs évoluaient en arrière-plan.

Visiblement, Bobo Moreno n’est pas un crooner au sens classique comme Harry Connick Jr à la mèche fringante et au sourire « émail diamant ». Il a une sensualité rauque dans la voix qui rappelle Sting, et sait être lyrique sans être sentimental.

Il reprend tous ces succès avec simplicité et sans fioriture ornementale avec une énonciation très claire, laissant ses accompagnateurs suffisamment d’espace pour servir les mélodies et leur conférer une couleur, un tempo jazz.

Un moment d’écoute très agréable, propice à la nostalgie.

A écouter en sirotant un verre au coin du feu avec des amis. La saison s’y prête, il n’y a pas de mal à se faire du bien parfois !

 

Sophie Chambon

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 20:27

kaos-diederick-wissels.jpg

2010 – Laborie  

 

 

Diederik Wissels (p, électronique, compositions)

 

Vus de France, Diederik Wissels et le chanteur belge David Lynx semblent indissociables. Ils ont égrainé nombre de prix et d'excellences tant leur collaboration a été fructueuse. Par le passé, le pianiste, belge lui aussi et né à Rotterdam, a aussi connu d'autres collaborations émérites avec Larry Schneider, Kenny Werner, Philip Catherine et Marc Ducret. Et avant cela avec Chet Baker. Ces dernières années, il mène deux carrières aux colorations artistiques assez différentes: l'une avec Lynx ou Paolo Fresu en France, l'autre en Belgique avec le groupe Streams du saxophoniste Bart Defoort, entre autres.

Kaos est le deuxième album solo de Wissels et la suite logique à son premier solo Together paru en 2007. Sur Kaos, les treize compositions sont du pianiste: les dix premières constituent une suite de saynètes musicales intitulée « Kaos ». On reconnait volontiers des influences classiques et jazz dans les compositions et dans le jeu du pianiste. Les phrasés idiomatiques du jazz se font diserts à travers de nombreuses influences allant de Bill Evans à Keith Jarrett. Pour exemples, les deux premiers chapitres de « Kaos » nous rappellent les introductions du concert de Bregenz de Keith Jarrett en 1982. Au fil des morceaux, le pianiste se désengage de ces sillons pour se donner à une expressivité, pour le coup, tout à fait personnelle. Les « chapitres » de Kaos, comme les intitulent Wissels, se suivent sans assemblage cohésif apparent, mise à part une certaine application à la mélancolie. D'un chapitre à l'autre, le pianiste chavire, sans transition, d'une chopinade à tiroirs à un  jeu calqué sur des sonorités électro-douces, synthétiques et spatiales qui suggèrent une sensation d'urgence dans le mouvement « Kaos ».

Wissels jouit d'un talent évident pour la composition qu'il associe à un jeu minimaliste sans esbroufe, une émotion naturelle et sans tricherie. La netteté de son propos nous touche tout du long: il caresse la beauté et revitalise les émotions fondamentales.

Pour clore cette rencontre intérieure, « Kronos », la dernière pièce, au piano trafiqué aux effets électroniques semblent annoncer la teneur et le son d'un troisième volet en solo. Sans a priori aucun, laissez vous aller à la musique: Wissels vous amène dans un univers où sa simplicité vraie rend sa musique unique.

 

Jérôme Gransac

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 17:31

aerophone.jpg

Yoann Loustalot, Blaise Chevallier, Emile Saubole,

Fresh Sound New Talent

Enregistré en 2009 

 

Trompettiste de jazz, expérimentateur de haute volée, subtil accompagnateur, Yoann Loustalot a un son, indéniablement. C’est la première chose qui saute à l’oreille dès l’introduction exacerbée de « Five characters » (in search of an exit ), la parenthèse  soulignant utilement ce sentiment d’énervement irrépressible, ces phrases qui s’épanouissent en volutes énervées, stridentes souvent, en bourdonnement exaspéré.

Ainsi sort le nouvel opus intitulé justement « Aérophone » de Yoann Loustalot sur le label Fresh Sound New talent, dédié justement  au souffle , cette manifestation mystérieuse de l’âme.  Pour régler définitivement ( ? ) la question des influences, citons l’ami Méziat (Jazzmagazine) qui suit le musicien depuis longtemps : «  On le rangerait plutôt dans une série qui irait de Bix Beiderbecke à Tom Harrell, et qui aurait flâné longtemps du côté de Saint-Louis (Missouri), d’où sont issus Clark Terry et Miles Davis, entre autres. » C’est qu’il a eu tout loisir d’écouter le trompettiste, entre autre à certaine édition de son BJF (Bordeaux jazz Festival) au sein d’un groupe original et même improbable Grand Six.

Alternance déconcertante mais bien vue de rythmes, ruptures de tempos dans des  ballades au doux crescendo  comme « Plus de poissons », lentes sinusoïdes méditatives comme dans « Frases »,  ou  « Lamentation » recueillie, volutes charmantes de « Papagei ». Les envols qui suivent détonent d’autant plus joyeusement au bugle ou à la trompette, puique le musicien joue des deux avec aisance.

Ses acolytes l’accompagnent sobrement : ils savent faire ce qu'il faut pour impulser le mouvement comme dans « Petit pays ». Ce sont Blaise Chevallier à la contrebasse et Emile Saubole aux drums : leur musique  n’est jamais aussi souple que quand elle est jouée en douceur.  En résumé,  avec un son délicat, un phrasé d’une limpidité saisissante dont on se plaît à suivre les méandres, à la fois sensible et technique, ce trompettiste est à suivre avec attention, même si, comme le soulignait finement Philippe Méziat, l’on s’attache plus encore à l’énonciation qu’ au sens même du discours. Et c’est un peu dommage.

 

Sophie Chambon
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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 21:20

Cam Jazz 2010

Diego Urcola (tp), Yosvany Terry (saxs), Enrico Pieranunzi (p), Antonio Sanchez (dm)

pieranunzi-birdland.jpg

Pas forcément le plus grand enregistrement sous le nom de Pieranunzi. Juste une prise live d'un concert donné au Birdland de New York en 2008 aux allures évidemment latines puisque le quintet réunissait ce soir là, aux côtés du pianiste

romain, le bouillonnant trompettiste argentin ( Diego Urcola), l'intense  saxophoniste cubain Yosvany Terry ( entendu chez Hargrove, Dave Douglas ou encore Jett Tain Watts), le contrebassiste américain John Pattitucci ( que l'on entend habituellement dans le quartet de Wayne Shorter) et enfin le batteur mexicain démultiplié, Antonio Sanchez ( cf. la chronique d'un autre live à New York paru lui aussi chez Cam ANTONIO SANCHEZ : « Live in New York at Jazz standards » ).  Autant dire qu'il fallait s'attendre à faire chauffer la salsa et le latin bop avec 5 furieux de cet acabit. Et comme il se doit on est absolument pas déçus. Les moments d'héroïsme se succèdent à l'image d'un Diego Urcola aussi mordant qu'éclatant portant à l'incandescence sur Danza Nueva le flambeau de la trompette latine.

La rencontre est de très haute volée et l'on sait que l'on a affaire à une catégorie de héros du jazz, de ceux qui font vibrer les murs des clubs jadis enfumés, qui font taire les curieux et remettent les choses à leur place avec virilité et engagement.

Dommage que la prise de son de Pieranunzi soit si lointaine et parfois étouffée par les cuivres. Position des micros sur scène certainement comme en témoigne un Chorro où l'on est franchement gêné par le recul du son du pianiste qui paraît du coup un peu terne. Dommage pour un disque qui paraît sous son nom.

Jean-Marc Gelin

 

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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 08:20

A Danièle et Christian.

 

ray-brown.jpeg 

Le jazz et la mort, la belle affaire. Répétons-le, quitte à paraître à contre-courant : la fabrication « spectaculaire » (au sens qu'entendait Debord) d'une « actualité » jazzistique qui occupe désormais les acteurs du spectacle liés entre eux (labels, presse spécialisée, websites, radios et patrons de clubs – et tout cela pourrait presque s'écrire sans pluriel...) s'accompagne d'une occultation éhontée de l'histoire vibrante de cette musique.

 

Nostalgie excessive ? A priori stylistiques infondés ? Investissements affectifs inopportuns ? Nécrophilie voire....? Allons donc ! Prenons les musiciens dont il sera amplement question dans les lignes qui suivent, consacrées à trois rééditions groupées sous l'égide de l'aussi discret qu'incontournable label Fresh Sound de Jordi Pujol (*) : Ray Brown, Oscar Peterson et Herb Ellis. Qui mesure précisément la diversité du génie du premier auquel la presse française rendit, lors de sa disparition en 2002, un bien trop modeste hommage(**) ? Qui en parle aujourd'hui....? Herb Ellis ? Le guitariste qui irrigua durant cinq ans de sa singulière virtuosité le trio Peterson, au surplus arrangeur et compositeur de talent (« Detour Ahead », immortalisé par Bill Evans, c'est lui), co-fondateur avec Barney Kessel et Charlie Byrd des « Great Guitars », etc., a récemment été expédié auprès de ses pairs défunts en une brève de bas de page dans le même numéro de Jazz Magazine (mai 2010) où Jeff Beck, John McLaughlin et Philip Catherine se voient accorder cumulativement 11 pages (photos comprises). Quant à Oscar Peterson, les amateurs seraient bien surpris de savoir quels efforts miraculés entre le modeste auteur de ces lignes et le patron de Jazzmanpermirent à l'époque d'honorer in extremis le pianiste comme il se devait (c'est-à-dire à côté des fadaises - sans bémol - du dandysme convenu ; ce fut si délectable qu'on se paya le luxe d'attribuer à Peterson, à peine un mois plus tard, un « Choc d'Honneur » (pratique totalement inédite) en présence de Martial Solal et devant un parterre qui comptait son lot d'anti-petersoniens (pas difficile à trouver, ça).

 

Voilà, tout cela dure et se renforce, se rancit.

 

Avantage suprême d'une telle déréliction, les joyaux n'en brillent que davantage ! Fresh Sound, loin de tout passéisme puisqu'à côté de Fresh Sound Records on trouve le catalogue appréciable de Fresh Sound New Talent (qui a accueilli les saxophonistes Miguel Zenon, Eli Degibri, Chris Cheek, Steve Lehman, les trompettistes Jeremy Pelt, Ambrose Akinmusire, les pianistes George Colligan, Bill Carothers, etc.), présente donc trois rééditions capitales dont il faut d'emblée souligner le luxe, on veut dire par là l'élégance amoureuse qui préside à leur réalisation (qualité sonore, rigueur historique, précision des « liner notes », beauté des photos), que l'on doit à Jean-Michel Reisser qui fut, durant plus de vingt ans, l'ami, le confident et le « promoteur musical » (j'use ici du terme qui lui semble le plus convenable) de Ray Brown en Europe.

 

 

RAY BROWN, « THE MAN » - COMPLETE RECORDINGS (1946 - 1959)

 

Le premier de ces albums - le terme « réédition » étant au demeurant assez imparfait compte tenu du nombre de faces rarissimes qu'il contient, on y reviendra - regroupe l'ensemble des séances enregistrées sous son nom par Ray Brown entre 1946 et 1959 (soit toutes celles qui sont dans le domaine public à ce jour), étant ici indiqué que J.M. Reisser prépare une compilation de faces plus récentes (le bassiste a participé à plus de 2.000 disques !) qui viendra sans nul doute prendre opportunément place à côté de celle que Concord avait réalisée en 2002 (« Ray Brown : The Best of The Concord Years », double CD).

Pour revenir à la période précitée, on trouve immanquablement le chef d'oeuvre « Bass Hit », summum de sensualités ajustées avec une intelligence musicale sans pareil : du sens de l'espace, de la construction et des nuances de Ray à l'art de la lumière rasante et de la force contenue de Marty Paich, sans omettre la subtilité d'interprétation d'une phalange superlative (Harry Edison, Pete Candoli ou Conrad Gozzo, Herb Geller, Jimmy Giuffre, Bill Holman, etc.). Mais outre cette séance de 1956, déjà disponible en CD, de nombreuses faces peu connues et  introuvables sous ce format, documentent de manière extrêmement précieuse aussi bien le parcours propre du bassiste, lequel se poursuit avec une constance exemplaire en parallèle de l'activité débordante du trio Peterson, qu'une personnalité humaine et musicale hors du commun, très tôt affirmée et dont la longue fréquentation du pianiste canadien (15 ans !) a sans doute constitué le prestigieux mais regrettable paravent. 

 

Il n'est hélas pas possible d'examiner en détail l'ensemble de ces sessions, toutes de très haute tenue. Insistons sur quelques points saillants.

 

 

LA PRECOCITE DU LEADER

 

Ce qui retient d'abord l'attention, c'est l'extrême précocité de Ray Brown à s'imposer en tant que leader, sur un instrument au surplus très peu « exposé ». A 19  ans (nous sommes en septembre 1946, Ray est né le 13 octobre 1926), il entre en effet de plain-pied dans le cercle des boppers de premier rang. L'éclat inentamé des quatre titres présentés ici le confirme : compositeur et arrangeur (parfois en coopération avec Gil Fuller), véritable catalyseur, organisateur en propre de la séance, il convoque en une formation originale (un octet comportant notamment deux trompettes, deux saxophones et un vibraphone) l'élite de la nouvelle musique....et tous répondent présents ce qui est assez dire dans quelle estime ils tiennent leur cadet : Dizzy Gillespie, son employeur du moment, associé à Dave Burns, James Moody, Hanck Jones, Milt Jackson ! Si le répertoire ressemble à d'assez nombreux thèmes-prétextes usités alors, en revanche le bassiste imprime sa marque sur tous les plans dès « For Hecklers Only » : introduction virtuose de quatre mesures débouchant sur un break de batterie (Joe Harris), chorus de transition entre les deux exposés du thème, superbe solo séparant les improvisations des deux saxophonistes, on est loin, très loin, des nombreuses sessions bop aussi fougueuses que désordonnées. Dès 1946 donc et ce point est essentiel, toutes les qualités de Ray Brown sont manifestes : celles qui ont fait, depuis lors, sa réputation internationale : ampleur du son, perfection du tempo et swing inoxydable, habileté instrumentale indissociable d'une constante musicalité ; celles aussi qui ont été moins soulignées mais sans lesquelles son « équation personnelle » ne serait pas ce qu'elle est : charisme, aptitude à associer les talents et à en tirer le meilleur dans les contextes les plus divers, sens méticuleux de la construction des pièces (introduction et coda, choix du tempo, articulation des chorus, bref une secrète obsession de l'agencement plus que de l'arrangement tel qu'on l'entend habituellement, dont naît LA musique). Ces talents fertiliseront le « sound » du trio Peterson de manière aussi discrète que décisive au cours d'innombrables mises au point de coulisses, concert après concert.

 

 

UN PIANISTE COMPLICE....HANK JONES

 

Le second trait marquant de cette intégrale est l'amitié qui se noue très tôt entre Ray Brown et Hank Jones. En 1946, ce dernier, de huit ans l'aîné du bassiste, est déjà, on l'a vu, à ses côtés. En 1948, c'est lui que Ray Brown choisit à nouveau pour former un trio avec, à la batterie, Charles Smith, Shelly Manne ou, comme ici, en 1950, Buddy Rich.

5 

 

 

Les trois titres de ce trio sont époustouflants. Du pianiste, récemment disparu, ils démontrent comment, powellien sur « Slow Down »(probable démarquage de « Embraceable You ») ou tatumien sur « Blue Lou », il ne fut probablement, attaché qu'il était à une forme de délicatesse toute personnelle, ni tout l'un ni tout l'autre, frayant ainsi sa propre voie, élégante, attentive et enjouée, ciselée et ourlée par endroits de mystérieuses pénombres. De Buddy Rich, ils illustrent, s'il en était besoin, le drive, l'à-propos, l'accompagnement patient aux balais quand il le faut et, bien entendu, les certitudes fracassantes tel son break sur « Blue Lou » avant la reprise du thème. Mais surtout, ils constituent l'écrin du jeu totalement épanoui du bassiste-leader qui y exprime ses qualités insolentes : l'aisance du jeu d'archet sur le morceau précité (Ray est ici le très digne héritier de Slam Stewart), la féline souplesse de la pulsation derrière le pianiste, la verve intarissable déployée sur « Song of The Volga Boatmen » (traditionnel judicieusement déterré) qui lui est entièrement dédié et qui, en une alchimie précieuse parce qu'elle est charnelle avant tout, fait résonner LE SON brownien et l'irréprochable technique digitale qui en est la source. De manière certes plus intermittente, l'entente Ray Brown / Hanck Jones se poursuivra néanmoins au fil des années, comme l'illustre de belle manière « Mighty Cool Penthouse » gravé en 1959 en compagnie d'Ed Thigpen. Le « poll winner » qu'est Ray Brown au milieu des années '50 ne doit toutefois pas éclipser certains de ses  prestigieux confrères. Parmi ceux-ci et outre Mingus, figure Oscar Pettiford, disparu prématurément en 1960 à l'âge de 38 ans. Une passionnante version live de « Body and Soul », qui date d'août 1956, permet d'entendre côte-à-côte les deux musiciens liés par une estime réciproque (Ray à la contrebasse, Pettiford au seul violoncelle) dans une formation où s'illustrent également le volubile Herbie Mann, Connie Kay à la batterie et surtout le pianiste Dick Katz.

 

 

QUAND OSCAR PETERSON Etait le sideman de Ray Brown

 

Troisième et dernier trait saillant de ce double CD : les liens noués entre Ray Brown et Oscar Peterson, et l'admiration sans bornes que ce dernier vouait à celui-là (« On ne peut remplacer Ray Brown, ce n'est pas possible » déclara-t-il peu après son départ du trio) ont conduit le pianiste à devenir le sideman de son contrebassiste. L'album « This Is Ray », gravé en février 1958 (et qui n'était disponible qu'en import japonaise) en fournit l'illustration. Cette séance est au demeurant originale à plus d'un titre : outre la raison qu'on vient de citer, Peterson « double » au piano et à l'orgue (expérience qu'il réitèrera sporadiquement chez Pablo) ;  quant à la rythmique, d'une cohésion exemplaire - comment en irait-il autrement lorsque Herb Ellis et Osie Johnson sont de la partie, ? -  elle est elle-même inédite. Enfin, le soufflant est le flûtiste Jérôme Richardson qui s'y exprime abondamment. Comme à l'accoutumée, le leader est en grande forme sur un répertoire varié : il faudrait tout citer mais sa longue, sensible improvisation sur « Jim » est sans doute le sommet de l'album. L'évocation de cette session fournit une transition naturelle avec la réédition de certains des plus beaux concerts du trio Peterson / Brown / Ellis.

 

 

THE OSCAR PETERSON TRIO - LIVE AT THE OPERA HOUSE AND AT THE SHRINE AUDITORIUM

 

Au terme d'un véritable jeu de piste, J.M. Reisser rétablit le contexte exact de ces enregistrements, longtemps connus, pour l'essentiel - et fantasquement présentés comme tels par Norman Granz  pour des raisons encore aujourd'hui inexpliquées - comme réalisés par un amateur lors d'un concert à Amsterdam en 1958 (le fameux « At The Concertgebauw ! »).

 

5 

Nous sommes en réalité au Civic Opera House de Chicago en septembre 1957 (thèmes 1 - 8) puis au Shrine Auditorium de Los Angeles (thèmes 9 - 13) un mois plus tard. Il faut le souligner : ces faces sont (au moins) du même calibre que le mythique « At The Stratford Shakespearean Festival » d'août 1956. On ne reviendra pas sur les interprétations d'un drive torride - au cours desquelles bien souvent Herb Ellis ne cède pas un pouce au pianiste - auxquelles on a excessivement réduit cette formation. Elles sont l'exact et indispensable symétrique de plongées plus tragiques dans l'urgence (Bud Powell) ou dans la sublimation du désarroi intime (Bill Evans). Contentons-nous de relever avec quel aplomb, avec quelle musicalité, Ray Brown assume son rôle de cheville ouvrière et, fort probablement, de secret pourvoyeur de voicings. En revanche, deux aspects méritent l'attention car ils ont été très peu soulignés par une critique souvent revêche et peu lucide à l'égard de Peterson. Le premier concerne le répertoire, marqué par un « encyclopédisme » impressionnant, des originaux aux blues des années trente (comme ce « Big Fat Mama » de Lucky Millinder), des standards incontournables (« Lady Is A Tramp », « When Lights Are Low », etc.) aux classiques du bop et du hard-bop les plus périlleux (« Hallucinations », « Daahoud ») ! Concernant cette dernière catégorie, la démarche n'est pas très éloignée de celle du jeune Phineas Newborn....Un conseil avisé de Ray Brown qui était extrêmement proche du talentueux et fragile challenger....? La seconde observation porte sur le spectre des intensités parcouru par le trio car, parallèlement aux morceaux de bravoure, on trouve des pièces d'une émotion dépouillée, presque à nu et qui créent, dans le déroulement du concert, un effet de contraste saisissant. C'est le cas de la superbe version de « We'll Be Together Again » - une version sensiblement différente, swinguée sur tempo medium, mais tout aussi remarquable en avait été donnée en janvier 1957 avec Anita O'Day - mais le chef d'oeuvre en la matière paraît être la ré-orchestration de « Joy Spring ». La manière dont le trio se réapproprie complètement la composition de Clifford Brown, introduite par huit mesures de toute beauté, mérite d'être écoutée avec une grande attention ; il y perce une ferveur totalement inattendue, contenue, concentrée, et cette sève, tout au long du thème, délivre la clarté fragile des éclosions, l'étincelante surprise de percevoir en soi et autour de soi (cette unité même qu'on nomme le printemps), tous brouillards dissipés, des certitudes neuves et éblouies. Ces deux interprétations anticipent sur des pièces  intimistes du trio Peterson / Brown / Thigpen et, plus encore, sur le chef d'oeuvre en solo de 1969, « Exclusively For My Friends ».

 

 

ONLY THE BLUES : SONNY STITT SEXTET AND QUINTET

 

Le dernier album correspond à l'une de ces nombreuses séances au cours desquelles le trio (fréquemment augmenté d'un batteur, Alvin Stoller ou Stan Levey comme c'est ici le cas) accompagnait des musiciens d'horizons stylistiques très divers : Lionel Hampton, Lester Young, Ben Webster, Stan Getz, etc. Celle-ci, très chaudement recommandable, associe   l'altiste Sonny Stitt (une opportunité de le réévaluer sur cet instrument pour ceux qui, tel l'auteur de ces lignes, l'appréci(ai)ent  beaucoup plus au ténor) à l'ébouriffant Roy Eldrige en  une joute vigoureuse sur quatre longs blues (quatre titres supplémentaires sans le trompettiste agrémentent cette réédition). Pour l'anecdote, rappelons que si Oscar Peterson et ses compagnons avaient enregistré à de nombreuses reprises depuis 1952 avec Roy Eldrige, le pianiste est en revanche absent des deux confrontations majeures auxquelles Sonny Stitt a participé pour Verve (dans « For Musicians Only », en octobre 1956 avec Gillespie et Getz, c'est John Lewis qui tient le piano, accompagné de Brown, Ellis et Levey et dans « Sonny Side Up », en décembre 1957, soit deux mois après le présent enregistrement, avec Gillespie et Sonny Rollins, le piano est tenu par Ray Bryant, accompagné par Tom Bryant et Charlie Persip, alors drummer régulier de Gillespie). Toujours est-il que la rythmique démontre amplement son impeccable sens du « sustain », avec un punch qui propulse les souffleurs vers leurs sommets.

5 

 

Par effet d'agrégation, les trois albums que l'on vient de commenter éclairent davantage la stature de Ray Brown (et, bien sûr, de ses compagnons), lui dont on mesure mal, aujourd'hui encore, le rayonnement qu'il eut sur le jazz durant plus d'un demi-siècle pour ne rien dire de l'élégance et de la générosité dont ne se départit jamais un homme discret, parfois déroutant, mais constamment proche de ses amis.

 

Gageons que le travail de J.M. Reisser et les efforts de tous ceux pour qui le jazz ne serait pas la même musique sans lui, sans Oscar Peterson, Herb Ellis et Ed Thigpen, continueront de lever pudiquement le voile sur des personnalités qui, en dépit de - ou grâce à ? - leurs qualités proprement instrumentales - ont toujours partagé cette même conviction : hors l'effort sans cesse poursuivi, le risque, la modestie, l'écoute mutuelle et la complicité patiente, la MUSIQUE n'est jamais DONNEE. 

 

Stéphane CARINI.

 

Mes remerciements chaleureusement renouvelés à Jean-Michel REISSER pour sa générosité, sa disponibilité, la précision de ses souvenirs qui ont largement contribué à alimenter cet article.

 

(*)   FSR-CD 560 : Ray Brown « The Man » - Complete Recordings 1946 – 1959 ; FSR-CD 564 : The Oscar Peterson Trio Live At The Opera House and At The Shrine Auditorium ; FSR-CD 563 : Sonny Stitt Sextet and Quintet : Only The Blues.

 

(**) Qu'on en juge : dans son n° 83 de septembre 2002, Jazzman ne consacrait qu'une brève à l'évènement; dans son n° 529 du même mois, Jazz Magazine assurait le service minimum en sollicitant le bassiste Dave Holland, à la faveur d'une actualité qui le plaçait (opportunément d'ailleurs) en couverture de tous les medias spécialisés (que se serait-il passé dans le cas inverse …?). Enfin, dans Le Monde, sous la plume d'un éditorialiste (et contrebassiste d'habitude mieux inspiré), on n'hésita pas à qualifier Ray Brown de « bassiste brillant », manière comme une autre d'expédier assez vite les qualités (et la trajectoire) essentielles d'un instrumentiste que Duke Ellington avait depuis des années désigné (lui et nul autre) à Norman Grantz pour un ultime disque en duo, en hommage à Jimmy Blanton (« This One For Blanton » enregistré en décembre 1973, Pablo Records).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 22:46

Pour JEAN PIERRE

 

Jean Pierre Lion vient de mourir.

Mathématiquement, il n’y avait aucune chance pour que nos routes se croisent jamais. Pourtant, en ce printemps 2005, à l’heure où il finissait de corriger les épreuves de la version américaine de sa biographie de Bix Beiderbecke, il me remerciait de la chronique de son livre (Bix Beiderbecke)  paru aux éditions Outre Mesure . Je répondis par politesse, presque par curiosité, mais très vite l’échange se révéla évident.

Bix Beiderbecke favorisa donc notre rencontre. Jean Pierre Lion a écrit LA biographie,coverbix indispensable et lumineuse du jeune cornettiste blanc disparu à 28 ans, l’ « alter ego » malheureux de Louis Armstrong. Pour un coup d’essai ce fut un coup de maître (1).

Et il était fier d’avoir « écrit «  quelque chose, d’avoir laissé sa marque dans ses domaines de prédilection : l’écriture, l’histoire, la musique.

Jean Pierre ne laissait rien au hasard et il me fit connaître méthodiquement toute l’œuvre de ce musicien incomparable, à la vie tourmentée. Les disques  mais aussi les films comme la version du Young man with a Hornde Dorothy Baker, tourné par Michael Curtiz en 1950 avec l’éblouissant et convaincant Kirk Douglas. Moins romancé mais très émouvant,  Pupi Avati dirigea admirablement Bix, an Interpretation of a legend, filmé en 1990 à Davenport, Iowa, sur les lieux même de la vie de Bix, que Jean-Pierre connaissait bien. Plus anecdotique mais  passionnant, il connaissait le travail du réalisateur français si original, Jean Claude Averty, pour la télévision française, avec le trompettiste Patrick Artero dans le rôle du cornettiste : j’appris ainsi à écouter ce musicien de l’ « Anachronic Jazz Band » marqué par Bix , puisqu’il enregistra un hommage remarqué « To BIX or not to BIX » en 2004.

 

Bix Beiderbecke - In the mist

 

 

Plus récemment, Jean Pierre Lion  rédigea les notes complètes et évidemment érudites du volume consacré à Bix Beiderbecke, dans la collection  BDJAZZ des Editions Nocturne. Il trouvait particulièrement original les dessins du dessinateur Grégory ELBAZ.   

  

Jean Pierre Lion était un ami.

JPL.

D’abord l’indécision, puis la résolution de faire un portrait de celui qui vient de disparaître. Pour que demeure une trace de son passage et de ses recherches. Car les mots redonnent un peu de vie aux absents.

Lui, en filigrane, comme ce qui est glissé sous, entre le papier. Il envoyait à tous ses correspondants les résultats de ses travaux, accompagnés de  petits « post it » aux smileys malicieux dont se souvient (entre autre) Franck Bergerot sur le blog de Jazzmagazine (2) dans son émouvant et sensible hommage.

Jean Pierre écrivait un français parfait et sa prose musicale, mieux qu’inspirée, respirait tout simplement de son émotion vive, de ses embrasements. Un individu peut-il se concrétiser dans les mots ? A moins d’en dessiner en les réinventant de mémoire, les contours et les reliefs : dans le cas de Jean Pierre, ses amis ont une vision commune, convergente et sa figure s’éclaire lentement.

 

Il aimait l’histoire plus que la politique, la littérature française et étrangère, la peinture, les pinceaux et les pâtes de couleurs, la chimie et les recherches, le cinéma...

Généreux, il avait tellement de passions, d’objets de prédilection, de sujets d’études, qu’on pourrait perdre cohérence dans le tracé du portrait.

Par exemple, on pourrait dire qu’il aimait Jimi Hendrix et Neil Young, Elek Bacsic et Django, Ray Ventura et Charles Trenet,  les guitaristes de flamenco, Marc Ducret qui avait été son voisin d’enfance,  LA Callas tout autant que la jeune Anna Netrebko , Léo Ferré reprenant Baudelaire, Verlaine et « son » cher Rimbaud, le TNP de Vilar, Maria Casarès et  Gérard Philipe, mais aussi Feydeau, Barthes et Philippe Muray, Almodovar et le cinéma espagnol, Bergman passionnément, Rubens, Gérard Dou, ET Diego (Vélasquez). Il nous faisait parcourir le catalogue plaisant et inépuisable des artistes, hommes et femmes qui l’avaient marqué (Marie et Henri de Régnier, Pierre Louÿs, Céline, Mallarmé, Artaud, Paul Léautaud, Philip K.Dick et Philip Roth…)

Dans cette liste inépuisable à la Perec (qu’il chérissait également, cela va sans dire), il s’intéressait au passé avec plus de plaisir, de délectation même. Il disait avoir « un cerveau XIXème siècle ». Mais sans nostalgie paralysante, en scientifique acharné à faire apparaître la vérité des faits.

Comment arrivait-il à renouveler son énergie et son envie ?

Son ultime projet auquel il travailla d’arrache-pied, en dépit des terribles conséquences de la crise sur la gestion de son entreprise, était de rendre hommage au jazz noir, en miroir à son étude sur Bix Beiderbecke et au « Jazz Age » de Fitzgerald. Le fait de n’avoir que très peu de documents sur Jelly Roll Morton ne l’avait pas dissuadé (dès la fin de ses travaux sur Bix, il avait engagé cet immense chantier) puis il avait choisi de s’atteler à restituer la mémoire de King Oliver. Il avait déjà collecté des documents inestimables, fruits de ses recherches et de ses  démarches  lors de ses voyages d’affaires.

Au feu prométhéen qui embrasait toutes ses entreprises, s’ajoutaient les éclats vifs d’un humour et d’une ironie redoutables. Une vaillance stupéfiante que la maladie allait abattre. Jamais de regrets pourtant ni d’amertume. Il acceptait la dure  loi de la vie et l‘annonce de sa maladie n’avait pas diminué son courage et sa détermination à se battre. C’est qu’il avait le sens du devoir et tout ce   qu’il entreprenait, il le menait à bien, avec sérieux et détermination. Lui, le vaillant chef de la SEF à Laval (2) reprit le collier, alors qu’il aspirait ardemment à une retraite méritée, à laquelle il avait droit, pour se livrer enfin, à plein temps, à ses chères études et recherches.

Toujours un peu fou sous ses airs de vieux sage.

 

Sophie  Chambon

 

(1)   Laval Infos - septembre 2004

(2)   "Jean-Pierre Lion a rejoint Bix et Papa Joe" par Franck Bergerot 

 

A lire bien évidemment :

JEAN PIERRE LION:  "Bix Beiderbecke , une biographie."

Editions Outre mesure  avec préface de Delfeil de Ton.

 

 

 

Jean-Pierre Lion  - L'interview du mois, les DNJ Janvier 2005

 

Ø Pourquoi le jazz ?

Sans doute par amour de la vie, de la création en mouvement et d'une musique dont le développement colle parfaitement à notre histoire.


Ø Quelle est votre principale influence musicale ?

Je ne suis pas musicien - ou je l'ai été si peu... mais seulement amateur de musiques. Bach était un improvisateur de génie: il reste pour moi celui par qui tout a commencé, et celui de qui beaucoup peut encore venir.


Ø Qu'aimeriez vous transmettre ?

Je m'intéresse à l'improvisation et aux origines de la musique enregistrée. Bix Beiderbecke a créé un style original, et il faisait partie du très petit nombre de jazzmen qui prenaient le risque, en studio et sur scène, d'une création instantanée. A la fin des années 1920, les trompettistes de jazz suivaient la voie tracée par Armstrong, ou celle ouverte par Bix – les deux "tendances" étant pratiquement équilibrées. Si mon livre aide Bix Beiderbecke et ses camarades de jeu à sortir de l'oubli, et à retrouver la place qui devrait être la leur dans l'histoire du jazz, je serai comblé.


Ø Croyez vous à une révolution possible du jazz et existe-t-il de nouvelles expériences qui vous intéressent ?

L'histoire du jazz me semble placée sous le signe de la "révolution": l'Original Dixieland Jazz Band, qui a signé les premières faces enregistrées en 1917, et donné au jazz son premier grand succès commercial, était pratiquement oublié en 1921 et il disparaissait de la scène en 1925... Johnny Dunn, le "roi de la trompette" à New York au début des années 1920, était balayé par l'arrivée de Louis Armstrong en septembre 1924: il était démodé à 27 ans... J'avoue mon obscurantisme, mais je suis troublé et ravi par la trompette de Patrick Artero, très intéressé par les recherches de Marc Ducret, épaté par les disques de Biréli Lagrène...


Ø Sur une île déserte qu'emporteriez vous ?

Stendhal... car j'aurais peur de ne pouvoir brancher un lecteur de CD.


Ø Pouvez vous rédiger la dédicace de votre prochain livre

Vraiment non. C'est un exercice déjà difficile lorsque le livre est fini...


Ø Pouvez vous citer 3 artistes que vous détestez ?

La haine n'est pas mon fort... par manque de caractère sans doute? et je vois mal comment "détester" un homme ou une femme qui a pris le risque de la création artistique.


Ø Qu'est ce qui vous fait lever le matin ?

Le réveil... et il lui faut parfois s'exprimer vigoureusement!

 

Ouvrage publié : « Bix. Bix Beiderbecke, une biographie » - Outre Mesure – 32 euros

 

 

 

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 20:43

Un portrait du jazzman Thelonious Monk

par le pianiste Laurent de Wilde

Sur ARTE dans Die Nacht/La Nuit

Mardi 26 octobre autour de minuit

 

Le pianiste de jazz français Laurent de Wilde aime et connaît bien la musique et la vie de l’un de ses maîtres : Thelonious Monk. Die Nacht / La Nuit s’est intéressé à la biographie qu’il lui a consacrée et propose un portrait croisé, où le biographe, à la lumière de celui qu’il évoque, dévoile sa propre personnalité.

 

Tout au long de l’émission, de Wilde lit des passages de sa biographie. Puis il se met au piano, et se livre à des démonstrations musicales qui nous éclairent sur la singularité et la modernité des compositions de Monk. Une leçon de musique exceptionnelle façonDie Nacht où se dessine petit à petit la figure du maître Thelonious tout autant que celle de Laurent de Wilde. Pour l’émission, Laurent de Wilde et Paul Ouazan ont décidé de s’enfermer dans un studio pendant une semaine, et de préparer ensemble ce double portrait musical. L’émission s’est d’ailleurs construite à l’image d’un morceau de Thelonious : improvisation, hasard, surprise, rencontre, et conjonction des univers artistiques…

 

DIE NACHT / LA NUIT

Monk par de Wilde, de Wilde par Monk

Une émission de Paul Ouazan

(2010, 52mn)

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 19:24

Act – 2010

IyerSolofront001.jpg 

En août 2009, lorsque j’ai interviewé Vijay Iyer pour les DNJ, je lui posais cette question : « Je crois savoir qu’après l’expérience du trio, vous allez effectuer quelques concerts en piano solo. C’est quelque chose de nouveau pour vous, pouvez-vous m’en dire un peu plus sur cette évolution dans votre carrière de pianiste et est-ce qu’il est possible qu’un disque entièrement en piano solo soit publié un jour prochain ? » et il me répondait : « Effectivement c’est un challenge pour moi de me lancer dans un répertoire pour piano acoustique solo. C’est important à ce stade de ma carrière de me lancer des défis et de continuer à évoluer. J’espère que je vais pouvoir exprimer et extérioriser plein de choses qui sont à l’intérieur de moi et pourquoi pas, si le pari est réussi, en faire un disque ! » (1). Neuf mois plus tard, à Belmont en Californie, Vijay Iyer enregistre dans les studios OTR ce premier album en piano solo et nous délivre une magnifique introspection musicale jouée avec une profonde expressivité. Il va au fil des plages rendre à la fois hommage à ses maîtres (Ellington, Monk, Steve Coleman) et continuer à approfondir sa propre musique à travers des compositions où il nous dévoile un monde intérieur foisonnant et complexe avec une grande sensibilité et un fort pouvoir émotionnel. L’admirable prise de son de Cookie Marenco est toujours au service de la musique, en prenant des options différentes suivant les titres et les climats suggérés, elle donne beaucoup d’ampleur au son du piano grâce à un système unique que Marenco a lui-même inventé intitulé e.s.e (extended sound environement). Une profondeur de son, qui additionné au jeu complexe, rythmique et harmonique de Vijay Iyer, amène  une dimension orchestrale fort intéressante à cet exercice pianistique solitaire. L’album démarre par « Human Nature » qui n’est pas seulement un hommage à Michael Jackson, mais aussi une référence à Miles Davis (qui avait repris ce thème en 1985 dans son album « You’re Under Arrest »). Vijay développe ici de très riches ornements harmoniques à partir de cette belle et simple mélodie. Pour sa relecture inspirée et profonde d’« Epistrophy » de Monk, la prise de son est plus feutrée et intérieure, les notes jouées, piquées et pointues, ne résonnent pas de la même façon et sont beaucoup moins réverbérées. Avec « Darn That Dream », on constate un jeu où l’économie de notes est au service d’un touché fin et sensible afin de rendre un bel hommage aux piano stride des années 1920-1930. La compréhension  de l’œuvre Ellingtonnienne est totalement assimilée et assumée d’un point de vue subjectif, que ce soit dans le son jungle admirablement bien restitué de « Black and Tan Fantasy » ou dans la vision sombre et lente de « Fleurettes Africaines » où la mélodie ne chante pas si facilement mais résonne en de lointains échos caverneux. La relecture de « Games » (que Steve Coleman avait composé pour le trio de Dave Holland en 1988) propose une complexité rythmique du jeu de piano complètement stupéfiante. Enfin Vijay Iyer reprend la très belle mélodie de « Desiring » qu’il avait écrit pour l’album « Blood Sutra » en 2003 et signe quatre nouvelles compositions pour cet opus solo dont on retiendra surtout le fantastique « Patterns », un morceau phare qui résume parfaitement bien le travail d’introspection inspiré, tendu et poignant, qu’il effectue sur ce magnifique album hautement recommandé.

 

Lionel Eskenazi

 

(1) On peut lire l’intégralité de cette interview sur le lien suivant : link

 

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