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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 08:25

2010 BRO RECORDINGS www.brorecordings.com

www.nielslandoky.com

 

lan doky

Né à Copenhagen d’une mère danoise et d’un père vietnamien, Niels Lan Doky, avant de choisir le piano, commença par jouer de la guitare avec son père. Ce dont il se souvient  avec « Alhambra », arrangement pour piano de cette composition classique du guitariste Francisco Tarrega, souvenir de ses premiers émois musicaux .Tout un art pianistique est illustré dans son dernier opus, au moyen de belles arabesques, de douces caresses mais aussi d’un  toucher vif et ardent sur un programme éclectique : des compositions personnelles  mais aussi des arrangements soignés et des reprises de standards vraiment réussies.

S’il connaît une carrière heureuse dans plusieurs pays, des Etats Unis au Japon (il a étudié à Berklee), s’il  a rencontré les grandes figures du jazz depuis son plus jeune âge, Thad Jones, Gary Peacock, Charlie Haden, Jack Dejohnette, John Scofield, Pat Metheny, sans oublier Michael Brecker et bien entendu NHOP (Niels Henning Orsted Pedersen), si sa discographie  à ce jour réunit 30 albums, Niels Lan Doky n’oublie pas ses racines.  Avec cet album en trio « Return to Denmark », c’est un retour au pays natal, qui a toujours su faire une place au jazz et l’intégrer à sa culture musicale. Niels Lan Doky a su former un trio splendide avec Morten Ramsböl, un jeune bassiste des plus prometteurs qui joue tout en finesse et le génial batteur Alex Riel qui fait chalouper les compositions comme le standard « Here’s that rainy day ». L’essence du jazz et son histoire se retrouvent dans  « Return to Denmark » qui swingue véritablement avec bonheur. Ou dans le superbe medley dédié à Duke Jordan. Le « Farewell song » initial est un blues prenant, intense composition qui pourrait illustrer une scène de film avec un crescendo expressif mais léger. Le « Piano interlude/ The Woman from London » montre une sensibilité romantique avec des notes perlées, égrenées sur un piano cristallin et profond. Mais on avoue préférer le pianiste sur les standards qu’il s’approprie de son phrasé précis, avec une élégance tonique. C’est sur ces chansons comme le « How long has this been going on ? » de George & Ira Gershwin que se fait la différence. Niels Lan Doky ne livre donc pas un jazz planant à l’exemple d’autres figures scandinaves qui ont fait la gloire d’un certain label mais révèle plutôt une intériorité pensive, sans pose, sur les morceaux lents, et  une générosité fluide, vigoureuse et lyrique sur beaucoup de titres plus enlevés. L’ensemble déroule un récit  épris de beauté, de musique et d’une certaine spiritualité. La musique de Niels Lan Doky est vibrante, engagée, et vraiment très personnelle. Pas de virtuosité excessive, de festival étourdissant de figures, et de pyrotechnies ( bien que la batterie de Riel soit des plus énergisantes). Il ne reste décidément plus rien à prouver à ce pianiste qui se situe dans la lignée de Bill Evans et qui ose avouer, y compris dans les « liner notes » très fouillées qu’il a rédigées, une sensibilité exacerbée et un  romanesque rare de nos jours. Sophie Chambon

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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 15:33

ALEXIS TCHOLAKIAN TRIO PLAY TIME  Live at the SWAN ****

1DVD  Aphrodite records /Scène TV Paris 2009

Alexis Tcholakian,Claude Mouton et Thierry Tardieu

tcholakian

La scène TV et Aphrodite records produisent et distribuent ce DVD PLAY TIME qui devrait  attirer votre attention sur le travail du pianiste Alexis Tcholakian que nous avons découvert pour notre part.

Voilà un concert enregistré live, au club parisien THE SWAN par le pianiste d’origine italo-arménienne, en trio, formule à laquelle il revient avec bonheur avec ses complices, absolument épatants, le contrebassiste Claude Mouton qu’il connaît depuis plus de dix ans et le batteur  Therry Tardieu. Le pianiste qui assure aussi la programmation du club depuis juillet 2008 (il a programmé près de 600 concerts) avoue qu’être de l’autre côté n’est pas inintéressant, même si c’est plus anecdotique d’une certaine façon, pour un musicien qui est supposé  « vivre pour jouer ». Mais Alexis Tcholakian  a créé autrefois une école de jazz  « Paris Jazz School » aujourd’hui disparue, preuve qu’il s’est intéressé  à autre chose, qu’il a aimé passer de l’autre côté du décor, avoir une vision différente, savoir comment la machine  fonctionne . C’est aussi apprendre à dire non ( le souci de tous les programmateurs),  mais aussi avoir la chance de faire de belles rencontres, donc des découvertes . La musique du trio se déguste d’un bout à l’autre de ce Dvd et l’on apprécie l’ambiance resserrée du Club, au plus près des musiciens. Ce qui frappe, dès les toutes premières notes du premier thème « You don’t know what love is » c’est le côté chantant, groovy, la façon de reprendre et revisiter les standards avec une belle énergie, une évidence lumineuse. Alexis Tcholakian avoue avoir été frappé, séduit par des versions inoubliables de certaines compositions, par exemple de la version de Jarrett du « With a song in my heart » de Rodgers et Hart.Avoir ensuite le désir de reprendre à sa façon ce standard, de se frotter à la musique, de choisir un chemin différent  répond à une véritable exigence et s’avère une tâche particulièrement audacieuse. C’est un enjeu déterminant dans la tradition jazz : Bill Evans, inlassablement, jouait plusieurs soirs de suite le même thème pour l’ « épuiser », pour se surprendre, pour arriver à le jouer autrement. Sur « I remember Clifford » du « fort en thème » Benny Golson (glisse malicieusement Pascal Anquetil qui nous livre en bonus une très intéressante conversation avec Alexis Tcholakian) c’est la version énergisante de Tete Montoliu qui avait retenu l’attention du musicien. Alexis Tcholakian en fait à son tour une ballade vivante, chaleureuse, moins nostalgique. De surcroît, le micro placé près du piano droit révèle comment Alexis Tcholakian accompagne de la voix (la proximité rend la voix très présente)son jeu au piano. Ceci dans une tradition du piano jazz qui va d’Oscar Peterson à Bud Powell sans oublier les râles et autres grognements inévitable du sieur Jarrett.

Les six thèmes sur ce DVD sont donc des standards, à l’exception d’un seul titre de Tcholakian  « E & Y » (en hommage à ses enfants ), tous plus groovy, et  « soulful », même les ballades « You Dont’know… ». Quant à la chanson de Billie Holiday  « God bless the Child » qui termine l’enregistrement , le trio en donne une version stupéfiante qui nous fait oublier (et c’est ma foi un compliment), l’interprétation de Billie. Les musiciens jouent cette chanson autrement, avec une fougue rare sur ce thème plutôt mélancolique.

Pour le titre de l’album, Alexis Tcholakian avait pensé à  « Here and Now » qui illustre l’ idée du jazz comme  musique de l’instant mais le titre  était déjà pris par une autre formation celle de Goubert-Ferris-Bex .Un autre titre Play Time s’est imposé rapidement, très adéquat lui aussi avec une notion sensuelle, presqu’érotique qui éclaire l’interprétation décomplexée de « With a Song in my Heart » ou  « For all we know ». Quel  bonheur de jouer  aujourd’hui ces superbes mélodies en les revivifant : les interventions de Claude Mouton sont particulièrement éclairantes à cet égard, soulignant autrement la qualité de ces compositions qui ont gardé leur potentiel de séduction aujourd’hui comme à l’époque de leur création..

 Allez donc au Swan si vous le pouvez, entendre ces vrais musiciens de jazz, tout à fait enthousiasmants.

Mais Alexis Tcholakian a déjà d’autres projets : le prochain objectif de ce pianiste attachant est de revenir à la composition, d’ interpréter en trio avec l’apport d’une chanteuse qui saurait mettre des mots sur ses compositions. Avis aux amatrices ! Sophie Chambon

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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 07:00

Tribal.jpgEt'CeteraNOW / Codaex

Sortie 11 mars 2010

 

Site de Carine Bonnefoy


Carine Bonnefoy - pianiste, compositrice et arrangeuse - et son 17tet « New Large Ensemble » nous proposent un jazz grand format très soigné. Cette formation fait suite à « outre-Terres » paru en 2007 et joué avec les cinquante trois musiciens du Metropolitan Orchestra. La chef d'orchestre française suit les pas des plus grands en cultivant une préférence stylistique pour Maria Schneider à Carla Bley.Carine Bonnefoy tient probablement son goût pour les grandes formations de ses premières expériences avec le « Paris Jazz Orchestra », ses projets avec le Metropolitan Orchestra – avec qui elle met en musique le film français « OSS 117 » - sa participation au Swingin’ Europe Jazz orchestra, ses travaux avec Jean-Luc Fillon et l’Orchestre National de France. Bref, les orchestres, Bonnefoy baigne dedans et elle aime ça.

 

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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 21:30
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1DVD Must record

Filmé live à Paris, le 08 janvier 2008, ce DVD a le mérite de  restituer un concert au Sunset (rue des Lombards) comme si nous y étions et en plus, au premier rang , chose rare avouons-le !
Ainsi l’originalité de cette formation exclusivement féminine-dont le nom est dû à Stéphane Portet, le patron du club- est soulignée par les deux saxophonistes, Lisa Cat Berro à l’alto et Sophie Alour au ténor qui prennent de beaux chorus , entourant l’organiste aux pieds nus qui montre toujours une belle vivacité à près de soixante dix ans. C’est Julie Saury qui assure fort efficacement la batterie à l’arrière .
Pour une fois que l’équipage assure sans homme, on ne va pas faire la fine bouche. Le jazz est un milieu tellement machiste que même si les musiciennes  sont de plus en plus nombreuses , elles passent encore trop souvent inaperçues dans les formations . Certaines tirent leur épingle du jeu mais la route est très difficile. Aussi ce groupe de Lady Quartet est-il à suivre d’autant qu’il est devenu un collectif selon les disponibilités de chacune. Au départ, il était composé de la tromboniste Sarah Morrow qui fut ensuite remplacée  par Anne Pacéo à la batterie, Airelle Besson à la trompette.
Un quartet de charme assurément, mais suffisamment musclé quand la musique l’exige  « Mach 2 » de Rhoda Scott.
Née aux Etats Unis, fille d’un pasteur itinérant, elle a grandi au cœur des communautés de la côte-est en accompagnant dès son plus jeune âge,  negro spirituals et gospels. Son répertoire est teinté de cette sensibilité particulière au blues,  mais elle a débuté chez Count Basie à Harlem et pris en France des leçons de contrepoint et d’harmonie auprès de Nadia Boulanger. 
Le répertoire de ce concert , classique, joué avec justesse et élan, comprend aussi bien des titres de Herbie Hancock ou Wayne Shorter qu’ un très réussi  « Funk in deep freeze » écrit par Hank Mobley, et aussi  des chansons. On avoue avoir été  sensible à la version  de Rhoda Scott de « L’hymne à l’amour » d’Edith Piaf et Marguerite Monnot, appuyée par Sophie « Amour » , Django D’Or 2007 comme le rappelle la vocaliste, ou au très beau  « I’m just your fool » dominé par le son de Lisa Cat Berro.
Un bon moment donc passé en compagnie de filles qui connaissent la musique.
 
Label
Site de Rhoda Scott

Sophie Chambon
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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 11:24

Frehouse records 2010

Myra Melford (p), Cuong Vu (tp), Ben Goldberg (cl), Brandon Ross (g,sop.g), Stomu Takeishi (g), Matt Wilson (dm)

myramelford.jpg

Ce n’est pas pour jouer les suiveurs d’une critique internationale unanimement enthousiaste autour de l’album de Myra Melford, mais il n’empêche, ce début d’année sera certainement marqué par l’évènement «  Be bread » du nom du groupe de la pianiste New Yorkaise.  Nous pistions Myra Melford depuis quelques années. On connaissait ses albums en petite formation  en duo avec  ou en trio. Figure essentielle de la scène New Yorkaise, Myra Melford nous semblait la fille légitime et formidable de Cecil Taylor et Andrew Hill.  Mais comme la trajectoire de la pianiste est tout sauf linéaire c’est ici avec un tout autre visage qu’elle présente ce répertoire composé en 2005. On ne s’étonnera pas de trouver parmi les figures marquantes de ceux et celles qu’elle a approché, celle de Henri Threadgill son ancien professeur qui a visiblement marqué fort de son empreinte la jeune pianiste compositrice. Mais de quelle musique au juste s’agit-il ? D’une musique intelligente qui utilise la dimension orchestrale avec subtilité. Musique  passionnante en effet écrite ici pour un sextet inspiré.  Jamais prévisible, la pianiste fait éclater toutes les frontières du jazz très écrit au free, de la musique de chambre à la musique plus contemporaine, des petits combos qui se mêlent à l’ensemble en mouvement, de ma musique en constante progression aux moments où elle est en suspens, rien de préisible chez Myra Melford. Les musiciens (on notera la présence du batteur Matt Wilson) qu‘ils soient solistes ou qu’ils participent à l’ensemble en mouvement  savent jouer avec tact et donnet toute sa consistance au tramage instrumental.  Car il s’agit d’une musique évolutive qui, tout en suivant une vraie logique de progression, n’est pour autant jamais linéaire, jamais straight. Elle peut se concevoir dans un ensemble orchestral, bifurquer sur des impros free, se lisser dans les progressions harmoniques, se concevoir en grand ensemble pour vite laisser la place à une expression en solistes ou duettistes. Véritablement protéiforme cette musique passionne. Modèle d’équilibre entre écriture et improvisation, le jazz de Myra Melford brouille  les pistes allant chercher parfois du côté d’un jazz plus orchestral ( on pense parfois à Maria Schneider) et parfois du côté d’un free plus sauvage. Night est une des pièces maîtresse de l’album.  Composition pour le coup très écrite, basée sur une progression très saisissante où le corpus musical se densifie au cours du morceau, les crescendo donnant toute sa substance à l’ensemble qui parvient alors à s’envoler. Mais s’il est vrai que les crescendos  deviennent aujourd’hui dans le jazz un procédé d’écriture un peu stéréotypé et souvent facile, il y a en revanche chez Myra Melford une sorte de passion contenue, de froideur apparente derrière laquelle s’affiche une volonté farouche d’exploser tous les clichés d’écriture. Toujours une ambivalence fertile. Et l’on entre avec elle en plein cœur du jazz tel qu’il devrait être. Assez proche de ses racines pour en inventer d’autres formes. Jean-marc Gelin

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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 07:54
Wayne SHORTER: le compositeur-saxophoniste extra-terrestre (*)
Antoine Hervé (exposant, p), Jean-Charles Richard (ss). 09.02.2010 à l’Auditorium de Saint-Germain des Prés

A Franck

 

antoineherve.JPG

 

 

Le concept d’Antoine Hervé est connu, le contenu de ses leçons successives est en revanche trop rarement explicité. Car il faut un talent singulier (de pédagogue, de conteur) pour dévoiler et illustrer à un public indéterminé (combien d’initiés ? Combien de néophytes ?) la personnalité, le parcours, les conceptions musicales d’un Bill Evans, d’un Charlie Mingus, d’un Chick Corea, sans rien céder par ailleurs sur l’exigence du jazzman concertiste. Bien loin des clichés ou des raccourcis stériles qui continuent d’alimenter une version tronquée de l’histoire et, pour tout dire, un certain snobisme, la curiosité empathique, le sens de la nuance et de la formule, le décorticage humoristique et savant tout à la fois, font par exemple de la leçon consacrée à Oscar Peterson (qu’on aurait pu penser, à tort, assez éloigné des références premières d’Antoine Hervé) ou à McCoy Tyner de purs joyaux qui commencent au demeurant à se décliner dans tout l’hexagone. Le 09.02.2010, Antoine Hervé consacrait sa leçon à Wayne Shorter. Exercice redoutable tant l’œuvre, la pensée et la démarche du saxophoniste ont essaimé sur (et suscité) des continents sans autre lien évident à première approche que son génie de compositeur auquel on l’a trop souvent réduit, de Blakey à Miles, de Weather Report à la « saudade » brésilienne la plus subtile, sans parler de ses collaborations multiples (Santana, Steely Dan, Salif Keita, Joni Mitchell, Pino Daniele, etc.). Fort heureusement, Antoine Hervé avait choisi, pour illustrer cette fabuleuse trajectoire, le saxophoniste soprano Jean-Charles Richard (découvert entre autres formations en un sidérant duo complice avec la chanteuse Claudia Solal) dont la sonorité, la justesse, la sensualité, la connaissance intime de l’œuvre shorterien, ont fait merveille toute la soirée. Outre sa maîtrise pianistique et sa jubilation patente face à un répertoire aussi divers que fascinant, la sûreté de jugement et l’ampleur de vues d’Antoine Hervé ont, si l’on peut dire, fait le reste. Insistance majeure sur l’amitié et la différenciation Shorter / Coltrane, sur l’impact décisif de l’album « Speak No Evil » (véritable manifeste poétique gravé le soir de Noël 1964) dont le duo interpréta superbement les deux-tiers sans pour autant délaisser (comme c’est trop souvent le cas) d’autres jalons marquants (outre la pêche au trésor davisienne : « Fall » et autres « Footprints », « Beauty and the Beast » issu de la superbe rencontre de Wayne avec Milton Nascimento en 1974, l’album « Atlantis » et un joyau tiré de la fin de comète Weather Report : « Face On A Barroom Floor »). Reprenant / Partageant / Validant largement (1) les orientations et concepts d’un petit opuscule (que les DNJ faillirent bien chroniquer en son temps : « Les Singularités Flottantes de Wayne Shorter », éd. Rouge Profond, coll. Birdland, 2005), sur le renouvellement du traitement du matériau mélodique et la définition d’un nouvel espace musical par le saxophoniste, Antoine Hervé et Jean-Charles Richard démontrèrent amplement combien Wayne Shorter, ancré plus qu’on ne l’a cru dans le terreau du jazz américain (le blues et les racines spirituelles du hard-bop, le groove), travaillant l’exigence mélodico-harmonique jusqu’à l’extrême, avait su et continuait de transcender l’un et l’autre jusque dans son quartet actuel, débouchant sur un discours poétique éminemment personnel, virtuose dans sa vigueur la plus elliptique et qui restera, sans nul doute, majeur dans la fécondation de l’imaginaire musical du demi-siècle écoulé.       

 

Stéphane Carini.

 

 

(1) constat aimablement confirmé par Antoine Hervé à l’auteur de ces lignes en coulisses,  à l’issue de la conférence.

(*) le titre "Wayne Shorter, le compositeur-saxophoniste extra-terrestre" est celui retenu par A. HERVE pour son concert-conférence.

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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 06:17
Cover_boitier_cristal_cd_CBQ_2009.jpg Par Stéphane Carini.

En un parcours patient mais en franchissant une étape importante, Cecilia BERTOLINI se produisait récemment au Sunside (31.01.2010), à la tête d’un quartet dont le composition semble désormais stabilisée : le sensible Nico Morelli au piano, Gilda Boclé à la contrebasse, arrivé depuis peu mais dont l’expérience, l’ouverture musicale et la solidité rythmique sont une caution précieuse, et Thierry Tardieu à la batterie dont on a notamment pu remarquer le talent au sein du trio du pianiste Alexis Tcholakian.

Cecilia BERTOLINI n’est pas l’une de ces chanteuses italo-américaines qui investissent le champ du jazz mainstream / bebop ; elle n’est pas non plus l’une de ces nombreuses « lolita singers » dont le public ne sait plus trop bien pourquoi il vient l’écouter : une juvénilité en voix, habilement promue, ou un filet de voix plus ou moins singulier sous des apparats qui le séduisent. Dans un monde plus sûr de lui, et donc plus joyeusement cruel, la planète des chanteuses de jazz (ou étiquetées comme telles) serait beaucoup plus dépeuplée ! Le modeste auteur de ces lignes a, lui, ses valeurs sûres : des intouchables (Ella, Anita O’Day, Dinah Washington, Nancy Wilson), des aventurières (de Tina Turner à Claudia Solal), une sœur voyageuse et prestidigitatrice (Laura Littardi).

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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 01:14
100_ans_de_Django_Reinhardt_Nuvens_de_Saudade_Djan-copie-1.jpg1 Cd Cristal / Harmonia mundi

Pour fêter le centenaire de la naissance de Django Reinhardt- il était né le 23 janvier 1910- une production pléthorique a vu le jour avec toutes sortes de compilations, rétrospectives, anthologies, intégrales. Bref, la Djangologie dans tous ses états.
Cristal records a choisi une voie légèrement différente pour célébrer Django, un album sobre et bien conçu pour montrer la filiation au sein des Reinhardt : 100 ans de Reinhardt avec Babik, le fils, et David, le petit fils, tous deux guitaristes-compositeurs qui interprètent des mélodies du maître ou livrent leur propres versions dans cet
émouvant « Nuvens de Saudade ». Un album empreint de nostalgie, mélancolique et respectueux.
 
On retrouve avec plaisir une petite sélection très classique de Django himself, 4 titres sur 13 qui font réentendre les chefs d’œuvre historiques du Quintette du Hot Club de France « tout cordes » ou celui correspondant à un choix esthétique avec une ou deux clarinettes : les « belles mélodies » comme « Nuages » bien entendu, « Manoir de mes rêves »,  « Liebesstraum » mais aussi un solo « Improvisation N°3 ».

Le jazz manouche est à la mode et c’est même une des formes du jazz qui perdure avec un beau succès populaire. Mais il est vrai que souvent,  on s’ennuie un peu en écoutant certains assauts de virtuosité : aucune innovation rythmique, harmonique, ni même mélodique. On reconnaît tout de de suite le thème , ça swingue, ça joue très vite, et bien. On navigue en terrain connu : une grande fidélité à l’héritage du maître.
Là , avec cet album, on peut comparer : c’est « Nuages » qui commence et finit l’album . Le premier titre est de Django avec les interventions magistrales de Hubert Rostaing et Alix Combelle , le dernier est de Babik avec une instrumentation autre, un orgue , un violon et surtout le thème étiré  avec une véritable improvisation qui tente de renouveller sinon l’esprit, du moins la lettre. 
A noter aussi un travail plus qu’intéressant sur « Une histoire simple N°1 » du trio formé par Babik, Emmanuel Bex à l’orgue et Simon Goubert à la batterie, avec l’appoint précieux , voire indispensable de Stéphane Grapelli. Une ballade au lyrisme délicat en dépit de la formidable énergie de ces merveilleux musiciens. Ce qui donne furieusement envie d’écouter cet album de Babik Reinhardt, sorti chez Cristal NUANCES en 1992… 
Une réédition très intéressante au final. A écouter pour se faire vraiment une idée de ce que peut être la transmission au sein des Reinhardt.

Sophie Chambon
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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 08:00

Le trompettiste-chanteur,  compositeur et arrangeur  Jean Loup Longnon est à la tête d’une très belle machine , formidable turbine à swing, truculent big band à l’image de son chef, personnage haut en couleurs. JLL  a réuni une très solide formation de 18 musiciens dont une chanteuse, quatre trompettes, quatre trombones, cinq saxophones, un piano, une contrebasse et une batterie, sans compter des invités sur cet album intitulé Encore du Bop ? Les diverses photos de l’album plutôt rigolotes nous montre d’ailleurs la joyeuse troupe en action.

Le point d’interrogation est provocateur assurément , car le trompettiste se situe sans la moindre hésitation dans la tradition du jazz classique. Une musique de plaisir comme on dit un « vin de soif », en apparence facile à suivre, du moins si on ne s’attache pas de trop près à l’écriture soignée et fluide.

Ce qui nous a  séduit dans cet album festif, c’est d’entendre jouer avec précision des arrangements élégants qui servent au mieux timbres et couleurs orchestrales.

Un big band au travail, lyrique et tonique à la fois, qui n’est jamais aussi performant que sur les thèmes écrits par JLL comme ce premier titre  « Tels à vivre… » où sa trompette claire dans les aigus suit un phrasé éloquent.

« Encore du Bop » justement est  parfaitement en place avec les interventions de Rémi Dumoulin au ténor, Michael Joussein au trombone et Ludovic Alainmat au piano. Nous avons été  sensible à Pierre Guicquero au trombone sur  « Two notes blues », à Louis Mazetier  au piano stride sur le tube de Vian « On est pas là pour se faire engueuler ».

 Il faudrait d’ailleurs citer tous les solistes et aussi le travail soigné d’ensemble, les unissons impeccables et le rendu instrumental de « Lush Life » tout à fait original. Comme si Billy Strayhorn rencontrait enfin Debussy.

 Il est plus difficile ensuite de s’attaquer à certaines  reprises, de « changer » des thèmes  tellement inscrits dans l’inconscient collectif comme « Que reste-t-il de nos amours ? » indissociable (pour nous) de la voix de Trenet.

Mais on a aimé par ailleurs  «Tour de force»  sur la musique de Dizzy avec des paroles de Laïka Fatien chantées par Chloé Cailleton façon Mimi Perrin ou Double Six, ou encore la version du« Curé de Camaret »  très enlevée et « caliente » forcément. Assurément, plus d’hésitation ni d’interrogation : le Longnon Big band mérite d’être écouté en disque et bien entendu en live.
Sophie Chambon



 

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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 07:50

Pierre de Bethmann (fender rhodes), Stéphane Guillaume (as), David El-Malek (ts), Jeanne Added (voc), Michaël Febelbaum (g), Vinent Artaud (cb), Franck Agulhon (dr). Plus Loin Music 2009.

 

A une époque où les fondamentaux du jazz se trouvent souvent dilués dans une prétendue exigence d’originalité vantée à coups d’achats d’espaces promotionnels, cet album-ci se distingue d’emblée, à parts égales, par son groove et son ambition orchestrale. De fait, trois composants indissociables marquent l’entreprise de Pierre de Bethmann : le premier est sans conteste le talent de compositeur du leader : art mélodique certes mais surtout  aptitude à déployer les thèmes en des procédés toujours suprêmement justes d’amplification, de boucle et de contrepoint, d’intensification du propos, de récurrence (« Décalé », « Toutes Ces Choses », « Demens Sapiens »). Le second facteur de succès est le choix d’une texture totalement inédite (rhodes / voix / guitare / saxes) et concrétisée par une cohésion impressionnante (« Ailleurs Parfois », « Bat’carré ») si l’on veut bien considérer que la voix de Jeanne Added est utilisée pour exposer, souligner ou se fondre et non pour (classiquement) se détacher et scatter. Enfin, relevons le traitement du rhodes, maîtrisé en toutes ses potentialités, des plus usuelles (suavité sensuelle en mezzo voce) aux plus actuelles voire déroutantes (saturation, acidité du sound) et qui dépassent, compte tenu de ce qui précède, l’art simplement hancockien de l’instrument, contrairement à ce qu’ont pu dire quelques commentateurs empressés. De tout cela, on aura une illustration frappante avec l’entrée de « Si ». Faisant exploser le couple thème / chorus dans une esthétique post-shorterienne bien comprise, le répertoire ménage constamment des plages arrangées et riffées avec virtuosité qui trouvent un équilibre miraculé entre une architecture savante et une jubilation d’expression et d’exécution totalement assumée. En outre, loin de paraître entravés par ce tissage de lignes et de voix, les solistes s’expriment avec une classe infaillible. Guidés par la paire rythmique Vincent Artaud / Franck Agulhon, aiguillonnés par le drumming diaboliquement inventif de ce dernier (du jeu alterné toms / cymbales sur « Toutes Ces Choses » à sa maestria sur « Vouloir, Tout Est Là »), ils trouvent ici, dans de larges interstices, les écrins les plus soyeux qui soient : de Michaël Feberbaum, en terrain familier et qui irrigue l’ensemble de son jeu subtil à David El-Malek, généreux, conquérant, impérial, bien plus convaincant que sur certains de ses récents albums personnels et Stéphane Guillaume, totalement investi. Une telle qualité de lyrisme et d’emportement, portée par une ambition formelle aussi convaincante, est devenue chose rare. Saluons-la comme telle soit, sans détours : une totale et jouissive réussite ! 

 

Stéphane Carini.

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