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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 08:02

 

Fresh Sound New talent 2009

Vincent Bourgeyx (p), Matt Penman (cb), Ari Hoenig (dm)

 

 Le petit dernier du pianiste Vincent Bourgeyx, bien nommé «  Again » est, on peut le dire une petite merveille dans le genre trio jazz acoustique piano-basse-batterie. Il y a là tout ce que l’on aime dans l’exercice : un pianiste ouvert et pas nombriliste pour un sou qui semble survoler son clavier avec autant de légèreté que de swing et qui s’entoure d’une section rythmique exceptionnelle. On ne peut manquer d’être séduit par l’art de l’improvisation de Vincent Bourgeyx qui ne prend jamais la tournure de l’exercice de style mais plutôt d’une belle (ré)incarnation de la musique. Variant les plaisirs le pianiste passe avec la même aisance des standards à ses propres compositions ou encore à des thèmes classiques. Qu’il s’agisse du vivifiant Giant Steps, ou de ces trois versions sublimes de Come Sunday, Cry me a river et enfin The Good Life, Vincent Bourgey donne chaque fois le sentiment qu’il est bien, à l’aise dans sa musique au point de la faire vivre en studio comme en club. Totale aisance harmonique et rythmique, aucune pesanteur dans le jeu, aucune urgence non plus. De manière un peu moins convaincante Bourgeyx s’attaque à Chopin ou Fauré jazzifiés à merveille, mais qui semblent un peu relever de l’exercice de style, prétexte à un espace d’improvisation. Suivent ensuite 4 déclinaisons d’un même thème composé par le pianiste, Alice où pour le coup l’exercice très intéressant est loin d’être répétitif ou scolaire et éclaire de 4 facettes différentes une même structure réalisant ainsi une suite cohérente et polymorphe à la fois. Il est vrai aussi que le pianiste peut, comme on l’a dit s’appuyer sur une rythmique exceptionnelle qui donne à chaque thème un relief différent. Matt Penman associé à Ari Hoenig représente en effet l’une des meilleures sections rythmiques qui soit. Association qui joue beaucoup sur l’inventivité exceptionnelle du batteur, certes envahissant mais dont les coups de génie, les phrases rythmiques inventées toujours à bon escient, les contre-temps et la fébrilité sensuelle illuminent tout.  Avec audace Hoenig joue ainsi les chants en contrepoint dans des moments audacieux de pure folie, décalée mais toujours brillante. Quand au contrebassiste ultra solide dans son placement, il affiche une rondeur en totale empathie avec le trio contribuant de manière essentielle à créer ce son de groupe si séduisant qui nous embarque une heure durant dans un swing élégant et brillant. Jean-Marc Gelin

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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 07:43



Festivals à venir



RENCONTRES IMPROVISÉES DU PRIEURÉ / Joëlle Léandre, Géraldine Keller, Daunik Lazro, Didier Lasserre, Benjamin Duboc, Sylvain Guérineau, Rasul Siddik  
Encore peu d'informations sur ce festival qui aura lieu en Touraine dans le 86 au Prieuré de St Sulpice.
Concerts le samedi 25 Juillet à 16h et à 20h et le dimanche 26 à partir de 14 h.
(Hébergement possible à Dangé Saint Romain, Descartes, Chatellerault... nombreux hôtels, gîtes, chambres d'hôtes, camping... voir le site : http://www.tourisme-vienne.com/)




Festival de jazz de la Petite Pierre
 

du 7 au 16 août 2009, concerts à 14 h 30, 17 h et 21 heures

Programme

Vendredi  7 août 21 heures : OMAR SOSA SOLO
Samedi 8 août 17 heures : SHEZAR
21 heures : AHMAD JAMAL
Dimanche 9 août 17 heures : OMARA PORTUONDO 
21 heures : KOCANI ORKESTAR
Lundi 10 août 21 heures : ENGE ENSEMBLE
Mardi 11 août 21 heures : RINGO LORIER quartet
Mercredi 12 août 21 heures : Ciné Concert “WONDERFUL WORLD” : DE CHASSY/ YVINEC /CARLIER
Jeudi 13 août 21 heures : STIMMEHORN
Vendredi 14 août 21 heures : ERIC LEGNINI TRIO
Samedi 15 août 14 h 30 : lauréat du concours IMPUL’SONS  (connexion : « impulsons.DNA.FR »  )
17 heures : AZZONGA
21 heures : TRIO ROSENBERG
Dimanche 16 août 14 h 30 : DORADO SCHMITT / MARCEL LOEFFLER  ET INVITES
17 heures : BIRELI LAGRENE GIPSY TRIO invite FLORIN NICULESCU



Tarifs de 11 à 22 € selon concerts, possibilités d’abonnements

Renseignements :
OFFICE DU TOURISME DU PAYS DE LA PETITE PIERRE, 2a rue du château 67290 La Petite Pierre
03 88 70 42 30 ou  ot-paysdelapetitepierre.com

 



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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 08:08

Eagle Vision

Rand Breker,  Wynton Marsalis,  Lew Soloff, Jack Walrath, Joe Wilder, Snooky Young (tp), Eddie Bert, Sam Burtis, Paul Faulise,  Urbie Green, David taylor, Britt Woodman (tb), Don Butterfield (tuba), John Handy, jerome Richardson, Bobby Watson (as), Georges Adams, Phil Bodner (ts), Gery mulyan, Roger Rosenberg (bs), Dale Kleps (clb), Michael Rabinowitz (htb), Sir Roland Hanna, Jon Hicks (p), Reggie Johnson, Edwin Schuller (cb), Karl Gerger (vb), Victor Lewis (dm), Daniel Druckman (perc), Gunter Schuller (dir)



 

En 1989 fut donné un concert au Lincoln Center de New -York à l’occasion des 10 ans de la disparition de Charles Mingus. Concert prestigieux s'il en est dans les boiseries de cette salle majestueuse où, sous la baguette de Gunter Schuller, la fine fleur des « vétérans » du jazz se retrouvaient réunis pour interpréter pour la première fois dans son intégralité, l’œuvre magistrale de Mingus. Une œuvre à la dimension de son génie regroupant d'une traite 18 morceaux, près de 500 pages de partitions pour plus de 2h20 d’un concert stupéfiant retransmis dans son intégralité par une production TV anglaise (Channel Four). Certains des thèmes d’Epitaph, étaient déjà connus, déjà entendus et joués par Mingus lui-même. Mais aucun support phonographique n’avait encore donné cette œuvre dans sa globalité. Et c’est d’un moment fondamental dont il s’agit. Car (excusez les superlatifs) l'œuvre à laquelle s'est consacré Mingus pendant plusieurs décennies est assurément une des œuvres majeures de l'histoire du jazz. Un chef d’œuvre devrait-on dire, qui atteint à la dimension Ellingtonienne, foisonnante, complexe, plongeant dans toute l’histoire du jazz. Celle où l’on retrouve toute la musique de Mingus dans une lecture aussi moderne que résolument ancrée dans cette histoire du jazz qui va du gospel au blues, jouant des dissonances, remettant à l’antique les chœurs de trombones et de cuivre sur le devant, maniant les ostinatos comme pour faire émerger ces moments où les voix se mêlent dans des moments de paroxysme très forts et denses. Comme dans tous les chefs d’œuvre Ellingtoniens  Mingus laisse une place essentielle aux solistes, ici magnifiés et qui ce soir-là , tous extraordinaires atteignaient là leur part d’héroïsme gravé dans le marbre ( disons plutôt sur la pellicule). On pense notamment aux envolées spectaculaires de George Adams qui dans cet orchestre "Mingus Epitaph" de Gunter Schuller semblait trouver, trois ans avant sa disparition une dimension hors du commun. Mais il serait juste de citer aussi John Handy ou Bobby Watson et tous les autres qui, à l’assaut  de cette sorte de monumentale vallée du jazz ressemblaient un peu à cette cavalerie fordienne, valeureux vétérans héroïques d’une époque du jazz dont ils transmettaient la flamme et les valeurs fondamentales.

Si l'ensemble de la captation donne un peu une couleur sépia légèrement « ringarde », l'équipe de tournage a réalisé cependant l'exploit de restituer au mieux le son en évitant les effets d'échos et en promenant sa caméra sur des plans rapprochés toujours très efficaces et particulièrement sobres.

Ces images témoignent assurément d'une des plus belles plages de l'histoire du jazz qui atteignent sans conteste la dimension de Black Brown and Beige : un monument !

Jean-Marc Gelin

 

 

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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 07:10


Plus Loin Music 2009

Patrick Artero (tp), Don Vappie (g, bjo, vc), Emmanuel Duprey (p, fd, orgue), Mark Brooks (cb), Troy Davis (dm), Arnold Mouezza (perc)

Sous contrat d’artiste avec le label Nocturne, Patrick Artero avait 3 albums à produire à la suite de celui qu’il avait magnifiquement consacré il y a 5 ans à Bix Beiderbecke. Il s’agissait alors du premier album de sa longue et riche carrière. Puis le trompettiste avait surpris son monde avec un autre opus consacré à Jacques Brel. Totalement inattendu là encore. Patrick Artero tel un feu follet décidemment insaisissable et inclassable crée à nouveau la surprise aujourd’hui et surgit là où on ne l’attendait pas avec un album inspiré du vaudou et de la musique de la Louisiane.  Mais finalement au-delà de la première surprise il y a une certaine logique de la part d’un musicien qui s’est toujours nourri autant de New Orléans  ( Bix là encore) que de l’Afrique noire et sauvage (avec Toure Kounda) ou encore de la créolité caribéenne ( Kassav, Zouk Machine). On retrouve donc fort logiquement tous les ingrédients pour en faire une alchimie un peu sorcière. Mais là où Patrick Artero aurait pu charrier tous les clichés du genre, il s’en tire à merveille en allant puiser dans toutes ses inspirations pour évoquer aussi bien la moiteur du bayou ( a wish to Erzulie) que la transe des rythmes ensorcelants et mystérieux (Bayou Saint John Reunion, Snake dance) ou encore les marching band de la cité du croissant (Papa limba’s march). Accompagné d’une bande de musiciens entre boppers et gars du cru, Artero fait avec un sacré talent, œuvre de syncrétisme dans laquelle il n’oublie jamais que le jazz est aussi affaire de danse et de gaîté. Le beau travail de ses accompagnateurs entre bop de bon aloi ( côté Emmanuel Duprey aux claviers) et afro-jazz ( remarquable Arnold Moueza aux percus) s’acoquine avec  des gars comme Don Vappie (au banjo) et Troy Davis qui connaissent par cœur les climats de la Nouvelle Orléans.  Artero y trouve là un bien beau terrain pour quelques envolées comme on les aime ( écoutez le sur Oh what a strange doll…) au groove toujours chaleureux. Dans cet album quasiment composé par le trompettiste, Artero grapille par-ci par-là une musique enchanteresse ( l’autre disait de lui et avec admiration que Patrick Artero, c’était en fait une chanteuse !), et Patrick Artero se souvient toujours de ce jazz festif qu’il ne manque jamais de saluer sans nostalgie mais avec un poil d’émotion quand même. Il y a là une belle forme de témoignage. Avec cet album qui brasse large tout en restant ultra cohérent dans son projet artistique, Patrick Artero rend en effet un bel hommage aux sources du jazz d’où l’on vient et où l’on retourne, toujours. Qu’il sait rendre aussi traditionnel que moderne.  Jean-marc Gelin

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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 07:00

Plus loin music - mai 2009

Olivier Temime (saxophone) ; Jérôme Barde (guitare/bardophone) ; Emmanuel Duprey (piano) ; Julien Charlet (batterie) ; Akim Bournane (basse) ; Arnold Moueza (percussions)


C’est un délicieux « Breakfast in Babylone » que servent dans une pochette aux influences Motown les Volunteered Slaves (esclaves volontaires), sextet vitaminé mené par le saxophoniste Olivier Temime (voir photos).

Comme l’explique Jérôme Barde (guitariste des Volunteered Slaves), quand le groupe a été fondé en 2002, l’un des morceaux emblématiques du répertoire était un blues de Rashan Roland Kirk dont la « personnalité de feu, le jazz cru et habité ont marqué le jazz de son époque (60/70)». L’album est fidèle à l’esprit de ce musicien original qui « était imprégné de la tradition du jazz, du R&B, du funk et de la pop de l’époque »[1].

Les quatre reprises promettent de satisfaire le public avec de belles envolées « funk ». Les corps ne devraient pas manquer de se laisser embarquer sur « Controversy » de Prince qui ouvre la marche ou sur « I want you back » des Jackson Five. Difficile de résister à l’appel de ce dernier titre, les forces de l’équipage d’Akim Bournane (basse) et de Julien Charlet (batterie) sont trop vives ! Difficile encore de ne pas se laisser séduire par le langoureux « I heard it thru the grapevine » de Norman Whitfield et Franck Wilson pour Marvin Gaye ou de ne pas planer dans le spatial « Butterfly » de Herbie Hancock porté par un son cosmique au fender.

C’est de cette énergétique musique que se sont nourris Arnold Moueza, Jérôme Barde et Emmanuel Duprey pour composer les huit titres originaux qui s’y mêlent. Autant d’occasions d’explorer des univers personnels variés. Le sextet se fait chœur afro pour « Oyayao », sage pour « Swimming Head » et « Herbert ». De quoi marquer une pause après « Breakfast in Babylone » ou « Zabriskie Point » dont l’emprunt au titre du film d’Antonioni évoque une fois encore cette Amérique sulfureuse des années 70 qu’avaient musicalement illustrée les Pink Floyd. Si Babylone s’est perdue dans le brouhaha de la Tour de Babel, les Volunteered Slaves se jouent du destin tragique de la ville mythique pour mieux prouver que le langage de la musique dépasse celui des mots par son universalité !

Et pour ceux qui voudraient goûter à d’autres savoureux délires des joyeux drilles, il y a toujours des tables libres sur leur site self-service ouvert 24h/24[2]. Anne-Marie Allouet

 

[1] Edito de Jérôme Barde posté sur le site le 17 mai 2009

2 Site Volunteered Slaves

 

 



 

 

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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 06:52

Les Cahiers du JAZZ 

Nouvelle édition n°5, 2008

Outre mesure, 131p, 11 euros

On retrouve toujours avec plaisir  Les Cahiers du Jazz, depuis la reprise de la collection par les éditions Outre Mesure dirigées avec savoir-faire par Claude Fabre, en 2001.

 

Dans cette publication intellectuelle de qualité, universitaire mais pas seulement, les différents auteurs  tentent, avec les outils de leur discipline, de cerner les enjeux de cette musique, d’en questionner les frontières, les limites, le sens.  Le jazz fait entendre des voix tellement multiples

Dans ce numéro 5 de l’année 2008, place est donnée aux anciens du comité fondateur comme Lucien Malson qui rend hommage à Frank Ténot et à ses talents de mémorialiste quand il  évoquait le Hot Club de France de sa jeunesse, l’occupation et les zazous, le jazz en France. Il revient sur une idée généralement reçue, donc acceptée, à savoir que le jazz n’était pas formellement  interdit par les autorités d’occupation, seule  était « épurée la musique nègre ou juive».  

Commence dès lors à apparaître, en filigrane le thème principal de ce numéro passionnant, le rapport du Jazz  à l’Afrique, à l’Autre. Un court article du guitariste Gabriel Krom , intitulé non sans esprit, « Noir désir », souligne la relation des plus ambigues entre les intellectuels blancs de la première moitié du XXème siècle, rêvant l’Afrique et fantasmant sur la musique de jazz, qui venait de là, assurément. Force fut de constater que cela n’était pas toujours aussi évident :  « Art Blakey affirme dans un numéro de Down Beat des années 80 que ce continent n’a rien à voir avec le jazz ».

Et  Marianne Pradem d’enfoncer le clou avec un article passionné sur  le « Triste retour au Pays natal de Mory Kanté » ou le mirage guinéen :

« Ce soir là ce fut le bouquet, un truc à faire perdre son latin à Aimé Césaire : pas les Blancs contre les Noirs, pas les méchants colonialistes contre les bons Africains solidaires, non juste ce que sous-entend la fameuse World music à l’heure de la mondialisation et de la crise globale, tout simplement les riches contre les pauvres. »

 

Trois articles au moins, écrits dans une langue claire et néanmoins précise,  posent de bonnes questions, analysent avec perspicacité le travail de certains jazzmen.

 

 « Les trois communautés de David Murray » par Patrick Williams  revient sur le parcours prolifique du saxophoniste ténor David Murray lors de ces trente dernières années dont il parvient à dégager une réelle cohérence:  au tournant des années 80,  Murray s’engage dans une activité en faisant des choix de musicien qui referment le jazz sur la communauté afro- américaine, puis il s’oriente un peu différemment en construisant une nouvelle communauté plus large tout autant personnelle.

Le philosophe Pierre Sauvanet dont on a pu apprécier les précédentes contributions, poursuit sa réflexion en revenant sur le cas singulier  de Michael Brecker dans « Requiem pour Michael Brecker » Il dresse un portrait limpide de  ce musicien exceptionnel, « premier grand à disparaître après les géants » (d’après un texte de J.P Ricard « Retour sur le petit maître »), le premier saxophoniste post-moderne de l’histoire du jazz . Le son puissant, très particulier qu’ila rriva à imposer  parvint à unifier un style jugé souvent hybride…

L’entretien  de Bernard Lubat avec l’ethnologue, mathématicien Marc Chemillier sur « le Jazz, l’Afrique et la créolisation : à propos de Herbie Hancock », traite de la créolisation chère à l’écrivain antillais Edouard Glissant, différente du métissage souvent galvaudé. Suit une analyse fouillée à partir de « Watermelon man» de Herbie Hancock dans l’album « Headhunters » qui emprunte des éléments  à la musique malgache ou à celle des  Pygmées Aka. Là encore une réflexion musicale intense sur le rythme par deux experts en la matière, et une vision politique de l’Afrique par les Européens (blancs) et les Nord-américains (même et surtout noirs).

 

Au final, voilà un numéro passionnant  dans son souci de rectifier certains préjugés, d’en finir  avec ces déclarations consensuelles  dans l’air du temps…Un petit objet pratique et  indispensable à une sage réflexion sur le jazz « vif » et ses entours.

Les « Cahiers du Jazz » s’efforcent de déplier, de mettre à plat les choses, pour avancer dans cette musique, en l’écoutant au plus près et au mieux. Pas de parti-pris trop irritant ni de polémique surtout dans ces articles réfléchis et argumentés.

On a  l’impression à  en lire certians  que soudain les choses deviennent lumineuses. Ce n’est pas un des moindres intérêts de cette publication, décidément essentielle...

 

Sophie Chambon

 

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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 06:40

Act 2009

 

Après cinq années de silence, la chanteuse coréenne Youn Sun Nah, que l’on connait bien en France, revient avec un disque mature et soigné sur le label ACT, qui devrait la propulser vers une carrière internationale à succès. Ce « Voyage » porte admirablement bien son nom, car le répertoire nous emmène de sa Corée natale à la France, en passant par le Brésil (Frevo), les Caraïbes (Calypso Blues), les Etats-Unis (Jockey Full of Bourbon et Shenandoah) et la Suède (The Linden). Le tout est chanté en anglais à l’exception de la sublime India Song (chanson française signée Marguerite Duras et Carlos D’Alessio). Une musique très épurée et assez minimaliste car ce projet est né d’une rencontre avec le guitariste suédois Ulf Wakenius, qui a abouti à une série de concerts en duo, avec un répertoire de chansons que You Sun Nah n’avait pas encore exploré (incluant des reprises et des nouvelles compositions originales, à part égales). L’idée d’un disque est venue assez vite et Ulf Wakenius a contacté son ami contrebassiste, compatriote, et confrère sur le label ACt : Lars Danielson. Celui-ci a accepté la direction artistique de l’album en conservant le caractère intime de cette musique, intervenant discrètement à la contrebasse et invitant sur quelques titres le génial percussionniste-coloriste Xavier Desandre-Navarre et la nouvelle star montante de la trompette « atmosphérique », le norvégien de chez ECM : Mathias Eck. Une musique qui nous fait littéralement « voyager » intérieurement et ressentir un profond sentiment de liberté, d’évasion et de planante flottaison. Nous sommes transportés sur un confortable nuage cotonneux, le ciel est bleu, l’horizon dégagé, prêts pour un voyage sensuel où les frontières sont abolies. Nos sens sont à l’affût et l’émotion maximale, troublés par une voix à la pureté cristalline, suave et angélique, portée par un sens inné de la mélodie, des nuances et de l’articulation. N’oublions pas de mentionner aussi ses subtiles inflexions vocales et sa parfaite maîtrise rythmique. Le disque curieusement ne démarre pas par les deux titres les plus marquants,  mais dès le troisième (Calypso Blues), nous sommes séduits par la folle sensualité (érotique ?)  de cette voix aux inflexions d’une grande suavité, proche d’une féline qui veut nous charmer et portée par une ligne de basse ondulante et solide, qui nous fait penser au concept de Musica Nuda (la version originale de cette chanson de Nat King Cole consistait en un subtil duo entre sa voix et des congas). Le pari de reprendre une chanson de Tom Waits semblait risqué, tant leurs univers (et leurs voix) sont différents, nous constatons pourtant que sa version de Jockey Full of Bourbon est magnifique et fidèle à l’esprit de l’original (avec Ulf Wakenius, impressionnant à la guitare dans le rôle de Marc Ribot). Avec Frevo d’Egberto Gismonti, You Sun Nah ne chante plus de paroles, mais vocalise comme une grande musicienne accomplie et s’avère totalement convaincante dans ce climat coloré où le brésil se mêle au flamenco avec une guitare toujours aussi effervescente. N’oublions pas de mentionner les propres compositions de notre chanteuse asiatique préférée : les très belles mélodies de Voyage et de My Bye, où l’on plane avec la trompette de Mathias Eck et le swing plein de charme coquin de Please, Don’t Be Sad. Sur cinq des douze titres, tous les musiciens sont présents et forment un subtil et impressionnant quintette. Ce groupe au complet n’accompagnera pas You Sun Nah sur scène car la tournée de promotion de l’album est centré sur le duo avec Ulf Wakenius, tel qu’on a pu le voir les 12 et 13 mai dernier au Sunside à Paris. Un concert magique où l’interprétation des titres de l’album était encore plus prenante par la présence et le charisme incroyable de la dame. Elle se « lâche » beaucoup plus facilement sur scène, permettant à son imagination et à son sens de l’improvisation de nous séduire davantage, n’hésitant pas par moment à chanter « a capella ». On aime beaucoup l’album, mais il faut reconnaître, que comme beaucoup de production Act, il n’échappe pas à un certain formatage, parfois un peu trop lisse. On rêve maintenant d’un DVD qui puisse perpétuer l’émotion scénique et inoubliable qu’elle nous a procurée, en la fixant à jamais. D’autant plus qu’elle se permet en concert de chanter avec beaucoup d’originalité des célèbres bossas-novas de Jobim ou le Ne Me Quitte Pas de Brel.

Lionel Eskenazi

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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 21:00
Festivals à venir

Jazz et Musique Improvisée en Franche-Comté du 12 au 27 juin 2009





Festival Django Reinhardt
La 30ème édition aura lieu du 25 au 28 juin prochain à Samois-sur-Seine et accueillera des aristes comme Avishai Cohen, Yuri Buenaventura, Shantel, Diego El Cigala, Romane, Norig...
 




Festival Mégaphone - Dijon - Du 27 juin au 4 juillet

 

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FOCUS SUR LA SCENE ANGLAISE

SOWETO KINCH ET UNDER KONTROL, RECEMMENT SACRE CHAMPION DU MONDE DE HUMAN BEATBOX!

Tout juste rentres de Berlin, les champions de beatbox rencontrent le chef de file du mouvement jazz actuel britannique Soweto Kinch. Le quartet de human beatbox Under Kontrol articule son travail autour de la maitrise du temps, jonglant avec les genres musicaux et les ambiances sonores.

A l'occasion du festival, le groupe invite le saxophoniste et rappeur anglais Soweto Kinch. Laureat du Rising Star Award aux BBC Jazz Awards, et de l International Saxophonist Of the Year Award au Montreux Jazz Festival, Soweto Kinch est un saxophoniste anglais tres en vogue ces dernieres annees. Sa musique sonne comme une fusion entre post bop et hip hop. Parmi ses principaux mentors, on compte Sonny Rollins, Courtney Pine, mais aussi Q-Tip et The Roots.

Concert creation Soweto Kinch & Under Kontrol le 30 juin a 20h30 au Village du festival & retrouvez egalement Soweto Kinch en duo avec le contrebassiste Sebastien Bacchias le 1 juillet a 18h30.

JOHN BUTCHER ET EDDIE PREVOST

La rencontre au sommet de deux maitres de l'improvisation libre. John Butcher est une figure majeure de l'improvisation britannique actuelle, explorateur infatigable des possibilites de ses instruments.

Eddie Prevost est une veritable legende vivante, pionnier au sein de l'ensemble AMM au milieu des annees 60 d'une improvisation
totalement liberee. Il developpe avec ses percussions des techniques de jeux obliques, en veritable alchimiste de la matiere sonore.

Concert John Butcher & Eddie Prevost le 30 juin a 20h30 au Village du festival.


RETROUVEZ TOUTE LA PROGRAMMATION SUR

www.festivalmegaphone.com

www.myspace.com/festivalmegaphone





♥ Festival R du temps - 14 au 27 juin - Paris

Pour sa troisième édition, le festival d’Improvisation Libre « R de Choc » (du 02 au 04 juillet 2009 à l'Espace Jemmapes), traditionnellement implanté dans le 10° arrondissement de Paris s’étend dans le 18° en proposant un nouveau rendez-vous «  R du temps » sur 3 week-ends en juin 2009 avec des musiciens, danseurs & poètes sonores improvisateurs.

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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 11:39

Le saxophoniste américian Charlie Mariano est décédé hier, 16 juin 2009 à Cologne où il vivait, à l'age de 85 ans.
Il aura joué avec les plus grands comme Charles Mingus, Stan Kenton, avec de grands artistes européens comme Philip Catherine et Eberhard Weber ainsi que des musiciens liés à la musique traditionnelle comme Rabih Abou-Khalil et des musiciens indiens.
C'est dire l'ouverture d'esprit dont faisait preuve le musicien.
Ces dernières années, on l'entendait souvent avec le trio franco-suisse
Cholet-Känzig-Papaux.

A l'annonce de la nouvelle, Lionel Eskenazi des dnj a réagi d'une manière qui résume bien ce qu'on aimait chez Mariano:
"C'est la perte d'un grand saxophoniste à la sonorité unique !
On avait tendance à le croire immortel, tant il avait l'air en forme.
Bad and sad day."


 


Notre dernière chronique d'un album de Charlie Mariano enregistré avec le pianiste Jean-Christophe Cholet

CHARLIE MARIANO : «  Silver Blue »

 

Enja 2007



Un jour que la baronne de Koenigswarter lui demandait quel serait son vœu le plus cher, Mariano dit «  je voudrais avoir le cœur et  la technique de Parker… Mais la technique de Parker, on s’en fiche, non ? Si j’avais le cœur de Bird ça suffirait ! ». Et l’on sait que pendant longtemps Charlie Mariano courut avec son sax alto sur les traces de Bird. On se souvient encore de ses envolées d’oiseau chez Kenton ou dans l’orchestre de Shelly Manne. On se souvient aussi du temps où avec sa femme, la remarquable pianiste et émule de Bud Powell, Toshiko Akioshi, ils pouvaient enflammer les scènes du post-bop. Pourtant Mariano au fil des ans a fait bien d’autres choses et finalement était un peu tombé dans l’oubli ces dernières années. On doit aujourd’hui au trio du pianiste Suisse, Jean Christophe Cholet cette belle idée d’offrir à Charlie Mariano cette occasion de refaire surface dans un très beau moment de pure nostalgie qui s’offre alors à nous. Avec l’âge, Mariano s’est approché de cette vérité qui n’existe finalement qu’en étant parfaitement soi même. Longtemps adepte de la musique indienne et de la pratique du nagasvaram, instrument sur lequel il savait délivrer un message mystique, Mariano parvient en peu de mots musicaux à insuffler un supplément d’âme aux thèmes les plus simples. Et c’est justement avec cette part d’âme en plus que Mariano revisite les standards. Avec ces phrases un peu traînantes et malheureusement pas toujours juste mais si belles, Mariano livre un moment magnifique de nostalgie douce. L’homme ne court plus après le temps et encore moins après le tempo. N’enchaîne plus en virtuose les triples croches lancées à toute allure. Non Mariano est juste parvenu à cette part de sincérité intime et même s’il lui arrive parfois de jouer un peu « en dehors », il y a chez lui cette façon de faire chanter, de faire pleurer la note lancinante qui n’appartient qu’aux grands. Qui n’appartient qu’à ceux pour qui, jouer des thèmes aussi connus que Prelude to a kiss, My Funny Valentine ou Black orpheus est une façon de dire bien plus que les seules notes qu’ils jouent. Les puristes feront la moue. Ils n’entendront pas ici un grand saxophoniste. Ils entendront juste un sage enfin débarrassé de tout le superflu. Charlie Mariano a peut être trouvé le cœur de Charlie Parker, peut être pas. Mais c’est avec une beauté fragile qu’ici, il nous livre le sien.

Jean-Marc Gelin

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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 06:56

Eagle Vision



Rand Breker,  Wynton Marsalis,  Lew Soloff, Jack Walrath, Joe Wilder, Snooky Young (tp), Eddie Bert, Sam Burtis, Paul Faulise,  Urbie Green, David taylor, Britt Woodman (tb), Don Butterfield (tuba), John Handy, jerome Richardson, Bobby Watson (as), Georges Adams, Phil Bodner (ts), Gery mulyan, Roger Rosenberg (bs), Dale Kleps (clb), Michael Rabinowitz (htb), Sir Roland Hanna, Jon Hicks (p), Reggie Johnson, Edwin Schuller (cb), Karl Gerger (vb), Victor Lewis (dm), Daniel Druckman (perc), Gunter Schuller (dir)

 

 En 1989 fut donné un concert au Lincoln Center de new York à l’occasion des 10 ans de la disparition de Charles Mingus. Concert prestigieux s'il en est dans les boiseries de cette salle majestueuse où, sous la baguette de Gunter Schuller, la fine fleur des « vétérans » du jazz se retrouvaient réunis pour interpréter pour la première fois Epitaph, l’œuvre magistrale de Mingus. Une œuvre à la dimension de son génie regroupant d'une traite 18 morceaux, près de 500 pages de partitions pour plus de 2h20 d’un concert stupéfiant retransmis dans son intégralité par une production TV anglaise (Channel Four). Certains des thèmes d’Epitaph, étaient déjà connus, déjà entendus et joués par Mingus lui-même. Mais aucun support phonographique n’avait encore donné cette œuvre dans sa globalité. Et c’est d’un moment fondamental dont il s’agit. Car (excusez les superlatifs) l'œuvre à laquelle s'est consacré Mingus pendant plusieurs décennies est assurément une des œuvres majeures de l'histoire du jazz. Un chef d’œuvre devrait-on dire, qui atteint à la dimension Ellingtonienne, foisonnante, complexe, plongeant dans toute l’histoire du jazz. Celle où l’on retrouve toute la musique de Mingus dans une lecture aussi moderne que résolument ancrée dans cette histoire du jazz qui va du gospel au blues, jouant des dissonances, remettant à l’antique les chœurs de trombones et de cuivre sur le devant, maniant les ostinatos comme pour faire émerger ces moments où les voix se mêlent dans des moments de paroxysme très forts et denses. Comme dans tous les chefs d’œuvre Ellingtoniens  Mingus laisse une place essentielle aux solistes, ici magnifiés et qui ce soir là , tous extraordinaires atteignaient là leur part d’héroïsme gravé dans le marbre ( disons plutôt sur la pellicule). On pense notamment aux envolées spectaculaires de George Adams qui dans cet orchestre "Mingus Epitaph" de Gunter Schuller semblait trouver, trois ans avant sa disparition une dimension hors du commun. Mais il serait juste de citer aussi John Handy ou Bobby Watson et tous les autres qui, à l’assaut  de cette sorte de monumentale vallée du jazz ressemblaient un peu à cette cavalerie fordienne, valeureux vétérans héroïques d’une époque du jazz dont ils transmettaient la flamme et les valeurs fondamentales.

Si l'ensemble de la captation donne un peu une couleur sépia légèrement « ringarde », l'équipe de tournage a réalisé cependant l'exploit de restituer au mieux le son en évitant les effets d'échos et en promenant sa caméra sur des plans rapprochés toujours très efficaces et particulièrement sobres.

Ces images témoignent assurément d'une des plus belles plages de l'histoire du jazz qui atteignent sans conteste la dimension de Black Brown and Beige : un monument !

 

Jean-Marc Gelin

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