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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 11:01

 Altrisuoni - 2009

Site d'Olivier Le Goas

Après son quartet "New Gravitations" avec John Abercrombie, Ralph Alessi et Drew Gress (excusez du peu), Olivier Le Goas nous revient avec "Seven Ways" est édité par le label suisse Altrisuoni. Le Goas a réuni le guitariste Manu Codjia et le saxophoniste Vincent Mascart pour un groupe à la configuration inhabituelle qu'est Trilog.
Le trio signe ici une musique et un jazz racés à plusieurs égards. Pour commencer, les six compositions de Le Goas sont délicieuses, s'approchent de la beauté et sont largement inspirées par la musique classique. Du compositeur allemand de la période baroque Erasmus Widmann ("Le chant du regards") à Purcell ("The Answer"), d'un Anonyme du 17ième siècle ("Rêves de Bourgogne") à Maurice Ravel ("Sainte"), Trilog a fait siennes chacune de ces inspirations et fond sans coutures leurs mélodies dans une musique improvisée et rituelle.
A contrario des musiciens allemands Knut Rössler/Johannes Vogt qui avaient proposé un cd de dix compositions de jazz baroque en 2008 où ils paraphrasaient et doublaient les lignes mélodiques dans le style baroque sans véritable adaptation, Olivier le Goas a élaboré un jazz actuel, contrasté et aventureux en conservant avec talent les caractéristiques du style musical dont il s'inspire.
Dans "Le chant du Regards" ou "Rêves de Bourgogne", Trilog développe les oppositions note longues/note courtes, la fantaisie joyeuse, la mise en avant d'un soliste; éléments qu'on trouve en particulier dans la musique baroque et qui font partie des fondements du jazz. De là, le groupe propage les atmosphères en ornementant et en improvisant des cadences.
Le dernier morceau est de Bill Evans: le groupe clôt le cd par un jazz rassurant sans véritable perspective créatrice, comme cela est le cas sur le cd, mais avec un raffinement rare.
Ensuite, la composition instrumentale de ce trio surprend alors qu'on y découvre un groupe très équilibré et solide. Manu Codjia y a une double responsabilité puisqu'il occupe à la fois la place d'un soliste et de l'accompagnateur rythmique. A la première écoute, il semble plus accompagnateur que d'habitude en marquant l'harmonie, presque en retrait. En fait, c'est tout à son honneur car son jeu développe un son rock et légèrement free sans outrance tout en gardant une ligne directrice mélodique saine. Sur son
blog, Bruno Pfeiffer interviewe le contrebassiste Henri Texier qui donne un avis élogieux - et que l'on partage - sur le guitariste: "Il joue comme un peintre trouve les mélanges sur la palette. Simplement, les sonorités remplacent les couleurs." 
Codjia offre ainsi un bon contrepoint au saxophoniste Vincent Mascart qui a tout compris de la musique de Le Goas. Son jeu est fluide et vivace sur "Le chant du regards", langoureux et tonique sur "Sainte" et "Turn Out The Star". Ses interventions free-décalées, aux sonorités spatiales, sont admirablement amenées voire lumineuses. La caractéristique principale de ce trio est le jeu dynamique et vivace tout en nuances du saxophoniste, vraiment remarquable et inspiré sur toutes les pièces, et du batteur qui se siéent parfaitement. Ces deux là sonnent comme une évidence.
Enfin, on prend son pied à déguster aussi le jeu de Le Goas - vif, tranchant, tendu ou élastique - avec une intelligence sonore qui lui est propre. Son empreinte rythmique fait pour beaucoup dans la couleur de cette musique. Trilog est un trio à découvrir qui doit absolument trouver sa place dans les festivals d'été.

Jérôme Gransac

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19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 06:53

C’était à Nevers en novembre de l’année dernière. Obama était élu depuis à peine une semaine et John Scofield venait roder sur scène son futur répertoire, celui de son prochain album ( sorti en avril en France). Piety Street enregistré en Louisiane est une sorte d’intermède dans la carrière du guitariste (cf. la critique  des DNJ), autour d’un répertoire inattendu pour  lui : celui du gospel revisité à la sauce blues. Entre deux balances, John Scofield nous accordait alors une brève interview.

 

 

Quelle est la principale idée de votre nouveau projet ?

 

JS : Nous avons fait un nouvel album pour le label Emarcy. Le nom de cet album c’est « Piety Street ». Au départ je voulais faire un album de blues et puis j’ai réfléchi et je me suis dit que cela avait déjà été beaucoup fait (rires) ! Et en fait il se trouve que j’ai toujours été fan de gospel. C’est pour cela que j’ai décidé de faire un album autour de ce thème, en Louisiane, avec des musiciens de là-bas. J’y suis allé en janvier 2008 et j’ai joué avec beaucoup de musiciens locaux.  Il se trouve que je depuis longtemps j’adore ce que fait le chanteur et pianiste John Cleary. Je savais aussi que George Porter Jr était libre. J’avais déjà joué plusieurs fois avec lui. Donc cela pouvait être une bonne ossature mais il nous fallait un batteur qui assure. C’est drôle mais je n’arrivai pas à trouver le bon batteur. Certains étaient trop occupés. J’ai pensé à Ricky Fataar. Il est de Los Angeles. Et puis sur l’album, nous avons aussi Shannon Powell qui joue du tambourin. Nous nous sommes tous retrouvés en studio et nous avons enregistré en mars.

 

Pourquoi avoir choisit le gospel

 

JS : Vous savez il  y a tant de musiques que nous ne connaissons pas vraiment. Des musiques comme le gospel que finalement nous n’avons jamais réellement exploré en tant que jazzmen. Pourtant le gospel est le frère jumeau de la soul. Mais les chanteurs de gospel ne sont pas aussi célèbres. Et c’est vrai qu’il y a beaucoup de chanteurs fantastiques de Gospel qui restent dans cette musique et qui ne vont pas vers le R&B. Pourtant peut être que les plus grands talents sont bel et bien là. Ecoutez un gars comme Cleary par exemple et vous vous rendrez compte que c’est quelqu’un qui a une voix incroyable.

 

Pour faire ce disque vous avez dû beaucoup écouter

 

JS : Oh oui,beaucoup mais après toutes ces heures à écouter des chanteurs et des chanteuses de Gospel j’en reviens toujours à Mahalia Jackson notamment.C’est ma chanteuse préférée.

 

Est ce qu’il s’agit pour vous d’un retour aux racines de votre musique, le blues ?

 

JS : Oui c’est réellement cela. Pourtant ce sont des racines que j’ignorais un peu. J’écoutais Mahalia Jackson quand j’étais gamin et j’aimais cette musique et j’écoutais ensuite la soul à la radio. Mais cela fait juste quelques années que je commence à réécouter tous ces vieux disques. La forme de cette musique est réellement intéressante. C’est bien sûr différent des 12 mesures du blues et il y a réellement une forme propre au gospel. Pour un musicien de jazz, c’est vraiment intéressant. Un morceau comme When the saint go marching in offre une progression d’accords intéressante. De la même manière il y a aussi une forme passionnante c’est le gospel-blues qui est un peu différent mais qui a beaucoup de point communs. C’est simple comme forme mais terriblement différents du blues à 12 mesures.

 

Vous dites que ce disque est une sorte de retour au blues mais pourtant le blues n’a jamais été réellement absent de votre musique

 

JS : Vous avez raison, le blues n’a jamais réellement quitté ma musique mais là je joue un répertoire qui est différent mais qui m’y ramène d’une certaine façon.

 

 

Revenons sur vos musiciens. Vous semblez réellement complice avec John Cleary. Vous n’aviez jamais joué auparavant avec lui.

 

JS : Non jamais et pourtant nous nous connaissons depuis longtemps. Mais surtout je suis un grand fan de John. Il vient d’Angleterre où il a commencé en jouant de la guitare. Quand à George porter nous avions fait à La Nouvelle Orléans  des concerts, vous savez ce genre de show où l’on met ensemble des musiciens qui ne se connaissent pas et la sauce a tout de suite prit entre nous.

 

On a l’impression que cette musique est une sorte de récréation pour vous. Vous y mettez énormément de joie de jouer

 

JS : Absolument. C’est comme une sorte de célébration. Vous savez le jazz c‘est aussi une grande messe mais je crois que fondamentalement il y a aussi dans les deux cas une forme de spiritualité qui s’exprime différemment.

 

Vous pensez qu’il est important de faire vivre le Gospel en dehors de l’église

 

JS : Le Gospel est une grande musique. Il est important d’y revenir et de redécouvrir ceux qui ont fait cette musique. C’est une musique à part entière indépendamment de l’église. J’espère que les gens vont redécouvrir de grands thèmes du gospel en écoutant l’album et peut être revenir au gospel et aux chanteurs qui l’on inventé.

 

 

Le chant est important dans ce disque, ce qui est plutôt  inhabituel chez vous.

 

JS : Vous savez j’ai l’habitude de jouer avec des instrumentistes, des saxophonistes notamment ou des pianistes. Pourquoi pas un chanteur ? Un grand chanteur comme John  Cleary m’inspire beaucoup.

 

Vous avez choisi de présenter ce projet en Europe avant les Etats-Unis, pourquoi ?

 

JS : Nevers est le premier gig que nous avons avec ce groupe. Lorsque l’on m’a invité à venir en France je ne savais pas trop dans quelle formation. Mais comme j’avais ce projet et que tout le monde était libre, je me suis dit, pourquoi ne pas les emmener tous avec moi . Cela dit je pense réellement que l’Europe est le meilleur endroit pour jouer de la musique.

 

 

Nous sommes en novembre, et, depuis une semaine, quelque chose d’important s’est passé aux Etats-Unis….

 

JS : Ce n’est pas important que pour moi ou pour les Etats-unis, c’est important pour le monde. Je suis tellement heureux. Mais pas seulement parce que nous avons viré George Bush mais surtout je suis fier que nous, les Etats-Unis soyons les premiers à avoir élu un président noir. C’est le pays où j’ai grandi et je peux vous dire que j’ai pleuré, on a tous pleuré ce soir-là. On ne se sent plus honteux de tout et notamment d’avoir eu à traîner avec nous le raciste d’avant.

 

Si on revient au gospel, c’est une musique classée habituellement comme musique noire réservée aux noirs et John Cleary et vous êtes blancs, les choses changent donc réellement ?

 

JS :  John et moi on a grandi avec l’amour de cette musique et c’est ce que nous voulions jouer. Tout simplement.

 

 

Propos recueillis par Jean-Marc gelin lors du Festival de Nevers de novembre 2008

 

 

 

 

JJ john SCOFIELD : « PIETY STREET »

Emarcy 2009

 

Passons sur la pochette de l’album désastreuse de mauvais goût assumé, représentant l’effigie des musiciens sur des cierges d’église ! bof bof et passons aussi sur le côté lourdingue d’un album qui emmène le gospel sur le terrain d’un blues plutôt mal léché. Qui donne au sacré une bonne dose de vulgos ! Il y a certainement là une concession de Scofield à des impératifs commerciaux, genre album que l’on retrouvera facilement sur les grandes ondes des radios américaines dans le Texas profond. Un truc à écouter dans un routier avec les santiags aux pieds et la budweiser à la main. Car si le gospel de Scofield est bien teinté de country et de R&B, c’est bien un gospel très blanc qu’il donne à entendre qui a autant à voir avec les chants d’église que la 9ème symphonie avec le bal du samedi soir à Villedieu les Pöelles. Mais bon, en sortant ces thèmes de l’église, en les désacralisant en quelque sorte, Scofield leur donne une autre vie, une nouvelle vie, différente. De quoi se faire retourner Mahalia Jackson dedans sa tombe ! Mais il ne faudrait pas pour autant bouder notre plaisir. D’abord parce que Scofield a choisi ici de s’amuser comme un gamin qui ferait les balloches du samedi avec quelques bons copains. Plongée dans l’Amérique profonde, dans l’Amérique western dans laquelle, avec d’autres noms de la guitare jazz (on pense à Frisell) il aime parfois à se ressourcer.  Et il ne faut pas non plus bouder un disque de Scofield quel qu’il soit. Car même avec des thèmes sacrés rendus au plus profane des profanes, Scofield reste toujours Scofield. Ce guitariste d’une incroyable musicalité capable d’aller toujours chercher des notes improbables. Dans un groupe comme celui là il y a les autres (qui font ce qu’ils peuvent ) et il y a Scofield. Et puis autant se l’avouer tout net, lorsque nous les avons vus en concert s’amuser comme des petits fous, on a franchement pris un gros panard. Ça jouait grave, ça envoyait la purée sans aucune retenue, c’était fait pour chanter, pour taper dans les mains et pour danser. C’était un peu comme d’aller au cinoche avec un gigantesque pot de pop corn et un coca de deux litres. On avait un  peu honte mais faut bien dire ce qui est… parfois la honte, c’est trop bon ! Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 07:10

Nonesuch 2009

Allen Toussaint, piano (1-12), vocals (11) 
with
Don Byron, clarinet
Nicholas Payton, trumpet
Marc Ribot, acoustic guitar
David Piltch, upright bass
Jay Bellerose, drums and percussion
and special guests
Brad Mehldau, piano (5)
Joshua Redman, tenor saxophone (10)

Il semble que depuis quelque temps ( depuis Katrina surtout), tous les passionnés de jazz de la planète se tourne à nouveau vers la Nouvelle-Orléans. Et dans ce magnifique élan, nous redécouvrons ceux que l’on avait oubliés ou que l’on écoutait moins. Tenez, prenez le pianiste Allen Toussaint, symbole s’il en est de cette Nouvelle-Orléans mythique, grand maître de la tradition et des secrets qu’il tient du Professeur Longhair. Allen Toussaint qui à 71 printemps nous montre aujourd’hui combien il est moderne. Combien la musique que l’on joue dans les rues de Canal Street reste gravée dans le patrimoine le plus emballant et le plus réjouissant. Pas cérébral, non simplement jouissif et gai. Le jass en somme ! Et Allen Toussaint pour nous en faire la joyeuse démonstration embarque avec lui les plus talentueux des « jeunes » (tout est relatif) jazzmen avec un  sens de l’éclectisme que lui seul pouvait insuffler. Vous imaginez, réunir sur une musique « old style » des talents comme ceux de Nicolas Payton (remarquable Bixien de service), Marc Ribot (au blues plus canaille que jamais), ou un Joshua Redman (qui surprend là par son gros son websterien) ! Et c’est sans facilité aucune mais avec un plaisir évident que, sous le charme pianistique d’ Allen Toussaint ils s’embarquent pour jouer ce qui appartient au patrimoine de la cité du croissant. St James Infirmary ( ah cette belle version), West End Blues (si respectueux du grand Louis mais si inventif aussi), Singin the blues qui ne dénature pas la version de Bix ou encore un Bright mississsipi sorti d’une fanfare enjouée que l’on écoute comme si l’on défilait dans les rues de la cité magique. Allen Toussaint qui a au bout des doigts tout Fats Waller, Jerry Roll Morton et Earl Hines semble survoler cette session avec grâce et légèreté, grand organisateur et fédérateur de cette joyeuse rencontre. C’est qu’il y a là une sorte de bain de jouvence dans ce fleuve nourricier du jazz. C’est beau comme l’antique mais surtout bien plus moderne parce que formidablement vivant.


Jean-marc Gelin

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14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 07:11

Steven Brower

Editions de la Martinière

2009, 32 euros

 

 

On croyait à peu près tout connaître de Louis Armstrong. Pops comme on l’appelait n’avait d’ailleurs rien d’un cachottier et les trois versions  complètes de son autobiographie ( « Ma vie à la Nouvelle-Orléans ») avaient levées bien des voiles sur les premières années de sa vie de musicien. Certes, plus tard un ouvrage entièrement consacré à la majijuana avait bien été censuré par son éditeur mais il n’empêche, l’exposition publique de Satchmo était telle qu’il y avait peu de chances que le moindre interstice ait pu échapper à la vigilance de tous les paparazzi de la planète.

Et pourtant ce que nous découvrons là, aujourd’hui, plus de trente ans après sa disparition est une facette totalement inédite de l’art de Louis Armstrong. Car nous étions bien loin d’imaginer qu’en dehors de ses performances innombrables, Louis Armstrong développait l’âme d’un autre artiste, un plasticien éprit de collage. Dans le sein du sein, dans sa maison de Corona, se cachaient ainsi des centaines et des centaines de collages réalisés par Armstrong pour ornementer les boîtes des bandes magnétiques sur lesquelles il s’enregistrait compulsivement, pour tapisser certains murs de sa maison, pour en faire des cartes de vœux ou tout simplement pour les offrir à des amis.

 

Ce travail-là n’a rien à voir avec celui des  surréalistes dans la mesure où il est au contraire ancré dans la réalité concrète de la représentation de Louis Armstrong au travers des photos du trompettiste tirées de la presse, des promos, des covers, des photos de tournage etc… Mais c’est surtout une vraie démarche d’artiste qui s’illustre ici en maître de l’improvisation et du rythme : dans sa façon de coller, de couper d’agencer, d’organiser sans ordre préétabli, de colorer, d’annoter, de choisir les adhésifs qui viennent orner. Stachmo réalise ses collages comme des chorus. Avec autant de passion ( si l’on en juge par la collection abondante qu’il réalisait frénétiquement) que d’humour, Louis Armstrong dévoile un regard démultiplié sur lui même. Mais alors que l’on avait de Pops l’image d’un homme représentant la modestie incarnée, Louis Armstrong est ici dans une sorte de culte de sa propre personnalité. Entre l’étonnement enfantin et candide de celui qui est surpris lui-même par sa propre popularité, et un sens sous-jacent de l’autodérision. Armstrong y est souvent drôle, hilare même avec ce sourire légendaire. Parfois grave ( c’est rare), souvent poétique ( comme ce collage où, discrètement la photo de King Oliver est collée à l’intérieur de la tête de Louis Armstrong) ou un tantinet coquin ( comme cette danseuse callipyge que le trompettiste s’était empressé d’offrir à des amis de peur que Lucille, son épouse ne le découvre). On est plus gêné en revanche lorsque l’on voit ces photos de Louis Armstrong baisser son pantalon pour la promotion d’une marque de laxatif (ce qui ne gênait nullement le trompettiste qui assumait largement).

Une très belle introduction du critique Hilton Als et des repères chronologiques utiles en début d’ouvrage viennent judicieusement compléter ce livre magnifique. Reste quelques imprécisions ( Mez Mezzrow annoncé comme trompettiste p.ex) et des indications parfois absentes ( on aurait aimé savoir à partir de quand Louis Armstrong a commencé ce travail) et une absence totale de datation des collages dont on reconnaît la difficulté puisque Armstrong lui même ne les avait pas daté et que les photos utilisées venaient de ses archives personnelles.

Il y aurait de cet ouvrage matière à une belle exposition pour un galiériste un peu audacieux. Où l’on découvre un vrai regard d’artiste dont on ne saura jamais réellement qu’elle était chez lui sa part de comédie et d’autodérision. Ce qui est soi un beau moment d’humanité aussi tendre que joyeux. Donc poétique.

Jean-marc Gelin

 

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12 mai 2009 2 12 /05 /mai /2009 06:54

Cam Jazz 2009

Sylvain beuf (ts,ss), Julian Oliver Mazzariello (p, orgue, fder) , André Cecarrelli (dm)

 Ce disque est à l’image de sa pochette : haut en couleurs. Aussi vives que fortes. Car lorsque Ceccarelli retrouve son saxophoniste préféré, on peut être sûr qu’ils amènent toujours avec eux, dans leurs bagages un groove fusionnel de derrière les fagots. En studio, dans un bœuf ou dans une jam ces gars là savent y faire pour mettre le feu. Et ce n’est pas d’un truc à l’arrache dont on parle. Pas un truc, à la « va-comme-je-te-pousse ». Non, un truc de sacrés musiciens qui excellent dans l’art du jouage. A tel point qu’à les entendre dans cet album on les croirait en club. Alors on écoute ça comme on serait scotchés au bar jusqu’à pas d’heure, la gueule ouverte, les mirettes écarquillées et les esgourdes ravies. Car ces enfants du bop et de cette musique que quelques ignorants croiraient réservée aux bas fonds de la grosse pomme savent balancer terrible. On a encore en tête le « live » enregistré récemment sous la voûte (céleste) du Sunside et publié l’an dernier. On s’en mord encore les oreilles de ne pas avoir été là ce soir-là. Dans ce genre de coup, les absents ont radicalement et définitivement toujours tort. À l’époque c’était Antonio Farao qui tenait le clavier.  Ici on prend presque les mêmes, mais, à la place du pianiste c’est Julian Oliver Mazzariello qui prend la relève dans le trio. Relève de très haut niveau s’il en est. Car  Mazzariello est dans une autre énergie que celle du pianiste. Lui est plus à son aise à l’orgue et au fender, genre Larry Golding si vous voyez ce que je veux dire. Accompagnateur mais aussi sideman de la mort qui tue.  Il n’est que d’écoutez le son qu’il dégage, gras et un peu trash en contrepoint du soprano de Beuf sur Three-fiour, s’imposant comme son exact contraire pour apprécier chez lui son sens du contraste. Quand à sa façon d’accompagner le groove, elle est tout bonnement irrésistible.

Alors partant de cette ossature-là, ce trio peut varier les plaisirs toujours intenses, mette le feu au studio, faire flamber les énergies littéralement consumées sur place. Avec Cecarrelli c’est toujours la phrase juste. La relance exactement là où tu voudrais qu’elle soit.  Une sorte de clone d’Art Blakey, de Tony Williams ou d’Elvin. Des leçons de batterie volubile. Tu crois que j’exagère. Écoutes un peu ce constellation au titre tout Coltranien. Et puis, Beuf évidemment. A entendre comment Beuf et Mazzariello partagent le drive de Cecarrelli sur Propose it dans la pure tradition des  hard boppeurs. On se dit que cette musique là n’est pas faite pour s’éteindre de si tôt. Et ces trois là nous renvoient à nos classiques avec une maestria jubilatoire. Beuf c’est parfois Michael Brecker, parfois Rollins parfois Coltrane.  Comment lui reprocher ce syncrétisme ? Aérien ! Batiste Trotignon est aussi à l’honneur dans cet album puisqu’il participe à la composition de 4 titres, Syvain Beuf en ayant écrit 5 autres. Finalement l’album se termine de la plus heureuse des façons sur un thème un peu bastringue composé par Julian Oliver Mazzariello ( Julian’s vision), histoire de maintenir la flamme. Avec eux c’est sûr,  elle n’est franchement pas prête de s’éteindre. Jean-marc Gelin

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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 19:03

Orkhestra 2009

 

http://www.tousdehors.com

Sur la feuille de presse associée au cd de Tous Dehors intitulé « Happy Birthday », on y fait une description de la musique de Laurent Dehors plutôt bien vue. Et la chronique de « Happy Birthday » que l'on savait difficile à formuler – la richesse de ce disque peut décourager le chroniqueur mais pas l'auditeur - l’est moins quand on décide de tirer partie de la fameuse feuille de presse.

On croyait l’idée originale jusqu’à la lecture de l’appréciation du même cd par Jean Buzelin dans Jazzman du mois d’avril. Monsieur Buzelin a probablement eu la même intention puisqu’il a articulée son appréciation autour d'une phrase bien à propos – « Le jazz, le rock, les musiques contemporaines et traditionnelles s'y mélangent et donnent à Tous Dehors une couleur sans pareil et résolument ancrée dans son époque » – empruntée à la susdite feuille de presse.

La musique de Laurent Dehors, saxophoniste / clarinettiste virtuose et doué, est certes sophistiquée mais point intellectuelle. Plutôt ironique et tout à fait accessible, elle est particulièrement imprévisible.

Tous Dehors est un grand orchestre d’une dizaine de musiciens qui fête ici ses quinze années d’existence. Et pour ce véritable événement, Tous Dehors a enregistré « Happy Birthday » qui nous présente des suites de danses enregistrées particulièrement vibrantes de musicalité. Au confort sonore habituel au menuet ou à la valse, Laurent Dehors a miné le terrain de contours qui piquent et de douceurs enjoués. Ainsi, il passe avec aisance du charleston débridé au musette-dixieland un peu free ou rock. Il nous propose ici « une synthèse des jazz populaires et  savants » «  l'écriture reste attentive au dosage laissé à chacun et à la maîtrise orchestrale. ».

Ce cd est d'autant plus captivant que sa musique, avec tout ce qu'elle demande comme exigences pour les musiciens de part sa fougue, est enregistrée en concert. C'est ce que j'appelle du WYHOC-WYGIC(1). Pas de post-production flatteuse. Que du réel et énormément de maîtrise du sujet.

Concernant la composition, « l'orchestration est inouïe, l'écriture audacieuse et crasseuse, l'interprétation exemplaire et inattendue », pour reprendre – encore - les propos de cette satanée feuille de presse. Il est vrai que Dehors dompte ses instruments autant que les écritures compliquées et nous laisserons le soin aux techniciens de la musique de s’exprimer sur le sujet. Car finalement ce n’est ni le propos, ni ce que l'on retient de sa musique.

A tout moment dense, la musique respire par éclats sonores. Un peu free par endroits, carrément rock à d'autres, zappa-ienne quand on s'y attend le moins, parsemée de timbres et textures hétéroclites qui se marient bien (marimba, vibraphone, xylophone, glockenspiel, guitares en tout genre) avec un clin d’oeil possible à Albert Marcoeur - avec le très à propos papotage de piliers de bars: « Tout fout le camp ! / Z’avez vu le président qu’on a ? » - cette musique, apparemment désordonnée, est une évidence pour l'oreille et complètement organique.

On pourrait disserter longtemps sur le sujet. Tous Dehors est un orchestre qui s’écoute en concert et sur ce cd où vos oreilles se régaleront d’une « véritable explosion créative » pleine de risques et de réjouissances.

Jérôme Gransac

 

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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 19:00

Act 2009

 

Paisible bien-être que nous offre le coté Soul de cet album. Ida Sand est une somptueuse voix suédoise, enrobée pour l’occasion par deux guitaristes, Ola Gustafsson et Mattias Torell. En hommage aux racines les plus profondes de l’Amour, « True Love » est un album entièrement Pop, manifestement composé et interprété par des musiciens de Jazz, en témoigne la présence de l’excellent flûtiste Magnus Lindgren (« True Love »), utilisant aussi une clarinette basse (« Manic Depression » de Jimmy Hendrix). Le disque débute d’ailleurs par une introduction à la trompette de Peter Asplund. Au fil de cet opus usant de troublantes ressemblances avec la célèbre Motown, nous pouvons nous apercevoir que le bassiste Peter Forss et le batteur Per Lindvall forment une solide paire de musiciens rythmiques. La vocaliste nous fait aussi partager son (naïf) plaisir de jouer du Fender Rhodes (« Notice Me »). Par la suite, « The weight » est un véritable nuage. Laissons-nous emporter par la ferveur du Blues présent dans ce morceau, notamment grâce au « bottle-neck » d’une guitare au son boisé, comme si elle était tout droit issue de l’Alabama. Mais attention, cette même guitare peut être électrique, ayant une sonorité suave et nonchalante, embaumée par la noblesse d’une distorsion rugissante. Certains morceaux sont composés par Ida Sand en personne, divinement accompagnée par Ola Gustafsson, qui participe lui aussi fortement à la direction artistique (étant plus connu sur la scène Pop-Rock suédoise). D’autres pièces de cet audacieux projet font l’objet d’arrangements d’un répertoire orienté plutôt seventies, avec entre autres, les reprises de « Who’s Gonna Help Brother Get Further » d’Elvis Costello, de « Heart Of Gold » de Neil Young, ou bien encore « Redemption Song » de Bob Marley.  Il manquait aussi quelque chose à cette définition de l’Amour qui constitue cet album : un standard, et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de cet énorme pavé du Jazz qu’est « Loverman ». Ce standard incontournable est interprété de la façon la plus intime, en duo trompette et voix-piano. Passionnément réalisé avec soin, ce disque est un véritable voyage, pas simplement autour d’une culture pseudo-scandinave, mais à travers une magistrale voix de la Black Music. Tristan Loriaut

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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 18:58


88 Trees 2009

Dans ce nouvel album entièrement composé et produit par Laurent Coq, c‘est un quartet très « américain » que donne à entendre le pianiste qui pour l’occasion est allé enregistrer outre atlantique, dans le New Jersey.  On sait qu’avec Jérôme Sabbagh ils ont vécu (ou vivent encore) à New York et que, si le pianiste tout comme le saxophoniste ne sont pas à proprement parler natifs de la Grosse Pomme ils sont néanmoins fondamentalement New-Yorkais d’adoption et de jazz. Baignant dans la même musique générationnelle que les Donny Mc Caslin ou les Dave Binney dont on les sent particulièrement proches, ils jouent un jazz de quartet à l’élégance raffinée. Et l’on dit « jazz de club » ici comme d’autres diraient « jazz de salon ». Car si cet album présente moins d’originalité que celui qu’il présentait avec David El Malek et Olivier Zanot, il repose toujours sur le savoir faire de l’écriture de Laurent Coq, toute en finesse et en délicatesse exquise. Les individualités de ce quartet s’illustrent merveilleusement bien dans ce jeu à fleuré moucheté et l’on remarquera notamment l’émergence de Damion Reid batteur jusque là presque inconnu (il joue avec Robert Hurst ou encore Robert Glasper) et ici expert en dentellerie sur mesure ( il faut écouter Eight Seasons in One Summer pour s’en convaincre).

Pourtant si raffinée que soit cette écriture, elle apparaît ici légèrement répétitive un peu comme si Laurent Coq avait décliné 8 fois la même thématique musicale, la même structure à laquelle il apportait chaque fois des nuances subtiles.Ainsi la plupart des morceaux se concluent ils avec le même système de coda renforçant le sentiment d’une musique circulaire comme plusieurs étapes d’une seule et même suite.

Avec une réelle modestie et un sens de l’abnégation Laurent Coq comme il le fait souvent, ne s’affiche pas, ne s’expose pas préférant mettre en valeur le jeu de ses partenaires. Suprême élégance. Mais surtout ce que dit Laurent Coq relève toujours du subtil. Du cousu main où l’improvisation semble ici naturellement écrite, coule de source comme partie intégrante de son discours. On pense parfois à Konitz et Marsh, on pense aussi souvent à Tristano. Comme toujours dans les albums de Laurent Coq il y a aussi un sens savant de l’équilibre dans l’intensité très maîtrisée du son. Et à ce jeu-là Jérôme Sabbagh s’y fait l’interprète toujours élégant de la musique du pianiste comme dans ce Circle 57 où derrière une façade très « formatée » le jeu du saxophoniste recèle de fines nuances sensibles.

Pas forcément majeur dans la carrière du pianiste, cet album lui ouvre néanmoins de nouvelles voies et confirme ce que nous savions déjà, à savoir l’art de Laurent Coq de  faire sonner un quartet et de l’emmener toujours sur des voies douces et sensuelles qu’il semble parcourir dans un murmure délicat. Jean-marc Gelin 

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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 07:56

Cristal 2009

 

Depuis 10 ans qu’ils existent ces gars-là ne cessent de nous donner un plaisir monstrueux. Avec eux, c’est comme l’évidence toujours renouvelée de l’existence d’un jazz plus vivant que jamais, un jazz aussi bourré d’énergie que de talent, qui peut compter sur celui de ses compositeurs ( Pierre Bertrand, Nicolas Folmer, Laurent Cugny, François Theberge), arrangeurs ( les mêmes plus Ivan Julien) ou solistes ( Denis Leloup, Sylvain Beuf, Stephane Chausse, Stéphane Guillaume, Fabien Mary, et j’en passe et des pas moins bon…). C’est toujours la rencontre de l’envie de jouer, du plaisir de jouer et enfin de l’engagement à jouer. Et force est de constater qu’il n’y  a pas beaucoup de Big band qui peuvent aujourd’hui réunir toutes ces qualités avec autant de jubilation émoustillante. Le public d’ailleurs ne s’y trompe pas, avide de revenir à certains fondamentaux du jazz et qui est venu en masse écouter des semaines durant le Paris Jazz Big Band au Trabendo où cette formation y avait élu résidence. Ce fut aussi l’occasion pour la formation d’y accueillir des invités de renom ( Cecarrelli, De Bethmann etc…). Ce sont ces sessions « live » qui nous sont proposées ici dans un triple album enregistré entre janvier et mars 2007. Un document « fleuve » s’il en est puisqu’il totalise près de trois heures de musiques.  Trois heures qui, pour autant ne s’écoutent pas de manière linéaire puisqu’il reprend les trois derniers répertoires enregistrés en studio ( « A suivre », « Paris 24h » et « Mediterranéo ») où l’on entend combien la musique que propose le PJBB n’est jamais monochrome mais capable de se nourrir d’univers très différent tout en gardant cette ligne Ellingtonnienne comme une sorte de fil conducteur sous-jacent. C’est qu’il y a là une double intelligence en action, celle des arrangeurs subtils et brillants et celle des solistes toujours époustouflants, dynamisés par la présence derrière eux de cette grosse machine, si bien huilée qu’elle semble s’envoler littéralement. L’essence du big band comme on les aime, classique ou moderne, créateur d’espaces de libre jeu, d’un jeu ouvert respirant à grandes bouffées,  d’envolées lyriques et de swing échevelé ou encore d’écrins superbes au filage de soie. Admirable          .          

Jean-marc Gelin

 

 

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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 07:54

Zig-Zag 2009

Matthieu Donarier, Tony Malaby (ss, ts), Stéphane Kerecki (b), Thomas Grimmonprez (dm). Septembre 2008.

 

Si vous êtes sensibles aux sonorités amples, foisonnantes et sensuelles du saxophone, si vous aimez être transportés par les polyrythmies du jazz afro-américain (même s’il est joué par des musiciens blancs) et particulièrement réceptifs aux transes euphorisantes de John Coltrane, enfin si vous êtes un peu las des accompagnements harmoniques des pianistes de jazz, alors n’hésitez surtout pas à vous procurer ce magnifique troisième album de Stéphane Kerecki. Une aventure musicale hors du commun vous attend, portée par deux formidables saxophonistes : le français Matthieu Donarier et l’américain Tony Malaby, jouant tous les deux du ténor ou du soprano suivant les titres. Stéphane Kerecki a eu l’idée géniale d’utiliser ces deux souffleurs, au jeu fort différent, à travers une ligne  mélodique continue, jouant à l’unisson ou en contre-chant et proposant des chorus très inspirés. C’est une bien belle trouvaille que de mettre ces deux singulières sonorités sur la même longueur d’onde, celle de l’improvisation spontanée et de la portée spirituelle du jazz (avec des réminiscences Coltranienne et un clin d’œil à Olivier Messiaen à travers la relecture de ô Sacrum Convivium). Sur Macadam, Tony Malaby au ténor (côté droit) entrelace sa chaude sonorité avec celle de Matthieu Donarier au soprano (côté gauche) dans une euphorie fusionnelle où la richesse musicale se conjugue avec le plaisir et le bonheur. Lorsqu’ils sont tous les deux au soprano, on passe d’un duo au son très pur et boisé, évoquant une promenade matinale en forêt (A L’air Libre), à un groove rock imparable et intense (Palabre). Mais c’est peut-être sur les très beaux développements mélodiques de Fable, que leur complémentarité apparaît la plus évidente (Donarier est cette fois au ténor et Malaby au soprano). Thomas Grimmonprez est un batteur qui fourmille constamment d’idées, il nous fait penser aux plus grands, aussi bien à Elvin Jones qu’à Daniel Humair. Son jeu foisonnant et inventif fait merveille sur les tempos rapides (Palabre) et médiums (Houria) ainsi que sur les ballades comme Un Ange Passe, où il distille un sensuel climat d’effleurement. Enfin Stéphane Kerecki est un contrebassiste à la sonorité superbe, il sait se mettre en retrait tout en construisant de remarquables lignes de basse, qu’il place au centre de l’architecture de ses compositions aux superbes mélodies. Pour la troisième fois et plus particulièrement avec Houria, Stéphane Kerecki cumule avec talent et pour notre plus grand plaisir, les rôles de contrebassiste, leader et compositeur : Hip, Hip, Hip, HOURIA. Lionel Eskenazi

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