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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 16:12

JASON MORAN :   « Ten»

Blue Note 2010

Jason Moran (p), Tarus Mateen (b), Nasheet Waits (dm)

 

jason moran ten

Le nouvel album de Jason Moran est certainement celui de la maturité. Après 4 années sans album sous son nom, Moran signe là celui de l’accomplissement où le trio, l’un des plus inventif du moment parvient à sortir de ses automatismes pour se nourrir à toutes les influences. C’est que "Ten" yest en grande partie nourri de compositions écrites par le pianiste pour d’autres circonstances, que ce soit pour le cinéma (RFK in the land of Apartheid) ou pour le festival de Monterrey (Fedback Pt 2).

Pourtant dès l’ouverture, sur Blue Blocks dont le titre évoque le goût affirmé de Moran pour l’art contemporain, on craint d’assister non pas à des mises en peinture ( s’agissant d’un amoureux des arts plastiques comme Moran)  mais plutôt à des clichés, ceux qui portent l’empreinte photographique du «destructuralisme » de Jason Moran. On a peur  pour le clavier dont on se dit qu’il ne tiendra pas la distance  après cette ouverture un peu tapageuse. Et pourtant très vite on se rend à l’évidence, le pianiste qui a intégré à des formations comme celles de Paul Motian ( le plus bel album de l’année –motian) ou de Charles Lloyd a de toute évidence grandi. De quoi donner à son trio une « épaisseur », une densité nouvelle que nous ne lui connaissions pas et qui va bien au-delà de son Bandwagon et de son goût pour les mauvaises manières de bad boys. Pas assagi pour autant le trio, juste plus grand. Après dix années passées ensemble ( Gangsterism over 10° years est un des titres de l’album), le Bandwagon est juste un peu plus sage.

 

Certes ils ont toujours leurs allures de mauvais garçons un tantinet dandy. Celles que l’on leur connaissait dans les précédents albums (« Modernistic » en 2002, « Same mother » en 2005). Celle d’un trio qui rend fou de rage les vieux grigous du jazz amateur des langages un peu codifiés ( T’es Peterson ou t’es Monk ?) et qui comme tout un chacun cherchent à se raccrocher à des structures mélodiques, harmoniques ou rythmiques qui devraient obéir à un ordre logique. Mais pour cet amoureux de Basquiat ou de Raushenberg, amoureux de modernisme justement, la musique ne peut se concevoir dans cette approche-là.

Pas de ligne fixe ou droite.

Chez Jason Moran toujours ces manies de détrousseurs, démolisseurs d’harmonies et de toutes rigidités. Ses bandilleros attendent parfois, tapis dans l’ombre  (Study) et laissent passer la caravane avant de finalement lancer une charge héroïque contre les structures rythmiques qui s’accélèrent et partent dans tous les sens dans une mémorable empoignade (Big stuff).  Sur To Bob Vatel of Paris c’est sur des terres plus anciennes, celles du ragtime que la bande de mauvais gars part à l’attaque avec une insolence toute Monkienne. Formidable bouffée d’air frais, déjantée et respectueuse à la fois. Car Moran est amoureux de Monk, mais à sa façon. Amoureux de l’esprit musical de Monk. Il n’est que d’entendre  ce Crepuscule with Nellie totalement réapproprié sans la moindre gêne par le trio et qui ne délivre sa paternité qu’en fin de morceau après que Nasheet Waits s’en soit délicatement emparé. Ou encore ce Thelonious qui conclut l’album pour le coup de manière très "tradi."  Avec Jason Moran l’improvisation est un feu d’artifice, ue salve pyrotechnique, une explosion de couleurs !

Jason Moran c’est la continuation de Monk par d’autres moyens.

 

Son Bandwagon  affiche une insolence joyeuse derrière laquelle c’est tout l’amour des détraqués du piano qui s’affiche. Une passion du jeu, de l’ « amusement sérieux » si l’on peut dire, du pied de nez et de toutes les facéties ( écouter le faux morceau caché sur Old Babies où l’on semble entrer dans une gare de western avec des filles légères en crinolines qui sourient et lancent la jambe pour fêter le départ des bandits)

Mais la maturité de ce Bandwagon qui nous émoustille depuis plus de dix ans, se retrouve aussi dans une forme de classicisme contemporain ( donc de « non modernisme ») auxquels ils aspirent aussi. Subtle One par exemple, morceau écrit par Conlon Nancarow est, à ce titre un moment de grave profondeur, superbe fusion d’un trio justement fort subtil, impressionniste, se jouant des espaces entre les lignes, dessinant librement aux quatre coins du cadre. On pense inévitablement à l’empreinte laissée par Motian.

Tout au long de l’album Taurus Mateen et Nasheet Waits sont comme cul et chemises, se volant la vedette à tour de rôle, prenant parfois la tangente ( comme si Moran ne cherchait jamais à les enfermer). C’est un trio exceptionnel qui se met en œuvre. Jamais prévisible, toujours en alerte permanente. Et ce que fait ce trio avec autant de liberté que de rigueur est formidable d’énergie. Il porte en tous cas la marque des très grands trios du jazz. L'avenir du jazz incarné.

Jean-marc Gelin

 

 

 

 

 

 

Biographie

 

Jason MoranExpo 

 

 

Le jeune pianiste Texan, 35 ans ( né en 1975 à Houston – Texas) est tombé dans les cordes de son piano dès l’âge de 6 ans. Peut être lui arrivait –t-il à l’oreille, dans la cité spatiale, quelques notes de son aîné le pianiste Horace Tapscott (lvoir DNJ Horace Tascott Te dark tree), pianiste maudit s’il en est, originaire lui aussi de la ville du Texas et grand amoureux comme son jeune suiveur de l’œuvre de Cecil Taylor et de Andrew Hill. Ce qui est sûr en revanche c’est que le jeune Jason a fait ses premières  armes avec son professeur Jaki Byard, référence dans les influences marquantes de Jason Moran. Mettons donc ensemble Horace Tapscott, Cecil Taylor, Andrew Hill et Jacki Byard, mélangeons le tout et vous obtiendrons avec Jason Moran, un pianiste qui suit le sillon que ne cesse de parcourir depuis un demi-siècle ces génies du piano tous marqués par l’empreinte tutélaire de Thelonious Monk.

 

C’est en 1997 que, repéré par le saxophoniste Greg Osby, Jason Moran plonge dans le grand bain en suivant le saxophoniste pour une tournée européenne. Expérience réussie au point que Osby l’intère à son album paru la même année. Il apparaît ensuite dans pluseurs albums d' Osby et se fait donc remarquer par Blue Note.

En 1999, le premier enregistrement de Jason Moran en tant que leader, « Soundtrack to Human motion » a d’emblée été encensé par la critique. jason1.jpgC’est l’année suivante que le Bandwagon signe son atce de naissance avec « Facing Left ». Trio qui allait se muer en quartet éphémère l temps d'accueillir Sam Rivers pour un remarqué « Black Stars » très avant gardiste.


Installé à New York le trio signe ensuite plusieurs albums dont  "Modernistic" en 2002 et "Same Mother" en 2005. En 2003, Jason Moran décidemment chouchou de la presse se voit honoré d’une reconnaissance par Downbeat dans trois catégories des révélations : meilleure révélation de l’année, meilleur pianiste et meilleur compositeur.

En 2007 le travail autour de Monk de Jason Moran s’exprime au travers une commande pour Monk at Town Hall : « In My Mind » qui a fait l’objet d’un documentaire filmé par Gary Hawkins.

 

Moran joue desormais avec les plus grands jazzmen américains, Wayne Shorter, Charles LLyod, Dave Holland, Cassandra Wilson, Steve Coleman, Joe Lovano, Paul Motian, Chris Potter et tant d'autres se l"arrachent….

 

Figure incontournable du jazz à New York, Jason Moran y vit, avec sa femme, la chanteuse lyrique Alicia Hall Moran  ( entendue sur plusieurs albums de son mari). Grand amateur et collectionneur d’art contemporain,  Jason Moran a souvent puisé son inspiration musicale dans les œuvres de Basquiat, de Egon Shiele ou de Raushenberg. Où il puise peut-être son sens de la construction, de la déstructuration et son sens de la mosaïque musicale polychrome.

 

 

Photos : Patrick Audoux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Dernières Nouvelles du Jazz - dans Chroniques CD
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