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19 juin 2018 2 19 /06 /juin /2018 20:46

Ray Charles. Frédéric Adrian.

Castor Astral. 256 pages.14 euros.


Lui qui ne laissait rien au hasard, Ray Charles, avait pris soin de rédiger, en 1978, son autobiographie, Brother Ray (avec l’aide de David Ritz) et, toujours soucieux de ses intérêts, fixé le montant (confortable) de ses droits d’auteur. Des informations de ce type, la biographie rédigée par Frédéric Adrian en regorge. Elles éclairent la personnalité, forte et indépendante, du Genius, dès ses premières années jusqu’à son dernier souffle le 10 juin 2004 dans sa soixante-quatorzième année. Chacun connaît le parcours du chanteur d’Albany qui conduisit sa carrière d’une main ferme et conquit la planète avec cet hymne à son état natal, Georgia on My Mind, ou encore Hit the Road Jack ou What’d I Say, tubes des années 60-70. Le biopic de Taylor Hackford sorti sur les écrans peu après le décès de son sujet avait apporté un éclairage assez fidèle sur la vie du Ray (avec Jamie Foxx dans le rôle-titre). Avec méticulosité, Frédéric Adrian, auteur aguerri de biographies (Otis Redding, Stevie Wonder, Marvin Gaye), suit quasiment au jour le jour un artiste énergique, pugnace, surmontant la perte de la vue à son plus jeune âge, qui n’hésite pas à évoluer dans tous les genres musicaux et à discuter pied à pied avec les magnats de l’industrie discographique et du showbiz. Aucune des aventures, musicales (fan de Nat King Cole à ses débuts et interprète de country dans les années 90) et personnelles (ses conquêtes féminines, ses addictions, ses opinions politiques, plutôt œcuméniques) n’est laissée de côté dans cette chronique chronologique du pianiste, chanteur et saxophoniste. Une vie passée au scanner. Un ouvrage à consulter et à conserver près de sa collection de disques de Ray Charles Robinson,
Jean-Louis Lemarchand

 

 

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17 juin 2018 7 17 /06 /juin /2018 16:36

Edyson prod. 2018
Laurence Saltiel (vc), Patrick Villanueva (p), Benoit Dunoyer de Segonzac (cb)


Laurence Saltiel est rare. Trop rare. Et, par là même nous est précieuse.
Il y a déjà une petite dizaine d’année, elle publiait un album dans lequel il était beaucoup question de Bill Evans. Nous entendions alors ses versions de Waltz for Debby ou de My Romance comme jamais nous ne les avions entendu chantées.
Mais depuis ce temps, Laurence Saltiel, très engagée dans la pédagogie à laquelle elle se consacrait corps et âme, avait un peu disparue. Elle revient aujourd’hui en affirmant haut et fort qu’elle est avant tout une grande chanteuse. Et une chanteuse libre, pas prête du tout à se laisser enfermer dans une case de type «  chanteuse de jazz » et hop, emballé c’est pesé.
Car Laurence Saltiel c’est l’amour d’un triptyque indissociable : le chant, la musique et le texte dont aucun de ces trois piliers ne saurait prévaloir sur l’autre.
Qu’elle s’appuie sur les talents de paroliers comme ceux de Lili Chane, qu’elle écrive elle-même les paroles de quelques titres, qu’elle reprenne quelques sublimes titres ( comme le Throw it away d’Abbey Lincoln), qu’elle chante en français, en espagnol ou en anglais, Laurence Saltiel y met à chaque fois son pesant d’âme.
On pleure avec Laurence. On rit aussi avec elle comme sur ce texte drôle et magnifique ( Crime de sang) sorti tout droit d’un univers à la Perec. On jazz avec elle ( Peace again). On s’attendrit à ce très beau et très émouvant texte (Petite Fille) qui mesure le poids des ans passés depuis Waltz for Debby et qui résonne comme l'un des plus bel hommage rendu aux femmes.

Mais avec Laurence Saltiel, la poésie tutoie toujours le swing qu’elle porte comme une seconde peau avec ce mélange de délicatesse, de groove avec un petit air de ne pas y toucher mais qui au final vous fait prendre le beat du bout de la semelle ou en dodelinant de la tête. La richesse expressive de la voix de Laurence Saltiel touche à la perfection, jamais apprêtée et visant au plus juste de l'émotion.
Ses compères font la paire. Benoit Dunoyer de Segonzac maître du tempo et gardien du temple est un compagnon de longue route, tout comme Patrick Villanueva qui ramène son swing élégant.
Ces trois-là sont en phase. En emphase.

Laurence Saltiel chante comme un remède à la mélancolie, comme une façon de dire que toujours la vie, même lorsqu’elle peut nous faire violence, même lorsqu’elle se défend à coup de poings, est belle.
Laurence Saltiel, ivre de vie, est une chanteuse libre, farouchement libre qui prend le vent et nous embarque avec elle.
Jean-Marc Gelin

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16 juin 2018 6 16 /06 /juin /2018 21:57

Jazz Family 2018
Geraud Portal (cb), Cesar Poirier (as), Luigi Grasso ( bs), Quentin Ghomari (tp), Vahagn Hayrapetyan (p), Kush Abadey (dms) + Lauent Courthaliac (p), Joe Sanders (cb)


Manifeste ! Cela sonne comme un manifeste : faisons écouter Mingus à nos enfants ! Let my children hear Mingus. Et puis d’ailleurs, je vais vous dire, pas que les enfants. Les adultes, les ados, les vieux, les mourants et les naissants : du Mingus pour tout le monde !

Faut dire, lorsque l’on entend ce double album hommage au contrebassiste de Nogales ( Arizona) on se dit forcement que la musique de Mingus, ses colères, ses coups de folies, ses coups de génie, ses coups au plexus devraient être obligatoire et pas seulement dans les écoles de musique.

Geraud Portal s’empare de son sujet avec une gigantesque gourmandise rabelaisienne, armé d’une équipe de tueurs prêts à mourir sur la scène du Duc des Lombards à Paris. Enregistré le 15 et 16 décembre 2017, ce concert fait partie de ceux auxquels on regrette amèrement de ne pas avoir assisté. Quel con, j’aurais dû y aller ! Car tout dans cet album tutoie les sommets et l’on pense en un clin d’oeil au Mingus Big Band qui, avec d’autres moyens lui rend un hommage hebdomadaire dans un club de New York.
Ici  une dizaine de titres phares de la mythologie Mingusienne avec ces célèbres titres à rallonge en passant par O lord don’t let them drop that atomique bomb on me, Orange was the color of her dress  then blue silk, the shoes of the fisherman’s wife are some jive ass slippers, mais aussi bien sûr Fables of faubus ou encore Moanin.
Et pour réciter ce bréviaire de la mort qui tue, Géraud Portal et ses acolytes allument la mèche explosive de ces thèmes d’anthologie et renversent le club parisien cul par dessus tête. Gérard Portan en chef de meute, sonne la charge entouré de ses banderilleros prêts planter leur banderilles. Et ça joue grave, et ça envoie du petit bois et ça décape sévère avec un Luigi Grasso en tête qui se montre juste Enoooorme au baryton.
Ce hommage Mingus ne digresse pas, ne triche pas, ne réinvente pas Mingus mais joue tout simplement sa musique avec les tripes et le talent en bandoulière.
Totalement jouissif !
Jean-Marc Gelin

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16 juin 2018 6 16 /06 /juin /2018 18:57

 

Marjolaine Reymond (voix, électronique, compositions, arrangements), Bruno Angelini (piano, piano électrique), Denis Guivarc'h (saxophone alto), Olivier Lété (guitare basse), Christophe Lavergne (batterie), Régis Huby (premier violon), Clément Janinet (second violon), Guillaume Roy (alto), Marion Martineau (violoncelle), Julien Dubois , Christophe Monniot (arrangements)

Rochefort, 7-9 avril 2017

Cristal Records KPC2017 / Sony Music

 

La compositrice-chanteuse revient, toujours dans un registre inclassable, avec une œuvre très aboutie. Mêlant jazz, rock progressif, musiques électro acoustique et répétitive, poésie, théâtre et mythe de diverses époques, elle a construit un objet musical d'une absolue singularité, en forme de polyptyque à entrées multiples et détours labyrinthiques. Le quatuor à cordes dialogue avec l'électro-acoustique, la voix fait écho au saxophone, les poèmes d'Emily Brontë, Elizabeth Browning et Emily Dickinson s'insèrent dans un univers peuplé de mythes antiques, de bestiaires médiévaux et d'échappées futuristes. Difficile de décrire en détail ce paysage aussi maîtrisé que foisonnant. Une sorte de superproduction cinématographique, mais pour l'oreille. Les jeux rythmiques de la génération Steve Coleman (plusieurs de ses partenaires sont des orfèvres en la matière), les harmonies (avec ou sans les cordes) qui traversent toutes les métamorphoses du vingtième siècle, ce sens de la pulsation qui concilie le meilleur du jazz et du rock, bref ces libertés insolentes font de cet objet sonore à identités multiples une sorte d'art total tel que l'on s'est mis à le rêver, de façon totalement déraisonnable, depuis le milieu du dix-neuvième siècle. Ne cherchez pas l'étiquette qui conviendrait à cette chimère surgie d'un riche imaginaire musical : de la musique, rien que de la (très bonne) musique. Et si, cédant aux démons taxinomiques ou référentiels, j'avoue que son étrangeté me rappelle ce qui me ravissait chez Jacques Thollot à la fin des années 70, c'est juste pour exprimer le plaisir que j'ai eu à m'immerger dans cet outre-monde musical.

Xavier Prévost

 

Le groupe est en concert le 22 juin à Paris au Studio de l'Ermitage

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=kaWBelVjWdk

https://www.youtube.com/watch?v=sG5zwmUGndI

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7 juin 2018 4 07 /06 /juin /2018 14:59

 

Sébastien Texier (saxophone alto, clarinette), Christophe Marguet (batterie), Manu Codjia (guitare électrique), François Thuillier (tuba)

Rochefort, juillet 2017

Cristal Records CR 260 / Sony Music

 

Le disque a paru en avril, mais je l'ai gardé au chaud pour le chroniquer à l'approche du concert parisien de présentation, le 9 juin. Le deux co-leaders jouaient déjà ensemble, voici 25 ans, dans le trio du batteur (avec Olivier Sens à la contrebasse). Je garde un souvenir très vif de leur participation, victorieuse, avec ce trio, au Concours National de Jazz de La Défense en 1995. Depuis ils ont suivi leurs itinéraires singuliers, tout en se retrouvant régulièrement, y compris dans les groupes d'autres leaders. Leur connivence est maximale, et pour ces retrouvailles ils ont choisi deux fortes personnalités, pour lesquelles ils ont tissé un répertoire de compositions originales qui alternent strictement, sous la signature de l'un puis de l'autre, au fil du CD. Le choix de l'instrumentation (très inusitée) est déterminant : le tuba s'impose par ses fondations pulsatoires, mais aussi comme soliste par l'insigne virtuosité de François Thuillier ; et la guitare conjugue la richesse de ses harmonies avec les solos enflammés de Manu Codjia. C'est sensible dès la première plage, signée par le Christophe Marguet, dont le groove puissant n'érode pas le lyrisme, lequel ne craint pas le paroxysme. Le thème suivant, composé par Sébastien Texier en évocation de Cinecitta, fleure bon la mélodie transalpine, en s'offrant aussi la liberté d'une montée en tension des plus vives. La troisième plage, The Same But Different, paraît hantée par le fantôme de 'Round Midnight, avant de décoller en vertige rythmique. Et le voyage continue, entre des thèmes à la segmentation escarpée (Travellers, le bien nommé) et des mélodies sinueuses sur tempo pacifié (Peace Overtures), sans oublier le tremplin de voltige pour le tuba (Hurry Up) ou la guitare (Eddie H). D'un bout à l'autre, un très très bon disque bâti sur un répertoire totalement en phase avec les membres du groupe : une grande réussite.

Xavier Prévost

 

Le groupe est en concert à Paris le samedi 9 juin 2018 au Triton (Les Lilas, Seine-Saint-Denis)

 

Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=_xjlLmcJKLI


 

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7 juin 2018 4 07 /06 /juin /2018 11:22
JEAN BAPTISTE BERGER    PERSUASIVE

JEAN BAPTISTE BERGER

PERSUASIVE

Jazz Us / Inouïe Distribution

 

www.jeanbaptisteberger.com

Jamais titre n'a été mieux choisi pour tenter de définir la musique du saxophoniste Jean Baptiste Berger et de son quintet européen, avec des complices belges, luxembourgeois, italien, le leader se partageant aussi entre son Reims originaire et Avignon. Son travail s'est élaboré à partir du désir de travailler avec ces musiciens, frères de musiques et de pratiques, rencontrés lors de concerts ou de festivals, Lorenzo di Maïo (guitare ), Igor Gehenot (piano) qui a remporté les octaves 2018 en Belgique, Tommaso Montagnani (contrebasse) ou encore Jérôme Klein (batterie), complice du précédent CD, Cadillac Palace. Ils ont accroché au projet, compris et entendu sa musique, la faisant sonner de façon inespérée, s'insérant dans une forme où le collectif compte, une oeuvre ouverte à l'autre et à sa perception. L'enregistrement s'est alors fait au centre Césarée de Reims après trois jours de résidence. 

A la première écoute, dès l'ouverture "Black Pattern", la mélodie coule avec une belle fluidité, très accessible. Mais cela mérite d'y revenir, de réécouter pour découvrir que cette étrange familiarité joue un autre jeu, un double jeu. C'est une musique simple en apparence mais sans compromis dont les subtilités (accords, mesures impaires) ne se laissent pas découvrir immédiatement ; elle gagne alors en épaisseur au fur et à mesure des écoutes, traçant de subtiles variations. JB Berger définit sa "grille" au travers de pièces-signatures d'identité et de références/influences, sans se laisser enfermer pour autant par une étiquette précise. 

Il a passé quatre années d'affinage, en somme, à réfléchir pour mettre au point ce qu'il voulait faire entendre : toujours en recherche pour élaborer une musique écrite, construite pour chaque voix du quintet, travaillant sur les tessitures, sans privilégier pour autant les solos.  D'une structure rigoureuse, donnant l'impression d'une création continue, cette architecture de sept pièces, plutôt longues qui prennent le temps de se développer, construit un discours éloquent et cohérent. Un quintet "aux petits oignons" avec un pianiste subtil, au phrasé délié ( "Elbowdy") qui, jamais n'en fait trop, pas du genre effusif avec cascade de notes. Pas de contorsions ni de stridences free non plus du leader au ténor, qui se fond même par moment dans la rythmique, qui danse lentement sur cette "Pavane" évoluant du rêve au dialogue. S'élèvent ainsi des voix harmonisant la lisibilité de l'ensemble, d'où le groove (d'une rythmique essentielle, discrètement efficace) n'est jamais bien loin, comme dans ce "Romy et Lucien" de plus de dix minutes."Jackday" est une chanson pop, mélodie où résonne une guitare lyrique et retenue à la fois. Jamais trop exaltée, elle passe d'une transe rêveuse à de belles envolées sur " Le jardin des esprits" final, un jardin aux sentiers qui bifurquent, où guitare, sax ténor, piano sont d'une nerveuse élégance sans oublier de respirer.

Voilà une authentique déclaration d'amour au jazz à laquelle on ne restera pas insensible. Convaincant, on vous disait!

Sophie Chambon

 

 

 

 

 

 

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2 juin 2018 6 02 /06 /juin /2018 07:21

La France underground. 1965-1979. Free Jazz et Rock Pop. Le temps des utopies. Serge Loupien. Editions Rivages Rouge-Payot. 400 pages. 23 euros.

 


Observateur critique de la scène musicale trois bonnes décennies (1976-2007) à Libération, Serge Loupien se retourne sur son passé pour brosser la fresque d’une époque libertaire, forte en notes et en chocs de tous genres. Nous ne sommes pas là dans l’analyse historique et politique ciselée avec brio dans Free Jazz et Black Power par Philippe Carles et Jean-Louis Comolli (Editions Champ Libre. 1971). Ici le vécu est à l’honneur : le lecteur de la jeune génération découvrira la folle (et parfois orageuse) ambiance des concerts, festivals et autres happenings où bien dans l’esprit de mai 68, il était interdit d’interdire ; les anciens –au rang desquels l’auteur de ces lignes-retrouveront les émotions suscitées alors en France , pour se limiter arbitrairement à la jazzosphère, par les François Tusques (1), Michel Portal, Beb Guérin, François Jeanneau, Jean-Louis Chautemps, Bernard Lubat, Barney Wilen, Aldo Romano et autres Jef Gilson sans oublier les Frank Wright, Alan Silva, Byard Lancaster, Sunny Murray qui mettaient le feu à l’American Center for Students and Artists du boulevard Raspail. Serge Loupien témoigne de ce foisonnement sans frontières saisissant à Paris mais pas exclusivement les musiques improvisées, free jazz et rock, qui-ce qui pourrait paraître aujourd’hui incongru-partageaient la scène des festivals alternatifs comme Amougies, en Belgique ou Chateauvallon, à proximité de Toulon. Le reportage de Serge Loupien saisit par sa vivacité et sa richesse, tant par ses « choses vues » que par les témoignages souvent savoureux des acteurs de cette folle époque, Jean-Louis Chautemps, Jean-François Pauvros, François Tusques, (le regretté) Gérard Terronès, Didier Levallet… On sort bien secoué et enivré de la lecture de ces 400 pages, de cet ouvrage, qui dixit Serge Loupien, «  se revendique –mais n’est-ce pas son sujet qui l’exige ?-un rien agité et bordélique en mode bric-à -brac vide-grenier ». Un ouvrage de mémoire vivante à conseiller à tous les esprits ouverts et libres.
Jean-Louis Lemarchand
(1)Le sommaire cite pour chaque chapitre tous les acteurs de cette période des utopies, de Jack Berrocal à Jean-René Caussimon, Jean-Jacques Pussiau, Pierre Clementi, Jean-Paul Sartre ou Mouloudji (Marcel) qui produisit sur son label le disque « Free Jazz » de François Tusques (1966). 

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31 mai 2018 4 31 /05 /mai /2018 11:24
ICHIRO ONOE MIYABI

 

ICHIRO ONOE

MIYABI

Sortie le 7Juin Promise Land / Socadisc

Concert de présentation Jeudi 7 juin au Sunside Paris

Geoffrey Secco (saxophone)

Ludovic Allainmat (piano)

Matyas Szandai (contrebasse)

Ichiro Onoe (batterie)

 

Le japonais Miyabi peut se traduire en français par "raffinement", "élégance" : le ton est donné pour qualifier la musique du batteur japonais Ichiro Onoe qui vit depuis longtemps en France, à Paris.

Virtuosité et énergie réjouissantes, goût de la mélodie caractérisent ce musicien trop confidentiel dont les fûts sonnent et résonnent de façon mystérieuse, introduisant ce tour ou "twist" asiatique, cette façon inimitable d'utiliser par exemple les tambours traditionnels japonais dans la composition titre "Miyabi".

Amour et tradition d'un jazz pratiqué avec exigence, jamais réfuté (le bebop essentiellement) par un quartet fidèle, complice qui s'est déjà illustré dans le remarqué Wind Child. Avec un sens évident du jeu collectif, ce groupe offre une grande variété de nuances au sein des sept pièces qui touchent immédiatement tant cette musique reste accessible. Et pourtant la simplicité n'est qu'apparente. Des intonations mélancoliques du ténor (formidable) parcourent ce "Despite all", ballade que le martèlement audacieux du batteur zèbre d'élans lumineux. Les superpositions d'accords, les brisures rythmiques avec de soudains silences composent un chant profond et grave, inoubliable. Ichiro Onoe imprime aussi une "Life pulse" indispensable dans une musique qui advient, dans l'instant, balayant la nostalgie que pourraient installer les douces modulations, les irisations tendres du piano ("No regret"). Cet album éveille des souvenirs, tendant un miroir d'ombres insistantes, fulgurantes, une fenêtre ouverte sur les paysages intérieurs du leader.

 

Sophie Chambon

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28 mai 2018 1 28 /05 /mai /2018 18:30
FIDEL FOURNEYRON  ANIMAL

 

FIDEL FOURNEYRON

Animal

Fidel Fourneyron (trombone, compositions)

Joachim Florent (contrebasse), Sylvain Darrifourcq (batterie)

 

Sortie d'album le 25 mai sur ONJ Record /l'Autre Distribution

ONJ Fabric accompagne l'album ANIMAL

http://www.fidelfourneyron.fr/projet/animal/

 

Le tromboniste leader Fidel Fourneyron (actuel ONJ Benoît) aime jouer en trio, on se souvient de sa relecture brillante d' Un Poco Loco. Et avec sa formation, il place la barre haut, jamais à court d'idée pour illustrer son sujet, parvenant à rendre très lisible cette partition qui pourrait partir dans tous les sens. Haute tenue et teneur musicale pour ce programme qui n'est pas la visite guidée d'un zoo, mais se prête aux élucubrations dans huit pièces plutôt enlevées. C'est que le choix de la thématique justifie ces exercices de style, où les instruments, variant nuances et atmosphères, rendent toute la gamme ou presque de sonorités animales.

Ils ne sont que trois (trombone, contrebasse et batterie) mais ils constituent une véritable ménagerie en liberté, qui n'est pas de verre, croyez-moi. Fantaisie, imagination, humour au pouvoir pour célébrer nos amis les bêtes. Evidemment la tentation est grande de suivre le portrait musical de chaque animal ainsi illustré : si le "singe" de l'ouverture virevolte de liane en liane, le "chat" plus feutré, prêt à l'attaque, voudrait bien se jeter sur la "souris" qui s'est heureusement réfugiée plus loin dans le programme. Ce serait trop facile! La "fourmi", toujours industrieuse, tire sur des cordes (très africaines, une kora malienne?) et le chant de la "baleine" est le sonar qui la guide dans l'onde sous-marine. Le "bison" rumine ... Le trombone passe par tous les états, utilisant tous les registres possibles : du son le plus gouleyant à l'attaque la plus vibrante, sans oublier sforzando, glissando, vibrato, feulement, hoquètement. Fidel Fourneyron sait se lover dans la chair musicale de ces petites pièces sur mesure. Un vrai chant d'amour pour cet instrument si proche de la voix humaine.

A partir d'une idée de départ assez farfelue, le trio avance avec élégance et cohérence, avec jubilation même : l'exécution est précise, la mélodie toujours accessible, le rythme intense, le swing impressionnant jusqu'au "loup" final...L'album qui a la bonne longueur s'écoute d'un trait et on en redemande. Galvanisant!

 

Sophie Chambon

 

FIDEL FOURNEYRON  ANIMAL
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27 mai 2018 7 27 /05 /mai /2018 17:50

 

Deux jours en Arles, bravant les grèves de transports pour le plaisir de visiter encore ce beau festival, et cette belle ville. Le voyageur, en ces temps troublés, choisit d'être en avance pour avoir une petite chance d'arriver à l'heure, ce qui occasionne l'indispensable pause au bar du Train Bleu : le -très bon- café a pris plus de 9% depuis la dernière fois, et il avait déjà ces dernières années fait un bond de 10% : l'évolution du coût de la vie n'est pas la même à tous les comptoirs....).

Quoi qu'il en soit (comme on dit à l'Alcazar de Marseille), belle escapade. Et l'irremplaçable Nathalie Basson est venu me cueillir à la Gare TGV d'Avignon pour m'éviter les incertitudes de la fin de voyage. En Arles donc, comme je m'obstine à le dire, et à l'écrire, pour résister à l'horrible hiatus du 'à A....'.

24 mai, 16h

J'arrive à la Chapelle du Méjan (dont les suites de la Révolution Française avaient fait un entrepôt pour les toisons des moutons de race mérinos....). C'est, dans le giron d'Actes-Sud (qui occupe tout le secteur : librairie, cinéma, bar-restaurant, bureaux....), un beau lieu de concerts, et d'exposition. Dans ce dernier registre, c'est encore pour quelques jours une belle présentation des toiles du peintre coréen Kim Tschang-Yeul. Retrouvailles avec l'Ami Jean-Paul Ricard, l'autre animateur de ce festival. Le trio du guitariste Philippe Mouratoglou s'active pour la balance : Bruno Chevillon est à la contrebasse, et Ramon Lopez à la batterie, agrémentée de tablas (dont il est un fin connaisseur). Le groupe va fêter la sortie du tout récent «Univers-Solitude» (Vision Fugitive / l'autre distribution), et le concert va aussi comporter deux blues du disque «Steady Rollin' Man, Echoes of Robert Johnson» (même label), enregistré en 2012 avec Jean-Marc Foltz et Bruno Chevillon. 

24 mai, 20h30

Au concert la musique du trio, déjà très intense dans le CD chroniqué dans ces colonnes (suivre ce lien), va prendre encore de l'épaisseur. Le groupe n'a pas joué depuis l'enregistrement du disque en novembre dernier, et ces retrouvailles sont importantes : les échanges sont vifs, tendus et attentifs, la musique est là. Et cela se confirme avec les blues, en duo avec la basse. Philippe Mouratoglou est aussi un vrai chanteur, habité par son sujet. Quand le trio reprend ses droits, la musique va gagner encore en esprit d'aventure, car cet art-là s'éprend de liberté(s).

Le contrebassiste Luca Bulgarelli

25 mai, 16h

Les transports ferroviaires ont repris leur cours (presque) normal, mais les liaisons aériennes sont perturbées. Enrico Pieranunzi était à pied d'œuvre depuis la veille, André Ceccarelli et le contrebassiste Luca Bulgarelli le rejoignent, et tandis que le trio commence l'indispensable réglage de la sonorisation et des retours, le saxophoniste Seamus Blake (Canadien new-yorkais et désormais parisien) les rejoint : le quartette est au complet. Le saxophoniste a joué avec le pianiste à New-York (il y aurait même un inédit, en quintette, au Village Vanguard), le batteur est un habitué des trios du Maestro, et le bassiste a partagé avec Enrico quelques aventures transalpines. C'est la première étape d'une tournée européenne qui verra, ici ou là, des changements de batteur ou de bassiste.

25 mai, 18h30

Tandis que ses parents, la bassoniste Sophie Bernado et le saxophoniste-clarinettiste Hugues Mayot, procèdent à la répétition-balance du trio 'Ikui Doki' avec la harpiste Rafaëlle Rinaudo, la petite Alma (six mois) dort du sommeil du juste, avec sur les oreilles un casque anti-bruit qui veille jalousement sur sa quiétude.

25 mai, 20h30

L'heure du concert est venue pour 'Ikui Doki', l'un des groupes qui cette année ont reçu le label Jazz Migration, et parcourent à ce titre festivals, clubs et lieux de concerts. La musique est un subtil mélange de relectures, très très libres, de la musique française du début du vingtième siècle (Debussy....), et de compositions originales qui exploitent le potentiel de cette nomenclature instrumentale inédite. La harpe, électro-acoustique, dérive de la version celtique. On oscille en permanence entre un esprit chambriste et des foucades contemporaines et acérées, avec d'indiscutables références au jazz, mais aussi à Philip Glass, au rock, au free jazz, et à toutes les musiques du monde. La harpe s'aventure même parfois du côté de Jimi Hendrix ! Et cette première partie de soirée se conclut par un écho des rythmes de l'Afrique de l'Ouest, comme le jazz le fit si souvent depuis les années 60 (et même avant).

25 mai, 22h

Le quartette d'Enrico Pieranunzi va conclure la soirée. Le répertoire est largement emprunté aux disques publiés avec Donny McCaslin au sax. On entendra aussi des thèmes plus anciens, comme le blues Entropy, gravé en quartette et en 1980. L'émulation est forte : le pianiste mène la danse, mais il laisse beaucoup d'espaces d'expression à ses partenaires, tout en jouant avec le tempo et le rythme. Seamus Blake, au ténor tout au long du concert, fait merveille. Les échanges sont vifs et féconds, que ce soit avec la basse de Luca Bulgarelli ou la batterie d'André Ceccarelli. Sur un thème plus lent, et mélancolique, Flowering Stones (du disque «Stories», enregistré en 2011 avec Scott Colley et Antonio Sanchez), la tension va monter progressivement, et après un beau chorus de sax le solo d'Enrico Pieranunzi va parcourir toutes les facettes du piano dans le jazz moderne, le tout épicé de furia transalpine. Et jusqu'à la fin du concert la musique va s'offrir les libertés qu'autorise la passion, et qui va enflammer jusqu'à la ballade offerte en rappel : belle soirée décidément. Merci 'Jazz in Arles'.

Xavier Prévost

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