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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 20:22

Le pianiste Paul Lay a obtenu - par une large majorité (devant Cécile Mac Lorin Salvant et Andy Emler)- le prix Django Reinhardt décerné par l’Académie du Jazz au musicien français de l’année. Le trophée lui a été remis le 8 février au cours d’un grand concert organisé au Théâtre du Châtelet par la vénérable (et exigeante) institution qui célébrait ses 60 ans.

Prix Django Reinhardt en 2008 (récompense alors partagée avec Méderic Collignon), la saxophoniste alto Géraldine Laurent a reçu des mains du président de l’Académie François Lacharme le prix du disque français 2015 pour At Work (Gazebo-l’autre distribution).

Paul Lay, qui a offert un solo lumineux au large public (1600 spectateurs) du Châtelet, peut être entendu sur deux récents disques qui ont eu l’honneur de la critique des DNJ, At Work et Life on Mars (Moods-L’autre distribution) d’Eric Le Lann. Il avait déjà conquis les amateurs les plus éclairés avec Mikado, album publié en 2014 sous son nom pour le label Laborie.

La soirée de gala de l’Académie du Jazz aura permis de découvrir un octette (1)constitué uniquement de Prix Django Reinhardt- de René Urtreger (lauréat en 1961) à Airelle Besson, primée en 2014) qui a régalé le public avec un répertoire de standards des années 50-60 dont Django et un Milestones pris sur un tempo d’enfer.

En seconde partie, toute dédiée à Duke Ellington par le Duke Orchestra de Laurent Mignard, mention spéciale à John Surman (lauréat du prix du musicien européen de l’Académie 2015) pour son interprétation de Passion Flower et succès pour la gouailleuse version scattée de Take the A Train par Sanseverino. Prix Django Reinhardt 1966, Jean-Luc Ponty a confirmé avec deux titres qu’il fallait toujours compter sur lui parmi les légendes du violon.

Jean-Louis Lemarchand

  1. :René Urtreger, piano, Henri Texier, basse, Simon Goubert, batterie, Géraldine Laurent et Pierrick Pedron, saxophone alto, Stéphane Guillaume, saxophones ténor et soprano, Eric Le Lann et Airelle Besson, trompette.
@jean-louis Lemarchand
@jean-louis Lemarchand

PALMARÈS 2015

Prix Django Reinhardt (musicien français de l’année) :

PAUL LAY

Finalistes : Cécile McLorin Salvant, Andy Emler

Grand Prix de l’Académie du Jazz (meilleur disque de l’année) :

FRED HERSCH « SOLO » (Palmetto)

Finalistes : Stanley Cowell « Juneteenth » (Vision Fugitive/Harmonia Mundi), John Scofield « Past Present » (Impulse !/Universal), Ryan Truesdell/Gil Evans Project « Lines of Color » (ArtistShare)

Prix du Disque Français (meilleur disque enregistré par un musicien français) :

GÉRALDINE LAURENT « AT WORK » (Gazebo/L’Autre Distribution)

Finalistes : Eric Le Lann « Life on Mars » (Moods Recordings/L’Autre Distribution), André Villéger/Philippe Milanta « For Duke and Paul » (Camille Productions/Socadisc)

Prix du Musicien Européen (récompensé pour son œuvre ou son actualité récente) :

JOHN SURMAN

Finalistes : Samuel Blaser, Evan Parker

Prix de la Meilleure Réédition ou du Meilleur Inédit :

ERROLL GARNER « THE COMPLETE CONCERT BY THE SEA » (Columbia Legacy/Sony Music)

Finalistes : Daniel Richard pour son travail sur le coffret de Joe Castro « Lush Life » (Sunnyside/Naïve), Fred Thomas pour l’ensemble de ses rééditions sur son label Sam Records.

Prix du Jazz Classique :

ANDRÉ VILLÉGER/PHILIPPE MILANTA « FOR DUKE AND PAUL » (Camille Productions/Socadisc)

Finalistes : François Biensan Octet « Jazzin’Brassens » (Autoproduction), Michel Pastre Quintet « Memories of You » (Autoproduction)

Prix du Jazz Vocal :

CÉCILE McLORIN SALVANT « FOR ONE TO LOVE » (Mack Avenue/Harmonia Mundi)

Finalistes : Linx - Fresu - Wissels / Heartland « The Whistleblowers » (Bonsaï/Tŭk Music/Harmonia Mundi), Virginie Teychené « Encore » (Jazz Village/Harmonia Mundi)

Prix Soul :

TAD ROBINSON « DAY INTO NIGHT » (Severn/www.severnrecords.com)

Finalistes : Bettye LaVette « Worthy » (Cherry Red/www.cherryred.com), Mighty Sam McClain & Knut Reiersrud « Tears of the World » (ACT/Harmonia Mundi)

Prix Blues :

HARRISON KENNEDY « THIS IS FROM HERE » (Dixiefrog/Harmonia Mundi)

Finalistes : Shemekia Copeland « Outskirts of Love » (Alligator/Socadisc), Jackie Payne « I Saw the Blues » (Blue Dot/www.bluedotblues.com)

Prix du Livre de Jazz :

JULIA BLACKBURN « LADY IN SATIN » (Rivage Rouge/Payot)

Finalistes : Aldo Romano « Ne joue pas fort, joue loin » (Éditions des Équateurs), Richard Havers « Verve, le son de l’Amérique » (Éditions Textuel)

@jean-louis Lemarchand

@jean-louis Lemarchand

Paul Lay et Géraldine Laurent couronnés par l’Académie du Jazz
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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 10:53
RAN BLAKE : «  Chabrol noir »


Impluse 2016
Ran Blake (p), Ricky Ford (ts), Dominique Eade (vc)

Après l’hommage sublime que Ran Blake avait rendu il y a deux ans à la chanteuse Chris Connor, le pianiste américain nous revient aujourd’hui avec une autre dédicace, celle au cinéma de Claude Chabrol.
Intitulé « Chabrol Noir », c’est logiquement du côté de la force obscure du cinéaste que le pianiste va puiser son inspiration. Moins en marchant sur les traces de Pierre Jansen que sur le propre terrain du pianiste américain. Véritable maître de l’improvisation et du suspens, Ran Blake y tourne autour de cette musique avec des airs de story teller inspiré et introspectif. Car le jeu de Ran Blake qui se situe entre le silence et résonances, a toujours su ménager ses effets et provoquer l’attente.
Que la note grave du fond du clavier résonne lentement et c’est aussitôt un chapelet de triolets venu du haut du piano qui vient aussitôt alléger le propos, comme un personnage insouciant se promenant au milieu des ténèbres.
Ran Blake est un pianiste inquiet et soucieux. Tourmenté aussi. Et l’évocation de Chabrol s’écoute alors ici comme une sorte d’invocation de son fantôme, comme une lecture poétique personnelle et très sombre de l’oeuvre du cinéaste.
Ricky Ford avec le son de son ténor âpre et puissant vient sur quelques morceaux raconter une autre histoire Chabrolienne d’une manière plus Ellingtonienne.

Album envoutant comme le sont toujours les albums du pianiste, « Chabrol noir » est une magnifique oeuvre d’appropriation à la limite de l’intime, au coeur d’un processus créatif dense, et toujours émouvant.

Jean-Marc Gelin

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 09:01
MEDERIC COLLIGON  : «  MoOvies »

MEDERIC COLLIGON : « MoOvies »
Mederic Collignon ( cnt, vc), Emmanuel Harang (b), yvan Robillard (fder), Philippe Gleizes (dms), , ensemble Eutépé.
Just Looking 2016 - Dist. Harmonia Mundi


« De toutes façons c’était couru, il est un peu barré Méderic, non ? »

« Mais non, tu comprends pas. Médo c’est un comédien, un acteur de série B genre pantalon pat’ d’eph’, grosses ray ban et bagnoles genre Serpico,Manix, Starsky ou Bullitt. Alors tu penses, les thèmes de Lalo Schiffrin, de David Shire et de Quincy Jones, c’est carrément son truc. Sa came. Toute une époque j’te dis »

« Oui mais t’as vu ce qu’il en fait. Ecoute le thème de Money Runner. Son arrangement ça confine au génie. Fallait être couillu pour oser des trucs pareils. Ou alors, complètement barré, je le répète »

« T’as raison il assure avec ce truc genre « suite ». D’un côté il a l’air de respecter à mort les thèmes originaux et de l’autre il s’en empare pour les détourner façon puzzle »

« Comment ça ? »

« Ben un truc un peu hybride qui n’est pas vraiment du jazz et pas vraiment de la pop mais quand même un peu des deux. Un peu comme le fruit d’une touze ou King Crimson se retrouve dans le même pieu que Miles et les Floyds. Tu vois ce que je veux dire. Enfin bon le genre de plans qu’il aime »

« Oui, et aussi un gros gros travail sur le son »

« Oui mais pas que. Sur les arrangements aussi. Médo se transforme en vrai chef d’orchestre qui prend parfois des allures symphoniques. Et il ménage ses effets et le suspens des évolutions comme sur ce The Pellam's moving again blues. Cet album est ultra riche. Fucking rich album, comme dirait Harry ! Tiens d’ailleurs t’as qu’à te mettre au casque End title genre cigarette du flic vainqueur, tout cassé après la bagarre et déambulant dans les ruelles mouillées. Et il peut tout se permettre le Médo. Il joue du tambourin, il fait venir un ensemble de trompettes, le batteur joue de la guitare. Et tout cela fourmille de 20.000 petits trucs, de choses cachées, de revirement, de changements.
Et puis derrière t’as vu comme ça assure. C’est qui aux claviers ? »

« Yvan Robillard »

« Putain, comment il joue grave ! Encore un qu’est totalement parti, lui. Barré et génial »

« Yes , man ! Et Médo mine de rien. Lui chaque fois qu’il prend son biniou t’as l’impression qu’il déchire l’espace. Il y a du Miles dans son jeu mais aussi du Don Cherry ou encore parfois des trucs qui tranchent dans le vif comme chez les frères Markovic. Tu les connais ? »

« Oui. T’as raison il a carrément géré le Médo ! »

« Sauf parfois quand il chante. Il est là aussi génial. Quelle voix ! Mais ça serait bien qu’il a pose de temps en temps. Genre un peu moins trublion énervé. Médo a quand une belle chanson d'amoooouuuur »

« Moi je trouve ça terrible mais bon, chacun son truc. En tous cas dès qu’ils passent vers chez moi j’y vais ventre à terre. J’espère qu’ils y ajouteront le diffusion de quelques extraits »

« Carrement, moi aussi. Je louperai ça pour rien au monde. Médo je te le dis, si tu viens, j’annule tout ! »


Jean-marc Gelin

A écouter le 1er et 2 mars au Duc des Lombards et le 17 mars à Jazz à l’Etage à Rennes

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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 18:07
ARUÁN ORTIZ TRIO « Hidden Voices »

Aruán Ortiz (piano), Eric Revis (contrebasse), Gerald Cleaver (batterie) ; Arturo Stable & Enildo Rasúa (claves, sur une plage)

New York, 21 mars 2015

Intakt CD 258 / Orkhêstra

Le pianiste et compositeur cubain Aruán Ortiz s'est installé voici près de huit ans à Brooklyn, après un passage par l'Espagne. Il en avait profité pour enregistrer en trio pour le label catalan Fresh Sound (« Aruán Ortiz, Vol. 1 ». C'est donc le second CD en trio, après des enregistrements sous son nom en solo, en quartette, et une série de collaborations avec Steve Turre, Esperanza Spalding, le trompettiste Wallace Roney, et le frère d'icelui, le saxophoniste Antoine Roney. Plus encore que dans le précédent trio, le pianiste prend le parti résolu du jazz contemporain : cela commence entre cellule répétitive, sérialisme adouci et liberté tonale, une oreille vers Bartók et Stravinski, une autre vers Andrew Hill et Paul Bley, le tout avec une vraie pulsation de jazz, tendue, vibrante.... Aruán Ortiz signe une bonne part du répertoire, mais il fait aussi place à deux thèmes d'Ornette Coleman, condensés en une seule plage, et à Skippy, de Thelonious Monk, commué en un tourbillon d'improvisation ouverte. La circularité est l'un des ingrédients de ce disque, où les mouvements de rotation fonctionnent, à l'intérieur des improvisations, dans la construction des plages, et dans le mouvement même de l'ensemble du disque. Mais ces vortex (l'un des morceaux s'intitule Caribbean Vortex) n'engendrent nulle lassitude, car la variété des rebonds, des nuances, fait naître constamment de nouvelles sensations. Les sources cubaines ne sont pas absentes mais, comme les autres composantes, brassées dans des chaudrons inédits. Une impro collective, Joyful Noises, reflète aussi la joyeuse liberté qui s'empare du trio. On est ici en présence d'un pianiste qui, comme par exemple Vijay Iyer ou Craig Taborn (avec lesquels le batteur a joué), sait emmener le trio piano-basse-batterie vers un horizon rénové. À suivre donc, passionnément.

Xavier Prévost

Aruán Ortiz jouera en mars en Autriche, en Slovénie, aux Pays-Bas et en Belgique mais, à ma connaissance, pas en France....

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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 15:16
SHAULI EINAV QUARTET « Beam Me Up »

SHAULI EINAV QUARTET « Beam Me Up »

Shaui Einav (saxophones ténor & soprano), Paul Lay (piano, piano électrique), Florent Nisse (contrebasse), Gautier Garrigue (batterie), Pierre Durand (guitare, sur une plage)

Meudon, 4-5 juin 2015

Berthold Records BHT4730025 / DistrArt Musique

Le saxophoniste israélien, établi à Paris depuis quelques années, signe son quatrième disque, avec un quartette de choc : l'irremplaçable Paul Lay au piano, et un tandem rythmique de haut vol, qui est aussi celui du groupe Flash Pig : Florent Nisse à la contrebasse, et Gautier Garrigue à la batterie. Les trois premières plages empruntent aux Visions Fugitives de Prokofiev ses rythmes anguleux, ses dissonances, et quelques fragments mélodiques, pour les métamorphoser dans l'instant en un jazz d'audace et de vigueur. Le saxophone (le plus souvent ténor) mène la danse, s'évadant en volutes parfois rollinsiennes, mais le champ est souvent laissé, plus que libre, aux accompagnateurs, notamment au pianiste qui donne une fois encore l'indiscutable preuve de son art de sideman (car c'est un art singulier, même si Paul Lay brille aussi en leader avec ses propres groupes). Le thème titre de l'album, Beam Me Up, nous embarque, avec cette fois le piano électrique, dans un univers étrange et sinueux où chacun s'exprime richement dans le jeu collectif, par la magie de cette musique démocratique que l'on nomme jazz. Le disque paraît se conclure avec un quartette où la guitare de Pierre Durand a remplacé le piano : méandres encore, richement dessinés, sur des arpèges énigmatiques. Ce devrait être la fin, mais à 11'41'' de la plage 7, après presque huit minutes de silence numérique, surgit un cadeau, une plage fantôme, avec un standard, I Surrender Dear, qui paraît être un hommage indirect au saxophoniste Arnie Lawrence : en effet ce musicien new-yorkais (qui joua chez Duke Pearson, Chico Hamilton, Louie Bellson....) fut en Israël le professeur de Shauli Einav ; Arnie Lawrence avait été une sorte de disciple de Ben Webster, et cette interprétation du standard évoque une très belle version de Webster, en 1944, avec Johnny Guarnieri et Oscar Pettiford, sur un 78 tours Savoy. Bref le disque est une grande réussite, une œuvre riche et variée, où la marque de Shauli Einav se nourrit constamment du talent de ses partenaires, par la magie d'un jeu vraiment collectif.

Xavier Prévost

Le groupe est en concert le 5 février à Paris au Duc des Lombards

Un court extrait sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=9c-mk_pLd4k

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 17:14
MAURO GARGANO : «  Suite for Battling Siki »

Mauro Gargano (cb, compo), Jason Palmer (tp), Rucardo Izquierdo (ts,ss), Manu Codjia (g), Jeff Ballard (dms), Adama Adepoju (comédien : narration), Frederic Pierrot (comédien : narration)

Mauro Gargano, le plus français des contrebassistes italiens (installé dans l’Hexagone depuis près de 20 ans), a roulé sa bosse avec le gratin du jazz. On le connaît aux côtés de Riccardo Del Fra, de Christophe Marguet ou de Daniel Humair.

Mais ce que l’on sait moins c’est que Mauro Gargano n’a pas que la passion des cordes de sa contrebasse. Il a aussi celle du ring. Celle de la boxe (qu’il pratique) et de ses inombrables fighting heroes.

A l’instar d’un Miles Davis qui jadis consacrait un album à Jack Johnson, Mauro Gargano dédie ici son album en forme de suite presque ellingtonienne à Battling Siki, premier champion du monde africain de l’histoire de la boxe.

C’est donc en 6 rounds et autant de compositions signées du contrebassiste que Mauro Gargano nous amène dans une véritable suite au gré des villes ayant marquée la vie, la carrière et la fin tragique du boxeur assassiné à New-York. La musique y est séquencée de textes écrits par Gargano en forme de dialogues/monologues du boxeur et de son entraîneur et narrés par deux comédiens.

Avec une formation de très haute volée, Mauro Gargano nous embarque avec des compositions absolument superbes entre univers Shorteriens ( Amsterdam qui évoque beaucoup le fameux quintet de Miles) ou plus post hard bop. Il y a aussi des plages de pure improvisation comme celle, saignante de Jason Palmer sur Jumping with Siki qui sonne ici comme une sorte déambulation urbaine. Où encore des moments d’émotion poignante comme sur Dublin, ville s’il en est importante dans la vie du boxeur.

La musique est riche tout comme sont riches les inspirations et les sons, électriques ou acoustiques qui marquent cet album qui s’écoute un peu comme il se lirait. Réalsé avec autant de soin que d'âme il se révèle passionnant de force évocatrice. Les solistes se surpassent et apportent une rare intelligence de jeu très équilibré. Où Jason Palmer scintille, brille un peu comme le héros fracassé de ce roman biographique. Où Manu Codjia apporte aussi une vraie puissance dramatique. Et où Mauro Gargano, sans jamais chercher à se mettre en valeur y est absolument impérial, sorte gardien du temple, arbitre des limites du ring.

Une vraie réussite. Un hommage qui ne tombe jamais dans le cliché d’un jazz upercut mais qui semble au contraire approcher au plus près la complexité du personnage qu’il nous raconte.

Jean-Marc Gelin

A écouter les 25 et 26 Février au Sunside à Paris

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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 20:23
Maria  Laura Baccarini et Régis Huby : "Gaber, IO E LE COSE"

Gaber, IO E LE COSE

Abalone / L’autre Distribution

Textes et musiques : Giorgio Gaber et Sandro Luporini

Arrangements Régis Huby

Maria Laura Baccarini : voice

Régis Huby : Electroacoustic Tenor Violin, Electric Violin, Acoustic Violin & Effects

www.abaloneproductions.com

www.maud-subert-photographie.weebly.com

https://www.youtube.com/watch?v=lCN9o0i_T9k

https://www.youtube.com/watch?v=C96tAkQONvQ

Mon premier réflexe à l’écoute de cette voix que je connais et que j’aime, accompagnée simplement et pourtant sans facilité par un musicien tout seul, devenu homme-orchestre, metteur en scène, arrangeur, au violon, violon électrique et effets est de me laisser aller à la beauté de la musique, de la mélodie, de la « seule » musicalité des mots qui représentent les choses. Que sont ces « cose mentali » qui ont une autre signification pour celui qui réfléchit et s’engage?

Il existe une merveilleuse adéquation entre le sens et la forme du projet musical consacré au grand Giorgio Gaber, artiste connecté avec la culture française mais dont le talent ne s’est pas vraiment exporté. Giorgio Gaber, musicien, guitariste avait commencé dans la variété chic avec Adriano Celentano, tout en penchant vers le jazz. Comme souvent, vérité en deçà des Alpes...passe inaperçue au-delà, alors que nous sommes proches. Gaber défendait une certaine utopie, une vision du monde et de la société dans un langage intime, pas seulement beau et poétique mais fait de chair et de sang. Incarné. Les mots de Giorgio Gaber et de Sandro Luporini, son parolier, ami et compagnon d’écriture, expriment leurs « choses de la vie ». Un homme de gauche qui assumait des positions précises, sans jamais se laisser instrumentaliser, qui s’est fait critiquer pour cela sans doute. Sa génération a fait coexister un certain engagement, non dépourvu de légèreté. Il a commencé en jouant intelligemment de la variété, de façon subtile et ironique ; puis, il a changé de cap sous l’influence du Piccolo Teatro di Milano, a versé dans le Teatro Canzone.

La musique sert de mise en scène, soulignée par le travail considérable de Régis Huby. Avec un sens précieux des choses, il a su retrouver la mélodie épurée, l’esthétique simple de Gaber. La parole peut s’installer sur cette matière qui la sert. Car la méthode employée fut une relecture des textes par Maria Laura Baccarini, à haute voix, sans musique, qui n’est pas, du moins au départ, le fil conducteur de ce spectacle. ll fallait en faire autre chose, de ces mots, à partir d’une sélection courant sur une vaste production de plus de 30 ans.

De la voix, de la puissance, un cri qui ne heurte pas même quand elle hurle soudain « basta » dans « Il Luogo del Pensiero» où elle est accompagnée par des effets forts, vibrants, de pures merveilles électroniques. Je comprends bien qu’il s’agit d’une charge mais se pose la question de l’articulation entre musique et poésie : le rapport à une langue qui n’est pas maternelle, à la théâtralité d’une langue étrangère : sons et paroles, sons et sens, résonances ? Comment apprécier sans la magie du spectacle live, la richesse des textes réinventés, rejoués ainsi ?

Interprète, chanteuse autant que comédienne, Maria Laura Baccarini «préface» le spectacle, donnant les clés d’entrée pour comprendre le parcours de ce Gaber. Dans son écriture, il y a quelque chose de visionnaire comme dans le « Mi Fa Male Il Mondo ». Ce qui lui faisait mal, nous ne l’avons pas vu venir, entre autres ces désastreuses mutations de la finance. Quel sens de l’histoire ainsi racontée : « la fatigue de nos visages portant toutes ces blessures, marquées de toutes les batailles non livrées, la fatigue anticipée du visage de nos enfants, avec ce qu’ils ne vont pas trouver. »

Gaber était aussi un homme avec une sensibilité féminine qui savait analyser comment un homme et une femme « restent » ensemble pour suivre des codes fabriqués de toute pièce par la société. Dans « Il Dilemma», il est question d’une prison dans laquelle le couple s’enferme … les sentiments sont là, l’amour existe… mais rester ensemble toute une vie est «héroïque» : «il loro amore moriva come quello di tutti , come una cosa normale e ricorrente , perchè morire e far morire è un’antica usanza che suole aver la gente » soit « Leur amour mourait, comme meurt l’amour de tous... une chose normale et récurrente, car mourir et laisser mourir est coutumier chez les humains ».

Quelle beauté de cette langue italienne qui fait partie de mes racines bien que je ne la possède pas assez du moins, pour en comprendre toute la saveur. Rien des clichés, de ces « O » trop ouverts, dégueulant, qui m’ont un temps éloignéedes « canzonette », trop populaires. Paradoxal quand on aime l’opéra italien... on retrouve un peu de cette gouaille, de cette fureur théâtrale dans « l’Uomo Muore » : une mise en scène d’un rituel sauvage, scène apocalyptique où un réalisateur hystérique filme l’être humain que l’on brûle, avec un choeur antique et des percussions.

Alors il faut imaginer, se représenter la chanteuse dans sa blondeur-elle est tout sauf fragile, interpréter, avec sensibilité les chansons du Brel italien, qui donna sa version d’« i borghesi ». Gaber avait aussi d’autres références et son «Ingenuo» est par exemple un monologue inspiré des « Entretiens avec le professeur Y» de Céline. Quel vaste programme balayé par le répertoire de cet artiste.

Des cris de bête de scène rock dans le « Guardatemi Bene », une chanson des années quatre-vingt : l’histoire d’un jeune qui hurle sa colère, voulant attirer l’attention à tout prix. Il annonce qu’il est le miroir d’une «génération perdue» : «Regardez- vous, ce que vous êtes devenu». Mais quelle douceur sensuelle, irrésistible portée par un violon amoureux, dans la chanson suivante «L’illogica allegria». Seul, sur l’autoroute à l’aube, saisi soudain par la beauté du monde, accueillant un bonheur soudain, sans raison précise ( je n’y suis pour rien si ça arrive).

J’aime que Maria Laura Baccarini chante dans sa langue, même si elle maîtrise parfaitement l’américain de West Side Story (elle joua le rôle de mezzo soprano d’Anita), si elle aime et connaît parfaitement Stephen Sondheim. Je l’ai découvert pour ma part, dans La Nuit américaine, à l’Opéra Comique, un spectacle hommage de Lambert Wilson. Sans oublier la version personnelle de la chanteuse des « evergreen » de Cole Porter dans Furrow. A Cole Porter Songbook. Ou All around, le conte musical de Yann Apperry, la plupart de ses projets étant portés par son compagnon, l’arrangeur et violoniste Régis Huby.

Voilà un nouveau spectacle, fort et authentique, qui s’inscrit dans notre présent troublé. Alors, mon conseil, n’hésitez pas une seconde, s’il passe près de chez vous. Et programmateurs des scènes de musiques actuelles, n’oubliez pas ce projet réussi qui porte avec un recul de « pays éloigné », un regard des plus vifs sur notre quotidien.

Sophie Chambon

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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 15:46
JOCE MIENNIEL « Tilt »

Joce Mienniel (flûte, synthétiseur analogique, composition, direction), Guillaume Magne (guitare), Vincent Lafont (piano électrique), Sébastien Brun (batterie, traitements électroniques).

Paris, 9-11 février 2015

Drugstore Malone DM005 / www.drugstoremalone.com

L'amateur chenu (mais pas encore cacochyme) se souvient forcément que « Tilt » c'était, en 1957, le titre du premier disque en leader de Barney Wilen, qui allait avoir 20 ans quelques semaines après l'enregistrement. Pourquoi en parler à propos du disque de Joce Mienniel ? Parce qu'il y a chez l'un et l'autre cet humour pince-sans-rire, cette réserve chaleureuse, cette curiosité et ce goût prospectif qui font transgresser les frontières musicales. Mais quand le saxophoniste Barney Wilen était un faux dilettante très doué qui se fiait à son intuition musicale, Joce Mienniel a développé son don de flûtiste jusqu'au sommet de l'excellence académique, pour mieux s'en libérer ensuite ; et sa liberté se lit dans la pluralité de ses collaborations : multiples avec Sylvain Rifflet, récurrentes avec Jean-Marie Machado et l'O.N.J. de Daniel Yvinec, ponctuelles avec Jean Jacques Birgé, sans parler de ses participations aux univers de la chanson et de l'image. Mais toujours la curiosité et la passion dominent. Avec ce disque, le flûtiste cultive plus encore son goût pour les pas de côté : à la flûte (ou plutôt aux diverses flûtes) il adjoint le synthétiseur analogique, son autre passion musicale, pour élaborer un paysage musical aussi riche qu'inattendu. Le discours promotionnel qui accompagne l'objet met l'accent sur la citation de Cormac McCarthy (« Un noir à se crever le tympan à force d'écouter ») imprimée sur la pochette du CD, évoquant aussi l'outrenoir cher à Pierre Soulages ; et sur la prégnance des sonorités urbaines dans le langage musical employé. Pourtant on peut entendre aussi une autre musique, faite de grands espaces désolés, où la guitare de Guillaume Magne rappelle les étendues quasi désertiques magnifiées par Sergio Leone ou Wim Wenders, avec une longue réverbération « à l'ancienne » que ne désavouerait pas Marc Ribot dans ses moments nostalgiques.... La palette sonore du flûtiste paraît sans limite (un instant, on croirait entendre un shakuachi), et la construction de l'ensemble, en forme de suite à multiples tiroirs, force l'admiration par sa cohérence musicale autant que conceptuelle (et sans chercher lequel des multiples sens du mot tilt dans la langue anglaise oriente ce projet artistique....). Au confluent d'une foule d'univers musicaux, cette musique captive, au sens propre du terme, avec une liberté qui la relie, quoi qu'on en dise, au jazz.

Xavier Prévost

Le groupe est en concert le 27 janvier 2016 au Périscope de Lyon, le 28 au Fil de Saint-Étienne, et sera le 24 mars à la Dynamo de Pantin pour le festival Banlieues Bleues

Un avant-ouïr sur Youtube :

https://www.youtube.com/watch?v=CTZnpqTDr50

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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 20:51
FRANCK WOESTE : «  Pocket rhapsody »

ACT 2016

Franck Woeste ( p, fder, Org, bass synth), Ben Monder (g), Justin Brown (dms), Ibrahim Maalouf (tp), Youn Sun Nah (vc), Sarah Nemtanu (vl), Gregoire Korniluk (cello)

Il y a dans ce nouvel album du pianiste allemand la marque d'une grande diversité. Celui qui vit en France et que l'on sait élevé au biberon de la musique dite « classique » et des orgues des grands compositeurs allemands, celui que l'on jurerait élevé à l'école du rigorisme protestant et qui affiche en apparence des airs de gendre idéal s'est plongé avec délice depuis plusieurs années dans un jazz de bad boys parfois bien déjanté notamment aux côtés de Mederic Collignon (Jus de bosc).

Cet album, c'est justement le reflet d'une personnalité musicale aussi riche qu'ambivalente. Entre jazz électrique, musique de chambre et ambiant jazz, Franck Woeste navigue entre l'acoustique et le fender. Il se fait ici moins soliste que formidable arrangeur, directeur artistique et compositeur. A quand Franck Woeste pour Big band !

Des compagnons de route et stars du label passent la porte du studio et viennent en ami prêter main forte. Ibrahim Maaalouf emporte avec lui quelques beaux moments paroxystiques comme sur un "Moving Light" incandescent alors que la chanteuse Youn Sun Nah laisse planer un univers plus mystérieux et mélancolique sur "Star gazer ".

Mais si l'album est superbement arrangé on a parfois l'impression de perdre le pianiste qui dirige plus qu’il ne joue. On en est un peu frustrés. N'empêche, chacune de ses interventions est absolument précieuse et lumineuse. Où fusionnent un certain clacissime et un sens du groove terrible (Terlingua) mais toujours intelliogemment et sans esbrouffe.

Parfois il se fait très americain (on pense à Bill Frisell) sur Pocket Rhapsody avec un Ben Monder étonnant de grâce. Franck Woeste a aussi l'intelligence d'ajouter parfois quelques cordes et de venir au clavier accompagner en surimpression. Franchement classieux ! Et puis c’est tout autre chose lorsque, après une intro apaisée se déclenchent des foudres noires sur un Nouakchott sombre porte par les déchirures d’Ibrahim Maalouf et les bombardements guerriers de guitare presque hendrixiennes de Ben Monder conçu comme une vrai suite.

Aux côtés de Franck Woeste, une impressionnante rythmique avec un Justin Brown qui, depuis que nous l’avions entendu aux côtés d’Ambrose Akinmusire s’avère comme l’un des véritables petits génie de la batterie.

Débordant, cet album dit beaucoup. Tout simplement luxuriant !

Jean-Marc Gelin

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 14:48
SURNATURAL ORCHESTRA « Ronde »

SURNATURAL ORCHESTRA : Izidor Leitinger (trompette, direction musicale), Antoine Berjeaut (trompette, bugle), Guillaume Dutrieux (trompette, bugle, mellophone), Julien Rousseau (trompette, bugle, saxhorn baryton, mellophone), Hanno Baumfelder & François Roche Juarez (trombones), Judith Wekstein (trombone basse), Cléa Torales (flûte), Fanny Menegoz (flûte & piccolo), Baptiste Bouquin (saxophone alto, clarinette), Robin Fincker (saxophone ténor, clarinette), Nicolas Stephan (saxophone ténor, voix) , Jeannot Salvatori (saxophone alto), Fabrice Theuillon (saxophone baryton, effets électroniques), Adrien Amey (saxophones alto et soprano), Laurent Géhant (soubassophone, synthé basse), Boris Boublil (orgue, synthé, guitare), Sylvain Lemêtre (percussions), Antonin Leymarie (batterie), Emmanuel Penfeunteun (batterie sur une plage), Ferry Heijne (voix ou guitare sur 3 plages)

Villetaneuse, septembre 2015

Collectif Surnatural / Absilone

Inclassable par nature, par choix, par revendication même, le Surnatural Orchestra récidive avec un objet insolite qui, déjà, sort des sentiers battus par sa forme : après la boîte en carton de « Sans tête » (avec livrets de texte et arts graphiques), et le livret cartonné en technicolor de « Profondo Rosso », voici l'emboîtage boisé de « Ronde », comme une ode à la matière qui résiste à la dématérialisation de la musique. Ferry Heijne, leader du groupe néerlandais De Kift, et Izidor Leitinger, trompettiste nouvellement recruté, et musicien rompu à tous les univers artistiques, sont venus apporter un regard extérieur sur ce collectif turbulent, et créatif ; et Camille Sauvage poursuit sa contribution visuelle à l'orchestre (il existe d'ailleurs une version en double vinyle avec une pochette créée par la graphiste). La musique est fidèle aux directions du collectif, qui conjugue son attachement aux sources que sont les musiques populaires, sources captées, canalisées et magnifiées, dans la simplicité festive comme dans l'élaboration virtuose. Le répertoire, composé par différents membres du groupe, possède l'homogénéité et la cohérence que confère l'engagement dans l'esprit collectif. Ici un groove puissant sur une mesure composée, avec de l'espace pour les solistes, nuancés, inspirés.... avant un tutti qui ravive chez l'auditeur chenu le souvenir des belles ambiances des orchestres de Carla Bley ou de Mingus. Plus loin une musique à grand spectacle, assumée et maîtrisée, qui fera place ensuite à une plage plus abstraite, où la voix trouvera son emploi dans un registre inclassable, qui fut naguère celui, par exemple, d'Escalator over the hill (on connaît des références plus ingrates....). Liberté des solistes (flûte, bugle, sax alto....) dans une autre pièce qui se conclura dans une harmonie solennelle et sans doute un peu ironique (Carla Bley, encore?). Puis une valse de chevaux de bois qui croiserait l'univers des musiques répétitives, avant une conclusion riche d'harmonies peaufinées et de free rock : réussite indiscutable pour ce nouveau répertoire. N'étant personnellement pas très en phase avec le surnaturel, je conclurai en disant que la singularité de ce collectif le rend.... extra-ordinaire.

Xavier Prévost

Le Surnatural Orchestra est en concert à Paris, au Carreau du Temple, dans le cadre de la « Jazz Fabric » de l'O.N.J., les mercredi 20 & jeudi 21 janvier 2016

Quelques aspects sur Facebook

https://www.facebook.com/SurnaturalOrchestra/app/245407692273853/

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