Das Kapital Kind of Red
Hasse Poulsen/ Edward Perraud /Daniel Erdmann
Label bleu/ L’Autre distribution www.label-bleu.com www.das-kapital.com
www.youtube.com/watch?v=uMSXqxrtx20
Quatrième album de ce trio européen atypique créé en 2002, formé d’un guitariste danois, d’un batteur nantais et d’un saxophoniste allemand. Si leurs deux premiers albums étaient consacrés aux compositions de ce musicien au parcours extraordinaire et pourtant peu connu, Hans Eisler, exilé à Hollywood avant de revenir à l’Est (créateur de l’hymne national), ils s’abandonnent à présent à leur propre partition, des chansons sans parole d’une grande beauté. Une musique toujours toujours aussi énergique grâce à la batterie de Perraud, à la gestuelle si visuelle, donc photogénique, lyrique en diable avec les saxophones ténor et soprano de Daniel Erdmann, et la guitare maîtresse de Hasse Poulsen. La lutte n’est donc pas finie et cette fois, elle se pare de compositions originales d’un triangle plutôt équilatéral, un « power trio » qui ne respecte pas l’arrangement habituel de guitare/basse/batterie. Le choc n’en est pas moins fort ! Ça commence directement par un rock amplement électrifié, ce « Webstern » de Perraud, figure d’un ouest parodique et actualisé? Poulsen est loin des gratouillis de ce Sound Kitchen dans lequel je l’avais découvert ... Ça continue aussi prestement sur «Iris » le deuxième titre du batteur qui est le troisième en fait, explosant en tempête de cordes, propulsé par une batterie d’une violence douce. Puis Erdmann prend la main, nous rassurant vaguement « au milieu il y a encore de la place », une ambiance différente...est-il plus en retrait sur cet album avec seulement deux compositions de son cru ? Ecoutez- le donc dans ce titre nitzschéen, «Jenseits von Gut und Böse» qui taraude l’esprit, tant la recherche est lancinante,progressive. Un accord en demi-teinte intimiste et quand même un peu rebelle avec l’arrière-pays brossé largement par un batteur qui ne tient pas en place. Cet album semble une parfaite illustration d’un cinéma virtuel qui se projette dans votre tête : trois voix, souvent irréelles, se répondent dans ce «How long, so low » aux sonorités travaillées ou dans «Just like that » par exemple. Un volet plus onirique incite les musiciens à une improvisation complice, où la guitare écraserait bien le ténor. Ce serait sans compter les effleurements, la construction ascendante de Poulsen, intégrant avec bonheur tous les imprévus d’une musique souple mais invasive, constamment sous tension jusqu’au final intense, déchirant.... On ne comprend pas toujours comment fonctionne ce mix de folk/jazz/ rock. Qu’importe ! L’album conserve une unité, une dimension originale et poétique, une inquiétude qui vous trouble et transporte dans cette sorte de rouge....qui imprime un certain bleu à l’âme.
Sophie Chambon

