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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 09:53
HENRI TEXIER « Sky Dancers »

Sébastien Texier (saxophone alto, clarinette alto, clarinette), François Corneloup (saxophone baryton), Nguyên Lê (guitare), Armel Dupas (piano, piano électrique), Henri Texier (contrebasse, composition), Louis Moutin (batterie)

Amiens, septembre 2015

Label Bleu LBLC6720 / L'Autre Distribution

Henri Texier a retrouvé en septembre dernier le studio Gil Evans de la Maison de la Culture d'Amiens, lieu pour lui coutumier en raison d'un fidèle compagnonnage avec Label Bleu ; un studio récemment rénové après une longue période d'inactivité. Le groupe respire l'intimité et la familiarité : il est construit autour du Hope Quartet , rejoint par deux musiciens que le contrebassiste apprécie tout particulièrement : le guitariste Nguyên Lê, et son univers de lyrisme et d'expressivité inimitables ; et le jeune pianiste Armel Dupas, qui conjugue magnifiquement maîtrise instrumentale, et profonde musicalité, avec une fougue qui fait merveille. Le groupe parfois se subdivise : ici le quartette originel, sans piano ni guitare ; ailleurs un quintette avec piano. Mais toujours l'exacte pertinence de l'effectif, en adéquation avec l'esprit et l'énergie du thème choisi. Beaucoup de compositions inspirées par les Amérindiens chers au cœur du contrebassiste, et souvent évoqués dans des albums précédents. Le répertoire est nouveau, élaboré au cours des concerts qui ont succédé au disque précédent. Le musique est souvent vive, d'un engagement rythmique profond, sans pour autant négliger le chant : Henri Texier excelle dans l'art de jouer le jazz au plein sens du terme (swing, cursivité, goût de l'aventure...) en conservant l'esprit des musiques populaires d'Europe et d'ailleurs. Ça commence sur un tempo vif, par un échange entre le piano électrique et la batterie, et le premier thème est exactement dans l'esprit évoqué à la phrase précédente. Le baryton prend sa liberté, tout en inflexions et relances ; l'alto le rejoint, d'un lyrisme torride, avant que le piano poursuive la course, en décontraction savante, pour construire la dramaturgie du solo. Puis vient la contrebasse du boss, plein jazz, mais libre, et la batterie enfin vient confirmer la tension rythmique, et la vitalité qui toujours doit prévaloir : un scénario familier, celui du jazz qui, comme la mer du Cimetière marin de Paul Valéry, est toujours recommencé … mais aussi, quand le vent se lève, il s'anime « Rompez, vagues ! Rompez d'eaux réjouies... ». Et tout le disque est à l'avenant de cet élan vital : dans un thème écrit en hommage à Paul Motian, joué en quartette sans piano, chaque saxophone répond au solo de l'autre d'un contrechant lointain ; dans Hopi, en quartette sans les sax, commencé tempo di jazz, la densité des échanges s'installe, sans violence, et la musique pourtant vibre de mille frissons.

Dans Comanche, la fureur expressive reprend ses droits, et ça déménage sérieusement ; et dans Paco Atao, à la mémoire du percussionniste martiniquais Paco Charlery, le recueillement reprend ses droits, dans une mélodie solennelle où clarinette et contrebasse portent un rythme de marche funèbre. Ainsi va ce nouveau disque concocté par Henri Texier : de l'expression la plus vive à l'émoi le plus tendre ; grande cuvée, assurément !

Xavier Prévost

« Sky Dancers » sera sur scène la 4 mars 2016 à la Maison de la Culture d'Amiens pour les 30 ans de Label Bleu. La veille Henri Texier aura carte blanche avec quelques compagnons de route, dont Michel Portal et Bojan Z.

« Sky Dancers » jouera également le 6 mai à Coutances pour Jazz sous les pommiers

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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 20:50
LOGAN RICHARDSON : «  Slow »

Blue Note 2016

Logan Richardson (as), Pat Metheny (g), Jason Moran (p), Harish Raghavan (cb), Nasheet Waits (dms).

Attention, chef d'oeuvre !

Quelle claque !

Cela faisait bien longtemps que nous n'avions pas entendu un album que nous n'hésitons pas un seul instant à qualifier d'Oeuvre tant on sait d'emblée qu'elle fera date dans la carrière du musicien.

Il y a un an, alors que nous déjeunions tous les deux dans un petit restaurant non loin du Sunside, il m'avait parlé de ce projet et de ce formidable line-up. Tout en me pinçant j'avais un peu de mal à croire que Pat Metheny allait accepter ainsi d'intervenir en sideman sous le nom d'un jeune saxophoniste.

Et ce n'est pas là le moindre des exploits que de voir Logan Richardson aligner le guitariste du Missouri aux côtés de ce fabuleux all-stars. Et si parfois le name dropping donne des résultats qui ne dépassent pas l'effet d'annonce, ici c'est carrément l'inverse. C'est comme si la réunion de ces génies du jazz les avait amené à (re) découvrir la pierre philosophale. A se transcender.

Alors c'est tempétueux. Comme sur Creeper où Logan laisse son monde totalement

abasourdi par un solo d'anthologie sur lequel Metheny embraye le pas avec autant de feu que de flamme. A eux cinq ils font parler la poudre. Grand moment lunaire aussi sur Locked out of heaven où les espaces s'étirent en un moment de profonde nostalgie émouvante.

Et puis au travers des magnifiques compositions il y a de l'épaisseur et une réelle intensité dramatique tout au long de cet album. Ils tutoient le ciel. Il faut écouter la puissance de cette machine en marche qui explose sous le lyrisme de Metheny et de Logan. L'entente fusionnelle de ces deux-là y est admirable et si powerful. Il faut aussi écouter le jeu de Logan sur Alone. Absolument renversant. Quel son et quel phrasé ! Album superlatif s'il en est.

Rien qu'à l'ouverture avec Slow où cette intensité est portée à son plus haut point dramatique. C'est si fort qu'on en reste au bord des larmes. Et ça continue avec Imagine où la fusion est totale entre le son de Logan et celui de Metheny tous les deux arrivés à une sorte de summit sublime. Prenant !

On pourrait passer en revue les morceaux de cet album où chaque chef d'oeuvre succède à celui qui le précède.

Grosse claque nous vous disions.

Immense moment de jazz qui ne pourra pas vous laisser de marbre. D'ores et déjà inscrit dans les albums qui marqueront au moins l’année à venir et bien au delà.

Slow est un sommet d'intensité à la puissance quasi mystique.

Un choc.

Jean-Marc Gelin

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 19:10
JOACHIM FLORENT « After Science »

Joachim Florent (contrebasse solo & électronique)

Couffoulens (Aude), avril 2014 & Le Mans

Coax Records COAX029JOA1 / www.collectifcoax.com

L'exercice du solo de contrebasse est assurément périlleux, et pourtant Joachim Florent s'en tire à merveille. Ces plages, enregistrées au Théâtre dans les vignes de Couffollens, dans l'Aude, et à la Collégiale St Pierre la Cour du Mans (où le musicien avait joué en mai 2012) recèlent une diversité d'inspirations et de pratiques qui forcent le respect, et même l'admiration. Entre solo absolu, très acoustique, et solo démultiplié par les machines en un large spectre de sonorités mêlées, c'est une déclinaison des horizons possibles de l'instrument. En une trentaine de minutes, le contrebassiste parcourt des univers sonores et esthétiques parfois insoupçonnables (et en tout cas largement insoupçonnés). Une psalmodie suggérée par le souvenir du chant d'un muezzin va conduire, par développements successifs, à une large spectre de résonances presque polyphoniques. Une mise en boucle de pizzicati va créer un espace répétitif riche en variations, hypnotique et vivant tout à la fois. Ensuite un son très acoustique, largement réverbéré (l'électronique ? L'abbatiale du Mans ? L'une et l'autre à la fois?) va produire une brève marche majestueuse, où la mélodie porte en elle l'exacte perception de l'harmonie. Puis l'électronique reprend ses droits, à coup d'échos et de traitements, effet wah-wah, riches harmoniques, jusqu'à ce que le son acoustique établisse sur cet empire technologique et furtif toute sa majesté. Vient ensuite une partita virtuose que l'on jurerait de violoncelle, puis un jeu de percussions qui faite parler les cordes et le bois de l'instrument. Peu après, ce serait presque une viole de gambe élisabéthaine, avant de glisser de nouveau vers l'univers contemporain. Plus loin encore, l'électronique transforme l'instrument en une sorte d'orgue futuriste pour concert sous-marin, et conclusif. Cette laborieuse tentative de description de l'objet, ou d'épuisement d'un réel insaisissable, a pour seul but de donner l'envie d'en savoir plus en écoutant la musique (voir le lien en bas de page). Ce que suggère le titre, c'est peut-être que, lorsque la science musicale et le savoir instrumental sont conquis, maîtrisés, puis sublimés, un au-delà est atteint, qui ressemblerait à l'enfance de l'Art.

Xavier Prévost

Lien vers la musique du CD :

http://collectifcoax.bandcamp.com/album/after-science-joachim-florent

Joachim Florent jouera en solo à Rennes, le 25 février 2016, à la Maison de la Grève

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 09:32
CHARLES LLOYD & THE MARVELS « I Long to See You »

Charles Lloyd (saxophone ténor, flûte alto), Bill Frisell (guitare) , Greg Leisz (pedal steel guitar), Reuben Rogers (contrebasse), Eric Harland( batterie)

Invités : Willie Nelson (voix), Norah Jones (voix)

Santa Barbara, 27-28 avril 2015

Blue Note 0602547652577 / Universal

Deuxième Cd pour Blue Note de Charles Lloyd, depuis son retour dans le giron de l'historique label. Après « Wild Man Dance », publié l'an dernier avec un groupe différent, le saxophoniste-flûtiste conserve le binôme basse-batterie qui l'accompagnait voici peu d'années, et s'adjoint un tandem guitaristique de haute atmosphère : Bill Frisell, et son compère Greg Leisz, lequel avec sa pedal steel guitar apporte indiscutablement une couleur qui oriente l'ensemble de l'album. Frisell est évidemment déterminant dans ce dispositif, qui nous entraîne vers les grands espaces du Sud-Ouest états-unien, avec la mélancolie attachée à ces paysages sonores. Car ici l'image crépusculaire et l'étendue des espaces semblent prévaloir. Le répertoire emprunte à l'univers pacifiste (Dylan, entre autres, avec une reprise instrumentale de Masters Of War ; et Last Night I Had the Strangest Dream de Ed McCurdy, ici chanté par l'inoxydable Willie Nelson). Il y a aussi des thèmes traditionnels, aux effluves d'Espagne, d'Amérique profonde ou de prière bouddhistes, et une surprenante reprise de You Are So Beautiful (naguère immortalisé par Joe Cocker) dans la voix de Norah Jones, totalement au diapason de cette ambiance diaphane. En prime, Charles Lloyd offre aux nostalgiques de son début de carrière une nouvelle version de Sombrero Sam, par lui gravé en 1966 aux côtés de Keith Jarrett, Cecil McBee & Jack DeJohnette pour l'album « Dream Weaver » chez Atlantic ; ainsi qu'une belle version, à la flûte alto, de Of Course, Of Course, enregistré l'année précédente avec Gabor Szabo, Ron Carter et Tony Willams pour Columbia. En somme, c'est un bon album, homogène et très bien produit, mais qui ne surpasse pas, quoi que l'on ait pu en dire ici ou là, les publications ECM de la période précédente.

Xavier Prévost

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21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 19:15
WATCHDOG « You're Welcome »

Anne Quillier (piano, piano électrique, synthétiseur analogique, composition)

Pierre Horckmans (clarinette, clarinette basse, effets électroniques, composition)

Bourgoin Jallieu, juin 2015

Label Pince Oreilles / www.collectifpinceoreilles.com

Un duo, démultiplié par la pluralité des instruments de chacun et chacune. Ils avaient convaincu dans le sextette de la pianiste, qui jouait ses propres compositions, et dans le trio Blast. Les revoici, dans l'apparent dépouillement d'un binôme instrumental où il faut décupler les énergies et la présence pour occuper l'espace musical. Et ils y parviennent, sans coup férir. Volutes de clarinette et sons mystérieux sur ostinato de piano Fender Rhodes, relayé par des lignes improvisées sur le piano acoustique : dès l'abord, l'intérêt s'impose, et ne faiblit pas au cours de la première pièce, joliment scénarisée, et même dramatisée. Des slaps de clarinette basse engagent la suivante, tandis que la petite clarinette s'égare dans l'aigu, sur un piano obstiné et rythmique, avant que le piano acoustique ne s'aventure dans une ligne anguleuse, soutenu dans la magie du multi-piste par le piano électrique. Et le parcours se poursuit sur la plage suivante, qui donne au duo son nom. Les pièces sont concises, la forme maîtrisée, les choix musicaux ambitieux, et pourtant la musique respire une liberté réjouissante. Ici ce sera, après une introduction électronique rythmée par la clarinette basse, un interlude mélodiquement sinueux, et plus tard un danse exotique, mi-habanera, mi-mambo. On hésitera plus loin entre la valse et le rythme afro-cubain, mais toujours le propos musical est dense, tendu, requérant. L'invention improvisée est au rendez-vous, l'expressivité aussi, et le CD nous conduit, de plage en plage, au terme d'un parcours d'une trentaine de minutes : suffisamment pour goûter la richesse et le talent de ce duo, qu'il convient de découvrir d'urgence.

Xavier Prévost

Le duo Watchdog jouera le 25 février 2016 au Cassiton, Auberge de Rosset-Longchaumois (Jura) ; le 10 avril au Rex de Toulouse ; le 27 avril au Siman Jazz Cub de Bordeaux ; et en juillet au festival « Jazz à Vienne »

Extrait de la musique, pour un avant-ouïr :

https://labelpinceoreilles.bandcamp.com/track/watchdog

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20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 19:30
Stephane TSAPIS : «  Border line »

Cristal 2016 - Dist. Harmonia Mundi
Stephane Tsapis (p, Compos), Marc Buronfosse (cb), Arnaud Biscay (dms)

Il y a plusieurs années nous avions été émus par l’album du pianiste grec, "Kamaiki" qui aujourd’hui nous semble d’une actualité encore plus brûlante dans ce qu’il racontait de l’histoire des migrants grecs après la guerre (http://www.lesdnj.com/article-kaimaki-mataora-106690805.html) Il y avait alors une vision quasi prophétique qui résonne aujourd’hui avec force.
Aujourd’hui c’est encore le sujet des frontières qui semble obséder le pianiste qui continue de naviguer, tel Ulysse entre plusieurs univers musicaux qui forment ses racines, sa culture. Profondément grec mais aussi profondément ancré dans la culture française. Toujours entre deux.
Le pianiste , professeur de création musicale pour l’image au Conservatoire de la ville de Paris a cette force évocatrice des sentiments. On l’avait trouvé dans Kaimaiki, on la retrouve ici.
Ici en trio, Stephane Tsapis met du sentiment, met son coeur à l’ouvrage. Met son coeur sur une table où l’on trouve posés pêle-mêle poésie, chants traditionnels ( Macédoniens -Patrounino ou d’Asie Mineure - Giorgitsa), blues gras (To praktorio, border blues) nappes électriques un peu plus rock. Le pianiste y créé des climats et surtout respire fort son envie de vivre, de dire et de danser aussi.
Border line comme il l’explique dans ses liner cela veut aussi être à la limite de tout. A la limite de soi même. il y donc comme un voyage introspectif ( Fièvres) dans lequel on suit le pianiste.
Encore peu trop peu connu en France , Stephane Tsapis mérite que l’on parle de lui.
Ce qu’il dit est rare et précieux.
Une totale réussite qui confirme le chemin très personnel de cet artiste.
Jean-Marc Gelin

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 19:20
West Coast Jazz

Alain Tercinet. 384 pages. 18 euros. Collection Eupalinos. Ed. Parenthèses.

Ce n’est pas qu’une réédition d’un ouvrage de référence publié voici 30 ans. West Coast Jazz, signé d’un des plus fins connaisseurs du jazz, Alain Tercinet, s’est enrichi. L’auteur a ainsi retravaillé les rapports du jazz et du classique, apporté une opinion plus favorable sur Stan Kenton, insisté sur le rôle de Shelly Manne et évalué les relations entre West Coast Jazz et Bossa Nova. Cette remise en forme s’est également traduite par une actualisation en analysant l’effacement de la West Coast dans les années 60-70 et son retour sur les scènes dans les années 90 d’anciens glorieux comme Bud Shank, Zoot Sims, Jimmy Giuffre, Chico Hamilton ( période traitée dans un chapitre justement dénommé « A l’ouest du nouveau »).

« Le plaisir que nous donnent toujours, il faut l’avouer, les disques qui furent gravés à Hollywood, Los Angeles ou San Francisco dans les années mille neuf cent cinquante a constitué le ressort de ce livre », précise (confesse ?) dans sa préface, Alain Tercinet, auteur de nombreuses anthologies et également chez le même éditeur de « Parker’s Mood ».

Depuis la première édition de 1986, analyse Alain Tercinet, la vision que l’on avait du Jazzz West Coast a évolué. Force est de remarquer que dans le grand public, le jazz distillé en Californie à cette époque post seconde guerre mondiale était considéré comme une simple réponse, cool, au be-bop ardent proposé à New York. Une écoute attentive de la production généreuse de ces années 50, révèle que les jazzmen de la Côte Ouest partageaient « ce goût de l’étude et le désir de civiliser le jazz ». Dans des registres souvent différents-petites ou grandes formations, musique de films, compositions tendant vers la « grande »musique (celle de Bach mais aussi de Bartok ou Milhaud…) ils exprimaient une certaine forme de décontraction, un goût de l’esthétisme, une retenue, de la joliesse. Plus qu’une forme de décontraction, un art de vivre et de penser le jazz, source de bonheur et d’épanouissement. Une somme (près de 400 pages) à fortement conseiller, où la rigueur des informations ne nuit pas à la qualité du style et donc au plaisir de la lecture.

Jean-Louis Lemarchand

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 18:06
DIDIER PETIT / LUCIA RECIO / EDWARD PERRAUD « Anthropique »

Didier Petit (viloncelle & voix), Lucia Recio (voix), Edward Perraud (batterie)

Missery, 20-22 septembre 2014

In Situ IS 246 / Orkhêstra

Sous-titré « Sur les routes de Bourgogne », cet insolite objet musical, sonore et photographique, retrace très subjectivement le périple des trois improvisateurs, de l'Yonne à la Saône-et-Loire en passant par la Nièvre et la Côte d'or. Ils ont rencontré des artisans, croisé des chemins, humé les sentiers et parcouru les routes, en quête d'impressions, qui se traduisent en musique (du trio), textes (Didier Petit, assisté de Hoël Germain) et photos (Edward Perraud). Quatre livrets texto-photographiques retracent le périple, de Vézelay à Chalon-sur-Saône, disent les rencontres avec les artistes et les artisans, et offrent un accès (possible parmi d'autres) aux musiques d'un CD divisé en quatre mouvements et 14 plages. Le tout respire une indicible liberté, ouvre un vagabondage, et retrace une aventure humaine, une aventure minuscule, comme les vies du même nom, là où se concentre le plus fort de l'humanité qui nous est donnée en partage. D'improvisations en reprises (Gainsbourg, les Doors, Billie Holiday -en espagnol et en anglais-, Baudelaire et un traditionnel espagnol), la musique suit un très libre cours, les textes parlent de la vie, de l'action de l'artisan sur le matériau, de la présence au monde et à sa nature. Très élaboré pourtant, cet objet est comme une œuvre de salubrité mentale et artistique, une œuvre totale qui n'a pas besoin de Bayreuth pour éclore : juste une route, une chemin, un sentier, des rencontres, des sensations, des sentiments, et des êtres humains pour les éprouver. Alors, si l'on aime la vie, et l'art d'aimer la vie, on se précipite sur l'objet, en remettant à plus tard toute tentative de définition ou de taxinomie !

Xavier Prévost

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 17:33
LES INCENDIAIRES

Olivier Bost (trombone), Guillaume Grenard (trompettes, euphonium), Éric Vagnon (saxophone baryton)

Invités : Jean-Paul Autin (saxophone sopranino), Jean-Luc Cappozzo (trompette), Alfred Spirli (batterie, percussions & objets divers)

Saint-Fons, juin 2015 & Brignais, juillet 2015

Arfi AM 061 / L'Autre distribution

Trois musiciens s'étaient retrouvés en 2013 dans un quintette pour l'un de ces ciné-spectacles dont l'Arfi (Association à la recherche d'un folklore imaginaire) a le secret. Et ces trois-là, inspirés par l'instrumentation de l'inimitable Trio Apollo (le regretté Alain Gibert, avec Jean-Luc Cappozzo & Jean-Paul Autin), vont se rassembler sous la bannière des Incendiaires, au motif que leur aînés avaient allumé la mèche qui enflamme leur passion musicale. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si, parmi les invités du disque, on retrouve les deux tiers d'Apollo. La musique est dans l'esprit de l'Arfi, au sens le plus exact, et donc le plus largement inclusif : ici les clivages coutumiers (savant / populaire, écrit / improvisé, sérieux / ludique....) sont brassés avec un ardeur joyeuse, et passés à la moulinette d'une convivialité exemplaire. Solistes expressifs, polyphonie jubilatoire, folie et chaleur communicatives, tout y est. Le jazz (tendance Mingus-Carla Bley, et plus si affinités) s'est assurément penché sur le berceau du groupe, mais la musique regarde aussi vers l'ailleurs, vers des lignes de fuite que l'on n'en finirait pas de poursuivre si l'on croyait aux chimères... et l'on y croit. Les titres, pleins d'humour et de fantaisie, donnent le ton : sans se prendre au sérieux, on fait sérieusement de la musique, avec la légèreté qui convient, et avec cœur (c'est important !). Ça groove, ça balance et ça emporte ; ça chante aussi, en mélodies bien fatales ou en éclats d'improvisations extrêmes : bref on est bien en territoire d'Arfi, et c'est justement ce qui nous réjouit. Et quand les invités s'y mettent, la réjouissance est à son comble, le chatoiement à son paroxysme, et l'on voit mal ce qui pourrait éteindre ce joyeux incendie, excepté la coda du dernier morceau.... et le dernier mot de cette furtive chronique.

Xavier Prévost

La plupart des musiciens de ce disque se retrouvera au sein de La Marmite Infernale pour le concert-spectacle Les hommes... maintenant ! , le jeudi 18 février à 20h à Paris, au Carreau du Temple

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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 18:16
SARAH MURCIA « Never Mind the Future »

Sarah Murcia (contrebasse, voix, synthétiseur analogique, arrangements), MarkTompkins (voix), Franck Vaillant (batterie), Olivier Py (saxophones ténor et soprano), Benoït Delbecq (piano), Gilles Coronado (guitare)

Villetaneuse, mai 2015

Ayler Records AYLCD-149 / www.ayler.com

Lorsque j'ai entendu ce groupe (le trio Caroline, augmenté d'invités pour cette occurrence), au festival Sons d'hiver 2015, j'étais resté sur ma faim, et pour tout dire perplexe. Le disque qui survient balaie cette relative déception initiale. Il faut du culot (et même une part d'inconscience) pour concevoir un tel projet : reprendre tous les titres du premier album des Sex Pistols, « Never Mind the Bollocks » (en ajoutant My Way , emprunté à l'album « The Great Rock'n'Roll Swindle »), pour les passer à la moulinette de la créativité musicale. Et il m'a fallu me remettre les Sex Pistols dans les oreilles car, en 1977, j'écoutais plutôt Martial Solal (« Nothing but piano »), Miles Davis (« Bitches Brew », déjà un classique , ou « Agartha », plus récent), Ornette Coleman « Dancing in your head »), Sam Rivers, Le Globe Unity, le Workshop de Lyon, Soft Machine, ou dans un autre registre Patti Smith ou The Stooges.... Le disque commence avec No Feelings, dans une version qui subvertit la violence originelle en « soleil noir de la mélancolie ». Le titre suivant, God Save the Queen, ne perd rien de son impact initial, mais dans une production vraiment plus soignée. Et au fil du disque, on s'aperçoit que la rusticité revendiquée de la musique punk est sublimée en un univers musical d'abstraction et d'étrangeté, qui évoquerait plutôt John Greaves, Carla Bley, Peter Blegvad ou Lou Reed. Un envol de piano free ici, une escapade de saxophone là, ailleurs une guitare délibérément excessive ; et puis un solo de contrebasse d'une grande sensualité, des voix qui, par une sorte de futurisme désincarné, redonnent son poids au texte : tout cela contribue à dessiner un nouvel objet, pertinent dans sa référence comme dans son désir d'autonomie à l'égard de sa source. Et le thème conclusif, My Way, donné en version instrumentale sans la rage parodique des Sex Pistols, mais avec ce qu'il faut d'emphase pour risquer un brin d'ironie, donne tout son sens à ce projet insolite, un peu fou, et abouti dans cette folie même.

Xavier Prévost

Le groupe jouera le mercredi 17 février à 20h à Paris, à la Maison de la poésie.

Le groupe dans God Save the Queen au festival Sons d'hiver 2015

https://vimeo.com/120672477

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