Sébastien Texier (saxophone alto, clarinette alto, clarinette), François Corneloup (saxophone baryton), Nguyên Lê (guitare), Armel Dupas (piano, piano électrique), Henri Texier (contrebasse, composition), Louis Moutin (batterie)
Amiens, septembre 2015
Label Bleu LBLC6720 / L'Autre Distribution
Henri Texier a retrouvé en septembre dernier le studio Gil Evans de la Maison de la Culture d'Amiens, lieu pour lui coutumier en raison d'un fidèle compagnonnage avec Label Bleu ; un studio récemment rénové après une longue période d'inactivité. Le groupe respire l'intimité et la familiarité : il est construit autour du Hope Quartet , rejoint par deux musiciens que le contrebassiste apprécie tout particulièrement : le guitariste Nguyên Lê, et son univers de lyrisme et d'expressivité inimitables ; et le jeune pianiste Armel Dupas, qui conjugue magnifiquement maîtrise instrumentale, et profonde musicalité, avec une fougue qui fait merveille. Le groupe parfois se subdivise : ici le quartette originel, sans piano ni guitare ; ailleurs un quintette avec piano. Mais toujours l'exacte pertinence de l'effectif, en adéquation avec l'esprit et l'énergie du thème choisi. Beaucoup de compositions inspirées par les Amérindiens chers au cœur du contrebassiste, et souvent évoqués dans des albums précédents. Le répertoire est nouveau, élaboré au cours des concerts qui ont succédé au disque précédent. Le musique est souvent vive, d'un engagement rythmique profond, sans pour autant négliger le chant : Henri Texier excelle dans l'art de jouer le jazz au plein sens du terme (swing, cursivité, goût de l'aventure...) en conservant l'esprit des musiques populaires d'Europe et d'ailleurs. Ça commence sur un tempo vif, par un échange entre le piano électrique et la batterie, et le premier thème est exactement dans l'esprit évoqué à la phrase précédente. Le baryton prend sa liberté, tout en inflexions et relances ; l'alto le rejoint, d'un lyrisme torride, avant que le piano poursuive la course, en décontraction savante, pour construire la dramaturgie du solo. Puis vient la contrebasse du boss, plein jazz, mais libre, et la batterie enfin vient confirmer la tension rythmique, et la vitalité qui toujours doit prévaloir : un scénario familier, celui du jazz qui, comme la mer du Cimetière marin de Paul Valéry, est toujours recommencé … mais aussi, quand le vent se lève, il s'anime « Rompez, vagues ! Rompez d'eaux réjouies... ». Et tout le disque est à l'avenant de cet élan vital : dans un thème écrit en hommage à Paul Motian, joué en quartette sans piano, chaque saxophone répond au solo de l'autre d'un contrechant lointain ; dans Hopi, en quartette sans les sax, commencé tempo di jazz, la densité des échanges s'installe, sans violence, et la musique pourtant vibre de mille frissons.
Dans Comanche, la fureur expressive reprend ses droits, et ça déménage sérieusement ; et dans Paco Atao, à la mémoire du percussionniste martiniquais Paco Charlery, le recueillement reprend ses droits, dans une mélodie solennelle où clarinette et contrebasse portent un rythme de marche funèbre. Ainsi va ce nouveau disque concocté par Henri Texier : de l'expression la plus vive à l'émoi le plus tendre ; grande cuvée, assurément !
Xavier Prévost
« Sky Dancers » sera sur scène la 4 mars 2016 à la Maison de la Culture d'Amiens pour les 30 ans de Label Bleu. La veille Henri Texier aura carte blanche avec quelques compagnons de route, dont Michel Portal et Bojan Z.
« Sky Dancers » jouera également le 6 mai à Coutances pour Jazz sous les pommiers

