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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 23:06

 

TZADIK 2012

Guillaume Perret (sax), Philippe Bussonet (b), Yoann Serra (dm), Jim Grandcamp (g), Mederic Collignon (cnt, vc), Sir Alice (vc)

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 Voilà bien un OVNI qui surgit sur la scène du jazz hexagonal ! Enfin pas si hexagonal que cela puisque, pour son premier album, ce jeune saxophoniste de 32 ans à peine est pris sous son aile par le label Tzadik, rien moins que le label de John Zorn. Excusez du peu ! Et lorsque l'on sait le niveau d'exigence du génial New-yorkais, on ne s'étonne pas de ce qui va suivre. Car, ny allons pas par quatre chemin cet album est un véritable choc au plexus !

Guillaume Perret a a déjà eu, malgré son jeune âge loccasion de multiplier les collaborations en tous genre ( Le Bocal, Miles Okasaki et Damion Reid, Sangoma Everett, Linley Marthe, Falvio Boltro etc...) ainsi que les expériences transfrontalières à travers le monde. Et son premier album est le fruit dun travail de près de deux ans quil a eu loccasion de peaufiner au cours de multiples résidences.

L'esthétique relève ici bien sûr de l'univers zornien, notamment celui de Painkiller ou de Nirvana, dont Guillaume Perret se garde bien pour autant de n'en livrer qu'une caricature. Le saxophoniste nous bouscule, nous convoque au choc esthétique sur le registre fantasmatique des fables antiques. On est dans une mythologie imaginaire, un voyage d'Ulysse revisité. Emotions terrifiantes sorties dont on ne sait quel enfer. Guillaume Perret n'hésite pas et taille dans les chairs. Et si les avant-propos peuvent sembler légers (voire l'intro de Kakoum) c'est oublier qu'une forme de démence est prête a surgir et à disparaitre aussitôt, laissant l'auditeur totalement désarçonné.

Des arrangements à couper le souffle mettent en évidence la force de ce groupe concentré avec intelligence sur l'expressivité de la musique, sur sa théâtralité. Chacun porte une part de la dramaturgie. Et l'on serait bien en peine de parler de chacun des musiciens isolement tant l'oeuvre est collective.

A la différence de Zorn, Guillaume Perret ajoute au jazz et à l'heavy metal, un composante techno (Lego) qui apporte aussi une autre forme de modernité hallucinée. On peut être un peu agacés par Ethiopic Vertigo,sorte de référence acculturèe aux ethiopiques devenant une sorte de tarte à la crème dans le jazz actuel. Mais lorsque Guillaume Perret revient à ses fondamentaux (Circé, Thème pour le rivage des morts, Massacra),  on reste scotchés par l'assimilation des codes zorniens et par cette capacité du groupe "Electric Epic" à créer un imaginaire et à construire une scène presque sensorielle.

7 titres seulement pour un album d'une densité exceptionnelle. Rentrer dans cet expérience unique est en soit une aventure aux émotions palpables. Un choc absolu garanti.

Jean-Marc Gelin 

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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 08:58

 

Naim Jazz 2012

Jim Barr (b), Clive deamer ( dm), Pete Judge (t), Jacke McMurchie (saxs), Tobert Wyatt (vc sur un titre), Adrian Utley (g), clair Hiles (p), Richard Barnard ( p.arr)

 

 

 

Get The Blessing, le groupe anglais de Bristol commence à se faire un nom dans l’univers du jazz. On en parle comme l’un des emblèmes du jazz d’Albion qui serait révélateur d’un certain savoir-faire de cette musique d’Outre Manche puisant ses ingrédients dans le jazz, le rock ou le pop climax. On en parle donc beaucoup, à tort ou à raison et l’on admettra qu’il y a certainement matière à débat. Et le marketing un peu lourd et franchement agaçant n’y est pas pour rien qui martèle le nom du groupe comme l’émanation de Clive Deamer et Jim Barr respectivement batteur et bassiste du groupe mythique de trip hop, Portishead. Ce qui serait censé donner l’onction sacrée, gage d’une modernité dans le monde du jazz.
On pourrait ainsi s’arrêter à cet argument de vente si l’on oubliait qu’au-delà de cette figure imposée elle révèle une réalité :  force est de constater en effet que ces deux-là son bel et ben la pièce maîtresse de ce groupe qui portent sur le plan rythmique un son nouveau, un peu inattendu sur la scène du jazz.  Deamer et Barr sont bien la pierre angulaire sur laquelle se construit une nouvelle esthétique post-rock-jazzy.

On a parfois le sentiment que cette recherche esthétique, voire un peu esthétisante, traduit une certaine linéarité dans les compositions et dans le jeu voire une certaine monotonie à l’écoute. Et ce n’est pas forcément la voix de Robert Wyatt sur American Mecano qui viendra rompre cette langueur qui pourrait s’en dégager lorsque l’on porte une attention distraite à l’album. En revanche une écoute plus attentive révèle des petits bijoux comme cet Adagio in Wot Minorou Torque ou encore le titre éponyme, OCDC qui nous fait entrer dans l’esthétique du groupe pop de Bristol. Écouter sur ce titre par exemple le gros travail de Jim Barr à la basse. On y entend aussi quelques influences des Ethiopiques sur Pentopia, références un peu tarte à la crème des nouveaux groupes de rock-jazz depuis que Jim Jarmush s’était fait le porte voix de Mulatu Astatke dans « Broken flower ».

D’accord aussi pour admettre que cela manque parfois de fond de jeu et ceux qui s’attendraient à des prouesses de solistes chorusant comme des dieux en seront pour leur frais.

Mais admettons que ce jeune groupe ouvre des voies, des portes séduisantes pour un jazz en mouvement.

D’abord un peu sceptique, croyant à un groupe un peu surfait tel que je l’avais préjugé, je suis petit à petit entré dans l’univers de Get The Blessing jusqu’à finalement être totalement convaincu. Peut être manque t-il simplement à ce groupe un peu d’esprit « jazz » dans le lâcher prise pour qu’au delà de l’esthétique il puisse s’ouvrir largement les portes du live.

C’est ce que nous verrons le 4 mai au Sunset. Pour ma part j’en serai avec les oreilles esbaudies de celui qui a véritablement le sentiment de découvrir. Ce qui en soi est déjà fondamental.

Jean-Marc Gelin

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 Retrouvez la précédente chronique de Bugs in Amber

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 13:57

 

Jean Marc Padovani Philippe Léogé musiques

Enzo Cormann textes

Production La grande ritournelle/Soleart productions

 film-noir.jpg

Comme le cinéma et le jazz ont un long compagnonnage, le film noir était tout indiqué pour inspirer les musiciens de jazz. Son époque, pourtant révolue, n’en finit pas d’exercer sa fascination. C’est un poème jazz qui est mis en musique par le saxophoniste Jean Marc Padovani et le pianiste Philippe Léogé sur les textes dits par leur auteur Enzo Cormann. Un scénario de jazz en images parlantes et sonnantes pour quartet instrumental (Maxime Delpierre à la contrebasse et Pierre Pollet à la batterie). Projet intéressant qui trahit un amour intense pour les romans policiers de la série noire et les films de gangsters des années trente. Les metteurs en scène Fritz Lang, John Houston, Billy Wilder, Howard Hawkes, et les « script doctors » de l’époque dans « les mines de sel » hollywoodiennes de Faulkner sont évidemment convoqués ( Raymond Chandler, David Goodis, William Irish (la sirène du Mississipi), Horace Mc Coy...) Le cinéma, le roman noir et le jazz s’enrichissent de leurs techniques respectives : atmosphère sombre, oppressante, érotisme, voix off, dialogues rythmés, syncopés...

Cet album n’est pas une énième variation  sur les musiques de films de Miklos Rozsa, Dimitri Tiomkin et leur arrangement jazz, ni la recréation inspirée de Stephan Oliva  « Film Noir », ou son hommage très personnel « After Noir » avec des portraits de Robert Ryan, Ida Lupino. Sur le même thème, c’est un spectacle complet de théâtre musical, la littérature mise en musique... Le livret, parfait, donne à suivre tout le travail du poète Enzo Cormann : ses références nombreuses se croisent dans le labyrinthe des mots et des souvenirs, des évocations de films, de livres aussi, d’auteurs allant de Shakespeare à Pavese. Il insère citations, dialogues de films, où The Big Heatrevient souvent, tant ce règlement de comptes est l’un des films de la période américaine de Fritz Lang parmi les plus saisissants. Les prisons regorgent d’idiots qui se demandent pourquoi ils y sont. Tous ces titres nous parlent, ils arrivent même dans la dernière pièce à tricoter un texte qui tient la route. Les références sont précises, Truffaut et Godard sont convoqués pour leur fascination envers l’univers de Goodis ou Irish : «Je rencontre François Truffaut au détour d’un rêve, lui demande s’il connaît  l’adresse d’Alfred Hitchcock : Demande là donc au plus con des suisses pro chinois».

Si le spectacle est fait pour être vu, à l’écoute du seul disque, on y est déjà, tant la musique, véritable B.O du film, s’adapte aux changements de décors, à chaque nouvelle composition. La pièce est mise en scène par Cormann qui se démène comme un beau diable, fait plusieurs voix, avec un indéniable sens du rythme : diction précise, voix posée, phrasé très jazz assurément. Il est l’un des musiciens du groupe, à part entière. C’est là le plus bluffant car il ne chante pas, fredonne juste une fois vers la fin, entre Salvador, Vian, Nougaro. Étonnant histrion qui anime son poème, juste ce qu’il faut pour que ses vers libres sonnent et raisonnent. Son texte doit être lu, ce n’est pas une logorrhée novarinienne, mais une transcription dans notre langue de l’atmosphère propre au genre. La musique est parfaite, assez discrète pour ne pas couvrir et détourner du sens : il faut que l‘on suive et comprenne le français, les mots. Elle est là, agissant dans l’ombre, se collant parfaitement à la peau du texte. Ainsi surgissent les élans saisissants, déchirants du saxophone d’un Jean Marc Padovani très coltranien en somme  dans « Death will come ».

Pour nostalgiques évidemment, dingues de cinoche, fondus au noir du jazz, la seule musique véritable de cette époque. Les autres regarderont, écouteront en se disant que ça leur rappelle quelque chose,  tant ces images sont imprimées dans l’inconscient collectif. Le film noir et la musique qui s’y rattache est le reflet le plus fidèle d’une réalité sulfureuse et marginale qui nous fascinera toujours.

Sophie Chambon

 

 

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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 14:41


« Une soirée au violon ». C’est avec ce titre-humoristique comme souvent- d’une composition de Martial Solal que le concert de Jean-Luc Ponty au Châtelet a été introduit par le maître de cérémonie, François Lacharme, par ailleurs président de l’Académie du Jazz.
Une boutade à double sens ! Jamais le violoniste n’avait pu s’exprimer à Paris dans une telle configuration, une sorte d’hommage en deux temps, avec grand orchestre symphonique et en petites formations ; jamais non plus il n’était apparu plus libre de ses mouvements, suscitant ce 11 avril une ovation finale de spectateurs debout.
Exilé volontaire aux Etats-Unis au début des années 70, Jean-Luc Ponty, fan de jazz-rock, avait déjà l’été passé marqué les esprits par une  prestation virevoltante à l’Olympia au sein du groupe Return to Forever. Neuf mois plus tard, c’est le violoniste acoustique, plus classique, qui avait les honneurs  du théâtre du Châtelet.
Pour commencer, l’ex premier prix de violon du conservatoire de Paris a retrouvé ses marques avec l’orchestre symphonique Pasdeloup visiblement en état de grâce derrière  un tel soliste, le public enfreignant même les règles du concert classique en interrompant un morceau par ses applaudissements. Par ses échanges avec le pianiste, Ponty  a fait mentir Maurice Ravel qui n’hésitait pas à qualifier le piano et le violon d’instruments « essentiellement incompatibles » (cité dans Piano ma non solo. Jean-Pierre Thiollet. Anagramme Editions. Avril 2012).

 

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  Photo : Jean-Louis Lemarchand


En seconde partie, l’ex « petit prince du violon » a confirmé de brillante manière son sens de l’improvisation et du rythme en compagnie de jazzmen « purs et durs ». Au sein tout d’abord d’un trio à cordes constitué pour l’occasion avec le contrebassiste Stanley Clarke, vieux complice, impérial, et le guitariste Biréli Lagrène, le « bleu » de la formation, très concentré. Un nouveau trio qui tournait à la perfection se mettant en valeur spécialement sur deux compositions de Stanley Clarke « Song for John », en souvenir à Coltrane, et « Renaissance ».
Le même Stanley Clarke, après un hommage à la vedette de la soirée («  trésor national » du jazz français et référence du violon jazz dans les dictionnaires américains), rejoignit ensuite le trio historique violon-batterie-orgue de la fin des années, reconstitué pour l’occasion, H(Humair)-L(Louiss)-P(Ponty). Alors, ces retrouvailles entre Jean-Luc, Daniel et Eddy, donnèrent lieu à l’interprétation de standards conduits tambour battant comme dans les « bœufs » d’après-minuit. Une soirée unique qui mériterait une traduction enregistrée.

Jean-Louis Lemarchand   

 

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 07:13

 

Le jazz manouche était à l’honneur mardi 10 avril avec la remise par Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, des insignes de chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres à Boulou et Elios Ferré, Biréli Lagrène, et Thomas Dutronc.

 

Guitaristes vouant une grande admiration à Django Reinhardt, les frères Ferré et Bireli Lagrène perpétuent avec talent la grande tradition du jazz manouche. Chanteur à succès, le fils de Jacques Dutronc fit ses classes auprès de Biréli Lagrène avant de conquérir le public avec l’album « comme un manouche sans guitare ».

 

Les quatre musiciens décorés se retrouveront au 33 ème festival  Django Reinhardt à Samois (Seine-et-Marne) du 27 juin au 1er juillet prochain. Le génial gitan (1910-1953) fera de nouveau l’actualité avec une exposition organisée cet automne à la Cité de la Musique qui donnera lieu également à des nombreux concerts du 3 au 9 octobre, dont Django Drom spectacle porté par Tony Gatlif et Didier Lockwood.

 

Jean-Louis Lemarchand

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 17:07

 

 inetrantional-jazz-day.jpg

« Langage universel de liberté et de créativité », « symbole d’unité et de paix », le jazz fait l’objet d’une Journée mondiale organisée par l’UNESCO qui se tient le 27 avril au siège de l’organisation, à Paris, et le 30 avril simultanément à la Nouvelle-Orléans, son berceau, et New-York, son lieu majeur d’activité.

 

Pour la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, « la proclamation de la Journée Internationale du Jazz vise à réunir des communautés, des écoles et d’autres groupes dans le monde pour célébrer et enrichir notre savoir sur l’art du Jazz, ses racines et son influence et pour mettre en lumière son rôle important en tant que moyen de communication qui transcende les différences ».

 

Ambassadeur de bonne volonté de l’UNESCO, Herbie Hancock, en charge de cet évènement, estime que  « le jazz continue d’être une source d’espoir et de force pour des millions de personnes dans le monde » et souhaite que ces manifestations puissent permettre de faire vivre le jazz comme élément essentiel du patrimoine culturel de l’humanité.

 

Différentes manifestations sont prévues tout au long de la journée du 27 avril au siège parisien de l’UNESCO : master-classes, conférences, cours d’improvisation et s’achèvera par un concecrt auquel participeront notamment Marcus Miller, Tania Maria, Gerald Clayton, Manu Katché, Michel El Malem, Dee Dee Bridgewater, Hugh Masekela, Barbara Hendricks, Lionel Loueke. L’Académie du Jazz est associée à cette journée en parrainant une table ronde autour du jazz et du cinéma, avec Bertrand Tavernier, réalisateur d’ « Autour de minuit », et une master-class de Fabien Ruiz, chorégraphe du film "The Artist », grand  vainqueur des derniers Oscars à Hollywood.

 

Les clubs de jazz de la rue des Lombards –Duc des Lombards, Sunset-Sunside, Baiser Salé- participeront de leur manière à cette première journée mondiale du jazz, avec une « nuit blanche » prévue pour durer jusqu’à 6 heures du matin !

 

Jean-Louis Lemarchand

 

Plus d’informations 

 

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 14:58

 

TRIO-LALISSE-SOLER-CHABASSE---Raphael-IMBERT.jpgEnregistré au Centre Culturel René Char à Digne (04)

Label Durance / Orkhêstra

www.atelier-de-musiques-improvisées.com

www.studio-esc.com

Les notes de pochette de Jean Buzelin sont précieuses pour présenter la musique de ce trio, qui a enregistré au centre René Char à Digne ; ce n’est donc pas nécessairement un hommage au poète né dans le Vaucluse, plus au sud à l’Isle sur Sorgues. Aimait- il le jazz, cet être fier, farouche, résistant, libre enfin ? Il nous plaît de le croire.

Ecoutons à présent la musique,  qui commence avec ce standard  de  Carmichael « Skylark » qui rend avec finesse tout son sens à la mélodie . Suivent ensuite les propres compositions de Sébastien Lalisse au piano, Alain Soler à la batterie et d’Olivier Chabasse  à la contrebasse. Triangle équilatéral donc équilibré, où chacun écoute, répond, respecte la parité de l’échange. Survient enfin une belle improvisation commune avec la participation de Raphael Imbert au sax et clarinette basse, délicat et vibrant  hommage à René Char, en effleurant quelques notes de « All the things you are », gouttes d’un parfum léger et nostalgique. « Brother can you spare a dime ? » est enfin une chanson du répertoire qui date de 1931, reprise dans la plus belle tradition, « vieux style modernisé à la Roland Kirk » écrit encore Buzelin, « à la Bechet » aussi, pourrait-on rajouter. C’est de la musique tout simplement et de la bonne.  Ça swingue, le pianiste nous joue le répertoire des formes d’un style à l’autre, sans avoir l’air de trop y toucher. Du grand art et surtout du jazz qui quatre vingt ans après, nous touche en cette  autre période de crise, de dépression. On est dans la nostalgie, à savoir au cœur de l’émotion, du sentiment et de ce qui nous constitue. Essentiel donc.

Sophie Chambon

 

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 07:21

 

Elisabeth Kontomanou (vc), geri Allen (p)

elisabeth-kontomanou-secret-of-the-wind-feat-geri-allen.jpg

Elisabeth Kontomanou nous prend par surprise avec cet album de gospels. Cette chanteuse si empreinte de liberté se serait-elle assagie, standardisée ? C'est peu la connaître. Toujours aussi libre et elle tient à le faire savoir (Everybody was born free), elle utilise la tradition à sa façon. Elle prend son temps pour nous raconter chaque fable, détache chaque mot, souligne, insiste, ralentit afin que nous soyons imprégnés, embarqués, séduits, attrapés dans ses filets. Chaque mot est incarné, vivant, vibrant. Et donc tout semble inédit, entendu pour la première fois, même Nature Boy, c'est tout dire ! Telle une belle sirène, lui résister serait vain. Et c'est dans le secret du vent, l'une de ces deux compositions sur cet album, qu'elle exprime le mieux sa foi en l'amour et en la vie. Ecoutez cet album sans interruption et goûtez ces respirations entre chaque morceau pour vous remettre de l'émotion partagée. Il faudrait presque exiger que les concerts permettent ce voyage musical sans l'interruption des applaudissements. Ecoutez ces quelques secondes de silence qui préparent à A quiet place. Quelle intensité ! Le temps suspendu.est-ce cela l'éternité ? Tout est délicatesse dans cet album : de l'interprétation de la diva, qui avec son grain de voix un peu voilé nous touche profondément (jusqu'aux larmes sur Were you There, chanté comme une longue plainte) au subtil toucher de la pianiste (ô combien admirable !) Geri Allen, tout en légèreté.  

 

 

 

 

Ces deux musiciennes s'écoutent merveilleusement (quel swing !) et voyagent ensemble paisiblement, comme si elles se connaissaient depuis des siècles, l'une prolongeant de son chant l'incantation de l'autre (God is love).

 

 

C'est à une impétueuse invitation à l'amour  radical, total, entier, qu'elles nous convient. Et on a aucun doute : LOVE is meant for you and me, oui l'amour est fait pour toi et moi. Vous n'êtes pas fan de gospel ? Alors précipitez-vous sur cet album ! Attendez-vous à être totalement happé. Aucune démonstration de virtuosité. Elles nous chuchotent les secrets de notre belle condition humaine.et c'est divin !

Regine Coqueran

 

 


 

 


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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 21:46

 

Naïve 2012

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Déjà on sait que la réunion de ces deux chanteurs d’exception est le gage d’avoir à faire à une machine à créer des énergies positives (ils n’en sont  d’ailleurs pas, ces deux-là, à leur coup d’essai). Deux qui se répondent dans leur foi commune et leur passion pour la musique et pour le chant. Mais surtout deux artistes sans la moindre concession. Deux artistes qui chacun au gré de leur parcours  affichent un farouche désir de liberté. Avec toujours cet amour du chant au bord des lèvres, capables de galvaniser tous les auditoires quels qu’ils puissent être. Une passion du chant mais aussi du texte à chanter les réunit ici autour de ce jeu de rôle qu’ils abordent chacun avec leur énorme personnalité.

Si vous y ajoutez le Brussels Jazz Orchestra (on dit le BJO), assurément l’un des plus fantastique big band Européen (surtout depuis la disparition du Vienna Art Orchestra), vous avez forcément là tous les ingrédients pour en faire un grand disque.

C’est avec le respect de la tradition de tous les big bands qui se sont succédé pour interpréter l’œuvre de Gershwin mais avec une grande modernité dans les arrangements que ces trois-là (deux chanteurs et un orchestre) se jettent à corps perdu dans ce Porgy and Bess dont ils livrent une version remaniée et séduisante.

Les arrangements sont ultra-brillants d’un bout à l’autre, nous amenant à une autre écoute. Nous conduisant à oublier les grands originaux pour redécouvrir l’œuvre de Gershwin. Les voix sont alors des cuivres et les cuivre deviennent des voix. Les solistes se surpassent tous et Franck Vaganée n’oublie pas de moderniser aussi ces arrangements en introduisant parfois une dose d’électricité. La masse orchestrale fait corps avec les chanteurs et les solistes prenant le relais de ces derniers. David Linx affirme là une ampleur et surtout une amplitude dans l’expression qui transcende l’orchestre alors que la voix si typée de Maria Joao laisse exploser une Bess sauvage et insaisissable (sauf pour Porgy bien sûr) indépendante et farouche.

Les thèmes archi connus (Summertime ou I love you Porgy) sont bien là mais les protagonistes s’attardent aussi sur des thèmes un peu moins entendus. On notera ce A woman is a sometime thing au swing terrible porté par une guitare piquée remarquable de groove, ce Buzzard Song aux harmoniques riches sur lesquelles se ballade David Linx avec une déconcertante aisance ou un Bess you are my woman nowboostée par une belle ligne de basse.

La revisitation du texte de Porgy and Bess se fait ici plus sauvage, plus wild. Porgy et Bess deviennent alors deux êtres épris de liberté et leur expression y est avec David Linx et Maria Joao, presque charnelle. La formidable machine qu’est le BJO leur sert sur un plateau un festin de roi et de reine.

Jean-Marc Gelin

 

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 23:20

 

linx-avoriaz.JPG

 

Il aime tutoyer les étoiles, David Linx. Cela tombe bien. Le natif du « plat pays » cher à Jacques Brel chantait ce 31 mars à Avoriaz, altitude 1800 mètres. Funambule des notes, David rendait hommage au concasseur de mots, Claude Nougaro. Monté il y a trois ans par André Ceccarelli, ce projet « Le coq et la pendule » (Plus Loin Music) tourne comme un chronomètre suisse. Les deux musiciens sont familiers de l’univers du chanteur occitan. André « Dédé » Ceccarelli, batteur émérite, l’a longtemps accompagné sur scène. David Linx fit sa connaissance un soir qu’il donnait un concert avec Daniel Mille et Daniel Goyone à Toulouse, la ville natale de Nougaro : Claude vint dans sa loge après concert et lui demanda de chanter « Les mots » .Nos deux jazzmen se retrouvèrent pour le tout dernier album de Claude. Sur scène aujourd’hui, ils évitent aisément l’écueil du « copier-coller ». « Nougaro c’était mon ami, pas mon influence » nous confie David Linx. Le plus bel éloge qu’ils puissent faire au poète toulousain c’est ce mariage de la fidélité dans l’esprit, frondeur et lyrique, et de la liberté dans l’expression. Nous sommes bien là sur la planète jazz avec ce quartet composé également de Pierre-Alain Goualch (piano) et Diego Imbert (basse). Au fil des concerts, le groupe a enrichi le répertoire du disque avec des titres appartenant à toutes les périodes de la carrière de Nougaro, « Cécile », « Les mots », « Bidonville ». Ce soir-là pour l’ouverture du festival « Jazz Up » d’Avoriaz (1), David Linx prenait un évident plaisir, se livrant avec générosité au scat qu’il affectionne et domine.  « Une belle chanson, précise-t-il, c’est comme un pur sang, si tu ne la maîtrises pas, alors… » . Que David, grand amateur de prise de risques, se rassure ! L’esprit de Nougaro soufflait bien ce 31 mars à Avoriaz.

Jean-Louis Lemarchand

 

(1). Pour sa cinquième édition (31 mars-6 avril), le festival « Jazz Up » d’Avoriaz accueillait entre autres Sylvain Beuf, Sylvain Luc, Bireli Lagrène, Pura Fé, Mario Canonge, Manuel Rocheman… Le club des partenaires du festival accueille cette année- aux côtés des initiateurs, la commune de Morzine-Avoriaz et le groupe Pierre & Vacances Center Parcs- le conseil général de Haute Savoie et le champagne Barons de Rothschild.

 

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