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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 15:26

 

DP-Awakening_recto_full.jpgPJU records 2012 - Sortie en février 2012

Site David Prez

Paris Jazz Underground

 

Voilà le quatrième disque en leader du saxophoniste David Prez, membre éminent du collectif  Paris Jazz Underground, que l’on suit avec intérêt aux Dnj. Awakening  représente vraiment un éveil à cette musique que l’on appelle jazz et que l’on reconnaît sans la moindre ambiguïté. Dans le monde musical actuel, il faut avoir un certain courage pour vouloir jouer et vivre de cette musique dans notre pays et s’en revendiquer mais David Prez creuse son sillon dans la continuité artistique de la démarche de PJU. Tout en étant plus que réactifs à ce qui se fait aujourd’hui, les six musiciens ont une culture commune et une admiration intense pour les grands du jazz[i]. Ils tissent la toile au maillage souple mais solide d’un groupe soudé qui a pour base le formidable quartet en place depuis 8 ans autour de Romain PILON, Yoni ZELNIK et Karl JANNUSKA. David Prez a fait appel au pianiste Laurent Coq qu’il connaissait du "Blowing Trio" et qui a immédiatement intégré le son du groupe. Le trompettiste Yoann Loustalot, apprécié pour sa musicalité frémissante, est "invité" sur 4 titres, se prêtant au duo ténor/trompette, en écho au quintet de Miles avec John Coltrane ou Wayne Shorter,  en référence aussi à Joe Henderson et Freddie Hubbard.  David Prez entraîne son groupe avec un sens réel de la cohésion dans des compositions largement ouvertes au travail d’équipe. Le répertoire est constitué exclusivement de compositions originales de la plume du leader (2 sont de Romain Pilon ) recherchant une instrumentation et des formes musicales plus longues et plus construites, avec par exemple l'association efficace  guitare/piano. Mais chaque instrument est valorisé  dans l’écriture et le jeu. La contrebasse est souterraine mais chantante quand il le faut, comme dans la coda de cet Albatros inaugural, premier morceau écrit pour ce nouveau groupe...Le drumming véloce, sans ambivalence, puissant et contrôlé,  groove et déménage dans le solo qui commence Nerdville,  morceau assez "humoristique", sur un rythme de marche  entre « Blues March » et  « Stablemates» de Benny Golson ... ou le final de Clouds and a Robot qui a tout d’une composition "cinématographique", cinétique, évoquant des nuages dans la première partie,  avec claps  et  gouttes de pluie qui tombent ( au piano, il faut être très précis à 1:31). On entend aussi un robot  avant que l'ensemble ne s’emballe en un beau crescendo très rock'n roll...La guitare perlée (mais pas toujours) devient « folk » dans Four Symbols avec le style très particulier de Romain Pilon, original dans les différents grooves utilisés. La forme portée, soutenue par le son limpide du saxophoniste évolue en un long crescendo doucement "rock".  Les sons s’entrelacent, se tendent dans Blues for Mike, en hommage au regretté Michael Brecker, une composition qui n’a cependant pas la forme traditionnelle en 12 mesures (elle est en 7/4). Elle est sans doute l’une des plus sincèrement jazz du disque . Du jazz, du pur que l’on retrouve dans Sincerity, ballade écrite selon la tradition, avec une belle improvisation au ténor, dès les premiers accords, puis au piano. A l'écoute, on pense à un standard sans pouvoir l’identifier, évidemment. Du grand art et une parfaite maîtrise du vocabulaire et de la syntaxe jazzistiques. Et pourtant  le classique n’est pas en reste : Gabriel est  un hommage au compositeur Gabriel Fauré, inspiré de ses Nocturnes pour piano solo. L'introduction est la partie la plus "classique", jouée comme telle par Laurent Coq, sans improvisation. 

On se rend compte, en décortiquant chaque composition, de la recherche raffinée sous une apparente et réelle fluidité, d’un style que l’on pourrait presque qualifier d’ « intime ». C’est que David Prez fait passer la musique avant la technique et s’amuse avec les variations les plus subtiles ou contrastées :  Awakening, le titre phare, est construit de façon originale, avec une introduction au piano, un long solo de ténor dans la deuxième partie, sans que jamais, les thèmes ne se répètent. Contrairement à l’évident Repeat, pièce hypnotique et groovy, en 12/8 autour de triolets de croches avec plusieurs motifs mélodiques et rythmiques qui se multiplient. Pour ce musicien, le jazz prolonge aujourd’hui une tradition « savante » autorisant une réelle liberté d’écriture et d’interprétation, en se pliant aux diverses contraintes et autres nécessités dynamiques de ce langage : cette musique passe avant la fusion des genres, change la complexité en fluidité et exprime une maîtrise sans effort. Les compositions comportent juste ce qu’il faut de petits décalages, de délicates surprises  dans une mise en scène d’un groupe en totale interaction et non en progression parallèle. Rien n’est aussi simple qu’il le paraît dans cet album. Ce qui prouve que la leçon du jazz a été comprise, qu’elle n’est ni perdue ni oubliée… Et cela est vraiment  bien.

NB : L'enregistrement réalisé au studio de La Buissonne est d'une incroyable qualité acoustique avec la marque de Gérard de Haro toujours exceptionnelle. L'ensemble a été mixé à New York à Avatar Studio par l'ingénieur Katsuhiko Naito, autre référence en la matière. 

 


Pour les nouvelles de PJU: 

A noter que l'équipe du collectif PJU a quelque peu changé récemment. Il est composé actuellement de

Sandro Zerafa, Romain Pilon, Karl Jannuska, David Prez, Olivier Zanot et Yoni Zelnik.

  

Après une résidence au Duc des Lombards en octobre/novembre, la prochaine résidence aura lieu  aux « Disquaires » à Paris.

Le CD vient de sortir en février 2012 sur le label PJU


Il est disponible à la vente (physique) uniquement sur le site web de DAVID PREZ, mais aussi également en téléchargement sur Itunes, Amazon, Fnac et Virgin.

 


[i] David Prez m’a confié qu’il était actuellement en train de travailler des transcriptions de solos de Stan Getz sur "The Way you look Tonight" et Coltrane sur l'album "Milestones" aussi bien que des thèmes et solos de Charlie Parker...

Sophie Chambon
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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 07:47

 

Chick Corea (p), Steve Davis (tb), Tim Garland (sax), Hans Glawischnig (cb), Marcus Gilmore (dm),

Orchestre de chambre sous la direction de Steve Mercurio avec notamment le Harlem String Quartet et Imani Winds.

 

 chick-corea.jpg

L'année  2011 aura été une année riche pour le pianiste. Elle vient d'ailleurs d'être couronnée par la remise d'un Grammy Award pour son album "Forever". Mais elle avait aussi été marquée par son magnifique duo avec Stefano Bollani ou encore par un enregistrement avec Wynton Marsalis au Lincoln Center qui devrait être édité cette année.

 

Mais cette année 2011 sera aussi marquée par ce magnifique travail pour orchestre de chambre qui nous est ici restitué et qui est publié par Deutsch Gramophon, le label de référence en musique classique qui, une fois n'est pas coutume accueille en son catalogue une icône vivante du jazz. Certains y verront la marque de la consécration..... Ou pas.

Certes le pianiste s'était déjà confronté à l'écriture dite "classique" il y a quelques années pour le compte de Sony Music. Mais il acquiert ici une toute autre dimension. Car c'est un très gros travail de composition mais aussi et surtout d'orchestration qu'il livre ici avec un savoir-faire réellement surprenant où, sur le plan compositionnel on cfoit déceler la marque de Bartok comme influence dominante sur le pianiste. Par son sens des tiroirs ouverts et fermés au gré d'une fantaisie de l'écriture notamment. Il y aurait pourtant pu avoir tous les clichés du monde dans ce thème si éculé des "5 continents". On aurait pu s'attendre à quelques tambours pour évoquer l'Afrique ou des flûtes vietnamiennes pour l'Asie. J'en passe et des pas meilleures. Fort heureusement, on évite ce kitsch là même si astucieusement Corea glisse par-ci par-là quelques petites pastilles évoquant plus explicitement l'ancrage culturel du continent évoqué. L'oeuvre orchestrale est magnifique. Elle imbrique avec une fluidité naturelle les parties "classiques" écrites pour grand orchestre avec les parties improvisées plus "jazz"  souvent amenées par le piano de Corea comme trait d'union entre les deux univers et par ses solistes magnifiques qui viennent éclairer la masse orchestrale. Cela donne un ensemble organique et toujours en mouvement, écrit avec une rare intelligence dans la mise en oeuvre de tous les ressors de l'instrumentum. Sans abuser des cordes ou des vents, Corea parvient à un équilibre passionnant, créant ainsi un mouvement qui ne cesse de nous captiver. Brillant !

 

 

Un deuxième Cd, cette fois totalement jazz est enregistré en quintet autour de quelques standards. Pas forcement obligatoire (plus anecdotique dirons nous) mais assez jubilatoire tout de même dans cet art absolument consommé de faire swinguer les phrases dans un combo acoustique finalement tout aussi inhabituel pour Corea.

A l'heure où l'on a parfois le sentiment que Keith Jarrett ( à qui on l'oppose souvent) tourne toujours inlassablement autour des mêmes principes ( qui font d'ailleurs son génie mais qui surprennent de moins en moins), il y a chez Chick Corea quelque chose de réellement vivifiant à le voir ainsi multiplier les expériences. Soyons franc, je ne suis pas un adorateur du pianiste ( j'ai toujours eu un peu de mal avec Return to Forever .... oui je sais shame on me !) mais depuis quelques temps il se trouve que j'écoute la musique de Chick Corea différemment. Certainement parce qu'elle sait me surprendre et me donner envie de la réécouter.

Jean-Marc Gelin

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 21:53

 

Gaya Music / Abeille Musique – 2011

 sortie le 21 Fevrier

Jean-Philippe Scali (Alto, Bar., Sop. sax), Julien Alour (Tmp), Jerry Edwards (Tmb), Adrien Chicot (Pno, Fender Rh.),Simon Tailleu (Cb),Manu Franchi (dms), François Théberge (Ten. Sax), Thomas Savy (Bass Clar.), Bastien Ballaz (Tmb), Stéphan Carracci (Vibra.)

 scali.jpg

 

 

Encore trop méconnu pour l’immense talent qui l’habite, Jean Philippe Scali nous offre un album en sextet qui fera sans doute référence parmi les plus férus de Jazz. Ce saxophoniste, aussi à l’aise à l’alto qu’au baryton, est ici entouré par une fine équipe de musiciens issus principalement du sud de la France, en la personne du batteur Manu Franchi, du contrebassiste Simon Tailleu, du tromboniste Bastien Ballaz ou encore du vibraphoniste Stéphan Carracci, pour ne citer qu’eux. Une surprise en ouverture de cet album intitulé « Evidence » que l’on aurait à la base plutôt imaginé exclusivement ancré dans la tradition du Jazz. Brother James est une composition rafraichissante faite d’un groove redoutable orné de quelques légers effets sonores modernes. S’en suit un Autoportrait d’un chat sauvage rappelant les belles heures du sextet d’un certain Charles Mingus. Le clin d’œil est peut être un peu grossier, mais la beauté des arrangements est bien là. La liberté, la folie aussi. C’est d’ailleurs dans l’arrangement délirant de Fables of Faubus que respire cette folie, palpable au premier degré dès l’entame du solo de François Théberge au ténor. Lyrisme détonnant de chaque mélodie, chaque envolée, alternant ballades et swings ravageurs, groove efficace et second line festifs, ce sextet au fonctionnement bien huilé regorge de talents individuels, chacun au service de l’équilibre d’un collectif homogène. On notera aussi la sensualité du dialogue entre le baryton et la contrebasse sur le thème Come Sunday. Evidemment, la célèbre composition de Thelonious Monk qui donne le titre à l’album se retrouve ici transfigurée rythmiquement avec une bonne dose d’humour décalé, se balançant intelligemment entre binaire et ternaire. Et comment rester insensible à l’audacieuse revisite d’un When the Saints Go Marching In en deux parties, presque méconnaissable tant sa ré-harmonisation est aussi osée que juste. C’est d’ailleurs l’étonnant Jerry Edwards qui y tire son épingle du jeu dans un solo court et efficace. Que dire aussi du redoutable sens mélodique de l’improvisateur Adrien Chicot au piano sur Hope. Cet album est sans aucun doute une incontournable réussite faite de somptueuses compositions et arrangements, d’interaction permanente.

Tristan Loriaut  

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 23:09

 

herve-wayne-shorter.jpg

 

 

 

 

 

La leçon de jazz d’Antoine Hervé : « Wayne Shorter jazzman extraterrestre »

 

1 DVD 9 - 16/9 compatible 4/3 - 1H38 - Français sous-titré anglais
1 CD


Par le passé, le pianiste nous avait déjà montré qu'il était un excellent instrumentiste à travers ses nombreuses créations jazzistiques autant qu'artistiques. Antoine Hervé confirme en plus son caractère fort sympathique et ses talents de pédagogue avec ses "leçons de jazz". Que se cache-t-il derrière ce nom un tantinet ronflant et un poil rébarbatif? Beaucoup de talent et un clin d’œil malicieux!
La leçon de jazz d'Antoine Hervé s'adresse à celui qui cherche les clés pour aborder l’œuvre d'un grand musicien de jazz. Quelle aubaine aussi pour le béotien qui rêve d'une mise en jambe sur le jazz en général! 
Après sa leçon de jazz sur Jobim et cette deuxième leçon dédiée à Wayne Shorter, on découvre le talent d'Hervé à d'expliquer autant les tenants d'un morceau de Wayne Shorter, pour combler l'appétit des fervents initiés, que d'en dévier pour décortiquer par l'exemple ce qu'est un blues binaire ou ternaire ou la funk à un large public.
Cette leçon de jazz s'articule autour des explications, agrémentées d'anecdotes, par Antoine Hervé - conteur, amuseur curieux, décortiqueur nuancé, connaisseur averti -  et d'un duo avec le terriblement talentueux sopraniste Jean-charles Richard. La leçon se déroule suivant différents angles: le public studieux suit les mains du pianiste, vues d'en haut et projetées sur écran, en écoutant le duo joué treize compositions majeurs de Shorter partant de "Speak No Evil" à "Face On The Barrom Floor". Puis il se régale des interventions de Hervé qui narre le personnage Shorter - son mysticisme, son intériorité et sa plénitude de gourou, son gout pour la science fiction, ses drames – tout en abordant la technique instrumentale du sopraniste avec l’aide de Richard.
Avec humour et facétie, Hervé nous donne nombre de ficelles pour en découdre avec cette musique complexe et sophistiquée qu'est le jazz ... en nous faisant rire et en nous ramenant souvent à ce que nous connaissons tous.

 

Jérôme Gransac

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 18:10

 

Joachim Kuhn-FREE IBIZARomantique, volcanique, Joachim Kühn, musicien précoce - «je savais lire la musique avant de lire les mots» - n’a rien perdu de sa fougue des années 60, l’époque free. Tout en gagnant en sérénité, en sagesse à l’approche de ses 68 ans au printemps. Artiste toujours en quête de nouvelles expériences et de nouveaux univers musicaux, Joachim Kühn dévoile sa personnalité dans son dernier album en solo «  Free Ibiza » (Out Note Records) produit par Jean-Jacques Pussiau (1) auquel le lie une collaboration d’un quart de siècle (Easy To Read », trio avec Daniel Humair et Jean-François Jenny-Clark sorti en 1986 chez Owl). De passage à Paris, où il débarqua en 68 de sa RDA (l’Allemagne de l’Est alors sous le joug communiste) natale, le pianiste-compositeur s’est confié à DNJ.

 

DNJ : L’exercice du solo, c’est le test suprême, le juge de paix pour un pianiste quand il atteint une certaine maturité…
Joachim Kühn : J’ai toujours aimé jouer en solo. Je ne vais quand même pas évoquer le premier concert classique que j’ai donné à l’âge de six ans ! (rires). Mais le premier album de jazz en solo date de 1971 et avait été produit en France. Je me sens comme chez moi à Paris où j’ai été accueilli en 68 et fait la connaissance de Jean-François Jenny-Clark, Aldo Romano, Michel Portal, Martial Solal…


DNJ : C’était la grande époque du free jazz …
JK : Assurément, c’est alors que j’ai rencontré Don Cherry. C’était très free. Plus tard, j’aurai l’occasion de jouer en duo avec Ornette Coleman. Aujourd’hui, jamais je ne me suis considéré comme aussi libre. Je peux travailler comme il me plaît, développer ma propre musique.

 

2010-09-08 Joachim 138 nath

photo: Jean-Jacques Pussiau


DNJ : Mais pourquoi vous êtes vous « exilé » à Ibiza ?
JK : Ibiza n’est pas, il est vrai, une île dédiée au jazz même s’il y a désormais un festival.  En 1992, je suis allé passer des vacances là-bas et je me suis plu. C’est le paradis. De mon piano je vois la mer, je peux jouer et composer sept à huit heures  par jour sans avoir de problèmes avec les voisins (rires). Je n’ai pas d’ordinateur, de téléphone portable, j’aime la modernité… mais dans la musique. C’est d’ailleurs la seule chose qui m’intéresse, la musique, même si je me suis mis à la peinture, prenant exemple sur Daniel Humair.


DNJ : Votre père était acrobate. On a l’impression que vous aussi vous êtes toujours en équilibre et à la recherche de nouveaux défis.
JK : Ces dernières années, j’ai vraiment découvert la musique arabe et africaine et me suis beaucoup investi dans ce trio qui comprend le percussionniste espagnol Ramon Lopez et le joueur marocain d’oud Majid Bekkas. Mais j’ai pris aussi énormément de plaisir à jouer avec un fantastique jeune pianiste allemand de formation classique, Michael Wollny ou un vieux complice, Archie Shepp.


DNJ : Quel est votre prochain projet ?
JK : Un programme dédié à Kurt Weill qui me permettra de jouer avec deux clarinettistes, Louis Sclavis et Rolf, mon frère aîné de quinze ans (2) qui pratique tous les jours son instrument ! C’est très excitant. Et cela me rappelle l’album consacré à l’Opéra de quatre sous qui avait été réalisé en 1996 avec Jean-François Jenny Clark et Daniel Humair (Verve). Un merveilleux souvenir : une heure de répétition avait suffi avant d’enregistrer !


Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand

1. Cet album s’intègre dans la collection « Jazz & the city » qui comprend également des disques de Kenny Werner (New-York), Bill Carrothers (Excelsior), Eric Watson (Paris) et Richie Beirach (Tokyo).
2. Avec son frère Rolf, Joachim Kühn a obtenu en 2011 la prestigieuse distinction allemande décernée par The Echo Jazz pour l’ensemble de sa carrière (Lifetime Achievement Award).

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 19:06

 

Naim label 2012

Nathaniel Facey (as), Lewis Wright (vb), Tom Farmer (cb), Shaney Forbes (dm)

 empirical-.jpg

Pas vraiment surpris puisque l’on ne savait pas trop à quoi s’en tenir avec le nouvel album de ce nouveau groupe britannique qui nous est totalement inconnu.

Et pourtant ces jeunes anglais en sont à leur 3ème rèalisation, parcourent le monde en raflant quelques prix au passage et font se lever les foules lors de leur récente apparition au Festival de Newport (Rhode Island, Usa). C'est dire qu'outre-atlantique, Empirical est bien dans les radars des meilleurs observateurs.

 

Il ne nous reste donc plus, alléchés par une présentation presse un poil racoleuse (c'est normal, c'est le job !), qu'à partir à la découverte de cette nouvelle formation. C'est vrai finalement comme ils disent....., soyons "empiriques".

A l’entame de l’album on comprend très vite que les racines, ou en tous cas les inspirations compositionnelles sont plutôt à rechercher de ce côté ci de l’Atlantique que vers le jazz qui se pratique aux Etats-Unis. Ce qui est plutôt étrange s'agissant d'un groupe qui revendique clairement une filiation avec Andrew Hill, Wayne Shorter, Vijay Iyer ou encore Brandford Marsalis ( dixit le communiqué de presse). J’y ajouterai pour ma part volontiers Steve Coleman dans cette façon qu’ils ont de manier les structures complexes et les rythmiques impaires. Mais surtout ces 4 jeunes font preuve d'un sacré éclectisme naviguant entre plusieurs eaux parfois très post-bop ( Spitting them out), parfois très modern jazz new-yorkais  ( Simple things), parfois très européen (Out of sight).

 empirical2.jpg

Impressionnant de maîtrise, le groupe joue "terrible" sans toutefois bousculer le genre mais avec une réelle concentration sur leur sujet. La musique tourne beaucoup (trop) autour de ce jeune saxophoniste exceptionnel qui, pour le coup nos impressionne littéralement et dont on peut annoncer qu’il s’agira d’un talent à suivre ( écouter Nathaniel Facey sur Cosmos dédié à l’astronome américain Carl Sagan : un son ciselé et une impressionnante maîtrise du flow).  Jeune altiste remarquable, au lyrisme très acéré qui trouve avec les rondeurs du vibraphone un exact pendant. Sa complicité avec Lewis Wright , vibraphoniste tout en délicatesse, est ultra efficace. Les 4 font ainsi tourner la musique avec sens du jouage qui démontre une vraie cohérence de groupe. Jamais dans la facilité, toujours imprévisibles quant aux choix esthétiques, ce quartet porte la musique à haut niveau même si l'écrin offert à l'altiste privilégie la texture au détriment parfois du groove dont Fancey semble avoir seul la charge.

Nous aurons l'occasion de vous parler bientôt du nouvel album de Get the Blessng autre groupe du pays d'Albion qui témoigne lui aussi de la vitalité du jazz anglais. Avec Empirical nous avons c'est sûr un groupe à suivre de près car il confirme ce que l’on savait de la vigueur du jazz britannique qui commence aujourd’hui à produire des jeunes pousses de bien grand talent. Attention déferlante assurée.

Jean-Marc Gelin

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 22:11

 

ECM – 2012

Andy Sheppard (Ten., Sop. sax), Michel Benita (Cb), Sebastian Rochford (dms)

 

TrioLibero.jpg

 Le nouvel album du saxophoniste et compositeur britannique Andy Sheppard ne laisse pas indifférent. Basé sur une orchestration classique du sax-contrebasse-batterie, ce « Trio Libero », composé du contrebassiste français Michel Benita et du batteur écossais Sebastian Rochford, nous offre l’occasion d’entendre des sonorités inédites organisées sous forme de dialogues instrumentaux riches en créativité. Enregistré sous le label mythique ECM à l’Auditorio Radiotelevisione Svizzera de la ville de Lugano en Suisse, cet album raconte une histoire bien particulière. Une histoire profondément ancrée dans un certain lyrisme plein de grâce et d’invention. En témoigne l’absence de tempo dans certaines compositions favorisant l’affluence d’un romantisme débordant de fraicheur, comme par exemple dans Libertino ou bien encore Dia da Liberdade. Alternant soprano et ténor, Andy Sheppard, comme à son habitude, vogue sur les sonorités diverses de son instrument, laissant en permanence libre cours à son imagination. La mélancolie émanant de certaines mélodies dénote une grande intelligence de composition, sans qui l’interprétation ne vaudrait pas grand-chose. Nous sommes bercés à chaque mesure par un onirisme voluptueux car ce projet s’inscrit définitivement dans une grande profondeur émotionnelle. La grande Musique qui en ressort, faite d’espaces excessivement larges, laisse se développer une savante intéraction quasi-perpétuelle entre les membres de l’orchestre. D’ailleurs, la patte sonore ECM ne va pas à l’encontre de cette démarche, en témoigne encore et toujours cette incommensurable passion pour la résonnance à outrance. Tout au long de l’année 2012, le « Trio Libero » entamera une vaste tournée de concerts à travers l’Europe. C’est l’occasion de découvrir la Musique instinctive de ce trio d’audacieux improvisateurs. Tristan Loriaut

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 21:45

 

Universal 2012

Malia (vc), Alexandre Saada (p, orgue, kaimba), Jean-Daniel Botta (g, cb), Laurent Sériès (dm), Danile Yvinec ( vibphonette)

 

 Malia_BlackOrchid.jpg

A priori, sur le papier c’est suicidaire. Pour une chanteuse, c’est comme d’entrer sur un terrain interdit, forbidden, chasse gardée avec des panneaux gros comme ça «  défense d’entrer, on tire à vue ».  Car en choisissant de reprendre le répertoire de son idole, Nina Simone dont chacune des chansons est chargée d’une histoire personnelle de la chanteuse américaine, elle sait que d’emblée elle s’expose au modèle original. Mais Malia que l’on n’avait pas entendu depuis près de 5 ans n’en a cure et décide de s’approprier ce répertoire qui confine au sacré. Pensez : My baby Just Care for me, Don’t explain ( que pour ma part j’associe plus à Billie),   Four women,I Love you porgy, I put a spell on you etc….rien de moins que ça !

Mais avec brio, petit à petit , plus on avance dans le disque plus on comprend que Malia est  parvenue à apprivoiser ces thèmes sur son propre terrain. Soyons francs, pas toujours. Le début de l’album en effet relève un peu de l’imitation quant au registre de sa voix emenée un peu trop du côté de Billie Holiday. Mais petit à petit cette voix, magnifique, cassée, cette voix qui dompte l’émotion toujours au bord des lèvres prend le dessus et conquiert son public. La direction artistique du projet, confiée à Daniel Yvinec est formidable. La chanteuse prend alors ses aises , ralentit à l’envie le tempo de My Baby Just Careou s’appuie simplement sur des couleurs crépusculaires sur Feeling good aux accents d’une pop moderne alors que sur Four Women Malia incarne ces quatre figure avec une autre féminité moins empreinte de colère que dans la version de Nina Simone. Malia parle d’amour avec une presque candeur et I Love you porgy parvient à nous émouvoir d’une autre façon. Il y a chez Malia une nonchalance de la voix, une façon de laisser traîner les mots dans un sillage envoûtant. Son duo avec Alexandre Saada sur He ain’t comin’ home no more redonne vie à ce titre enregistré en 1967 sur High Priestless of Soul où, débarrassée des violons de l’original Malia s’impose aussi dans le registre soul avec un extrême dénuement.

 

malia-baby.jpg

voir la vidéo de My baby just care for me

 

On pourra penser que ces reprises sont, du coup débarrassé de la rage et de la colère de Nina Simone. Mais Malia n’en chante pas moins avec une très grande plénitude. On croit à la sincérité de sa démarche et de son hommage tant elle parvient à nous livrer ce que l’on décèle être une influence déterminante dans sa carrière. La chanteuse fille d’une mère originaire du Malawi et d’un père britannique rend alors cet hommage avec sa propre histoire. Qui allie sa fémininité et sa condition de femme noire dans un monde d’un autre siècle. Et à sa manière ce qu’elle revendique ne manque pas de passion brûlante.

Jean-Marc Gelin

 

Ps : et comment ne pas succomber au charme de ces divines coiffures de Malia !!!

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 21:55

 

 jamal-chatelet.jpg©Jacques Beneich

Et puis vint en rappel Poinciana ! Le public du Châtelet, jusqu’alors respectueux et (un brin) réservé laisse éclater sa joie. Ahmad Jamal lui dédie son tube planétaire, qui lui assura le succès en 1958, avec des innovations à surprendre le fan le plus aguerri. Avant de clore ces 100 minutes de concert par un message d’amour aux spectateurs parisiens, Like some one in love.

Souriant, détendu, concentré, Ahmad Jamal a offert un moment de grâce ce 9 février pour la sortie de son dernier album, Blue Moon, le premier sous son nouveau label Jazz Village (Harmonia Mundi). Pas de paroles, sauf pour annoncer ses trois comparses Reginald Veal (basse), Herlin Riley (batterie) et Manolo Badrena (percussion) et remercier la salle, mais des notes. Ou plutôt ces phrases, ces envolées qui caractérisent à jamais son style, alternance de tonnerre et de ruissellement avec cette culture du silence qui plut tant à Miles.

En permanence, le sémillant octogénaire de Pittsburgh relance ses partenaires d’un index pointé avec détermination. C’est une nouvelle équipe qui se présentait sur la scène parisienne. Herlin Riley retrouvait Ahmad qu’il avait accompagné quelque temps dans les années 80. Il forme un tandem soudé avec Reginald Veal fruit d’une longue collaboration auprès de Wynton Marsalis et Dianne Reeves. Certains regretteront (l’auteur de ses lignes en est) la vigueur de Jammes Cammack, qui tint la basse 27 ans durant dans le trio, ou la créativité d’Idris Muhammad. Reste que le quartet version 2012 donne la part belle à la rythmique avec en vedette, apportant un grain de folie, le percussionniste Manolo Badrena, ancien de Weather Report.

Voilà rassurés –si besoin était-les amateurs de jazz ou selon la terminologie d’Ahmad Jamal, de « la musique classique américaine ». L’architecte des sons est toujours là. Il nous confiait l’été passé, citant Clint Eastwood : « vous devez connaître vos propres limites ». Le fait est qu’il les repousse sans discontinuer.

Jean-Louis Lemarchand

ahmad jamal blue-moon feb2012

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 22:25

 

Ahmad Jamal (p), Reginald Veal (cb), Herlin Riley (dms), Manolo Badrena (percus) 

ahmad_jamal_blue-moon_feb2012.jpg

Le secret de jeunesse du pianiste de Pittsburgh de 81 ans n'est il pas dans cet art de prendre son temps. Cette façon de ne jamais précipiter le tempo tout en le chahutant avec facétie. Cest en tous cas la première remarque qui mest venue à lesprit en écoutant le nouvel album de ce monstre sacré sur ce nouveau label avec cette nouvelle rythmique. Cette permanence.

Dans la musique de Jamal il y a toujours cette façon de se donner le temps et l'espace avec une maitrise et une respiration jubilatoire. Il y a du Eroll Garner en lui.

Laurapar exemple. Ele lui appartient et il peut la faire attendre, tourner autour d'elle et décider de son sort avec cet art du suspens, cette façon de suspendre la note, de créer la surprise harmonique, bref d'enchanter. Et si tout cela avec un sens du groove incroyable. Jamal peut s'arrêter, jouer les silences et reprendre sur le temps, le groove lui reste chevillé. C'est un art absolument magistral. Il faut entendre son groove sur This is the life. C'est le ternaire presque binarisé, presque funk . Du funk chez Debussy.

Ou encore cette magistrale interprétation de Blue Moon où le pianiste parvient à donner vie et âme à son quartet. On l'imagine à désigner d'un doigt pointé, ses accompagnateurs portés alors à se transcender au gré de la réinvention, du réenchantement du thème.

Il y a aussi quelque chose de bouleversant dans I remember Italy, cette balade qui, sous les doigts de Jamal prend ses deux sens. Une déambulation dans des souvenirs que l' on sait au coeur de l'intime. Non seulement à 81 ans cest sûr, on ne triche ps mais de surcroit Jamal évite le piège de tous les vieux pianistes qui avec l’âge devinnent  minimalistes. Jamal est au contraire d'une jeunesse hallucinante. Toujours fidèle à son propre style Jamal bouillonne d'idées et d'inventions harmoniques. Voire un poil facétieux avec ces petites incises décalées comme sur Gipsy.

Porté aux nues par sa nouvelle rythmique ( on y retrouve nénamoins le formidable Manolo Badrena aux percussions) Jamal s'affranchit de tout et de toute contrainte quelle pourrait lui apporter. Au contraire, en homme libre il survole son clavier avec une légèreté qui est comme un defi aux lois les plus élémentaires de l'apesanteur. A la fois puissant dans ses attaques et dune délicatesse aérienne dans son lyrisime. On retrouve du parfois du Jamal comme au temps du Pershing. Jamal, la maitrise de soi, l'art du silence ou du suspens. Du grand Jamal. Immense !

Jean-Marc Gelin

  Ahmad Jamal, le magicien, le compte rendu du concert au Chatelet

 


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