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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 11:52

tocanne roger 2011aPetit label  031


Le batteur Bruno Tocanne et le multi-instrumentiste Henri Roger créent un duo inédit dans ce Remedios la Belle, au titre mystérieux et peu jazz assurément, qui fait référence aux personnages du roman fleuve Cent ans de Solitude du sud américain Gabriel García Márquez. Ces deux musiciens combattifs et combattants, tendres et joyeux, mais libres avant toute chose, ont imaginé une succession de quatorze petites pièces, pas faciles, pour illustrer sur le Petit label  normand leur nouvelle entreprise. Soixante minutes pour cent ans, la tâche est ardue…
Batteur exemplaire que l’on suit depuis son trio Résistance, Tocanne ne pouvait que se réjouir de faire une autre belle rencontre, de tenter un nouvel échange, sans soufflants cette fois. Un dialogue intime, attentif, jamais conflictuel, un appariement généreux allait s’établir avec Henri Roger, pianiste-guitariste,  improvisateur, jamais en mal d’avant-garde, qui compose sous la fascination du chant et de l’expression libre. La palette des sons et des timbres s’enrichit des combinaisons guitare-batterie, plus aériennes et ciselées que celles du piano et de la batterie, volontiers rugueuses, exacerbées. Sans relâche, l’un accompagne l’autre, et l’autre l’un, le guitariste poursuit l’échange avec une énergie frémissante, sans que la batterie ne le couvre. Au piano, il martèle plus allègrement, s’imposant en égal. Car tous deux, rythmiciens sans pareil, intègrent avec souplesse les imprévus de cette musique qui pourrait être dérangeante, qu’on écoute pourtant d’un trait, sensibles aux frôlements, effleurements, aux brusques éclats de free. Comme des voix irréelles, des rêves non moins étranges se répondent tout au long de l’album, ces pièces-paysages ou plutôt personnages, totalement ouvertes, laissent le temps s’y dilater.
On se laisse porter par la fluidité de ces lignes mélodiques faites de surprises, de couleurs exaltantes, appliquées en fines touches. Cette improvisation qu’ils maîtrisent pour en libérer tout le chant, jaillit sous nos yeux, déployant une fresque bigarrée qui traduit le mouvement et l’amplitude du bouquin culte dont les musiciens s’inspirent. Et pourtant, il n’y a pas de correspondance à rechercher, la musique du duo n’est pas une illustration mais une libre re-création, un voyage onirique dans l’arrrière-pays de la création, une promenade sans facilité qui conduit aux limites du son, du chant et du rêve. Le timing est rempli, la mission accomplie.

Sophie Chambon

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 07:42

 

ROMANO SCLAVIS TEXIER + RAVA, NGUYEN LE, BOJAN Z

" 3 + 3"

Label Bleu 2012

Louis Sclavis (clb), Henri Texier (cb), Aldo Romano (dm), Enrico Rava (tp), Nguyen Lê (g), Bojan Z (p)

 romano-sclavis-texier.jpg

Ces trois là auront signé en trois albums, parmi les plus belles plages du jazz moderne français. On a tous en tête "Carnets de Route" (1995), "Suite Africaine" (1999) et "African flashback" (2005). Ce trio, Romano-Sclavis-Texier, avec ces trois albums mythiques est ainsi entré dans notre légende. Mais ce trio n'est pas non plus du genre à se laisser enfermer dans sa propre histoire. Il serait même plutôt du genre à la multiplier....par deux.

Et c'est sur ce principe que le trio s'est élargi à trois nouveaux invités choisis séparément par chaque membre du trio : Enrico Rava par Romano, Nguyen Lê par Sclavis et Bojan Z par Texier. A charge aussi pour chacun des impétrants de venir avec une de ses composition.

Et le résultat est absolument formidable. On pourrait les appeler : "multicolor feeling sextet polymorphe". Car il y a chez Romano-Sclavis-Texier, un goût du melting pot, une vraie transversalitè de la musique qui se nourrit à tous les continents. RST c'est transcontinental ! Il y a bien sûr l'ancrage dans l'héritage, dans l'esprit d'Ornette Coleman comme sur Ravage (Enrico Rava) ou Bayou ( Henri Texier), il y a aussi les idiomes venus d'Asie et portés par la guitare de Nguyen Lê sur Idoma. Et ce jazz si "europèen" portè par le son de Sclavis qui donne à la mélodie autant de profondeur que de légèreté. Sclavis ( retrouvez l'interview événement dans Jazzmag de mars 2012) qui parvient à tirer la lumière des climats ténébreux comme dans Moins qu'une ombre. Il faut entendre la formidable puissance de Texier avec une intervention de très haut vol sur Valse à l'âme, morceau de sa composition. Et le drumming si riche en sons de Romano ou les interventions toujours juste de Bojan Z sur Griot Oe.

 Avec cette patte qui est marquée du sceau d'un jazz qui va chercher au-delà des canons du jazz américain, avec cette écriture qui plonge dans sa propre histoire et dans la lignée de sa propre esthétique, ces 3+3 propose dans des formats à géométrie variable, un jazz multicolor où les influences de chacun se mêlent et se confondent avec une sorte de jubilation de jouer ensemble. A la générosité de cette ouverture du trio, les nouveaux venus répondent avec force passion et engagement.

Et le plus frappant c'est l'énergie qui circule, cette puissance du dire, cette urgence de l'expression et surtout cette belle poésie entre chiens et loups qui se dégage parfois de l'album au gré du répertoire propre au trio.

Jean-Marc Gelin

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 00:18

 

Naim Jazz – 2011

Neil Cowley (Pno, key), Rex Horan (Bass), Evan Jenkins (dms) 

 neil-cowley-trio-the-face-of-mount-molehill.jpg

  

Cet album est le quatrième opus du trio du pianiste et génial compositeur anglais Neil Cowley. Faite de sonorités diverses, la Musique de ce power trio est d’un éclectisme sans équivalent, teintée à la fois d’humour noir « so british » et d’onirisme décalé. Outre ses influences premières qui furent Chostakovitch et Debussy entre autres, Neil Cowley se révèle être depuis de nombreuses années comme étant l’un des principaux acteurs de la scène britannique par le biais d’un Jazz résolument moderne, à la fois ancré dans la Pop, le Rock, et d’autres influences aussi diverses qu’actuelles. On pourrait y entrevoir une certaine filiation avec E.S.T ou bien encore The Bad Plus tant la manière est audacieuse. C’est dans un certain sens de la même façon que Neil Cowley eut imaginé son propre trio, composé aujourd’hui du contrebassiste Rex Horan et du batteur Evan Jenkins. Lorsque ces compositions défilent les unes après les autres, on ressent aussi chez ce trio un certain goût pour la Musique écrite, en témoigne la présence presque perpétuelle d’un ensemble de cordes (non cité sur la pochette du disque ?). N’étant jamais au bout de nos surprises à l’écoute du disque d’un tel créateur, il fallait aussi souligner l’utilisation progressive d’éléments samplés, par exemple dans Mini Ha Ha où le thème est construit sur les intonations du rire répétitif d’un enfant. Ce qui rappellera sans doute les expériences passés d’un certain Jason Moran. Cet album nous offre de jolies ballades interprétées comme de majestueux folk songs, de lentes méditations autour de résonnances noyées dans une immensité acoustique. Ces poétiques effluves sonores de l’outre-manche résonnent en nous comme un romantisme incommensurable. Même si cette œuvre est définitivement hors de tous sentiers battus, dommage que l’absence flagrante d’improvisation reflète en quelque sorte un certain manque de prise de risque, malgré un sens aigu du détail sonore. Quoi de plus normal que de vérifier cela en allant assister à un concert du trio de Neil Cowley ! Tristan Loriaut

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 07:35

Duke_Orchestra_2697_cPascal_-Bouclier-hte-def.jpg

© Pascal Bouclier

 

 


Quand Duke Ellington foula pour la première fois le sol parisien, en 1933, il aurait très bien pu jouer sur la scène du Palace qui venait de se refaire une beauté grâce à un architecte dénommé Rabussier. Ce ne fut pas le cas, mais le « Duc » était bien présent ce 12 mars 2012 pour le concert-ou plutôt le spectacle- donné par le Duke Orchestra de Laurent Mignard.

Tout au l ong des deux bonnes heures de cette soirée, on a pu revivre, sans jamais se lasser, l’histoire d’amour du Duke avec la France. Laurent Mignard avait concocté un spectacle complet qui permettait de retrouver quelques-unes des musiques composées par Ellington lors de ses nombreux voyages dans l’hexagone tandis qu’un écran proposait des extraits d’interviews, de répétitions, de concerts du Duke dans les années 50-60. Les fans du Maître pouvaient découvrir des pièces rares –et même pour certaines inédites- telles que la Goutelas suite, la musique composée (avec le fidèle Billy Strayhorn) pour Turcaret de Lesage (1709) à la demande de Jean Vilar, le patron du TNP, ou encore des compositions pour un film finalement jamais sorti sur Degas.

Cet hommage musical –repris dans « Ellington French Touch », album enregistré lors d’un concert de décembre 2011- s’inscrit parfaitement dans le travail engagé depuis 2003 par Laurent Mignard et de son Duke Orchestra, big band de quinze instrumentistes, pour faire vivre le répertoire du génial et prolifique compositeur et le porter à la connaissance de tous les publics. Objectif atteint ce12 mars au Palace notamment grâce à Aurélie Tropez (alto sax et flute), Nicolas Montier et Fred Couderc (ténor sax), François Biensan (trompette), Bruno Rousselet (basse) et Julie Saury (batterie).

Jean-Louis Lemarchand

            mignard-duke.jpg

 

Ellington French Touch , Duke Orchestra de Laurent Mignard (Juste une trace-Columbia-Sony Music) .

 

 

AGENDA
 
12 mars   Duke  Orchestra Théâtre Le  Palace (75) - 20h30
28 avril    Pocket  Quartet Villerville  (14)
2 mai       Duke  Orchestra Bayonne  (64) 
3 mai       Duke  Orchestra Arcachon  (33)
5 mai       Pocket  Quartet Auvers-sur-Oise  (95)
11 mai     Duke  Orchestra Chevilly-Larue  (94)

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 22:28

1 Cd Derry Dol / Soca Disc 2012

 edouard-bineau.jpg

Chaque album est une balise, certaines sont là pour marquer le temps, d’autres pour engager de nouvelles orientations. Wared, qui est le nom du groupe du pianiste Edouard Bineau (anagramme d’Edouard) correspond, non pas à un changement de groupe -on ne change pas une aussi belle équipe qui marche- mais à l’inscritpion de la musique du pianiste dans d’autres formes, un quintet de jazz décomplexé et libre, un label qui s’affirme Derry Dol, à qui l’on souhaite le meilleur dans une conjoncture aussi peu favorable.

A partir du trio existant depuis 2004, composé de Gildas Boclé et Arnaud Lechantre ( réécoutez L’obsessionniste, dédié au Facteur Cheval, personnage extravagant qu’aime le chanteur Hubert-Félix Thiéfaine. Ce personnage hors du commun a mis toute sa vie dans son Palais, « Bringing it all back home » comme le dit si bien Dylan, une autre idole du chanteur jurassien. Pourquoi évoquer Thiéfaine ? Parce que Wared reprend un des tubes de ce chanteur si singulier « Lorelei » …Ah les affinités électives…On remarquera aussi une autre reprise, de Brassens, «Mourir pour des idées» où Edouard Bineau se lance à l’harmonica, ce qui  confère une couleur bluesy à la rengaine libertaire de l’ami George. Une fois de plus c’est la preuve que Brassens se prête aux variations du jazz (Les étrangers familiers), qu’il avait du swing dans les veines et un sacré rythme dans le poignet.

Une couleur particulière, un son de groupe pour ce Sextoy, qui devrait donner de bonnes vibrations, à n’en pas douter quand on connaît les musiciens.

Justement, dans le disque précédent c’est le talentueux saxophoniste ténor et soprano allemand Daniel Erdmann qui faisait son entrée, avec une énergie communicative ; le clarinettiste et saxophoniste altiste Sébastien Texier, était invité. Il en est à présent membre à part entière, et ainsi la formation s’étoffe avec des unissons et des contrepoints délicats, une instrumentation plus complexe qui autorise des compositions ouvertes, plus développées. Chacun continue à se donner le temps de construire dans l’échange, à parité, s’appuyant sur le groove persistant de la paire rythmique Cette musique impose sa fluidité dans une succession de titres curieux, aux climats changeants, qui ne contrarie en rien la persistante continuité de l’ensemble. Quelle est la ligne conductrice ? Le goût de la mélodie qui chante, dont la ligne claire se retient, avec autant de variantes que les frémissement passionnés d’une douce violence des soufflants.Un jazz qui ne perd pas ses repères, marqué de la touche « Bineau » qui dose toujours ses interventions, s’intégrant dans le son plein et riche du quintet.  Quand il avance, non masqué, dans toute la poésie du jazz, sensuel et mélancolique, résonne ce « No way back »  émouvant, rauque. Avec son complice Texier, ça chante vraiment comme dans la soyeuse et prenante musique au groove hypnotique de ce « Carousel » de cirque.        

On continue à suivre avec plaisir ce groupe qui se rôde en concerts et festivals. Avec le souhait de les voir passer près de chez nous….    

Sophie Chambon

 

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 22:31

Laborie Records – 2011

Vincent Mondy (Sx, Clar.), Simon H. Fell (Cb), Richard Comte (gt), Thibault Brandalise (Dms)

 

 mondy-copie-1.jpg

Navigant entre Free-Jazz et Rock alternatif, la Musique du quartet du clarinettiste Vincent Mondy reste, malgré cela, inqualifiable, faite de prises de risque, de libertés volontairement incontrôlées. Le son bourdonnant de la contrebasse de Simon H. Fell y est surement pour beaucoup, offrant une remarquable assise à l’orchestre. La découverte du batteur Thibault Brandalise est par ailleurs une surprise, ce musicien associe avec intelligence une sereine liberté créatrice avec le travail du son de ses peaux et cymbales. Faite aussi d’onirismes multiples, de résonnances aux reflets pourpres, de sombres élucubrations sonores telles des effluves aquatiques, cette Musique divinatoire prend sa source dans la complémentarité des musiciens qui la compose et l’interprète avec sagesse. Le côté explosif d’un tel projet est évidemment impossible à ignorer tant la jouissance à l’entendre et à la ressentir est réelle. L’électricité de l’instrument de prédilection du guitariste Richard Comte ajoute un esprit rageur à l’ensemble, force est de constater son étonnante maîtrise du timbre, comme dans Free Nelson. Vincent Mondy, quant à lui, se retrouve porté par une affluence d’interactions diverses entre ses collègues, provoquant en lui l’envie d’y participer par le biais de l’improvisation, là aussi sans limite de temps et d’ambitus. Les compositions sont le fruit du travail de leurs interprètes, elles sont quelques fois organisées autour de simples ostinatos, dans Sdf par exemple, de mélodies faussement aléatoires, comme dans Over Black & Grey, de violences extrêmes, en témoigne la partie improvisée d’Ethnocentric. Le calme refait surface le temps d’une balade intense de lyrisme (Diaphane), comme pour refermer cet album incommensurable de talent. Une énergie redoutable occupe la majeure partie de ce disque qui se révèle être étonnant de sincérité.

Tristan Loriaut

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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 19:45

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Au Smalls dans Greenwich pour voir le saxophoniste Jd Allen  photos-2011-2012-0870-copie-1.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans l'obscurité du Stone, Sylvie Courvoisier, une zornienne habituée des lieux

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Plus tard au Lincoln Center, un concert de Matt Wilson avec l'incroyable Terrell Stafford ( Tp) et le nom moins génial Gary Versace (p)

(où au bar nous avons rencontré Scott Robinson qui nous a appris qu'il venait de délaisser très provisoirement Maria Schneider ppour sortir un album sous son propre label

 

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Et puis pour ne pas repartir bredouille un saut chez Downtown Music gallery, la caverne d'ali baba où j'ai trouvé :

 

Thomas Chapin : "Menagerie dreams"

Ellery Eskelin / Sylvie Courvoisier : "Every so often"

Masada : "Live at Middelheim 1999"

Peter Brotzmann sextet : " Nipples"  1969

Taylor Ho Binum / John Herbet / gerald Cleaver : " Book of three"

Hamid Drake & BIndu : " Blissful"

 

 

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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 16:49

Nato

Tony Hymas (p), Chris bates (cb), JT Bates (dm)

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Chez Tony Hymas, il y a toujours le blues qui est là, plus ou moins caché derrière le rideau. Que voulez vous, il en y a c’est le bop, d’autres ce sont les grandes introspections solitaires, d’autres encore les rêveries debussiennes, Tony Hymas, c’est le blues. Le blues, oui mais toujours avec cet esprit frondeur, cette rebellion viscérale, ce souflul mind qui porte sa marque. Personne ne joue le blues comme Tony Hymas. Entendre Superhéro.

Il est entourè ici des frères Bates JT et Chris, les kids de Minneapolis que l'on avait entendu au sein de ce jeune groupe, Fat Kid Wednesday, ou encore ( s’agissant de JT) dans le très beau "Birdwatcher" de Michel Portal ou il étrait déjà associé aiu pianiste. Lorsque l’on sait que les gars Bates viennent du même coin qu'un David King ( The Bad Plus) on comprend qu’il ya chez eux le sens d’une rythmique qui ne donne pas vraiment dans la dentelle mais joue plutôt façon rock, ce qui n’est pas forcément pour déplaire au pianiste anglais dont le jeu très viril s’en accomode fort bien.

Hymas reprend quelques uns de ses titres anciens comme l'Origine du Monde ( qui dans un précédent album était magnifiquement entourré de cordes), ouvre l’album par un morceau chanté ( The way back home : ah cette voix bvenue du fond des ténèbres !) et offre même un hommage à Ferré en arrangeant Avec le temps.

Je n’ai pas entendu les références à Erroll Garner dont il est fait référence dans les liners notes. En revanche dans cet album qui replonge dans les racines du pianiste, le clin d’oeil à Red Garland m’a paru plus pertinent et carrément explicité ( Blues for Red Garland). On est loin ici du militantisme de Tony Hymas, aux antipodes de son travail sur les indiens (“Oyaté”), aux antipodes de son travail sur l’esprit résistant de la Commune. Tony Hymas a toujours affiché une immense liberté artistique, inclassifiable, irréductible à tout catalogue et il le démontre là encore à mille lieux de là où on pouvait l’attendre dans cette période pourtant propice à toutes les indignations.

Et pourtant le travail n’est pas non plus dénué d’engagement. Mais il est artistique, là encore échappant à toute figure de stéréotypique de style. Le jeu de Tony Hymas n’est jamais dans sa propre caricature. Mais il est dans un art du ressentir. L’expression fougueuse de Tony Hymas, très “rock” est ici souvent retenue pour laisse s’exprimer un  pianiste à l’extrême délicatesse. Il faut l’entendre sur La chanson du bonhomme porter le thème à haute intensité dramatique ou alors se faire lyrique sur Ferré avec beaucoup d’élégance.

Revenu au jazz , par ses propres moyens, Tony Hymas est ici plus apaisé ce qui ne l'empêche pas de démonter de bout en bout qu'il est véritablement ce que l'on appelle un artiste TOTAL.

Jean-Marc Gelin

 

Il y a quand même quelque cruauté à rééditer aujourd’hui, en même temps que Blue Door, le superbe album en trio avec Jean-François Jenny Clark et Jacques Thollot : « A winter’s tale » qui ne fait finalement que souligner que la rythmique des frères Bates est quand même loin d’être à la hauteur de cette mythique rythmique même si l’on n’est pas forcément insensible aux trésors d’ingéniosité déployés dans le jeu de JT Bates.

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 22:13

 

Olivier Hutman (p), Ya n Martin (tp), Matthias Malher (tb), Michael Nick (vl), Thomas Savy (cl), Pierre Wekstein (sax), Claude Brisset (cb), Philippe Dammais (dm)

 klezmer-nova-l-entre-deux.jpg

Attention, évènement de ce début d’année !

Les anciens de l'Orient Express Moving Shnorers se sont reformés il y a déjà quelque années en un nouveau groupe, une nouvelle forme, un nouvel esprit, un Klezmer Nova que certains (ils ont tort et ils sont de moins en moins nombreux) ne connaissent pas malgré les diverses apparitions du groupe sur la scène de l’Européen à Paris.

Klezmer Nova : on ne saurait mieux dire tant il s’agit d’un bien sérieux coup de neuf dans l'univers de la musique Klezmer trop souvent ancrée dans les archtétypes de la musique ashkenaze et des prodiges de Naftule Brandwein. Au point que bien que l'ancrage Klezmer soit très clairement affirmé et revendiqué comme le marqueur de sa musique, Pierre Wekstein a su néanmoins créer une musique iconoclaste, inventive, créative et hors tout champ stéréotypique puisant à de multiples sources.

Avec un superbe octet de jazzmen et un magnifique travail d'écriture, le groupe sonne autant comme un big band, que comme un combo Klezmer ou une fanfare balkanique. C'est que tout dans cet album relève d'une richesse musicale inouïe. Avec 28 titres regroupés autour de 3 thèmes ( Ladilafé, Takamaka Songe, Aedes Cosmopolites) Pierre Weikstein fait s'enchevêtrer l'humour, la poésie et la philosophie et autant d’influences musicales. Il y a du théâtre, de la danse, des rires et des larmes. Une dramaturgie magnifique comme l'aurait compris Albert Cohen. Et ça danse, parfois un peu genre Bar Mitzvah mais aussi et surtout comme une fanfare baroque où Solal et Mangeclous semblent emmener avec eux Emir Kusturica dans une folle sarabande où la vie s’exulte en jaillissements. Mais dire cela est pour autant réducteur à une configuration dont Pierre Wekstein ne cesse de s’échapper pour s’ouvrir à une écriture bien plus subtile comme Sysiphe 974 par exemple où il est plus question d’influence presque Debussiennes si toutefois l’on osait s’embarquer sur ce terrain. Et pourquoi pas Gorecki ? Oui d’ailleurs pourquoi pas ?

Il y a de l'intelligence dans cette musique là, dans son texte et son contexte. Mais aussi des moments d'émotion pure qui èmergent et nous renvoient à des textes sublimes issus de la culture Yiddish. Le violon, si étroitement lié à la tradition reprend aussi ses droits comme dans ce thème superbe (Le Songe) où il porte à son paroxysme une musique qui n’a dégale que la beauté des toiles de Chagall. Magnifique et déchirant Michael Nick. D’ailleurs c’est bien simple tous les solistes sont sublimes. Il faudrait parler de ce chorus incroyable de Yann Martin sur Bogalusa. Il faudrait parler aussi de Matthias Malher auteur d’un moment d’héroisme rugissant au trombone sur Ladi ou encore des envolées et des melismes sinueux de Thomas Savy. Il faudrait parler aussi de Claude Brisset et de Olivier Hutman qui portent les Déferlantes à un point quasi volcanique. Là encore l’écriture brillante de Pierre Wekstein et  ses arrangement non moins lumineux.

L’orchestre est en marche et fonctionne dans tous ses rouages. Capitivant il ne vous lâche pas et sait vous emmener irrésistiblement.

Que la culture Klezmer soit ou non la notre (moi jusqu’à présent les énervements Klezmero-zorniens avaient plutôt tendance à m’exaspérer), Pierre Wekstein parvient à en décloisonner son enracinement pour la rendre plus universelle. On jubile de bout en bout. On suit la troupe virevoltante et émouvante à la fois.

Cet album est assurément l'un des plus brillants de ce début d'année.

Jean-Marc Gelin

 

 

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 21:50

 

Universal – 2012

Bojan Z (piano, fender Rhodes).

 

bojan-z-soul-shelter.jpg

 

Voilà une dizaine d’année que le pianiste d’origine serbe n’avait pas produit un disque en solo. Le nouvel opus de Bojan Z a été enregistré en Italie dans l’auditorium implanté au sein même de l’usine de fabrication de piano Fazioli, où sont produits des instruments parmi les plus somptueux du monde. Aussi risquée qu’elle puisse paraître, c’est aussi dans cette démarche que s’inscrit la confluence des cultures, si chère au pianiste. Jouant dans ce disque en permanence sur les dynamiques qu’offrent de tels instruments, Bojan nous transporte à travers les sonorités diverses de ses compositions, alliant liberté et lyrisme comme à son habitude. Il faut bien sûr parler aussi de l’inséparable Fender Rhodes que le claviériste trimbale depuis des années, de plus en plus trafiqué, bricolé, modifié pour ses besoins créatifs. On y retrouve logiquement une sorte de dualité entre acoustique et électrique. Un équilibre entre le son droit, juste et parfait d’un piano imperturbable et la fantaisie du timbre distordu de cet instrument issu des sixties qu’est le Fender Rhodes aux notes fausses (ce qui fait ici tout son charme !). Effets de vibrato et de saturation viennent ajouter encore plus d’étrangeté à la sonorité du piano électrique. Comme si cela n’était pas encore assez, Bojan explore aussi les contours de son instrument, jouant avec le cadre comme l’on se sert de percussions, frappant sur les cordes comme pour revenir aux origines de l’Histoire de la Musique. Poésie frénétique de la balade, introspection d’un musicien dévoué à sa Musique, discours improvisé sans aucune limite de temps et d’ambitus. Reflétant l’âme du musicien, le disque solo est sans doute l’œuvre qui par excellence est la plus similaire à un miroir.

Tristan Loriaut 

 

 

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