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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 20:52

kami-quintet.png
KAMI QUINTET #2
Ajmiseries AJM 21
Allumés du Jazz

www.jazzalajmi.com
 

Concert au SUNSIDE le 5 avril 2012

Pascal Charrier (g, comp); Jérôme Mouriez (dm) ; Denis Frangulian (b)
Julien Soro (as); Bastien Ballaz (tb)


Human Spirals est le second album du KAMI QUINTET, groupe sudiste avignonnais né en 2004 (déjà !) dont Pascal Charrier est le guitariste-compositeur-leader et le saxophoniste alto Julien Soro,
la dernière nouvelle recrue d’importance.
Les chroniqueurs-critiques ont tous dressé la longue liste d’influences qui vont des polyrythmies de Steve Coleman à Rage against the machine et autres groupes postmodernes, sans oublier les Marc Ducret, Tim Berne…  Nous voilà donc rassurés, ce serait inquiétant, un groupe qui  démarre de rien. Or, Kami Quintet fait preuve d’une belle cohésion et sait gérer ses influences, avancer sans perdre ses marques, dominer ses repères, évoluer à sa façon, donner une impression de neuf en retricotant autrement les mailles du passé : sans volonté de faire du pareil au même, avec un certain sens de la transcendance. Encore une tentative de définition de ce que peut donner aujourd’hui le jazz, puisqu’enfin, ces musiciens se rangent dans cette catégorie pour signifier le surgissement, l’ irruption brutale. Du jazz métissé de rock, hard rock voire metal, et électro. Un incessant va-et-vient, un croisement d’où sort une transe, un groove, un « je ne sais quoi», sous la pulsion d’une rythmique essentielle, sèche, tendue, fondamentale.
Et ça commence de très belle manière par ces ostinatos où la batterie et les polyrythmies se glissent, bientôt relayées par la guitare, le saxophone et le trombone : la "Spirale 1" en deux parties impose de longues plages répétitives, tourneries en boucles, une transe voulue et imposée, un désordre très réglé, un dérèglement organisé.
Heureusement les changements de rythme fréquents sont assez pertinents pour déjouer les premiers paris. Les nappes de son laissent place aux éclats essentiels du jeu de timbres, entre le trombone  très présent de Bastien Ballaz, l’alto complice de Julien Soro (ces deux là se connaissent de Ping Machine, autre groupe prometteur) et les soli éruptifs de la guitare de Pascal Charrier. On demeure attentif, pris à contrepied par les ruptures, on apprécie aussi les plages plus délicates, véritables respirations comme «La caresse du présent», repos intelligemment calé aux ambiances plus lyriques, aux envolées délicatement fougueuses. Au milieu du disque, la "Spirale 5" favorise le décollage, alors que dans "La marche", la basse grondante et souterraine s’accorde à la guitare sombre et tourmentée, le soubassement étant assuré par une rythmique impeccable (Julien Mouriez et Denis Frangulian) renforcée par le trombone. Nouveau démarrage à la Led Zep sur "Lentement" et puis, ça zigzague à nouveau, de plus belle, avec tous ces petits bruits et autres artefacts qui empêchent de s’installer durablement.
Le groupe affirme avec intelligence un véritable sens de la nuance, sachant décaler les perspectives, imposant finalement une musique ni improbable, ni inclassable. Une certaine rigueur est de mise dans cette aventure collective où l’esprit de groupe ne laisse jamais de côté les individus.

 

Sophie CHAMBON

NB : A noter la pochette cartonnée sobre de cet album de la collection Ajmiseries qui affirme l’éclectisme du directeur artistique, affichant ses goûts et coups de cœur : ainsi, circule-t-on entre les états du piano, version René Bottlang, Perrine Mansuy ou Philippe Le Baraillec, l’orchestration big band Sylvia Versini et le rock jazz vigoureux du Kami quintet.

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3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 14:51

ENJA 2012

Franco Ambrosetti (tp, flgh), Abraham Burton (ts), Geri Allen (p), Gianluca Ambrosetti (ss, carbophone ??), Heiri Kaenzin (cb), Nasheet Waits (dm)

 

 ambrosetti.jpeg

Le trompettiste suisse se situe depuis toujours entre deux mondes, entre l’Europe d’où il vient et les Etats-Unis où il a l’habitude de jouer depuis de très nombreuses années. Et où il a noué de solides amitiés avec des musiciens du plus haut vol qui soit. Ce qui pourrait apparaître comme un all-stars où l’on retrouve l’un des ténor du Mingus Big Band ( Abraham Burton), la pianiste de Pontiac ( Usa) ou encore l’homme aux 10.000 vies, le batteur Nasheet Waits n’est en fait le prolongement naturel du travail que le trompettiste tessinois effectue ainsi à New-York. Et ce 14ème album réalisé pour la label ENJA là aurait tout aussi bien avoir été réalisée dans un live au Vanguard tant on sent que ces musiciens là parlent avec spontanéité le même langage. Celui d’un jazz qui embras(s)e d’un même mouvement le hard bop à la musique coltranienne et celle de Miles.

Autant le dire, cela joue à un niveau particulièrement élevé.

Même si on n’est pas très emballés par les arrangements qui fleurent parfois un classicisme un peu désuet, on ne peut en revanche qu’être séduit par l’apparente spontanéité de la rencontre. On en retiendra les interventions exceptionnelles (quel son !) d’Abraham Burton  (genre nouveau colosse du ténor) qui s’inscrit dans la lignée des très très grands ( écouter sur Agean Waves). On l’a dit les thèmes écrits par trompettiste ou même celui écrit par son fils ne sont pas absolument renversants et il faut attendre un morceau superbe de 21 minutes, composé par Miroslav Vitous, Mirobop pour que la musique prenne enfin un certain relief. On a alors le sentiment de sortir un peu du sempiternel alignement des chorus pour entendre une construction bien plus saisissante où la verve coltranienne de Burton et les tonitruances de Géri Allen emportent tout.

Quant à Franco Ambrosetti il démontre d’un bout à bout qu’il est effectivement un de ces immenses transmetteurs d’histoire et de tradition. On évoque souvent parlant de lui Miles comme référence ultime. Allez savoir pourquoi, j’ai dans l’oreille, en l’entendant le timbre de Clark Terry et cette chaleur inimitable dont le trompettiste suisse se rapproche sans jamais s’y brûler. Avec la même incandescence.

Jean-Marc Gelin

 

A noter les interventions de Gianluca Ambrosetti au Carbophone, instrument bizarre  ( entre l’alambic et le mini scaphandre) à la sonorité un peu laide

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 11:22

 

One heure Onze 2012

Olivier Laisney (tp), Stephan Caracci (vb), Joachim Govin (cb), Thibault Perriard (dm), Adrien Sanchez (ts) + Denis Guivarc’h (ts)

 

 laisney.jpg

 

Olivier Laisney est un jeune trompettiste que l’on commence à voir dans certains nouveaux groupes de la scène parisienne à l’instar de ce « Dress Code » dont nous nous étions récemment fait l’écho dress cde

Laisney est un jeune trompettiste qui a des choses à dire et qui le montre ici dans cet album sous son nom où la musique qu’il propose est un bel hommage au maître Steve Coleman. Autant dire qu’il faut vous préparer à entrer dans une musique complexe où les atonalités côtoient les rythmes impairs comme une sorte de conception quasi mathématique de la musique.

Cela joue alors à fleuret moucheté avec une certaine élégance mais sans toutefois complètement éviter les clichés de l’écriture Colemanienne. L’instrumentum est convaincant et les nappes de Stephan Caracci au vibraphone donnent à cette musique un certain charme envoûtant. Olivier Laisney qui n’a certainement pas la partie facile y fait montre d’une très grande maîtrise technique. Adrien Sanchez et Denis Guivarc’h invité sur deux titres portent haut cette musique kaléidoscopique qui relève d’un processus complexe.

 

Cela peut sembler hermétique, mais ces jeunes-là , même avec leur académisme, parviennent néanmoins à nous embarquer. Il n’y a plus qu’à se laisser faire et entrer avec eux dans un labyrinthe totalement fascinant.

Jean-Marc Gelin

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 21:47

 

ECM 2012

Mark Turner (ts), Ethan Iverson (p), Ben Street (cb), Billy Hart (dm)

billy-hart.jpg

 

 Avec ce nouvel album du batteur qui sort chez ECM, on a le sentiment d’assister à la rencontre du calligraphe et du plasticien.

Car l’art du saxophoniste Mark Turner s’apparente de plus en plus à celle de la maîtrise et de l’élégance du geste que l’on rencontre chez ces maîtres zens. À la fois très précis, le geste souple, ample et soyeux. Avec cette puissance du son projeté et ce grain d’une sensualité déconcertante. Mark Turner qui amène ainsi la musique à une rare intensité émotionnelle.

Quant à Billy Hart, c’est un créateur de reliefs sonores qui utilise toute la palette de son instrument, des sons les plus graves aux plus clairs. Tous les deux sont les pièces maîtresses de cet album. Ceux avec lesquels les deux autres sont en emphase. Et l’on notera aussi la présence du pianiste de Bad Plus  Ethan Iverson, étonnant dans ce registre à contre-emploi et Ben Street qui ancre cette musique dans quelques telluriques profondeurs.

Ce groupe a de l’élégance. L’élégance de ce qu’il dit. Dans la façon de le dire plutôt que sur ce qu’il exprime réellement. Avec retenue certes mais aussi avec cette façon qu’ils ont de concevoir ensemble la musique, de la façonner, de s’imaginer chacun comme l’élément d’une homogénéité où tous les rouages s’accordent dans l’harmonie.

On pense à continuation de l’œuvre de Paul Motian puisqu’il s’agit ici d’un autre batteur bien que l’on ait raison et tort à la fois d’en faire la pièce centrale.

Tort parce que l’histoire de ce groupe est assez étonnante. Ce groupe avait en effet été constitué à l’origine à l’initiative du pianiste et de Mark Turner  jusqu’au jour où le batteur proposa que ce groupe, à l’occasion d’un concert, joue sous son propre nom. Etrange, mais bon choix si l’on s’en remet à une notion purement marketing ! Mais il n’y a pas que du marketing là dedans car, sur le fond c’est effectivement le batteur qui est un élément fédérateur de la musique, à la fois en sa qualité de compositeur de la moitié des titres mais aussi dans son jeu, dans sa façon de délimiter l’espace de jeu. Dans cette approche très directive de l’instrument.

Cet album a ainsi le charme fou de ces lignes nettes et douces à la fois. Comme le rivage que d’un bateau on commence à percevoir avec précision, au sortir de la brume. Il y a là une sorte d’invitation au voyage, à la déambulation aériennes, dans les airs, et au travers des nuages. C’est dire si cet album est dans une sorte d’apesanteur à laquelle il est bon de pouvoir s’abandonner. En toute quiétude.

Jean-Marc Gelin

 


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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 12:54

 

Laborie Jazz 2012

Shai Maestro (p), Jorge Roeder (cb), Ziv Ravitz (dm)

shai-maestro.jpg

 

En regardant l’autre soir, aun Duc des Lombards Jean-Michel Leygonie ( le patron  et producteur de LABORIE jazz), regarder avec autant de tendresse que de fierté et d’admiration le nouveau pianiste qu’il vient de prendre sur son label, je me disait que ce garçon avait un amour sans borne pour les pianistes et que ces derniers le lui rendaient bien. Au centuple même. Car après Yaron Herman, Murat Ozturk ou encore Perrine Mansuy, voilà qu’il présente aujourd’hui un nouveau venu dans notre paysage, le pianiste israélien Shai Maestro qui signe par la même occasion son premier album.

 

Lorsqu’il m’en a parlé, j’ai d’abord cru qu’avec un nom aussi prédestiné ( « Maestro », voyons Jean-Michel ça ne fait pas très sérieux !) cela devait être un hoak !

J’ai donc voulu voir de quoi en retournait ce prodige annoncé puisque, juré craché, il paraît que j’allais voir ce que j’allais voir et que j’allais être terrassé par la découverte de ce pianiste exceptionnel.

Et force est de constater qu’on ne m’avait alors qu’à moitié menti. Juste à moitié. Car non seulement j’ai effectivement découvert un nouveau talent immense du piano, pas loin de ce prodige proclamé mais, ce que l’on avait oublié de me dire, c’est que j’allais en prime me prendre en pleine poire la puissance exceptionnelle d’un power trio de très haute, très très haute volée. Car ces trois-là prennent en effet la musique à bras le corps, avec une générosité et une passion capable de dégager autant d ‘émotion, de poésie mais aussi de puissance radicale dans l’expression forte du flow de musique, courant torrentiel qui emporte tout.

 

A 25 ans à peine, Shai a déjà du métier. Songez qu’il accompagnait à 19 ans à peine son coreligionnaire et contre bassiste Avishai Cohen dont on le sent d’ailleurs très proche musicalement. Influence assurément très prégnante pour le tout jeune pianiste. Si l’on ajoute le fait que Shai Maestro a apprit le piano en Israël avec  Opher Bayer, le même professeur que Yaron Herman, on a tout de suite bouclé la boucle. Mais pas de quoi prendre des raccourcis qui en feraient un Yaron Herman bis. Car les deux hommes ont leur propre expression et une musicalité totalement différente. La musique de Shai Maestro suit moins les traces de Keith Jarrett. On pourrait plutôt dire qu’elle s’inspire un peu de Brad Meldhau pour le trio jazz moderne, un peu de pop jazzifié ( façon Svensson) et, point commun avec Yaron Herman, de la musique traditionnelle que l’on retrouve parfois. Une forme donc très syncrétique de sa musique. La technique de Shai Maestro impressionne dans sa façon de délier ses improvisations où sa puissance et sa vélocité s’expriment dans une sorte d’élan musical irrépressible. Et en revanche lorsqu’il ralentit le tempo, le pianiste avec  une impressionnante maîtrise du temps, laisse l’espace à la musique et lui donne de la profondeur. Feeling rare !

Mais la force tellurique de cette musique est aussi le fait, on l’a dit, de ce formidable trio (écouter One for AC !!) et cette énergie collective qui se dégage. Ziv Ravitz apporte le talent d’un surdoué de la polyrythmie qui fait se mouvoir la musique de Shai Maestro. Avec Ravitz, la musique danse naturellement et vit en rythmes démultipliés, défragmentés. Ravitz est une déesse aux 100 bras. Quant au péruvien Jorge Roeder beaucoup moins connu, il en impose avec un son ENORME et une présence qui rappelle justement celle d’Avishai Cohen.

 

De quoi en faire pour un premier disque un véritable petit événement sur la planète du jazz. De ce trio, c’est sûr, on va entendre parler longtemps. Gageons qu’il saura convaincre tous les patrons de festivals. Car ce trio-là gorgé de vie et de passion a tout pour transmettre la flamme.

Jean-Marc Gelin

 

 


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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 22:10

 

Daniel Filipacchi.

Editions Bernard Fixot. Février 2012.


Brother Daniel, Billie, Art, Charlie, Django et les autres

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Pour toute une génération –la mienne, les natifs de l’immédiat après-guerre (la seconde)- son nom équivaut à la découverte du jazz sous toutes ses formes : le sérieux avec Jazz Magazine, le ludique avec Pour ceux qui aiment le jazz, émission radio quotidienne. Un marqueur de ces années 50-60 où le jazz était populaire et faisait danser dans les « surprise-parties ».

Associé dans cette croisade avec son compère Frank Ténot, Daniel Filipacchi passe aujourd’hui en revue sa vie, sans tambour ni trompette, avec humour et franchise dans « Ceci n’est pas une autobiographie ». Un titre en forme de clin d’œil à l’œuvre de Magritte, lui, le collectionneur érudit des peintres surréalistes, qui reflète bien l’esprit de cette « brique » de quelque 400 pages, souvenirs sous forme de chroniques jetées au fil de la plume, ou plutôt de l’ipad par l’ex-magnat de la presse magazine (40 publications, Paris Match, Lui, Salut les Copains, Photo, Woman’s Day, les Cahiers du Cinéma…).   

En feuilletant ce livre curieusement (encore un clin d’œil) qualifié de roman, l’amateur de jazz découvrira comment le jeune Daniel, né en 1928, grande année pour Armstrong et Duke, se prit de passion pour la musique syncopée. Son père, Henri, natif de Smyrne, futur créateur de la collection Livre de Poche, en était fan et recevait moult disques envoyés par son frère Charles émigré à New York. Habitant Saint Germain des Prés, Daniel rencontre Django Reinhardt, se trouve à Pleyel en 48 pour « le » concert de Dizzy Gillespie et retrouve le trompettiste dans une petite boîte du New Jersey avec Charlie Parker. Grand choc et premier entretien pour le jeune photographe avec un « Bird » dont la disparition en 1955 conduira à la naissance de « Pour ceux qui aiment le jazz ». Invité à présenter en catastrophe sur Europe n°1 quelques disques du saxophoniste, Filipacchi se voit dès le lendemain confié une émission de jazz…S’ensuit l’organisation de concerts, la production de disques… et la reconnaissance des jazzmen dont témoignent « Brother Daniel » de l’organiste Lou Bennett ou « Blues March for Europe n°1 » d’Art Blakey, gros succès chez les disquaires.

Au milieu de dizaines de rencontres avec des célébrités du monde des arts et des lettres qui émaillent cet ouvrage –Céline(en exil au Danemark), Cocteau, Georges Pompidou, Marlene Dietrich (qu’il invite à danser), Jean Genet (qui le voit comme un « jeune Citizen Kane ») André Masson…- les jazzmen tiennent une place, modeste mais marquante. On retiendra pour l’émotion une journée parisienne avec une Billie Holiday à la dérive, ou une soirée dans un club new yorkais désert avec un Art Blakey qui s’adresse au producteur : « Daniel Filipacchi vient d’un pays où le mot jazz n’a pas la même signification qu’ici où toutes les excuses sont bonne pour ignorer notre musique.(…) Le jazz est pourtant l’une des seules choses valables que nous autres pauvres américains avons à donner au monde ».

Aujourd’hui encore figurant à l’ours de Jazz Magazine-Jazzman avec le titre de Chairman emeritus, Daniel Filipacchi a bien mérité du jazz. Et dans « Ceci n’est pas une autobiographie » l’éditeur évoque avec cœur ce jazz, l’une des grandes passions de sa vie avec le surréalisme et la bibliophilie.

 Jean-Louis Lemarchand

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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 11:23

Hildegard-Lernt-Fliegen_Cinema_w018.jpgSortie en France jeudi 29 mars 2012-03-07 Unit records /Abeille
En concert Mercredi 28 mars au Centre culturel suisse

 


Andreas Schaerer: voice, human beats, compositions; Mathias Wenger: alto& soprano saxophones
Marco Muller: bass; Benedikt Reising : baritone & alto saxophone, bass clarinet
Andreas Tschopp: trombone, tuba& sousaphone; Christoph Steiner: drums, typewriter, glockenspiel

 

On reçoit tout d’abord un étonnant objet pour qui est sensible à l’emballage : Cinema Hildegard, ce sont deux rondelles de disque (1 CD « Live in Moscow » et 1 DVD «Tales Wander» ) dans un coffret boîte,  à la couverture de BD fantastique, un livret de photographies et un poster. Le DVD couvre une tournée européenne dans divers clubs : Dresden, Berlin, Vienne et enfin Moscou, où le concert sera filmé en live avec une guest singer du cru, Marina Sobyanina. On se retrouve  au sein du  public, dans l’intimité de  petites salles, partageant  les conversations de bar en russe, assez impayables. Les Russes que l’on sait mélomanes semblent apprécier le mélange libre des genres. Totalement ébahi, dès le premier titre de l’album,  on assiste au show de ce groupe au nom totalement improbable et invendable en France du moins, Hildegard lernt fliegen. Hildegard, fait référence à  « Helden Jungfrau », la jeune fille vierge et héroïque... Appellation amusante  d’autant que le groupe est composé de jeunes mâles bien velus... C’est enjoué, suffisamment décalé, délirant. Mais comme le remarque fort justement un spectateur russe, ils sont loin d’être fous, même si leur musique paraît dérangée : évidemment, le disque seul ne saurait rendre justice à cette joyeuse équipée, même s’il est suffisamment plaisant pour  nous embarquer dans le voyage. Le spectacle  tient du cabaret berlinois à la Kurt Weil, de la comédie musicale et des collages hyper précis et mesurés à la baguette (de pain !) comme Zappa. On ne peut s’empêcher de penser au génial moustachu en regardant le chef, totalement incontrôlable, qui compose et conduit en vrai directeur de troupe. Il raconte d’ailleurs l’anecdote célèbre du concert de Montreux où le feu prit, sans toutefois préciser que cela allait inspirer le mythique «Smoke on the water» de Deep purple.
Les commentaires sont en français, en allemand (les musiciens sont Bernois), et même baragouinés en quelques mots de russe. Les  chansons,  en anglais ou en dialecte, racontent la Suisse  par monts et vallées  comme dans « Vom fernem Kern des Sache » en schwitzer dutsch, souvent hermétique aux germanistes. La musique survole une vaste géographie, des sommets alpins à l’immensité désertique de la steppe ou de la toundra, avec rythmes balkaniques, Europe de l’est oblige. Les musiciens sont épatants et font le spectacle : du trombone fou, bien délirant qui growle et grogne, s’énerve ou jubile aux autres soufflants parfaitement en place, tout en ne se prenant jamais au sérieux. Ecoutez les grommeler dans  « Rimze  khala rimze ». On ne comprend pas mais  ça ne fait rien. La section rythmique est au diapason, ils dérapent et changent d’axe constamment, d’autant que le public répond à ce feu d’artifice. « Are you in the mood ? »
 Et puis... il y a  le leader, dont on se dit très vite qu’avec Andreas Scherer, Méderic Collignon a trouvé mieux qu’un émule, un alter ego, voire un maître, un véritable funambule capable de sortir tous les sons, boîte à rythme vivante mais aussi crooner digne de Sinatra. Histrion fou, comédien capable de tenir en haleine en racontant des histoires absurdes, un personnage de cartoons, un Screaming Jay Hawkins, qui ne se prend pas au sérieux. Dès «Suite for murderers and drinkers », on ne s’ennuie pas une seconde à ce théâtre baroque, à cette représentation farfelue mais parfaitement réglée. Et une fois encore, on envie les Parisiens qui auront pu  les voir au Centre Culturel Suisse ces jours ci...
Sophie Chambon 

 

 

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 23:12

 

Outnote records/ Distribution Harmonia Mundi

www.outhere-music.com/outnote

DANCEFLOOR_Leila_martial_pochetteok.jpg

 

Dans les bacs le 20 Mars 2012 et en concert  le 23 mars au Sunset, rue des Lombards

Il  y a tellement de chanteuses qui sont lancées tous les jours sur le marché  du disque que l’on avoue une certaine réserve. Ça glisse.

 Il en est, par contre, comme Youn Sun Nah, dont on aime immédiatement la voix, le phrasé et tout ce qui sort de son instrument vocal ! Aussi quand certains experts du mundillo jazzistique ont évoqué leur intérêt pour le travail d’une certaine Leila MARTIAL, je n’ai pas hésité à me procurer l’album.

Avec son alter ego, le batteur Eric Pérez qu’elle connaît depuis cinq ans, elle a composé les chansons de l’album, chacun essayant de mettre en valeur le talent singulier de l’autre. Du «sur mesure » donc sauf la reprise de Mal Waldron «Left alone», choix intéressant qui convient à leur esthétique.

Mais revenons au parcours de la jeune chanteuse : née en 84, elle est passée par le collège de Marciac et diverses écoles pour être stimulée, se fixer des objectifs et des comptes à rendre. Elle avoue dans le « portrait éclaté » des notes de pochette qu’elle a comme référent le saxophone, et qu’elle ne s’est pas identifiée aux vocalistes pendant son apprentissage. Ce qui n’est pas gênant en soi pour nous. Elle avoue qu’elle n’ambitionne plus de révolutionner le chant, qu’elle préfère consacrer sa belle énergie sans fragiliser sa voix, au chant pur et à l’émotion. Elle aime la scène, l’improvisation (cela s’entend),  invente un langage imaginaire sans paroles, entre cri et mélopée, favorisant  tout un travail intérieur. Elle s’analyse enfin avec lucidité : j’ai une voix très fluette, en somme sans beaucoup de volume...une tessiture de soprano colorature aiguë, là où je me fantasmais une voix profonde et grave.  Le chant et sa pratique nous révèlent en fait à nous même plus sûrement parfois qu’une analyse. La jeune Leila a réussi son pari d’apparaître comme une musicienne au sein du quartet composé, en plus du batteur qui fait aussi des voix, d’un saxophoniste ténor et soprano Jean Christophe Jacques, d’un contrebassiste Laurent Chavoit.

Dance Floor est le drôle nom de cet album qui,  pour mélodique et rythmé, n’est pas pour autant  praticable sur une piste de danse. Leila n’est pas souvent en avant comme la chanteuse de jazz classique mais s’intègre en arrière plan dans le mélodique « Matin d’automne », le délicat « Petite fêlure », se lance dans le remuant « Dance Floor» bien nommé ou encore le final surprenant « Voyageur... ».

Refusant les classifications, souvent étroites dans le jazz vocal, Leila Martial s’affirme « chanteuse tout terrain ». Boutade ou affirmation guerrière, la chanteuse et son groupe ont fait, si ce n’est notre conquête,  suffisamment impression pour qu’on ait envie de les entendre live et ...de les suivre. Album prometteur.

Sophie Chambon

 

 

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 21:29

 

BLUE NOTE 2012

Robert Glasper: piano, Fender Rhodes, keyboards; Casey Benjamin: vocoder, alto saxophone, flute (1, 2, 4-6, 8-12); Derrick Hodge: bass; Chris Dave: drums; Jahi Sundance: turntables (1, 10); Eykah Badu: vocals (2); Lalah Hathaway (3, 12); Mos Def: vocals (10); Shafiq Husayn: vocals (1); Bilal (4, 11); Stokley Williams: vocals, percussion (9, 12); Chrisette Michele: vocals (7); Musiq Soulchild: vocals, sampling (7); Meshell Ndegeocello: vocals (8); Amber Strother: vocal (6), Anita Bias: vocals (6); Ledisi: vocals (5); Lupe Fiasco: vocal (4).

 ROBERT-GLASPER.jpg

Après nous être fait l’écho du dernier album de la bassiste Esoperanza Spalding, il nous est paru intéressant de nous pencher sur une autre superproduction à l’américaine avec le dernier album de Robert Glasper.

Pourquoi les mettre tous les deux sur le même plan ? Tour d’abord parce que l’un comme l’autre, malgré les 6 ans qui les séparent illustrent bien cette nouvelle scène du jazz outre-atlantique. La bassiste a 28 ans alors que  Robert Glasper en a 36. Et c’est pourtant le pianiste qui semble s’imprégner de références plus modernes associant à son album des chanteurs de Hip hop comme Bilal ( always shine) ou des chanteuses de la trempe de Meschell Ndegeocello ou encore le rappeur Lupe Fiasco. Un foison d’invités. Pareil chez Esperaneza Spalding qui ouvre les portes en grand mais qui se montre plus classique dans ses choix affirmant son attachement à une certaine forme de jazz et allant chercher soit du côté d’un funk revival soit du côté de Wayne Shorter qui, on le sait son terrain de prédilection.

 

Dans un cas Esperanza Spalding retrousse les manches et fait à peu près tout ce que l’on peut faire pour réaliser un disque se mettant volontairement très en devant, soit par son jeu d’instrimentiste soit en tant que chanteuse. Dans l’autre Robert Glasper joue un rôle énomre dans l’album mais se fait beaucoup plus discret et néanmoins très présent à la fois, refusant pour autant de faire un nième disque classé jazzy et dans lequel où on l’entendrait prendre des chorus ( il l’explique dans jazzmag). C’est moins lui que l’on entend ( quoique), que ses invités qui se relaient à tout de rôle.

 

Dans un cas, avec la jeune chanteuse, l’album est groovy et invite à la pulse. C’est un album que l’on sait pouvoir exporter sur scène.

Dans l’autre, il s’agit plus d’un album à climat lounge, assez fascinant par son univers entre-deux, entre chien et loup et qui ne manque pas de charme et de sensualité. Mais de cette forme de smooth jazz on a un peu de mal à imaginer qu’elle puisse passer le cap du live sans provoquer à la longue une pointe de lassitude.

Car autant Esperanza Spalding nous surprend chaque fois au détour de ses compositions, autant après être rentré dans l’album de Glasper, on est saisi par son caractère très linéaire jouant sur une esthétique un peu monotone mais néanmoins totalement captivante. Des moments émergent parfois comme cette façon très R’n B avec laquelle la chanteuse Ledisi ( Gonna be allright) apporte son énergie et l’on est totalement dans ce charme vaporeux de Bilal sur letter to Hermione. Moins conaicus en revanche par ces deux tubes coltraniens , Love Supreme et Afro Blue (qui n’est d’ailleurs pas un thème de Coltrane).

 

Les deux jeunes artistes savent aussi que tout se cache dans les détails et dans l’art de la post production qui devient de plus en plus la partie, sinon la plus importante, du moins majeure dans la production d’un album au même titre que le studio. La leçon de Miles peut être.

Il faut ainsi entendre la version  très surprenante et décalée de Smells like teens spirit tiré de l’album « Nevermind » de Nirvana où, indépendamment du traitement assez spectaculaire du son au vocoder, les rajouts hors studio sont assez stupéfiants.

Jean-Marc  Gelin


 Ps : Pur hasard ( ou pas), dans les deux cas, une même invité, Lalah Hattaway, la fille de Donny, qui fait notamment sensation chez Glasper sur Cherish the Day.

 

 

Ps : Pur hasard ( ou pas), dans les deux cas, une même invité, Lalah Hattaway, la fille de Donny, qui fait notamment sensation chez Glasper sur Cherish the Day.

 

RETROUVEZ ICI LA CHRONIQUE DE ESPERANZA SPALDING : « Radio Music Society

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 15:22

 

Fantasy Concord 2012

 esperanza-spalding.jpg

Voilà bien de quoi faire taire une fois pour toute les grincheux qui ne voient dans la jeune bassiste qu’une sorte de poupée jolie, faiseuse de scène, une show woman qui serait bien mignonne mais sans talent. Combien de fois avons-nous entendu cette même et vieille histoire. Esperanza Spalding ne serait donc qu’un pur produit marketing ?

Songez pourtant que tous se pressent autour d’elle, soit pour jouer dans son dernier album (et la liste est longue :  Jack de Johnette, Joe Lovano, Terry Line Carrington, Gretchen Parlato, Lionel Loueke, Lalah Hattaway – la fille de Donny, Jeff Lee Johnson…), soit juste pour venir en studio lui prodiguer des conseils (Wayne Shorter, ¨Prince, rien moins que ceux-là). En seraient-ils réduits à faire le pied de grue devant le phénomène du moment ?

Mais là n’est pas l’essentiel car si l’on ne dit que cela, on ne fait finalement que du name dropping, en oubliant l’essentiel.

Revenons à l’essentiel.  Esperanza Spalding démontre ici avec ce nouvel album qu’elle est à elle seule un concentré de talents. Incroyable instrumentiste bien sûr ( une ligne de basse à tomber par terre comme sur Endangered species ou sur Crowned and kissed ou Let her) , une compositrice au talent fou ( Cinnamon trees, Radio songs, vague suspicions) où elle allie des chansons aux lignes mélodiques simples à une complexité harmonique qui tire tous les enseignements de Shorter. Ajoutez qu’elle est une chanteuse d’une joyeuse candeur, remarquable de fraîcheur et une arrangeuse qui, avec l’aide de Gil Godstein, fait de véritables prodiges en post prod. Mélangez tout ça, mettez-y un groove terrible dans une veine funky avec une pointe de revival 80’s et vous en faites un album au plaisir absolument délectable. Et tout cela sans jamais céder à la moindre facilité commerciale. Car si le plaisir est évident, la musique ne cède en effet jamais à la facilité d’un easy listening. Au contraire la musique d’Esperanza Spalding séduit aussi bien les amoureux du groove que ceux d’une musique exigeante. Rare opportunité, Wayne Shorter l’a même autorisée à mettre des paroles sur Endangered species tiré de l’album Atlantis ( ce qu’il refuse toujours par principe). Mais parfois, elle se limite à l’essentiel comme sur I can help it morceau chanté par Michael Jackson ( dans « The Wall ») et écrit par Stevie Wonder, où la bassiste choisit d’adopter finalement la version récente chantée par Gretchen Parlato avec l’accord (et même les voicing) de la chanteuse. Comment ne pas voir aussi les hommages qu’elle rend parfois à Herbie Hancok dans ces contours mouvants, déconcertante au point que parfois sa musique peut perdre en lisibilité pour les distraits, ceux qui n’ont qu’une oreille un peu zappeuse.

 

C’est groovy en diable, c’est foisonnant de milles richesses. Et dans ce parfum revival, c’est aussi terriblement moderne. Esperanza Spalding ré-enchante le funk !

 

Et voilà bien un album remarquable d’un optimisme décapant. Tous les musiciens qui l’accompagne se donnent à fond avec juste ce qu’il faut de savoir faire. Ensemble ils créent le « son ». A 28 ans la chanteuse de Portland, après avoir signé un album un peu décevant (Chamber Music Society) montre ici une autre facette de son talent, impose ses choix et sa vison du jazz d’aujourd’hui. À découvrir de toute urgence.

Jean-Marc Gelin photos-2010-2011 0951

 

Attention quand même à ne pas se laisser abuser par ce clip de démo ridicule qui ferait plutôt penser à une pub américaine pour une compagnie d'assurance vie !

Ou comment détruire l'image d'une artiste avec une comm' inepte

 

 


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