Verve 2011
Stephane Belmondo (tp, fchn), Kirk Lightsey (p, fl), Sylvain Romano (cb), Billy Hart (dm), + Laurent Finckelson (p)

Rien de moins pour le nouvel album de Stéphane Belmondo que les honneurs du prestigieux label Verve. Il faut admettre que rares (voire rarissimes) sont les frenchies qui sont allé signer sur le label de Norman Granz. Et pour ce tout nouvel album notre trompettiste toulonnais reste sur le terrain qu’il affectionne, celui des rencontres avec quelques pointures du jazz qui en ont écrit les plus belles histoires. On sait le travail fait avec son frère Lionel avec Yusef Lateef. On sait aussi le beau projet qu’ils développèrent ensemble avec Milton Nascimento. Ici c’est en quartet que Stéphane Belmondo accueille deux vraies légendes du jazz, le pianiste Kirk Lightsey et le batteur Billy Hart. L’un, le pianiste de Détroit ( la patrie de Hank Jones) a 74 ans et a traversé la scène du jazz américain avec tous les plus grands (Chet Baker, Dexter Gordon, Kenny Burrell, Anita O’day, Chico Freeman, Lester Bowie etc…). L’autre, Billy Hart de trois ans son benjamin n’est pas en reste, lui qui a joué avec Miles, Gil Evans, Lee Konitz et tant d’autres. Tous deux trouvent aux côtés de Stéphane Belmondo un terrain d’entente sur une musique post hard bop sur lequel tous les trois excellent. Qui plus est, Stephane qui a bien souvent joué avec Lightsey entretient une réelle complicité avec le pianiste. Restait à ajouter un super copain, Sylvain Romano à la pulse d’une précision métronomique et diabolique pour en faire un super combo.
Adepte des rencontres, Stéphane Belmondo,est à l’aise dans ce jardin-là dans une ambiance qui ressemble fort à celle d’un concert de club tant il y a de l’instantané là-dedans, du pas calculé, du plaisir de jouer et de se lâcher comme les affectionne Belmondo. On imagine bien que cet album pourrait se décliner en 30 titres et aller jusqu’au bout du petit matin.
Et pourtant on retrouve ici le trompettiste dans un registre bien plus apaisé qu’à l’accoutumée, un peu moins démonstratif mais dans la totale plénitude du chant de l’instrument. Traversé un peu corps et âme par le bugle à l’image de la pochette de l’album. Et c'est ici un Stéphane Belmondo tout nouveau, rayonnant presque printanier qui émerge ici. Un musicien bien dans ses baskets dont on se dit que la récente venue de la petite Rita (à qui Belmondo dédie un beau titre, light upon Rita) ne doit pas y être pour rien.
5 compositions de Belmondo, une de Stevie Wonder (qui ne figurait pas dans « Wonderland » son hommage superbe à Stevie), une de Lightsey, un standard ( Eveything happens to mequi est aussi le titre éponyme d’un album du pianiste), un thème de Wayne Shorter ( aussi repris dans un album que le pianiste a dédié au saxophoniste) constituent l’essentiel du matériau. Et il ne s’agit rien de moins et rien de plus que de jouer cette musique qui ne révolutionne pas l’histoire du jazz mais qui en maintient les couleurs vives. S’il flirte toujours avec des horizons coltraniens, Belmondo touche aussi en plein cœur lorsqu’il s’en démarque parfois comme lorsqu’il entreprend en duo avec le pianiste un Everything Happens to me extrêmement touchant. Au point que l’on regrette presque que Belmondo n’ait pas choisi la formule du duo dont on perçoit là l’amorce d’un beau projet. Lightsey que l’on entend rire sur une prise fantôme (*) est visiblement heureux de se retrouver là. Entre jeu en block chords et chaloupements à la Wynton Kelly, l’homme dégage une énergie et une vigueur qui fait plaisir à entendre.
Si l’on est (cela est parfaitement subjectif et assumé comme tel) pas du tout convaincu par cette nouvelle affreuse manie de jouer des conques ( à laquelle depuis Steve Turre se rallient Llado ou Belmondo), on est pour le reste plutôt séduit par cet album de passage, cette courte parenthèse dans la carrière du trompettiste qui s’offre un double plaisir, celui de la paternité et celui de sa propre rencontre avec ses propres pères. Ceux dont il porte l’héritage musical. De flamboyante façon.
Jean-Marc Gelin
(*) Ne pas hésiter à visionner la video du makin off de l’album :


À l’arrivée, cela donne un disque absolument énorme
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Comme il le dit lui même dans ses notes, le pianiste Vijay Iyer, en s'entourant de musiciens indiens vivant aux Etas-Unis n'a surtout pas voulu faire une musique "fusion" qui sonnerait " indienne". Une musique qu'il aurait été facile d'étiqueter " world musique". La tentation est pourtant bien grande, mais le propos est bien au-delà et il s'agit avant tout ici d'une rencontre inspirée entre trois musiciens qui ont composé leur propre matériau et qui trouvent là matière à l'expression de leur propre culture musicale et à leurs propres racines qu'il n'est bien sûr pas question de gommer. A trois ils inventent un langage syncrétique autour de ce thème titre : Tirtha qui " signifie passage ou gué et désigne un lieu de pèlerinage à proximité des eaux sacrées, suggère un espace liminal entre fluide et solide, un seuil entre deux mondes" (*).



