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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 14:58

 

reve_elephant_pourquoi_pas_un_scampi_225.jpgW.E.R.F 090

 

Collectif du lion


 

On peut vraiment faire confiance à nos amis belges pour les trouvailles d’humour loufoque et surréaliste. En voilà bien un nouvel exemple avec cet album superbe du Rêve d’ Eléphant Orchestra. Sur un « improbable territoire », nos amis d’outre quiévrain ont une manière originale d’aborder le quotidien dans toute son « étrangeté ». Une perception du réel troublante rejoint un sérieux difficile à maintenir, d’où ce sens affiché de l’auto-dérision qui se manifeste dès la pochette et le titre de ce dernier opus d’un groupe marrant et sérieux à la fois. Pourquoi pas un scampi ? en effet avec ce détective très « Herlock Sholmien » en couverture.

L’équipe est mixte et musicalement du moins, le lion flamand s’entend avec le coq gaulois, comme on le voit au dos de la pochette : ce groupe est donc co-produit par le Collectif du Lion de Liège, la structure de Werf basée à Bruges, vitrine du jazz flamand et la Communauté française de Belgique. Certains de nos musiciens français comme Sébastien Boisseau ou Laurent Dehors aiment à traverser la frontière.Les deux Français du groupe débordant d’énergie sont ici le guitariste Benoît Eils et le trompettiste Alain Vankenhove.

La musique, avec de telles formations mixtes, n’a que faire des divisions linguistiques et politiques. Et l’on aime ça. Vraiment !

Tous les styles existent dans ce petit pays, ouvert sur les métissages, l’apport des cultures exogènes.

Rêve d’Eléphant Orchestra en est un exemple signifiant avec un son singulier, un « archestra » qui marie toutes ces influences, à la frontière du jazz, du rock, du traditionnel : un vocabulaire et une grammaire communs avec cependant une expression poétique singulière, au delà même de l’improvisation. Une créativité débordante anime les auteurs de ces musiques, le tromboniste tubiste Michel Massot, le flûtiste Pierre Bernard.

Le rythme étant essentiel, deux autres batteurs percussionnistes rejoignent un des leaders d’origine Michel Debrulle, Etienne Plumer et Stephan Pougin (au bodhran, derbouka, congas).

 

Après Racines du Ciel en 2001 et Lobster Caravan en 2004, cet album nous entraîne sur le terrain d’une fanfare électrisée qui aimerait sons et rythmes exotiques. Un peu à la Kusturica, à la différence près qu’ils ne sont que sept. Tout cette petite bande se libère, et même s’il ne s’agit pas d’un big band -pas de section- en exploitant une formidable palette de couleurs et de timbres pour faire sonner la musique. Car la mélodie est une donnée essentielle: avec Rêve d’Elephant, ça chante tout le temps, et le son de la formation est toujours cohérent, souligné par un arrangement orchestral intelligent. Ainsi, la version du morceau de Jacopo da Bologneest proprement ébouriffée et séduisante.

Voilà aussi tout un répertoire de formes qui prennent sens, au sein de compositions où chacun sait faire entendre sa voix, unique au sein du collectif :  ostinatos au trombone, riffs nostalgiques de guitares (« Loxodonde»), motifs qui s’annoncent, prennent le temps de s’installer jusqu’à la douce transe (« Dromadaire », « Mon éléphant »), contrepoints aux connotations baroques parfois, unissons des soufflants en introduction aux envolées cuivrées ou flûtées...

On aime cette musique vigoureuse et tendre, non exempte d’exigence, qui sait aussi émouvoir avec une narration propice à la mélancolie, à l’expression douce amère d’un tempérament nordique.

 

Sophie Chambon
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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 14:52

Plande-Human-Nature.jpg2011 - Cristal Records / Harmonia Mundi

 

Eric Plandé (s, ss), Bob Degen (p)

 

Solide ténor, soprano subtil, Eric Plandé nous revient avec Human Nature, son huitième album. On se souvient de lui avec Abyss et de Between the lines, accompagné du formidable et devenu rare Jacques Mahieux à la batterie, tous deux animés par les forces du jazz.
Plandé joue ici en duo avec le pianiste américain Bob Degen, qui, comme lui, vit en Allemagne, depuis les années 80, et qui partagea la scène avec Heinz Sauer auparavant. Le saxophoniste signe le plus grand nombre des compositions, partage l’écriture avec Bob Degen qui signe aussi quatre plages. Le duo interprète aussi des compositions de Jean Paul Celea, de Joachim Kühn et Dave Liebman.
Fidèle à lui-même, le saxophoniste ténor et soprano ne soudoie pas et ne (se) fourvoie pas. L'énergie du souffleur, qui a hérité de la belle tradition free, est ponctuée par les délicates dissonances légèrement disloquées de l'instrumentiste et par sa profonde sensibilité. Plandé garde son authenticité alors que son discours court à l'essentiel.
En effet, Human Nature est un album différent: concis et substantiel. Si Bob Degen dessine le chemin à suivre, Plandé en est la lumière. Plus exactement, Plandé met en exergue les qualités des belles compositions et les interprète avec une grande émotion alors que le jeu neutralisé de Degen les apaise.

Caractérisé par un son qui lui est propre voire unique, Plandé gratifie ici son jeu d'une intense fragilité et avive son côté émotionnel: un saxophone qui vous fait trembler, comme un équilibriste dont on craint à tout moment la chute. Écoutez sa belle composition "Aphrodite's heart", déjà interprétée sur Abyss qui prend ici une dramaturgie compacte et dont la mélodie évidente nous touche immédiatement.
Plandé et Degen forme une paire hors norme et antinomique qui "fonctionne" bien et avec profondeur. Human Nature pourrait être un tournant musical pour Plandé, sans aucun doute l'une de ses meilleures réussites.

 

Jérôme Gransac

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 15:30

A ne pas louper, le travail gigantesque de notre cnfrère et ami Alex Dutilh qui, pour la première fois, a réussi à pénétrer dans l'orne du plus énigmatique des musiciens new-Yorkais.

Le saxophoniste et génial arrangeur que l'on sait extrêmement discret sur lui même au point de refuser toutes les interviews quelles qu'elles soient depuis plusieurs années, a accepté d'ouvrir les portes de son antre à Alex Dutilh.

Gros, gros travail de journalisme qui éclaire enfin d'une réelle humanité ce musicien si fantasmé. Et une programmaton musicale sublime.

 

A écouter ce soir la nuit spéciale qui lui est consacréee

A réécouter durant une semaine, les 5 émissions diffusées la semaine précédente sur Open Jazz

 

IMMANQUABE !

 

nuit Zorn

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 11:32

One Heure Onze 2011

Antonin Hoang (as), Ben Wendel (ts), Laurent Coq (p), Tigran Hamsyan (p), Michel Valeanu (g), Matteo Bortone (cb), Simon Tailleu (cb), Guilhem Flouzat (dm)

 flouzat-copie-1.jpg

 Dans ce premier album signé par le jeune batteur exilé depuis 2009 à New-York on sent immédiatement la marque de ces batteurs-compositeurs dont Guilhem Flouzat revendique d'ailleurs les influences : celles notamment de Brian Blade et de John Hollenbeck.C'est avec l'appui du "grand frère", autre ex-exilè, Laurent Coq, ici maître dans la direction artistique du projet que Guilhem Flouzat, pour son premier album livre ses propres compositions. Et l'on est frappé par la très grande qualité de l'écriture à laquelle le jeune batteur a visiblement porté un soin extrême. 2 saxs ici pour jouer des  tramages subtils (comme Laurent Coq les affectionne) avec un superbe Ben Wendel au ténor et le jeune et remarquable Antonin Hoang, tout jeune alto et déjà pilier notable de l'ONJ de Daniel Yninek. L'entente entre ces deux saxophonistes est frappante dans la complémentarité de deux styles, dans deux sons assumés de manière radicalement différente mais aussi dans une science exacte de partage de l'espace. Et l'on entend distinctement ici un jazz très trendy d'Outre Atlantique, où il est avant tout question d'élégances harmoniques. On pense à d'autres écoles des clubs New-yorkais ou Berlinois (même combat) : celle de Rosenwinkell ou encore celle de Fly. C'est léger et très fin (ça pète aussi dans la soie un petit peu). Tigran Hamasyan vient rajouter sur 2 titres toute la percussivitè de son jeu et ses  propres tropismes un peu plus éloignés de Manhattan.

Au final, sur ces superbes compositions, l'osmose opère dans un esprit très peaceful, dans une sorte de communion des musiciens. Très zen en somme. Et l'on retiendra l'émergence d'un jeune musicien dont il va falloir retenir le nom. Son coup d'essai est en effet un coup de maître.

Jean-marc Gelin

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 09:35

Juste une Trace - 2011

Laurent Mignard (tp de poche), Geoffrey Secco (sx ten/sop), Eric Jacot (cb), Luc Isenmann (dr)

MIGNARD-copie-2.jpg

Le Pocket Orchestra nous revient en pleine forme avec ce nouvel opus dédié aux bons gestes de l’espèce humaine pour sa pérennité. Il fallait que quelqu’un y pense ! C’est chose faite avec ce disque intitulé « Good News », toujours aux côtés des musiciens permanents de cette formation ravageuse : Luc Insenmann à la batterie, Geoffrey Secco aux saxophones, Eric Jacot à la contrebasse et bien entendu, Laurent Mignard le « trompinettiste » au cœur tendre. L’aventure commence par une courte et triste évocation de ce qui pourrait rester de notre vieille planète, à l’heure du changement, le vrai, le bon (Old World). Et c’est dès la seconde composition, Come On Right, que le débat part sur les chapeaux de roues, avec pour indicatif cette ligne de basse aussi simple qu’efficace. All aboard ? En parcourant chacune des œuvres de ce quartet délirant, il est impossible de résister à cette folle spontanéité dont font preuve ces fous du biniou. D’audacieuses envolées lyriques hors du commun ponctuent chaque solo, comme par exemple dans Frenetic City. Comment ne pas aimer être emporté dans ce délirium frénétique, dans lequel évolue cette furieuse envie de vous surprendre. Toutes les combinaisons sont bonnes, de l’improvisation collective aux bruitages intempestifs, en passant par des accessoires pas si étranger d’une telle esthétique choisie, comme le bowl du trompinettiste. Difficile aussi de résister à tous ces dialogues que les soufflants nous offrent, avec à chaque fois encore plus d’inventivité. Si j’ose dire, et vous m’en excuserez le terme, faisant état d’un bordel incommensurable. C’est d’ailleurs après un calme et serein détour (Contemplation) que ce désordre refait surface dans une improvisation encore une fois dénudée de toute grille harmonique. D’ailleurs, cela ne dépossède pas ce quartet de son talent de compositeur, en témoigne ces clins d’œil à Thelonious Monk dans la dissonance des thèmes (Playmobil City), à Duke Ellington dans l’organisation contrapuntique des mélodies et à Ornette Coleman pour la malicieuse créativité (Birds). Ajouter à cela une dose de funk ravageuse et quelques mesures composées, et vous trouverez un parfait éventail de ce que peut produire de mieux un groupe de Jazz d’aujourd’hui, même si cette appellation d’origine contrôlée a déjà vu son sens largement évoluer, et ce, grâce à de tels groupes. Et chose rare, comme un prolongement de ce disque, il vous est possible d’échanger, vous, chers auditeurs, de faire partager vos idées ou vos initiatives pour changer le monde à partir d’un blog créé par ce groupe, www.GoodNews-Pocket.com. En Musique, évidemment.

Tristan Loriaut

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 09:30

Dixiefrog Records / Harmonia Mundi – 2011

Pura Fe’ (vc/slide gt), Cary Morin (gt / vc), Pete Knudson (perc / vc), Justin Robinson (vc), The Dear Clan Singers (choeurs)

 PURA-FE.jpg

Voici le quatrième album sous le nom de la chanteuse amérindienne Pura Fe’. « A Blues Night in North Carolina » nous offre le plaisir d’entendre cette formidable artiste en concert sur la terre de ses ancêtres, en Caroline du Nord. Née d’une mère indienne Tuscarora, Pura Fe’ est non seulement auteur, compositeur et interprète, mais également une active militante prêtant sa voix à diverses causes importantes. Nous pouvons retrouver de fortes influences du côté du Blues de Taj Mahal ou bien d’Eric Bibb. Le public français a d’ailleurs depuis quelques années un grand faible pour cette artiste devenue incontournable dans le monde des Folk Songs. Accompagnée par Cary Morin à la guitare et Pete Knudson aux percussions, également rejointe par quelques-uns de ses amis, Pura Fe’ use de sa guitare hawaïenne et nous fais rêver le temps d’une fabuleuse nuit du Blues. Dès les premiers morceaux, l’osmose musicale de ce groupe se construit sur un parfait mélange entre sonorités pentatoniques amérindiennes et esthétique Blues sous forme de Folk-songs. Telle la Musique de Ben Harper ou de Ry Cooder, celle de Pura Fe’ s’en retrouve elle-aussi ornée de guitare « slide », et de fort belle manière. Par ailleurs, comment résister à cette surprenante agilité de la voix lui conférant alors l’usage d’une vaste palette d’émotions. L’utilisation presque systématique de « riffs » se révèle efficace tant la qualité de ces passages nous séduit au fil des compositions, comme par exemple dans If I Was Your Guitar. La simplicité de l’instrumentation, avec deux guitares dont une « slide » et quelques percussions, donne un résultat sonore épuré, offrant un son de groupe léger et encore plus apte à provoquer l’émotion de l’auditeur. Les thèmes abordés par les paroles de ces Folk-songs tournent autour d’amour, de paix et de danses indiennes. Chacune des notes de Musique de ce disque respire le Blues et fait transparaitre une passion immodérée de la part de ses acteurs pour ce style de Musique, réconciliant alors les puristes avec les néophytes. A noter aussi la présence non négligeable sur trois titres du groupe vocal « The Dear Clan Singers » où Pura Fe’ évolue depuis plusieurs années en tant que sideman. L’artiste à la voix ambrée se révèle encore une fois imprévisible, insaisissable et surtout charmeuse. Elle sera en concert au Sunset (Paris) le 30 Mai prochain, et en tournée dans toute la France de Mars à Juin 2011.

Tristan Loriaut

 

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 09:26

Le Chant du Monde - 2011

Raphaël Faÿs (gt), Tito (gt), Claude Mouton (cb), Laurent Zeller (violon), José Palomo (perc), Manuel Gutierrez (danse), Alejandro Gimenez (vc)

RAPHAEL-FAYS.jpg

Après « Andalucia » en 2006 et « Extremadura » 2009, le guitariste Raphaël Faÿs, habituellement assimilé à la Musique manouche, consacre un troisième opus au flamenco. « Mi Camino Con El Flamenco » se révèle être un florilège de toutes les formes de danse flamenca, allant de Bulérias en Fandangos, se dandinant au passage sur diverses Rumbas. La passion que voue ce guitariste à ce style de Musique est immense, en témoigne sa filiation directe avec des artistes incontournables comme Paco De Lucia, et nous pouvons en entendre quelques exemples probants dans les titres Rio Ancho ou Maestro Paco. Nous pourrions d’ailleurs, maladroitement peut être, y trouver une certaine ressemblance avec le disque culte « Friday Night in San Francisco » où évolue trois magiciens de la guitare Jazz et Flamenca (Al Di Meola, Paco De Lucia et John McLaughlin). Ici, la richesse mélodique des compositions tient une part énorme dans le déroulement de cette œuvre magistrale où fantaisie et lyrisme ne font qu’un. Le flamenco, cette lumineuse envolée populaire réunissant plusieurs cultures, ibériques et orientales (Luna De Fuego), à jamais destinée à nous faire ressentir les émotions les plus fortes. Il existe dans ce disque plusieurs façons de succomber à ce lyrisme incommensurable, avec tout d’abord une technique instrumentale irréprochable, à la fois ancrée dans la tradition et orientée vers l’expérimentation, apte à retranscrire à la perfection un paysage d’Andalousie. L’improvisation y est quant à elle virevoltante, avec de fortes influences Jazz manouche en ce qui concerne les phrasés du violon et de la contrebasse. Mais c’est par la suite qu’une voix rocailleuse et emplie d’émotion vous transporte au-delà des frontières de l’Histoire de cette culture flamenca, comme une complainte envahi par le chagrin (Para Mi Compadres). Le temps s’arrête l’espace de son chant. Du côté de la guitare de Raphaël, on ne peut qu’être conquis par l’expressivité d’un jeu où rien n’est en trop, étant en permanence au service de l’ornementation d’un discours mélodique toujours audacieux. Distillant leurs milliers de notes, ces guitares ont le talent de pénétrer dans nos cœurs par le biais de nos oreilles, séduites en quelques secondes. Aussi, il serait non négligeable de rappeler que Raphaël Faÿs est l’un des rares guitaristes à utiliser un médiator dans ce style de Musique. La surprise finale arrive discrètement au détour de la dernière composition, Fantasia Romantica, où les cordes frottées enrobent délicatement le thème principal, tel un dernier au-revoir, au comble du romantisme. Raphaël Faÿs nous enchante par sa fougue créatrice et son goût immense pour la simple beauté de cette Musique du sud. Il nous laisse imaginer à travers ce disque quel moment mémorable il est possible de vivre en compagnie de ces danseurs et musiciens sur scène.

Tristan Loriaut

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 08:13

Just Looking 2011

Frank Woeste - piano , fender rhodes, Jerome Regard - bass, Matthieu Chazarenc - batterie, avec la participation de Malik Mezzadri (Magic Malik), Sylvain Rifflet & de François Bonhomme.

 woeste.jpg

Grand disque du pianiste Franck Woeste ! De ces disques rares dont on se dit, à force de suivre le parcours du pianiste allemand qu'il allait arriver.

Si l'on vous dit que cet album dégage une très grande force intérieure, c'est  forcément que l’évoque son supplément d'âme.Et ce disque croyez-- moi en a plus d’une.Des âmes qui passent, qui rôdent autour, des flottaisons d’âmes, des âmes inspirées et émouvantes, passionnées et exaltées, des âmes qui errent et des âmes qui cognent. Disque fascinant, pénétrant, intense que celui du pianiste  Franck Woeste dont on connaît le talent depuis qu'il côtoie Mederic Collignon dans Jus de Bocse.  Celui dont on avait apprécié les précédentes productions sous son nom ( " Mind at play" ou "untold stories" disques plus personnels et intimes) semble ici se débarrasser de l’image du pianiste brillant mais un peu policé de classicisme.

Ici, une étape où Woeste embrasse large. Il y a du jazz, de la pop (très moderne), du jazz à la Mc Coy Tyner ou à la Dollar Brand, du rock et un très gros travail de post-prod. Les références actuelles très présentes dans le jazz moderne ( King Crimson, Radiohead, Bjork) s’entendent ici. Mais il ne s’agit pas de la tarte à la crème du moment. Aucune reprise dans cet album mais juste parfois des évocations, des inspirations que l’auteur de ces lignes croit deviner sans en être tout à fait sûr. Mais surtout et avant tout, il y a des idées de musique. Un fourmillement d'idées rythmiques et harmoniques qui en fait presque une sorte de symphonie dans laquelle on déambule comme sur le chemin d'un texte à la Edgar Poe. On en perd  l’équilibre parfois et les repères nous lâchent. Tournoiements des harmonies et des polyrythmies, magie de la voix de Magic Malik dans quelques vestales envolées.  Warmer Regen ouvre ainsi cet album comme un long prélude qui nous plonge dans l'univers du pianiste sous la forme d'un choc au plexus. Entrée frontale. Puis, Franck Woeste intègre tout, tous les sons, les plus acoustiques et les plus électroniques, parvient  à les distordre avec maestria ( God put a smile upon your face). Et dans le même temps où il s'engouffre dans une musique jazz du XXIeme siècle, confluente de tout, il parvient dans le même temps à rester aussi dans l'épure traditionnelle, fondamentalement amoureux de Bach et de l'école classique (Timeless). Parfois dans le rock noisy (liquor notes), Franck Woeste que certains assimilaient à un pianiste dans la lignée des gentils sait se transformer en bad boy, se plonger parfois dans la fange de la musique des mauvais quartiers, mais sans jamais se départir de cette élégance de dandy raffiné. Où l'on entend aussi chez lui le suiveur d’un Bud Powell sur des thèmes comme Hysteria Junkie sur lesquels la dynamique insufflée par la formidable paire rythmique permet de voir clairement un power trio de grande qualité. Les formats s’ouvrent parfois avec l’ajout délicat Sylvain Rifflet, de Malik Mazzadri ( Magic Malik) ou de François Bonhomme tous orchestrés avec une grande science de l’arrangement.

 

Lorsque l'on entend distinctement la part d'eux-mêmes que les artistes laissent dans leur oeuvre, lorsqu'elle devient consubstantielle à eux-mêmes, on sait alors que cette musique cesse d'être de la musique pour devenir de l'art avant tout. Cette faculté de créer et de sortir du néant ce qui n'existait pas avant. C’est exactement ce que l’on retrouve ici.

Jean-marc Gelin 

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 07:01

Harmonia Mundi 2011

Sonia Cat-Berro – vocal ; Gilles Barikosky – saxophones, compositions ; Pierre de Behtmann – rodhes ; Yoni Zelnik – contrebasse ; Karl Jannuska – batterie ;  Gilles « Vézil » Olivesi – Mix, electronic

soniacatberrotoyballoons.jpg

 

Sonia Cat-Berro est une artiste qui prend son temps puisque 11 années séparent Toy Balloons, son dernier opus du premier.

Les compositions sont co-signées avec le saxophoniste Gilles Barikosky avec qui la chanteuse collabore depuis plusieurs années. Bien qu’elle soit française, elle a pris le parti de chanter en anglais.

Dans et album, la chanteuse a néanmoins choisi de glisser trois standards dont un Gershwin, une reprise de Michel Legrand « The Man that I Love » et, plus inattendu, le tube «Still Loving You » du groupe Scorpion que l’on était loin d’imaginer pouvoir figurer dans un disque de Jazz. Reprise plutôt bien réussie puisqu’elle parvient à transformer un tube incontournable du début des 90’s en un morceau élégant, plein de retenu et parfaitement accompagné par le Fender de Pierre de Bethman.

Les compositions sont plus contemporaines entre musique pop aux sonorités électriques. La voix de Sonia Cat-Berro est parfaitement maitrisée avec un phrasé très moderne. Avec simplicité, élégance, elle nous transporte dans un univers musical plein de sensualité et de rondeur. Force est d’avouer qu’elle est parfaitement servie par des musiciens qui ne se contentent pas de l’accompagner, mais qui participent pleinement à la réussite de cet enregistrement. Au Fender comme au piano, Pierre de Bethman joue avec une légèreté qui colle impeccablement à l’univers de Toy Balloons accompagné par le duo rythmique Yoni Zelnik / Karl Jannuska. Le saxophone de Gilles Barikosky vient accompagner la voix de la chanteuse tout comme la contrebasse qui se confond au chant sur « A Day in the City ». Enfin, on remarquera les sonorités électro avec la participation de Gilles Olivesi sur certains morceaux qui in fine modernise cet album.

Avec une Sonia Cat-Berro terriblement sensuelle qui sait nous emmener dans son univers, là où le Jazz l’a influencée et là où elle a su s’en libérer pour en faire un Jazz de son époque, ce troisième disque moderne plein de grâce et plein de classe est une réussite.

 

 

Julie-Anna DALLAY SCHWARTZENBERG 

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 09:21

ECM – 2011

Julia Hülsmann (p), Marc Muellbauer (cb), Heinrich Köbberling (dr)

 

JuliaHuelsmannTrioimprint.jpg

La pianiste d’origine allemande Julia Hülsmann revient une nouvelle fois avec son trio sous les couleurs du label ECM pour un disque empli de sagesse et de poésie. Ce trio effectue une seconde sortie après un premier disque très remarqué en 2008, « The End of a Summer », où déjà respirait cette audacieuse approche harmonique, toute en finesse. Marc Muellbauer à la contrebasse et Heinrich Köbberling à la batterie donnent une nouvelle fois la réplique pour ce nouvel opus intitulé « Imprint ». L’homogénéité sonore, représentative de ce type de formation, nous laisse entrevoir dès les premières secondes de l’écoute un passage vers le monde de l’irréel, de l’onirique. D’élégants effluves mélodiques transparaissent dans chaque morceau, faisant parfois apparaitre une certaine monotonie. Mais notre attention reste sollicitée par l’ingéniosité des thèmes, pour la plupart composés par la pianiste elle-même, par exemple dans Grand Canyon ou (Go And Open) The Door. Il réside aussi une intéraction remarquable entre ces trois musiciens, ce qui dénote une intelligence de jeu considérable. La fluidité de chaque improvisation est d’ailleurs accentuée par cette intéraction. Il est possible aussi d’être déçu de ne pas trouver de surprenantes envolées lyriques au détour de plusieurs mélodies. Le spectre sonore s’en retrouve peut être amoindri, malgré quelques tentatives d’endiabler les débats improvisés (Solo de Ritual). A ce stade de l’écoute, il est devenu évident que l’intérêt d’un projet musical comme celui-ci réside dans l’élaboration de climax divers et variés, parfois maniérés mais sincères. A cela ajouté quelques divisions rythmiques dérangeantes, comme dans Lulu’s Paradise, ce disque se révèle être construit sur une énorme base créatrice, en témoigne la logique de la succession des thèmes sonores abordés. L’esthétique du silence, si chère à Manfred Eicher, ne saurait être absente dans le déroulement de ce projet musical. Et comme s’il fallait relier l’intégrité de ce disque au monde réel, celui du Jazz, l’écoute se clôture avec l’hommage à un célèbre compositeur, Who’s Next, réunissant à la fois calme et swing, agrémenté de la dissonance légendaire propre à la Musique de Thelonious Monk. Mais ne cherchez pas ici une quelconque virtuosité dénudée de sens. Il s’agit bien d’un disque rempli d’émotion intérieure, noblement envahi par une certaine beauté méditative. ECM a toujours le goût et la sagesse de nous faire partager de tels moments.

Tristan Loriaut

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