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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 11:32

One Heure Onze 2011

Antonin Hoang (as), Ben Wendel (ts), Laurent Coq (p), Tigran Hamsyan (p), Michel Valeanu (g), Matteo Bortone (cb), Simon Tailleu (cb), Guilhem Flouzat (dm)

 flouzat-copie-1.jpg

 Dans ce premier album signé par le jeune batteur exilé depuis 2009 à New-York on sent immédiatement la marque de ces batteurs-compositeurs dont Guilhem Flouzat revendique d'ailleurs les influences : celles notamment de Brian Blade et de John Hollenbeck.C'est avec l'appui du "grand frère", autre ex-exilè, Laurent Coq, ici maître dans la direction artistique du projet que Guilhem Flouzat, pour son premier album livre ses propres compositions. Et l'on est frappé par la très grande qualité de l'écriture à laquelle le jeune batteur a visiblement porté un soin extrême. 2 saxs ici pour jouer des  tramages subtils (comme Laurent Coq les affectionne) avec un superbe Ben Wendel au ténor et le jeune et remarquable Antonin Hoang, tout jeune alto et déjà pilier notable de l'ONJ de Daniel Yninek. L'entente entre ces deux saxophonistes est frappante dans la complémentarité de deux styles, dans deux sons assumés de manière radicalement différente mais aussi dans une science exacte de partage de l'espace. Et l'on entend distinctement ici un jazz très trendy d'Outre Atlantique, où il est avant tout question d'élégances harmoniques. On pense à d'autres écoles des clubs New-yorkais ou Berlinois (même combat) : celle de Rosenwinkell ou encore celle de Fly. C'est léger et très fin (ça pète aussi dans la soie un petit peu). Tigran Hamasyan vient rajouter sur 2 titres toute la percussivitè de son jeu et ses  propres tropismes un peu plus éloignés de Manhattan.

Au final, sur ces superbes compositions, l'osmose opère dans un esprit très peaceful, dans une sorte de communion des musiciens. Très zen en somme. Et l'on retiendra l'émergence d'un jeune musicien dont il va falloir retenir le nom. Son coup d'essai est en effet un coup de maître.

Jean-marc Gelin

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 09:35

Juste une Trace - 2011

Laurent Mignard (tp de poche), Geoffrey Secco (sx ten/sop), Eric Jacot (cb), Luc Isenmann (dr)

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Le Pocket Orchestra nous revient en pleine forme avec ce nouvel opus dédié aux bons gestes de l’espèce humaine pour sa pérennité. Il fallait que quelqu’un y pense ! C’est chose faite avec ce disque intitulé « Good News », toujours aux côtés des musiciens permanents de cette formation ravageuse : Luc Insenmann à la batterie, Geoffrey Secco aux saxophones, Eric Jacot à la contrebasse et bien entendu, Laurent Mignard le « trompinettiste » au cœur tendre. L’aventure commence par une courte et triste évocation de ce qui pourrait rester de notre vieille planète, à l’heure du changement, le vrai, le bon (Old World). Et c’est dès la seconde composition, Come On Right, que le débat part sur les chapeaux de roues, avec pour indicatif cette ligne de basse aussi simple qu’efficace. All aboard ? En parcourant chacune des œuvres de ce quartet délirant, il est impossible de résister à cette folle spontanéité dont font preuve ces fous du biniou. D’audacieuses envolées lyriques hors du commun ponctuent chaque solo, comme par exemple dans Frenetic City. Comment ne pas aimer être emporté dans ce délirium frénétique, dans lequel évolue cette furieuse envie de vous surprendre. Toutes les combinaisons sont bonnes, de l’improvisation collective aux bruitages intempestifs, en passant par des accessoires pas si étranger d’une telle esthétique choisie, comme le bowl du trompinettiste. Difficile aussi de résister à tous ces dialogues que les soufflants nous offrent, avec à chaque fois encore plus d’inventivité. Si j’ose dire, et vous m’en excuserez le terme, faisant état d’un bordel incommensurable. C’est d’ailleurs après un calme et serein détour (Contemplation) que ce désordre refait surface dans une improvisation encore une fois dénudée de toute grille harmonique. D’ailleurs, cela ne dépossède pas ce quartet de son talent de compositeur, en témoigne ces clins d’œil à Thelonious Monk dans la dissonance des thèmes (Playmobil City), à Duke Ellington dans l’organisation contrapuntique des mélodies et à Ornette Coleman pour la malicieuse créativité (Birds). Ajouter à cela une dose de funk ravageuse et quelques mesures composées, et vous trouverez un parfait éventail de ce que peut produire de mieux un groupe de Jazz d’aujourd’hui, même si cette appellation d’origine contrôlée a déjà vu son sens largement évoluer, et ce, grâce à de tels groupes. Et chose rare, comme un prolongement de ce disque, il vous est possible d’échanger, vous, chers auditeurs, de faire partager vos idées ou vos initiatives pour changer le monde à partir d’un blog créé par ce groupe, www.GoodNews-Pocket.com. En Musique, évidemment.

Tristan Loriaut

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 09:30

Dixiefrog Records / Harmonia Mundi – 2011

Pura Fe’ (vc/slide gt), Cary Morin (gt / vc), Pete Knudson (perc / vc), Justin Robinson (vc), The Dear Clan Singers (choeurs)

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Voici le quatrième album sous le nom de la chanteuse amérindienne Pura Fe’. « A Blues Night in North Carolina » nous offre le plaisir d’entendre cette formidable artiste en concert sur la terre de ses ancêtres, en Caroline du Nord. Née d’une mère indienne Tuscarora, Pura Fe’ est non seulement auteur, compositeur et interprète, mais également une active militante prêtant sa voix à diverses causes importantes. Nous pouvons retrouver de fortes influences du côté du Blues de Taj Mahal ou bien d’Eric Bibb. Le public français a d’ailleurs depuis quelques années un grand faible pour cette artiste devenue incontournable dans le monde des Folk Songs. Accompagnée par Cary Morin à la guitare et Pete Knudson aux percussions, également rejointe par quelques-uns de ses amis, Pura Fe’ use de sa guitare hawaïenne et nous fais rêver le temps d’une fabuleuse nuit du Blues. Dès les premiers morceaux, l’osmose musicale de ce groupe se construit sur un parfait mélange entre sonorités pentatoniques amérindiennes et esthétique Blues sous forme de Folk-songs. Telle la Musique de Ben Harper ou de Ry Cooder, celle de Pura Fe’ s’en retrouve elle-aussi ornée de guitare « slide », et de fort belle manière. Par ailleurs, comment résister à cette surprenante agilité de la voix lui conférant alors l’usage d’une vaste palette d’émotions. L’utilisation presque systématique de « riffs » se révèle efficace tant la qualité de ces passages nous séduit au fil des compositions, comme par exemple dans If I Was Your Guitar. La simplicité de l’instrumentation, avec deux guitares dont une « slide » et quelques percussions, donne un résultat sonore épuré, offrant un son de groupe léger et encore plus apte à provoquer l’émotion de l’auditeur. Les thèmes abordés par les paroles de ces Folk-songs tournent autour d’amour, de paix et de danses indiennes. Chacune des notes de Musique de ce disque respire le Blues et fait transparaitre une passion immodérée de la part de ses acteurs pour ce style de Musique, réconciliant alors les puristes avec les néophytes. A noter aussi la présence non négligeable sur trois titres du groupe vocal « The Dear Clan Singers » où Pura Fe’ évolue depuis plusieurs années en tant que sideman. L’artiste à la voix ambrée se révèle encore une fois imprévisible, insaisissable et surtout charmeuse. Elle sera en concert au Sunset (Paris) le 30 Mai prochain, et en tournée dans toute la France de Mars à Juin 2011.

Tristan Loriaut

 

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 09:26

Le Chant du Monde - 2011

Raphaël Faÿs (gt), Tito (gt), Claude Mouton (cb), Laurent Zeller (violon), José Palomo (perc), Manuel Gutierrez (danse), Alejandro Gimenez (vc)

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Après « Andalucia » en 2006 et « Extremadura » 2009, le guitariste Raphaël Faÿs, habituellement assimilé à la Musique manouche, consacre un troisième opus au flamenco. « Mi Camino Con El Flamenco » se révèle être un florilège de toutes les formes de danse flamenca, allant de Bulérias en Fandangos, se dandinant au passage sur diverses Rumbas. La passion que voue ce guitariste à ce style de Musique est immense, en témoigne sa filiation directe avec des artistes incontournables comme Paco De Lucia, et nous pouvons en entendre quelques exemples probants dans les titres Rio Ancho ou Maestro Paco. Nous pourrions d’ailleurs, maladroitement peut être, y trouver une certaine ressemblance avec le disque culte « Friday Night in San Francisco » où évolue trois magiciens de la guitare Jazz et Flamenca (Al Di Meola, Paco De Lucia et John McLaughlin). Ici, la richesse mélodique des compositions tient une part énorme dans le déroulement de cette œuvre magistrale où fantaisie et lyrisme ne font qu’un. Le flamenco, cette lumineuse envolée populaire réunissant plusieurs cultures, ibériques et orientales (Luna De Fuego), à jamais destinée à nous faire ressentir les émotions les plus fortes. Il existe dans ce disque plusieurs façons de succomber à ce lyrisme incommensurable, avec tout d’abord une technique instrumentale irréprochable, à la fois ancrée dans la tradition et orientée vers l’expérimentation, apte à retranscrire à la perfection un paysage d’Andalousie. L’improvisation y est quant à elle virevoltante, avec de fortes influences Jazz manouche en ce qui concerne les phrasés du violon et de la contrebasse. Mais c’est par la suite qu’une voix rocailleuse et emplie d’émotion vous transporte au-delà des frontières de l’Histoire de cette culture flamenca, comme une complainte envahi par le chagrin (Para Mi Compadres). Le temps s’arrête l’espace de son chant. Du côté de la guitare de Raphaël, on ne peut qu’être conquis par l’expressivité d’un jeu où rien n’est en trop, étant en permanence au service de l’ornementation d’un discours mélodique toujours audacieux. Distillant leurs milliers de notes, ces guitares ont le talent de pénétrer dans nos cœurs par le biais de nos oreilles, séduites en quelques secondes. Aussi, il serait non négligeable de rappeler que Raphaël Faÿs est l’un des rares guitaristes à utiliser un médiator dans ce style de Musique. La surprise finale arrive discrètement au détour de la dernière composition, Fantasia Romantica, où les cordes frottées enrobent délicatement le thème principal, tel un dernier au-revoir, au comble du romantisme. Raphaël Faÿs nous enchante par sa fougue créatrice et son goût immense pour la simple beauté de cette Musique du sud. Il nous laisse imaginer à travers ce disque quel moment mémorable il est possible de vivre en compagnie de ces danseurs et musiciens sur scène.

Tristan Loriaut

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 08:13

Just Looking 2011

Frank Woeste - piano , fender rhodes, Jerome Regard - bass, Matthieu Chazarenc - batterie, avec la participation de Malik Mezzadri (Magic Malik), Sylvain Rifflet & de François Bonhomme.

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Grand disque du pianiste Franck Woeste ! De ces disques rares dont on se dit, à force de suivre le parcours du pianiste allemand qu'il allait arriver.

Si l'on vous dit que cet album dégage une très grande force intérieure, c'est  forcément que l’évoque son supplément d'âme.Et ce disque croyez-- moi en a plus d’une.Des âmes qui passent, qui rôdent autour, des flottaisons d’âmes, des âmes inspirées et émouvantes, passionnées et exaltées, des âmes qui errent et des âmes qui cognent. Disque fascinant, pénétrant, intense que celui du pianiste  Franck Woeste dont on connaît le talent depuis qu'il côtoie Mederic Collignon dans Jus de Bocse.  Celui dont on avait apprécié les précédentes productions sous son nom ( " Mind at play" ou "untold stories" disques plus personnels et intimes) semble ici se débarrasser de l’image du pianiste brillant mais un peu policé de classicisme.

Ici, une étape où Woeste embrasse large. Il y a du jazz, de la pop (très moderne), du jazz à la Mc Coy Tyner ou à la Dollar Brand, du rock et un très gros travail de post-prod. Les références actuelles très présentes dans le jazz moderne ( King Crimson, Radiohead, Bjork) s’entendent ici. Mais il ne s’agit pas de la tarte à la crème du moment. Aucune reprise dans cet album mais juste parfois des évocations, des inspirations que l’auteur de ces lignes croit deviner sans en être tout à fait sûr. Mais surtout et avant tout, il y a des idées de musique. Un fourmillement d'idées rythmiques et harmoniques qui en fait presque une sorte de symphonie dans laquelle on déambule comme sur le chemin d'un texte à la Edgar Poe. On en perd  l’équilibre parfois et les repères nous lâchent. Tournoiements des harmonies et des polyrythmies, magie de la voix de Magic Malik dans quelques vestales envolées.  Warmer Regen ouvre ainsi cet album comme un long prélude qui nous plonge dans l'univers du pianiste sous la forme d'un choc au plexus. Entrée frontale. Puis, Franck Woeste intègre tout, tous les sons, les plus acoustiques et les plus électroniques, parvient  à les distordre avec maestria ( God put a smile upon your face). Et dans le même temps où il s'engouffre dans une musique jazz du XXIeme siècle, confluente de tout, il parvient dans le même temps à rester aussi dans l'épure traditionnelle, fondamentalement amoureux de Bach et de l'école classique (Timeless). Parfois dans le rock noisy (liquor notes), Franck Woeste que certains assimilaient à un pianiste dans la lignée des gentils sait se transformer en bad boy, se plonger parfois dans la fange de la musique des mauvais quartiers, mais sans jamais se départir de cette élégance de dandy raffiné. Où l'on entend aussi chez lui le suiveur d’un Bud Powell sur des thèmes comme Hysteria Junkie sur lesquels la dynamique insufflée par la formidable paire rythmique permet de voir clairement un power trio de grande qualité. Les formats s’ouvrent parfois avec l’ajout délicat Sylvain Rifflet, de Malik Mazzadri ( Magic Malik) ou de François Bonhomme tous orchestrés avec une grande science de l’arrangement.

 

Lorsque l'on entend distinctement la part d'eux-mêmes que les artistes laissent dans leur oeuvre, lorsqu'elle devient consubstantielle à eux-mêmes, on sait alors que cette musique cesse d'être de la musique pour devenir de l'art avant tout. Cette faculté de créer et de sortir du néant ce qui n'existait pas avant. C’est exactement ce que l’on retrouve ici.

Jean-marc Gelin 

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 07:01

Harmonia Mundi 2011

Sonia Cat-Berro – vocal ; Gilles Barikosky – saxophones, compositions ; Pierre de Behtmann – rodhes ; Yoni Zelnik – contrebasse ; Karl Jannuska – batterie ;  Gilles « Vézil » Olivesi – Mix, electronic

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Sonia Cat-Berro est une artiste qui prend son temps puisque 11 années séparent Toy Balloons, son dernier opus du premier.

Les compositions sont co-signées avec le saxophoniste Gilles Barikosky avec qui la chanteuse collabore depuis plusieurs années. Bien qu’elle soit française, elle a pris le parti de chanter en anglais.

Dans et album, la chanteuse a néanmoins choisi de glisser trois standards dont un Gershwin, une reprise de Michel Legrand « The Man that I Love » et, plus inattendu, le tube «Still Loving You » du groupe Scorpion que l’on était loin d’imaginer pouvoir figurer dans un disque de Jazz. Reprise plutôt bien réussie puisqu’elle parvient à transformer un tube incontournable du début des 90’s en un morceau élégant, plein de retenu et parfaitement accompagné par le Fender de Pierre de Bethman.

Les compositions sont plus contemporaines entre musique pop aux sonorités électriques. La voix de Sonia Cat-Berro est parfaitement maitrisée avec un phrasé très moderne. Avec simplicité, élégance, elle nous transporte dans un univers musical plein de sensualité et de rondeur. Force est d’avouer qu’elle est parfaitement servie par des musiciens qui ne se contentent pas de l’accompagner, mais qui participent pleinement à la réussite de cet enregistrement. Au Fender comme au piano, Pierre de Bethman joue avec une légèreté qui colle impeccablement à l’univers de Toy Balloons accompagné par le duo rythmique Yoni Zelnik / Karl Jannuska. Le saxophone de Gilles Barikosky vient accompagner la voix de la chanteuse tout comme la contrebasse qui se confond au chant sur « A Day in the City ». Enfin, on remarquera les sonorités électro avec la participation de Gilles Olivesi sur certains morceaux qui in fine modernise cet album.

Avec une Sonia Cat-Berro terriblement sensuelle qui sait nous emmener dans son univers, là où le Jazz l’a influencée et là où elle a su s’en libérer pour en faire un Jazz de son époque, ce troisième disque moderne plein de grâce et plein de classe est une réussite.

 

 

Julie-Anna DALLAY SCHWARTZENBERG 

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 09:21

ECM – 2011

Julia Hülsmann (p), Marc Muellbauer (cb), Heinrich Köbberling (dr)

 

JuliaHuelsmannTrioimprint.jpg

La pianiste d’origine allemande Julia Hülsmann revient une nouvelle fois avec son trio sous les couleurs du label ECM pour un disque empli de sagesse et de poésie. Ce trio effectue une seconde sortie après un premier disque très remarqué en 2008, « The End of a Summer », où déjà respirait cette audacieuse approche harmonique, toute en finesse. Marc Muellbauer à la contrebasse et Heinrich Köbberling à la batterie donnent une nouvelle fois la réplique pour ce nouvel opus intitulé « Imprint ». L’homogénéité sonore, représentative de ce type de formation, nous laisse entrevoir dès les premières secondes de l’écoute un passage vers le monde de l’irréel, de l’onirique. D’élégants effluves mélodiques transparaissent dans chaque morceau, faisant parfois apparaitre une certaine monotonie. Mais notre attention reste sollicitée par l’ingéniosité des thèmes, pour la plupart composés par la pianiste elle-même, par exemple dans Grand Canyon ou (Go And Open) The Door. Il réside aussi une intéraction remarquable entre ces trois musiciens, ce qui dénote une intelligence de jeu considérable. La fluidité de chaque improvisation est d’ailleurs accentuée par cette intéraction. Il est possible aussi d’être déçu de ne pas trouver de surprenantes envolées lyriques au détour de plusieurs mélodies. Le spectre sonore s’en retrouve peut être amoindri, malgré quelques tentatives d’endiabler les débats improvisés (Solo de Ritual). A ce stade de l’écoute, il est devenu évident que l’intérêt d’un projet musical comme celui-ci réside dans l’élaboration de climax divers et variés, parfois maniérés mais sincères. A cela ajouté quelques divisions rythmiques dérangeantes, comme dans Lulu’s Paradise, ce disque se révèle être construit sur une énorme base créatrice, en témoigne la logique de la succession des thèmes sonores abordés. L’esthétique du silence, si chère à Manfred Eicher, ne saurait être absente dans le déroulement de ce projet musical. Et comme s’il fallait relier l’intégrité de ce disque au monde réel, celui du Jazz, l’écoute se clôture avec l’hommage à un célèbre compositeur, Who’s Next, réunissant à la fois calme et swing, agrémenté de la dissonance légendaire propre à la Musique de Thelonious Monk. Mais ne cherchez pas ici une quelconque virtuosité dénudée de sens. Il s’agit bien d’un disque rempli d’émotion intérieure, noblement envahi par une certaine beauté méditative. ECM a toujours le goût et la sagesse de nous faire partager de tels moments.

Tristan Loriaut

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 08:42

 

A retrouver sur Live Web ARTE, ce concert donné par Jacques Schwarz Bart dans le cadre de Banlieues Bleues.

Le saxophoniste guadeloupéen poursuit ici son travail de tissage minutieux des fils et des trames du gwo Ka et des musiques haitiennes.

Concert fort, intense résonnant d'une terrible et belle humanité et magnifiquement filmé (avec entre autres aux manettes Lionel Eskenazi notre collègue et chroniqueur des DNJ)

 

 

 

 

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 17:08

 Verve 2011

Laika Fatien (vc), Meshell Ndegeocello (b, arrgts), Joshua Roseman (tb), Oliver Lake (saxes), Kleefus Cancia (cl), Mark Kelley (b), Deantoni Parks (dm), Kendrick Scott (dm), Gilmar Gomes(perc)

Laika-Nebula.jpg 

 

Les chroniqueurs qui tous ont été subjugués par cet album, ont aussi largement insisté sur sa genèse née de la rencontre de la chanteuse avec la bassiste Meshell Ndegeocello qui en assure la production. Rencontre fructueuse s'il en est et surtout si l'on en juge par le vent de fraîcheur qu’elles font ici souffler sur le jazz vocal. Pas de révolution car l'essentiel du matériau est tiré du répertoire. Mais surtout une façon de revisiter ces grands thèmes et d'en faire un tout nouvel objet musical qui nous plonge avec douceur dans une sorte d’entre deux au charme indéfinissable.

Avec un « chanté » au naturel absolument déconcertant Laika s'aventure sur des terrains divers et variés : un jazz Monkien sur Matrix - think of oneou un Brésilien, Caico de Villa Lobos déchirant et venu du plus profond du Nordeste entamé a capela pour revenir ensuite à la noirceur d'un Brésil grave. Une belle version de Appointment in Ghana de Jackie Mc Lean sublimement arrangée par Meshell ouvre sur une modernité proche de l'univers de la bassiste, modernité par ailleurs passionnante dans cette électrification du son fusionnée à la voix de la chanteuse.

Tout chez Laika porte l'empreinte d'une voix à nulle autre pareille. Dans sa gravité sans patos et dans le timbre naturellement mezzo, dans la profondeur de son chant, il se passe quelque chose d'unique. Les morceaux sont signés Monk, Jackie Mc Lean, Tina brooks, Joe Henderson, Wayne Shorter. De petites incises simples d’à peine 2mn parfois parcourent l’album sans aucune fioritures, sans vouloir trop en faire. Juste désarmant.

Il y a là une question d’empreinte. Cette empreinte qu'elle laisse et qui s’imprègne. Cette atmosphère entre chiens et loups qui s'installe bien après que le disque ne se soit arrêté. Déjà dans son précèdent album consacré à Billie Holiday, la chanteuse prenait son temps.  Elle n’est pas lascive. Elle est juste dans la douceur du temps pris au temps. Dans l’art de chanter hors du temps. Pour preuve Visions de Stevie Wonder.

Meschell Ndegeocello, avec le concours de Oliver Lake définit artistiquement le contour de cet album avec une maestria qui ferait pâlir d'envie un producteur vedette comme Larry Klein. Car la bassiste-productrice n'est pas pour rien dans le dessin du "son " prodigieux de cet album dont les accents de basse ne contribuent pas qu’un peu à lui donner toute sa rondeur. De quoi pardonner aussi quelques concessions easy listening absolument charmantes ( Imaginationde Heusen & Burke p. exemple) peut être parfois un peu trop markétè. Mais comment ne pas succomber tout simplement au charme de Jogaqui, sansn nous faire vraiment oublier la version de Bjork ( « Homogenic » 1997) s'échappe ici du jazz pour aller bien naturellement sur le terrain d'une pop doucereuse.

Si Laika crée ce sentiment d’intimité et de murmure avec nous c’est qu’elle ne joue pas. Elle « existe » tout simplement. Il faut lire l'interview qu’elle donne à  Thierry Quenum dans le dernier numéro de Jazzmagazine : “ Je suis Laika et je me présente comme je suis. Toute ma présence s’incarne dans la voix. Je donne accès au profond de moi et ne peux pas donner plus, sinon je me donnerais en pâture, d’où la retenue. Je donne mon essence”. En l’écoutant, on comprend que cette part de vérité passe non seulement par son chant, mais aussi par sa voix et par son souffle, par le battement presque audible de son coeur. Et cela suffit à lui seul, par sa sincérité, à nous anéantir.  

Jean-Marc Gelin 

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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 12:00

 

 prysm.jpgPRYSM FIVE

 Live at Opera de Lyon

Pierre de Bethmann, Christophe Wallemme, Benjamin Henocq, Rosario Giuliani, Manu Codjia

Plus Loin Music  / Harmoniamundi

Sortie le 3 mars 2011

Rennes 17 mars Jazz à l’étage

Paris 4/5 avril Duc des Lombards

 

« Elégance », c’est le premier mot qui vient à l’esprit pour définir PRYSM, letrio du jazz français des années 90, les gentlemen d’un jazz libéré, décomplexé, qui groovait avec classe. Ils furent d’ailleurs les premiers dans notre pays à être signés par le label Blue notedont l’estampille, gage d’une qualité jazz, évoque l’âge d’or du jazz américain, le son des années soixante.

Depuis la séparation du trio de référence, on ne les avait pas perdus de vue, appréciant Christophe Wallemme et son Namaste épicé ; depuisIlium, on suivaitles aventures musicales de Pierre de Bethman,sideman ou leader d’un sextet raffiné. Quant à Benjamin Henocq, il était pilier d’un équipage groove et funky aux côtés de l’altiste chaleureux et mordant, l’italien Rosario Giuliani.

 

Prysm s’est réformé en 2009, et après une résidence de plusieurs mois au Sunset à Paris, c’est à l’amphi-opéra de Lyon que fut enregistré ce live, pour le label rennais PLUS LOIN.

Après dix ans de tournées et de fertiles expériences, le prisme s’est élargi de deux autres côtés, pointes brillantes, acérées même avec l’altiste Rosario Giuliani  dont l’irruption souvent énervée introduit doute et fêlure, une musique ardente et rêveuse que découpent ses solos tranchants. Avec Manu Codjia,reconnaissable entre tous dès qu’il touche aux cordes de ses guitares, la musique s’envole dans une autre dimension.

Five est donc le nom simple et juste qui illustre cet élan, ce cinquième album avec cinq musiciens..

 

Dès le premier titre de Wallemme, Reflexion, les musiciens rentrent dans la chair de la musique, les compositions s’emballent en une sorte de voyage au long cours, sidérant, avec un son spécial, saisissant, jusqu’au final feu d’artifice d’Un des sens. Sans oublier des méditations ou rêveries hallucinées comme ce Secret world, aux reflets irisés, pluie de poussières d’étoiles, assortie au nocturne de la pochette. La composition la plus délicate The Stone cutter révèle un sens de l’épure, dans une géométrie équilatérale.

Une volonté narrative crée l’enchaînement des climats où surgissent les solos, l’alliage des timbres souligné par le drive revitalisant de Benjamin Henocq et d’une rythmique maison. La force du live assurément y est pour quelque chose. Chaque composition a le temps de se placer, au creux d’un son enveloppant, le phrasé fluide restant toujours tendu. Chacun, leader, actif et pourtant électron libre dans un triangle parfait, partage à part égale, des compositions personnalisées, révélant sa part de l’ombre . Mais ce trio coopératif va encore plus loin, se répartissant les solos : courte introduction au piano, romantique et intimiste sur X ray ; en miroir, la contrebasse chantant sur The Stone cutter intro, alors que le solo de batterie, haletant, se place surTemps dense, titre que ne renierait pas un Daniel Humair.

On retrouve et on aime cette identité collective indéniable faite de douce violence, intense et féline.
Sans s’interdire le lâcher prise au cœur des impros, ce nouveau
Prysm paraphe avec panache une esthétique bien à lui : ce Fiveélaboré à l’unisson exalte les rencontres, avec tout ce que les (re)commencements sous-entendent de promesses.

 

Sophie Chambon

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