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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 08:42

 

A retrouver sur Live Web ARTE, ce concert donné par Jacques Schwarz Bart dans le cadre de Banlieues Bleues.

Le saxophoniste guadeloupéen poursuit ici son travail de tissage minutieux des fils et des trames du gwo Ka et des musiques haitiennes.

Concert fort, intense résonnant d'une terrible et belle humanité et magnifiquement filmé (avec entre autres aux manettes Lionel Eskenazi notre collègue et chroniqueur des DNJ)

 

 

 

 

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 17:08

 Verve 2011

Laika Fatien (vc), Meshell Ndegeocello (b, arrgts), Joshua Roseman (tb), Oliver Lake (saxes), Kleefus Cancia (cl), Mark Kelley (b), Deantoni Parks (dm), Kendrick Scott (dm), Gilmar Gomes(perc)

Laika-Nebula.jpg 

 

Les chroniqueurs qui tous ont été subjugués par cet album, ont aussi largement insisté sur sa genèse née de la rencontre de la chanteuse avec la bassiste Meshell Ndegeocello qui en assure la production. Rencontre fructueuse s'il en est et surtout si l'on en juge par le vent de fraîcheur qu’elles font ici souffler sur le jazz vocal. Pas de révolution car l'essentiel du matériau est tiré du répertoire. Mais surtout une façon de revisiter ces grands thèmes et d'en faire un tout nouvel objet musical qui nous plonge avec douceur dans une sorte d’entre deux au charme indéfinissable.

Avec un « chanté » au naturel absolument déconcertant Laika s'aventure sur des terrains divers et variés : un jazz Monkien sur Matrix - think of oneou un Brésilien, Caico de Villa Lobos déchirant et venu du plus profond du Nordeste entamé a capela pour revenir ensuite à la noirceur d'un Brésil grave. Une belle version de Appointment in Ghana de Jackie Mc Lean sublimement arrangée par Meshell ouvre sur une modernité proche de l'univers de la bassiste, modernité par ailleurs passionnante dans cette électrification du son fusionnée à la voix de la chanteuse.

Tout chez Laika porte l'empreinte d'une voix à nulle autre pareille. Dans sa gravité sans patos et dans le timbre naturellement mezzo, dans la profondeur de son chant, il se passe quelque chose d'unique. Les morceaux sont signés Monk, Jackie Mc Lean, Tina brooks, Joe Henderson, Wayne Shorter. De petites incises simples d’à peine 2mn parfois parcourent l’album sans aucune fioritures, sans vouloir trop en faire. Juste désarmant.

Il y a là une question d’empreinte. Cette empreinte qu'elle laisse et qui s’imprègne. Cette atmosphère entre chiens et loups qui s'installe bien après que le disque ne se soit arrêté. Déjà dans son précèdent album consacré à Billie Holiday, la chanteuse prenait son temps.  Elle n’est pas lascive. Elle est juste dans la douceur du temps pris au temps. Dans l’art de chanter hors du temps. Pour preuve Visions de Stevie Wonder.

Meschell Ndegeocello, avec le concours de Oliver Lake définit artistiquement le contour de cet album avec une maestria qui ferait pâlir d'envie un producteur vedette comme Larry Klein. Car la bassiste-productrice n'est pas pour rien dans le dessin du "son " prodigieux de cet album dont les accents de basse ne contribuent pas qu’un peu à lui donner toute sa rondeur. De quoi pardonner aussi quelques concessions easy listening absolument charmantes ( Imaginationde Heusen & Burke p. exemple) peut être parfois un peu trop markétè. Mais comment ne pas succomber tout simplement au charme de Jogaqui, sansn nous faire vraiment oublier la version de Bjork ( « Homogenic » 1997) s'échappe ici du jazz pour aller bien naturellement sur le terrain d'une pop doucereuse.

Si Laika crée ce sentiment d’intimité et de murmure avec nous c’est qu’elle ne joue pas. Elle « existe » tout simplement. Il faut lire l'interview qu’elle donne à  Thierry Quenum dans le dernier numéro de Jazzmagazine : “ Je suis Laika et je me présente comme je suis. Toute ma présence s’incarne dans la voix. Je donne accès au profond de moi et ne peux pas donner plus, sinon je me donnerais en pâture, d’où la retenue. Je donne mon essence”. En l’écoutant, on comprend que cette part de vérité passe non seulement par son chant, mais aussi par sa voix et par son souffle, par le battement presque audible de son coeur. Et cela suffit à lui seul, par sa sincérité, à nous anéantir.  

Jean-Marc Gelin 

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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 12:00

 

 prysm.jpgPRYSM FIVE

 Live at Opera de Lyon

Pierre de Bethmann, Christophe Wallemme, Benjamin Henocq, Rosario Giuliani, Manu Codjia

Plus Loin Music  / Harmoniamundi

Sortie le 3 mars 2011

Rennes 17 mars Jazz à l’étage

Paris 4/5 avril Duc des Lombards

 

« Elégance », c’est le premier mot qui vient à l’esprit pour définir PRYSM, letrio du jazz français des années 90, les gentlemen d’un jazz libéré, décomplexé, qui groovait avec classe. Ils furent d’ailleurs les premiers dans notre pays à être signés par le label Blue notedont l’estampille, gage d’une qualité jazz, évoque l’âge d’or du jazz américain, le son des années soixante.

Depuis la séparation du trio de référence, on ne les avait pas perdus de vue, appréciant Christophe Wallemme et son Namaste épicé ; depuisIlium, on suivaitles aventures musicales de Pierre de Bethman,sideman ou leader d’un sextet raffiné. Quant à Benjamin Henocq, il était pilier d’un équipage groove et funky aux côtés de l’altiste chaleureux et mordant, l’italien Rosario Giuliani.

 

Prysm s’est réformé en 2009, et après une résidence de plusieurs mois au Sunset à Paris, c’est à l’amphi-opéra de Lyon que fut enregistré ce live, pour le label rennais PLUS LOIN.

Après dix ans de tournées et de fertiles expériences, le prisme s’est élargi de deux autres côtés, pointes brillantes, acérées même avec l’altiste Rosario Giuliani  dont l’irruption souvent énervée introduit doute et fêlure, une musique ardente et rêveuse que découpent ses solos tranchants. Avec Manu Codjia,reconnaissable entre tous dès qu’il touche aux cordes de ses guitares, la musique s’envole dans une autre dimension.

Five est donc le nom simple et juste qui illustre cet élan, ce cinquième album avec cinq musiciens..

 

Dès le premier titre de Wallemme, Reflexion, les musiciens rentrent dans la chair de la musique, les compositions s’emballent en une sorte de voyage au long cours, sidérant, avec un son spécial, saisissant, jusqu’au final feu d’artifice d’Un des sens. Sans oublier des méditations ou rêveries hallucinées comme ce Secret world, aux reflets irisés, pluie de poussières d’étoiles, assortie au nocturne de la pochette. La composition la plus délicate The Stone cutter révèle un sens de l’épure, dans une géométrie équilatérale.

Une volonté narrative crée l’enchaînement des climats où surgissent les solos, l’alliage des timbres souligné par le drive revitalisant de Benjamin Henocq et d’une rythmique maison. La force du live assurément y est pour quelque chose. Chaque composition a le temps de se placer, au creux d’un son enveloppant, le phrasé fluide restant toujours tendu. Chacun, leader, actif et pourtant électron libre dans un triangle parfait, partage à part égale, des compositions personnalisées, révélant sa part de l’ombre . Mais ce trio coopératif va encore plus loin, se répartissant les solos : courte introduction au piano, romantique et intimiste sur X ray ; en miroir, la contrebasse chantant sur The Stone cutter intro, alors que le solo de batterie, haletant, se place surTemps dense, titre que ne renierait pas un Daniel Humair.

On retrouve et on aime cette identité collective indéniable faite de douce violence, intense et féline.
Sans s’interdire le lâcher prise au cœur des impros, ce nouveau
Prysm paraphe avec panache une esthétique bien à lui : ce Fiveélaboré à l’unisson exalte les rencontres, avec tout ce que les (re)commencements sous-entendent de promesses.

 

Sophie Chambon

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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 09:29

Autoprod 2011

Jean-Michel Couchet (as, ss), Andrew Crocker (tp), Marc Abrams (cb), Peter Perfido (dm)

 couchet.jpg

 

Il aura attendu de souffler ses 50 printemps avant de se lancer direct, du haut de la falaise et de sortir son premier album. Jean-Michel Couchet est comme ça, il prend son temps avant d'y aller ( quand on pense que l’album a été enregistré en 2004 puis mixé en 2006). Et pourtant, nous étions quelques-uns à l'avoir découvert (ou redécouvert pour d'autres) avec ce formidable big band, Ping machine dont il est l'une des pierres angulaires, une  des superbes fondations dont les envolées nous ont toujours cloué le bec. Je sais même que nous l'avions écrit dans ces colonnes. Mais je dois reconnaître qu'on l'avait un peu catalogué dans la catégorie des sidemen géniaux mais trop rares, restant dans l'ombre et prenant leurs heures de gloire à l'heure de s'avancer pour prendre leur chorus avant de regagner leur siège là bas derrière.

Autant dire que je me suis littéralement rué sur son album lorsqu'il me l'a envoyé, curieux de découvrir de quoi cette première galette serait faite, et surtout de découvrir ses propres inspirations. Et l'on a de quoi vous confirmer aujourd'hui ce que l'on savait hier : Jean Michel Couchet fait bel et bien partie de la classe des très très grands altistes. Dans cet album en effet où il puise  dans la tradition ici sublimée, rappropriée, Jean-Michel Couchet va chercher, au-delà de ses propres compositions, vers celles notamment de Ornette Coleman dont on sent bien que les premiers quartet avec Don Cherry sont une source inépuisable d'inspiration pour lui. A l'instar de son aîné légendaire, notre saxophoniste fait la brillante démonstration que le jazz, au-delà de la science de l'improvisation, est affaire de puissance contrôlée et d'énergie, d'urgence à dire, d'urgence à exprimer cette palette large de sentiments qui va de la passion forte à la passion douce. Ainsi Happy House d'Ornette ( justement) laisse place à la pétillance du jeu partagé avec le trompettiste americano-parisien, Andrew Crocker dans le pur esprit d'un quintet libéré comme l'on en fait plus beaucoup. Au-delà du cadre formel il y a la place laissée à l'émergence de la phrase, l'émergence du swing, les questions et les réponses qu'ils se lancent tous les quatre comme des défis, comme si c'était pas prévu, comme si ça venait du spontané, du pas calculé, du qu'il faut se dire absolument là tout de suite, parce que c'est le moment, parce que le tempo est bon et qu'ils sont là tous les 4 embarqués dans la même histoire et qu'on ne sait pas trop où tout cela va les mener. Mais aussi ce jeu en trio dans cet In another Life où tout est affaire de sensibilité ( ce que j'imagine on appelle le feeling), ce soft beat où excelle l'art de faire surgir la note bleue, où le trio s'enroule, lascif dans un pur plaisir du jouer et de se laisser porter par la vague de l'alto de notre serviteur.

Jean-michel Couchet excelle, porte la vague à lui tout seul, semble porter toute une histoire du jazz dont il fait là l'admirable  synthèse. Car Jean-michel Couchet a compris que dans le jazz tout est dans la colonne d'air. Celle qui va de la plante des pieds au cerveau. Celle qui lui donne l'aisance, la fluidité, le son, le lyrisme au phrasé qui swingue, l'art de se promener dans les espaces de l'harmonie et enfin la puissance du geste qui dynamite tout. C'est ça Jean-michel Couchet + ce syncrétisme du jazz moderne qui regarde devant.

Jean-marc Gelin

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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 08:06

Harmonia Mundi  2011

 

Alain Debiossat – saxophones, flûte, guitare rythmique

Diego Imbert – contrebasse

Stéphane Edouard – percussions

Invités : Claude Egea – trompette ; Paco Sery – congas ; Didier Ithursarry – accordéon ; Jean-Pierre Como – synthétiseur ; Louis Winsberg – guitare ; Jean-Charles Kely – kabôsy, chant ; Olivier Temime – saxophone ; Lionel Suarez – accordéon ; Matthis Pascaud – guitare ; Jean-Marc Périssat – batterie ; Michel Alibo – basse ; René Lacaille - accordéon

debiossat.jpg

Valse et Attrape, est le dernier album d’Alain Debiossat, musicien connu pour être un des membres fondateur et saxophoniste de Sixun. La base rythmique repose sur le duo composé de Diego Humbert à la basse et Stéphane Edouard à la batterie. De nombreux musiciens, des compagnons de longue date, un chanteur malgache et Sixun au grand complet participent également à l’aventure.

Valse et Attrape, est un album de compositions entièrement signées par Alain Debiossat, qui propose un disque mélangeant différents genres musicaux. Comme le titre de l’album le précise, on y entend des valses à trois temps comme Vignane ou Valseria dans lesquels il laisse s’envoler sa flûte ou son soprano. L’opus se termine par une dernière valse La Joliette avec un des ses fidèles compagnon de route à la batterie, Jean-Marc Périssat.

Il ne s’enferme cependant pas uniquement dans la musique de salon et explore d’autres univers, avec des morceaux plus jazz funk comme Troubadour Blues, où le duo saxophone/trompette fonctionne plutôt bien. On y perçois toutes les influences musicales qui ont marquées sa carrière : l’influence africaine dans Terres Bleues où il invite le chanteur malgache Jean-Charles Kely ; les musiques caribéennes ou Sud américaines que l’on perçoit dans Sommeil de l’ange ou encore des couleurs musicales issues de ses neuf années passées au sein de l’Orchestre National de Barbès.

Enfin, Alain Debiossat offre de belles envolées à l’alto sur Gala de Prestige, morceau au rythme dance-flore qui vient rompre avec l’esprit valse et world musique.

A l’écoute de ce disque, on perçoit qu’il est un musicien de la terre, d’ici et d’ailleurs et de ce projet (tout comme l’illustre parfaitement la jaquette) il en résulte un album folklorique aux compositions gaies et colorées.

Julie-Anna DALLAY SCHWARTZENBERG

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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 07:56

Vinicius Cantuára & Bill Frisell : ”Lágrimas Mexicanas”

NAIVE  2011

Vinicius Cantuára – vocal, guitare, percussions, Bill Frisell – guitare

 lagrimas.jpg

 

Onze ans après leur collaboration sur The Intercontinentals de Bill Frisell, Vinicius Cantuára et ce dernier se retrouvent sur album qui sort sur leurs deux noms Lágrimas Mexicanas.

Vinicius Cantuára, chanteur guitariste brésilien émigré à New York depuis plusieurs dizaines d’années a notamment travaillé avec David Byrne, Brian Eno, Marc Ribot … Bill Frisell, guitariste de l’avant-garde New Yorkaise dont les sonorités et les harmonies sont reconnaissables dès la première note, à de son côté joué avec MacCoy Tyner, Paul Bley, John Zorn, ou encore Jim Hall.

Lorsque deux musiciens de talent se rencontrent, cela fait souvent des merveilles. L’ensemble des morceaux nous plongent tout droit dans un exotisme brésilien au mélange folk. Sur les morceaux chantés,la voix suave de Vinicius Cantuára nous rappelle celle de Caetano Veloso qu’il a par ailleurs accompagné comme percussionniste et on est alors plongé dans le saudade, cette inexplicable nostalgie ou « manque habité ». Ici, il chante, joue de la guitare acoustique et des percussions. Et lorsqu’à cette déferlante de Brésil s’ajoute la guitare de Bill Frisell, la musique prend du volume et la magie opère.

Ils réussissent à combiner lyrisme, intimité, identité sonore et élégance. Alors que les titres sont tous plus ou moins en rapport avec les sentiments, les émotions et l’amour, les musiciens racontent tout de même les Lágrimas Mexicanas au rythme d’une samba. Les compositions sont intelligentes, inventives et créatives. Et si cet album laisse une large place à la musique latine, grâce au génie de Frisell, on y entend du jazz, de la country, de la folk et une pointe de blues .... Les deux musiciens savent tirer partie de cette collaboration artistique et le disque est marqué de leurs empreintes musicales respectives.

Le résultat de leur retrouvailles donne une musique pleine de douceur, de finesse, entre bossa et country, avec un groove phénoménal !

Làgrimas Mexicanas est un album qui réchauffe l’âme et le corps. A écouter et à réécouter encore et encore.

 

 

Julie-Anna Dallay Schwartzenberg

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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 04:27

  A l'occasion de la distribution numérique de ce cd, nous avons choisi de publier à nouveau cette recension de Jean-Marc Gelin.

 

Pochette_CD.jpgLes Disques de Lily 2010 

Sébastien Llado (tb), Leila Olivesi (p), Bruno Shorp (cb), Julie Saury (dm)

Dans une figure de style commode, un peu fourre-tout, on parle souvent de « l’album de la maturité » lorsque l’on croit pouvoir déceler un truc un peu sérieux qu’il faut bien reconnaître, on avait pas saisit auparavant. L’album de Sébastien Llado ne devrait pas échapper à ce genre de cliché pourtant bien réel en l’occurrence. Car il s’agit bien ici de la révélation d’un musicien que l’on croyait connaître et qui nous prend ici totalement à contre-pied. C’est normal, Sébastien est insaisissable. Touche à tout. Il va vite, parfois trop vite pour nous. On le croise souvent, sur les scènes, dans les clubs, dans toutes les instances représentatives du jazz. Impossible de ne pas succomber à son sourire charmeur, à son humour décapant (les chiens ne font pas des chats….) Jusqu’au point de l‘avoir rangé sans discernement dans la catégorie des sidemen sympas, des touche-à-tout à tendance trublionne affirmée.

Fort heureusement la publication de ce concert « live » au Sunside, premier exemplaire du nouveau label «  Les Disques de Lily » ( label nouveau-né de Jérôme Gransac que les lecteurs des DNJ connaissent bien), cette publication disais-je, devrait remettre les choses à leur place : Sébastien LLado est sérieusement un musicien pas sérieux doublé d’un tromboniste exceptionnel et triplé d’un compositeur de grand talent. On le situe d’emblée dans la lignée d’un Steve Turre ( dont il affirme d’ailleurs la paternité), dans le feeling d’un JJ Johnson ou dans le funk d’un Fred Wesley. Sans se la raconter le moins du monde, Sébastien Llado affirme pourtant toute l’étendue de sa sensibilité musicale. Un peu comme s’il était tombé dedans tout petit. Il joue avec un naturel déconcertant du growl, des glissandos, ou des feeling funky ( un Billie Jean de Michael Jackson en ouverture pour faire chauffer la salle !). S’assume en grand ordonnateur d’un fort beau quartet, distribue les rôles, et offre au passage à Leila Olivesi ( alors enceinte de 8 mois) l’une de ses plus belles prestations empreinte d’une étrange sérénité dont elle imprime la marque. Le tromboniste que l’on savait entouré hier de filles de grand talent peut compter sur le drive sans faille de Julie Saury ( complice de longue date) et, dérogeant pour l’occasion à son gynécée, sur un Bruno Schorp remarquable de gravité et de précision métronomique dans l’assurance du swing. Les compositions de Llado se suivent, ne se ressemblent pas, éveillent les sens et ouvrent des horizons très personnels. Ces horizons sont parfois poétiques comme ces bien nommés Elans vers la luneaux contours harmoniques très riches. Ces horizons sont aussi des lignes de feu comme sur ces Dernières Danses, morceau porté par une belle intro piano- contrebasse rejoint ensuite par Julie Saury et enfin par Sébastien LLado en maître saucier qui fait monter la mayonnaise du groove porté à son tour par une rythmique en eaux vives, poussant à l’extrême extrême limite de ce qui va devenir free mais reste pourtant dans le cadre. On pense à Albert Mangesldorff. L’horizon de Llado est aussi déjanté, transfiguré (Tranz Tanz), arrangé avec soin ou dérangé avec autant d’application. On adhère un peu moins, dans une approche «  CD » à l’intermède Coquillage et Crustacésà la conque ouvrant sur une Magrade( Madraguedéconstruite) qui se prête surtout à la facétie du live mais tombe un peu à plat lorsque l’on est dans son salon. On se vautre en revanche avec une de « caillera » dans un blues un peu sale où sur In a Mean Timele tromboniste mute en feulement de gros chat de gouttière ronronnant et narquois.

Et c’est bien d’une découverte qu’il s’agit au travers de ce premier album de Sébastien Llado paru chez les Disques de Lily. La découverte d’un musicien complet et rare dont l’écriture et le jeu recèlent cette part d’évidence du jazz qui groove de source, cette évidence de l’énergie et de la sensualité torride, lascive qui réunissait ce soir-là les acteurs totalement impliqués dans l’instant présents et qui font de ces clubs de jazz des champs du possible et de l’impossible où de grands musiciens se révèlent plus grands qu’eux mêmes. Et portent haut les couleurs du jazz. Encore fallait t-il l’audace de saisir cet instant.

Jean-Marc Gelin

En écoute

 

Site du musicien

Site du label

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 22:17

MEDERIC COLLIGNON EST CASH…… (MiRE)    

  Mederic Collignon 2009par Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


    Clotilde RULLAUD - Interview in extremis In-Extremis-Portrait-C-Rullaud1-BD©Cécil-Mathieu

par Lionel Eskenazi

Une rencontre avec Guilhem Flouzat

Guilhem Flouzat


 

par Tristan Loriaut

 

 

 

 

 

 

 

  Bobby Mc Ferrin, chanteur corps et âme

 

Bobby-McFerrin

par Jean-Marc Gelin

 

  "LE MONDE DE SOPHIE", une interview de Sophie Alour 

 

ALOUR.jpg 

par Lionel Eskenazi

 

 

 

 

 

 

 

 

Stéphane Kerecki, la construction de soi  

   kerecki2

par Jean-Marc Gelin

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 18:41

 

miconissim.jpgSortie le 17 mars 2011 / Concert le 22 mars au Sunside à Paris.

Label Cristal Records/ Harmoni Mundi

 

 

 

Le pianiste Mico Nissim qui a déjà publié huit enregistrements sous son nom, s’attaque cette fois à deux figures emblématiques d’un jazz qu’il estime « dyonisien », tant cette musique novatrice, fragile et immédiate, dérangeait. Il rend ainsi hommage à Eric Dolphy et Ornette Coleman mais envisage avec ce projet  préparé avec soin, les « conséquences » actuelles sur le jazz, réfléchit à l’avenir de cette musique entre écriture et improvisation. Il fallait donc aller plus loin que ce double tribut, au répertoire très connu, ( trois pièces de Dolphy et cinq de Coleman), enregistré live lors d’un concert unique, au Studio de l’Ermitage, à Paris, le 30 mars 2009.

L’objectif est atteint, la musique libre, authentique, sonne juste aujourd’hui encore, reste accessible : c’est un jazz vif, plaisant sans être facile, audacieux dans la forme. Le pianiste a « potassé » la question auprès de spécialistes et a vraiment réfléchi à quels thèmes choisir, comment les réinvestir sans oublier de rendre compte de leur histoire, de l’essence même de leur interprétation.

La reprise la plus frappante est celle du tube d’Ornette Coleman Lonely Woman que tous les Jazzmen tentent de s’approprier un jour ! Ce thème sublime, véritable passage obligé, est revisité avec habileté et audace, l’exposition du thème shuntée.

D’une façon plus générale, ces arrangements introduisent contrepoints, impros collectives ou solistes, harmoniques, modales, harmolodiques ou ouvertes. Mico Nissim, l’instigateur de ce projet sensible et légitime, a retravaillé les écritures de Dolphy et de Coleman, traduisant sans trahir pour soumettre le résultat à cinq individualités fougueuses.

Ainsi l’intensité de cette musique spontanée, généreuse se vit au sein d’une création continue, effervescente qui semble couler en dépit d’une structure rigoureuse.

Le choix des musiciens du sextet était essentiel : l’altiste Géraldine Laurent est superbe, Stéphane Guillaume, chaudement recommandé par  Laurent Cugny, depuis son big band Lumière, s’avère indispensable à la flûte et clarinette basse, les instruments de Dolphy. La rythmique est de rêve : Mourad Benhammou a un drive saisissant et Jean Luc Ponthieux assure en fidèle contrebassiste. Enfin Laurent Mignard à la trompette de poche, vibre à chaque intervention jusqu’au Jump street  final!

Les compositions de Dolphy, fringantes, subtiles, lyriques sont arrangées finement et on s’amuse à voir ce qu’en fait le sextet comme dans ce G.W, hommage au trompettiste chef d’orchestre et arrangeur Gérard Wilson, ou dans Serene époustouflant à chaque chorus  

Le lien est naturellement établi avec Ornette Coleman puisque Dolphy participa à l’enregistrement du mythique  Free jazz en 1960, improvisation collective historique.

La continuité est évidente, on sent que la musique non seulement crée de nouvelles atmosphères, mais se démultiplie, souffle et apaise, construit et déconstruit.

Voilà un disque formidable qui garde certaines résonances aujourd’hui, toujours porteur de sens et de vertus formelles. Inutile d’insister, vous aurez compris qu’il est vivement recommandé en live ! Programmateurs, à vos commandes !

 

Sophie Chambon

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 17:51

  Label Durance/ Orkhêstra International

Atelier Musiques Improvisées

 Studio Ecs

APPDM Studio


Pour les vingt ans d’existence de cet Atelier de Musiques Improvisées -à ne pas confondre avec l’A.J.M.I, même si ces deux associations sudistes oeuvrent pour le jazz et les musiques improvisées- fut donné le 15 janvier 2010 au théâtre Durance à Château-Arnoux(Alpes de Haute Provence) ce concert anniversaire intitulé « Cet Inexprimable vingt ans ».Titre un peu mystérieux qui s’éclaire avec les notes précises du chef de projet, la cheville ouvrière, le batteur Alain Soler, compositeur et arrangeur qui indique que, chez les Mayas, le nombre «vingt» signifiait plénitude, autant que l’inexprimable de la condition humaine.
C’est donc, sans plus parler, que cette belle assemblée musicale, en une suite d’une heure exprimera les convictions et objectifs de l’A.M.I  : travailler les musiques improvisées,sans jamais se déconnecter de l’héritage de cette musique, du blues au free jazz, construire une identité forte avec les « gens d’ici » , créer un lien social, pluri-générationnel.

Suivant une ouverture tellurique du collectif des percussionnistes, un quatuor effervescent, incandescent, des solos remarqués des membres de la rythmique (Sébastien Lalisseau piano, Lionel D’Hauenens à la basse électrique, Alain Soleraux drums).

Quel régal d’entendre tous ces musiciens, on attribuera une mention spéciale à chacune des interventions du guitariste Fred Garniermais l’acmevient de la réunion des quatre saxophonistes -AndréJaume à l’alto, Raphaël Imbert etEric Barret au ténor,LarrySchneider au soprano -dans deux titres particulièrement longs où chacun peut exprimer son talent : Louise(Hommage à Louise Michel) et  Le Blues des Communards , « à mettre en résonance avec le mur des Fédérés au Cimetière du Père-Lachaise » précise le compositeur de ces merveilles, Alain Soler.

Voilà pour nous la quintessence du saxophone, instrument du jazz s’il en est, dans tous ses éclats.

Le dernier titre qui swingue avec bonheur n’est qu’un « Au revoir », tant on espère que continue longtemps cette association d’enthousiastes et d’amoureux du jazz.

 

 

Sophie Chambon
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