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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 08:05

 

 Stefano Di Battista était hier soir au festival Jazz à Saint Germain où il donnait en concert au théâtre de l’Odéon son album « Woman’s land ».

L’occasion pour les DNJ de l’attraper quelques instants à l’Hôtel Lutetia et de revenir sur cet album consacré aux femmes avec un grand « F ».

 

battista-1.jpg

© Jean-Batiste Millot

 

Stefano, j’étais à La Villette à l’automne dernier lorsque vous présentiez cet album en avant première. Plus on vous entend et plus le plaisir que vous avez à jouer semble évident …

 

 

S.B : Disons qu’à 42 ans il faut trouver la clé de ce pourquoi on fait les choses. Bien sûr je fais de la musique parce que c’est mon métier et que cela me permet de gagner ma vie. Mais jouer sur scène c’est aussi un moment particulier où l’on a un privilège, où l’on partage quelque chose avec d’autres musiciens. Alors ça vaut le coup de profiter de cet instant. Quand je joue avec quelqu’un comme Jeff Balard, l’instant est rare et donc je préfère le passer en m’amusant (sans que cela ne soit péjoratif).

 

 

Cette dimension de plaisir gourmand se retrouve aussi dans votre écriture

 

S.B : C’est quelque chose qui me fait plaisir d’entendre ça. Et c’est vrai que lorsque j’écris de la musique, j’essaie aussi de m’amuser. Je trouve qu’avant je me prenais un peu trop au sérieux. Maintenant je laisse les choses aller naturellement. D’ailleurs le disque, je l’ai écrit de manière très naturelle.  Je n’ai pas écrit une seule note sur le papier.  Simplement comme ça, en me baladant avec ma fille, je me mettais à chanter une mélodie ou un scat. En fait ce disque est né d’une sorte de curiosité qui est apparue en même temps que sa naissance, par rapport au monde féminin. Mais techniquement cela ne m’a pas demandé beaucoup de travail. C’est juste des thèmes qui me sont venus comme ça pendant que je la promenais avec la poussette…. Alors comme je n’avais rien pour noter je m’enregistrais en chantant sur mon Iphone.

 

 

Vous avez donc privilégié la ligne mélodique

 

S.B : Oui parce que les thèmes, je les ai créés avec la voix et donc cela devient très mélodique. Je peux faire un scat un peu bop et cela devient le thème qui va s’appeler Ella Fitzgerald et ça c’est plutôt une démarche un peu facile. Mais c’est forcément dans un cadre mélodique parce que je n’ai pas travaillé à la table.

 

Vous êtes donc parti du personnage et la mélodie est venue ensuite ou bien est ce que une fois la mélodie crée, vous avez pensé à telle ou telle femme ?

 

S.B : Non, nous avons d’abord vrai un travail de documentation sur les femmes que nous avions choisi.

  battista-2.JPG

 

Il y a une vraie fraîcheur liée à cette création instantanée. Ce doit être difficile de ne pas perdre cette fraîcheur lors de l’enregistrement en studio ?

 

S.B : On a essayé de garder cela. J’ai fait ce disque avec un de mes amis, journaliste, Gini Castaldi. Il est intervenu un peu comme directeur

© Jean-Batiste Millot

artistique. Il intervenait comme une sorte de critique de jazz en temps réel. Alors à chaque prise il nous disait «  non ce truc là, ça va pas, faudrait mieux le faire comme ça ». Alors on se voyait avec les musiciens et on se disait «  mais non, il y connaît rien ce type c’était super ». Finalement après l’avoir refait comme il nous le disait le résultat était bien meilleur. Ainsi le morceau Madame Lily Devalier, nous l’avions prise sur un mode New Orléans, mais sur les conseils de Gin0 il s’est totalement transformé pour donner la version du CD qui est beaucoup plus enthousiaste. On est plus dans le registre de la joie.

 

 

Certains thèmes s’imposent d’eux même comme Ella qui part en sorte de scat, Coco Chanel où vous évoquez Sydney Bechet au soprano ou encore Lara Croft sur le mode James Bond girl. D’autres le sont moins comme par exemple ce morceau dédié à Rita Levi, cette chercheuse neurologue prix nobel de chimie. Comment parvenir à écrire sur ce thème ?

 

S.B : C’est particulier puisque c’est justement le morceau où il y a un invité, le chanteur brésilien Ivan Lins qui chante sur ce thème. Je lui avais demandé de mettre des paroles sur ce thème. Du coup lorsqu’il a mis des paroles en portugais, bien sûr, lui ne pensait pas à Rita Levi. Il a pensé à une Rita Levi plus romantique, plus « femme », que celle à qui j’avais pensé et du coup la compo s’est un peu transformée, alors que moi je pensais plus, musicalement à une Rita Levi italienne.

 

 

Dans la conception même de l’album, faire un album sur les femmes, dans le contexte machiste de l’Italie d’aujourd’hui, il faut y voir une arrière-pensée politique ?

 

S.B : Non ! Si cela avait été politique on aurait dû le faire bien avant. Non c’était juste un acte d’amour envers les femmes. Du moins je crois.

 

 

Mais sur ce thème-là vous auriez pu faire un triple, quadruple ou quintuple album …..

 

S.B : C‘est sûr. Chaque fois que moi ou Gianni on découvrait une femme remarquable on appelait l’autre pour lui raconter son histoire. On a beaucoup lu et l’on s’est documenté sur ces femmes, en tout cas sur celles qui étaient moins connues. Après tout est du registre de l’imagination. C’est vrai que d’aller d’un personnage comme Maria Lani ou Luc jusqu’à Lara Croft, c’est assez …ouvert, non ?

 

De toutes ces femmes quelle est votre préférée ?

 

S.B : Dans la dernière composition Woman’s land, il y a un personnage caché, une voix qui parle d’une femme qui se nomme Alda Merini. C’est une grande poète italien. Elle a créee une forme en improvisant des poèmes et son travail est magnifique. A part ça la femme que je préfère c’est……. Hum je ne sais pas trop, Joséphine Baker je crois.

 

 

Choisir c’est renoncer. Il y a des femmes que vous regrettez de ne pas avoir mis.

 

S.B : Non car je garde le format ouvert. Il y a des femmes qui apparaîtront dans des prochains disques ou bien dans des concerts. Et puis c’est un concept qui donne la possibilité de faire du spectacle autrement. Par exemple en projetant des images derrière nous et donner au spectateur une autre conception. J’imagine que quelqu’un sur scène, un journaliste ou un écrivain viendrait expliquer en quelques phrases le personnages et qu’ensuite nous jouerions avec ces images projetées. Je crois que cela stimulerait l’imaginaire du spectateur autrement.

 

 

Parlons des musiciens et notamment de Jonathan Kriesberg et de Jeff Balard. Comment s’est fait ce choix ?

 

S.B : Jonathan cela s’est fait par Reno Di Matteo qui est mon agent. Il me l’a proposé et je suis allé sur internet et j’ai regardé sur Youtube et j’ai vraiment beaucoup aimé de qu’il faisait. Je me suis dit que cela pourrait vraiment le faire sur ce projet. Quant à Jeff, je suis un grand fan de Joshua Redman et je les ai vus jouer souvent ensemble. J’aime son côté sanguin, presque organique dans sa façon de jouer.

 

 

Vous restez très acoustique, pas d’envie d’intégrer de l’électronique dans votre musique ?

 

S.B : Oui pourquoi pas. Mais pour l’instant le format acoustique est celui qui me convient le mieux.

 

 

Avec vous on pense surtout à l’alto et on a tous en tête votre album sur Charlie Parker. Vous vous révélez de plus en plus comme un  grand joueur de soprano. C’est le même rapport à l’instrument ?

 

Non c’est bien sur différent et tout dépend de ce que je veux jouer et de l’intention que je veux donner. Bien sûr lorsque je vouais évoquer Sydney Bechet dans l’album c’est le soprano qui s’imposait. C’est quelque chose qui est important pour moi, être respectueux du style de  mes maîtres. Et je trouve beaucoup de plaisir en passant d’un instrument l’autre, de changer de référence. Le soprano sur Coco Chanel m’évoque le Paris très élégant de ces années-là.

 

 

Est ce que vous travaillez beaucoup l’instrument ?

 

Non, pas suffisamment. Ces derniers temps avec la naissance de ma fille je l’ai un peu délaissé. Je travaille un peu mais c’est vrai que je passe de plus en plus mon temps libre, lorsque je ne suis pas en tournée ou en concert à m’occuper de ma fille. Et le rare temps que j’ai de libre j’aime le passer à travailler le son.

 battista-3.JPG

© Jean-Batiste Millot

 

Propos recueillis le 16 mai 2011 par Jean-Marc Gelin

 

 Dernier album :

"Woman's land"

Discograph 2011

woman--land.jpg

Stefano Di battista (as, ss), Jeff Ballard (dm), Jonathan Kriesberg (g), Francesco Puglisi (cb), Julian Olivier Mazzariello (p), Roberto Tarenzi (p), Ivan Lins (voc), Fabrizio Bosso (t)

 

 

 

 

 

 

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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 21:25

Concord 2011

Kurt Elling (voc), Laurence Hobgood (p), Bob Mintzer (sax), John Mc Lean (g), John Pattitucci (cb), Terron Gulley , Kobie Watkins (dm), Lenny Castro (perc)

 kurt-elling-the-gate-2011-cd-cover-fl  photos-2010-2011 0951Du grand, voire du très grand Kurt Elling ! La publication de son dernier album «  the Gate » pourrait bien être une vraie référence dans la carrière du chanteur de Chicago. Ceux qui, depuis « Man in the Air », pensaient l’avoir un peu perdu lors de ses dernières productions vont retrouver là un grand Kurt Elling. Un Kurt Elling qui délaisse les standards américains et qui s’attaque là à des thèmes sublimes de la pop, du jazz, de la soul et du funk. À la manière d’un Franck Sinatra qui pouvait donner l’impression que les standards de Broadway avaient été inventés pour lui seul, Kurt Elling s’approprie avec beaucoup de respect et un sens incroyable de l’interprétation quelques-uns de ces monuments. Même pas peur ! Certains de ces thèmes de l’album sont peu connus et même presque introuvables comme le Matte Kudasai  de King Crimson tiré de l’album « Discipline » de 1981 ou (moins rare) le Come Running to me de l’album « Sunlight » de Herbie Hancock. Chaque fois Kurt Elling se délecte de ces thèmes aux arrangements raffinés et aux orchestrations subtiles pour les emmener sur son propre terrain et en exhaler toutes les saveurs mélodiques. Avec une approche de vrai musicien, Kurt Elling parvient alors à donner à ces thèmes une autre existence musicale tout en restant au plus près de l’intention originale. Je ne peux m’empêcher de penser à Miles et à cette notion d’espace en musique que Kurt Elling fait sienne en donnant au temps et aux silences des couleurs bleutées. Son Kind of blue à lui.  Alors les vapeurs crimsoniennes restent là et la sensualité érotique de la soul et du funk aussi lorsqu’il s’agit de reprendre le thème de Herbie Hancock ou le After your love has gone de Earth Wind and fire génialement réarrangé, sans trahir d’une virgule l’intention initiale. Avec ses airs de crooner, Kurt Elling donne à ces thèmes un surcroît de sensualité à faire rougir un chœur de nones carmélites à l’heure vespérale. Normal avec un producteur qui y sait y faire comme Don Was aux manettes à qui l’on doit notamment les Stones, Elton John,  George Clinton et tant d’autres.

 

 

 

Quelques tubes émaillent l’album comme le Stepping out de Joe Jackson rendu à des airs jazzy ou Golden lady de Stevie Wonder ( le moins réussi des 9 titres) ou encore le Norvegian Wood des Beatles ( de l’album Rubber Soul de 1965). Mais Kurt Elling s’attaque aussi à des sommets infranchissables. Du jazz modal comme Blue in green ( tiens , « Kind of Blue » ….) mais encore des thèmes difficiles comme Samourai Cowboy thème tiré du Samourai Hee-Hawdu bassiste Marc Johnson et de son groupe mythique Bass Desires et sur lequel Kurt Elling a mis des paroles qui viennent illustrer parfaitement le thème. Et sur Nightown Lady Bright Kurt Elling met là encore des paroles sur le thème de Don Grolnick pianiste mythique du jazz rock west coast. En parlé-chanté, Kurt Elling nous transporte alors dans ses nuits, dans son univers où le bleu et le noir se confondent. Et le fantôme de Duke Ellington de passer rapidement dans les effluves de la voix du chanteur.

Le charme ne se rompt pas, il vous poursuit au-delà de la dernière note chantée. Alors que la mode est à le reprise des thèmes de la pop, Kurt Elling en fait bien autre chose que de simples reprises. Il les incarne et les fais revivre. Avec cet album-là, c’est sûr Kurt Elling n’atteint pas des sommets, il les dépasse.

Jean-Marc Gelin

  

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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 07:18

  

Zig Zag Territoires-Outhere

Distribution Harmonia Mundi

www.stephanekerecki.com

www.johntaylorjazz.com

www.outhere-music.com

 Stephane-Kerecki-Patience-CD-album_z.jpg

 

Cet album marque une rencontre inédite, des plus réussies, entre un pianiste (l’Anglais John Taylor) et un contrebassiste français (Stéphane Kerecki). « Entre ces deux là, l’osmose a été immédiate, évidente…de cette contrebasse vivace et de ce piano coloriste, naît une musique qui brûle d’un feu paisible ; une musique pour traverser la nuit ». Voilà bien un juste hommage de Guillaume de Chassy, un autre pianiste qui connaît bien le contrebassiste.

Variant les nuances, Stéphane Kerecki croise mystère, instantanés d’émotion, exigence d’un musicien accompli, pour faire entendre une basse puissante, résolue, souvent chantante comme dans « Kung Fu ».

L’intégration audacieuse du silence, l’appréhension d’un certain vide qui demeure musique ne lui fait pas peur, puisqu’il s’adosse au piano lyrique, tendre, mais aussi engagé de John Taylor « Manarola ». Le duo captive littéralement, nous immergeant dans ces pièces vibrantes, enlevées, rythmées : « La source », « Bad drummer », « Valse pour John »  se combinent à d’autres pièces, aux cadences moins rapides  comme « Patience », « Gary », « Luminescence » . Ainsi, tout le long de cet album d’échanges, leur conversation raconte presque toujours une histoire, installant une forme ouverte, laissant libre court à l’intuition, au sens inné de l’improvisation des deux musiciens.

Dès la pochette, le ton est donné :  l’ambiance mauve, propice à la rêverie introspective, à l’ouverture de l’espace sur l’imaginaire, est zébrée par des biffures de lumière traversant les nuages. Est ainsi restituée la belle couleur de l’album, intitulé « Patience », d’après une des compositions  de Stéphane Kerecki.

Les deux musiciens se partagent une fluidité mélancolique, que parcourt pourtant une énergie rythmique souterraine. Par ses harmoniques et couleurs, Patiencedistille une secrète nostalgie, intense, liée à un art et une pratique musicale poétiques, comme dans  « Gary ». Car, dans ce dialogue fervent, sont invitées les figures de Bill Evans, Paul Bley, Gary Peacock … en hommages fugitifs, brèves rencontres, échos délicats où le jazz revient, superbe comme dans la reprise de « Jade visions » du regretté Scott La Faro.
Les irisations de cette musique qui renvoient à de délicates impressions ne doivent pas faire oublier les ramifications, les sinuosités et cette douce violence qui envahit l’espace de jeu. 

Sensibilité romantique, engagement romanesque ? En assistant à cette rencontre vespérale, où l’imprévu s’impose souvent comme seule réalité, on se sent troublé. Délicieusement. 

Un album contrasté donc, intense :  l’échange vif, immédiatement complice  réussit à nous entraîner dans une aventure esthétique des plus réussies.

 

Sophie Chambon

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 10:38

« Live at Birdland »

Lee Konitz (as), Brad Meldhau (p), Charlie Haden (cb), Paul Motian (dm)

 Lee-Konitz-Brad-Mehldau-Charlie-Haden-Paul-Motian-Live-At-B.jpg

Le Birdland a toujours été un de ces lieux magiques dans l’histoire du jazz. Il s’y est tenu des concerts mémorables. Petit club mythique s’il en est, le club après avoir été situé tout proche de la fameuse 52ème rue, a réouvert en 2008 dans la 44ème. Le club a toujours inspiré les plus grands et certains ont notamment en mémoire le légendaire Live at Birdland enregistré par Coltrane en 1963 ou encore les non moins légendaires sessions animées par Art Blakey e ses Messengers.

Et c’est dans ce temple sacré de la musique qu’ont été réunis ce soir de décembre 2009, 4 légendes absolues du jazz : Lee Konitz (84 ans), Charlie Haden (74 ans), Paul Motian (80 ans) et le tout petit dernier, Brad Meldhau (41 ans) pour une de ces rencontres au sommet dont on se dit qu’une telle brochette de all-stars, sans réel projet commun, (mais avec une même histoire en partage) peut donner leu au meilleur comme au pire. Peut aboutir à une rencontre sublimée ou à un simple gig.

Et c’est la première solution qui s’inscrit définitivement dans le marbre. Sur un matériau basique, celui des grands standards du real book, Konitz rencontre Meldhau et réciproquement. Tout y est certes très formaté, très, trop certainement. Les structures s’enchaînent  et chacun prend son chorus à tour de rôle montrant l’un après l’autre sa science incroyable de l’harmonie que le pianiste dispute à l’alto. Les thèmes sont issus d’un répertoire archi connu et rebattu. Et pourtant, la magie opère immanquablement. Dans cette forme, dans ce format dont on n’attend aucune révélation, la musique se révèle avec sa part d’inattendu, de surprise, affichant de la part des musiciens une inattendue et  fantastique liberté.

Au-dessus de tout Il y a (malgré parfois quelques défaillances de justesse) le « son » de Lee Konitz. Celui qui me fait passer en boucle depuis des années ce disque qu’il enregistrait en avec Warne Marsh. Lee Konitz : cette forme de clarté limpide, ce soyeux du verbe et cette maîtrise de l’harmonie qui depuis Tristano ne le quitte pas. Et Meldhau qui, justement, endosse à merveille ce rôle Tristanien qui lui était tendu comme sur un plateau d’argent et qui rejoint Lee Konitz exactement sur ce terrain-là où le thème reste le thème, la mélodie reste la mélodie alors que tout, autour, semble réinventé. Et c’est là où la magie de ces rencontres au sommet opère : dans cet art de la re-création qui devient pour l’auditeur celui de la révélation. Loverman sublimé, Lullbay of Birdland magnifié, I Fall in love too easily bouleversant, touché par la grâce ou encore un Solar qui au-delà de son exploration modale va chercher dans les moindres recoins harmoniques des atonalités surprenantes. C’est qu’il y a pour les 4 musiciens, dans ces thèmes-là matière à jeu, matière à réflexion, matière à communion.

Et dans cette rencontre, il y a aussi un événement dans l’événement : les retrouvailles émouvantes de Haden et Motian, là encore une question de « son » : deux sonorités qui ont marqué à jamais l’histoire de leur instrument, deux timbres exceptionnels qui se retrouvent.

Aux DNJ nous avons failli faire un débat autour de cet album-là qui ne parvenait pas à me convaincre à la première écoute. Nous avions le préjugé d’un album un peu trop marketé. Trop encadré dans sa forme. Le sentiment que parfois chacun joue pour lui-même. Et puis réécoute. Et puis non, pas possible de dire cela. C’est finalement tout le contraire qui se passe. L’art de chacun emporte l’ensemble dans ce formidable paradoxe du jazz qui place l’individu dans l’ensemble qu’il constitue ou qui LE constitue. Et c’est la définition même de l’osmose. A moins qu’il ne faille aller chercher, pour le comprendre, celle de l’empathie(*)

Jean-Marc Gelin

 

 

(*) (du grec ancien ν, dans, à l'intérieur et πάθoς, souffrance, ce qu'on éprouve), notion complexe désignant le mécanisme par lequel un individu  peut « comprendre » les sentiments et les émotions d'une autre personne voire, dans un sens plus général, ses états mentaux non-émotionnels.

 

 

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 06:56

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Fresh Sound New Talent
Site
Myspace

Frédéric Borey (ts, ss), Camelia BenNaceur (p), Nolwenn Leizour (b), Stefano Lucchini (dm)

Détachement. C'est ce qu'a gagné le saxophoniste français Frédéric Borey depuis Maria en 2007, aussi publié sur Fresh Sound. Du détachement face au formatage ambiant, du détachement face à la performance devenue nécessaire pour faire partir des "bons". Borey joue ses compositions, élaborées, pas du tout influencées par la pop rock, mode obligatoire parfois à contrecœur. Sa musique sereine est faite de respiration et d'espace, encore plus sentis que sur Maria,  et des mélodies directes, parfois lumineuses comme ce "Dward Steps" qui nous fait irrésistiblement à "Line on Love" de Marty Ehrlich, le saxophoniste allemand qui ne doit pas déplaire à Borey.
Une esthétique juste sophistiquée, point trop n'en faut, avec un accent mis sur le son. D'abord celui du saxophone: à la fois suave et parait incisif car il est straight et sincère. Des lignes pour Kodaly, Bartok, Debussy et Warne Marsh qui mettent en exergue le talent du compositeur  précis et subtil, ses influences pour le moins hétéroclites. Une fois encore, Borey a su fondé un jeu de groupe très cohésif, convaincant et nuancé. Borey est talentueux - l'écouter jouer ses compositions est une évidence pour l'oreille - et audacieux et il le fait savoir avec ce groupe composé complètement renouvelé depuis Maria avec de parfaits inconnus, vu de ma fenêtre parisienne,  dont deux musiciennes. Ils en ont du talent nos musiciens! Chapeau Monsieur Borey, votre musique est vraie et authentique.

 

Jérôme Gransac

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 15:34

Discograph 2011

Christophe Dal sasso ( dir, fl), Juliee Alour (tp), Vincent Echard (tp, fchn), Dominique Mandin (as,, fl), Sophie Alour (ts, cl), David El Malek (ts,ss), Thomas Savy (clb), Merrill Jerry Edwards (tb), Fidel Fourneyron( tb, fl), Franck Aghulon (dm), Manuel Marches (cb), Pierre de Bethmann (p, fder), Romain Ponsot (htb)

 dal-sasso.jpg

 Lorsque l’on met l’album de Christophe Dal Sasso dans la platine, on a d’abord quelques (agréables) appréhensions. On connaît tout le travail d’arrangement du musicien et notamment ses collaborations avec les frères Belmondo et l’on craint juste un peu de réentendre les influences qu’il revendique à savoir celles du classique français du début de siècle (dernier) arrangés pour orchestre d’harmonie dans un album qu’il aurait déjà fait. Je suis assurément un fan absolu d’ « Hymne au Soleil » et aussi du précédent album de Chistophe mais je craignais quand même de le voir encore tourner autour du même sujet. Le format de l’orchestre s’y prête clairement et d’ailleurs la première plage (Rondo) qui s’inscrit dans la continuité de ce travail ne résout pas totalement ces craintes. Sauf que dans la plage suivante (Potomac River) et tout au long de l’album Dal Sasso démontre que son art de l’écriture est protéiforme et que l’étendue de sa palette de compositions et d’arrangement sort des idiomes attendus dans une sorte de syncrétisme remarquable. On revient parfois au jazz, celui de Maria Schneider, de Gil Evans parfois ou de Thad Jones voire même quelques clin d’œil à Mingus. Remarquablement écrit, l’ensemble fonctionne à merveille dans une écriture concise.  Les solistes sont tous excellents et l’on se délecte d’y entendre un David El Malek maître dans la façon de faire monter les sauces, Sophie Alour ou encore son frère Julien qui à la trompette s’aventure sur des terrains un poil plus trash  (sur Tourbillon). Quelques moments de grâce particulièrement émouvants comme cette Côte de Lumière justement éclairée par la saxophoniste alors que la section de cuivre, derrière elle se fait particulièrement soyeuse.

Il y a  dans cet album quelque chose qui le situe entre ciel et terre. Entre la grâce aérienne des harmonies qui s’envolent gracieusement et une sorte d’enracinement tellurique qui vient des rythmes d’Afrique ici délicatement suggérés. Qu’il s’agisse de Pluie de Cendre, moment particulièrement fort et dense avec une vraie évolution thématique qui traverse de crépusculaires accalmies sur lesquelles le soprano de David El Malek, porté par un ostinato rythmique saisissant se fait au contraire particulièrement sombre. Ou alors qu’il s’agisse d’un hommage dédié à John Coltrane et Yusef Lateef ( que Dal Sasso avait rencontré avec les frères Belmondo à l’occasion de l’enregistrement de «  Influence »). Si l’on est moins convaincu par le prélude et sa mise en ambiance « africanisante », en revanche la suite est plus convaincante avec une couleur que le trublion Jerry Edward parvient à décaler pour le tirer hors des modalités coltraniennes stéréotypées.

Très encadré l’album repose beaucoup sur l’écriture et donne le sentiment que les solistes sont entièrement concentrés sur l’exécution d’une oeuvre réglée au millimètre. Les solis et les contre chants sont ainsi savamment imbriqués dans un agencement parfait qui donne à l’orchestre une sage épaisseur.

 

L’album trouve alors son équilibre entre deux fondements : l’un rythmique où Christophe dal Sasso met en évidence la pulse comme sur ce « Prétexte » où Thomas Savy et Franck Aghulon rivalisent dans le groove.  L’autre pilier est l’harmonie ainsi q’une témoigne cet Aube magnifique qui vient clôturer l’album un peu comme Rondo l’avait entamé, par un rappel des trames qui évoquent la musique de  Boulanger et de Fauré. ET la boucle est ainsi bouclée avec une infinie élégance. Un geste de maître en art zen. Comme le dessin d’un calligraphe. Entre ciel et terre.

Jean-Marc Gelin

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 12:32

U suite

Les raisons –nances d’un territoire

Sortie le 17 mars 2011

 

www.zigzag-territoires.com

www.outhere-music.com

 

 

Raphael Imbert sur le net

www.ninespirit.org

www.raphaelimbert.com


www.myspace.com/raphaelimbert

www.facebook.com/raphaelimbert

 

 Raphael-Imbert-Live-au-Tracteur-CD-album_z.jpg

Installé en Haute Provence entre Durance et Verdon, le saxophoniste Raphael IMBERT a su créer un réseau, rencontrer utile, créer des liens dans un contexte rural et montagneux ; pour un musicien jouer est essentiel, et pour cela, il faut trouver des lieux utiles de diffusion, des scènes comme ces bistrots de pays, ou encore la scène voisine de l’AMI à château Arnoux (on connaît bien aux DNJ le travail de cette structure), qui organisent rencontres, concerts événements…

 

LE TRACTEUR, restaurant à Puimoisson , tout près des lavandes du plateau de Valensole,  (04), accueille autant les locaux que les amateurs venus de loin. « Ce territoire entre Oraison et Riez, chargé de mystères, de vécus, de paysans mystiques et d’ésotéristes terriens » ne pouvait qu’ inspirer le saxophoniste, toujours en verve. Ce projet est mené avec le label Zig Zag Territoires, qui suit son travail depuis longtemps : après un voyage dans le Dixieland des origines du jazz, en juin 2010, pour un projet Improtech autour du dévelopement du logiciel Omax, Raphael Imbert a composé une suite la USuite en 5 parties, transposées dans son Sud à lui. Il était donc totalement légitime de créer au Tracteur cette musique jouée par un quartet mixte, composé d’une rythmique américaine Gerard Cleaver à la batterie et Joe Martin à la contrebasse, déjà sur son précédent New York Project, et le fidèle Stéphan Caracci , vibraphoniste doué de la jeune génération.

 

« Le jazz est le geste musical qui me permet de jouer, avec qui je veux, quand je le veux »

dit Raphael Imbert, qui a vécu à Marseille, connaît bien Paris, s’est installé en Haute  Provence dans une démarche de néo-rural, de développement local.

Sous-tendant ses différents projets depuis le début de son histoire, toujours intelligemment menés, on le retrouve plus mystique encore que cool…  vers une quête de l’essence des choses, de la spiritualité dans l’art et la musique. 

Il définit les différentes parties de sa suite dans un carnet bien conçu : les vertus pédagogiques de l’artiste ne sont plus à démontrer :

1-    Shared suite (4’35)

2-    Ecosystem of Citybirds (12’03 ) : hommage à tous ces « birds » fameux de l’histoire du jazz, du sax, de la muique urbaine

3-    Poboy : echo sur un rythme de valse, cajun, Blue grass, gospel

4-    Jamin’ with jamin

 

 

 

 

 

Intensément lyrique, immédiatement accrocheur, le groupe nous plonge au cœur de sa musique. L’idée de génie est d’intégrer au trio vibrant et bondissant, le travail inventif et subtil sur les lames de Stephan Caracci . Le résultat ne se fait pas attendre : ça joue vite et bien, entraînant dans un tourbillon de sons. Le vibraphoniste tapisse de nappes sonores l’arrière plan sur lequel brode lyriquement le saxophoniste qui joue de tout son corps et des saxes, corps à cœur, sans souffler pourrait-on dire paradoxalement.

Sensible et pourtant ardente, irriguée d’une énergie souterraine, la rythmique pilonne en continu et nous lance dans une poursuite infernale que relève le développement plus léger du vibraphone.

Voilà un vrai « live » ponctué  des cris et clameurs pour une structure classique lisible, qui s’écouterait en boucle, avec infiniment de  plaisir. Un voyage spirituel et sensible, frémissant et sensuel. C’est l’esprit d’un jazz résistant, militant qui demeure, éblouissant dans chacun des chorus que prennent égalitairement les musiciens du quartet.

 

Sophie CHAMBON         

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 22:41

Laurent Stoutzer (g), Bruno Angelini (p), Arnault Cuisinier (cb), Luc Isenmann (dm)

 

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Il y a déjà quelques années, notre chroniqueur-guitariste Tristan Loriaut s'était extasié à propos d'un album de Laurent Stoutzer (Praxis, paru en 2008). C'était à l’époque Benjamin Moussay qui tenait les claviers. C'est ici Bruno Angelini qui a pris sa place. Jadis c'était Yaron Herman ou c’etait aussi Eve Risser. C'est dire combien le guitariste strasbourgeois aime à se confronter aux pianistes de haute volée dans cet exercice cordes contre cordes particulièrement difficile par la complexité harmonique qu'elle engendre. Et d'entrée de jeu, la confrontation ou plutôt la complémentarité des deux musiciens fait merveille dans cette musique admirablement construite, hors des repères classifiant habituels.

De cette rencontre, appuyée par la fidèle et magnifique rythmique de Stoutzer naît une réelle densité musicale. Le pianiste et le guitariste se complètent lorsqu'il s'agit de dessiner des contours musicaux, de faire sonner des harmonies sombres ou de construire le son. On entend bien chez Stoutzer les nappes Metheniennes. Et ce sont celles-là dont s'empare Bruno Angelini pour y inscrire des contrastes en eaux-fortes. Explosant les frontières habituelles du jazz et du rock, la guitariste qui signe ici toutes les compositions navigue entre nappes électriques, les vapeurs harmoniques et les explosion qui surgissent dans une construction delinearisèe des thèmes.

Dans le partage de l'espace entre piano acoustique et guitare électrique Bruno Angelini affirme sa présence tant dans son rôle d'accompagnateur que de soliste où chacune de ses interventions vient apporter un son plus mordant, taillant dans la masse sonore. 

Tous deux, ou plutôt tous les quatre sont des créateurs de sons et partagent l'intelligence de la musique qu’ils créent en studio. Ils peuvent partir d'un climat très acoustique et très apaisé pour parvenir finalement à quelque chose de très puissant dans un parfait agencement des trames. Car Laurent Stoutzer sait travailler le mariage des sonorités comme dans ce thème, Ostraca où l’halluciant chorus de Arnault Cuisinier à l’archet se prolonge dans le même gémissement de la guitare dans une continuité parfaite. Parfois ce mariage des sonorités se fait de manière un peu brutale avec des ruptures qui permettent  le passage de relais entre l’éléctrique de la guitare et l’acoutisque du piano. Mais jamais au détriment de la cohérence artsitique marquée par cette couleur noire « polar ».

Chacun des musiciens semble varier les rôles et changer d'approche stylistique avec une cohérence absolue.

Et la variété du jeu de Stoutzer est impressionnante, inclassable et ne se départit pas de cette couleur crépusculaire et sombre qui imprime a sa musique une ténébreuse densité.

Jean-Marc Gelin

  

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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 20:59

Label BEE JAZZ 

www.beejazz.com

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Après une écoute attentive, concentrée et…répétée du dernier album de Magic Malik, on pourrait chercher la cohérence de ce dernier opus en quartet. Qu’est ce qui a poussé par exemple le flûtiste-vocaliste à appeler son album Short Cuts ? 

Cette expression qui signifie « raccourcis » renvoie (pour nous) au film éponyme de Robert Altman adaptant à sa façon un poème et des nouvelles de Raymond Carver. Ces « short cuts » n’illustrent aucune tension romanesque, entremêlant sans début ni fin, des fragments de vie où intervient le hasard, élément capital dans un univers étranger et étrange. Première piste/

 

On connaît par ailleurs  Magic « Malik » Mezzadri, depuis les premiers albums du Groove gang (il y a une dizaine d’années) du « néo saxo au son électro » Julien Lourau  et en particulier son Gambit qui parlait de jeu d’échec et de stratégie. Dans ce groupe figuraient déjà  le batteur Maxime Zampieri qui est resté fidèle aux projets du flûtiste.

 

Après des expériences engagées avec certains groupes remarquables comme nos voisins les belges Aka Moon, Octurn, mais aussi Steve Coleman, voici Malik inaugurant une nouvelle orientation sur  BEE JAZZ : une écriture conceptuelle, suivant des règles complexes mathématiques ( probabilités, lois des séries) sans négliger pour autant le goût de mélodies joliettes. Résultat déroutant parfois, paradoxal : voilà une musique « savante » mise en scène avec une batterie d’effets qu’activent Jozef Dumoulin aux claviers et diverses machines et Jean-Luc Lehr à la basse électrique, où s’imposent des mélodies douces et sucrées, jouées parfois de façon enfantine- le travail sur la répétition des motifs y est pour quelque chose. Les thèmes ressassés mais non triturés, modifiés légèrement, presqu’insensiblement, peuvent conduire très progressivement vers une forme de transe. D’hypnotiques progressions mathématiques animent le premier et le dernier thème, « 19114145 » et «Tapisseries »  qui se rejoignent, se complètent, jouant sur une suite de nombres . « Amerigo » use aussi de cette répétition absolue qui introduit des crescendos subtils, si imperceptibles que l’on pense faire du surplace dans ces répétitions qui ont plus à voir avec des calculs mathématiques que des recherches chamaniques. Plutôt que d’embarquer vers une transe extatique, cela vrillerait plutôt les nerfs…

Si l’arrière plan de musique contemporaine est l’un des fils conducteurs de ce parcours étrangement singulier, Magic Malik nous entraîne vers d’autres sphères qui ont à voir avec la musique de film comme dans  « Le tueur » mais aussi « Disruption bomb » qui, sans jeu de mots, évoque cette fois une musique de série, illustration de films d’ambiance aux atmosphères fantastiques. 

Le côté froid, futuriste des effets électroniques et autres jeux vidéos que Malik dit affectionner nous laisse résolument de côté. Pourtant, une certaine beauté « hors âge » plus encore que « new age » se répand dans ce bel « ODESSA » qui semble égrener des notes cristallines d’une « musical box ». Mais ce que l’on aime vraiment, c’ est entendre jouer Malik  de cet instrument divin et ésotérique, la flûte, en longs solos enchanteurs. Et puis, son chant a quelque chose qui remue : décalé, envoûtant, sa voix nous émeut comme dans le grave « Sanction ». C’est là que jouerait la transe. Plus encore que la nostalgie, domine la mémoire de l’inconscient et des souvenirs auditifs, on pense alors à « The great gig in the sky », morceau atypique du LP culte Dark side of the moon. Loin du sillage des galaxies post « star wariennes », on est renvoyé à certains chants opératiques, mélopées ou plaintes  et le charme opère.

La « musical box » se referme, non pas, celle nostalgique de Genesis et des Nursery rhymes mais celle tout aussi vibrante de cet intriguant personnage, Malik Magic Mezzadri. A découvrir attentivement.

Sophie Chambon

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1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 22:18

Juste un trace 2011

Victoria Rumler ( voc), Emmanuel Bex (org), Nico Morelli (fder, p), Olivier Ker Ourio (harm), Ben oulentianis (g), Laurent Mignard (t, fch), Pena ( perc, dms), Grant Smith (brushes), Philippe Gonnand (b, ts)

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C'est bientôt la fin du printemps et même le début de l'été. Envie de remettre son chapeau de paille, allongés sur notre chaise longue face à la mer, un soleil étincelant et un léger vent d'ouest, un verre à la main. Lascivement là, ne rien faire, penser rien,  laisser aller, farniente douce, juste écouter le dernier album de Victoria Rumler, comme ça , simplement et sans façon juste pour sentir la petite brise de sa voix et se sentir bien. Nonchalamment. Parce que c'est comme ça, parce que c'est juste bon.

La chanteuse que l'on avait connue avec Rue Blanche ( groupe malheureusement disparu) ou avec les Grandes Gueules a bel et bien quitté ses habits de diva du jazz pour se livrer dans ce qu'elle est fondamentalement  : une chanteuse radicalement américaine bercée de folk de pop et de funk. Une fille de Joni Mitchell et de Carole King, de Sherryl Crow  autant que de Suzanne Vega. Sur des arrangements signés en grande partie par son compagnon, Nico Morelli, Victoria Rumler chante une confondante aisance et une facilité désarmante. Easy listening dirons peut être certains. Et je dis pourquoi pas. Coule de source. Petite sucrerie gorgée de soleil. Un riff un peu funky pour ouvrir l'album sur Guys with ties groovant sur les rebonds du fender. Irrésistible, tube programmé pour inonder les ondes. Quelques standards comme un Touch me tonight interprété sur un rythme africain avec une désarmante simplicité et un brin d'humour dans les arrangements. Sympa comme tout ! De quoi  passer très vite sur un frère Jacquespas très convaincant et surtout un peu incongru. Sur cet arrangement le dernier accord de guitare laisse regretter que celle-ci n'ait pas été un peu plus mise en avant et que d'une manière générale Victoria Rumler n'ait pas choisie de laisser parfois plus de place à ses musiciens, de laisser aussi la musique prendre sa part. Retour au funk avec Am I Am au groove électrique, qui se situe dans ce lounge music entre Sade et Groover Washington voire même si l'on osait la comparaison, d'un Ben Sidran ( Am I am) au féminin.. On aime ! Tout comme l'orchestration en tous points impeccable (il faut écouter la qualité des arrangements d’un thème comme Island of nowhere ou Frends old and new…). Nico Morelli est un accompagnateur de luxe, au swing bien présent et aux interventions lumineuses. On passera vite sur un blues beaucoup trop blanc à notre goût (Italy Blues) pour s’arrêter sur cette belle version de Over The Rainbowmagnifiée par Olivier Ker Ourio et qui  démontre que la chanteuse avec grâce et simplicité devait être habité par le fantôme de Judy Garland. Et finissons avec un Love Day sur le mode reggae à vous donner la pêche et la banane pour la journée entière, chant d’optimisme dans une sorte d’allégresse communicative.

Débarrassée du complexe des divas, débarrassée de toutes fioritures du scat obligé, Victoria Rumler apporte ici ses talents de musicienne et aussi de compositrice diablement efficace qui montre sur les 8 titres qu’elle a écrits, un sens des mélodies qui font mouche et du groove qui balance. Remarquablement bien fait cet album associe des musiciens qui apportent tout leur talent et leur générosité ( Ker Ourio, Laurent Mignard à la trompette, Emmanuel Bex incroyable de présence à l’orgue jamais aussi velouté ou Pena aux percus).

Jamais la chanteuse semble n’avoir jamais été si bien dans sa peau. Son bonheur de chanter est tout simplement communicatif. Simplement sentir la petite brise de sa voix et se sentir bien. Nonchalamment. Jubilatoire tout simplement.

Jean-Marc Gelin

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