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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 03:48

Philippe-Pilon---Take-it-Easy.jpeg

Black and Blue BB714.2

Distribution Socadisc

Concert de sortie le 8 mars au Sunset

2010

 

Site de Philippe Pilon

Myspace de Philippe Pilon

 

 Sortie du disque le 28 février

Concert de sortie le 8 mars au Sunset

 

Voilà un album sérieux, conçu avec soin, qui met en joie d’un bout à l’autre, simplement, résultat plutôt rare en ces temps de recherche d’une modernité éperdue.

Un simple riff, (mais de Lester Young ) qui s’insinue et ne vous lâche plus, a inspiré la première composition Take it easy du saxophoniste ténor Philippe Pilon en quartet, avecPierre Christophe au piano, Raphael Dever à la basse, et Guillaume Nouauxà la batterie.

Lester Young, le saxophoniste en est tellement imprégné, que sa grâce «fantômatique» survole l’album, comme dans ce Ghost of a chance, dont la mélodie le hante.

Qu’il doit être difficile quand on aime le jazz à ce point de choisir quels seront les thèmes de son premier disque. Incroyablement, Philippe Pilon arrive à faire sonner ses propres compositions comme des standards, en cohérence avec les titres qu’il s’autorise à revisiter  I found a new babyBlue turning grey over you .

Le jeu collectif et intelligent du quartet fait retrouver le plaisir du swing, cette pulsation du désir de musique. Jacques Réda essaie désespérément de nous en donner les clés dans les colonnes de Jazz Magazine depuis quelques années mais on avoue, tout comme Frank Bergerot, que le swing demeure un mystère : on l’a ou pas, et …beaucoup de musiciens ne l’ont pas .

Philippe Pilon, lui, avance à son rythme, en quête d’un son bien à lui, velouté et charnel. Pour le reste, timbre, phrasé, invention mélodique se développent auprès de musiciens parfaitement complices, en un ensemble détendu, intensément aimable.

Les notes introductives de Claude Carrière éclairent le propos de l’album : Take it easy ou l’éloge d’une certaine lenteur, d’une élégante désinvolture qui donne pleine mesure à une sensibilité sans affectation. Avec cet effort attentif pour obtenir « un je ne sais quoi » qui fait la signature, justement.

Adoubé par un tel mentor, le saxophoniste a choisi -et c’est assez rare pour qu’on le souligne- de glisser une notule pour chaque titre, livrant quelques pistes judicieuses.

Les titres s’enchaînent aisément : ainsi, Sulkinautorise, sur la grille harmonique du Honeysuckle Rose de Fats Waller, d’improviser à loisir, Chicken walk rappelle que l’inspiration en musique vient souvent en marchant. L’Elfe,en hommage au fils du saxophoniste, sur un rythme de calypso est délicieux ; sans oublier le final, How long blues, de l’aveu même du leader, très «roots», au bout de la nuit, dans ces clubs (autrefois) enfumés, quand ne restent plus que les musiciens.

 

A une époque où il faudrait presque se justifier de jouer encore du jazz « classique » , voilà une formation qui en a intégré tous les codes, pour notre plus grand plaisir ! Ces musiciens jouent bien, avec grâce, ils savent aussi ce que « swinguer » veut dire et on aime encore ça , même en 2011 !

 

Sophie Chambon
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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 09:44

Universal 2011

piano solo

TigranHamasyan.jpg Parfois c'est un coup au plexus. N'importe quel critique que ce soit ne saura jamais vraiment exprimer la force émotionnelle que peuvent exprimer certaines musiques. Peut-être cela tient-il au fait que leur simple écoute suffit à nous persuader de la sincérité de leur auteur et de la part très intime qu'ils nous livrent. Et cela charrie des joies et des souffrances, et charrie des peines et des chagrins universels qui suffisent a nous ébranler. Sinon comment expliquer Ravel (Ma mère l'oye), Debussy ou Darius Milhaud

Le tout jeune pianiste Tigran Hamasyan, ex-lauréat du concours Martial Solal quitte son  ancien label (Plus Loin) pour  intégrer la prestigieux label américain Verve. Au passage il abandonne aussi l'univers du rock noisy qui était celui de son précèdent album pour venir nous raconter une autre histoire très personnelle et nous prend par la main pour nous emmener dans un monde de contes et de fables. Et forcement si ces histoires là nous  transportent dans l'univers des contes de son Arménie natale, ces contes là sont aussi les nôtres, avec leur poésie et leur douces craintes. Celles que l'homme qui se souvient.

Des comptines (longing), des Fables ou de belles histoires comme cette superbe interprétation de Someday my prince will come évoque ce monde irréel parfois beau, parfois inquiétant.  Et puisqu'il faut remonter si loin dans les souvenirs, c'est aussi la nostalgie de l'exil qui se lit en filigrane pour ce jeune musicien parti tôt de chez lui pour aller faire de la musique du côté de la Cite des Anges. Le souvenir de la mère, très simplement évoqué (mother where are you)

On assiste alors à cette rencontre entre le piano romantique et le piano jazz sur des terres orientales et c'est fort, poignant. Le romantisme d'un piano fougueux et presque ténébreux. ( what the waves brought). Ou encore cette pièce maîtresse, Samsarainterprétée de manière époustouflante, volant entre Asie et Europe dans une course cavalcade régénérant par lui même le cycle de la musique. Son univers est aussi léger que crépusculaire.  Avec, chaque fois ce supplément d'âme justement, qui se propage à nous dans cette déambulation au pays des merveilles. Et derrière lui, derrière le pianiste il y a, au-dessus de son épaule, le regard nostalgique de celui qui regarde en arrière le monde merveilleux de l'enfance qui jamais ne reviendra.

 

Le pianiste est subtil et d'une agilité délicate. S'il avait réglé ses comptes avec ses vieux démons du heavy métal, il montre ici une autre personnalité pianistique. Celle d'un pianiste rare qui raconte des histoires au bout de ses doigts, lyriques mais sans grandiloquence, aérien comme savent l'être les grands, les dompteurs d'harmonies et ceux qui savent les digressions délicates ( pas étonnant que Martial Solal soit tombé sous son charme). Tigran est dans son sujet, corps et âme pourrait-on dire. Pianiste exceptionnel et "ouvreur". Preuve que l'avenir de la musique est dans ce syncrétisme-là, dans cette fusion des cultures qui dépassent Ravel et Jarrett mais les intègrent tous. Mais il y a surtout chez Tigran Hamasayan cette nuance du discours, cette façon de donner de l'intensité à chacune de ses notes, de faire voler les triolets avec autant de grâce que de passion fougueuse. A la fois léger et parfois torrentiel.

 

Rares sont les pianistes qui, si jeunes, ont la maturité de livrer de ce genre d'album "référence". C'est la marque d'un très grand. Dont le discours et la puissance évocatrice nous font simplement chavirer. C'est peut-être qu'il y a là autre chose que de la musique. Il y a l'homme et donc l'universel.

Jean-marc Gelin

 

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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 00:45

belhomme-way-ahead.gif   Editions Le mot et le reste - 2011

Après Giant Steps, Jazz en cent figures (et cinq cents chroniques de disques),le journaliste et musicien Guillaume Belhomme persiste et signe avec ce Way ahead, Jazz en cent autres figures .

Avec ce chiffre rond (il faut bien se donner une limite), il livre le second tome d’une anthologie du jazz assez personnelle qui raconte l’histoire de cette musique, au travers de portraits et de rapides discographies. Filiation ou récupération, transgression, déviation, tout ceci est éclairé et présenté d’un point de vue biographique.

Le découpage original, qui ne se prétend pas exhaustif, affirme haut et fort ses choix, le mérite de l’ouvrage étant de montrer que le jazz que certains figeaient ou déclaraient mort, il y a déjà quelque temps, n’en finit pas de renaître, n’a cessé de changer, d’avancer en zig zag.

Ayant franchi allègrement le 21 ème siècle, cette musique continue d’exister autrement, suffisamment pour que l’on prête l’oreille à l‘histoire musicale en train de se faire, « a work in progress ».

C’est la préface du saxophoniste chicagoan Ken Vandermark qui définit parfaitement les objectifs du livre et en pose la problématique : présenter l’histoire du jazz, de ceux qui l’ont fait et continuent de la faire, sans chronologie écrasante ; en évitant l’énumération des écoles et courants esthétiques, qui se succèdent comme dans toute histoire de l’art . Encore qu’il y ait des modes et des cycles récurrents justement… cercles un peu « vicieux ».

Certains musiciens méritent d’être redécouverts régulièrement, en dehors de leur temps, à l’aune de ce qui se fait aujourd’hui. Ainsi, Pee Wee Russell (1906-1969) (très bonne pioche) débute la liste des musiciens classés par la date de naissance. Ce clarinettiste des plus inventifs, original, qui a su rester libre, mérite d’être remarqué. Quant à la dernière figure choisie dans Way Ahead, il s’agit de Matt Bauder né en 1976, élève à la Wesleyan university d’Anthony Braxton.

Le critère de classement divise les artistes en trois catégories :

les novateurs, « la seconde vague » de « ceux qui ont élargi le champ des possibles », les radicaux, « à distance de toute continuité apparente du jazz », inclassables, plutôt déstabilisants. On sent bien que ceux-ci ont toute la sympathie de l’auteur, mais on ne reviendra pas sur sa sélection, ayant compris où il se situe. Guillaume Belhomme précise ses sources (lecture des revues de jazz et de magazines, des publications sur internet (All about jazz, European Free Improvisation Pages, le son du grizzli…)

Son angle d’approche, intéressant, fait la part belle au jazz américain et on ne saurait le déplorer, puisque le jazz vient de là-bas, tout de même ! Figurent donc au côté de certains incontournables, des « seconds couteaux », un peu oubliés aujourd’hui, tout à fait passionnants.

Le jazz européen est plus limité dans ses manifestations et semble se réserver au free. Les Français, sont largement sous-représentés : sauf erreur, nous n’avons relevé que trois noms Michel Doneda, Jean Luc Guionnet et Daunik Lazro.

Maintenant que le jazz est une musique « du monde », beaucoup de musiciens talentueux et méconnus mériteraient d’être entendus par un public plus large que celui des amateurs et des «spécialistes ». De New York à Chicago, de Los Angeles à Londres, Amsterdam etTokyo, le jazz est une réalité vivante, parfois urgente.

Ainsi, sans prétendre au Dictionnaire du Jazz, bible incontournable de tout amateur éclairé ( à renouveller régulièrement pour tenir compte de l’intense vie musicale actuelle), ce Way aheadpourrait désormais trouver une place à ses côtés, en signe d’ouverture à la musique et d’esprit libre.

 

NB : Précisons enfin que l’ouvrage a une mise en page simple, claire et précise avec des vignettes illustrant les albums marquants de chaque musicien choisi. Un index et une bibliographie complètent ce nouveau numéro de la maison marseillaise que l’on ne présente plus, Le mot et le reste qui continue à imprimer une certaine direction éditoriale, insolite et souvent avant-gardiste .

 

Sophie CHAMBON

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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 23:16
journal-itime.jpgJOURNAL INTIME JOUE JIMI HENDRIX
 LIPS ON FIRE

Enregistré du 15 au 20 février 2010

1 Cd Label Ouïe/ Anticraft - Partenairewww.musicaouir.fr

 Album produit et réalisé par Journal intime & Guillaume Dulac

 

La nostalgie est prête à remonter à la surface des émotions quand il s’agit de Jimi Hendrix.

Pourtant, avec le trio du Journal Intime, à l‘instrumentation cuivrée à souhait, se retrouve le délire d’une musique bien comprise, qu’il ne cherche jamais à reproduire : les compositions du génial gaucher sont détournées avec brio, décomposées, recomposées à la sauce de ce groupe explosif . Ainsi Foxy people, Little blowing, Viens ! Odysseus Praeludium, les illustrations de la pochette et du mini-poster*que contient l’album, respectent, si ce n’est la lettre, du moins l’esprit de ces années psychédéliques que domina le guitar hero cherokee. Et c’est bien !

Car si Jimi Hendrix est insurpassable, lui qui a réinventé le rock en quatre petites années seulement, l’intelligence, le talent et une folle énergie soufflent sur ces musiciens actuels qui parviennent à transposer autrement cette musique électrique et électrisante, toujours en trio, avec humour, plaçant en arrière-plan, l’univers allumé des fanfares ou des « cartoons » sur Lover Man  par exemple.

 

Sur quelques titres, Denis Charolles que l’on ne présente plus, inventif percussif, à part dans le monde du rebond, intervient, comme dans  If 6 was 9  et Rodolphe Burger chante ou déchante à sa façon et à son rythme. Ainsi, voix, guitares et percussions se mêlent avec pertinence au trio de souffleurs. Ils allient mise en place, rythme, et phrasé adéquats, avec un trombone qui growle et feule, hoquète et coulisse en glissandi, un saxophoniste basse qui envoie grave, et un trompettiste qui en a dans les lèvres.

Lips on fire donne son titre justement à l’album du Journal intime, composé de Sylvain Bardiau (tp) et Frédéric Gastard (bass sax), tous deux découverts dans Les dentelles à Mamie**. Depuis, ils ont fait leur chemin et rencontré Matthias Mahler(ex Spicebones). Ces trois là, on l’aura compris, ne font pas que monter et descendre les gammes, savent rentrer dans la musique sans en mettre plein la vue pour autant !

Tous les morceaux retiennent l’attention : All along the Watchtower, le titre-phare, déjà repris de Dylan par Hendrix, drivé par Denis Charolles, fait penser à Zappa par ces enchaînements et collages brusques ! On appréciera aussi la très belle et longue intervention sur ce long morceau collectif  A merman I should turn to be, qui lorgne du côté du jazz de chambre ou d’un petit orchestre symphonique avec des unissons splendides doublés d’ostinatos lancinants.

Enfin, nous attendions le dernier titre pour réserver notre appréciation, ce Villanova junction, un des blues les plus sobres et déchirants d’Hendrix, à la fin de son concert étrangement décalé de Woodstock, au petit matin. Dans une version plus longue, il conserve l’essence de la musique et c’est avec cette belle page que se termine l’hommage du Journal intime.

L’examen de passage est plus que réussi. Bravo les garçons !

Votre musique est vivement recommandée en album, à déguuster chez soi en montant le volume, et évidemment en live, gonflée à bloc !

 

*Poster de Jérôme Galvin  

**Ces mamies-làavaient plutôt du poil aux pattes, aimant à jouer de consonances viriles et graves. Mais pour autant, les recherches sur les timbres et couleurs étaient déjà raffinées, l’électronique intervenant ici intelligemment pour ajouter sa pâte sonore .« La mise en oreille » de Guillaume Dulac servait les compositions contrastées et habilement déjantées des petits camarades Sylvain Bardiauet Frédéric Gastard .

 Sophie Chambon
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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 19:11

Jacques BOUZERAND, Michel ROHBOT, Gilles DE MONTAUZON, Catherine BELOEIL, Francis HOFSTEIN

Editions Delatour France

300p- 49 euros

 lejeuincessantdedanielhumair.jpg

 

Si l’on a pas eu la chance de voir exposées à la Galerie de la Pointe à Paris, les toiles de Daniel Humair, on pourra prendre sa revanche avec Le Jeu incessant de Daniel Humair, superbe livre d’art, sorti aux Editions Delatour France.

Une somme captivante qui revient sur la carrière prolifique de Daniel Humair avec des illustrations pleine page, des « pages-fenêtre » reproductions soignées de  la palette de l’artiste : on plonge dans la couleur et son « théâtre de formes inventées

à la fois fixes et flottantes.»

Daniel Humair n’est jamais arrivé à choisir entre peinture et musique qu’il a pratiquées parallèlement depuis plus de quarante ans. Cette personnalité gémellaire a équilibré, en les réconciliant, deux passions essentielles. Francis Hofstein, l’un des auteurs, précise pourtant que Daniel Humair ne peint pas le jazz qui d’ailleurs ne se peint pas. Et comment rendre le swing ?

Selon la technique de monotypes, le peintre s’est inventé un vocabulaire formel,  toujours en gestation, avec un côté rustique, faussement maladroit.

Son catalogue de formes en série, abstraites ou réalistes, mais plurielles, résiste à toutes définitions : fourches, marelles, lingots, croix, boîtes… objets étranges qui se déclinent de tableau en tableau. Il effectue des variations à l’infini sur un thème, un travail improvisé qui convient à sa pratique du jazz : une transposition du geste musical en geste pictural, la maîtrise du geste (essentielle chez le batteur) plus que du tracé, selon la « cuisine des hasards », intégrant les accidents de parcours.

« L’image aboutie ne m’intéresse que si elle est le fruit de stades accidentels et créatifs ».

Des formes qui reviennent, obsessionnelles, saisies dans une palette plutôt sombre, qui déborde de ces formes toujours imparfaites, mouvantes. La photo prise au plus près, ne révèle  jamais de la haute pâte, mais une matière fluide au contraire avec les pigments tirés à la brosse. Il met en place des formes avec la tension provoquée dans l’espace. Ces formes perverties sont son alphabet, sa boîte à outils, assez unique !

Ce sont souvent de grands formats sur lesquels il se penche, à même le sol, sans réitérer le geste intiatique de Pollock dans l‘ « Action painting ». Car son style est original, même si d’évidence, Daniel Humair s’est nourri de la peinture contemporaine (avec des attirances bien compréhensibles) pour Cy Twombly, Paul Rebeyrolle, Bram van Velde, le mouvement Cobra et Pierre Alechinsky entre autres…

Une interview, en tous points remarquable, livre les préoccupations esthétiques de Daniel Humair, son credo artistique, sa problématique de peintre : « La peinture ce sont des territoires (déjà) occupés » qu’ il s’évertue à ne pas transgresser.

 

De même que son jeu de batteur ne ressemble à aucun autre, il cherche avant tout à comprendre, puis à éclairer le sens de son travail, de son esprit très analytique : « Il faut apprendre à dessiner consciemment ce que l’on fait inconsciemment ». Personne ne parle mieux de son art musical et pictural, de sa pratique qu’il considère comme artisanale. Sans fausse humilité, il sait décrire la vision d’un homme qui continue à multiplier les échanges, à travailler sans relâche, sachant aussi désapprendre pour se renouveller.

 

A la satisfaction de lire et d’apprendre, s’ajoute le plaisir de feuilleter pour la beauté des images : le format choisi pour le livre met en valeur l’iconographie subtile, sur des supports variés : pochettes de disques, enveloppes, affiches des festivals de Rive de Gier ou de La Seyne, couvertures de Jazz Magazine et bien entendu, photos et planches-contact de tout ce que la « planète jazz » a compté d’important.

Ainsi sont soulignées avec goût les œuvres aux techniques mixtes sur papier, vinyle, aquarelles, après les Néocolor de Caran d’Ache de ses débuts, en alternance avec les textes précis et sensibles d’auteurs, spécialistes de l’histoire de l’art, du jazz  et fins connaisseurs du parcours de Daniel Humair. 

Enfin, comment ne pas apprécier le Cd bonus de Daniel Humair avec ses complices le contrebassiste Bruno Chevillon et le saxophoniste ténor Tony Malaby.

Ainsi, ce beau livre de couleurs et de formes devient aussi objet musical. Formidable !

 SOPHIE CHAMBON

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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 18:50

1CD De WERF W.E.R.F 086

www.bensluijs.be

www.dewerf.be

parity.jpg

L’examen de la production de nos amis belges du label de Werf*, installé à Bruges**, confirme la vitalité et le talent de nos voisins d’outre quiévrain. Et notre coup de cœur du moment revient à deux musiciens confirmés, Ben SLUIJS et Erik VERMEULEN, fortes personnalités de la scène musicale belge, particulièrement active, qui ont enregistré cet admirable PARITY, « tranquillement », à la maison entre 2008 et 2010. Une entreprise familiale, artisanale, l’album étant mixé et enregistré par un autre complice Jeroen Van Herzeele, autre saxophoniste talentueux qui participe à l’aventure de Maaks Spirit, joue dans le quartet de Ben Sluijs, ou l’ensemble de Kris Deffoort. Tout comme Erik Vermeulen, il donne avec le saxophoniste Ben Sluijs cette commune impression d’une recherche permanente d’identité musicale. Cet album vibre d’intensité retenue, entièrement composé sur le vif avec une infinie douceur. Ces voix s’élèvent complices, équitables, harmonisant la lisibilité d’un duo tout en demi teinte et en finesse : un ajustement ininterrompu du piano fait évoluer les compositions d’un paysage commun. D’une apparente simplicité, c’est le corps et l’âme qui chantent explicitement et ces qualités jouent en faveur d’un album plus que convainquant. On se laisse emporter « Con alma »justement , dont on reconnaît la mélodie de Dizzy Gillespie, dépouillée des scories virtuoses pour n’en laisser que l’épure. Sensibilité romantique? Peut-être n’y a-t-il pas tant de nostalgie malgré l’apparence du souvenir, à travers ces échos où le jazz revient superbe. Comme dans ce « Sweet and lovely », où la sensualité du phrasé le dispute à la vivacité du rythme. On en revient aux fondamentaux avec le morceau suivant de l’altiste « Early train » léger, vaporeux que le duo porte jusqu’à une certaine abstraction. Car de ce duo ressort un lyrisme appuyé et le mystère d’une direction, souvent à peine annoncée, ménageant les surprises d’une belle dynamique d’ensemble. Une intensité dans le jeu que partagent pianiste et saxophoniste : dans ce cheminement attentif, les deux amis recomposent une géographie personnelle, en partance pour des ailleurs rêvés, loin des ciels mouillés, vers les nuages sépia des photos en miroir de la pochette, ces fils électriques tendus sur lesquels se posent les oiseaux en attente d’un envol… Ben Sljuis disait qu’il voulait constamment jouer pour s’effacer, et cette évanescence se ressent dans le son qu’il tire de son alto, projetant ou interprètant l’atmosphère de l’instant. Erik Vermeulen est dans le même état musical, le piano superbe, délicatement posé et déposé sur le temps musical. Par ses harmoniques et ses couleurs, cette musique distille une mélancolie secrète, poésie d’irisations qui renvoie aux délicates impressions, aux rutilances diverses du jazz le mieux compris. Superbe !

SOPHIE CHAMBON

 

* Véritable institution culturelle en Flandres, De Werf peut se définir comme une structure artistique polyvalente qui officie dans diverses disciplines artistiques (théâtre, musique) et possède son propre label W.E.R.F.

**Le Flemish Jazz Meeting qui se tient à Bruges tous les deux ans, en alternance avec l’européen Jazz Brugge (première édition en 2002, lorsque la ville fut choisie comme capitale culturelle européenne), réunissait cette année encore les principaux groupes de la scène flamande

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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 07:29

sons-d-hiver.jpgHier soir, Théâtre Jean Vilar, Vitry Sur Seine.

 

wadadaleosmith.jpg

Décidemment le festival SON D’HIVER est, avec Banlieues Bleues l’une des scènes les plus passionnantes parmi les festivals «  alternatifs ». Où il est possible de voir et d’entendre des musiciens trop rares en France, en dehors de toute actualité promotionnelle et qu’il serait impossible d’entendre ailleurs.

Hier soir, Théâtre Jean Vilar Vitry, 1ère partie de Steve Coleman, le duo légéndaire  du trompettiste Wadada Leo Smith avec le batteur-percussioniste-bruitiste-poète Günter « Baby » Sommer. Moment exceptionnel, art furtif et éphémère de l’improvisation où les deux artistes façonnent chacun à leur manière l’espace musical. Tous les deux, presque autistes dans leur posture mais en réalité dans une incroyable écoute-interaction avec l’autre. Smith presque prostré dans une attitude (altitude) Milesienne joue l’épure, la résonance et le fil du son aux accroches protéiformes. L’autre Sommer s’y fait prolixe, sorte de déesse Shiva aux milles bras, virevoltant, caressant frôlant, roulant, battant tout, l’air et les tambours, les marteaux et les balais de paille. L’un est le relief de l’autre et réciproquement. Et cette musique à la limite conceptuelle tant y règne l’improvisation s’y fait absolument passionnante, captivante d’un bout à l’autre.

Par chance ce moment fut capté par Arte Live Web et sera bientôt en ligne sur le site.

Ceux qui n’étaient pas là avaient peut être un peu tort. La rediffussion de ce moment de grâce est assurément immanquable !

 

http://liveweb.arte.tv/fr/video/Wadada_Leo_Smith___Gunther__Baby__Sommer/

 

 

 

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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 18:56
Label la Buissonne/ Harmonia mundi

vincent-courtois.jpg

 

Renonçant provisoirement aux plaisirs de l’échange et de l’interaction entre musiciens  complices, le violoncelliste Vincent Courtois aborde cet exercice de style souvent ingrat, l’autoportrait, dans le passage  difficile mais inévitable du solo.

Est-il arrivé à ce tournant d’une existence musicale, cette plénitude qui demande ce tour de force ?  Avec cet « Imprévu », Vincent Courtois sort vainqueur de l’affrontement, unique et singulier prétendant de cette union avec lui même ou son instrument: tout « contre-contre », il étoffe le registre des graves, créant un instrument puissant, hybride, au souffle profond et chaud, doublant le violon, proche de la contrebasse dans « No smoking ».

Courtois expose son âme en explorant son violoncelle et ses possibilités ; sa démarche l’a régulièrement entraîné ailleurs depuis vingt ans, dans tous les registres et les styles et il a aimé se frotter à  d’autres genres et techniques, de la tentation électronique aux musiques traditionnelles, sans oublier le contemporain. La durée des douze petites pièces est des plus raisonnables, environ 40’, le répertoire est de Courtois à l’exception d’une composition de l’ami Louis (Sclavis) « La visite ».

L’imprévu aurait pu s’appeler également l’impromptu dans la pure tradition baroque avec cette élégance et ce raffinement de la production jusque dans le choix classieux d’une photo de Louis Stettner Central Park 1997, à l’image du noir et blanc de « L’année dernière à Marienbad » de Resnais.

On retrouve les thèmes de prédilection du violoncelliste, un sens exacerbé du son, la recherche du grain sonore, le goût de l’incertitude et du silence, cet exact équilibre entre espace et son, ce travail sur le temps que l’on tente d’étirer. Ses solos racontent une histoire, l’instrument devient un instrument qui sonne comme une guitare quand il s ‘agit d’un blues « Alone with G »,  qui frémit dans cette « Amnésique tarentelle», course immobile d’une inquiétante d’étrangeté. Une poursuite sans les envolées orchestrales d’un Bernard Herrmann avec seulement quatre cordes pour toute monture. Comme si le violoncelliste éprouvait l’ obsession de cet « en avant », fuite de la réalité, emporté par le sens de la musique sur un cycle répétitif comme dans « Seven skins ».

Dans une telle expérience des limites, le travail d’enregistrement est évidemment primordial : s’il est devenu coutumier de lire les éloges (mérités mais inévitables) sur la qualité de l’enregistrement de la Buissonne, comment ne pas tirer son chapeau, cette fois encore, à la mise en onde de Gérard de Haro, assisté de Nicolas Baillard ? S’il ne s’agit pas de l’art du violoncelle en douze leçons, on a affaire à un travail d’orfèvre et à une leçon de son. Singulier pluriel, le violoncelle exulte et n’a jamais aussi bien résonné. Une invitation fascinante à suivre un « cello » raisonné qui nous invite à un voyage en chambre d’écho, au cœur du studio.

 

Soirée la Buissonne à l’AJMI le jeudi 10 février

Trio Zéphyr et Pierre Diaz  Jours de vent

L’imprévu Vincent Courtois

  Sophie Chambon

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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 11:23

 

Tous les deux jouaient  ce soir-là. Deux de ces monstres sacrés qui font le jazz outre-atlantique, dans les clubs les plus huppés de la ville. Pièges à touristes ou vitrine de ce qui se fait de mieux dans la ville du jazz. Cassandra Wilson était au club légendaire du Blue Note pour 5 jours d'affilés. Le Mingus Big Band quant à lui était au Jazz Standard comme tous les lundis de chaque semaine que dieu fait. De quoi appâter le chaland assurément mais aussi de quoi nous donner l'occasion de nous plonger dans les dernières (super)production de ces deux "monstres" du jazz justement enregistrées chacune en live. Et dans l’un ou l’autre cas, le témoignage de ce savoir faire à l'américaine de ces super stars.

 

 

 

MINGUS BIG BAND : «  Live at Jazz Standard»

www.mingusmingusmingus.com

www.jazzstandard.com

Randy Brecker, Kenny Hampton, Earl Gardner (t), Wayne Escoffery, Abraham Burton (ts), Vincent Herring (as), Douglas Yates (as, ss, fl), Lauren Seivan (bs), Ku-Umba Frank Lacy, Conrad Herwig (tb), Earl McIntyre (btb, tuba), David Kikoski (p), Boris Kozlov (cb), Jeff « Tain » Watts (dm)

MingusBigBandalbum.jpg Du côté de la formation que Sue Mingus s'évertue à maintenir en vie pour perpétuer l'esprit de son contrebassiste de mari, c'est du lourd et même du très lourd. En témoigne le dernier album du Big band, très justement nominé pour les Grammy's et enregistré en "live" dans le club New-Yorkais. Esprit de Mingus es tu là ? Assurément répondent en choeur la bande des 14 allumés du jazz, bourrés chacun d'une énergie cataclysmique et prêts tous ensemble à vous dynamiter une cohorte entière de touristes et toute la salle avec. Atomic Mingus Big Band. Et ceux qui étaient là pour cette soirée de réveillon ont rapidement lâché leurs assiettes de spare ribs, conquis qu’ils étaient par ce Big band New-old-New style. Orchestre titanesque du genre des all stars comme on en fait plus beaucoup. Pensez, si vous alignez côte à côte des gars comme Randy Brecker, Vincent Herring, Abraham Burton, Jeff Tain Watts, Wayne Escoffery et Franck Lacy, il y a de quoi déclencher la prochaine explosion nucléaire. Sur des compositions de Mingus (cela va de soi) cet orchestre-là lâche prise avec néanmoins une révérence absolue pour la tradition de Basie. C’est à la fois classe et viril. C’est collectif en diable et ça exhibe ses attributs dans des chorus qui mériteraient chacun de figurer dans tous les manuels. Rien de machiste pourtant puisque dans le lot, une femme, Lauren Sevian tient le baryton et s’acquitte même d’un moment de gloire sur Moanin’. L’entame de Randy Brecker sur Never Know How auquel répond Kenny Hampton sur des arrangements subtils fait date. La machine bien réglée sait aussi partir dans ces folies Mingusienne où la masse orchestrale envahit tout dans un apparent désordre calculé au poil près (Moanin’p. ex). Esprit de Mingus es tu là ? Découverte ce soir-là aussi du jeune ténor anglais Wayne Escoffery que l’on affiche comme l’une des étoiles montantes de la scène New-Yorkaise.

Portés collectivement par cette soirée du nouvel an, les gars ne font pas le job, ils l’incarnent avec un enthousiasme intact et sacrément communicatif. Comme toujours Franck Lacy est un indéboulonnable pivot du MBB, à la fois tromboniste et chanteur ( sur Good bye Pork Pie hat mis en paroles par Joni Mitchell ou encore sur E’s Flat ah’s flat too dont le texte a été écrit par Elvis Costello). En guise de final sur Song with Orange, on sent tout l’orchestre mobilisé dans un vrai esprit festif, dans une joie à jouer, dans un plaisir gourmand à balancer le swing, à faire exploser les riffs. Et pour tout dire c’est totalement irrésistible.

Malheureusement cet album risque d’être difficilement trouvable sauf à avoir quelques copains prêts à vous le ramener d’une de leur virée New Yorkaise du Lundi au jazz standard où l’album est vendu en fin de chaque concert ( essayez néanmoins sur le site www.mingusmingusmingus.com ou encore sur www.jazzstandard.com)

 

 

 

 

Cassandra Wilson : «  Silver Pony »

Blue Note 2010

Cassandra Wilson (vc et Synthé), Marvin Sewell (g), Herlin Riley ( dm), Reginald Veal 

(cb)

  cassandrawilson.jpg

D’un autre côté; une autre facette de ces pros du jazz qui savent tout transformer en or : Cassandra Wilson dont le dernier album  en grande  partie “live” est, de notre point de vue l’un des meilleurs depuis plusieurs années. Cassandra Wilson, “The Voice”. Unique. L’héritière, celle qui prolonge Abbey Lincoln ( héritage totalement revendiqué), est , on le sait une fille du Delta, une chanteuse du Mississipi dont elle affirme sans cesse les racines. Elle modernise la tradition comme dans ce Saint James Infirmary tiré vers un blues moderne ou encore ce thème du voeux maître du blues, Charley Patton ( 1981-1934) Saddle up my pony que Marvin Sewell envoie dans l’espace avec une introduction au slide tiré des bouges les plus crados du Delta. Il faut dire que le guitariste qui accompagne la chanteuse est devenu absolument essentiel à la Diva au point de la voir, elle, se glisser dans le chant de sa guitare comme le prolongement naturel de la voix. Genial Marvin Sewell qui à lui seul imprime toute la couleur. Guitariste boulverdant sur A Day in the Night of the Fool où son slide et une lamentation poignante.

Mais la chanteuse ne fait pas que du neuf dans des vieux pots. Elle sait aussi faire le contraire et remettre un coup de patine sur des thèmes tiré d’un repértoire plus récent comme Blackbirdde Mc Cartney ou encore le sublime If it’s magic de Stevie Wonder sur laquelle la chanteuse suspend le temps de toute contrainte. Embarquant elle même au synthé un Night in Seville qu’elle prolonge au chant sur Beneath a Silver moon totalement lunaire, Cassandra Wilson se montre aussi une musicienne née, créatrice des atmosphères les plus sensuelles du jazz.

L’album se termine sur une prise studio de Watch the sunrise enregistré avec des cordes et en duo avec la voix celeste de John Legend, où la version proposée surpasse de loin l’original. Morceau qui vient cloturer avec grande grâce cet album où la Diva se fait diva. Un peu lointaine dans sa façon d’être au plus intime. Un peu distante lorsqu’elle murmure, elle est là sur son piedestal avec une élégance sublime. Je pense à Bilie dans cette posture-là. Dans leur façon de nous dire qu’il y a, c’est sûr beaucoup plus que du chant dans leur chant.

Jean-Marc Gelin 

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 13:24

Tzig’art 2011

Clotilde Rullaud ( vc, fl, arr), Dano Haider (g,b), Olivier Hutman (p, kybd), Antoine Pagnaotti ( dm) + Hugo Lippi ( g), Sebastien Llado (tb)

  rullaud

 

Déjà il y a cette ouverture en guise de choc, cette sublime interprétation de La noyéede Serge Gainsbourg reprise sur le même système que Waltz Debby de Bill Evans et qui en fait une superbe introduction sur des vocalises de la chanteuse. D'emblée on sait que l'on entre dans son univers musical qui s'affranchit des formats du jazz standardisé. S'ouvre alors devant nous un vrai parcours musical passionnant autant qu'exigeant. grâce à des arrangements sublimes et à des partenaires tous excellents, Clotilde RULLAUD, chanteuse à la gravité aérienne s'affranchit de tous les clichés. L'Afro Bluede Coltrane est rendu à ses terres de griots sans que cela ne tombe pour autant dans la lourde paraphrase. Chanteuse à sensations pour qui tout est affaire de feeling et de groove la chanteuse interprète à la fois en français (sur des textes de Emmanuel Delattre), ou en anglais.  Dans la bouche de la chanteuse, le Français parvient à swinguer avec grâce et légèreté comme ce Bahianaoù le brésil se prononce avec chaloupement.

Pour Clotilde RULLAUD, la musique a cette force magique de pouvoir, lorsqu'elle transporte l'âme,  transporter aussi dans le même bagage toutes les influences, tous les dialectes et toutes les frontières. Il suffit de trouver les structures communes et d'y croire pour qu'une samba se transforme en chanson bluette (l'eau à la bouche, Gainsbourg encore - on se souvient qu'une autre chanteuse, Bïa avait elle aussi pris ce thème sur un mode bossa-samba). C'est qu'elle est prise dans son élan Clotilde, au point de faire strictement ce dont elle a envie. Et pourquoi ne pas mettre du Nirvana dans cette bossa gainsbourisée. Et tant pis pour ceux qui penseraient que cela sonne "bizarre". Ceux-là n'entendent pas la musique et le chant qui libère des contraintes musicales.

Ses musiciens à elle, cette belle formation qui l'accompagne (en l'occurrence ils font bien plus qu'accompagner "derrière") a bien compris que tout est prétexte au groove lorsqu'il est joué avec le bonheur de simplement jouer et de faire tourner le feeling.

On est en revanche un peu plus gênés par ce souci absolu de bien faire qui pousse la chanteuse à ne pas ménager ses effets et à ultra-arranger les thèmes. Trop d'arrangements tue parfois l'arrangement. Tue en tout cas un peu de spontanéité dans cet album que l'on sent travaillé à l'extrême. Mais il reste l’âme, il reste le moment, il reste la chanteuse qui attire la lumière et il reste sa voix d’une gravité suave. Un thème de Olivier Hutman (This is it) fait frémir le groove un peu funky. L’on reste un peu sur notre faim sur cette version de Fragile qui après un début prometteur tend à se perdre dans quelques méandres et s’effiloche un peu alors qu’à l‘inverse Uglybeauty est l’illustration d’un less is more, marque d’un immense dépouillement qui touche en plein centre. Idem sur Oblivion(de Piazzola) rendu à la belle guitare de Dano Haider et où c’est la musique de la voix qui effleure, comme une mélopée charriant toute la nostalgie Piazzolienne.

On ne peut pas passer à côté des musiciens qui jouent avec Clotilde Rullaud. Olivier Hutman, tenez, rien que lui ! Enigme…. Pourquoi si rare, pourquoi si peu entendu ? Olivier Hutman dont chaque intervention puissante autant qu’inspirée souffle un vent fort sur l’univers de la chanteuse. Olivier Hutman dans l’intelligence du jeu et de l’accompagnement. Son entente avec Paganotti est de ces rares alchimies qui forment comme un écrin subtil à la chanteuse.

Pour clôturer cet album c’est en vraie musicienne, plus qu’en chanteuse, que Clotide Rullaud ( ex- flûtiste) réarrange Pie jesus de Maurice Duruflé. On se souvient des derniers arrangements jazz réalisés par les frères Belmondo ou par Yaron herman. Clotilde Rullaud nous en offre une autre lecture, là encore personnelle et habitée. La voix se mélange aux nappes de sons, enveloppe tout sur son passage et nous emporte. La chanteuse là encore vibre avec sa voix, avec son texte, avec la musique qui la porte. C’est intense et cela vient sublimement fermer la dernière page de cet album.

Jean-Marc Gelin

 


La chanteuse sera au Studio de l’Ermitage le 20 avril.

 

 

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