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23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 06:00

Enja 2009

Myspace

Roberto Fonseca (p), Javier Zalba (bs, fl, cl), Mercedes Cortes Alfaro (voc), Raul Midon (voc, g), Mayra Andrade (voc), Joel Hierrezuelo (perc), Omar Gonzàlez (cb), Ramsés Rodriguez (dr)

En témoignent ses très nombreux concerts en Europe pour les mois d'été, dont Marciac, Roberto Fonseca est un pianiste cubain très apprécié. Akokan est son sixième cd et à son écoute, quelque chose nous titille: qui est ce pianiste qui parvient à trouver un toucher sur son instrument si sensible en le combinant à de belles mélodies et aux rythmes savoureux des cultures latines et africaines? Qui est ce musicien qui mêle si habilement les chansons, chantées en espagnol, yoruba et anglais, et les parties instrumentales inspirées du continent sud-américain?
Présentons en quelques mots le monsieur. Ne zappez pas ce cv de Roberto Fonseca, c'est édifiant!
Né à la Havane en 1975, cet enfant de musiciens est aujourd'hui considéré par ses pairs comme le musicien cubain le plus prometteur. Ces influences principales sont évidemment culturelles mais proviennent aussi de la soul américaine et du jazz américain, en particulier Keith Jarrett et Herbie Hancock...
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Jérôme Gransac
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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 06:00


ECM 2009

Mark Turner (ts), Jeff Ballard (cb), Marry Grenadier (dm)

Cela fait à peu près deux ans que cet album était attendu. Le groupe qui s‘était formé spontanément avait eu l’occasion de faire beaucoup parler de lui et de donner quelques concerts sans qu’il n’y ait néanmoins aucun projet discographique en vue. Voilà finalement chose faite sous les auspices du label de Manfreid Eicher. Car cette association pianoless de trois des plus grands musiciens de jazz actuels ne pouvait manquer de susciter un réel intérêt de la part des grands labels. Mark Turner dont non ne cesse de suivre le travail qu’il fait notamment aux côtés de Kurt Rosenwinkel mais plus récemment aux côtés de Enrico Rava ou de Batiste Trotignon est en effet un saxophoniste délicat s’il en est, saxophoniste de l’économie tout en ciselures fines, en phrases non dites, en suggestion. Mark Turner qui semble en recherche permanente joue formidablement avec et entre les notes. Musicien d’une incroyable musicalité qui possède un sens harmonique de l’improvisation hors du commun, le saxophoniste ténor reste néanmoins très cérébral au point qu’il pourrait à certains égards faire penser à un altiste comme Lee Konitz par exemple. On peut trouver ce jeu parfois froid ou glacial, il n’en reste pas moins impressionnant dans son discours d’une rare finesse. Il est ici accompagné par Larry Grenadier et Jeff Ballard, les deux compagnons de route de Brad Meldhau qui constituent certainement la section rythmique la plus talentueuse de ces 15 dernières années. Le contrebassiste et le batteur inséparables composent ici l’ensemble du matériau proposé.
Il y a alors quelque chose de fusionnel dans leur musique. Fusionnel en ce sens que chaque pièce composée par eux s’inscrit dans une logique esthétique cohérente au point de pouvoir s’appréhender comme une suite raffinée et d’une formidable élégance. Il y a quelque chose de très classique dans cette écriture un peu concertante où les morceaux s’enchaînent sans réel relief. Sans véritable point d’accroche. Musique polie (dans les deux sens du terme) que l’on écoute une tasse de thé à la main et où l’esthétique si fine soit elle se révèle finalement un peu glaciale. Un peu lorsque nous écoutions Lennie Tristano et Lee Konitz, convaincus par l’excellence de cette musique qui parvient à se montrer à la fois terriblement sensuelle mais aussi un peu trop distante. Jean-Marc Gelin

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18 juillet 2009 6 18 /07 /juillet /2009 21:03
Communiqué

Le jeudi 2 juillet 2009 nous apprenions brutalement que le solde de la subvention de fonctionnement du Conseil général de Seine-Saint-Denis allouée à notre association était amputé de 25.000 €, soit une baisse de plus de 19%. À celle-ci se cumule la baisse de la subvention municipale de 7.000 €. En début d’année, la ville de Montreuil nous avait annoncé une diminution de 15.000 €, ramenée fin juin à une hauteur de 7.000 €.
C’est donc 32.000 € qui nous ont été retirés pour 2009.

Ces baisses de financement nous contraignent à annuler dans son intégralité la saison d’automne: concerts, projections vidéo et exposition. Le maintien même a minima d’une programmation nous entraînerait dans un déficit budgétaire que nous ne pouvons pas nous permettre.

Nous nous interrogeons sur le choix et les modalités de la décision du Conseil général et ignorons à ce jour sur quels diagnostics et analyses elle se base. Nous déplorons également l’excessif retard de cette décision.

Les façons de faire du Conseil général laissent à penser qu’il opte de façon délibérée pour une politique de fragilisation de l’association avec pour conséquence une asphyxie progressive mettant en danger l’avenir des Instants Chavirés. Comment envisager une programmation en 2010 dans ces conditions ?

«Il faut mettre l’art là où il est indispensable, c’est-à-dire partout»
Claude Lévêque, plasticien.

Nous affirmons qu’un lieu culturel intermédiaire comme les Instants Chavirés est un outil de complémentarité aux institutions : il contribue à la diversité de la proposition culturelle et joue un rôle fondamental dans l’accompagnement de l’émergence artistique depuis 18 ans. Y a-t-il encore une volonté politique de pérenniser dans le département de Seine-Saint-Denis et sur la ville de Montreuil, un lieu de diffusion et de production de renommée internationale axé sur la création contemporaine, aussi modeste soit-il ?

Nous demandons la mise en place d’une table ronde avec l’ensemble de nos interlocuteurs institutionnels pour assainir une relation partenariale déliquescente. Il est primordial de redéfinir ensemble les cadres financiers, au regard de la singularité de notre engagement artistique et de notre spécificité géographique et structurelle.

Nous vous invitons à signer la pétition en ligne (http://instants.mollo.fr), et à nous envoyer un courrier à l’attention de M. le Président du Conseil général de Seine-Saint-Denis, Claude Bartolone et/ou de Mme la Maire de Montreuil, Dominique Voynet, afin de leur signifier ce que représentent les Instants Chavirés dans le paysage culturel français et international, et exprimer votre attachement à la pérennité de ce projet.

Vous pouvez nous les adresser par email à l’adresse : soutiens[at]instantschavires.com, ou par courrier aux Instants Chavirés, 7 Rue Richard Lenoir 93100 Montreuil, nous ferons suivre aux intéressés.


Association Muzziques – les Instants Chavirés
http://www.instantschavires.com/
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17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 06:00


Hatology 2009


C’est un peu comme trois poissons dans l’eau. Ils se baladent chacun de leur côté, se passent devant le nez l’un de l’autre, parfois s’arrêtent, repartent. Ils ne sont pas forcément ensembles, nagent parfois groupés et parfois pas et s’entrecroisent souvent. Exactement la même chose ici où les trois protagonistes qui jouent ensemble depuis plus de 10 ans semblent associés dans un projet protéiforme où l’écriture et l’improvisation se chevauchent et où chacun des musiciens entre en interconnexion avec les deux autres pour mieux s’en détacher l’instant suivant. L’exercice est connu et régénérant. Car il s’agit de création instantanée d’un moment musical très dense mené par un Ellery Eskelin lyrique et fluide au ténor, au jeu aussi spectaculaire que remarquablement inventif. Dans la bande, c’est assurément lui le poisson-pilote. C’est lui qui pose le son, lui qui s’envole,  s’évade et que les autres suivent ou de qui les autres se détachent. Mais ce qui est frappant avec cette musique c’est la continuité qu’elle impose entre écriture et improvisation. En laissant autant de place à la liberté d’inventer qu’à l’écriture, elle ménage ainsi des reliefs et des contrastes et nous permet de traverser cet album sans le moindre ennui. Car le discours jamais uniforme nous laisse toujours en attente de la phrase musicale qui suit. Les variations suivies avec tact et discrétion par la pianiste claviériste Andréa Perkins qui passe du piano à l’orgue ou à l’accordéon en parfaite empathie avec les directions données par Eskelin qui maintient toujours ce relief avec intelligence. Il est vrai que ce concert donné en « live » à l’université de Baltimore (Maryland) en 2007 suivait une Master Class donnée par les trois musiciens qui avaient à cœur de livrer une prestation quasiment académique. Mais c’est au final vers une vraie leçon de jazz moderne que ces trois-là nous emmènent. Une vraie performance. Jean-marc Gelin
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15 juillet 2009 3 15 /07 /juillet /2009 07:00
Hervé Samb au Baiser Salé (rue des Lombards à Paris) - 10 juillet 2009
Mike Armoogum (b), Taffa Cissé (perc, voc), Freddy Jay (platines), Carlos Gbaguidi (dr), Hervé Samb (elg, ag, voc)

 

MySpace

Photo: Hervé Samb © JB Millot



Ca y est, c'est parti! Le Baiser Salé lance son festival "Quand l'Afrique nous tient !" qui se déroule du 10 au 19 juillet 2009 avec Sarah Lenka et Jean Jacques Elangué entre autres.
C'est le groupe du guitariste sénégalais Hervé Samb qui ouvre le bal (on note que le batteur habituel Jon Grandcamp est absent). Formé par le guitariste belge Pierre Van Dormael, tristement disparu cette année, qui lui ouvre les portes des harmonies jazz, Hervé Samb arrive à Paris en 1998. Sa carrière est immédiatement lancée dans des groupes aux styles différents: David Murray et ses Gwo Ka Masters (jazz world), l'incroyable musicienne Meshell Ndegeocello (jazz new stream) avec qui il enregistre deux albums, les maliens Amadou et Mariam, Jacques Swarz Bart (jazz) pour l'album Abyss, le World Saxophone quartet, Linda Hopkins (Rythm & Blues), Linton Gravey (Reggae), Check Tidiane Seck ou Toure Kunda (Afrique). Vous l'aurez compris, Samb est un musicien demandé et polyvalent. C'est probablement avec Cross Over que Samb révèle sa profonde identité artistique: il aime à dire que Cross Over est le lien entre les musiques africaines et la musique noire-américaine avec comme fil conducteur le groove ... et le blues. C'est aussi un peu le résultat de ses nombreuses collaborations.
Et cela se vérifie au Baiser Salé, les sonorités et rythmes africains se mélangent au son lourd du blues et du rock (sa première influence est Jimi Hendrix et ça se sent). Samb est aussi un virtuose de la guitare: son jeu, en piqué à l'africaine, fait aussi penser à celui de McLaughlin pour la vitesse, Jeff Beck pour le côté fusion et Allan Holdsworth pour les soli enlevés. Visiblement décontracté dans la vie de tous les jours, Samb est comme électrisé sur scène. Il est particulièrement doué pour transcender les atmosphères par des explosions musicales puissantes, de celles qui vous font vous lever de votre siège. D'ailleurs, avec Cross Over, on ne sait pas vraiment d'où vient ce feu qui nous fait hérisser le poil. D'abord la configuration de ce groupe est originale et risquée. La rythmique est double, comme une structure à deux pans, et fonctionne par paire. La première est classique avec le binôme basse-batterie (Armoogum et Gbaguidi) qui donne un son roots et brut. L'autre est iconoclaste avec le tandem pecussions-platines: le percussionniste Taffa Cissé, discret et très efficace, et le DJ Freddy Jay, au look soigné, sur ses platines donnent une dynamique et une fraicheur neuve. Chacune a son rôle: la rythmique roots installe un très robuste tapis rythmique qui ne manque pas de mordant et la deuxième seconde Samb, personnage central du groupe, avec des samples instrumentaux et vocaux, scratchs, relances et repons rythmiques habilement electro-trafiquées. Le résultat est explosif, équilibré et fait vibrer le public visiblement surpris par ce raz de marée.
Pour ce concert d'ouverture du festival "Quand l'Afrique nous tient!", Samb et son groupe Cross Over nous ont apporté la chaleur qui manque en ce début d'été. En empruntant les chemins de l'afro-beat, du folk africain et américain, de la fusion brûlante agrémentés de quelques ersatz électro bien amenés, Cross Over se fait le chantre d'une musique neuve qui puise dans le patrimoine musical universel. Réjouissant et viril.
Jérôme Gransac

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12 juillet 2009 7 12 /07 /juillet /2009 18:00

Illustrations de : Rémi Courgeon / texte : Stéphane Ollivier
Mention principale : raconté par Lemmy Constantine
Gallimard-Jeunesse Musique , Paris
collection Découverte des musiciens

Les Editions Gallimard Jeunesse, après avoir consacré plusieurs volumes à la découverte des grands compositeurs classiques ( Vivaldi, Bach, Beethoven, Mozart….) s’ouvre au jazz par la grande porte, celle de Louis Armstrong.
Au travers un petit ouvrage mêlant  textes et dessins racontant la vie de Stachmo il s’accompagne d’un Cd, complément indispensable, lu par la voix de Lemmy Constantine et accompagné d’extraits musicaux judicieusement choisis.  Efficace mise en scène pour raconter aux enfants la vie de Satchmo que l’on suit comme une belle histoire. Les enfants parcourent ainsi les plus grandes heures de cette figure mythique de la musique et  voyagent de la Nouvelle-Orléans aux confins du jazz moderne, suivent sur le livre les indications iconographiques contextuelles intelligentes et participent eux-mêmes à l’histoire  dans une astucieuse interactivité. 
On savait que le charisme de Louis Armstrong savait s’affranchir de tous les âges pour toucher autant les enfants que leurs parents ( ce que Disney avait très bien perçu à l’époque). Ce petit ouvrage en est une illustration particulièrement réussie.
Et la voix de Pops de bercer ces pages comme l’illustration sepia d’une histoire magnifique qui ne manquera pas aujourd’hui comme hier d’enchanter les petits…. Et les grands aussi.
Jean-Marc Gelin
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11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 08:54
Petit souvenir du concert de Yaron Herman et de son trio. Pour l'occasion l'excellent et jeune contrebassiste Simon Tailleu tenait la grand mère à la place de Matt Brewer (pris ailleurs pour l'été . En revanche dans une forme éblouisssante, G. Cleaver était bel et la. Yaron Herman avait fort à faire pour conquerir un vaste public qui etait surtout venu là pour entendre Keziah Jones en 2ème partie. C'est pourtant sans démagogie, en jouant sa propre musique que Yaron Herman su ramener au silence ce public dissipé et tombant petit à petit sous le charme du pianiste. Un concert encore une fois magnifique dont on retiendra une sublime version de "blâme it on m'y youth". Supplément d' âme .....
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10 juillet 2009 5 10 /07 /juillet /2009 06:00


Impulse 2009


Attention tout d’abord à ne pas se laisser prendre par l’annonce de cet album où il ne s’agit en aucun cas d’un « live » réunissant les deux saxophonistes. On sait en effet que les deux hommes se sont retrouvés un an et demi plus tôt lors de l’enregistrement de Love Suprême dans lequel le jeune Shepp intervenait. On aurait donc aimé les entendre tous les deux à l’occasion de ce festival de Newport enregistré le 2 juillet 1965. Malheureusement il ne s’agit que d’extraits de ce festival commençant par un "One down one Up" enregistré à l’occasion du concert donné par le quartet de Coltrane le soir même. Suivent 5 titres enregistrés l’après-midi par Archie Shepp entouré pour l’occasion de Bobby Hutcherson au vibraphone, Barre Philipps à la contrebasse et Joe Chambers à la batterie. Sont reproduits ici "Rufus", "Le Matin des Noirs", un texte parlé-chanté de Shepp, "Scag" et enfin "Call Me by My Rightful Name".  Il s’agit donc de concerts totalement tronqués et dont on se demande quel est véritablement l’intérêt éditorial. Car si le quartet de Shepp semble un peu en deçà c’est que nous avons entendu avant celui de Trane toujours au plus haut de sa forme. N’oublions pas que lorsque Trane, Tyner, Garrison et Jones jouent ce soir-là à Newport, c’est durant cet été magique, 3 semaines avant même qu’ils n’enregistrent à Antibes ce "Love Supreme" de légende. Avoir choisi de présenter en face à face les extraits de concerts de Coltrane et de Shepp visait certainement à montrer l’énorme influence du premier sur le second. La filiation directe et en même temps l’affirmation de la personnalité émergente de Shepp, plus engagé sur le terrain politique mais affirmant au travers de ses phrases totalement libérées de toutes entraves, son dû et sa révérence à Coltrane. Mais parler de New Thing à propos de ces deux concerts, s’agissant de deux saxophonistes qui s’affirment, chacun à sa manière, comme descendant du blues, est un sérieux contresens. On a plutôt tendance à associer, la même année cette fameuse New Thing à l’émergence d’Ornette Coleman et de Don Cherry qui avec le free jazz (cette nouvelle forme du jazz à venir) ouvraient à leur tour une autre voie bien éloignée de celles qui nous sont données à entendre là. Il n’en reste pas moins que c’est avec autant d’émotion (*) que l’on retrouve ces extraits de concerts ( en partie largement publiés pour ce qui concerne Coltrane) comme le témoignage d’une rare intensité musicale. Témoins étrangers et lointains de cette histoire du jazz en marche. Jean-marc Gelin

Ps : émotion d'autant plus grande si l’on garde en tête que Newport, ce festival de légende semble vivre ses dernières heures, l’édition 2009 n’étant pas sûre de pouvoir se tenir faute pour son animateur de pouvoir le financer. Cela en est jusqu’aux locations de terrains qui ne pourraient même pas être assurées….


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8 juillet 2009 3 08 /07 /juillet /2009 06:00

Quark 2009
Daniel Erdmann (ts), Hasse Poulsen (g), Edward Perraud (dm)


ll fallait un trio bien engagé, dans tous les sens du terme, pour se livrer ainsi et sans filets dans l’exploration de la musique du compositeur allemand Hanns Eisler (1898-1962). Compositeur iconoclaste s’il en est, exilé du nazisme, réfugié aux Etats-Unis puis rebelle du Maccartisme qui l‘a fait s’enfuir à nouveau pour trouver refuge de l’autre côté du mur de Berlin où, à part des travaux avec Schönberg et Kurt Weil il composa un  grand nombre d’airs populaires pour la RDA. Et c’est en partant de cette musique parfois un peu kitsch  mariant la musique populaire et les marches révolutionnaires que le trio s’engage avec force en invoquant parfois l’esprit d’Albert Ayler. Ce qui est somme toute plutôt un comble puisque l’esprit y est ici plus révolutionnaire que religieux. Mais comment après tout ne pas songer à Holly Ghost lorsque l’on entend par exemple cette marche funèbre  (Die Moorsoldaten) que le son de Daniel Erdmann propulse loin avec force déchirement. Car le saxophoniste au cœur des (d)ébats porte ce projet à bout de bras avec un son époustouflant, contribuant à donner à la moindre des bluettes une intensité dramatique. Une petite bossa aux couleurs de sable fin comme celle qui ouvre l’album (An den Deutschen Mond) prend ainsi immédiatement un autre relief. Se teinte d’une légère pointe de sarcasme, du genre de celui avec lequel parfois on s’adresse aux nantis et aux petits bourgeois satisfaits. Car il y a toujours un second degré dans ces interprétations qui ne manquent pas de théâtralité. Un peu dans l’esprit Brechtien en fait. Hasse Poulssen à la guitare semble parfois arrondir les angles et parfois au contraire contribue à les distordre, à effacer les lignes claires pour dérouter l’auditoire. Comme si les routes qu’il traçait ne pouvaient jamais êtres complètement linéaires. Mais au-delà du pied de nez qui pourrait, sans vigilance se transformer en farce, fait montre d’un grand respect pour l’art populaire et d’un grand mépris pour l’art « bourgeois ». Le jazz n’est que prétexte au discours.  Car il y a du concept dans cet album-là. Et peut être une distanciation un brin nostalgique. Le trio a trouvé en tout cas ici une belle matière à l’exposé d’un discours âpre et différent. Une vraie découverte d’un compositeur et de ses interprètes aussi respectueux qu’audacieux.
Jean-Marc Gelin
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6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 06:00
Ed. Allia 2009 ( rééd. 2001)
126 p, 9 euros



« C’était l’époque où un noir disait mon cul à un public blanc et le montrait. »

Pour beaucoup ce petit ouvrage de David Margolick ne sera pas une surprise puisqu’il s’agit de la réédition d’un livre publié en 2001 en France aux éditions 10/18. La réédition aujourd’hui est liée à une nouvelle traduction en français    ( les différences n’échapperont certainement pas aux fins linguistes).
L’occasion de se replonger dans ce petit ouvrage passionnant d’à peine 126 pages qui entreprend la démarche assez originale en jazz de faire la monographie d’une chanson cultissime, le Strange Fruit de Billie Holiday qu’elle enregistra pour la première fois en 1939. Cette chanson dont la chanteuse s’était à tort attribué la paternité et qui dénonce la pratique du lynchage des noirs dans le Sud des Etats-Unis est en réalité l’oeuvre d’un professeur de lettre juif, blanc et de gauche, Abel Meeropol ( alias Lewis Allen).
Cette chanson deviendra très rapidement un symbole à la fois du combat des noirs et de la prise de conscience d’une partie de la société américaine mais aussi l’étendard de Billie Holiday. Bien que reprises un nombre incalculable de fois la version que Billie Holiday incarnait et avec laquellle elle semblait faire corps et âme semble aujourd’hui encore insurpassable.
David Margolick ancien journaliste juridique au New York Times, collaborateur à Vanity fair et 4 fois nominé pour le prix Sulitzer entreprend de faire l’histoire de cette chanson à la manière d’un reporter. Et c’est absolument captivant de bout en bout. Elle permet d’entrer dans le processus de la création d’un mythe avec ses admirateurs ( les cercles progressistes de la gauche new-yorkaise), ses détracteurs pour qui la chanson était censée éveiller la haine raciale, ou ses mythes et ses vraies fausses-histoires (certains disent qu’au premier abord Billie Holiday n’avait absolument pas compris le texte de la chanson). Et c’est bien une mise en perspective et en histoire de l’un des plus grands thèmes du jazz auquel se livre avec une grande fluidité David Margolick. Par ce biais là il donne un éclairage passionnant sur la chanteuse et sur le tournant de sa carrière mais aussi sur l’évolution lente de la société américaine,sur le processus d’éveil des consciences.
A lire absolument.
Jean-Marc Gelin

Southern trees bear strange fruit
Blood on the leaves and blood at the root,
Black bodies swinging in the southern breeze,
Strange fruit hanging from the poplar trees.
Pastoral scene of the gallant south,
The bulging eyes and the twisted mouth,
Scent of magnolias, sweet and fresh,
Then the sudden smell of burning flesh.

Here is fruit for the crows to pluck,
For the rain to gather, for the wind to suck,
For the sun to rot, for the trees to drop,
Here is a strange and bitter crop.
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