Hat Hut
Lee Konitz (as), Martial Solal (p)

Jean-Marc Gelin

Mary Halvorson (g), Nate Wooley (t), Reuben Radding (cb)
Enregistré en nov. 2006
Bien qu’ils évoluent chacun sur d’autres scènes de la musique improvisée, ces trois-là se retrouvent régulièrement et semblent visiblement apprécier ces moments-là. Si chacun de ces trois musiciens évolue auprès des nouveaux maîtres de la musique improvisée américaine ( Taylor Ho Binum, Jessica Pavone, Daniel Carter, Andrea Perkins, Marc Ribot etc…. ) c’est surtout leur approche tirée des enseignements d’Antony Braxton qui semble être leur dénominateur commun. Et c’est bine ce que l’on entend au travers de ces 10 compositions collectives : un enchevêtrement d’une musique à la fois codifiée et totalement improvisée. Un système où l’idée lancée par l’un des membres du trio produit instantanément une réaction des deux autres. Une sorte de musicalité organique d’où émerge une palette sonore très large. Nate Wooley par exemple qui tire de son instrument, la trompette,tous les sons possibles depuis les petites incises, les pêches sonores, les cris et les grincements tandis que Mary Halvorson par ses attaques et son jeu piqueté, craquelé et sec donne là un change suréactif. Le tout emballé par une énergie circulaire dispensée par Reuben Radding et qui trace un sillon rythmique qui ne perd jamais en intensité.
Si l’on reconnaît dans cette musique une science quasi télépathique de l’improvisation, elle n’en reste pas moins, et bien qu’ils s’en défendent, un peu cérébrale et conceptuelle. Voire académique dans son approche Braxtonienne. Elle n’en est pas moins une trace formidable d’un théatre en mouvement où les pièces d’un engrenage s’emboîtent automatiquement l’un dans l’autre et dont nous sommes les spectateurs in ou out. C’est selon. Jean-Marc Gelin
Jazzland 2009
Bugge Wesseltoft (p solo)
Depuis la disparition tragique de Svensson et donc de EST, il est fort à parier que les défenseurs d’un certain piano jazz « dans la pure tradition » vont désormais diriger leurs armes sur le pianiste norvégien Bugge Wesseltoft. On entend déjà leurs critiques s’élever contre ce Nu jazz ou (Future jazz) avec la même véhémence que celle qu’ils élevaient contre le groupe suédois : pas de fond de jeu, sens développé du marketing, jazz minimaliste etc….
Pourtant si Bugge Wesseltoft ne se situe pas réellement dans la relève, depuis plusieurs années, le fondateur du label Jazzland impose sa marque et un sens personnel de la musique dans lequel il est vrai on sent, depuis Jan Garbareck l’influence prégnante d’un jazz scandinave comme fil conducteur. Son nouvel album joue beaucoup sur la fibre émotionnelle. Il se déploie lentement dans un univers qui oscille entre mélancolie et onirisme d’une déambulation solitaire. Nouveau romantique Wesseltoft ? Pourquoi pas si l’on en juge à cette façon qu’il a de mettre en scène ses sentiments. Le pianiste s’accompagne pour cela de tout l’attirail électronique qui lui est cher, jouant avec ses effets overdubs instillés parcimonieusement, comme déposé sur la musique à bon escient.C’est tout un imaginaire auquel il nous convie et que chacun peut s’approprier de manière subjective. Dans sa démarche parfois introspective ( Talkin to myself part 1, 2 et 3 ), le pianiste laisse de l’espace aux résonances où le temps maîtrisé et retenu se confond avec un « espace » lent. Le pianiste fait corps et âme avec son piano et s’en sert parfois comme tambour comme ce Ryhtme où après cette conversation avec soi même, les mains cognées sur le piano résonnent comme un cœur battant. Rythme se poursuit par un autre travail sur le piano préparé, autre travail rythmique sur un blues ponctué par des claps de mains (Hands) où le corps du pianiste s’exprime jusqu’à sa propre voix indomptable. Mais le pianiste norvégien sait aussi se faire facétieux comme dans cette reprise de Take 5 sur lequel on imagine qu’il a dû autrefois suer sang et eau et qui pour l’occasion se termine totalement déglinguée et finalement totalement émancipée. Et c’est avec un thème un peu facile, Many Rivers to cross que Wesseltoft conclut avec un brin de nostalgie cet album que l’on acceuille avec une grande tendresse.
Cet album ne rassurera pas ceux qui lui reprochent son sens un peu exagéré du marketing, sa recherche des émotions faciles, ce non-dit (Nu jazz ?) qui vient plus de la pop que du jazz où les influences de Radiohead, bien plus prégnantes que celles d’Ellington ne manquent pourtant pas de nous amener une heure durant dans un univers personnel, à la fois profond et très émouvant. Jean-Marc Gelin



Hervé Samb au Baiser Salé (rue des Lombards à Paris) - 10 juillet 2009MySpace

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