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10 juillet 2009 5 10 /07 /juillet /2009 06:00


Impulse 2009


Attention tout d’abord à ne pas se laisser prendre par l’annonce de cet album où il ne s’agit en aucun cas d’un « live » réunissant les deux saxophonistes. On sait en effet que les deux hommes se sont retrouvés un an et demi plus tôt lors de l’enregistrement de Love Suprême dans lequel le jeune Shepp intervenait. On aurait donc aimé les entendre tous les deux à l’occasion de ce festival de Newport enregistré le 2 juillet 1965. Malheureusement il ne s’agit que d’extraits de ce festival commençant par un "One down one Up" enregistré à l’occasion du concert donné par le quartet de Coltrane le soir même. Suivent 5 titres enregistrés l’après-midi par Archie Shepp entouré pour l’occasion de Bobby Hutcherson au vibraphone, Barre Philipps à la contrebasse et Joe Chambers à la batterie. Sont reproduits ici "Rufus", "Le Matin des Noirs", un texte parlé-chanté de Shepp, "Scag" et enfin "Call Me by My Rightful Name".  Il s’agit donc de concerts totalement tronqués et dont on se demande quel est véritablement l’intérêt éditorial. Car si le quartet de Shepp semble un peu en deçà c’est que nous avons entendu avant celui de Trane toujours au plus haut de sa forme. N’oublions pas que lorsque Trane, Tyner, Garrison et Jones jouent ce soir-là à Newport, c’est durant cet été magique, 3 semaines avant même qu’ils n’enregistrent à Antibes ce "Love Supreme" de légende. Avoir choisi de présenter en face à face les extraits de concerts de Coltrane et de Shepp visait certainement à montrer l’énorme influence du premier sur le second. La filiation directe et en même temps l’affirmation de la personnalité émergente de Shepp, plus engagé sur le terrain politique mais affirmant au travers de ses phrases totalement libérées de toutes entraves, son dû et sa révérence à Coltrane. Mais parler de New Thing à propos de ces deux concerts, s’agissant de deux saxophonistes qui s’affirment, chacun à sa manière, comme descendant du blues, est un sérieux contresens. On a plutôt tendance à associer, la même année cette fameuse New Thing à l’émergence d’Ornette Coleman et de Don Cherry qui avec le free jazz (cette nouvelle forme du jazz à venir) ouvraient à leur tour une autre voie bien éloignée de celles qui nous sont données à entendre là. Il n’en reste pas moins que c’est avec autant d’émotion (*) que l’on retrouve ces extraits de concerts ( en partie largement publiés pour ce qui concerne Coltrane) comme le témoignage d’une rare intensité musicale. Témoins étrangers et lointains de cette histoire du jazz en marche. Jean-marc Gelin

Ps : émotion d'autant plus grande si l’on garde en tête que Newport, ce festival de légende semble vivre ses dernières heures, l’édition 2009 n’étant pas sûre de pouvoir se tenir faute pour son animateur de pouvoir le financer. Cela en est jusqu’aux locations de terrains qui ne pourraient même pas être assurées….


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8 juillet 2009 3 08 /07 /juillet /2009 06:00

Quark 2009
Daniel Erdmann (ts), Hasse Poulsen (g), Edward Perraud (dm)


ll fallait un trio bien engagé, dans tous les sens du terme, pour se livrer ainsi et sans filets dans l’exploration de la musique du compositeur allemand Hanns Eisler (1898-1962). Compositeur iconoclaste s’il en est, exilé du nazisme, réfugié aux Etats-Unis puis rebelle du Maccartisme qui l‘a fait s’enfuir à nouveau pour trouver refuge de l’autre côté du mur de Berlin où, à part des travaux avec Schönberg et Kurt Weil il composa un  grand nombre d’airs populaires pour la RDA. Et c’est en partant de cette musique parfois un peu kitsch  mariant la musique populaire et les marches révolutionnaires que le trio s’engage avec force en invoquant parfois l’esprit d’Albert Ayler. Ce qui est somme toute plutôt un comble puisque l’esprit y est ici plus révolutionnaire que religieux. Mais comment après tout ne pas songer à Holly Ghost lorsque l’on entend par exemple cette marche funèbre  (Die Moorsoldaten) que le son de Daniel Erdmann propulse loin avec force déchirement. Car le saxophoniste au cœur des (d)ébats porte ce projet à bout de bras avec un son époustouflant, contribuant à donner à la moindre des bluettes une intensité dramatique. Une petite bossa aux couleurs de sable fin comme celle qui ouvre l’album (An den Deutschen Mond) prend ainsi immédiatement un autre relief. Se teinte d’une légère pointe de sarcasme, du genre de celui avec lequel parfois on s’adresse aux nantis et aux petits bourgeois satisfaits. Car il y a toujours un second degré dans ces interprétations qui ne manquent pas de théâtralité. Un peu dans l’esprit Brechtien en fait. Hasse Poulssen à la guitare semble parfois arrondir les angles et parfois au contraire contribue à les distordre, à effacer les lignes claires pour dérouter l’auditoire. Comme si les routes qu’il traçait ne pouvaient jamais êtres complètement linéaires. Mais au-delà du pied de nez qui pourrait, sans vigilance se transformer en farce, fait montre d’un grand respect pour l’art populaire et d’un grand mépris pour l’art « bourgeois ». Le jazz n’est que prétexte au discours.  Car il y a du concept dans cet album-là. Et peut être une distanciation un brin nostalgique. Le trio a trouvé en tout cas ici une belle matière à l’exposé d’un discours âpre et différent. Une vraie découverte d’un compositeur et de ses interprètes aussi respectueux qu’audacieux.
Jean-Marc Gelin
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6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 06:00
Ed. Allia 2009 ( rééd. 2001)
126 p, 9 euros



« C’était l’époque où un noir disait mon cul à un public blanc et le montrait. »

Pour beaucoup ce petit ouvrage de David Margolick ne sera pas une surprise puisqu’il s’agit de la réédition d’un livre publié en 2001 en France aux éditions 10/18. La réédition aujourd’hui est liée à une nouvelle traduction en français    ( les différences n’échapperont certainement pas aux fins linguistes).
L’occasion de se replonger dans ce petit ouvrage passionnant d’à peine 126 pages qui entreprend la démarche assez originale en jazz de faire la monographie d’une chanson cultissime, le Strange Fruit de Billie Holiday qu’elle enregistra pour la première fois en 1939. Cette chanson dont la chanteuse s’était à tort attribué la paternité et qui dénonce la pratique du lynchage des noirs dans le Sud des Etats-Unis est en réalité l’oeuvre d’un professeur de lettre juif, blanc et de gauche, Abel Meeropol ( alias Lewis Allen).
Cette chanson deviendra très rapidement un symbole à la fois du combat des noirs et de la prise de conscience d’une partie de la société américaine mais aussi l’étendard de Billie Holiday. Bien que reprises un nombre incalculable de fois la version que Billie Holiday incarnait et avec laquellle elle semblait faire corps et âme semble aujourd’hui encore insurpassable.
David Margolick ancien journaliste juridique au New York Times, collaborateur à Vanity fair et 4 fois nominé pour le prix Sulitzer entreprend de faire l’histoire de cette chanson à la manière d’un reporter. Et c’est absolument captivant de bout en bout. Elle permet d’entrer dans le processus de la création d’un mythe avec ses admirateurs ( les cercles progressistes de la gauche new-yorkaise), ses détracteurs pour qui la chanson était censée éveiller la haine raciale, ou ses mythes et ses vraies fausses-histoires (certains disent qu’au premier abord Billie Holiday n’avait absolument pas compris le texte de la chanson). Et c’est bien une mise en perspective et en histoire de l’un des plus grands thèmes du jazz auquel se livre avec une grande fluidité David Margolick. Par ce biais là il donne un éclairage passionnant sur la chanteuse et sur le tournant de sa carrière mais aussi sur l’évolution lente de la société américaine,sur le processus d’éveil des consciences.
A lire absolument.
Jean-Marc Gelin

Southern trees bear strange fruit
Blood on the leaves and blood at the root,
Black bodies swinging in the southern breeze,
Strange fruit hanging from the poplar trees.
Pastoral scene of the gallant south,
The bulging eyes and the twisted mouth,
Scent of magnolias, sweet and fresh,
Then the sudden smell of burning flesh.

Here is fruit for the crows to pluck,
For the rain to gather, for the wind to suck,
For the sun to rot, for the trees to drop,
Here is a strange and bitter crop.
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4 juillet 2009 6 04 /07 /juillet /2009 09:39

Alefa 2006

 Comme c’est le cas bien souvent,  c’est par le bouche à oreille et notamment sur les conseils de notre excellent confrère Jacques Chesnel ( l'excellent site Culture jazz   http://culturejazz2.free.fr) que nous avons découvert cette jeune saxophoniste pour le moment relativement inconnue au bataillon mais qui, gageons le, ne tardera pas à faire parler d’elle. Elle n’a d’ailleurs pas manqué paraît-il d’enflammer récemment le public lors de sa prestation en juin de cette année au festival Jazz à Vienne. Son premier et, pour autant qu’on le sache, seul album date de 2006 soit un an avant qu’elle ne décroche le 3ème prix du Tremplin de la Défense. Passé au travers des radars cet album donne pourtant à découvrir une jeune saxophoniste bourrée de talent, d’énergie et surtout d’une immense envie de jouer. Généreuse assurément, Céline Bonacina ne se ménage pas et passe sans complexe d’un extrême à l’autre, du baryton au soprano dans le même élan. Portée par une furieuse envie de jouer et de s’amuser sur le swing et le groove, elle emporte une fois n’est pas coutume, toute la rythmique derrière elle avec une belle assurance. Si la musique semble parfois assez formatée « post-fusion », elle y démontre néanmoins un phrasé totalement libéré et aérien à la fois. Toute en grâce Celine Bonacina survole toutes les difficultés harmoniques et rythmiques avec une façon de jouer qui la porte à l’exaltation heureuse. Ca fonctionne remarquablement. Danseuse de l’instrument, légère,fuyante et assurément un brin espiègle. Une belle bouffée d’air frais. Jean-Marc Gelin

 

Myspace de Céline Bonacina

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3 juillet 2009 5 03 /07 /juillet /2009 08:25


ECM Jazz 2009

Louis Sclavis (cl, ss), Mathieu Metzger (ss, as), Maxime Delpierre (g), Olivier Lété (b), François Merville (dm)

 Le dernier album de Louis Sclavis est assez surprenant. Il ne manquera pas en tout cas, d’étonner ceux qui suivent de près son travail et qui n’avaient pas manqué de saluer comme il se doit le précédent album, « L’imparfait des langues ». Car il y a dans ce nouvel opus un travail beaucoup plus épuré qu’à l’accoutumée. Sclavis y semble en effet beaucoup plus apaisé, moins nerveux. Ce qui doit se comprendre dans la thématique de cet album autour de l’Odyssée d’Homère. Il y est en effet question, comme le dit Sclavis lui-même, de se perdre et de s’égarer. Comme il nous le disait en interview, il y a deux façons de se perdre : perdre sa route et se perdre soi-même. D’où un sentiment qui prédomine à l’écoute du disque, de flottement et de no man’s land. Avec cette formation de jeunes musiciens qui l’accompagne depuis quelques temps il parvient ainsi à créer un climat qui évoque à la fois l’absence et l’ancrage dans les racines très terriennes où vient se greffer la notion de rites païens en référence aux chants antiques ( Bain d’or) . Dans Lost on the way, l’attaque sauvage des tambours évoque ainsi des scènes tribales résonnant au loin, alors que le jeu de Sclavis nous ramène à une plainte inquiète et à l’angoisse de la solitude lointaine. C’est une épopée qui nous est racontée avec ses moments de doutes, ses phases de calme qui précèdent la tempête sauvage, le paroxysme des éléments déchaînés, l’absence d’Ulysse et surtout la prédominance du voyage. Avec une très grande expressivité, Sclavis convoque dans sa musique les notion de temps qui s’écoule lentement et d’espace, l’horizon proche et lointain.

Pas de claviers ici mais un personnel en partie renouvelé. Mathieu Metzger (que l’on entend aussi dans le formidable album de Ducret – cf. ci-dessus) vient avec talent remplacer Marc Baron et Olivier Lété prend la contrebasse. François Merville (associé depuis des années à Sclavis) et Maxime Delpierre (dont la collaboration est plus récente), poursuivent leur collaboration avec Louis Sclavis, pièces essentielles de son nouveau dispositif où il est question de créer une pâte sonore, une couleur qui n’est pas sans rappeler à certains égards le magnifique travail que le guitariste avait signé il  y a quelques années avec Limousine.

Louis Sclavis laisse beaucoup de place au jeu et aux sons que les musiciens trament en contrepoints et en écheveau subtils ( la patiente pénélope devient muse dans les Bruits à tisser) et dans l’écoute collective de la musique et du silence à l’image de ce Abord Ulysse’s boat où l’on comprend tout le soin porté à fabriquer le son et à créer un climat parfois inquiétant. Dans cet exercice-là, Sclavis effectivement s’expose moins laisse beaucoup plus de place à Metzger qu’il ne le faisait avec baron. Il nous emmène finalement vers une tragédie à l’antique dans un double corps à corps, celui d’Ulysse avec les éléments mais aussi peut-être celui de Sclavis avec lui-même. Jean-marc Gelin

 
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3 juillet 2009 5 03 /07 /juillet /2009 07:33

Laborie Jazz 2009

Emile Parisien, Ivan Gelugne, Sylvain Darrifourcq

 


C’est bien au-delà de la simple notion de quartet. Il y a d’ailleurs quelque chose de presque incongru à parler du nouvel album de « Emile Parisien » tant la dimension collective y est fondamentale. Emile Parisien, jeune prodige du saxophone soprano, élève et témoin s’il en est de la grande réussite de l’école de Marciac, n’est pas ici dans la démarche d’un disque de mise en valeur de lui même. Il en est même aux antipodes. Car ce dont il est question ici c’est surtout de la construction collective de la musique. Porter le propos musical ensemble un peu à la manière d’une troupe de théâtre qui aurait écrit, mis en scène et interprété ensemble. Dans cet album où les compositions sont des œuvres collectives à l’exception de la sublime reprise inspirée de Malher, il y a une intelligence partagée de ce qu’ils disent. Une compréhension parfaite de leur texte musical. Dans une expressivité très forte, convoquant des sentiments extrêmes, de l’humour à l’angoisse, au suspens, à l’attente, ces quatre-là partagent les mêmes intensités au même moment. C’est pourquoi la musique qu’ils jouent se situe à des années lumières des traditionnels quartets enchaînant les chorus. Le propos ici est de créer de l’émotion et de faire passer l’auditeur par une palette de sentiments forts. Sanchator De profundis crée ainsi une lente progression qui culmine et redescend ensuite vers des limbes plus apaisés. Dans Darwin à la Montagne, au-delà des effets de collage, on ne peut s’empêcher de penser parfois à Mingus. Après la gravité de Sanchator, le quartet joue de l’humour, de l’espièglerie un peu et surtout de l’inattendu. Des surprises musicales peuvent ainsi surgir, de la petite interjection aux grondements furieux. Dans le Requiem Titanium se crée une incroyable mise en tension par l’ostinato sur deux notes de piano sur lequel se déroule le propos et par le martèlement de la batterie. Tout s’organise ensuite autour des méandres de Emile Parisien absolument génial au soprano semblant alors tel un électron libre et puissant, s’échapper librement de cet univers oppressant. Sur la pièce tirée de  Wagner (Le bel à l’agonie), le quartet crée une remarquable version ténébreuse. Plus ténébreuse que Wagner lui-même. Une sorte d’exploration du grave profond, du magma rugissant mais aussi création d’un flottement organisé dans cet univers de purgatoire.

De bout en bout nous restons en éveil. Car en emmenant la musique sur un autre terrain, ce quartet se montre audacieux et créateur, puisant en parfaite cohérence dans tout leur patrimoine musical. Que celui-ci vienne du quartet de Coltrane, de Zappa ou encore du classique c’est dans un syncrétisme original qui leur appartient réellement qu’ils développent leur propre univers. Emile Parisien dont on suit depuis quelques années l’évolution remarquable s’inscrit avec ce quartet dans la démarche des plus grands qui au-delà de sa seule technique de jeu sait s’entourer de superbes musiciens qui jouent ave  talent une musique forte et radicalement inclassable. A découvrir d’urgence. Jean-Marc Gelin

 

 

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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 00:33

Dans le petit monde du jazz dans lequel nous évoluons, l’univers peut nous sembler étroit et parfois confiné. Un peu étouffant. Dans ce microcosme dont on fait assez rapidement le tour, tout le monde se connaît et se reconnaît, à l’entrée des clubs de jazz et dans les « milieux autorisés ». Comme dans toutes familles nous avons nos guerres de clans, genre de guerre des boutons qui ne dure jamais bien longtemps. C’est drôle de voir les tranchées sans merci entre les « pro » et les « anti » qui d’un mois sur l’autre basculent dans le camps d’en face et fraternisent avec les ennemis d’hier au gré d’un concert ou du dernier disque entendu et autour duquel on se retrouve en se tapant sur le ventre. Nous avons nos codes, nos écoles et évidemment le soleil brille bien plus fort chez nous qu’en face. On a nos « Monseigneur Lefebvre », nos partisans de la musique en latin, nos figues aigres et nos raisins moisis. Cela n’a guère changé avec le temps et les « clochers » sont assurément bien gardés. Les partisans du jazz comme-ci ne se mêlent que rarement aux partisans du jazz comme ça et l'on voudrait nous faire croire à la suprématie des journaux de jazz « web » sur les journaux de jazz « papiers » lançant ainsi de faux débats sous l’oeil amusé ou consterné d’un public qui s’en bat les oreilles comme de son premier album de jazz. 

 

Et c’est en partant de ce constat que certains en ont tiré la conclusion que le monde du jazz est un monde qui ne peut se contenter de cet espace clos et par trop fragmenté en chapelle. Il est urgent de se retrouver, de regrouper nos forces, de fusionner en quelque sorte. Car c’est à se diviser que l’on s’étiole. Or le jazz a besoin d’ouverture, de révolution et même de s’alimenter constamment de fausses notes. C’est ce qui lui donne vie.

Et par chance, l’ouverture nous allons la retrouver, l’été venu avec tous ces festivals, sortant ainsi de l’univers des réseaux de tel ou tel club pour aller à la rencontre d’un public pas toujours érudit mais toujours composé d’auditeurs formidablement généreux et curieux.

La révolution, nous la connaîtrons plus tard. A la rentrée. Des signaux de changement. Des signes de l’existence d’un monde en mouvement. D’une remise en cause perpétuelle de ses certitudes et de ses formats. Remise en cause sans laquelle tout risquerait de décrépir avant de tout simplement périr. Ces minis- révolutions sont une saine obligation qui nous est faite à tous, journalistes, musiciens, publics. Car le jazz ne cesse de tirer sa vie et sa formidable vigueur de ses petites morts domptées et toujours surmontées.

Des grincheux crieront alors aux fausses notes. Des puristes se lèveront, vilipenderont, quitteront la scène en criant au scandale ou bien jubileront bêtement dans leur coin. Ils en oublieront que le jazz c’est aussi l’art de composer avec la fausse note. L’essentiel en jazz c’est que cette fausse note soit toujours voulue et toujours bien placée. C’est là tout l’enjeu.


Jean-Marc Gelin
Redacteur en chef 

 

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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 07:54

Gitanes jazz (réed) 2009

Marc Richard (cl), Göran Ericksson (as), Philippe Baudouin (p), Patrick Diaz (bjo), Gérard Gervois (tuba), Patrick Artero (tp), Claude Gousset (tb), Daniel Huck (vc), Daniel Barda (tb), Bernanrd Laye (dm), André Villeger (as) etc….

 

Chers Jeunes musiciens,

Jeunes musiciens, vous qui vous produisez dans les tremplins de jazz et autres scènes où l‘on est censé découvrir de jeunes talents tout frais émoulus de quelque école « conservatoriale », où l’on apprend tout bien comme il faut, cette musique est pour vous. Elle est même OBLIGATOIRE  dans votre cursus. Car, jeunes musiciens qui jouez tous «  monstrueux » comme on dit à l’âge où l’on en a pas fini avec ses boutons d’acné et son verre de lait au petit-déjeuner, cher jeunes musiciens qui par malheur n’aurez même pas le plaisir éphémère et furtif de devenir jamais des éjaculateurs précoces puisque de toute façon, on vous a surtout appris à ne pas bander du tout, chers jeunes musiciens, cette musique est pour vous. Et ce sera là votre premier acte de rébellion contre tous les bien-pensants, ceux qui croient que le jazz est trop sérieux et qu’il vaut mieux aller tripoter Robert Wyatt ou Led Zep dans le sens du poil plutôt que de faire de musique qui vous ferait marrer un grand coup.

Si vous devez apprendre à faire du jazz, entendez par là «  jass » dans le sens tirer un bon coup, et prendre un pied énorme, alors allez écouter cette réédition de l’Anachronic Jazz Band. C’était l’époque où il y avait des gars comme Alain Guerini, fondateur du CIM qui aimaient tellement le jazz qu’ils ne faisaient aucune distinction entre New Orléans et be-bop, entre jazz Hot et Jazzmag et qui ne pensaient qu’au plaisir de jouer (formidablement bien d’ailleurs). Jetées aux orties les figues moisies et les raisons aigres, ils avaient décidé de jouer une musique ANACHRONIQUE, et de s’attaquer à des hauts thèmes du bebop, des thèmes d’une rare difficulté technique, par la bande joyeuse du New Orléans. Imaginez un Yardbird Suite de Charlie Parker, un Blue Monk de Thelonious ou plus fort encore ( quoique moins convaincant) un Giant Steps de Coltrane façon Nouvelles Orléans, Haricots Rouge et Claude Luter. Fallait oser, fallait le faire et ces gars-là l’ont fait et ça jouait sacrément grave. Entre 1976 et 1978, ces gars là mettaient le feu aux poudres de Etampes jusqu’en Allemagne avec leurs arrangements de folie et leurs solistes incroyables. Il ne suffit que d’entendre les chorus de Patrick Artero ( c’est pas possible y va s’faire péter la glotte !!), les touches subtiles de Philippe Baudouin, l’humeur badine de ClaudeVilleger ou de Marc Richard à la clarinette pour s’en convaincre. Et pourtant jeunes musiciens qui faites là (je vous vois) une sorte de moue dubitative, on pourrait vous mettre au défi d’écrire une musique aussi complexe, faites de contrepoints et de contre-chants joyeux sans y perdre votre swing. Certes je vous le concède il y a quelques moments un peu mièvres ( comme ce Move pas top) mais quelle énergie ( leçon n°1 pour vous), quel plaisir de jouer ( leçon n°2), et enfin quel swing ( leçon n°3) !

Et la conclusion de tout ça c’est qu’il serait bon, salutaire et indispensable de revenir à cette source intarissable quel qu’en soit le propos, quelle que soit l’époque et quel que soit le prétexte musical. Allen Toussaint y revient, Patrick Artero (cf. chronique ci-dessous) la modernise un peu, d’autres comme Steve Bernstein aux Etats-Unis ou encore Dave Douglas par exemple la détourne astucieusement. Il serait bon que vous tous, jeunes musiciens, vous vous débarrassiez enfin un  peu de votre égo tourmenté et preniez exemple sur vos glorieux aînés. Ceux-là assurément bandent encore. Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 07:46


Lewis Porter-Michael Ullman-Edward Hazell

Traduit de l’anglais par Isabelle Leymarie et Mathilde Gerbeaux

Sous la responsabilité de Vincent Cotro.

Editions Outremesure

480p, 119 figures musicales, 101 photographies

Prix public 40 euros

Avec cette histoire du jazz des origines à nos jours, dans la  belle collection Contrepoints des éditions Outre Mesure, on pouvait s’attendre à un véritable bouquin pour spécialistes, d’autant que la rédaction de cet opus conséquent est due en grande part à  l’infaillible Lewis Porter, auteur du livre-référence sur John Coltrane, une  bio pas « biopic » du tout, la bible sur le dieu de la galaxie jazz, qui a obtenu, on s’en souvient, le Prix du Livre de Jazz  2007 de l’Académie du Jazz.

C’est Vincent Cotro universitaire et chercheur qui a supervisé la traduction d’Isabelle Leymarie et Mathilde Gerbeaux ainsi que la mise à jour de ce livre des origines, qui ne s’arrête pas au free jazz. Vingt-trois chapitres clairement annoncés découpent la chronologie de cette musique, étudiant les mouvements musicaux ( les débuts, le swing, le bop, le free, Bill Evans et le piano jazz moderne…) ou la vie des musiciens de premier plan. On se régalera donc de retrouver les maîtres du jazz, Sydney Bechet, Louis Armstrong, Duke Ellington, Count Basie, Charlie Parker évidemment, Miles Davis, John Coltrane, Ornette Coleman. Les « seconds couteaux »  ont aussi droit à une juste reconnaissance, on ne peut prendre en faute les auteurs (le jazz vocal depuis les années trente, la fusion, la bossa nova et les années soixante, le cool et le troisième courant …)

 Ouvrage essentiel, irréprochable, retraçant l’évolution de la  musique du tumultueux XX ème siècle, les trois auteurs ( universitaires, musiciens, journalistes et/ou  critiques) ont écrit leur saga du jazz tout en gardant  « une juste vision de la musique à travers son impact sur les musiciens et le public ». Une mise en commun originale qui traduit  plusieurs angles d’approche, historique, critique et technique. Lewis Porter agrémente en effet d’analyses précises ses commentaires en faisant les partitions des principaux morceaux qui ont façonné l’histoire du jazz.

Ainsi le lecteur entre-t-il dans le vif et la chair de cette musique par ce récit passionnant qui  peut se lire d’un trait. Ce qui nous a séduit, c’est qu’il peut aussi se butiner au hasard des chapitres, suivant le désir, le disque ou le Cd qui tournent sur la platine, le lecteur. Pas du tout le roman des jazzs, mais un panorama complet et objectif selon une vision américaine.

A destination pédagogique, ce livre s’avère vite indispensable pour qui s’intéresse à cette musique. L’édition française est augmentée d’une mise à jour nécessaire de Michael Ullman qui introduit les problématiques contemporaines, essentiellement orientées vers les musiciens anglo-saxons. Le jazz européen souffre toujours de la conception américaine, recentrée, « historique » d’une musique  qui leur a aujourd’hui quelque peu échappé pour s’ancrer ailleurs et  y développer des formes originales. Pour compléter ce travail sérieux, ajoutons à cette analyse bibliographie, discographie, glossaire et index très copieux, indispensables et donc très précieux. L’appareil critique est sans faille, jamais pesant : libre au lecteur de s’en détacher ou au contraire d’en faire son miel. Qui s’intéresse aux éditions Outre mesure, connaît le soin apporté à la supervision et la haute conception de l’édition musicale de Claude Fabre, l’autre maître d’œuvre.

A la fois memento, guide et même parcours initiatique, Le Jazz des origines à nos jours est une somme dont on ne peut se passer, une belle invitation à la découverte d’une musique toujours actuelle. Le jazz est venu à nous, par le concert et le disque  mais aussi par la lecture de quelques livres qui ont joué le rôle d’une introduction. Souhaitons que celui-ci serve de compagnon de route à tout lecteur, même et surtout s’il n’est pas « amateur de jazz ».

 

Sophie Chambon

 

 

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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 07:59

 

Dixiefrog 2009

 

 

  Ceux qui ne savaient pas, ceux qui étaient passé à côté de ses incroyables talents de showman, ceux qui n’avaient jamais vu le Bluesman Eric Bibb en concert, ceux-là n’ont plus de raisons de se désespérer et de se lamenter en entendant leurs copains dire que c’est pas possible t’as loupé quelque chose t’aurais dû voir le gars  il est monstrueux t’es con t’aurais dû venir. Car ceux-là ont désormais au moins une petite lueur d’espoir et peuvent se rabattre sur cet album enregistré en live à Fip. Car cette performance enregistrée en décembre et mars 2008 dans le studios 104 et 105 de Radio France démontre dans toutes ses largesses, l’immense générosité d’Eric Bibb. Remarquablement accompagné par de sacrés musiciens et notamment par un guitariste épatant, Staffan Astner qui s’y connaît comme pas deux pour rajouter un peu d’huile sur les braises que la voix d’Eric Bibb n’éteint pas, il ne faut pas grand chose au bluesman pour allumer une salle. Juste trois accords de base durant plus de 8mn sur un « Needed Time » pour que s’installe une mélodie douce à vous faire chavirer toute une salle. Avec Eric Bibb, tout devient aussi simple qu’une musique un peu facile et dépouillée, navigant sans chichi entre blues, rock et country. Visiblement bien sur scène, Eric Bibb ces deux soirs (surtout le premier) était visiblement heureux d’être là,  parlant avec le public, échangeant avec lui son bonheur de voir une nouvelle ère s’ouvrir à son pays ( quelques jours après l’élection d’Obama), et tout se passait comme si Eric Bibb aurait pu jouer plus de trois heures durant sans s’arrêter. On assiste alors à ces moments magiques où le plaisir d’un artiste à être sur scène se transmet si naturellement à son public que l’on atteint alors à une sorte de relation fusionnelle. Et pour que l’on ne rate rien, le label Dixiefrog a judicieusement inséré un DVD de 20 mn prit entre scène et coulisse. Où l’on voit entre autres moments magiques Eric Bibb dans une attitude enfantine partageant un instant de musique émouvant avec son idole de toujours Richie Havens. Où l’on voit surtout cette façon qui n’appartient qu’aux grands d’attirer la lumière sans avoir à en faire des tonnes. Assurément hors des clichés du blues mais avec un immense respect pour la musique américaine traditionnelle, Eric Bibb incarne une certaine continuité de ce patrimoine musical. Et si l’envie vous prend de vous procurer ce double album vous ne pourrez plus dire « je ne savais pas » puisque par le petit bout de la lucarne d’une certaine manière vous y étiez quand même. Jean-Marc Gelin

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