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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 07:24

Cristal Records 2008

« Oborigins » est un audacieux projet musical sur le thème du voyage, réunissant autour de l’hautboïste et poly-instrumentiste Jean Luc Fillon, son compagnon de route, le pianiste João Paulo, le percussionniste américain Jarrod Cagwin et en invité spécial, le contrebassiste Michel Benita. Basé sur la forme du trio « Oboa » de Jean Luc Fillon, cet alliage unique entre hautbois, piano et percussions ouvre une porte vers une géométrie instrumentale tout à fait inédite en son genre, déjà par l’absence d’une batterie, pas si indispensable finalement. Ce disque de compositions du leader débute par une œuvre inattendue (« Miss Shanghai »), en hommage, comme nous raconte Jean Luc Fillon dans ses liner-notes, à cette nouvelle Byzance du XXIe siècle qu’est la ville de Shanghai. Une composition étrange par les chromatismes de sa mélodie. Dès les premières mesures se décline une atmosphère relativement coltranienne, emprunt de sagesse harmonique européenne mêlée à de subtiles évocations modales orientales. S’en suit un langoureux arrangement de « Bemsha swing » (intitulé simplement « Bemsha » sur le disque), le célèbre thème de Thelonious Monk. La maîtrise instrumentale est totale, surtout dans cette intro magistrale de la danse intitulée « Miss Trall » (petit clin d’œil au vent qui décoiffe les gens du sud). La poésie y atteint son comble. Cette fresque imaginaire est l’œuvre de quatre créateurs au service d’une incontestable alchimie sonore. Une autre danse, cette fois sous le nom de « Poseïdos », nous emmène avec panache sur les routes de l’explorateur Marco Polo et de tous les aventuriers du monde. Mais alors que le calme se réinstalle de tout son poids, c’est avec méditation qu’il nous enchante (« Pagode »). Cette apaisante improvisation laisse place ensuite à la revisite d’un pavé de la Musique contemporaine, « Eternal Child », à l’origine une composition de Chick Corea pour son Elektric Band en 1988. Après tant d’audace, il fallait revenir à la chair, aux plaisirs humains de la séduction d’un Boléro empli de saveurs exquises (« Bolero for João »). A noter l’extrême sensualité du pianiste João Paulo qui met au service du groupe toute la subtilité d’un improvisateur parfaitement conscient de la dynamique de son instrument. Il faut aussi souligner la remarquable assise rythmique du percussionniste Jarrod Cagwin qui ajoute par son talent des couleurs orientales à ces magnifiques compositions qui nous sont offertes. Dans les fonctions attribuées à chaque instrument, il ne fait pas de doute que le rôle du hautbois laisse entrevoir une certaine ressemblance au rôle aérien d’un saxophone à sein d’un tel projet musical, sans pour autant dénigrer le défi que relève, haut la main, notre protagoniste. Aussi, la présence d’anches doubles sur cet instrument originaire de Mésopotamie y est un atout supplémentaire dans le franchissement des frontières. Pour clôturer cet album de Jazz aux influences méditerranéennes, les musiciens terminent par un morceau au tempo relevé, intitulé « Druidos », révélant une dernière fois notre allégresse à l’écoute d’un tel disque. Tristan Loriaut

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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 07:20

In Circum Girum 2008

 Habitués aux productions discographiques inattendues chez le label indépendant « In Circum Girum », grande est la confusion qui nous emporte lorsque l’on sait qu’écrire quelque chose sur un tel projet musical révèlera forcément d’un manque de sagesse de notre part. Dans « Ecritures du désastre », il s’agit avant tout d’improvisations autour de textes de l’auteur récemment disparu Maurice Blanchot (auteur d’un livre du même titre publié chez Gallimard en 1980), mais aussi Friedrich Nietzsche, Roland Barthes, Sénèque… Sur ce disque, le morceau « Contorsion » fait d’ailleurs l’objet d’un texte improvisé par le comédien Nicolas Senty. Interprété avec une maîtrise exceptionnelle d’un certain impressionnisme avant-gardiste, le background sonore de ces textes est créé par le guitariste Olivier Aude et le technicien des machines Wilfried Wendling. Comme l’indique le sous-titre de cet album, ces « aphorismes philosophiques et improvisations » sont disposés en recueil d’exaltations phoniques, d’escapades alambiquées, de ruptures apocalyptiques. Il n’y aura pas d’analyses de textes dans cette chronique. Il n’y aura pas non plus de simples mots pour décrire la profusion des sentiments qui nous emportent en écoutant ces textes choisis avec autant d’élégance, avec le souci d’interpeller l’auditeur sur des sujets qui touchent l’humanité et sa singularité. La linéarité du ton, au fil des textes, provoque d’ailleurs un effet de transe presque inévitable, ajoutant un poids supplémentaire aux distorsions obsessionnelles mêlées de dissonances toujours plus agressives. Les morceaux ne font qu’en moyenne deux à trois minutes chacun, comme pour mieux coller aux textes, comme pour aller à l’essentiel du message, sans apparats. Et puis impossible de passer à côté de ce travail sur le silence, de ce goût démesuré pour l’abstraite résonnance d’un écho presque omniprésent, ce qui est en quelque sorte le verbe unique de toutes ces conjugaisons de l’esprit. Dans ce disque, il y a du rêve, de la violence, de la magie, du sommeil, de l’envie… Et bien d’autres choses encore, toutes aussi indéfinissables que surprenantes, étant des tranches de vies découpées par la lame aiguisée d’une vision humaniste. Et après tout, ne pas penser. Ecouter. Et vivre. Tristan Loriaut 
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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 07:57

Mack Avenue 2008

 Il faudra bien que quelqu’un, un jour aille voir Kenny Garrett entre deux ses deux sets à l’Iridium de New York où il a, depuis belle lurette élu domicile pour y  satisfaire des charters de touristes venus là écouter pour 40 $ une minuscule petite heure de set. Il faudra bien que quelqu’un parmi ces touristes là aille le voir et lui rappelle qu’il fut jadis l’un des plus brillants et des plus prometteurs saxophonistes de sa génération. Et il faudra bien qu’on lui dise qu’à force de subir le dictat de ces clubs de la grosse pomme qui ne lui demandent qu’à jouer une musique sans inspiration mais qui, paraît il, plaît beaucoup ; qu’à force de se complaire dans cette musique là, et bien oui Kenny Garrett n’est pas loin d’avoir définitivement perdu son âme. Et ce concert capté en live que nous propose cet album n’est rien d’autre que l’un de ces xième concerts qu’il donne tous les mois à l’Iridium, attraction obligée de New York City. Il y a deux ans nous étions à l’Iridium, Kenny Garrett jouait (forcément) et nous entendions exactement la même chose, its was the same old shit guy ! Et ce n’est pas ici la présence de Pharoah Sanders qui y change quelque chose. A l’exception du premier titre (the ring) où cela joue et groove terrible, premier morceau où pour un peu on y croirait, premier morceau où l’on se dit que l’on a retrouvé le génie du saxophone alto, rapidement s’installe une sorte de bouillie musicale sans grand intérêt. Passe encore pour un bon gros blues qui tâche comme cet Intro to Africa. Mais plus on avance dans ce concert et plus la musique semble tourner sur elle-même, plus Kenny Garrett joue une musique électrique et plus son manque d’inspiration devient évident, plombé en cela par une rythmique qui (c’est bien normal à force de répéter soirs après soirs le même concert) joue avec des semelles de plomb. L’hommage de Garrett dans Sketches of MD essaie de s’installer dans une atmosphère à la Zawinul qui sied mal à nos deux saxophonistes. Puis tout se gâte avec les deux derniers titres, sorte de mélasse « lounge » pour un No Jazz très mou (Wayne’s gang). Et pire encore sur cette clôture qui n’en finit pas de finir où Garrett se croit obligé de reprendre son tube « interplanétaire » ( Happy people) dans une sorte de bouillie musicale dégoulinante. Lorsque sort un album de Kenny Garrett on y croit encore un peu, on espère retrouver le génie d’hier. Mais celui-ci semble vivre sur ses acquis. Alors, à force d’attendre cette renaissance qui ne vient décidément pas, on finit, c’est normal par se lasser. Et depuis lorsque nous allons à New York nous ne nous arrêtons plus à l’Iridium. Parce que le jazz inventif qu’il nous plaît à entendre jouer est définitivement ailleurs. Jean-Marc Gelin

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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 07:52

Bee jazz 2009

Guillaume de Chassy (p), Daniel Yvinec (cb), Mark Murphy (vc), Paul Motian (dm)

 

 On sait combien Guillaume de Chassy et Daniel Yvinec sont attachés aux beaux thèmes qui parsèment l’histoire du jazz. Ces belles chansons et ces mélodies qui ont traversé le siècle dernier et dont ils exaltent les formes belles. Ils l’avaient fait avec André Minvielle dans « Chansons sous les bombes » puis dans « Wonderful World ». Et c’est sur ce terrain là qu’ils poursuivent leur projet, sauf qu’ici les chansons du siècle dernier vont de Paul Simon à Neil Young qui côtoient Sammy Cahn ou Prince, en passant par Paul Misraki. Leo Chauliac flirte avec Gershwin et Paul Mc Cartney, tous élevés au rang de standard de jazz.

Et c’est tout compte fait, avec une certaine évidence que pour réaliser cet album, ils ont fait appel à deux invités de marque, tous deux amoureux de la mélodie, tous deux portés à exalter le chant, chacun à leur manière : Mark Murphy et Paul Motian. Deux invités de rêve dont la présence illumine cet album.

Pas besoin d’en faire des tonnes. « Less is more » semble être le fil conducteur de cet album. Et pourtant, c’est justement en en faisant que très peu que chacune des 4 interventions de Mark Murphy porte véritablement la marque des géants du jazz. Peu d’espace, peu de temps lui suffisent pour s’emparer d’une chanson et l’emmener bien au-delà des grands crooners, dans une maîtrise qui nous laisse chaque fois anéanti. La marque d’un grand pro. De ces chanteurs pas si fréquents qui, quoi qu’ils fassent déplacent la lumière avec eux. Peu de moments de grâce peuvent ainsi égaler un Then I’ll be tired of you et lorsque Murphy se laisse un peu plus aller comme dans ce I Wish you love remarquablement arrangé, on est prêt à tout lui pardonner et l’on marche à fond dans ces petites facéties, petites coquetteries de star qui montre là toute l’étendue de son art. Mark Murphy pourrait faire fondre quiquonque en chantant le bottin.

Avec beaucoup d’élégance et de classe Chassy et Yvinec savent eux aussi à leur manière établir les bases d’un discours amoureux sans tomber dans la paralysie de l’enjeu. Car si l’esprit de Bill Evans et de Scott La Faro règne bien sur cette session, De Chassy et Yvinec savent pour autant éviter le piège qui aurait consisté à en faire un album à la Bill Evans. D’abord par le choix des thèmes mais aussi par la façon de jouer et de retenir le jeu tout à la fois, évitant de se plonger dans un jazz où les idiomes chers au pianiste de l’Illinois auraient été stéréotypés. C’est qu’il y a quelque chose de très personnel en effet dans le couple que forme Chassy et Yvinec . Avec des arrangements très soignés et un travail artistique remarquable, ils parviennent à rendre cet album exaltant tout en retenue élégante. Le groove n’y est jamais lourd et le swing toujours est toujours délicat et pudique.

Et c’est dans cet écrin de velours que lui font Chassy et Yvinec que Paul Motian, fidèle à lui même s’impose comme un géant absolu, pour nous le véritable héros de cette session. Car avec Motian, la mélodie prend sous son drive, sous les froissements de sa batterie, une sensualité, une féminité aux atours délicats. Il faut écouter toute la science de Motian sur un You fascinate me où sa présence résout tout. On savait que le problème de Bill Evans c’était son rapport à la batterie…. Jusqu’à Paul Motian. Car son drive n’a que peu d’égal, ce roulement aérien, cette façon de jouer à fleur de peau. Coloriste sorcier qui possède le secret de donner aux mélodies un relief inégalé.

Qu’on ne parle pas ici de concepts révolutionnaires, de prise de risque, de lâcher prise car là n’est pas le propos. Ce que l’on entend ici c’est le plaisir de jouer et de chanter ces thèmes qui prennent dans cette intimité-là, leur part d’universalité. La musique du siècle dernier recelait de purs joyaux. Rendons grâce à ces quatre-là d’avoir su si bien les exalter.

Jean-Marc Gelin

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22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 10:07

Label Ouïe 2008

« Melosolex »,      alias « The Pocket Symphonique Orchestra », ce nouveau trio français où nous retrouvons le batteur-multi-instrumentiste Denis Charolles et le saxophoniste Frédéric Gastard, tous deux issus de la fameuse Compagnie des Musiques à Ouïr. A leur côté vient s’ajouter l’indéniable polyvalence du talent de l’accordéoniste Vincent Peirani. Entre Jazz ou Rock parisien et folklore balkanique, ces trois rois évoluent en « Melosoline », un royaume imaginaire où se rencontrent Chostakovitch et Deep Purple, Edith Piaf et Groucho Marx, Musique africaine et indienne ainsi que Flamenco et « Free Musette ». Dans cette curiosité récréative, tout y passe. Ce disque s’assimile à un énorme sac de voyageur d’où l’on peut en sortir un peu tout et n’importe quoi. De l’accordéon au saxophone basse, ténor ou soprano. Des percussions aux graviers, cloches, cornets, trombones, guitare à quatre cordes, en passant par un synthé MS 10, jusqu’aux peaux torturées d’une batterie améliorée, malmenée avec amour. Excepté « Highway Star » du groupe Deep Purple et l’Allegretto du Quatuor n°8 en Ut mineur de Dimitri Chostakovitch, tous les morceaux de cet album sont composés avec audace par leurs trois interprètes. Mais quelle folie d’entreprendre une démarche musicale telle que celle que nous propose ces petits garnements, notamment dans « Systol », qui fait l’objet d’un enregistrement en concert à « La Dynamo », dans le cadre du Festival des « Banlieues Bleues », en Février 2007. Ces enfants (légitimes ?) de Michel Portal, ces frères de Laurent Dehors nous donnent leur vision contemporaine pleine d’humour et dénudée d’enrobage superficiel ou commercial. C’est à l’état brut et spontané que nous recevons cette tentative poétique sous forme de Musique improvisée, finalement sans frontières. L’alchimie ludique, l’interaction festive et la cohésion solide de ces trois compagnons de route ne cache pas toutes les qualités individuelles dont ils font preuve. A noter, l’énorme créativité dont Denis Charolles nous a désormais habitués à entendre dans chaque édifice de sa production discographique. Mais aussi l’agilité avec laquelle le jeu des saxophones de Frédéric Gastard attire notre attention. Sans omettre l’incroyable perspicacité de l’accordéon endiablé de Vincent Peirani. Un projet hors norme, comme on aime les redécouvrir sans cesse. Tristan Loriaut

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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 07:53

Le Studio SFR ouvre un nouvel espace dédié au jazz. 
Sous la houlette de Frederic Charbot (à qui vient d'être confié d'ailleurs la programmation des Lundis du Boeuf sur le Toit), le Studio SFR au 9 de la rue Tronchet à Paris, ouvre un espace dédié au jazz. Un fois par mois, un musicien de jazz (ou de blues) viendra en effet en show case présenter son actualité pour un public très "évenementiel" choisi par le groupe. 




Hier soir, c'était Yaron Herman qui venait présenter son nouvel album (Muse) à sortir en mars chez Laborie.
Pour l'occasion une rythmique un peu improvisée donnait le change au pianiste. De quoi nous mettre de l'eau à la bouche avant la présentation officielle de l'album au Théâtre des Champs Elysées.



Prochain concert, dans un mois, China Moses, la fille de Dee dee Bridgewtaer, à l'occasion de la sortie de son nouvel album chez Blue Note
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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 06:53



DAM 2008

Sylvain Bardiau (tp), Mathias Malher (tb), Frederic Gastard (sax basse, ts)

  C’est un peu toujours la même histoire. On est habitués à recevoir pas mal de galettes qui, à forcent s’entassent sur un coin du bureau. Et puis tout à coup, on en prend un. Le nom des musiciens ne vous évoque pas grand-chose. Je laisse tourner le truc sur la platine, je vaque à mes occupations tout en laissant traîner une oreille distraite. Et là, forcément je m’arrête tout net au bout de deux ou trois titres, je me plante à côté de la chaîne et j’écoute et cette fois mes oreilles sont bien là, attentives, amusées, captivées, enjouées et rigolotes. Oui c’est bon, je suis sûr d’avoir dégoté un petit bijou.

Trois cuivres : trompette + trombone + sax. A priori ça peut être terriblement emmerdant dans le genre à se fondre dans une musique conceptuelle qui balance pas. Tout le contraire, car voilà des gars  qui jouent les trublions avec une inventivité débordante. Sorte de mini Brass band en folie qui aurait fait l’école buissonnière, musardant, sautillant à travers champs. Pas de codes, pas de règles. Musique pas free mais musique en liberté quand même. Ils peuvent jouer les harmonies, s’amuser façon marching band de la Nouvelle Orléans, jouer de couacs et d’onomatopées animalières, ces gars là sont toujours imprévisibles. Sacrément doués pour l’écriture ils font parler leurs instruments sans se prendre au sérieux. Une fantaisie ? Amusante la langue qui donne musicalement une définition assez proche de ce que l’on pressent :  « Fantaisie :  morceau de forme très libre parfois très proche de l’improvisation, dans lequel le compositeur donne libre cours à son imagination ». Oui ! Fantaisie c’est bien de cela dont il s’agit. D’ailleurs un des titres porte le nom : Lester fantasy en hommage au trompettiste de l’AACM et à son Brass Fantasy . Mais on aurait tout aussi bien pu décliner en « facétie » tant ce trio y est mutin, alternant les formes  sonnant comme un brass band ( on l’a dit) , ayant parfois des accents symphonique (en trio !!), jouant sur les harmonies (beaucoup), sur les polyrythmies (avec le sens du rebond), sur les contrepoints (et les questions-réponses). Et dans cet exercice difficile, remarquablement construit sur le plan artistique, ces trois là jouent avec un sens des nuances impressionnant. C’est un kaléidoscope enchanté. Jean-Marc Gelin

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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 06:45

Maurice G. Dantec

Albin Michel

211p, 16 €


Au départ il semble que le projet de l’écrivain était tout autre. A défaut de dossier de presse, on apprend sur un site, « paperblog » qu’une « une première version "fut rédigé[e] en 1996 pour un projet d’ouvrage collectif ayant pour thème la mort du jazzman Albert Ayler en 1970 à New York qui devait s’intituler “Les douze morts d’Albert Ayler”. Ce projet avait été commandité par Patrick Raynald, directeur de la collection Série noire. L’ouvrage de Maurice G Dantec, d’environ 150 pages, dut finalement être abandonné faute de temps et d’une structure littéraire adéquate. A la place, Maurice G Dantec allait écrire “Babylon Babies” qui devait paraitre trois ans plus tard. »

Qu’en est il aujourd’hui avec ce nouvel ouvrage dont le moins que l’on puisse dire est qu’il propose une accroche si intrigante qu’on ne peut s’empêcher de se ruer dessus ? Pour tout dire et pour le dire franchement, si le projet de Maurice Dantec avait été rejeté pour manque de structure, le temps passé depuis n’aura pas suffi à donner corps aux projets délirants de l’écrivain.

Dans une veine qui se voudrait de «  science-fiction » Maurice Dantec (qui doit en avoir de la bonne !) part dans un délire où il est question de la cavale d’un couple de braqueurs atteints par un neurovirus qui les met en contact avec la station Mir « en déroute » et qu’entreprend de sauver Albert Ayler avec son saxophone et sa tenue de cosmonaute !! Mouai, pourquoi pas.

On aurait pu en faire un clip ou une BD décalée à la rigueur. Mais si le côté «  space » aurait eu de quoi nous amuser un peu, il fau bien reconnaître que les 200 pages prennent ici vite les allures d’un chemin de croix franchement pénible. Car ce grand n’importe quoi manque de corps, de développement intéressant, de structure en somme. Quand à l’écriture, elle charrie tous les clichés du polar comme on oserait plus en écrire aujourd’hui, dans la forme, dans le langage et dans l’expression. Le côté « road book » (comme on dit Road movie) est totalement has been et cette histoire de cavale ne nous capte pas une seule seconde. Les ressors sont absents ( pas de suspens, pas d’intrigue, pas d’émotion, pas de fluidité). Rien

Dantec s’est fait plaisir, pourquoi pas. Dantec a trouvé son éditeur, tant mieux pour lui. Et puis Dantec va vendre, c’est normal il y a «  jazz » dans le titre et moi je me suis bien fait avoir. Mais vous, cher lecteur, si vous craignez de vous priver de quelque chose, dites vous que la seule chose qui vous attend c’est le vide sidéral, interstellaire dans lequel on aurait bien pu laisser encore la station Mir dériver longtemps. Quand à Albert Ayler, croyez moi, ôtez lui cette combinaison ridicule et glissez le Vinyle de « Summertime », c’est bien mieux lui rendre hommage.

Jean-Marc Gelin

 

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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 06:42

www.surnaturalorchestra.com

 Dommage que l’on n’ai reçu qu’un cd démo de 5 titres. Dommage en effet car l’on est, au terme de ces 35mn d’écoute assez frustrés de ne pas en avoir plus. Car il y a chez ce collectif de 19 musiciens (dont 2 batteurs) une volonté d’en découdre, une énergie communicative dont on ne se lasse pas. Avec un sacré talent d’écriture ce collectif là sait manier puissance des intentions et finesse des arrangements avec pas mal d’humour et un sens de la comédie qui ne surprend pas chez ces adeptes de Walter Thomson et du soundpainting. Cet album dont une partie a été enregistrée en live à la Dynamo à l’occasion de Banlieues Bleues donne parfois dans la comédia dell arte, digne relève d’un  Rigolus et surtout d’un sacre du Tympan hélas aujourd’hui l’ombre de lui-même.

L’album s’ouvre sur un extrait totalement flippant d’un discours de Berlusconi interrompu sauvagement par la section de sax (Six apparitions de Berlusconi sur un écran). Sorte d’enterrement joyeux de la démocratie dans une suite fanfaronne et guignolesque. La musique s’y fait surprenante, vive, virevoltante. Dans le morceau suivant, Gamelan la musique se met en marche, monte progressivement en puissance. Lentement mais sûrement le groove s’installe, les sections laissent la place à des solistes admirables (dont un altiste étonnant). D’abord « derrière » comme il se doit,  ces mêmes sections de cuivre portées par le changement dans la structure rythmique se lancent à la poursuite du soliste dans un crescendo irrésistible. Changement de décor ensuite dans Gromlat où l’on entre dans un cabaret d’outre Rhin où un chanteur chante dans un allemand à couper au couteau. Il y a là un morceau proche d’un music hall assez lourd qui se veut décalé mais donne rapidement dans le grotesque où se joue la vie sauvage, cruelle et tragi-comique. Retour à une mise en espace très intelligente dans Du rafting dans les ruelles où ce sont les harmonies qui sont là travaillées, créant un sentiment de danger latent, de péril sous jacent. La rythmique s’y fait plus lourde et les timbres appuyés des soubas, plus sombres. Enfin le dernier morceau de la démo, My name is Magne est un morceau joué de la plus classique et de la plus moderne des façons à la fois, à la manière du générique de James Bond mais qu’on a le sentiment d’avoir déjà entendu du côté de chez Fred Pallem.

Puis, fin de ces 35 minutes jubilatoires. Vous imaginez la frustration ! On en veut plus, on en veut encore. Alors on se renseigne et l’on apprend que ces extraits sont issus d’un double album (arghh !!!), accompagné d’un double livret d’illustrations paraît il magnifiques ( re- arghhh !!!!)

De quoi nous faire saliver et nous donner envie d’en savoir plus. Alors, chers amis lecteurs si vous avez la bonne idée de vous procurer l’ensemble, n’hésitez pas à prendre la plume et à nous raconter. On attend la suite du film avec impatience….. Jean-marc Gelin

 

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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 06:32

Rééd. ECM 1978, 1980, 1982




Collin Walcott (sitar, tabla, dulcimer, sanza, timpani, vc), Don Cherry (tp, fl, org, mélodica, vc), Nana Vasconcelos  (berimbau, cuica, talkin drum, perc, vc)

La signification de CODONA : CO (pour Collin Wallcott), DO (pour Don Cherry) et NA (pour Nana Vasconcelos). Trois musiciens pour un trio éphémère qui en 4 ans aura publié trois albums réunis ici dans un superbe coffret, à l’initiative du label de Manfred Eicher. Trois albums pour trois versions différentes de cette musique dont il faut bien percevoir aujourd’hui combien elle fut alors novatrice et dont on perçoit aujourd’hui toutes les filiations qu’elle a su générer.

Si vous cherchez maintenant la signification de cette musique, alors il vous faudra vous préparer à un très grand voyage qui vous mènera au quatre coins du monde. Inventeurs, en quelque sorte du concept de World music, ces trois musiciens là avaient une vision du monde assez large pour ne pas s’enfermer dans une seule d’entre elle mais pour en réaliser au contraire une sorte de fusion unique, de melting pot musical. Ce trio voyageait et son voyage musical n’avait aucune frontière. On a toujours tendance à rechercher les influences de telle ou telle musique. Ici dans un syncrétisme parfait, le jazz se fond dans la musique indienne, dans un même mouvement (entendez un même morceau) puise dans ses racines africaines et s’enroule dans des mélismes arabisants. Les cris de la jungle peuvent surgir de n‘importe où, des voix apparaissent et disparaissent aussitôt et les improvisateurs s’expriment. Mais ce qui lie toutes ces musiques entre elles, ce qui les relie aussi au jazz, c’est le sens de la pulsation traditionnelle. Car en ramenant dans leurs bagages toutes ces musiques du monde, ils mettent en évidence l’universalité de la danse. Les tourneries s’installent. Chacun des membres du trio se fait polyinstrumentiste au gré des frontières. Aucun ne se fait virtuose, juste musiciens à la recherche de la musique « mère ». Les tablas peuvent alors se marier aux sons de la trompette de Don Cherry (aux fulgurances toujours déchirantes) et aux percussions d’une immense richesse, donnant à ce tissu brodé sous nos yeux, les tramages de quelques costumes rituels. Mais il ne faudrait pas oublier la dimension spatiale de cette musique, dont les silences qui s’installent sont comme une barque glissant le long du fleuve amazone. Ces silences sont quasiment hypnotiques. Ils peuvent alors prendre la forme dune longue note tenue comme dans ce Inner organs qui vient clôturer la trilogie.

Trois albums pour trois moments différents de cette recherche musicale toujours porteuse de cette vibration chamanique, dans un voyage onirique dont nous restons volontairement captifs et fascinés. Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

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