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Act 2009
Paisible bien-être que nous offre le coté Soul de cet album. Ida Sand est une somptueuse voix suédoise, enrobée pour l’occasion par deux guitaristes, Ola Gustafsson et Mattias Torell. En hommage aux racines les plus profondes de l’Amour, « True Love » est un album entièrement Pop, manifestement composé et interprété par des musiciens de Jazz, en témoigne la présence de l’excellent flûtiste Magnus Lindgren (« True Love »), utilisant aussi une clarinette basse (« Manic Depression » de Jimmy Hendrix). Le disque débute d’ailleurs par une introduction à la trompette de Peter Asplund. Au fil de cet opus usant de troublantes ressemblances avec la célèbre Motown, nous pouvons nous apercevoir que le bassiste Peter Forss et le batteur Per Lindvall forment une solide paire de musiciens rythmiques. La vocaliste nous fait aussi partager son (naïf) plaisir de jouer du Fender Rhodes (« Notice Me »). Par la suite, « The weight » est un véritable nuage. Laissons-nous emporter par la ferveur du Blues présent dans ce morceau, notamment grâce au « bottle-neck » d’une guitare au son boisé, comme si elle était tout droit issue de l’Alabama. Mais attention, cette même guitare peut être électrique, ayant une sonorité suave et nonchalante, embaumée par la noblesse d’une distorsion rugissante. Certains morceaux sont composés par Ida Sand en personne, divinement accompagnée par Ola Gustafsson, qui participe lui aussi fortement à la direction artistique (étant plus connu sur la scène Pop-Rock suédoise). D’autres pièces de cet audacieux projet font l’objet d’arrangements d’un répertoire orienté plutôt seventies, avec entre autres, les reprises de « Who’s Gonna Help Brother Get Further » d’Elvis Costello, de « Heart Of Gold » de Neil Young, ou bien encore « Redemption Song » de Bob Marley. Il manquait aussi quelque chose à cette définition de l’Amour qui constitue cet album : un standard, et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de cet énorme pavé du Jazz qu’est « Loverman ». Ce standard incontournable est interprété de la façon la plus intime, en duo trompette et voix-piano. Passionnément réalisé avec soin, ce disque est un véritable voyage, pas simplement autour d’une culture pseudo-scandinave, mais à travers une magistrale voix de la Black Music. Tristan Loriaut
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10 mai 2009
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88 Trees 2009
Dans ce nouvel album entièrement composé et produit par Laurent Coq, c‘est un quartet très « américain » que donne à entendre le pianiste qui pour l’occasion est allé enregistrer outre atlantique, dans le New Jersey. On sait qu’avec Jérôme Sabbagh ils ont vécu (ou vivent encore) à New York et que, si le pianiste tout comme le saxophoniste ne sont pas à proprement parler natifs de la Grosse Pomme ils sont néanmoins fondamentalement New-Yorkais d’adoption et de jazz. Baignant dans la même musique générationnelle que les Donny Mc Caslin ou les Dave Binney dont on les sent particulièrement proches, ils jouent un jazz de quartet à l’élégance raffinée. Et l’on dit « jazz de club » ici comme d’autres diraient « jazz de salon ». Car si cet album présente moins d’originalité que celui qu’il présentait avec David El Malek et Olivier Zanot, il repose toujours sur le savoir faire de l’écriture de Laurent Coq, toute en finesse et en délicatesse exquise. Les individualités de ce quartet s’illustrent merveilleusement bien dans ce jeu à fleuré moucheté et l’on remarquera notamment l’émergence de Damion Reid batteur jusque là presque inconnu (il joue avec Robert Hurst ou encore Robert Glasper) et ici expert en dentellerie sur mesure ( il faut écouter Eight Seasons in One Summer pour s’en convaincre).
Pourtant si raffinée que soit cette écriture, elle apparaît ici légèrement répétitive un peu comme si Laurent Coq avait décliné 8 fois la même thématique musicale, la même structure à laquelle il apportait chaque fois des nuances subtiles.Ainsi la plupart des morceaux se concluent ils avec le même système de coda renforçant le sentiment d’une musique circulaire comme plusieurs étapes d’une seule et même suite.
Avec une réelle modestie et un sens de l’abnégation Laurent Coq comme il le fait souvent, ne s’affiche pas, ne s’expose pas préférant mettre en valeur le jeu de ses partenaires. Suprême élégance. Mais surtout ce que dit Laurent Coq relève toujours du subtil. Du cousu main où l’improvisation semble ici naturellement écrite, coule de source comme partie intégrante de son discours. On pense parfois à Konitz et Marsh, on pense aussi souvent à Tristano. Comme toujours dans les albums de Laurent Coq il y a aussi un sens savant de l’équilibre dans l’intensité très maîtrisée du son. Et à ce jeu-là Jérôme Sabbagh s’y fait l’interprète toujours élégant de la musique du pianiste comme dans ce Circle 57 où derrière une façade très « formatée » le jeu du saxophoniste recèle de fines nuances sensibles.
Pas forcément majeur dans la carrière du pianiste, cet album lui ouvre néanmoins de nouvelles voies et confirme ce que nous savions déjà, à savoir l’art de Laurent Coq de faire sonner un quartet et de l’emmener toujours sur des voies douces et sensuelles qu’il semble parcourir dans un murmure délicat. Jean-marc Gelin
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7 mai 2009
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Cristal 2009
Depuis 10 ans qu’ils existent ces gars-là ne cessent de nous donner un plaisir monstrueux. Avec eux, c’est comme l’évidence toujours renouvelée de l’existence d’un jazz plus vivant que jamais, un jazz aussi bourré d’énergie que de talent, qui peut compter sur celui de ses compositeurs ( Pierre Bertrand, Nicolas Folmer, Laurent Cugny, François Theberge), arrangeurs ( les mêmes plus Ivan Julien) ou solistes ( Denis Leloup, Sylvain Beuf, Stephane Chausse, Stéphane Guillaume, Fabien Mary, et j’en passe et des pas moins bon…). C’est toujours la rencontre de l’envie de jouer, du plaisir de jouer et enfin de l’engagement à jouer. Et force est de constater qu’il n’y a pas beaucoup de Big band qui peuvent aujourd’hui réunir toutes ces qualités avec autant de jubilation émoustillante. Le public d’ailleurs ne s’y trompe pas, avide de revenir à certains fondamentaux du jazz et qui est venu en masse écouter des semaines durant le Paris Jazz Big Band au Trabendo où cette formation y avait élu résidence. Ce fut aussi l’occasion pour la formation d’y accueillir des invités de renom ( Cecarrelli, De Bethmann etc…). Ce sont ces sessions « live » qui nous sont proposées ici dans un triple album enregistré entre janvier et mars 2007. Un document « fleuve » s’il en est puisqu’il totalise près de trois heures de musiques. Trois heures qui, pour autant ne s’écoutent pas de manière linéaire puisqu’il reprend les trois derniers répertoires enregistrés en studio ( « A suivre », « Paris 24h » et « Mediterranéo ») où l’on entend combien la musique que propose le PJBB n’est jamais monochrome mais capable de se nourrir d’univers très différent tout en gardant cette ligne Ellingtonnienne comme une sorte de fil conducteur sous-jacent. C’est qu’il y a là une double intelligence en action, celle des arrangeurs subtils et brillants et celle des solistes toujours époustouflants, dynamisés par la présence derrière eux de cette grosse machine, si bien huilée qu’elle semble s’envoler littéralement. L’essence du big band comme on les aime, classique ou moderne, créateur d’espaces de libre jeu, d’un jeu ouvert respirant à grandes bouffées, d’envolées lyriques et de swing échevelé ou encore d’écrins superbes au filage de soie. Admirable .
Jean-marc Gelin
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7 mai 2009
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Zig-Zag 2009
Matthieu Donarier, Tony Malaby (ss, ts), Stéphane Kerecki (b), Thomas Grimmonprez (dm). Septembre 2008.
Si vous êtes sensibles aux sonorités amples, foisonnantes et sensuelles du saxophone, si vous aimez être transportés par les polyrythmies du jazz afro-américain (même s’il est joué par des musiciens blancs) et particulièrement réceptifs aux transes euphorisantes de John Coltrane, enfin si vous êtes un peu las des accompagnements harmoniques des pianistes de jazz, alors n’hésitez surtout pas à vous procurer ce magnifique troisième album de Stéphane Kerecki. Une aventure musicale hors du commun vous attend, portée par deux formidables saxophonistes : le français Matthieu Donarier et l’américain Tony Malaby, jouant tous les deux du ténor ou du soprano suivant les titres. Stéphane Kerecki a eu l’idée géniale d’utiliser ces deux souffleurs, au jeu fort différent, à travers une ligne mélodique continue, jouant à l’unisson ou en contre-chant et proposant des chorus très inspirés. C’est une bien belle trouvaille que de mettre ces deux singulières sonorités sur la même longueur d’onde, celle de l’improvisation spontanée et de la portée spirituelle du jazz (avec des réminiscences Coltranienne et un clin d’œil à Olivier Messiaen à travers la relecture de ô Sacrum Convivium). Sur Macadam, Tony Malaby au ténor (côté droit) entrelace sa chaude sonorité avec celle de Matthieu Donarier au soprano (côté gauche) dans une euphorie fusionnelle où la richesse musicale se conjugue avec le plaisir et le bonheur. Lorsqu’ils sont tous les deux au soprano, on passe d’un duo au son très pur et boisé, évoquant une promenade matinale en forêt (A L’air Libre), à un groove rock imparable et intense (Palabre). Mais c’est peut-être sur les très beaux développements mélodiques de Fable, que leur complémentarité apparaît la plus évidente (Donarier est cette fois au ténor et Malaby au soprano). Thomas Grimmonprez est un batteur qui fourmille constamment d’idées, il nous fait penser aux plus grands, aussi bien à Elvin Jones qu’à Daniel Humair. Son jeu foisonnant et inventif fait merveille sur les tempos rapides (Palabre) et médiums (Houria) ainsi que sur les ballades comme Un Ange Passe, où il distille un sensuel climat d’effleurement. Enfin Stéphane Kerecki est un contrebassiste à la sonorité superbe, il sait se mettre en retrait tout en construisant de remarquables lignes de basse, qu’il place au centre de l’architecture de ses compositions aux superbes mélodies. Pour la troisième fois et plus particulièrement avec Houria, Stéphane Kerecki cumule avec talent et pour notre plus grand plaisir, les rôles de contrebassiste, leader et compositeur : Hip, Hip, Hip, HOURIA. Lionel Eskenazi
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6 mai 2009
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Julien Lourau (ss, ts), Bojan Z (p, elp), Karim Ziad (dm, perc). Mai 2008.
Le pianiste Bojan Z et le saxophoniste Julien Lourau jouent régulièrement ensemble depuis près de vingt ans sur des projets de l’un ou de l’autre. Une complicité musicale et une solide amitié qui date des débuts de Trash Corporation (groupe phare de la scène française du début des années 1990, composé de jeunes musiciens en colère fortement influencés par le groupe Naked City de John Zorn, qui proposaient un métissage musical passionnant entre le jazz, le free, le folklore, le funk et le hardcore). C’est sur l’album Koreni (1999) de Bojan Z que nos deux compères s’associent pour la première fois avec le batteur et percussionniste Karim Ziad, dans un groupe à géométrie variable allant du duo à l’octette suivant les titres (on se rappelle notamment du superbe Joker, que Bojan Z reprendra régulièrement et que Karim Ziad intègrera dans son album Ifrikya). Puis ces trois fortes personnalités musicales vont former un trio, qui a longtemps fonctionné sans nom avant de s’appeler Bozilo, et qui donnera assez régulièrement des concerts suivant la disponibilité de chacun. Une formation qui mêle des mélodies et des rythmes folkloriques (issues des Balkans ou du Maghreb) dans un esprit jazz où l’improvisation et l’expression instrumentale dominent. Un trio où l’absence de bassiste est palliée par l’efficace main gauche de Bojan Z, la riche et dynamique polyrythmie de Karim Ziad et le jeu percussif de Julien Lourau lorsqu’il tape habilement sur les clés de son saxo près du micro, sans souffler dedans. Un groupe réservé exclusivement à la scène, car aucun projet d’enregistrement en studio n’a été à l’ordre du jour. Ce n’est donc pas un hasard si leur premier album est justement un disque live, où l’on distingue une excellente prise de son, qui place l’auditeur au cœur d’une musique directe et sauvage, sans effet, ni fioriture. Une musique « brut de décoffrage », jouée sans filet et qui se laisse apprivoiser facilement grâce à sa délirante énergie, son inventivité mélodique et ses folles audaces harmoniques. Des musiciens qui nous proposent un pertinent métissage musical en utilisant une large palette de couleurs criardes et enivrantes, au point que l’on a parfois du mal à reconnaître certains titres comme Utaz (qui ouvrait l’album Xenophonia de Bojan Z). Par contre on reconnait très bien Ederlezi, belle mélodie traditionnelle que Goran Bregovic avait arrangée pour Le Temps des Gitans de Kusturica, ainsi que les formidables longues versions d’Ifrikya de Karim Ziad et de Un Demi-Porc et Deux Caisses de Bière de Julien Lourau. Un album totalement réussi, qui vous permettra de vivre une expérience scénique intense, tout en restant confortablement installé dans votre salon. Lionel Eskenazi
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6 mai 2009
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Cristal 2009
François Jeanneau (ss, dir), René Dagonet (fchn, tp), Françoi Guell (as), François Cochet (tb), Pierre Boespflug (p), Denis Moog (g), Jean-Luc Deat (cb), Christian Mariotto (dm)
Ce qui frappe d'emblée à l'écoute de cet album du Bernica Octet, c'est le soin extrême qui est porté ici au travail d’écriture et d’arrangement au profit de ce collectif. Sous la houlette de François Jeanneau, il y a dans cette musique-là, la présence de tous les fondamentaux d’un jazz en mouvement qui s'apparente parfois aux big bands dans la pure tradition ( ils ne sont pourtant que 8 !) mais qui ne perd jamais l’intimité d’une formation réduite. Si François Jeanneau est habile à diriger les grandes formations (de l’ONJ, du Pandémonium au Spoumj) c’est qu’il y a toujours chez lui ce sens de la ré-création (au demeurant une récréation), cette maîtrise des grands ensembles et de l'équilibre qu'il semble, de son propre fait, vouloir précaire : entre écriture et improvisation, entre soliste et groupe, entre unisson et contrepoint. Puisant toujours aux sources du jazz entre grand et moyen format mais toujours aussi avec une formidable modernité. La finesse des tramages donne le sentiment que cette musique coule absolument de source sans qu’il ne s’agisse pour autant d’un exercice de style. A la base de ce travail bien sûr, l'énergie toujours présente mais surtout, comme il ne cesse de le répéter à tous ses élèves : l'engagement ! Et c'est certainement cela qui produit dans cette formation, la mise en place d'une réelle dynamique de groupe. Dynamique au sens littéral : "partie de la mécanique qui étudie les relations entre les forces et les mouvements qu'elles produisent « (selon le Petit Larousse). Mais si ces arrangements sont particulièrement soignés, François Jeanneau ne livre pas pour autant une musique aseptisée. Une musique qui serait hors temps. Car cette musique là sait aussi se (nous) faire douce violence, sortir de ses gonds pour devenir parfois plus sauvage (comme sur Kel Essouf composé à l’époque agitée, entendez par là « HJT » pour Humair+Jeanneau+ Texier). Mais toujours (Very Sensitive) la présence du swing et cette façon très ellingtonnienne et classieuse de faire balancer les chorus. Toujours en éveil, la musique de François Jeanneau suscite un intérêt curieux et émoustille les papilles auditives. Car elle ne se répète pas, ne tourne pas en rond, elle (se) vit allègrement avec une légèreté qui n'a d'égale que sa suprême élégance. François Jeanneau pour sa part ne fait pas que diriger cette formation. Il en est aussi, en tant qu'instrumentiste parmi les autres, un des éléments catalyseurs (Bernica). Chez lui bien sûr le phrasé, la puissance et cette science du placement incomparable qui lui vient peut être de sa révérence absolue à Bechet. Et il y a aussi chez Jeanneau la maîtrise de celui qui sait prendre son temps pour dire, toujours la note utile et seulement celle-là. Car il y a chez François Jeanneau la marque des très grand. Un patrimoine qu’il partage avec Wayne Shorter assurément. Jean-Marc Gelin
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4 mai 2009
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Les discussions en cours au sujet de la loi Hadopi, si intéressant soit-elles nous semblent néanmoins avoir évité le débat de fond sur le mode de consommation culturelle auquel nous sommes actuellement confrontés. Débat qui n’a finalement pas eu lieu. Car si la question fondamentale est bien évidemment celle de la juste rémunération des artistes sans quoi il n’y a plus de création possible, on ne saurait pourtant passer au travers d’une réflexion sur nos habitudes en matière d’achat de produits culturels. La question est en effet moins celle du mode de téléchargement (légal ou non) que celle du téléchargement lui-même.
Nous sommes en effet confrontés avec le téléchargement à une pratique culturelle d’un mode nouveau, consumériste, immédiat, spontané et quasiment impulsif. Et cela est particulièrement vrai en musique où (à la différence des films) il est permis de télécharger un morceau d’un album par-ci et un autre morceau par là. Imaginez Kind of Blue où chaque titre serait téléchargeable indépendamment des autres. Plus question de parler d’œuvre, plus question de construire, l’objectif est plutôt de livrer de la musique à flot continu et par là même de consommer sans modération en zappant d’un morceau à l’autre. Je m’épate d’ailleurs de ce qu’avec mon nouveau mobile je peux « tager » n’importe quel morceau entendu dans un lieu public et le télécharger instantanément !!
On ne peut alors s’empêcher de s’interroger sur ces nouvelles pratiques si l’on regarde les statistiques parues sur la diffusion des médias (presse et radio) pour l’année 2008. En effet lorsque l’on voit que le premier mensuel dédié à la musique en France réalise une diffusion totale de 42.429 exemplaires loin derrière un magazine comme Investir Magazine qui en réalise plus du double ou que Point de vue (eh oui ça existe encore) qui fait 259.000 !!! Idem pour la radio puisque si, l’on peut se réjouir de voir les parts d’audience de France Musique remonter de 0,2 point entre le 1er trimestre 2008 et le 1er trimestre 2009, il n’empêche que ces parts sont loin derrière des radios comme RTL2 (3,0), NRJ (5,8) ou Skyrock (4,3). D’ailleurs toutes radios confondues, les parts d’audience des chaînes musicales perdent 2 points au profit des radios généralistes (essentiellement France Inter).
Il y a là de quoi nous poser des questions assurément sur la façon dont nous allons écouter de la musique demain. Allons nous consommer sans recul et sans information, sans « savoir » et sans réel goût de la musique. Pas sûr si l’on en croit la fréquentation des écoles de musiques partout en France, si l’on en juge aussi par le besoin de jouer de chanter ou de danser tel qu’il s’exprime à l’occasion d’événements comme la fête de la musique, et surtout si l’on en juge par la (sur)production discographique qui contre vents et marées ne cesse de progresser.
Le goût de la musique reste, mais les pratiques d’écoute changent pour le meilleur ou pour le pire. Et pour l’heure si nous ne savons pas prévoir la forme de cet avenir proche, n’évitons pas à tout le moins ce vrai débat de fond.
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Editorial
4 mai 2009
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Guillaume Belhomme
Ed. Le Mot et le reste
Collec. Formes
430p. ; 23 euros
Guillamme Belhomme n’est pas un inconnu dans les milieux du jazz. Ancien collaborateur de Jazz Hot il s’est fait remarquer l’an dernier par un petit ouvrage sur Eric Dolphy paru chez le même éditeur (cf. notre chronique des DNJ). Journaliste aux Inrocks et sur le récent site web « Le son du Grisli », certains l’annoncent prochainement chez Citizen Jazz. C’est dire qu’il connaît son affaire en matière de jazz.
L’ouvrage qu’il présente ici repose d’ailleurs sur l’ambition d’évoquer le jazz au travers de 100 figures, 100 fiches de 2/3 pages chacune présentant 100 « géants » qui ont fait l‘histoire de cette musique et qui apparaissent chronologiquement selon leur date de naissance. Quelques pages par musicien pour évoquer en quelques lignes un bref rappel biographique (à très gros traits) et livrer une (très) rapide analyse musicale sur leur production discographique. D’où apparaissent alors quelques jugements à l‘emporte-pièce sur tel ou tel disque, ou tel ou tel morceaux sur la base d’un choix totalement aléatoire et subjectif et dont on ne connaît pas réellement ni la grille d’analyse ni ce qui a pu présider à ce « choix sélectif ». Charlie Parker ou Duke Ellington expédiés en 3 pages au même plan que Joe Mc Phee ou Ken Vandermark ! Des points de vue étayés par rien comme celui sur la version de My favorite Things de Coltrane qualifiée de dérive illuminée et celle de Ascension de provocation musicale grandiloquente. Toujours sur la même fiche et à propos de cet album : « deux prises d’une quarantaine de minutes portent alors aux nues un propos atonal au-delà duquel seules l’imagination et l’honnêteté permettront aux musiciens à venir d’inventer encore ». Comprendra qui pourra.
Du coup, et à la différence d’un Dictionnaire du Jazz, ouvrage incontestable s’il en est, cette tentative « balai » et fourre-tout manque sérieusement d’intérêt et de sérieux. Qui plus est ce livre, assez mal écrit (*) qui porte un regard hâtif et surtout trop subjectif ne convaincra ni les érudits (qui savent déjà), ni les passionnés qui préfèreront se faire une idée par eux-mêmes. Et c’est au final un ouvrage somme toute bien dispensable que votre bibliothèque ne souffrira pas d’ignorer. Jean-Marc Gelin
(*) Pour se faire une idée précise de l’écriture, cet exemple tiré de la fiche sur Abbey Lincoln : « D’autres enregistrements de chansons plaisantes, ensuite, commandées par le label Riverside, qui impose à la vedette la compagnie de quelques musiciens maison, parmi lesquels on trouve Max Roach, batteur qu’elle épousera en 1962 après avoir servi à ses côtés lors des scéances de Freedom Now Suite et Percussion bitter sweet, enregistré sous son nom un Sraight Ahead donnant à entendre aussi Eric Dolphy et Coleman Hawkins, enfin, commencé à s’impliquer dans le mouvement des droits civiques sans chercher à ménager la frilosité des maisons de disques. »
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17 avril 2009
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Le chant du Monde 2009

Cela ne surprendra pas ceux qui ont l’habitude de suivre le travail de Eric Seva et qui ont eu l‘occasion de l’entendre ces dernières années avec l’ONJ de Franck Tortiller : Eric Seva est un saxophoniste de l’engagement total. Et l’exigence qu’il met dans son jeu se transmet inévitablement aux partenaires qui l’accompagnent. C’est particulièrement flagrant ici où son principal acolyte est l’accordéoniste Lionel Suarez avec qui il partage des espaces mélodiques et harmoniques avec passion. Espaces croisés. Des couleurs latines et argentines apparaissent et la tendresse qui émerge de cet album là s’exprime dans l’art de caresser la musique avec exaltation et force plutôt que de l’affronter. On penserait bien sûr à Piazolla si cela n’était pas trop réducteur d’une musique qui ne saurait se cantoner à cet univers-là. C’est parfois très émouvant lorsque la musique se murmure (Espaces croisés) et le plus souvent assumé avec une passion à faire pâlir les hidalgos. Engagement des musiciens dans cette musique percussive, où les notes semblent rebondir. Paraphrase de Bernard Lubat : c’est « L’heureux-bondit » ou le rebondi de la pulse qu’apportent ensemble Sax et accordéon appuyés sur une très belle section rythmique. Eric Seva sopraniste exceptionnel, joue d’un instrument de précision avec lequel il dessine un trait fin duquel il dégage une réelle force émotionnelle, puissante, intense. Un discours poétique au charme très sensuel. En fin d’album et de manière totalement incongrue, le charme de cette musique se brise un peu sur une lame plus « funky » venue d’on ne sait trop où (Transit) qui tombe un peu à plat. Le dernier morceau ( Identité vagabonde) conclut avec des bruits de rues lointains , comme une porte qui s’ouvre sur un ailleurs. Le sax en solo semble disparaître, remplacé par d’autres rythmes et par les sons d’une rue étrangère, vivante et vibrante. Une ouverture sur de nouveaux horizons. Jean-marc Gelin
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Chroniques CD
17 avril 2009
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FUTURA 2009
Sophia Domancich (p), William Parker (cb), Hamid Drake (dm)

Il y a des personnalités incontournables sur la scène du jazz. Assurément le duo que forme ensemble William Parker et Hamid Drake est de ceux là. On a souvent vanté leur façon quasi-télépathique de jouer ensemble, de se fondre dans les pas de l’autre. Sorte d’entente surnaturelle qui de concert en concert ne se dément jamais. Et lorsque ces deux-là accueillent auprès d’eux une autre personnalité incontournable, celle de la pianiste Sophia Domancich, la magie de l’instant ne manque pas d’opérer. Et s’il est des concerts qui méritent absolument d’être gravés dans la cire, celui que ce trio donna un soir de juillet 2008 en est un. Hommage en soit rendu à Gérard Terrones et son label Futura Marge pour avoir su saisir l’importance de l’événement et laissé traîner ses micros du côté de la scène de la rue des Lombards. Car ce concert-là est tout bonnement exceptionnel. Sophia Domancich est dans le jazz. Elle incarne le jazz dans son jeu exaltant, exultant, dans l’intelligence de l’improvisation, en quête continue de la construction de la phrase suivante. Il y a dans cette façon de jouer le jazz, une façon de le vivre intensément, intelligemment mais aussi avec les tripes. Il y a du Cecil Taylor dans ce jeu-là. Dans ce jeu qui danse, qui s’interrompt et repart en scansion, en tensions et en relâchement. Rien d’étonnant alors qu’à ses côtés William Parker ,ancien compagnon de jeu du pianiste de Long Island y trouve son compte. Comme dans un univers qui lui est familier et où il peut lui aussi scander la pulse, faire rebondir le tempo ou le colorer par de judicieux coups d’archets. Hamid Drake est encore une fois un monument d’inventivité, de science de la relance sans frénésie, sans frémissement mais avec une autorité qui l’installe en maître du temps. Juste trois morceaux. Après un premier thème composé collectivement (Washed away), le trio suspend le temps avec un thème profond et grave de Mal Waldron ( The Seagulls of Kristiansund). Superbe. Mais le moment fort de ce concert, sorte d’apothéose, est l’interprétation que le trio livre de Lonely Woman. Conçue comme une suite de 36’27, cette version passe par d’incroyables chemins entre improvisation libre et revirement, changements de direction dans le cours, dans le flot de la musique collectivement inspirée. Ces trois-là nous font passer par d’innombrables détours au point d’en oublier le thème qui n’était là que comme point de départ. William Parker, Hamid Drake et Sophia Domancich fusionnent et apportent enfin la transe, celle qui tourne et atteint des sommets dans un moment où les ostinatos rejoignent l’extase dans un moment de possession du rythme. Magique et intense ! Jean-marc Gelin
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