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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 07:53
BERNARD SOUROQUE TIRE SA REVERENCE

(Communiqué du Festival Jazz des Cinq Continents)

Bernard nous a quitté ce dimanche 11 octobre 2015 et c’est avec une tristesse immense que le Marseille Jazz des cinq continents perd l’un de ses fondateurs.

Bernard était l’âme de ce festival et celui qui nous a pendant 15 ans propulsé vers les sommets de par son ambition artistique.

Bernard est et restera à jamais dans nos cœurs et dans l’ADN du Festival. Il sera toujours à nos côtés et nous poursuivrons son œuvre, celle d’un festival de Jazz ouvert vers le monde et l’amour de cette musique.

Marseille Jazz des cinq continents rendra hommage à Bernard Souroque dans quelques semaines.

Pour l’équipe du Festival, Régis Guerbois – Président de l’Association Festival international de Jazz de Marseille des Cinq Continents

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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 07:39
Epistrophy, la nouvelle revue dédiée au jazz

Sortie d'une nouvelle revue dédiée au jazz, Epistrophy ( sous la direction de Mathieu Jouan) placée sur le terrain de l'étude musicologique, pour l'heure peu concurrencé si ce n'est par les très institutionnels "Cahiers du Jazz".

Au sommaire du 1er numéro (que nous n'avons malheureusement pas reçu )

http://www.epistrophy.fr/

  • Introduction :
    Christian Béthune
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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 22:59
THE LOST STRING Marc RIBOT

THE LOST STRING Marc RIBOT

Anaïs PROZAIC

DVD sorti en 2007

La huit production en collaboration avec Mezzo

https://www.youtube.com/watch?v=PRNxdNfyH4E

Ah Ribot ! Voilà un portrait très complet qui suit de très près le musicien juif Newarkais (descendant d’un rabbin de Biélorussie), l’un de ces «guitar hero» capable de tout jouer, de « faire du bruit » mais aussi d’utiliser des fragments, des citations nombreuses dans ce qui est étiqueté parfois comme « downtown music », ou de l’entertainment, de la musique savante ou de la musique pour clubs. Difficile de le classer, comme le jazz d’ailleurs, depuis le bebop, précise-t-il. On suit avec intérêt son apprentissage de la musique qu’il commença par la trompette, avant que la pose de bracelets dentaires ne l’oriente vers la guitare, sans avoir pu vraiment entendre Miles, ce qui aurait peut-être changé la donne. Il apprécie beaucoup de travailler en 1979 avec l’organiste Jack Mc Duff dans le « Chiltin circuit » pour noirs, affirmant que le seul public qui l’ait jamais bien écouté était celui des amateurs de jazz qui applaudissaient la retenue alors que le public blanc avait tendance à confondre guitare et trompette, hurlant au prodige en entendant une note aigue ! Il a appris son métier en jouant dans toutes sortes de formations, avec les artistes de la Stax comme Solomon Burke enregistrant Soul alive, jugé par les critiques comme un album à l’ esthétique « rigoureusement noire », accompagnant aussi les tournées de RufusThomas, Wilson Pickett. Il semble alors vouloir inventer une nouvelle version du mythe du Nègre blanc. Obsédé à un moment par Prime Time et les possibilités de l’improvisation collective, plus proches du funk et de la musique africaine que du jazz, il pense que le courant du jazz qui commence avec Thelonius Monk, Ornette Coleman et Albert Ayler peut aussi s’inscrire dans l’histoire du rock. Voilà pourquoi il est dommage de l’avoir associé un peu trop rapidement à un style «anti rock» au lieu de le classer dans les «power chords».

Si le DVD privilégie les solos, on sent bien qu’il est à l’aise dans toutes les configurations, prêt à toutes les expérimentations, allant même à L.A pour jouer avec des surfers ! De longs extraits de concerts de diverses époques, en solo, en groupe, intercalés d’interviews du musicien ou de ses complices comme Anthony Coleman, ou Arto Lindsay qui avoue que Marc s’est éloigné de ce qu’il connaissait, survivant des époques troublées du sida et de la drogue.
Si Rootless Cosmopolitans est son premier groupe, il a participé à de nombreuses formations, joué avec Arsenio Rodriguez, les Lounge Lizards jusqu’à l’Electric Masada de son ami John Zorn. C’est un « performer » avant d’être un conceptualiste comme Zorn qui utilise son jeu pour véhiculer ses idées. Acteur de la nouvelle scène juive radicale avec Shrek, Ribot tente t-il de réécrire une « pastorale américaine » ? Une forme émerge du bruit, du subconscient collectif ou non. Plutôt que de jouer la bonne note, il préfère comprendre le sens du projet musical, et ne désire pas donner de leçons. Ayant appris la guitare classique, il avoue aussi avoir compris comment résoudre un immense problème en le fractionnant en tout petits. Les pièces de guitare classiques sont des « monstruosités physiques », contre nature, impossibles à exécuter. Approche utile que l’on peut appliquer ailleurs...Il cherche constamment, penché sur sa guitare, passe son temps à essayer autre chose, hésitant dans ses gestes, dans la veine des grands improvisateurs qui ont intégré toute l’histoire de la musique et de leur instrument. Gageons qu’à l’instar d’Hendrix, il vit avec sa guitare. Les bonus montrent bien l’étendue de sa palette de « I’m confessin » « gratouillé » doucement, à l’étude « Shevet » de John Zorn, expressionniste et bruitiste, sans oublier le support classique des « Recuerdos del Alhambra » et le blues poignant de « St James’Infirmary ».

Un document passionnant qui nous fait redécouvrir, avec ce musicien hors pair une histoire de l’instrument, à travers les variations d’une guitare caressée, frottée, pincée, qui résonne délicatement aussi. Une guitare harpe, célébrée, jamais torturée longtemps par les délires électrifiés qu’il maîtrise pourtant. Et puis quel titre intrigant que « la corde perdue ».

Sophie Chambon

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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 10:22

A quelques jours d’intervalles sortent dans les bacs deux albums de guitaristes particulièrement inspirés. Celui du guitariste israélien Gilad Hekselman et celui du français Romain Pilon.

Tous les deux ont en commun d’avoir longtemps arpenté les clubs de jazz de New-York où ils élirent domicile, s’imprégnant de cette culture de ce jazz raffiné sur lequel Kurt Rosenwinkel laissa son empreinte. Tous les deux se sont frottés aux plus grandes pointures du jazz de Big Apple jusqu’à se fondre totalement dans le paysage de ce jazz modernisé.

Et si l’on retrouve chez les deux garçons le même terreau, qui passe autant par la mapitrise des grands standards que par les flottements harmoniques de Jim Hall, tous les deux affirment une personnalité bien différente.

Gilad Hekselman : « Homes »

Jazz Village 2015

Gilad Heksleman (g), Joe Martin (cb), Marcus Gilmore (dms)

Des cordes très sensibles : deux guitaristes d’exception, Romain Pilon et Gilad Hekselman

A 32 ans, Gilad Hekselman signe ici un nouvel album avec deux compagnons de route rencontrés de l’autre côté de l’atlantique, le superbe bassiste Joe Martin et le batteur Marcus Gilmore qui appris jadis les rudiments des baguettes avec son illustre grand-père, le légendaire Roy Haynes.

Gilad joue avec en background une vraie référence à Pat Metheny. Dans le son tout d’abord mais aussi dans sa façon de tourner autour des lignes mélodiques. Assez diversifié dans les compos qu’apportent le guitariste, «  Homes » s’écrit et s’entend au pluriel d’inspirations musicales multiples allant des espaces minimalistes à la profusion be boppienne d’un standard comme Parisian Thouroughfare de Bud Powell. Le trio fonctionne à merveille, en pleine communion musicale et les deux compagnons du guitariste lui offrent véritablement un écrin rythmique à sa dimension.

Raffiné et élégant, Gilad Hekselman  s’impose de plus en plus comme l’un des références de la six cordes, maître dans la souplesse et dans la sensibilité de l’improvisation terriblement et irrésistiblement cool.

 

 

Romain Pilon : «  The Magic eyes »

Jazz & People 2015

Romain Pilon (g), Walter Smith III (ts), Ben Wendel (ts), Yoni Zelnik (cb), Fred Pasqua (dms)

Des cordes très sensibles : deux guitaristes d’exception, Romain Pilon et Gilad Hekselman

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Romain Pilon lui, dispute à Gilad cette sensibilité douce mais la joue plus discret, moins exposé. C'est surtout en maître de cérémonie qu'il officie apportant ses compositions magnifiques et surtout en mettant ses partenaires flamboyants en situation d'un jeu exalté. Romain Pilon adore jouer avec des saxophonistes. On se souvient qu’il partagea longtemps la scène à New-York ou Paris avec le ténor David Prez. Il est aussi le co-fondateur du Paris Jazz Underground, collectif parisien de jazzmen amoureux de ce jazz New-yorkais qui porte aujourd’hui une très forte identité bien au-delà de big apple. Ici c’est avec deux très grosses pointures qu’il s’associe. Walter Smith III que l’on adore ici, est notamment un des piliers du groupe d’Ambrose Akinmusire alors que Ben Wendel brille avec le groupe Kneebody.

Romain Pilon, moins soliste que véritable metteur en scène et en espace, organise son monde autour de ses compositions très powerful. Le groupe monte en incandescence, offrant des plages d’héroïsme au groove funky où le lyrisme des deux saxophonistes emporte tout comme sur Triptuch par exemple qui atteint des sommets de lave en fusion d’une rare expressivité.  Il faut dire que l’association de ces deux nouveaux maîtres du ténor est un coup de génie qui fonctionne à merveille. Il faut les entendre sur ce presque boppien Tumbleweeds pour se convaincre qu’il se passe vraiment quelque chose de rare dans cet album.

Romain Pilon joue sur tous les formats que lui permet cette formation en quintet. Toujours, il apporte une rare sensibilité et une intelligence musicale qui  l’amène à explorer registres très intenses comme cet Oxygence Choice où l’on sent chez lui des propensions à flirter avec l’univers de Wayne Shorter ou de celui de Jim Hall sur Jumping at Shadows tout en subtilité aérienne et encore sur cette compo d’Ellington, Fleurette Africaine amenée sur un territoire différent de celui que l’on connaît, totalement réinventé et mis en lumière tamisée.

Là encore chez Romain Pilon un  travail d’orfèvre et au final une très belle réussite à découvrir absolument.

 

Jean-Marc Gelin

 

 

 

Gilad Hekselman sera en concert à Paris du 26 au 28 novembre au Duc des Lombars

Et

Le 3 decembre à Marseille au cri du Port

 

 

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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 21:26
Hommage à Ivan Jullien : soutenez le projet !

Ivan Jullien était un immense compositeur et un homme exceptionnel.

Tous ceux qui l'ont côtoyé sont tombé sous le charme de sa musique et de sa personnalité si généreuse.

Amoureux de la musique et du jazz.

Il faut absolument que ses dernières œuvres voient le jour.

Et il faut être un max derrière ce beau projet et participer, ne serait-ce que symboliquement à l'édition du travail de celui pour qui le jazz était tout, de celui qui s'est élevé au rang des Gil Evans et des Thad Jones. De la trempe des Lalo Schiffrin.

Cliquez sur le lien et participez à ce beau projet, si essentiel à notre bonheur collectif.....

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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 17:02
Piano LUBAT Solo : « Improvisions »

www.cie-lubat.org

www.cristalrecords.com

Enregistré au théâtre amusicien L’Estaminet à Uzeste (printemps 2014 et 2015)

Une pochette qui claque comme un étendard, l’étendard de l’éternelle révolte du musicien Lubat, transformé en piano arbre, par le graphisme fort de Martine Bois que soulignent les couleurs vives de Martin Lartigue. Car il est encore et toujours question d’un jazz « vif », de l’instant, qui se fait là, sous les doigts du pianiste. Six improvisations, préférons dire la chose simplement, sans paroles. Les mots qu’aime tellement manier Bernard Lubat, on les retrouve dans le « discours » des lignes de pochette entrelardées de citations d’artistes célèbres, critiques, philosophes, écrivains, musiciens. Ayant exercé sa pensée, Lubat peut alors jouer, déjouer ici d’un seul instrument, le piano, voulant réinventer la vie, prolongeant la citation de Stravinski « Nous avons le devoir d’inventer la musique ». Sa démarche commune à pas mal de ses amis est peut être celle d’un inventeur permanent, toujours en recherche d’autre chose.

Une musique en mouvement, qui coule fluide, souvent comme un torrent : attaque franche, jeu percussif, cascades de notes, accélérations, atonalité, tendresse aussi. Tout cela en moins de quarante minutes...On se laisse aller à écouter l’ensemble et on apprécie le jeu, l’inspiration, la musicalité de ses petites pièces, divers états d’un piano vivant et désirant. Bernard Lubat cite ses sources dans son texte (et aussi dans son jeu) : « Cécil, Martial, Ahmad, Ligetti, Bério, et puis Arvanitas, Vander, Louiss, Urtreger », d’où une étrange familiarité que l’on ressent dès la première écoute.
Il n’oublie rien et c’est bien. Peut être, en citant Barthes, nous montre t-il sa place : « Etre d’avant-garde c’est savoir ce qui est mort, être d’arrière garde, c’est l’aimer encore »...

Sophie Chambon

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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 16:59
Yoann Loustalot/ François Chesnel/Antoine Paganotti

Pièces en forme de flocons

www.bruitchic.com

Yoann Loustalot( trompette, bugle), François Chesnel ( piano), Antoine Paganotti (dms)

Voilà assurément un titre plus poétique que celui de Satie autour...d’un certain fruit, peut-être y a-t-il du calligramme sonore dans ce recueil de huit pièces/formes dont la pochette au graphisme doux et tendrement coloré inscrit une bleue libellule aux ailes plumeuses, floconneuses évidemment.

Enregistré live au Petit Faucheux de Tours, sur le label dématérialisé Bruit Chic, dès le titre inaugural, le ton est donné et l’on sait que l’on s’aventure en bonne compagnie, celle d’un trio soudé et délicat, sur un « chemin céleste ». Mélancolie de ce voyage, douloureux parfois, nostalgique en diable. C’est que Yoann Loustalot et François Chesnel ont trempé leur plume dans l’encre de la déréliction « Petite liturgie» pour ce premier album du trio qui se déguste pour peu qu’on se laisse aller à autre chose que la précipitation. Une conversation triangulaire, subtile et raffinée s’engage avec des échanges sans le moindre cliché, la sobre élégance du piano se mariant avec la finesse du timbre de la trompette ou du bugle, à parité (quatre titres chacun) à l’insistance sourde, aux envolées extrêmes comme dans « Barrages ». La rythmique est claire et précise, devenant à son tour un chant intérieur à part entière. Un travail d’orfèvre minutieux et parfaitement maîtrisé. Un trio sans contrebasse qui sait aussi jouer du silence, profiter de l’espace offert pour développer une musique fluide. Le lyrisme entêtant du titre éponyme nous plonge dans une rêverie profonde, qui, en dépit de changements de rythme maîtrisés, s’achèvera avec le final poétique et lunaire de «Peace Peace ».

Sophie Chambon

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 16:24
ANDY EMLER MegaOctet « Obsession 3 »

Philippe Sellam & Guillaume Orti (saxophone alto), Laurent Dehors (saxophone ténor), François Thuillier (tuba), Laurent Blondiau (trompette), François Verly (percussions), Éric Échampard (batterie), Claude Tchamitchain (contrebasse), Andy Emler (piano, composition, direction)

Pernes-les-Fontaines, 16 & 17 décembre 2014

Label La Buissonne RJAL 397024 / Harmonia Mundi

L'histoire commence par un malentendu : la radio de Cologne (WDR : Westdeutscher Rundfunk) promet à Andy Emler une commande ; le compositeur-pianiste propose un concerto pour trio de jazz et orchestre symphonique, mais quand la chose se concrétise, c'est une commande pour le MegaOctet, et pour le festival de la WDR à Gütersloh, en Rhénanie du Nord-Westphalie. Qu'à cela ne tienne : le concerto a fini par voir le jour en juin 2015 avec l'Orchestre National de Lille, et Andy s'est mis au travail sur la partition d'Obsession 3, créée le 2 février 2014 au festival de jazz de la WDR. Après avoir, pour le disque précédent « E Total », pris le parti de ne composer que des pièces en tonalité de Mi (E, selon le code où chaque tonalité est abrégée par une lettre), il choisit cette fois de s'astreindre au rythme à trois temps. Pas beaucoup de valses ici, mais trois temps malmenés, subvertis, sublimés.... et souvent dévoyés dans leurs multiples (6, 12....). On est ici exactement dans tout ce qui constitue l'univers d'Andy Emler, toujours reconnaissable, mais jamais redondant, d'un disque à l'autre, d'une composition à une autre. Parmi les fondamentaux, l'extraordinaire groove entretenu par le trio de base (Emler-Tchamitchian-Échampard), constamment enrichi par les fantaisies rythmiques qui se jouent entre le bassiste et la batteur, qui sont magnifiées par les percussions de François Verly. Ce dernier fait d'ailleurs partie intégrante du « système Emler », dont il est l'un des ingrédients de base depuis des décennies. Les pièces présentent souvent des analogies de construction : une base rythmique (le tuba, ou la section rythmique, marimba compris....), des lignes jouées par les sections (les sax, ou l'ensemble des souffleurs) sur des intervalles assez distendus, et la montée progressive du phénomène collectif (émulation, excitation, extase), avec toujours, à un moment ou un autre, une place de choix pour les solistes : Philippe Sellam, Guillaume Orti (qui remplace Thomas de Pourquery, très accaparé par ses autres groupes), Laurent Dehors, François Thuillier, Laurent Blondiau.... Le MegaOctet nous rappelle cette définition, que l'on prête à Max Roach, du jazz comme seule démocratie réalisée. Tous ces moments d'intensité maximale sont alternés avec phases recueillies, méditatives, et sont aussi régulièrement soumis à des ruptures brutales. Bref tous les ingrédients de la forme musicale sont choisis sur une palette très riche, comme l'est la culture musicale d'Andy Emler. Au détour d'un fragment, l'ombre de Stravinski (Petrouchka, Le Sacre....), le souvenir de Bartók, un clin d'œil à Zappa (« The Grand Wazoo », mais pas que...) ; et pourtant chaque fois la cuisine révèle de nouvelles saveurs, des nuances inattendues, des bonheurs insoupçonnés. Décidément Andy est irremplaçable, et ce disque indispensable !

Xavier Prévost

Le teaser du disque sur Youtube :

https://www.youtube.com/watch?v=shbn3mtLZ7M

Un extrait du concert de création d' Obsession 3 au festival de la WDR à Gütersloh , au début de la dernière émission « Le Bleu, la nuit.... », toujours en réécoute sur francemusique.fr :

http://www.francemusique.fr/emission/le-bleu-la-nuit/2013-2014/le-big-band-du-trompettiste-jean-loup-longnon-radio-france-le-megaoctet-du-pianiste-et

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 15:58
BARRY ALTSCHUL'S 3dom Factor « Tales of the Unforeseen »

Barry Altschul (batterie, percussions), Jon Irabagon (saxophones ténor, soprano & sopranino ; flûte), Joe Fonda (contrebasse). New York, 11 & 12 février 2014

TUM Records TUM CD 044 / Orkhêstra

http://www.tumrecords.com/044-tales-of-the-unforeseen

Dès les premières mesures il est patent que nous sommes en présence de ce que le regretté Jean-Pierre Moussaron appelait du « jazz vif » : une pédale de ré, obstinément scandée par la contrebasse, mais avec des incartades propres à toute vitalité ; la batterie profuse, qui lance la direction de tous les possibles ; et le saxophone ténor, qui exacerbe l'expressivité au point que l'on a quitté l'expressionnisme pour quelque chose qui pourrait s'appeler l'expressivisme (revendication de l'expressivité plus que de l'expression). Vient ensuite un dialogue croisé, cursif, qui nous plonge plus profond encore dans le souvenir de grands trios de même instrumentation (tiens... au hasard.... le trio de Sam Rivers, avec Dave Holland, et justement Barry Altschul à la batterie!). Dans les notes de livret le batteur évoque la genèse de ce disque : après une tournée, une pause en studio, pour jouer librement, sans contrainte (le trio est livré à cet imprévu que suggère unforeseen). Et l'enchaînement de ces improvisations raconte une histoire, une succession de contes improvisés où deux reprises (Thelonious Monk, Annette Peacock) s'insèrent comme par enchantement. À l'issue d'une première improvisation de quelque 26 minutes, le trio croise Ask Me Now, dont il donne une version largement commentée d'escapades libertaires. Et l'histoire se poursuit avec une autre improvisation sans forme préméditée qui débouchera très naturellement sur une composition d'Annette Peacock (Barry Altschul a enregistré naguère avec elle, et a joué sa musique en compagnie de Paul Bley et Gary Peacock). Et après une courte pièce en solo du batteur, le disque se conclut par une dernière improvisation collective, où Jon Irabagon prend la flûte, puis le ténor. C'est intense, subtil, ouvert, vivant, parfois violent, toujours inspiré. Bref une totale réussite dans le registre du jazz toujours déjà libéré....

Xavier Prévost

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4 octobre 2015 7 04 /10 /octobre /2015 21:22

L’électricité sur « Miles » est une découverte à laquelle les jazzmen ne cessent de se référer depuis la révolution Bitches Brew et la rencontre du trompettiste avec les claviers de Joe Zawinul. Au point que régulièrement sortent dans les bacs des albums résolument inspirés de cette esthétique post 68 où les nuées électriques s’évaporaient dans une sorte d’espace interstellaire.

Cette année, presque coup sur coup deux albums sont venus nous rappeler cette époque finalement pas si révolue que cela, avec plus ou moins d’acuité et surtout une approche radicalement différente.

ANIMATION MACHINE LANGUAGE

RareNoise records 2015

Bob Belden (fl, sax), Peter Clagett (tp), Roberto Verastegui (cl), Bill Laswell (b), Matt Young (dms), Kurt Elling (spoken words)

ELECTRIQUES ET LUNAIRES

Mort d’une crise cardiaque près de 6 mois après l’enregistrement de cet album, le saxophoniste Bob Belden a signé avec « Animation machine language » un album qui possède ce charme désuet d’une musique faite de tramages et de tuilages électriques sans pour autant chercher à renouveler le genre. Le fil conducteur de cet album est l’ensemble des textes (un peu indigents tout de même) que Bob Belden a écrit sur la relation entre la machine et l’humain. On passera vite sur la voix chaude d’un Kurt Elling narrant des formules pseudo philosophiques du genre : « does a machine can dream ? The pure machine begins to dominate the perfect machine etc… » pour rester sur la musique fusionnelle, psychédélique et lunaire où les espaces sont flottants et l’ambiance fascinante. Il y a une réelle fusion entre des musiciens concentrés sur leur sujet, prompt à glisser leurs improvisations sur les nappes sonores avec un trompettiste, Peter Clagett particulièrement inspiré dans son rôle Milesien, trompettiste au son ample. Dans ces tuilages sur lesquels l’immense Bill Laswell donne, à la basse toute l’élasticité en apesanteur, il y a une dimension onirique qui enveloppe son auditeur dans une sorte de rêve sous substance. Une sorte de lenteur en mouvement. Comme un ralenti dans l’espace. Avec en fond de cour, un énorme travail d’assemblage et de composition.

Pas très neuf mais carrément réussi.

LES AMANTS DE JULIETTE s’electrolysent

Quoi de neuf docteur 2015

Serge Adam (tp), Benoît Delbecq (cl, samplers, basss station), Philippe Foch ( tablas, laptop)

ELECTRIQUES ET LUNAIRES

C’est dans un même esprit d’ambiance électrique que le trio des Amants de Juliette s’ouvre aux musiques du monde. L’électricité n’y est plus urbaine mais va puiser à des sources intemporelles. En ce sens c’est un peu comme s’il y avait fusion entre l’esprit de Miles Davis et celui de Don Cherry mais avec une approche fondamentalement moderne. Comme dans le cas de Bob Belden, le trio cherche ici les espaces, les grands espaces. Cherche les juxtapositions des nappes dans une sorte de voyage sonore auquel contribue l’apport évident des tablas de Philippe Foch. Il y a une forme de complémentarité évidente entre les trois musiciens animés chacun par une réelle personnalité musicale différente et pourtant symbiotique. Ça joue à très haut niveau dans tout ce que le trio permet de combinaison différente. Là où Belden puise dans un jazz électrique, le trio porte ce même jazz aux confins du monde porté par des mélismes orientaux, des incises, des mélange acoustiques et électroniques. Les trois s’en donnent à cœur joie, un peu comme de géniaux chercheurs pour s’affranchir de toutes barrières stylistiques et tenter tout ce qui leur passe par la tête comme sur ce morceau où Delbecq que l’on attend électrique mais qui pourtant s’empare du piano pour jouer sur un contraste fascinant.

Musique en éveil, musique en mouvement perpétuel, musique de l’inattendu et de l’impromptu.

Superbe.

Jean-marc Gelin

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