Overblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 21:48
DOMINIQUE PIFARÉLY « Time Before And Time After »

Dominique Pifarély (violon). Poitiers, Auditorium Saint-Germain, septembre2012 ; Argenteuil, Cave Dimière, février 2013.

ECM 2411 / Universal

www.pifarely.net

Alors même qu'il a enregistré, au début de l'été 2015, avec son nouveau quartette (Antonin Rayon, Bruno Chevillon & François Merville), le violoniste publie un album solo totalement inclassable. Entre écriture et improvisation, sans qu'il soit possible de faire de l'une et l'autre l'exact départ, l'album se construit, de plage en plage, avec une cohérence remarquable. Chaque pièce, après avoir été jouée dans l'intensité de l'instant, a reçu pour identité un mot ou une expression, et ces titres sont empruntés à des poètes dont le violoniste tire sa sève d'artiste : Paul Celan, Mahmoud Darwich, Fernando Pessoa, André du Bouchet, Henri Michaux.... Quant au titre de l'album, il est emprunté à un poème de T.S. Eliot, où « le temps présent et le temps passé sont tous deux peut-être présents dans le futur, et le futur contenu dans le passé ». La question de l'idiome sera fatalement posée par tel ou tel, mais elle ne s'impose pas : on est ici en territoire de musique, au sens le plus large, et dans ce lyrisme assumé, dans cette finesse d'expression, et dans cette audace mélodique, le jazz, la musique dite contemporaine, ou classique, et bien des musiques du vaste monde, pourront se reconnaître. Le timbre de l'instrument est d'une richesse incroyable, entre acidité et rondeur, et cette sonorité fait corps, à chaque instant, avec le propos musical. L'album se conclut pas un magnifique standard, My Foolish Heart, ultime poème d'amour de la poésie. On tutoie ici une forme de perfection, ou plutôt d'accomplissement. On écrit souvent, et souvent avec une certaine imprudence, que l'improvisateur est un compositeur de l'instant. On pourrait dire, non sans malice, que composer c'est improviser durablement. Car ce disque, et cette musique, traverseront à n'en pas douter les affres du temps, passé, présent et futur enfin réconciliés.

Xavier Prévost

Partager cet article
Repost0
20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 11:18
STEVE COLEMAN Music live in Paris

2Oth anniversary Collector’s Edition

1 coffret 4C D RCA Legacy / Sony MUsic

Ceux qui se désolent encore de ne pas avoir pu assister aux résidences du grand saxophoniste de Chicago lors du festival Jazz à la Villette (sessions 2015) ont matière à se consoler. En effet, Sony Legacy vient de rééditer l’enregistrement des 3 concerts mythiques donnés par Steve Coleman en mars 1995 au Hot Brass (l’actuel Trabendo). Comme le racontent les pages du superbe numéro de Jazzmagazine n°676 consacré ( enfin !) au saxophoniste, ces concerts restent de toute évidence gravés dans les mémoires des aficionados parisiens.

1995. Le jazz cherche ses nouvelles voies. Ses nouveaux moyens d’expression. De nouvelles musiques surgissent et Steve Coleman avec ses trois formations (Mystic Rythm Society, Metrics et Five elements) faisait alors, comme il le fait toujours : ouvre des portes. Va puiser dans toutes ces musiques, qu’elles soient traditionnelles ou modernes pour en offrir un génial melting pot syncrétique. Trois volets donc. Avec « Mystic Rythm » il y est question de transes mêlant le jazz à la world music, au koto japonais autant qu’aux chants arabes. Avec « Metrics » il y est question du mélange des pulses du jazz avec celles du rap ( Coleman n’aime pas parler de rappeurs il préfère parler de lyricists). Là, c’est le jazz qui s’acoquine avec une autre musique de la rue. Et enfin avec « Five Elements » il est question d’une vraie réflexion sur les formes du groove plongeant au cœur des racines d’un jazz plus bop pour lui montrer des vois plus actuelles et incandescentes.

Sans relâche, Coleman travaille sur l’intégration des différentes formes d’improvisation dans le cadre de structures polyrythmiques complexes. Quelle qu’elles soient. Et c’est toujours jouissif ! Notamment parce que dans la bande des fellow partners de Steve Coleman il y a un Gene Lake qui atteignait des sommets. Ou encore un maître du groove, avec un Reggie Washington impérial. On y entend aussi les interventions du trompettiste Ralph Alessi ou encore d’un tout jeune pianiste promis à l’avenir que l’on sait, Vijay Iyer. Et même David Murray qui s’invite sur le plateau le dernier soir pour jeter une huile bouillonnante sur le feu de la lave colemanienne.

Le dernier soir, C’est le grand gourou de ces sessions, Steve Coleman lui-même qui explose, pas seulement grand ordonnateur, pas seulement grand maître du tempo, pas seulement cérébral mais aussi grand maître d’un son venu de très loin, digne héritier de Charlie Parker par d’autres moyens.

Ces sessions rééditées par Daniel Baumgarten sont le formidable témoignage d’une époque. Si les rappeurs des Metrics peuvent nous sembler un tantinet désuets et ringards aujourd’hui, force est néanmoins de constater que les deux autres volets n’ont pas pris une seule ride et qu’hier comme aujourd’hui la musique des Five Elements porte le jazz aux sommetx que seuls des génies de la trempe de Steve Coleman ou John Zorn peuvent atteindre..

Est ce qu’en mars 95, Paris brûlait ? En tous cas il se consumait de plaisir ….

Jean-Marc Gelin

Pas beaucoup de traces vidéo des sessions de 95. Celle-là date de l'année suivante.

Partager cet article
Repost0
11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 07:04
Vincent Courtois : " WEST "

Label La Buissonne/ Harmonia Mundi

www.labuissonne.com

www.LACOMPAGNIEDELIMPREVU.com

www.vincentcourtois.com

https://www.youtube.com/watch?v=SZk_SijXtQw

Une musique fraîche et enthousiaste, grave et introspective pour un musicien établi qui continue à chercher, pour qui la chose qui compte encore avant tout est le plaisir de jouer ensemble, de se surprendre et nous surprendre, de ne pas se reposer sur ses lauriers. Le violoncelliste Vincent Courtois sait valoriser l’apport des musiciens qu’il a choisis, deux excellents saxophonistes ténor, combinaison inédite d'instruments du milieu, proches du registre du violoncelle. Comment arrivent ils à s’ajuster et se répartir les rôles? Cela semble aller de soi, tant ces deux musiciens Robin Fincker et Daniel Erdmann jouent avec une pertinence élégante, se répartissant les rôles avec une rapidité confondante, en bonne intelligence. Le quatrième larron est le formidable pianiste Benjamin Moussay (sur 5 des onze titres) dont la folie inventive s’accorde à merveille à tous ces « jouets » musicaux, variations du piano, du toy piano au célesta ou au clavecin. Quant à Vincent Courtois, il peut, je le répète, tout obtenir de son violoncelle, le transformer en guitare, violon, lui faire pleurer le blues, ou le rendre à sa dignité classique à l’archet. Electrifié, il sonne autrement et donne des effets plastiquement sonores fascinants.

Une façon pour le groupe de jouer avec la spontanéité, tout en enfonçant le clou d’une certaine sophistication, n’omettant jamais la préméditation de ce projet baroque et foisonnant où distorsions électriques, envolées pop rock, jazz et classique se jouent dans l’instant. Ce nouvel album évoque le "Go West Young Man", une nouvelle frontière à atteindre?, un départ vers l’inconnu, et montre, en un écho brillant et évident, une réelle continuité avec le précédent Mediums en trio (les mêmes saxophonistes sur le même label). Il y est par exemple question de ces êtres monstrueux des baraques foraines, ces « Freaks » en hommage au film muet en noir et blanc de Tod Browning, dont la plainte intérieure nous est perceptible par le velouté tendrement moelleux des saxophonistes. Parfaite bande originale du film qui se joue dans nos oreilles si l’on se prête au courant de la narration. Et que dire de «West», le titre éponyme de l’album qui vous emporte dans une boucle obsédante? Poursuivant la beauté pleinement féconde de ses projets qui trament une toile de vie, Vincent Courtois a déjà d’autres idées à défendre, avec cette formation qu’il affectionne, sur les «Bandes Originales» de films, justement. En attendant, voilà un cadeau pour les fans, qui continueront ainsi à le suivre avec délectation comme moi cet été à Cluny et une entrée pour ceux qui étaient peut-être restés en retrait jusque là.

Sophie Chambon

Partager cet article
Repost0
7 septembre 2015 1 07 /09 /septembre /2015 21:25
Gérard Marais quartet : " Inner Village"

Gérard Marais quartet

INNER VILLAGE

Cristal records/ harmonia mundi

www.cristalrecords.com

www.gerardmarais.com

Concert le 29 septembre à Paris au Sunside

Voilà un CD que vous ne regretterez pas d’écouter et de réécouter pour en découvrir les moindres espaces et recoins cachés. Du jazz qui groove d’un bout à l’autre de cet album d’un fameux quartet qui célèbre le retour après dix ans du leader, le guitariste Gérard Marais. Lui qui pensait avoir pris sa retraite, l’âge venu, n’a pu résister à revenir sur scène, pour notre plus grand plaisir. Gérard Marais, l’un des pionniers de la guitare jazz des années soixante dix, a multiplié les rencontres et les échanges avec la « crème » de la scène jazz hexagonale : jugez plutôt, en duo avec Raymond Boni , en trio avec Didier Levallet et Dominique Pifarély ; en sextet, il créa Katchinas et participa aussi au collectif Zhivaros, réunit enfin le premier big band de guitares...Un palmarès de choix pour ce musicien surdoué qui réarrange brillamment pour l’occasion certaines de ses compositions, dans cet Inner Village, sorti chez Cristal Records. Il est entouré de son vieux complice Henri Texier à la contrebasse, du bouillonnant Christophe Marguet, intense jusqu’au solo final de « Katchinas ». On ne saurait rêver de plus puissante et mélodique rythmique comme dans «Think Nocturne». Quant au pianiste, ce pourrait être une révélation pour ceux qui ne connaissent pas le collectif lillois Circum, ou le trio TOC dont Jérémy Ternois fait partie. Il accomplit ici un travail extraordinaire d’improvisation en parfaite osmose avec le guitariste. Le résultat est une musique fluide et si brillante qu’elle en paraît simple. Elle restera dans votre oreille : écoutez donc «Le Rouge et le noir», qui a plus à voir avec Nino Rota qu’avec Stendhal, ou «Inner Village Song». Mais comme le souligne fort justement Xavier Prévost dans son compte rendu du Festival de Jazz Campus en Clunisois, sur les DNJ, «ce sont des circonvolutions très lyriques où le chant conduit toujours vers des sentiers harmoniquement féconds». C’est là tout l’art de ce compositeur subtil et discret que de nous révéler les formidables envolées de son chant intérieur.

Sophie Chambon

INNER VILLAGE

Cristal records/ harmonia mundi

www.cristalrecords.com

www.gerardmarais.com

Concert le 29 septembre à Paris au Sunside

Voilà un CD que vous ne regretterez pas d’écouter et de réécouter pour en découvrir les moindres espaces et recoins cachés. Du jazz qui groove d’un bout à l’autre de cet album d’un fameux quartet qui célèbre le retour après dix ans du leader, le guitariste Gérard Marais. Lui qui pensait avoir pris sa retraite, l’âge venu, n’a pu résister à revenir sur scène, pour notre plus grand plaisir. Gérard Marais, l’un des pionniers de la guitare jazz des années soixante dix, a multiplié les rencontres et les échanges avec la « crème » de la scène jazz hexagonale : jugez plutôt, en duo avec Raymond Boni , en trio avec Didier Levallet et Dominique Pifarély ; en sextet, il créa Katchinas et participa aussi au collectif Zhivaros, réunit enfin le premier big band de guitares...Un palmarès de choix pour ce musicien surdoué qui réarrange brillamment pour l’occasion certaines de ses compositions, dans cet Inner Village, sorti chez Cristal Records. Il est entouré de son vieux complice Henri Texier à la contrebasse, du bouillonnant Christophe Marguet, intense jusqu’au solo final de « Katchinas ». On ne saurait rêver de plus puissante et mélodique rythmique comme dans «Think Nocturne». Quant au pianiste, ce pourrait être une révélation pour ceux qui ne connaissent pas le collectif lillois Circum, ou le trio TOC dont Jérémy Ternois fait partie. Il accomplit ici un travail extraordinaire d’improvisation en parfaite osmose avec le guitariste. Le résultat est une musique fluide et si brillante qu’elle en paraît simple. Elle restera dans votre oreille : écoutez donc «Le Rouge et le noir», qui a plus à voir avec Nino Rota qu’avec Stendhal, ou «Inner Village Song». Mais comme le souligne fort justement Xavier Prévost dans son compte rendu du Festival de Jazz Campus en Clunisois, sur les DNJ, «ce sont des circonvolutions très lyriques où le chant conduit toujours vers des sentiers harmoniquement féconds». C’est là tout l’art de ce compositeur subtil et discret que de nous révéler les formidables envolées de son chant intérieur.

Sophie Chambon

Partager cet article
Repost0
4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 07:05
PAPANOSH, ROY NATHANSON & FIDEL FOURNEYRON : «  Oh yeah oh !

Yellowbird - Harmonia mundi 2015

Roy Nathanson (as,bs, vc), Fidel Fourneyron (tb), et papnsoh : Thibault Cellier (cb), Sébastien Palis (orgue B3, wurlitzer, p, vc), Jérémie Piazza (dms), Quentin Ghomari (tp), Raphaël Quenehen (as, ts, sopranino, vc)

Alors là, mes amis ! Ça emporte ! C'est un flot d'énergie ! C'est de l' émulation ! Il se passe un truc.

Ce jeune groupe de Rouen a un talent fou. C’est quoi ? La présence de Roy Nathanson à l'alto ? La furie de Fidel Fourneyron, le jeune trombone français qui monte ? La collectivité mobilisée ?

Avec Papanosh c’est le jazz qui s'est dépoussiéré au contact de la rue, façon workshop. Ce jazz qui évolue entre combo et brass band surdynamisé. Entre formation de jazz et bandas en procession.

Ça joue. Ça chante, ça fait du bruit, ça joue terrible ça s'amuse et ça prend à la légère. Esprit de Mingus, sort de ce corps ! Référence, révérence totalement assumée envers le contrebassiste légendaire. Au « ah hum » de Mingus répond le « oh yeah oh » de la bande à Papanosh.

C’est absolument génial d’un bout à l’autre.

On ne vous en dit pas plus, courez les entendre à Jazz à La Villette samedi 5 septembre.

http://www.jazzalavillette.com/evenement/16422

et accrochez vous à votre siège. Décollage assuré !

Jean-Marc Gelin

Partager cet article
Repost0
3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 23:12

Véritable choc de cette rentrée, "for one to love" le nouvel album de Cécile Mc Lorin Salvant risque bien de s'imposer comme un véritable événement dans le paysage du jazz vocal. A la veille de la sortie d'un disque majeur et de son concert à la Villette, rencontre avec la nouvelle star du jazz. Bien loin des clichés de la diva, Cecile Mc Lorin avec une grande douceur et beaucoup de simplicité nous reçoit pour un moment de pure complicité.

CECILE MC LORIN SALVANT : LA MELODIE DU BONHEUR

 

Les DNJ : Depuis ton prix au concours Thelonious Monk, tout semble aller très vite. Tu  t'attendais à ce succès ?

 

Cecile Mc Lorin Salvant : Non pas du tout. Pour tout te dire je ne m'attendais même pas à faire de la musique. Et surtout pas du jazz. Je pensais que, peut-être, si j'avais une chance énorme je pourrais faire du chant lyrique. Et encore.... Je pensais surtout que j'allais faire de longues études et peut-être du droit. Je ne savais surtout pas que cela allait se passer comme ça.

 

Les DNJ : Mais la musique n'est pas un hasard tout de même. Tu as fait le conservatoire ?

 

 

CMLS : J’ai commencé le conservatoire à l'âge de 3 ans. J'ai fait du piano, de la chorale. Vers 14 ans j'ai commencé à faire du chant lyrique. Le chant a toujours fait partie de ma vie et j'ai toujours adoré ça mais je ne savais pas que cela allait devenir mon métier.

 

Les DNJ : L'autre tournant c'est aussi d'avoir fait du jazz.

 

CMLS : Cela s'est fait quand je suis allé au Conservatoire d'Aix en Provence pour faire du lyrique. Je voulais faire cela pendant ma prépa Sciences-Po. Le chant devait être une activité annexe. Au conservatoire il y avait une classe de jazz. Ma mère m'a suggéré d'aller voir, comme ça. C'est ainsi qu’en 2007  j'ai rencontré Jean-François Bonnel. Il m' a entendu chanter et à partir de là c'est lui qui m'a poussé à faire toujours plus, à plus chanter, à plus faire de piano. Il m'a croisé ensuite dans la rue et il m'a dit " il faut absolument que tu fasses la classe de jazz. Viens au conservatoire". Alors comme j'avais un peu de temps de libre, j'y suis allée sans grande conviction.

 

Les DNJ : Tu n'avais donc pas réellement de culture du jazz ?

 

CMLS : Non, pas vraiment. J'entendais les disques qu'écoutait ma mère (qui adore le jazz). J'avais Sarah Vaughan ou Ella  dans les oreilles mais de la même manière que j'écoutais aussi plein d 'autres musiques de style très différent.

Je suis donc entrée au conservatoire en cycle 1 comme un débutant. Je n'avais aucune notion de l'improvisation et pas la moindre idée de ce qu'était un standard.

 

Les DNJ : Tu sais ce que Jean-François Bonnel avait décelé chez toi ? Vous en avez parlé ?

 

CMLS : Au départ non. Il est très timide et du coup cela lui donne un air un peu froid. Mais on en a parlé bien après. Il avait décelé un potentiel et son but était de me faire travailler pour pouvoir l'exprimer. Il m'a fait travailler l'improvisation, l'harmonie, il m'a fait écouter beaucoup de musique. Il a une immense culture musicale qu'il a partagé avec moi. Il etait très dur avec moi alors que j'ai plutôt tendance à être paresseuse.

 

Les DNJ : On a du mal à te croire ....

 

CMLS : Si je t'assure. J'ai tendance à attendre d'être le dos au mur pour m'y mettre. Mais  en musique tu ne peux pas faire ça, il n'y a pas d'échéance. L'échéance, c'est la mort.

 

Les DNJ : Mais j'en reviens à ta relation au jazz. Il y a un déclic qui s'est fait ou bien est ce que tu as suivi le mouvement ?

 

CMLS : Clairement j'ai suivi le mouvement et au bout de 3 ou 4 ans, alors que j'étais toujours à la fac de droit et que je faisais toujours du chant lyrique, je voyais qu’avec le jazz je faisais quelques petits concerts, que cela avait l'air de marcher et même de rapporter un peu d'argent. Presque de pouvoir gagner ma vie avec. Je m'etais constituée un petit répertoire et je jouais avec des musiciens d'Aix ou de Paris. Je commencais à faire des salles, des festivals et je trouvais cela totalement fou parce que tout se passait naturellement alors que tout le reste était beaucoup plus laborieux, qu'il s'agisse du lyrique ou de mes études en droit. Alors que là d'un coup je commence et tout de suite j'ai des concerts, un groupe et cela commence à fonctionner. J'ai commencé à me dire que c'était vraiment ma voie.

 

 

« Mon premier concert, c'était terrible, je regardais  mes  pieds et j'attendais que cela se finisse. Cela a été comme cela pendant longtemps »

 

Les DNJ : Avais-tu le goût de la scène ?

 

CMLS : Mais non, pas du tout. Tu sais, je suis très timide et pas du tout du genre  à  fréquenter  les jams sessions. Il y a des gens qui habitent  la scène  du  jazz, qui savent se constituer un réseau… Moi j'étais  beaucoup  plus réservée.  À l’époque j'avais peur de me mettre en avant et d'assumer mon statut de chanteuse.

 

Les DNJ : Pourtant lorsque l’on te voit si libérée sur scène, on a du mal à t'imaginer réservée.

 

CMLS  : Lorsque je suis sur scène, que je ferme les yeux et que je commence à chanter,  je  parviens  à  lâcher prise. Mais tout ce qui est autour m'a toujours  posé problème. Je commence juste maintenant à être plus à l'aise sur  scène,  à parler au public. Mon premier concert, c'était terrible, je regardais  mes  pieds,  je  fermais  les pieds  et j'attendais que cela se finisse. Cela a été comme cela pendant longtemps.

 

Les DNJ : C'était une souffrance ?

 

CMLS : Non parce que la musique rattrapait tout.

 

Les  DNJ  :  Mais  alors  partant  de là, comment en arrives-tu à passer le fameux concours Thelonious Monk ?

 

CMLS : Je suis allée au concours parce que ma mère me l’a suggéré. Elle était à fond sur tous les concours de chant et de jazz et s'était fait une sorte de  short-list. Le concours  Monk  était  bien sûr en numéro 1. Comme ce concours change tous les ans de catégorie, elle appelait régulièrement pour  savoir  quand allait être la compétition jazz vocal. En 2010 elle m'a poussé  à  envoyer  mon  dossier.  Moi qui ait tendance à procrastiner, j'ai attendu  jusqu'à  la dernière minute et c'est simplement le dernier jour où elle  m'a  demandé  si j'avais bien envoyé le dossier que je m'y suis enfin résolue.  Je  suis  allée  directement à la poste, mais j'ai quand même envoyé un mail en  m'excusant  d'envoyer  le dossier en retard. Finalement ils l'ont quand même accepté. Mais j'étais à deux doigts de ne plus être éligible.

 

Les DNJ : Comment s'est passé le concours ?

 

CMLS : J'étais morte de trouille ! Je venais de perdre au concours de Crest en  août. Et  pas  qu'un  peu puisque je n'étais même pas dans le trio des finalistes.  Du  coup j'étais totalement résignée. En plus, j'avais envoyé une maquette pour le concours de Montreux qui n'avait même pas donné suite.

Donc  j'arrivais au concours Monk en octobre, pas vraiment convaincue de ce que  je venais y faire. Je pensais vraiment que j'allais à la catastrophe. J'ai  entendu  les autres  chanteurs  qui  passaient avant moi et cela m'a conforté  dans  l'idée  que  je n'avais aucune chance. Ils chantaient tous hyper  bien.  Je  ne  savais  vraiment  pas ce que je faisais là et je suis arrivée en finale sans comprendre ce qui m'arrivait.

 

 

Les DNJ : Tu as chanté quoi ?

 

CMLS : En demi-finale j'ai chanté une chanson de Bessie Smith qui s'appelle "Take it right back" et une chanson de Monk (Monk's Mood) et Bernie's Tune. Sur  la chanson de Bessie, j'ai même eu droit à une standing ovation. Cette chanson  de Bessie,  c’est  une  chanson où elle met son mec dehors en lui disant qu’elle en a ras le bol de lui

Je suis entré dans cette chanson et j’ai perdu le sens ce qui se passait autour de moi. En finale, j’ai chanté une chanson de Billie Holiday en prenant le parti de chanter des chansons un peu moins connues. Je pensais que c’était mon seul atout. Je n’ai même pas scatté, je ne le sentais pas.

Les DNJ : Qui était dans le jury ?

CMLS : Dee Dee Bridgetwater, Diane Reeves, Kurt Elling, Al Jarreau et Patti Austin.

Les DNJ : Excusez du peu ! À partir du moment où tu remportes le concours, tout s’enchaîne vite ?

CMLS : Cela a quand même pris un peu de temps. Mais c’est quand même là que j’ai rencontré mon manager qui est aussi le manager de Wynton Marsalis. Mais lorsque je suis rentrée en France, personne ne me connaissait vraiment et il ne se passait pas grand-chose.

Les DNJ : Et c’est là que tu as enregistré ton premier disque, « Woman Child » ?

CMLS : En fait c’est le deuxième. J’avais enregistré un premier disque («Cécile ») avec Jean-François Bonnel.

Les DNJ : Et puis il y a aussi ta rencontre avec Jacky ?

CMLS : C’est encore grâce au concours Monk. L’année d’après, pour les 25 ans, ils ont invité tous les lauréats et j’y suis allée, tout comme Jacky. Il est venu à l’une de mes répétitions et il m’a dit qu’il aimait bien ma façon de chanter et qu’il aimerait beaucoup que je chante sur son album. Je pensais que c’était des paroles en l’air mais lui, quelques mois plus tard il m’a contactée et ça s’est fait.

«Franchement on me propose de jouer dans une comédie musicale, je lâche tout et je fonce. »

Les DNJ : Revenons au nouvel album. N’as-tu pas eu le sentiment de vertige à l’idée de repartir d’une feuille blanche ?

CMLS : En fait pas vraiment parce que le répertoire qui est sur l’album, nous l’avions très largement testé en concert. Petit à petit nous avons développé les chansons et les arrangements. On avait 15 ou 20 chansons en poche que nous jouons tout le temps et que nous pouvions enregistrer. Et puis j’avais mes propres compositions que j’avais un peu cachées et que j’ai ressorti à cette occasion. Et puis je m’étais protégée et je m’étais tenue à l’écart des choses qui avaient été écrites sur moi ou sur mon deuxième album. Je n’aime pas me regarder dans le miroir. Je n’aime pas, je préfère regarder les autres. Du coup, j’ai moins cette sensation de vertige. Dans cet album, il y a quelque chose de plus personnel, c’est mon groupe et le son que je veux. On arrive presque à ce que je supporte d’écouter venant de moi. Presque.

Les DNJ : On a le sentiment qu’il y a vraiment deux chanteuses qui t’ont beaucoup marquées : Bessie Smith et Sarah Vaughan ?

CMLS : En fait j’ai vraiment beaucoup de chanteuses qui m’ont influencée. Sarah et Bessie sont pour moi au même niveau qu’Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Betty Carter, Carmen Mc Rae, Blanche Calloway, Valaida Snow, Peggy Lee, Anita O’Day, Blossom Dearie. Il y en a tant que j’adore ! Par contre Sarah Vaughan c’est celle que j’ai entendue en premier et qui m’a vraiment fait aimer le jazz. Sa voix d’abord ! Mais mère l’écoutait beaucoup.

Les DNJ : Un peu à ma manière de Sarah Vaughan tu as une incroyable liberté vocale. Comme quand tu vas chercher dans l’hyper grave. D’où te vient cette liberté ? C’est quelque chose qui se travaille ?

CMLS : Oui bien sûr. Cela me vient peut-être de mon apprentissage du lyrique qui me permet de jouer sur les tessitures et les octaves.

Les DNJ : Et puis il y a beaucoup de théâtralité dans la façon dont tu chantes. Tu es une véritable interprète des chansons.

CMLS : C’est vraiment important pour moi de raconter des histoires. D’être un peu une story teller. Comme j’évolue en France et que le public ne parle pas forcément anglais, j’imagine qu’il faut par la voix donner l’intention, expliquer la chanson. Mais c’est aussi parce que j’ai cette nature-là. Je me souviens quand j’étais toute petite et qu’il fallait réciter des poèmes à l’école, je sur jouais à mort, je me roulais par terre, je pleurais presque en récitant les Fables de La Fontaine. J’étais à fond ! C’était pour moi l’occasion de jouer ! Et je ressens toujours cela, cette envie de jouer, d’être actrice.

Les DNJ : D’où ton rapport à la comédie musicale très présente dans ton dernier album.

CMLS : Oui j’adore absolument la comédie musicale, les opéras. J’adore ces histoires longues avec des personnages développés, des vraies scènes de jeu.

Les DNJ : On a le sentiment que chacune de tes chansons est en fait une affaire personnelle. Qu’elles disent quelque chose de toi.

CLMS : Surtout sur ce disque. C’est vraiment moi, ce que je ressens, ce que je vis. Totalement autobiographique.

Les DNJ : Quand on entend comment tu chantes « Le mal de vivre » de

Barbara, on se dit que cette chanson parle aussi d’une expérience vécue ?

CMLS : J’ai entendu cette chanson au pire moment de ma vie. Lorsque j’étais au désespoir le plus profond, sans qu’il n’y ait la moindre raison. Tu te réveilles un matin et que cela te tombe dessus sans que tu saches pourquoi. Quand j’ai entendu Barbara chanter cette chanson j’ai eu l’impression qu’elle me parlait à moi, qu’elle lisait exactement ce qui se passait dans ma tête. Et puis petit à petit à la fin, elle nous sort de notre profondeur et nous ramène à la surface. Il y a cette fameuse vidéo d’elle http://www.youtube.com/watch?v=QOXj23x5EW8 . Elle regarde la caméra, comme si elle te regardait toi. C’est bouleversant. J’ai regardé cela durant des années avant même d’imaginer oser la chanter.

Les DNJ : Tu chantes régulièrement des chansons du répertoire français.

CMLS : En France, pas aux Etats-Unis. Mais on me le reproche souvent dans le public ou alors les programmateurs n’aiment pas trop. Souvent on me dit que la voix est différente, que c’est moins jazzy. C’est sûrement vrai.

Les DNJ : Je me souviens de ton interprétation de Damia à Coutances !

CMLS : Cette chanson s’appelait « Personne ». C’est une chanson magnifique

http://www.youtube.com/watch?v=0KxQHr_Sz50 C’est vrai qu’à chaque fois que je donne une des chansons de ce répertoire français aux musiciens, ils se grattent un peu la tête pour savoir comment la jouer. Mais ils font toujours un super job. Il y a plein de chansons françaises du répertoire des années 20 qui sont superbes et que j’aimerais chanter.

Les DNJ : Et l’Opéra ?

CMLS : Oui bien sûr ! En ce moment on fait un thème tiré de « Candide » de Bernstein, Glitter and be gay. On a changé l’arrangement, mais on a gardé la chanson. C’est plus de l’opérette d’ailleurs que de l’Opéra. Et puis on commence à travailler sur un opéra de Kurt Weil qui s’appelle « Street scene ». Cela reste de l’Opéra américain très influencé par le jazz.

Les DNJ : On parlait de comédie musicale. Si demain on te proposait un rôle…..

CMLS : Je t’arrête tout de suite : je dis OUI immédiatement ! Sans la moindre hésitation. J’en rêve. Franchement on me propose ça, je lâche tout et je fonce.

Les DNJ : Tu sais ce que tu aimerais jouer ?

CMLS : J’adorerais faire « Porgy and Bess » …. Mais il y en a d’autres. Par exemple « The sound of music » ( « La mélodie du bonheur »). J’adore. Mais bon ça ne marche pas trop parce que je suis noire mais on peut rêver, il y a parfois des metteurs en scène un peu audacieux…. Et puis il y a aussi toute l’œuvre de Sondheim.

Les DNJ : Sur l’album, ce sont les mêmes musiciens avec lesquels tu tournes en concert. Comment vous êtes-vous rencontrés avec ton pianiste Aaron Diehl ?

CMLS : Grâce à mon manager. Il m’a fait une liste de pianistes et je les ai tous écoutés. Il y en avait deux ou trois qui étaient très intéressants pour moi. Comme

Jon Batiste qui vient de Louisiane. Et puis j’ai vu une vidéo d’Aaron Diehl en train de jouer du Fats Waller et là j’ai tout de suite dit, c’est lui ! (https://www.youtube.com/watch?v=Kb6oMBor5tk).

Dans le groupe, il y a aussi Paul Sikivie à la contrebasse et Lawrence Leathers à la batterie. Ils ont entre eux une interaction incroyable. C’est important de pouvoir entendre le trio entier comme une vraie entité qui swingue ensemble. Paul et Lawrence quand ils se mettent à jouer ensemble c’est magique. Paul, il chante avec sa contrebasse, il a un super son et des phrases magnifiques. Et Lawrence a des nuances sublimes. Ce sont deux musiciens d’une belle joie. En tout cas, c’est important d’avoir un vrai groupe qui évolue ensemble dans le temps. Je tiens vraiment à préserver cela autant que je le pourrais.

«Aux Etats-Unis, j’aimerais trouver dans le public, quelqu’un qui me ressemble »

Les DNJ : Il paraît que tu tournes un peu avec Wynton Marsalis ?

CMLS : J’ai fait des dates avec eux à Noël. On a un peu tourné ensemble. Une quinzaine de dates où l’on a vécu ensemble, dans le bus, dans les hôtels et tout ça.

Les DNJ : Pas trop stressant de chanter sous le regard de Wynton ?

CMLS : Si. Mais je dois dire qu’il a toujours été hyper encourageant avec moi. Il m’a toujours donné de supers conseils. Des choses à écouter ou à travailler.

Les DNJ : Quel accueil as-tu aux Etats-Unis ?

CMLS : C’est un bel accueil même si cela pourrait être mieux. Non pas qu’il manque de public mais surtout que ce public n’est pas très diversifié. Il faudrait plus de jeunes, plus de noirs. Cela manque un peu. C’est un public de personnes assez bourgeoises et blanches. J’aimerais bien trouver dans le public quelqu’un qui me ressemble.

Les DNJ : Pour l’âge du public n’est-ce pas aussi parce que ton répertoire peut être considéré comme un répertoire classique. Je veux dire classique du jazz.

CMLS : C’est possible. Je ne fais pas de R’n B par exemple ou de soul. Mais je pense que l’on est assez mal diffusé vers un public plus jeune. C’est sûr que si je faisais du hip hop ….

Les DNJ : Tu te verrais chanter du hip hop ?

CMLS : J’adore cette musique. Mais elle ne me correspond juste pas. Peut-être une ou deux chansons mais certainement pas ne chanter que cela.

Les DNJ : Tu ne te vois pas en Kendrick Lamar….

CMLS : J’adore Kendrick Lamar ! Je suis à fond sur Kendrick Lamar. Rien à dire, c’est un génie ! Ses paroles sont incroyables. Quand c’est de qualité comme ça, je dis Oui !

Les DNJ : Je comprends bien le fossé générationnel dont tu parles et qui est un peu lié au répertoire. Par contre je comprends moins le fossé racial ….

CMLS : On dit un peu que les noirs ont rejeté le jazz. Sauf peut être à la Nouvelle-Orléans. Mais c’est tellement particulier là-bas. C’est l’endroit le plus bizarre que j’ai vu. Si tout était comme à la Nouvelle-Orléans, ce serait magnifique. Un accueil hyper chaleureux. Tu vois des gens qui aiment la musique. Il y a de la musique partout. J’ai adoré chanter là-bas.

Les DNJ : Les gens doivent te prendre pour une américaine ?

CMLS : Oui. Mais tu sais, je me sens parfois plus américaine qu’autre chose. Je suis fille d’immigrants. Cela doit venir de ça.

Les DNJ : Pour revenir au disque, on trouve dans ton album une immense liberté que beaucoup de chanteurs ne s’accordent que lorsqu’ils sont sur scène. Comment fait-on pour acquérir cette liberté ?

CMLS : Pour moi c’est en écoutant beaucoup. Et plus j’ai écouté plus je me suis rendu compte des possibilités du jazz. En jazz, on n’est pas obligé d’avoir une belle voix, une voix lisse, ou de chanter d’une certaine manière plutôt que d’une autre.

Les DNJ : Tu chantes sur combien d’octave ?

CMLS : trois je pense. Mais ce n’est pas très important.

Les DNJ : Pourtant quand tu chantes on a bien le sentiment que tu utilises toute ta tessiture pour donner du relief à ton interprétation.

CMLS : Je crois que c’est ma mère qui m’avait dit ça un jour après un concert. Elle me disait « pourquoi tu n’utilises pas toute ta tessiture ? ». Et c’est vrai que je n’avais jamais pensé à cela.

Les DNJ : Tu ressens les émotions passer dans le public quand tu chantes ?

CMLS : Parfois c’est difficile de le ressentir. Parce que je ne vois pas le public. Je ne l’entends qu’applaudir. Parfois le silence est difficile à interpréter. Ce que je préfère c’est quand le public s’exprime. Cela me nourrit.

Les DNJ : Tu as chanté un peu cet été avec Attica Blues (la renaissance du projet d’Archie Shepp) ?

CMLS : Je n’ai pas pu faire toutes les dates, mais j’en fais certaines. C’est super avec Archie. Je l’adore. C’est quelqu’un dans le groupe qui m’avait recommandé à lui. Je ne sais pas qui c’est. Peut-être Raphaël (Imbert). En fait il cherchait quelqu’un qui pourrait chanter le blues. On lui a fait passer une vidéo de moi chantant Bessie Smith et il a aimé.

Les DNJ : D’ailleurs, tu participes à la B.O du biopic sur Bessie Smith qui va bientôt sortir en France.

CMLS : Oui c’est super, mais j’étais très frustrée parce qu’en fait on ne m’a pas demandé de chanter une chanson de Bessie. La scène où il y a ma voix, c’est celle où elle est dans un club de jazz et où elle entend quelqu’un d’autre chanter dans le nouveau style. C’est dans la fin de sa vie au moment où elle se dit qu’elle devrait se remettre en cause. C’est une chanteuse qui me fascine. J’aurais aimé assister à des spectacles de Bessie Smith où il y avait des danseurs. Elle faisait des spectacles dans des tentes, comme sous un chapiteau de cirque.

Les DNJ : Tu chantes encore dans des petites salles

CMLS : En fait non, mais c’est vrai que j’adore l’ambiance des petits clubs. En Norvège et en Suède j’ai fait une quarantaine de petits clubs et j’adore ça.

CECILE MC LORIN SALVANT : LA MELODIE DU BONHEUR
Partager cet article
Repost0
2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 08:25
CECILE MC LORIN SALVANT : «  For one to love »

Mack Avenue / Hamonia Mundi

Cécile McLorin Salvant (voix) - Aaron Diehl (piano) - Paul Sikivie (contrebasse) - Lawrence Leathers (batterie) - Vincent Peirani (accordéon)

Nouvel album de Cecile Mc Lorin. Véritable choc !

Ceux qui ne connaissaient pas la jeune chanteuse franco-haïtienne, ex-lauréate du prestigieux concours Thélonious Monk, ne resteront pas longtemps dans l’ignorance, on peut vous l’assurer. Car, tenez-le vous pour dit, Cécile Mc Lorin est ce qui nous arrive de mieux dans le paysage du jazz vocal depuis bien longtemps.

Quelle chanteuse !

Dans cet album très personnel qui exhale à chaque chanson l’essence et les racines du jazz, il y a une formidable et audacieuse liberté où elle livre beaucoup d’elle-même.

Cette liberté, elle se l’accorde en premier lieu en nous livrant cinq sublimes compositions personnelles. Il faut entendre ce Look at me poignant, à la musique et aux paroles sublimes ou encore Monday. On les croirait tous sortis du real book. Moment d’intimité partagé avec la chanteuse. De proximité.

Mais il n’ y a pas que cette mise à nue. Il y a aussi cette liberté du chant incroyable où Cécile Mc Lorin se livre toute entière, sans réserve et sans calcul. Car avec Cécile Mc Lorin il n’est pas seulement question de chanter, il est question d’interpréter, de se muer en diseuse d’histoires.

Artiste totale.

Engagement corps et âme où toute la gamme des expressions humaines passe par sa voix. A la fois joueuse, cajoleuse, railleuse ou gouailleuse, Cécile Mc Lorin Salvant est devant nous la pièce maîtresse d’une comédie musicale faite de jazz et de blues.

Elle y proclame son amour sans limites pour cet art de la scène, se fait elle-même comédienne avec beaucoup d’humour comme sur ce Stepsister’s Lament de Rodger's et Hammerstein (« Cinderella ») ou encore dans Trolley Song immortalisé par Judy Garland (tiré du film « Meet me in Saint Louis ») et ici magnifié par une rythmique exceptionnelle. On se pince, on croit à la réincarnation, cette fois de Sarah Vaughan. Parfois enfantine ( « Woman Child était le titre de son premier album), Cécile nous émeut aux larmes ou à la joie. Chacune de ses chansons parle d’elle-même. Son interprétation de Barbara nous bouleverse. Celle très simple et efficace de Burt Bacharach frémit de soul.

Son chant, on l’entend, on le sent, on le ressent, il vient du fond des tripes. Il brûle et se consume à la manière d’une Bessie Smith réincarnée dans un rade de la Nouvelle Orléans (comme ce Growin dan totalement incandescent et sexuel ou encore sur ce What’s the matter now chanté jadis par la reine du Blues ).

Se murmure dans un chant d’amour déçu.

Donne beaucoup d’elle-même avec une sincérité touchante et parfois même d’autodérision émouvante.

Et pour faire un grand album de jazz, il faut de bons musiciens, il faut un groupe. Cécile Mc Lorin Salvant s’accompagne ici de ses musiciens habituels avec lesquels elle a l’habitude de tourner. À la légèreté délicate d’un Aaron Dhiel s’ajoute la profondeur sensuelle de Paul Sikivie et le drive très subtil de Lawrence leathers.

« For One to Love » est le 3ème album de la chanteuse. Le plus personnel. Le plus intime.

Il dit en musique la comédie de l’amour. Sa tragédie aussi.

Jean-Marc Gelin

NB : album très personnel où Cécile va jusqu’à signer elle-même la pochette en rouge et noir.

Cecile Mc Lorin Salvant sera au Festival Jazz à la Villette le samedi 5 septembre à 21h30. A ne manquer sous aucun prétexte.

Partager cet article
Repost0
28 août 2015 5 28 /08 /août /2015 07:06
YARON HERMAN ou le Flux essentiel, rencontre avec un pianiste libre

Quelque part avant le grand rush de l'été dans le salon d'un hôtel parisien près de Bastille. Le 8 juillet. Yaron et moi on se connait depuis quelques années. On est pas dans le cérémonial. Straiight to the point. Je le sais très sensible à la moindre critique.Très grande sensibilité d'artiste qui a le coeur à plaire à tous. Charmeur, brillant et surtout animé d'une profonde reflexion sur lui même et sur la musique. Artiste libre et sans concession.

Deux mois avant la sortie de "Everyday" chez Blue Note, et avant sa grande scène à La Villette le 10 septembre à Paris, rencontre avec un pianiste qui n'a jamais semblé aussi inspiré qu'aujourd'hui, ni aussi moderne.

A l'image d'un Robert Galsper ?

Yaron Herman : Je suis flatté que tu me compares à des gens comme lui. Mais pour te dire, je n'ai pas vraiment une réflexion où je me dit il faut absolument que cela rajeunisse. Mais c'est ce que je ressens. Il y a des influences divers et variées que j'essaie de faire tourner autour de l'axe immuable qu'est l'improvisation. C'est l'essence de la musique que j'aime. Mais il faut faire attention, car ce n'est pas choix du répertoire qui rajeunit le genre. Ce qui le rajeunit c'est vivre dans l'instant. Cette capacité à garder la fraîcheur et à renouveler l'instant présent.

Les DNJ : Puisque nous parlons d'influences, il y en a une qui m'a semblé très marquante dans ton dernier album ( Everyday), celle de Radiohead.

YH : Oui, c'est clair ! J'aime tellement leur musique que je voulais l'intégrer un peu plus dans mon univers. Nous sommes les enfants du même creuset. De la fragmentation d'une même lumière. C'est cela que je cherche.

Les DNJ : Tu as mis des voix sur Volcano, c'est la première fois que tu intègres des chanteurs à ton travail ?

YH : Je me suis rendu compte qu'il y avait quelques mélodies qui se prêtaient bien à cela. La voix, notamment sur Volcano apporte un côté très "poppy" que j'adore.

Les DNJ : C'est un début ?

YH : En tous cas c'est un format que j'aimerai vraiment approfondir. La voix a sa place non seulement en tant que lead mais aussi, comme cela est le cas dans l'album pour contribuer au background, pour accentuer les détails, à peine perceptibles à certains moments.

Les DNJ : Lorsqu'on lit des papiers sur toi on entend toujours la référence à Keith Jarrett. Ce n'est pas quelque chose qui t'agace à la longue ?

YH : Je trouve cela un peu facile. C'est vrai que depuis mes débuts, cela a toujours été quelqu'un pour qui j'ai un amour débordant. Je suis fier de cette affiliation.Après tout nous avons tous une origine, on ne vient pas de nulle part. Mais en même temps, un peu d'effort quand même ..... J'ai l'impression quand j'écoute " Everyday" qu'il y a toutes ces années de travail qui y convergent. C'est un long chemin qui continue d'ailleurs, tous les jours. Tous les jours je me demande comment je peux aller à l'essentiel. Comment être encore plus authentique. Encore plus dans l'instant présent. Et ce qui me plaît sur cet album, du fait de la façon dont il a été conçu, largement improvisé, c'est que j’entends cette spontanéité.

YARON HERMAN ou le Flux essentiel, rencontre avec un pianiste libre

Les DNJ : Comment l'avez vous conçu ?

 

YH : Ziv ( Ravitz) était de passage, 2 jours à Paris. Je lui ai proposé que l'on se voie en studio. Je lui ai dit que j'avais ecrit quelques thèmes et que j'aimerai voir avec lui en studio comment cela tourne. Le but c'était, si cela devait bien fonctionner que je retravaille les morceaux et les arrangements pour enregistrer six mois plus tard. On s'est rendu compte qu'il se passait ce jour-là quelque chose de spécial. Quelque chose de très fort. Il n'y avait rien à ajouter. C'est devenu l'album.

 

Les DNJ : Alors que Bill Evans disait que pour un pianiste c'était la relation avec le batteur qui était le plus difficile, il semble que toi tu aies résolu cette équation.

 

YH  : Avec Ziv, oui, absolument. J'ai trouvé avec lui l'acceptation de ce qui peut se passer à tout moment, un amour de cette musique ouvert à tous les styles et tous les sons qu'ils viennent du proche-orient ou du jazz New-Yorkais ou les sons africains....

 

Les DNJ : Mais dans ta relation avec le batteur, c'est ce dernier qui est à l'écoute du pianiste, pas le contraire....

 

YH: Avec Ziv ce n'est pas comme cela. Cela interragit tout le temps. Il lance des idées et l'impulsion ne vient pas toujours de moi. Presque un tiers de l'album est conçu comme cela.

 

Les DNJ : Comment vous êtes vous rencontrés ?

 

YH : On s'est connus à Jazzahead il y a 7 ou 8 ans puis on s'est revus souvent et nous sommes devenus de très bons amis, un peu comme un frère. Cela fait le 2ème album que l'on fait ensemble.

 

Les DNJ : Tu prends le parti de rester exclusivement en acoustique. Tu as des réticences pour le fender ?

 

YH :  Pour le moment je n'ai pas le sentiment d'avoir fait le tour de ce que je peux exprimer au piano et d'avoir utilisé toutes ses potentialités. Ce qui ne m'empêche pas dans l'album de faire intervenir des sons electro par exemple. Sur Everyday, j'essaie d'explorer d'autres choses au piano ou même dans With Open Hands où je ne joue que de la main droite.

Je pense que je n'ai pas encore exploré suffisamment de nuances au piano. Pour moi la modernité ne passe pas par les sons du fender mais par ce que l'on exprime. Pour moi être moderne c'est dans l'approche, dans l'intention et pas forcement dans les outils.

 

Les DNJ : On te voyait moins ces derniers temps....

 

YH : Pourtant j'étais là. Mais il est vrai que j'avais besoin d'un peu de recul. De poser mon regard sur ce que j'ai déjà accompli et ma réflexion sur le chemin que je souhaite emprunter. Une réflexion plus axée sur moi.

 

Les DNJ : Jeter ce regard rétrospectif et se demander où l'on va, c'est la grande angoisse des artistes ?

 

YH : Cela peut être angoissant si l'on considère que c'est un drame. Moi je ne le crois pas. D'où la nécessité de prendre un peu de recul pour revenir avec plus de lucidité,  de calme et de joie. Il faut sortir de cette obligation d'avoir à faire des albums, pour faire l'actualité, pour faire des concerts. Maintenant ce qui m'intéresse c'est d'aller à l'essentiel. Dans ma vie personnelle, cela veut dire être heureux tout simplement, et rendre les gens autour de moi heureux. Des choses simples mais essentielles et que l'on a tendance à oublier surtout quand on est sur un train qui file à toute allure.

 

Les DNJ: Je me souviens de ce concert que tu avais donné un jour en province en première partie de Keziah Jones. Les gens n'étaient pas là pour toi mais pour la pop star. Tu as déroulé ton concert sans concession. Les gens au début parlaient, n'écoutaient pas vraiment mais tu es resté droit dans tes choix, les assumant jusqu'au bout et jusqu'à ce qu'au final le public soit totalement captivé et conquis. Cela m'avait beaucoup marqué.

 

YH : Mais le truc c'est que je ne vois pas d'autre option que de continuer ma route coûte que coûte. Bien sûr on ressent les ondes. Mais il faut faire attention parce que parfois tu as des salles où le public surréagit (positivement) mais sans avoir vraiment écouté. Et  parfois ce n'est pas parce que le public ne réagit pas qu'il n'est pas dans ta musique. J'ai fait cette expérience au Japon. Je croyais qu'ils s'en foutaient. Mais pas du tout ! Ils attendent, ils digèrent, ils sont dans l'écoute. Donc finalement mon boulot n'est pas de savoir comment cela va être reçu mais juste de donner. Je n'attends rien, sincèrement mais je suis là pour partager et donner toujours le maximum à chaque instant, avec les musiciens qui sont avec moi sur scène.

 

Les DNJ  : Tu as des souvenirs marquants de concerts qui t'ont renversé ?

YH : Pleins. Ne serait-ce qu'au tout début lorsque je jouais à la Fontaine ou au squat de la rue de Rivoli. J 'y ai passé des moments mystiques, de réelle communion.  Ces moments où l'on est tous lévitation. C'est ce pourquoi je fais de la musique. Je me souviens aussi de ce moment à l'église de St Germain, là aussi c'était magique.

 

Les DNJ  : Comment travailles tu ?

YH : D'abord je travaille beaucoup. Tu ne peux pas devenir un grand musicien sans travailler. Quand je sais que Coltrane dès la moindre pause travaillait son instrument et quand je me rend compte que je suis loin du talent de ces musiciens, cela veut dire que je dois travailler mille fois plus. Cela n'a rien a voir avec le performance mais avec mon train de vie. Je le dois pour atteindre cet état qui est au delà même du piano. Je travaille le piano d'abord pour toutes les raisons logiques qui t'amènent à progresser mais aussi pour l'explorer, pour parvenir aux nuances, aux sons, pour établir le contact avec ce que j'ai vécu.

 

Les DNJ  : Tu parles d'aller à l'essentiel. Beaucoup de musiciens pensent pour aller à l'essentiel il faut épurer au maximum. Or je ne trouve pas que ton album soit particulièrement épuré.

 

YH :  Dans épuré j'entends le mot "pur".  Mais pur ne veut pas dire minimaliste. Cela ne veut pas dire " rien". Pour moi " pur" c'est riche.

 

Les DNJ  : Je pensais à des pianistes comme Abdullah Ibrahim ou Ran Blake

 

YH : Ils vont à l'essentiel mais cela n'a rien à voir avec la quantité de note.  Si tu fais référence à la musique soit disant conceptuelle où tu joues une note tous les 1/4 d'heure, elle n'a rien de "pure". Ce silence-là est pour moi un silence vulgaire. Il y a du silence profane et du silence sacré comme celui que tu rencontres lorsque tu vas dans une église. La musique de ces deux géants  est de cet ordre-là.

 

Les DNJ : Comment cela se passe t-il en concert, lorsque tu es dans le processus d'improvisation et que le silence prend place et que l'idée suivante n'arrive pas. Comment fais-tu face à ce blanc ?

YH :  Le blanc c'est justement ce qui contient toutes les couleurs. Je l'accepte. mais après on est sur scène et il faut avancer. Nous avons des outils pour cela. Par exemple lorsque je suis confronté à cela il peut m'arriver de ne garder que la main gauche, de jouer une seule note. Cette note va alors m'en emmener une autre et ouvrir d'autres portes. Il faut considérer que c'est de la matière. Idéalement je ne dois pas avoir de choix, les choix se font pour moi. idéalement bien sûr. Je suis un organisme vivant que je vois évoluer de manière naturelle. Un peu comme un architecte.

En fait la musique ne nous appartient pas. Nous ne sommes que des facilitateurs.

 

Propos recueillis par Jean-Marc GELIN

 

YARON HERMAN sera en concert le 10 septembre à La Grande Halle de la Villette à Paris  http://www.jazzalavillette.com/evenement/16313

 

Sortie de l’album “ Everyday” le 8 septembre chez Blue Note.

YARON HERMAN ou le Flux essentiel, rencontre avec un pianiste libre
Partager cet article
Repost0
28 août 2015 5 28 /08 /août /2015 06:47
YARON HERMAN : " Everyday"

Yaron Herman (p, vc), Ziv Ravtiz (dms, vc), Helgi Jonsson (vc), Jean-Pierre Taieb (vc)

Bluue Note 2015

On aurait un peu peur d'utiliser une formule galvaudée si l'on disait que ce nouvel album du pianiste marque une nouvelle étape dans le développement de la musique de Yaron Herman. C'est pourtant bien de cela dont il s'agit lorsque l'on écoute "Everyday", le nouvel opus enregistré en grande partie en duo avec batteur israélien Ziv Ravitz. Car ainsi qu'il le confiait dans les colonnes des DNJ, Yaron Herman est parvenu à exprimer ici l'essentiel dans un rare moment d'entente télépathique entre les deux musiciens.

Avec ce 7eme album on entre de plain pied dans une musique fusionnelle, au confluent de sa propre progression musicale, entre classique et tradition, jazz et pop, entre chant et impro, entre le groove qui emporte tout et les fluidité harmoniques qui enveloppent. Il y a tout ! Et il y a surtout la fraîcheur d'un travail en studio en grande partie spontané où Yaron et Ziv se jouent des structures rythmiques complexes ( Nettish) ou bien , dans un moment de jaillissement font émerger un groove absolu, forme d'art total, engagement à corps perdu ( Everyday). Une sorte de dialogue interactif sans cesse en mouvement.

Si l'on sait que Yaron Herman aime rendre quelques hommages à ses contemporains en empruntant parfois au répertoire de la pop actuelle, il s'agit ici moins d'emprunt que d'une influence forte et prégnante sur sa musique, celle de l'esthétique de Radiohead dont il revendique clairement qu'elle est pour lui une source fondamentale d'inspiration. Comme sur ce coup de génie sur Volcano où Yaron Herman ajoute un duo de voix qui s'envolent au dessus de la mélodie portée avec autant de force que de légèreté. Il en est de même sur 18:26, très fort dans la force d'entrainement d'un flot inexorable portée à son paroxysme par l'intervention furtive et éphémère des voix et par le silence brutal qui s'en suit. Ou encore sur Rétrograde, morceau de James Blake admirablement suspendu comme entre deux eaux, morceau flottant et très émouvant par la place qu'il laisse à l"espace, au non dit, à la force suggestive.

Cet album est puissant, terriblement puissant. Structuré ou déstructuré, improvisé ou harmonisé, il dit quelque chose d'un moment de musique essentiel au sens propre du terme. Cet album est powerful et riche. Riche de la force de ses reliefs, de ses micros incrustations sonores, de son travail sur le son façonné à quatre mains. Ce travail sur le son. Ce travail d'osmose.

On a souvent dit que Yaron Herman suivait un chemin Jarretien. Image un peu agaçante parce que, là encore galvaudée. Il y a bien sûr un peu de cela tant il est marqué à vie par le pianiste américain. Toutefois on entend bien comment sur Fast life cette influence importante débouche sur un discours original où Yaron Herman semble explorer tous les registres d'émotions portées par le grave du piano. Exprime une identité. Mais surtout on est ici, avec "Everyday" à la croisée des chemins de toutes ses influences, de tout ce qui le nourrit depuis des années, de tout ce qu'il écoute et, forcément de tout ce qu'il vit.

Et si la croisée des chemins débouche toujours sur une route nouvelle, celle qu'il va suivre désormais s'annonce d'ores et déjà lumineuse.

Jean-marc Gelin

Ps : Mention spéciale au graphisme de la pochette ( Yann Legendre) , un peu destructurée et très moderne. Très urbaine dans un esprit Kandisky.

PS : Yaron Herman sera en concert à Paris, à la Villette le 10 septembre 2015

Partager cet article
Repost0
23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 16:15

Didier Lockwood et Patricia Petibon unis à la ville

On les avait vus (et entendus) partager la scène au Théâtre du Châtelet à l’automne 2013. Ce 22 août, à Dammarie-les-Lys (77), Didier Lockwood et Patricia Petibon se sont unis pour l’état-civil. Le violoniste était chez lui dans cette commune francilienne qui accueille son Centre des musiques Didier Lockwood et qu’il administre en tant qu’adjoint à la culture. Le mariage d’un maestro de l’improvisation instrumentale et d’une voix singulière du chant classique, soprano colorature avait réuni toutes les expressions des arts vivants : le théâtre (Olivier Py), le cinéma (Marthe Keller), la chanson (Louis Bertignac), la musique classique (Philippe Jaroussky) et cela va sans dire le jazz (son frère Francis, André Ceccarelli , André Charlier, Marc-Michel Le Bevillon, Marcel Azzola …). Et comme de bien entendu, l’union s’est déroulée en musique, avec cet éclectisme qui sied aux mariés du jour, le prince du violon et la « belle excentrique » (titre de son dernier album). Accueil des invités au son de la cornemuse (photo) et bœuf dans la tradition aux environs de minuit.

Jean-Louis Lemarchand

A signaler la sortie (Frémeaux & Associés) de l’hommage de Didier Lockwood à Stéphane Grappelli (For Stéphane) en compagnie de Martial Solal, André Ceccarelli, Sylvain Luc…)

Didier Lockwood et Patricia Petibon unis à la ville On les avait vus (et entendus) partager la scène au Théâtre du Châtelet à l’automne 2013. Ce 22 août, à Dammarie-les-Lys (77), Didier Lockwood et Patricia Petibon se sont unis pour l’état-civil. Le violoniste était chez lui dans cette commune francilienne qui accueille son Centre des musiques Didier Lockwood et qu’il administre en tant qu’adjoint à la culture.  Le mariage d’un maestro de l’improvisation instrumentale et d’une voix singulière du chant classique, soprano colorature avait réuni toutes les expressions des arts vivants : le théâtre (Olivier Py), le cinéma (Marthe Keller), la chanson (Louis Bertignac), la musique classique (Philippe Jaroussky) et cela va sans dire le jazz (son frère Francis, André Ceccarelli , André Charlier, Marc-Michel Le Bevillon, Marcel Azzola …). Et comme de bien entendu, l’union s’est déroulée en musique, avec cet éclectisme qui sied aux mariés du jour, le prince du violon et la « belle excentrique » (titre de son dernier album). Accueil des invités au son de la cornemuse (photo) et bœuf dans la tradition aux environs de minuit. Jean-Louis Lemarchand A signaler la sortie (Frémeaux & Associés) de l’hommage de Didier Lockwood à Stéphane Grappelli (For Stéphane) en compagnie de Martial Solal, André Ceccarelli, Sylvain Luc…)
Partager cet article
Repost0