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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 18:18

 

CamJazz 2010

Urs Bollhaler (p), Raffaele Bossard (cb), Christophe Müller (dm)

 

Urs-Bollhaler.jpg


Le label Cam Jazz, un peu à l’instar du label Fresh Sound, a ouvert une division, « Cam Jazz présents »  dont le focus porte sur la découverte de jeunes talents. Ils ont traversé le massif Alpin pour aller découvrir du côté de la Suisse ce jeune et splendide trio helvétique emmené par son pianiste et compositeur Urs Bollhaledr. Un vrai coup de cœur que nous n’hésitons pas à partager pour ce trio qui s’inscrit sans complexe dans la tradition des trios modernes dans la lignée des Meldhau ou des Svensson. Ils ont en effet parfaitement intégré les bases de ce jazz moderne dont on ne peut plus dire exactement s’il va chercher plutôt du côté du jazz ou du côté de la pop, plutôt Rosenwinkell ou plutôt Radiohead, tant leur syncrétisme les amène à développer un savant mélange de ces univers. Urs Bollhalder qui a déjà joué avec des musiciens comme Randy Brecker, Franco Ambrosetti ou Bob Berg est trompettiste de formation Ce qui explique peut être son goût pour les mélodies sublimées. A moins que ce ne soit ses premières armes avec Abdullah Ibrahim dont l’influence compositionnelle peut se concevoir à l’écoute de l’album.

Un vrai trio disions nous. Car ces trois-là développent effectivement un  vrai son de trio ( je sais c’est un peu con de dire ça mais je vous jure c’est vrai !) et des compositions qui savent manier le groove avec finesse et naviguent sans caricature entre l’atonalité et la modalité. Sans jamais forcer le trait ils font preuve à la fois d’une grande élégance dans leur façon de développer leur jeu, se donnant le temps de construire une improvisation retenue, et d’installer la pulse sous jacente. Ces trois-là se connaissent bien et tournent ensemble depuis 4 ans. De quoi maîtriser avec une rare précision le répertoire où le piano mis remarquablement en évidence, s’affiche dans un écrin de luxe digne d’une joaillerie suisse. Et c’est avec beaucoup de retenue que ces trois jeunes garçons s’expriment et surtout avec beaucoup de maturité qu’ils donnent à leur musique une profondeur rare. Une belle découverte

Jean-marc Gelin

 

site de Urs Bollahlder

 

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 09:52

cab caloway sur Arte

 

 

 

cab-calloway-sur-Arte.jpg

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 09:11

SONY MUSIC 2010

All stars et name dropping sous l’égide de Larry Klein, THE producteur ( Melodie gardot…)

 

herbie.jpg

 

C'est typiquement le cas où " tout ce que vous dites pourra être retenu contre vous". S'agissant d'un album ultra-hyper-marketé la moindre critique pourrait en effet être interprétée comme un excès d'intellectualisme ou comme un anti-populisme que certain accusent d’être à l’origine de l’éloignement du jazz du grand public. Car il s'agit bien de cela en l'occurrence. D'un album plutôt joli, très très bien fait , super bien arrangé et dont l'easy listening est tellement bien cultivé qu'il s'adresse à coup sûr un public fort large. Sur des ballades tirées du répertoire de la pop music, Herbie Hancock propose à ses chanteurs de beaux arrangements, aussi zen que cool sur des thèmes de Lennon, de Dylan et d'autres, révélant ce que nous savions déjà , que ces mélodies très populaires sont de vraies petites merveilles, à la dimension de standards universels. Après tout, de Broadway à Cental Park il n'y a qu'un pas et cet universalisme de la culture musicale ( il faudrait revenir, avec le livre de Frederic Martel (*) sur cette « culture qui plaît à tout le monde » pseudo notion d'universalisme) rend la musique accessible over world wide au point que les frontières musicales s'abolissent comme par magie . Le magicien étant ici incarné par ce gourou de Herbie Hancock qui s'y connaît en mélange des genres et en métissages musicaux entre jazz, pop, musique africaine, gospel, musique indienne, reggae et on en passe dans unes sorte de melting pot parce que on est tous frères Jah love et Ari Krishna. Et le moins que l'on puisse dire c'est d'admettre que l'on prend un sacré plaisir à entendre ces chansons bien connues tirées, toutes du répertoire de la pop occidentale. Elles sont, on l’a dit superbement bien réarrangées sous la patte de ce diable  de Herbie Hancok qui convie pour l'occasion un véritable all-stars. Les versions par exemple de Don't give up ( de Peter Gabriel) ou de Time are changing  (de Dylan) sont superbes, sans compter une version absolument merveilleuse de A change is gonna come ( de Sam Cooke). Les chanteurs se succèdent avec leurs voix si typiquement ancrées dans leur propre culture. Les tourneries donnent (un tout petit peu) d’épaisseur au groove (Tamatant Tilay couplé à Exodus). Mais on est vite exaspéré par ce côté racoleur et politiquement correct qui viserait à effacer toutes les différences pourvu qu'il s'agisse de nous unir pour l'amour de la musique, amen, jah love et ari krishna encore. On se croirait parfois dans une kermesse caritative à New York. OU plus encore dans une pub pour le nouvel Ipad. Preuve de la « dominance » de la culture américaine et de son illusion du métissage qui n’est autre ici qu’un collage plutôt racoleur. Jean-Marc Gelin

 

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 07:25

  ECM 2010

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Ce nouvel album du guitariste Norvégien est une magnifique surprise. Et pour le coup totalement inattendu. Pourtant sur le papier, Terje Rypdal pour le label ECM, cela laissait présager d'y entendre ces climats éthérés un peu monotones que produisent très souvent les musiciens nordiques pour le label de Manfred Eicher. Et bien là, non ! Dans cet enregistrement live où le guitariste associe à son trio de base complété du trompettiste et complice de toujours Palle Mikkelborg, le Bergen Big band, il se passe de vrais petites merveilles d'écriture et d'arrangements. Terje Rypdal développe une suite de 14 morceaux enchaînés avec une science accomplie des transitions, des passages du combo au big band, des imbrications et des textures où les géométries variables s'imbriquent à merveille. Émaillées d'extraits de films noirs censés donner une sorte de fil conducteur (qui selon le guitariste ne doit pas être surinterprété), les pièces se suivent avec une alternance de jazz et de rock noisy, de rythmiques heavy avec des nappes plus évanescentes, où les moments d'accalmie suivent des scènes d'une grande violence en surimpression d'extraits du "Parrain". Les solistes s'y inscrivent dans un prolongement parfait du big band pour donner lieu à l'émergence d'un combo qui se fond dans un ensemble à cuivres. Mais surtout il y a cette façon de faire évoluer lentement les termes pour y introduire des éléments perturbateurs qui se mettent en marche et font évoluer les thèmes vers des univers musicaux radicalement différents.

L'alliage des sons c'est non seulement la complicité de Rypdal avec Mikkelborg mais aussi l'apport de Stale Storloken qui à l'orgue hammond vient instiller d'autres couleurs originales.Rypdal qui avait déjà écrit pour des orchestres à cordes l'avait rarement fait pour un big band. Ce qu'il propose là ouvre des champs musicaux passionnants dans un syncrétisme qui laisse les sens de l'auditeur en éveil. Et lorsque l'album se termine on reste impressionné par cette performance qui nous a fait traverser un univers musical aussi varié avec autant de maîtrise et de cohérence de l'écriture. une vraie réussite.

Jean-marc Gelin

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 20:16

Thirsty Ear 2010

Matthew Shipp solo acoustic piano

matthewshipp.jpg

 

On connaît le génie pianistique de Matthew Shipp que beaucoup n’hésitent pas à comparer à Cecil Taylor, s’il ne fallait en citer qu’un seul. Le pianiste quinqua du Delaware souvent associé à la scène d’avant-garde de New York,  aux côtés de Roscoe Mitchell ou de David S. Ware. On l’a beaucoup entendu aussi ces dernières années avec Gerald Cleaver et William Parker. On l’a vu aussi associé à des nombreuses expériences avant-gardistes ou à des fructueux métissages comme celui qui l’associe parfois avec DJ Spooky.

Ici c’est un album très classique que livre avec maestria Matthew Shipp. Un album solo dans la pure tradition où le pianiste tire tout de son clavier sur la base de standards ( What is this thing called love, Autumn leaves, Prelude to a kiss ou Greensleeves), de thèmes de sa propre composition ou encore de traditionnels ( Frère Jacques ou What a friend we have in Jesus). Et dans cet album, Matthew Shipp avec fougue, donne tout ; On l’a dit ( bien qu’il s’en défende), il y a du Cecil Taylor mais aussi du Monk. Mais surtout c’est avec un art consommé des progressions harmoniques et un style particulièrement percussif que Matthew Shipp transcende avec fougue tout ce qu’il touche. Matthew Shipp fait gronder son clavier qui devient terriblement ténébreux, mais son exploration aussi vive que vivace ouve aussi sur un lyrisme passionné jouant les décalages rythmiques et les évolutions des espaces dont il se plaît à brouiller toute linéarité. Prenant le piano à bras le corps, parfois furioso mais toujours bouillonnant d’idées, délivrant de petites créations instantanées sortant l’art de l’improvisation de ses clichés éculés pour s’approprier une liberté passionnante (Teleportation par exemple qui commence comme un thème assez Monkien et qui passe progressivement et subtilement dans une autre dimension, luniare), Matthew Shipp pense sa musique aussi vite qu’il respire avec la passion du « dire ». Sonnant comme un orchestre à lui tout seul.

Mattew Shipp c’est un pianisme intense. L’incandescence d’un discours enflammé. Assurément un grand disque qui précise ce que l’on savait du pianiste. Matthew Shipp est à l’iage de ces héros Solalien : un géant magnifique, un superbe. Ce disque devrait susciter quelques idées de récital pour des salles comme Pleyel ou Châtelet. Avis aux programmateurs. Car il faudra bien que l’on sache qu’il y a une vie après Jarett et que Matthew Shipp est décidément l’un des immenses pianistes de sa génération. Jean-Marc Gelin

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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 23:21

 

http://marcburonfosse.com/

Marc Buronfosse (cb), Jean Charles Richard ( sx), Benjamin Moussay (p, kyb), Antoine Banville (dm)

 

Buronfosse.jpg

Tiens regardez, dans le foot par exemple ! La calamiteuse équipe de France a bien démontré que tout repose sur l’énergie collective et les talents individuels mis au service des autres. Et il y a justement, en musique, des alliages qui fonctionnent si bien qu'ils semblent être des évidences. Où l'on se dit que tout devrait se jouer comme ça. Que la musique devrait toujours se concevoir avec la même exigence de l’intelligence collective et surtout avec ce même feeling partagé. Le nouvel album du contrebassiste Marc Buronfosse est de cet acabit. On connaît bien le contrebassiste habitué des scènes parisiennes. On l’a repéré dans bien des occasions, aux côtés de Bojan Z ou de Stéphane Guillaume notamment. Ici c'est un album sous son nom et autour de ses propres compositions qu'il signe avec le Sound Quartet, formation au casting formidable qui réunit autour de lui 3 jeunes et fortes personnalités musicales, Jean-Charles Richard, Benjamin Moussay et Antoine Banville. Un quartet d'où émane une véritable force vive, force qui circule entre eux, énergie fluide qui passe de l’un à l’autre comme un courant continu. Particulièrement bien agencé, cet album s’appuie sur ses quatre piliers. Jean-Charles Richard exceptionnel dans son lyrisme puissant s’y fait caméléon, adaptable à tous les univers musicaux, se jouant des sonorités du baryton ou du soprano ou jouant du Shenai ou du Bansuri indiens pour apporter de nouvelles tonalités. Benjamin Moussay totalement révélé autrement et qui pour l’occasion s’exprime moins au fender joue essentiellement du piano acoustique avec une formidable autorité, faisant preuve d’une assurance dans la ligne d’improvisation absolument remarquable (Illinx Bassline). Qu’il s’agisse de ses propres interventions ou de son rôle dans l’accompagnement il y a du Cecil Taylor chez ce garçon là. Ou du Matthew Shipp. Antoine Banville quand à lui c’est le frémissement poétique, le chercheur de la pulse légère, du drive aérien. Et enfin à tout seigneur tout honneur, un très grand Marc Buronfosse qui s’affirme ici en véritable maître de la baraque, impose son dialogue et imprime la couleur et la forme. Mais aussi et surtout superbe compositeur. Car derrière ses très fortes personnalités musicales le quartet dans son ensemble se met en branle au service d’une musique passionnante. Une musique prolixe qui puise dans moultes inspirations. A la fois dense sur des thèmes à l’expressivité très forte comme sur AOC ou embarqué sur des terres plus africaines ( The cherry tree) sur lesquelles le collectif se met progressivement en ordre de marche, ou encore sur ce merveilleux Before the secound round, moment d’accalmie génial, moment de pure nudité et d’éveil des sens. Il y a, dans tous les sens du mot, un art du chromatisme évident. Et si justement Buronfose use et abuse de ces montées chromatiques, elles révèlent chacune une couleur particulière. Il se crée alors avec le talent de ces quatre là un espace où le procédé d’écriture se confond avec l’improvisation. Où le soliste est aussi important que ceux qui l’accompagnent. Il y a une passion fusionnelle dans cet album là. C’est si rare.

Jean-Marc Gelin

 

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 18:14

threadgill.jpg



PI Recordings – 2010


Henry Threadgill (fl, as), Liberty Ellman (g), Jose Davila (tb, tuba), Stomu Takeishi (ac b), Elliot Humberto Kavee (dr)

 

 

Marginal et magistral.


On s'interrogeait dans le Jazzmag/man du mois de mai à propos de Henry Threadgill, sa musique et sa notoriété. Un bel article par ailleurs. Profitons-en pour rebondir avec This Brings to Us, sorti en 2009 aux Etats-Unis.

Quels sont les points communs entre le Ornette Coleman et Henry Threadgill? Tous deux sont saxophonistes et compositeurs contemporains. L'un est reconnu mondialement, l'autre ne le sera probablement jamais. Pourtant, Threadgill est un extraordinaire concepteur de la composition. De Steve Reich, il n'a rien à envier, mise à part la notoriété. Ornette a inventé l'harmolodie et Henry cultive un système musical, appelé "compositional improv", véritable méthodologie de la composition basé sur l'improvisation.

Henry Threadgill et Frank Zappa. Voyez vous le lien? Pas vraiment? Pourtant il y en a: la déstructuration musicale – qui fascinait tant Zappa chez Edgar Varèse – est aussi un sujet d'étude pour Threadgill, l'étude et la pratique du contrepoint (Zappa vouait une passion au grand maitre du genre, Moondog).

Threadgill est peut-être le compositeur et concepteur musicale le plus reconnu par ses pairs. A New-York, il fait office de figure de proue de la scène improvisée locale. Les musiciens du crû sont généralement fascinés par ce styliste hors-pair, ce génial mercenaire de la composition et de l'improvisation, ce talentueux directeur d'orchestre qui dirige avec autorité des musiciens blancs, hispaniques, asiatiques et noirs (on l'a vu à Banlieues Bleues édition 2008, régulièrement au Jazz Gallery et Roulette à Manhattan), qu'ils soient en devenir (Dana Leong) ou connus (Liberty Ellman).

This Brings Us To est le premier album de Threadgill depuis huit ans et fait suite à Up Popped the Two Lips, premier cd de son groupe Zooid, paru chez Pi Recordings. Depuis 2001, le groupe a évolué: Dana Leong (violoncelle, tb) - accompagné d'un deuxième violoncelliste du nom de Rubin Kodheli – a disparu d'un groupe qui se transforme en quintet à l'allure classique.

Up Popped the Two Lips élabore les prémisses de la méthodologie "compositional improv" de Threadgill. This Brings to Us approfondit le sujet et la met en œuvre avec intensité.

Pour comprendre l'idée générale de la méthodologie inventée par Threadgill et explorée ici, partons du nom du groupe. En biologie, le suffixe -"zoïde" (En anglais, "zooid" est une cellule qui se caractérise par le comportement sus-décrit) , quand il est associé à une cellule, désigne la capacité de la cellule à se déplacer indépendamment de l'organisme à laquelle elle appartient (ex: un spermatozoïde). Et c'est sur ce principe que Threadgill a développé sa méthodologie pour Zooid: les compositions sont organisées le long d'une série de blocs d'intervalle de trois notes, dont chacune est assignée à un musicien, qui est libre de se déplacer dans ces intervalles, improvisant des mélodies et créant un contrepoint d'un intervalle à l'autre.

Le système fournit ainsi le canevas nécessaire pour un dialogue ouvert dans le groupe en encourageant les musiciens à chercher de nouvelles façons d'improviser. Des musiciens qui se challengent et qui prennent l'initiative de tirer la musique dans une direction, d'aller vers des consonances et des dissonances; un système qui favorise l'exploration personnelle aussi. Ainsi, Threadgill définit un nouveau modèle de "free" jazz, au sens de la musique libre et créative.


Essayons d'être exhaustif alors que cette musique fourmille de particularités.

En Occident, la mélodie est considéré comme un élément fondamental d'une musique "réussie" et qui plait. C'est même l'élément sur lequel on se focalise en premier lieu. Pour la musique universelle, la mélodie est un élément parmi d'autres. Alors que Threadgill est un orfèvre de la mélodie - le genre de mélodie évidente, mais pas trop, celle qui vous titille et dont on veut entendre le paroxysme car on le devine explosif - il décide ici de la camoufler sans totalement l'ignorer au bénéfice de la "compositional improv". Signe distinctif de Threadgill, sa musique est régie par des rythmes complexes en tension extrême. Malgré cet ensemble de choix radicaux nécessaire à ce concept musical hautement intellectuel, la musique est balancée par un funk énigmatique, impalpable, omniprésent, en impulsion permanente, autre signe distinctif du compositeur.

Zooid utilise des instruments aux tessitures différentes comme le tuba frémissant de Jose Davila, qui accompagne Threadgill depuis une dizaine d'années, la guitare magique de Liberty Ellman, qui produit cet album, et le son aigre ou rugueux, d'un sax alto souvent brusque et le souffle velouté de la flûte de Threadgill.


Quelle impression laisse This Brings to Us?

Celle d'une musique en permanence au fil du rasoir, pourvue d'une densité aigüe. Celle aussi d'une musique "topographique" (en particulier "To Undertake My Corners Open"). Grâce au concept de "compositionnal improv", un mouvement chamboulé se fait sentir quelque part en nous. La musique ne fait pas qu'évoquer une vision plane, elle répercute l'écho du relief d'un terrain. Comme si on ajoutait une troisième dimension d'un espace que l'on perçoit à deux dimensions. Marginal et magistral.


Mon-avatarJérôme Gransac

 

Petit extrait vidéo:

 

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 18:11

Buscando-La-Luz---marguet.jpg

 

 

1 CD Le Chant du Monde/Harmonia Mundi - 2010

 

Christophe Marguet (dr), Bruno Angelini (p), Sébastien texier (saxs), Mauro Gargano (cb)


 

Deux ans après la sortie du très inspiré « Itrane », Christophe Marguet prolonge l’aventure du quartette « Résistance Poétique » autour de nouvelles compositions écrites spécialement pour cette formation. Un groupe qui lui tient particulièrement à cœur car il semble avec ce quartette avoir trouvé la formule idéale, tant sur le plan musical que sur le plan humain. Le souffle écorché, fluide et sensible de Sébastien Texier allié au frénétique jeu de piano de Bruno Angelini, assurent le côté aérien, tandis que la sonorité ronde et solide de la contrebasse de Mauro Gargano, associée au fougueux et subtil jeu de batterie de Marguet, explorent les racines terrestres. Il faut mentionner aussi l’efficacité et l’apport essentiel de la direction artistique de Régis Huby ainsi que la minutieuse clarté de la prise de son de Philippe Tessier du Cros. Un groupe soudé, attentif, cohérent et en parfaite osmose, qui évolue et se bonifie avec le temps, en proposant une musique mélodique et poétique, en quête de sons et de lumière, les oreilles tournées vers l’immensité du ciel. Une place plus importante a été laissée au travail introspectif de chaque musicien, qui à travers leur propre univers participe à la cohésion sonore du collectif. Des huit nouvelles compositions de Marguet, on retiendra tout particulièrement la portée lyrique de « Two Hands For Eternity » (où clarinette alto et contrebasse assurent une belle continuité flamboyante), la fabuleuse énergie communicative de « Enfin » (avec en apothéose le solo de batterie du maître Marguet), le climat introspectif des « Paroles d’I » (porté par un délirant chorus de piano) et les changements de tons et d’humeur dans « What A Glorious Day » où Sébastien Texier propulse son sax alto dans la cour des plus grands. Un disque lumineux, incandescent et spirituel, idéal pour l’été.

 

 

En concert, le 24 juillet prochain aux Arène du Jazz à Paris.

 

Lionel Eskenazi

 

Site

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 18:08

cover-The-Link.jpg

FairJazz - 2010

 

Jean-Christophe Béney (ts, as), John Roney (p), Fraser Hollins (cb), Martin Auguste (dr).

 

 

 

 

 

Mystifiant!

Voilà un album qui fait tout notre plaisir. Et on ne va pas le bouder, croyez-moi. Après la très belle impression que nous avait laissé Pop Up, qui ravit encore nos oreilles, Jean-Christophe Béney, basé à Montréal, nous revient avec The Link, son cinquième album, qui confirme la stature grandissante du saxophoniste ténor français.
Elevé à l'école américaine du jazz et entouré du pianiste canadien John Roney, musicien épatant, de Fraser Hollins à la contrebasse et Martin Auguste à la batterie, le quartet de Béney dispose d'un line-up plutôt méconnu en France.

Le casting des pièces est aussi original: un des premiers traits de caractère de The Link est sa suite en cinq parties agrémentées de quatre transitions. Un deuxième serait cette très belle couverture qui nous montre deux mains nues qui se saisissent: celle du saxophoniste et d'un enfant (Maïly).

The Link est un cd à plaisirs multiples: on se délecte du son saisissant de Béney: un "son de chêne", pour reprendre les propos de Michel Contat. On y retrouve aussi des compositions puissantes avec des mélodies chantantes qui ont toutes leur légitimité. Surtout, The Link nous fait penser à bien des égards à "Love Supreme" de JC: la puissance du quartet, l'humeur transcendée des musiciens, la tournerie impeccable, le sens de la narration, le caractère sacré de ce qui unit ces quatre musiciens. Et il en faut du talent et de la maturité pour garder toute sa personnalité musicale en faisant de l'œil à une certaine coltranité; celle de l'engagement, et du lyrisme. Nous vous invitons à lire le "petit parcours descriptif de la suite" en bas de cet article.

Béney et Roney sont magistraux, leur dualité est réelle et le lien qui les unit est évocateur. Mais il faut souligner le travail du batteur Martin Auguste, vif et tranchant, à la patte américaine et du contrebassiste Fraser Hollins à la sonorité ronde et rebondissante; une rythmique béton. Bref ce quartet est bien vivant, dans la mouvance new-yorkaise, avec la marque de fabrique d'un saxophoniste qui sait composer des mélodies qu'on imprime.
Avec
The Link, son cinquième album, Béney vient de grimper d'un coup quelques marches de l'échelle pentue des très grands.

Site de JC Béney

Un petit parcours descriptif de la suite:


Sur "Part 1", Béney, capable de belles variations de thèmes, commence au ténor par une pièce enlevée, très dense et enivrante qui s'éteint avec "Transition 1" où Béney laisse la place au piano. John Roney ouvre "Part 2" lentement, en partant de rien et Béney laisse parler son soprano à la sonorité rugueuse, un brin rocailleuse, sur un rythme sud-américain. Sur ce morceau, le collectif est lié par une mélodie forte et une dynamique élastique dans une formule modale. Sur "Part 3", John Roney jaillit avec quelques interventions malicieuses et inspirées dans les interstices qu'ouvre Béney. L'accompagnement du pianiste est en permanence sur le qui-vive et ses chorus, brefs, sur la brèche. Sur "Transition 3", Béney en solo épuise la mélodie, comme un fumeur invétéré fume sa dernière cigarette, et ouvre sur celle de "Part 4" à nouveau engageante. "Part 4" est une alternative aux autres pièces avec un lyrisme reposant et une respiration nécessaire à la suite. A nouveau dans la veine coltranienne, "Part 5" est une ballade-complainte déchirante et envoutante où Béney joue magnifiquement avec contraste et une sensibilité à fleur de peau. Sur chaque pièce, le thème est exploité de fond en comble par l'ensemble du quartet. Ce lien partagé se convertit en une quasi-transe stupéfiante.


 

 Jérôme Gransac

 

 

 

 

 

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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 11:54

Insensiblement.jpg

 

INSENSIBLEMENT  (Django)

Alain Gerber

Editions Fayard, 322p  - 19 euros

django-gallimard.jpg 

 

DJANGO

Editions Gallimard Jeunesse Musique

Collection Découverte des Musiciens

1 livre + 1 Cd, 16 euros

 

 

 

Cette année ( l’année Django) les livres consacrés au guitariste de Samois, se succèdent. On aurait bien sûr aimé que la vraie référence en la matière, l’ouvrage que Charles Delaunay lui a consacré soit enfin réédité avec tout le matériau discographique. Certes on se ruera pour les plus passionnés ( et fortunés) sur les intégrales Django.  Mais à défaut d’accéder au Saint Graal on se contentera des quelques publications qui émergent ça et là. Certaines de qualité d’autres moins.


Au rayon didactique, les Editions Gallimard Jeunesse Musique poursuivent le travail consacré à l’histoire des grands musiciens de jazz raconté pour les enfants.  L’association de Remi Courgeon ( pour l’illustration), de Stephane Olivier ( pour les textes) et de Lemmy Constantine ( en narrateur du CD) a déjà fait ses preuves dans l’ouvrage consacré à Armstrong. Ici c’est un très bon travail pédagogique qui, en 12 pages à peine permet à nos chères têtes bondes de connaître Django. L’histoire racontée est très simple et les questions posée aux enfants  joue sur l’intercativité candide ( attention c’est à l’usage de 6-10 ans). L’ensemble est bien illustré par le dessin efficace de Courgeon et par une bonne iconographie d’archive. Enfin les 13 titres « incontournables » balaient 1937-1953. Une excellente façon en somme de faire entendre (et comprendre) autrement le jazz aux enfants.

  

Autrement ambitieuse est l’entreprise d’Alain Gerber, au rayon « Biopic ». Alain Gerber que l’on ne présente plus s’attache à peu près tous les ans à raconter toutes les grandes figures du jazz sous l’angle « le jazz est un roman ». Cette année, Django ne pouvait bien sûr pas faire exception.

« Insensiblement » est le titre d’un morceau interprété par Paul Misraki. C’est aussi un manière pour Alain Gerber de montrer le cheminement subtil qui conduisit Django entre le jazz du Hot Club de France et celui du Bebop naissant puis fleurissant dans les caves du Club Saint Germain où Django donna ses derniers concerts. En romançant à l’extrême son sujet ( au point comme souvent avec Gerber de ne plus savoir démêler le vrai du faux et en faisant parler son sujet intérieurement), l’auteur prend un angle d’attaque original et très noir où le guitariste est ramené à son état d’âme cornélien qui lui viendrait de sa fascination pour le jazz américain. Ce qui nous vaut un long détour par quelques clichés sur l’histoire du jazz, déjà racontés par Alain Gerber dans ses autres romans (détours par Coleman ou par Lester). C'est vrai qu'il y a cette rencontre avec Coleman Hawkins

et cette portion congrue à laquelle le guitariste eut droit dans l’enregistrement mythique du Honeysuckle Rose du 28 Avril 1937. Et certainement il y a le désir qui dû tirailler le guitariste entre sa soif de reconnaissance de la part de ses héros du jazz et son désir d’homme libre. Abordé sous cet angle, la désillusion du voyage Ellingtonien, fondement du livre, prend une certaine saveur romanesque. Et puisqu’il s’agit d’un naufrage, et qu’il s’agit d’un manouche qui a toujours affiché sa liberté sauvage, Gerber saute sur le sujet pour broder autour de son personnage une trame biographico-littéraire qui lui tendait les bras. Au point de s’y vautrer parfois en y faisant intervenir une Lorna supposée être la fille aux Yeux Noirs. Personnage fantomatique qui apparaît au fil des chapitres et donne lieu à de très mauvais passages,  d’une lourdeur littéraire à laquelle Gerber ne nous a jamais accoutumé.

Il n’en reste pas moins que Gerber connaît parfaitement son sujet et se pose en sondeur admirable de l'âme humaine. D'acocrd avec Franck Bergerot pour affirmer qu'en rompant aevc cette image d'épinal  du guitaritse Gypsy, Alain Gerber casse le cliché commode et donne un nouvel éclairage à la personnalité et à l'oeuvre du guitariste. Sous un autre jour, Gerber aurait pu aborder le guitariste au coin du feu, compositeur de symphonies, passionné par Charlie Christian, ouvert aux autres musiques avec une passion dévorante et enfin auteur des plus belles compositions de l’histoire du jazz. Il aurait alors pu  titrer alors son ouvrage …. «  Sensiblement ».

Jean-Marc Gelin

 

 

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