Textes : Misterioso assistée de Pascal Anquetil, Raphaële Vidaling et Rémi Vimard
Prix 14,90 euros
Jazz en jeux ? En voilà une manière agréable de se détendre en se cultivant … Quoi de plus recommandé que de se procurer cet été le guide-coffret des éditions TANA : Le petit livre à offrir à un amateur de jazz…parce qu’il connaît Charlie par coeur ?
C’est en effet le dernier-né d’une collection originale et ludique qui rend un domaine de connaissances accessible. Une façon ludo-pédagogique d’apprendre en s’amusant, une méthode concoctée par deux éminents spécialistes du jazz et des jeux (tous les jeux) Pascal Anquetil, Monsieur IRMA et sa fidèle complice MISTERIOSO (oui, cet « homme d’esprit » est une femme), bien connue des lecteurs de Jazzman : on retrouve d’ailleurs ses grilles de mots croisés régulièrement dans les colonnes du mensuel Jazz Magazine , sans oublier, aux jolies éditions ZULMA, un premier opus intitulé justement « JAZZ EN JEUX ».
Ce livre s’adresse donc aux amateurs de mots croisés, de jeux de mots en tous genres, et à ceux qui aiment le monde des mots et du jazz. Nul besoin d’être spécialiste pour jouer et se divertir. Mais les jazzfans aussi feront des découvertes, retrouveront musiciens et thèmes qui ont fait l’histoire de cette musique : ils se régaleront à la lecture de cet ouvrage, car jazz et jeux vont bien ensemble.
Vous saurez tout, absolument tout, et même ce que vous n’avez jamais osé imaginer sur le jazz en feuilletant ce guide plein de fantaisie, conçu sans ordre précis mais avec érudition, esprit, bonne humeur et humour : rébus et charades, portraits-mystères, argot des musiciens, pochettes mythiques (et pas seulement celles de Blue Note), mini-interviews de musiciens, citations pertinentes, « fables express » selon Alphonse Allais … Sans oublier des thèmes, attendus ou non, comme Jazz et cinéma, Jazz et architecture, l’amour et les standards , les femmes et le jazz (il est toujours utile d’insister sur ce point), les gangsters et le jazz , Jazz et gastronomie , les LP les plus vendus, la carte des clubs de jazz parisiens disparus…
Enfin, vous lirez ce petit texte au titre accrocheur : « Qu’est ce que le jazz ? »
Question à laquelle Armstrong, un brin provocateur, répondait : Si vous me demandez ce que cela veut dire, c’est que vous ne le saurez jamais.
Précisons encore que l’un des attraits de ce livret est la création graphique originale, singulière et bleue de Nicolas Pruvost (www.nicolaspruvost.fr)
Voilà un bel objet, solide et compact, unique, que l’on gardera dans sa bibliothèque ou sa médiathèque mais que l’on pourra emporter sur la plage, dans le train ou l’avion , pour ne pas bronzer idiot et passer des vacances rêvées sur le mode jazz. Alors, n’hésitez plus ! Ces jeux de jazz sont pour vous !
Fabian Daurat (elg), Albert Marques (p), Samuel Hubert (cb), Rémi Vignolo (dr)
Premier cd pour ce guitariste français récemment sorti de la Berklee. Au premier abord, « Made of Dust » ne paie pas de mine, alors qu’il réserve quelques surprises. La première d’entre elles est d’entendre Rémi Vignolo, « Ze contrebassiste » passé à la batterie, au sein de ce quartet composé de Samuel Hubert (cb) et Albert Marques au piano - deux musiciens qui sont pour votre serviteur inconnus. La deuxième est l’espace accordé au pianiste qui a composé trois des titres - Fabian Daurat a composé les quatre autres - et dont le piano est tout aussi présent que la guitare. Enfin, Fabian Daurat s’avère être un guitariste avec une large palette de styles - de Wes Montgomery à Pat Metheny, avec la forte empreinte de George Benson – et un jeu très sobre.
Sur « Syrius », ballade composé par Daurat, le guitariste fait une entrée discrète et mesurée. Puis les vocalises, qui doublent la guitare, et son jeu rappellent le Pat Metheny group des années 80-90. Une fois cette mise en bouche avalée, Daurat pousse la chansonnette sur « Bye Bye Blackbird » et « Les feuilles mortes ». Et il s’en tire bigrement bien. On aime mieux la voix, claire légèrement naïve, de Daurat-chanteur sur « Bye Bye Blackbird » que sur « Les feuilles mortes » où le chant en français lui réussit moins associé à un petit manque d’imagination.
Sur « Call It A Day », composition enlevée du guitariste, Daurat dévoile un jeu tout en accord, initialement développé par Wes Montgomery, et une jolie maitrise de l’instrument sans éclats forcés, avec retenue poétique. Sur « Granollers » de Marques, le jeu du guitariste est à nouveau discret et voluptueux ; il laisse la part belle au pianiste dont le jeu et la rythmique rappelle « Con Alma » de Ray Bryant. En revanche, il prend la main sur « Blues #N », un blues Be-bop tout à fait classique doté d’une tension pulsatile, et emmène tout le groupe avec lui sur une très sympathique cavalcade. La rythmique complexe de « IDN » est le fait du pianiste et fait de cette pièce moderne, l’œuvre la plus aboutie du cd, sans oublier « Made of Dust ». Ce morceau introspectif à la contrebasse envoûtante et à la guitare distante est l’éponyme de l’album. La signification du titre de l'album et sa musique nous ont interpellé et nous avons demandé à Fabian Daurat de nous l’expliquer par ces mots : «"Le morceau Made of Dust porte ce nom car il est conçu comme une méditation. Il évoque ma conception de la condition humaine : Nous sommes une poussière en suspension dans l'univers, une poussière infiniment précieuse. J'ai baptisé ainsi l'album car cette idée me guide dans mon rapport à la musique, et à travers elle, à la vie en général, ainsi que j'essaie de l'exprimer à travers chaque note."»
Avec ce premier album, Daurat surprend par une musique délicate, un jeu sobre sans bavure et de jolies compositions. Il montre qu’il sait accorder une part importante de liberté et de confiance à ses musiciens (on pense à Marques et à Vignolo à la batterie qui n’usurpe en rien sa place de batteur, au contraire son jeu est limpide et sa frappe est solide.) et pose de cette manière les fondements d’un véritable groupe.
Derrière la discrétion et l’espace, Daurat rapproche les talents et sait les écouter. Il cheville les énergies et développe avec « Made of Dust » un délicieux moment musical gonflé d’une belle âme.
Dans les notes de livret, Dave King annonce d’emblée : « j’ai toujours voulu faire ça. Maintenant c’est fait, pour le meilleur et pour le pire ». Ça, c’est jouer du piano et de la batterie en solo. Si l’indication est délicate de la part du batteur, sa formulation semble appeler à l’indulgence.
Batteur des Bad Plus, de Happy Apple ou Buffalo Collision et anciennement d’Ursus Minor, nous connaissons bien Dave King le batteur. Au piano, en revanche, Dave King nous réserve quelques heureuses surprises bien qu’il soit loin d’être un virtuose. En effet, avec « Indelicate », Dave King parcours les touches du piano de manière plus rythmique et percussive que lyrique. Minimaliste, la musique sonne mécanique. Le batteur martèle le piano et adopte un style monkien plutôt original dans un jeu tonal/atonal. Ensuite, il agrémente ses atmosphères percussives par des éléments électro-saturés, comme une sonorité de boite à rythmes ou des sonneries, qui donnent curieusement un arrière-gout post moderne (new wave, punk ?) plutôt inattendu!
L’expérience est touchante et n’est pas dénuée de sens, au contraire. Surtout, Dave King porte au piano quelques unes de ses compositions. D’ailleurs, on y entend les stigmates du power trio au piano et on y retrouve les aspects rythmiques rock et les mélodies accrocheuses. Plus exactement, on ressent fortement l’influence du pianiste Ethan Iverson des Bad Plus. Ainsi « Indelicate » est « très Bad Plus », « I see you, you see me » tape dans le registre de la mélodie émouvante et « The Black Dial Tone of Night » est introspectif.
La belle surprise réside dans la place qu’occupe la batterie. Elle tient le rôle d’instrument principal qui apporte le décodage rythmique et la voie mélodique des compositions de King. Le piano devient un instrument de percussion, comme une extension harmonique de la batterie.
Avec « Indelicate » , Dave King nous surprend avec une musique originale, enthousiasmante quelques fois. Résolument moderne.
Le Cirque Electrique a élu résidence sur la grande Place du Maquis du Vercors à Paris. Et ce, jusqu'en septembre. Puis il repartira vers un autre horizon parisien pour poser son chapiteau, sa paillote de banlieue et ces circassiens.
Place du Maquis du Vercors? C'est où? C'est à la porte des Lilas juste au dessus du périphérique, dans le 20ième arrondissement. Et le trio de la flutiste Sylvaine Hélary ne l'a pas manqué: il y jouait le 17 juin dernier.
Sylvaine Hélary est, entre autres, la flutiste du Surnatural Orchestra et l'une des Arpenteurs de Denis Colin. C'est aussi une leadeuse à forte personnalité d'un trio aux références bien marquées avec un univers propre à lui:
"Je compose toute la musique de cet orchestre aux sonorités inattendues; des mots aussi, de la voix et de l'improvisation! Des influences jazz servies sur un tapis pop aux envolées rock, parfois punk et minimales… Alors donnez-lui le nom que vous voudrez, cette musique est pour vous!".
Voilà bien une vision réaliste de son propre travail!
Accompagnée de deux autres fortes personnalités que sont Antonin Rayon et Emmanuel Scarpa, duo habitué ét habité des scènes vivantes aux tendances extrêmes (Grimal, Gleizes), Sylvaine chante, souffle, scande et joue de la flûte dans une ambiance délurée et minimaliste. La prestation laisse une grande part à l'expression théatrale de Sylvaine Hélary, personnage doucetement excentrique et pétri d'humour. Emmanuel Scarpa et en particulier Antonin Rayon livrent une musique souvent testostéroneuse, qui rappellent le poids des claviers de Magma au niveau ambiance sonore. Plus légère, plus extravertie, Sylvaine Hélary exprime sa liberté intérieure à travers son humour tendre, sa douceur naturelle et des moments de musique débridés.
Un peu Nina Hagen, en distinguée souriante, un peu Iva Bittova, par sa présence scénique et son talent évident à l'instrument. Un peu des deux, parcimonieusement. Ou alors surnommons-la la "Nina Bittova" de la flûte traversière et la "Iva Bittova" de la scène décalée française. Allumée et inspirée.
Pour ceux qui n’en ont jamais entendu parler : attention nouveau talent à suivre impérativement ! Car lorsque l’on a entendu ce premier album de la contrebassiste originaire de Malaisie, Linda Oh, on acquiert immédiatement la certitude que la jeune femme a devant elle une carrière plus que prometteuse. Ce n’est donc pas un hasard si Linda Oh qui vit désormais à New York a obtenu en 2009 une mention au concours de basse Thelonious Monk et fut désignée par Downbeat comme l’une des 10 grandes révélations parmi les jeunes musiciens.
Pour son premier album, la contrebassiste s’est adjoint les services du jeune prodige de la trompette, Ambrose Akinmusire, lui aussi premier prix du concours Thelonious Monk en 2007 et que l’on annonce en signature chez Blue Note. À la batterie, pour former le trio, Obed Clavaire jadis entendu aux côtés de Wynton Marsalis, Danilo Perez ou Steve Turre. Jeune casting de premier choix effectivement. Belle complicité entre les trois musiciens qui, font vivre cette musique de manière très fusionnelle . Et surtout révélation de cette jeune prodige de la contrebasse. On ne se lasse pas en effet d’être impressionné par sa puissance, par sa rondeur et par ce son profondément ancré au plus profond du tréfonds du sol. Linda Oh fait ainsi preuve d’une insolente maîtrise technique virtuose et gardienne intraitable du groove. Elle qui dit s’être inspiré pour composer cet album de groupes Rock de son enfance comme les Red Hot Chili Peppers (dont elle reprend avec une incroyable maestria Soul to squeezede l’album éponyme) est pourtant bien ancrée dans les fondamentaux de ce jazz aussi tonique qu’inspiré. Nous la voyons pour notre part venir plutôt d’un autre monde. Jouant exclusivement de la contrebasse, la jeune fille nous évoque parfois William Parker dans ce jazz très ancré dans la scène post free New Yorkaise ou plus près de nous Claude Tchamitchian dans la perfection de sa ligne mélodique. Linda Oh ne rechigne pas à la tâche et s’y atèle même avec une certaine gourmandise comme dans ce Fourth Limboù Akinmusire est littéralement porté par cette pulse et cet ostinato que vient juste ébranler un admirable solo de contrebasse. Linda Oh tout au long de l’album affiche son sens du jeu mêlant le contre-chant et l’improvisation harmonique. Pour nous maintenir en éveil sur la base de cette formation terriblement exigeante ( contrebasse-trompette-batterie), les trois acteurs semblent réinventer constamment leur instrument dans une remise en cause permanente Entre free et improvisation structurée, la belle Linda Oh tient la baraque et délimite le champ de jeu, pose le tempo avec une assurance qui force l’admiration. Rarement depuis Avishai Cohen et Esperanza Spaulding avions nous entendu un jeu si affirmé que celui de la jeune Linda OH. Ceux qui seront au Sunside Mercredi 30 juin pourront à coup sûr en témoigner.Jean-Marc Gelin
Nous avions envie, aux DNJ de revenir sur l’un des albums les plus passionnants de l’année, celui que Mederic Collignon a consacré à la période électrique de Miles Davis. (voir la chronique de Lionel Eskenazi )
Rencontre avec un personnage foisonnant du jazz français qui n’a pas sa langue dans sa poche. Loin de toute langue de bois, Méderic Collignon parle cash et se livre sans fard.
DNJ : Avant de parler de l’album proprement dit, parle nous un peu de cette pochette incroyable qui évoque si bien l’univers de cette période électrique de Miles
Méderic Collignon :En fait j’ai tout conçu de cette pochette même si je ne l’ai pas réalisée moi-même. C’est Etienne Chaize qui me l’a fait exactement comme dans mon rêve. Le Chaos, l’apocalypse, 2001, les tours qui se font réduire par un fou, échec et mat ! La Chrysler Tower pour le côté moderne et la tour de Babel. Et puis le phallus qui viole un ovule. C’est une agression certes mais finalement peut être que c’est cela la nature. Il y a aussi un côté Caravage, une face obscure.
DNJ : Comment as-tu abordé ce projet ? Tu venais de sortir de Porgy & Bess et l’on t’attendait sur un terrain différent (comme Don Cherry par exemple). Finalement tu reviens à nouveau à Miles et tu récidives alors que tu t’en étais pris plein la gueule par certains critiques
MC : Oui mais par une seule personne, par Michel Contat.
DNJ : Mais quand tu as fait Porgy, tu avais déjà en tête cet album ?
MC : Je sais toujours ce que je vais faire demain et après-demain. N’oublions pas que Jus de BocSe c’est Juke Box, c’est un groupe de reprise. C’est quelque chose qui ne crée pas. Ou alors c’est toi en regardant l’objet qui tout à coup imagine quelque chose qui va ailleurs. C’est un groupe de reprise, c’est du jazz dans le geste. Le jazzman reprend les choses, il créée rarement à la base. Il est toujours dans la reprise de papa, maman, machin. Miles a fait ça. Charlie Parker a fait ça tout le temps. Certes il a écrit mais cela n’est venu qu’après. Et moi je compose déjà bien avant Jus de Bocse, je compose à côté pour des petits orchestres ou pour le Megaoctet d’Andy Emler. D’ailleurs ils ont eu tellement de mal à la bouffer ma compo que je sais finalement pourquoi je ne compose pas plus. Je sais pourquoi j’arrange et pourquoi ça dérange. Et c’est ça le concept de Jus de Bocse et je ne peux pas composer avec ce groupe sinon j’irai à l’encontre de son concept.
DNJ : Comment aborde t-on de tels monuments ? Avec peur ? Après tout c’est toi qui disais à propos de Kind of blue : « j’y touche pas, c’est un classique ». Exactement ce que te reprochait Contat pour Porgy.
MC : Ben oui, il faut bien affronter ses peurs finalement. Du coup je crée ou je chie. Il m’arrive de chier comme par exemple sur Summertime. A l’époque je ne pouvais absolument pas l’arranger. Page blanche attitude ! J’avais beau écouter j’entendais rien. J’avais les larmes aux yeux parce que j’avais Gil Evans dans la poche. Pas Miles. J’en ai rien à faire de Miles là-dessus. Je suis juste en train de pleurer et d’écouter la création de Gershwin. Mais surtout pour moi il y a Gil Evans. La permanence de cette pâte qui est unique, taillée dans le diamant et que je n’ai jamais vue autre part.
Louis Joos n’est pas un inconnu des jazz-fans. Il a déjà signé plusieurs BD consacrées aux grandes figures comme Mingus, Monk, Powell, Coltrane ou d’autres albums au titre qui flirtent avec la note bleue comme Mood Indigo, Blues ou Jazz Concert. Le jazz toujours présent dans son l’œuvre du dessinateur Bruxellois comme une seconde peau.
Son coup de crayon comme un comme un coup de fusain joue entre un esthétique black and White si chère au jazz et une atmosphère presque sépia qui porte une poétique du souvenir d’un temps un peu révolu.
Dans « un piano », Louis Joos traverse une vie d’homme sur deux générations. Un piano, celui d’un père grand concertiste classique que l’on sent tenté par le dévoiement de l’aventure du jazz et qui cherche à transmettre à son fils son goût du piano. Le jazz présent en filigrane avec l’employé noir sur ce paquebot
de croisière. Un fils, artiste lui aussi ( Louis Joos ?) qui choisit les arts graphiques plutôt que la musique. Le piano transmis en héritage. Une rencontre douce-amère avec un Bud Powell fantomatique.
Tout cela comme des souvenirs réels ou rêvés qui reviennent à l’homme qui, dans la fin de sa vie semble courir après ses souvenirs dans les rues de New York baignées des neons des clubs de jazz de la 52ème rue encore illuminées du souvenir de Miles et de Parker comme des clichés d’un jazz hors temps .
Et la présence enfin d’un homme mystérieux à la tête de loup qui revient plusieurs fois au fil de l’album et qui contribue à renforcer la poésie de cette belle BD que l’on traverse sans passion mais avec l’émotion d’une pointe de mélancolie.
Le label Cam Jazz, un peu à l’instar du label Fresh Sound, a ouvert une division, « Cam Jazz présents » dont le focus porte sur la découverte de jeunes talents. Ils ont traversé le massif Alpin pour aller découvrir du côté de la Suisse ce jeune et splendide trio helvétique emmené par son pianiste et compositeur Urs Bollhaledr. Un vrai coup de cœur que nous n’hésitons pas à partager pour ce trio qui s’inscrit sans complexe dans la tradition des trios modernes dans la lignée des Meldhau ou des Svensson. Ils ont en effet parfaitement intégré les bases de ce jazz moderne dont on ne peut plus dire exactement s’il va chercher plutôt du côté du jazz ou du côté de la pop, plutôt Rosenwinkell ou plutôt Radiohead, tant leur syncrétisme les amène à développer un savant mélange de ces univers. Urs Bollhalder qui a déjà joué avec des musiciens comme Randy Brecker, Franco Ambrosetti ou Bob Berg est trompettiste de formation Ce qui explique peut être son goût pour les mélodies sublimées. A moins que ce ne soit ses premières armes avec Abdullah Ibrahim dont l’influence compositionnelle peut se concevoir à l’écoute de l’album.
Un vrai trio disions nous. Car ces trois-là développent effectivement un vrai son de trio ( je sais c’est un peu con de dire ça mais je vous jure c’est vrai !) et des compositions qui savent manier le groove avec finesse et naviguent sans caricature entre l’atonalité et la modalité. Sans jamais forcer le trait ils font preuve à la fois d’une grande élégance dans leur façon de développer leur jeu, se donnant le temps de construire une improvisation retenue, et d’installer la pulse sous jacente. Ces trois-là se connaissent bien et tournent ensemble depuis 4 ans. De quoi maîtriser avec une rare précision le répertoire où le piano mis remarquablement en évidence, s’affiche dans un écrin de luxe digne d’une joaillerie suisse. Et c’est avec beaucoup de retenue que ces trois jeunes garçons s’expriment et surtout avec beaucoup de maturité qu’ils donnent à leur musique une profondeur rare. Une belle découverte