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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 05:26

226751.jpgCollection BD JAZZ ( 2 CD et une bande dessinée)

 

Directeur de la collection Bruno Théol
Sélection des textes Christian Bonnet et Claude Carrière

 


Anita  O’ Day ? Un petit bout de femme, sapée avec élégance dans des fourreaux  serrés (son apparition dans le célèbre film « Jazz on a Summer ‘s Day » en 1958 à Newport avec ses longs gants à la Gilda et cette incroyable capeline), une gouaille faubourienne dirait-on, et même plus que cela: un réel abattage sans aucune vulgarité mais  avec un sens incroyable du swing.
Voilà l’une des grandes chanteuses de jazz , à l’égal de la triade capitoline, mais tellement moins célèbre qu’ELLA, BILLIE OU SARAH. Comme l’écrit justement François Billard, « une chanteuse pour musiciens », une véritable musicienne qui n’était pas noire. Cela lui fut même reproché un temps, elle  se fit siffler par un public blanc confondant en 1970 jazz et couleur de peau. IMPENSABLE !
Et pourtant sa voix chaude et sensuelle, son sens du rythme, son phrasé impeccable, en font une des très, très  grandes, incontournables, pour peu que l’on aime le JAZZ .
Découverte  très jeune dans les orchestres de la grande époque, elle tourna avec le batteur Gene Krupa où elle fit merveille avec Roy Eldridge (une sorte de couple Louis/Ella dans « Let me Off Uptown ») : ça swingue merveilleusement , on ne peut qu’avoir envie de taper du pied et de danser en entendant « Stop ! The red light ‘s on ». Comme dit un ami, si vous n’aimez pas, consultez !
La collection BD Jazz  illustre le parcours de la chanteuse en deux périodes fortes : un premier Cd nous la fait découvrir en « Big Band Canari » avec les grands orchestres de Gene Krupa et ensuite de Stan Kenton  de 1941 à 1945. Son passage chez Kenton assit sa réputation de « grande technicienne, capable de chanter en quarts de ton ». Elle connut de véritables succès populaires comme « Bolero at The Savoy » en 1941. Elle fut même élue « New Star » au référendum de la célèbre revue «Down Beat».
Le deuxième Cd s’attarde sur la deuxième partie de sa carrière, the Free lance singer (1945-1952) : il est passionnant de comparer sa propre version de certains tubes comme « The Lady is a tramp » immortalisé par Frank « The Voice » Sinatra ou dans des standards chantés par Billie Holiday ( l’une de ses influences avec Mildred Bailey) « Memories of you », « You took advantage of me » .

La Bd est plus surprenante, elle ne repose pas sur la vérité historique, des détails concrets, des anecdotes vécues : c’est plutôt une vision personnelle de la naissance d’un talent : l’histoire qui tient sur quelques pages seulement (format oblige) avec très peu de texte,  raconte le premier engagement de la chanteuse, qui passant une audition  dans un théâtre à Chicago est retenue par le patron qui a entendu sa voix à la radio . La jeune femme force sa chance, apprend une nouvelle chanson qu’elle chante à sa façon ; contre toute attente,  elle emballe le public alors que les producteurs, pas du tout convaincus, car elle scate, cherchent à la virer. Jolie silhouette sur fond clair en noir et blanc d’un jeune tandem breton KERSCOET qui a imaginé une Anita O’ Day pimpante et très fraîche.

 On laisse filer le Cd : même sur un titre plus « kitsch » comme « Amor », l’orchestre sauve la mise et fait entendre l’ incroyable vitalité du jazz de l’époque. Dans « Malaguena » en 1947, elle ose un scat très réussi et s’essaie même au genre latino, à ces chansons exotiques et sucrées « Jamaica Mon »  et « Vaya Con Dios ».  Contemporaine de l’ère swing (elle était née en octobre 1919), elle chante sans jamais sacrifier les paroles, elle a une diction impeccable. Tous les mots sont clairs, même dans les arrangements les plus délicats.
Sans jamais forcer la voix, ni dans l’aigu ni le grave mais jouant de diverses nuances  comme dans « Skylark » de  Hoagy Carmichael ou dans le « Drum boogie »(incantations sauvages ). Anita O’ Day avait vraiment du chien, quelque chose de plus . Si elle rencontra de très gros succès d’audience,  ce ne fut jamais la gloire, peut-être parce qu’elle ne se prenait pas pour une star, préférait se considérer comme une simple musicienne. Heureux temps où les chansons étaient formatées, où il fallait être incisif, rapide et accrocheur, déployer son talent sans fioritures ni longueurs.
Ce long box est en tous cas l’une des belles réussites de la collection BD Jazz. A avoir absolument dans toute discothèque digne de ce nom !

Sophie Chambon

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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 18:52

BRAD MELDHAU : « Highway Rider » ***

Nonesuch 2010

Brad Meldhau (p), Jeff Ballard (dm), Matt Chamberlain (dm), Larry Grenadier (cb), Joshua Redman (ts)

brad-meldhau.jpg Voilà typiquement un album ( en l’occurrence un double album) qu’il est particulièrement difficile à chroniquer. Parce qu’il comporte tout et son contraire. Polymorphe à souhait entre trio habituel, quintet associant Joshua Redman , quintet ou grand orchestre ou grand orchestre tout seul, tout y est. Jusqu’à laisser parfois planer un soupçon d’incohérence tant l’album passe parfois du coq à l’âne. On peine à voir de la cohérence lorsque l’on passe des superbes thèmes très Meldhien auquel le pianiste nous a toujours habitué aux orchestrations très symphoniques et Malheriennes à grand renfort de pathos. Et pourtant c’est justement parce qu’il varie les angles que l’album est séduisant et jamais ennuyeux donnant un relief toujours très tendre. Un peu comme si les formats alternaient sans perdre en unité. De magnifiques interludes pour orchestre viennent parfois renforcer la dramaturgie. Mais ces ensemble à cordes ne viennent jamais écraser le trio ou le quintet ( deux batteries). Et il faut rendre hommage à Brad Meldhau de s’être totalement investi dans cette entreprise signant seul les compositions, les arrangements te les orchestrations avec force intelligence. Le formidable mélodiste qu’est Brad Meldhau signe quelques thèmes  superbes transcendés par Redman et livre quelques moments  de pure joie comme ce Falcon will fly again ou quelques thèmes pop-jazz comme de Sky turning Grey qui ferauit presque office de tube. Mais voilà l’album a aussi ses travers et se perd parfois dans quelques compos un peu hasardeuses, perd sa consistance pour retrouver force émotion l’instant d’après. Assurément trop long il aurait mérité quelques coupes franches.  Jean-Marc Gelin

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 06:08

davidprez.jpg
PJU RECORDS 2010
Enregistré à NYC en 2004

David Prez (ts), Franck Amsallem (p), Johannes Weidenmueller (acc b), Bill Stewart (dr)


C’est avec l’adoubement du grand Michael Brecker que le  jeune David Prez arrive avec ce premier disque en leader enregistré en septembre 2004, en deux jours dans un studio du New Jersey, encouragé par « l’émulation musicale new yorkaise ». Alors agé de 24 ans, ce  saxophoniste ténor  a déjà une maîtrise impressionnante de l’instrument, un son divin, exquis dans les ballades  comme «  Illusions »  dont le chorus au ténor pose le climat dès les premières notes. Belle réussite que ce New life au titre justement évocateur car, selon David Prez, « j'ai vu la concrétisation de cet enregistrement comme un nouveau point de départ dans ma vie de musicien ». La musique  illustre remarquablement un  jazz « mainstream » éclatant, tendre et sensuel qui sait aussi swinguer. Une manière libre et enracinée qui a tout pour nous plaire avec une vraie « culture » de cette musique. Le soliste sait se laisser emporter par une rythmique efficace, à savoir  Bill Stewart, Johannes Weidenmueller et Franck Amsallem. La formidable énergie et le swing du batteur dopent  les  envolées du saxophoniste : difficile de retenir Bill Stewart quand il est lancé, et la tension, vite à son comble, ne retombe guère. Seule sur les deux ballades et en particulier sur « Illusions », la rythmique se radoucit, planante, vaporeuse. Le phrasé du ténor est sinueux, voluptueux, et l’on suit  ses volutes longues, charnelles, si souples et fluides, même si  chanter la ligne mélodique serait une tâche  abrupte !

New Life
est un disque prenant, qui convainc immédiatement  si on aime le jazz… Cette musique évite toute exhibition ou démonstration mais on sait d’où elle vient. L’écoute attentive de l’album le confirme : on se croirait en club dans cette atmosphère feutrée et chaleureuse, qui convient tellement au jazz.
Et il s’agit bien de cette musique que le saxophoniste connaît et veut encore servir  :  ce sont ses compositions que l’on entend, elles ressemblent étonnamment à des standards que l’on découvrirait aujourd’hui, elles en ont l’essence. Elles sonnent comme ces mélodies simples (en apparence) et délicieusement accrocheuses. Nul doute par exemple que le « Missing you » qui suit le seul standard du disque  « ‘Tis Autumn » de Henri Nemo  n’a pas à rougir de la comparaison : et pourtant suivre un tube qu’a joué autrefois Stan Getz ou Chet Baker est difficile. Il faut croire que David Prez a le sens de la composition et des belles mélodies soyeuses où les couleurs, les timbres retiennent notre attention.
Les compositions de David Prez sont d'une grande richesse thématique et les arrangements qui en découlent se déploient, eux aussi, selon une très large palette de couleurs, toujours en recherche d'harmonie, du sombre à l'éclatant, de la teinte pastel à la dominante cuivrée.
Les musiciens conviés sont au diapason, nul doute que ce quartet est en phase avec de beaux moments en solo, où ils se taillent des échappées enivrantes comme Franck Amsallem dès le titre inaugural « New life » ou encore  sur « Missing you ». On connaît Franck Amsallem, pianiste de tous les coups, terriblement efficace quand il s'engage : il épaule  le saxophoniste dans une course poursuite souvent haletante.
Johannes Weidenmueller, contrebassiste, profond, chantant et swinguant est juste et discret, mais c'est l'instrumentiste David Prez que l'on découvre dans le même temps. Ecoutez ce qu’il tire de son ténor et vous comprendrez comment on peut construire des phrases rythmiquement complexes avec le plus étonnant sens de l'envol qui soit  et en même temps du développement. De toutes les façons, un album profondément réjouissant pour ce beau printemps du jazz 2010!

Sophie Chambon

 

 

Site de David Prez
Myspace


Note sur le collectif/label Jazz Underground : 
Récemment, vient de naître un collectif de musiciens/compositeurs de jazz, Paris Jazz Underground, basé dans la capitale française. Partageant une esthétique commune, ces 6 musiciens indépendants se connaissent très bien et jouent ensemble depuis des années. Ils se sont rassemblés et combinent leurs efforts dans le but d’exposer leur musique à une audience plus large. PJU est composé de David Prez, Robin Nicaise, Sandro Zerafa, Karl Jannuska, Amy Gamlen et Romain Pilon.


Au mois de mai 2010, 3 sorties de disque sur PJU Records :
"New Life" de David Prez (en concert le 15 mai au Sunset)
"Streaming" le disque de Karl Jannuska (en concert le 5 mai au Sunset)
"Synapse trio" le disque de Amy Gamlen/Pierre Perchaud/Karl Jannuska.
Le 26 mai aura lieu la soirée de lancement du collectif Paris Jazz Underground à la Péniche Six-Huit (Quai Montebello, Paris). A partir de 19h, 4 groupes seront au programme: David Prez & Romain Pilon Group
Synapse trio
Sandro Zerafa "White Russian Quintet"
Robin Nicaise Quintet


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16 avril 2010 5 16 /04 /avril /2010 06:12

zorro.jpg

 

Jazz à Tout Va / Anticraft - 2009

 

Alain VANKENHOVE (tp, bgl), Matthias MAHLER (tb), Vincent BOISSEAU & Olivier THEMINES (cl), Rémi DUMOULIN (ts, cl), Jean-Baptiste REHAULT (sax), Pierre DURAND (elg), Frédéric CHIFFOLEAU (cb), Bruno REGNIER (compositions et direction).



Bruno Régnier
est un musicien qu'on ne rencontre qu'en grande formation. Pensez donc, il en dirige quatre (Brass'TET,  X'TET, Ciné X'TET , Contes X'TET )! Quatre orchestres avec chacun sa couleur et son thème. Cet orchestrateur polymorphe en perpétuelle exploration ramène à la vie "The Mark of Zorro" de Fred Niblo et Theodore Reed. Réalisé en 1920, on y retrouve avec plaisir l'incroyable star de l'époque Douglas Fairbanks en Don Diego de la Vega, débonnaire, héroïque et évidemment victorieux de l'oppression du gouverneur de Californie sur les pauvres.
Après "Steamboat Bill Jr" et "Sherlock Jr" de Buster Keaton, Le Ciné Xtet en est à sa troisième mise en musique de films muets; celui-ci de cape et d'épée. La recette de Régnier réside en une succession de saynètes musicales - aux mélodies superbes, on  adore "Caballeros a la Posada", de "El Pobre Cura #1" et de "Fight'n Kiss" - qui agrémentent les séquences d'humeur et d'action du film avec une écriture au style unique qui mêle farouchement modernité et traditions. Pour le coup, "The Mark of Zorro" est peut-être le plus abouti des "ciné-cds" du Ciné Xtet. Régnier propose une musique plurielle: pour exemple, écoutez "Entermes Dos" la celtique et "Verguenza de Tu" l'orientale. Ensuite il faut le dire et le redire, le Ciné Xtet est un orchestre de "perles". Les musiciens sont passionnants car ils sont tous talentueux et aussi parce que Régnier laisse champ libre à leur expression authentique: la classe de Mathias Mahler, l'énergie enthousiaste de Alain Vankenhove et la créativité permanente du guitariste Pierre Durand nous enchantent une fois encore. Pour terminer, il s'agit là d'une réelle performance qui prend forme pendant une heure et quarante-cinq minutes de film - durée assez rare pour un film muet. La représentation parisienne a eu lieu le 13 décembre 2009 au Ciné Balzac à Paris et a littéralement "vidé" les musiciens confrontés à de nombreux petits Zorros en herbe agités et tout aussi héroïques que le vrai.

Une fois encore, Bruno Régnier confirme être le formidable "metteur en musiques" d'œuvres variées qui éveillent l'imaginaire; comme les contes, films, peintures et danses. Il communique ainsi au public le goût pour la musique instrumentale et le jazz en l'associant aux émotions qu'il ressent, en complétant le plaisir des yeux par celui de l'imaginaire sonore. Pour finir, il est bon de rappeler que la musique de Régnier se suffit aussi à elle-même.

 

Site de Bruno Régnier


Jérôme Gransac

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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 06:42


helmus.jpg



Cristal records
Sortie mars 2010

Letting Go ? Un disque dont la musique est en cohérence avec le titre : il y a du lâcher prise et le désir de jouer ensemble une musique originale, libre et décomplexée. De faire entendre des ruptures de rythme, des styles divers (pop, jazz, fusion… ) et des sons d’instruments  acoustiques et électriques, de « La danse du Bruissin » aux accents résolument folk, qui commence l’album, au dialogue plus épuré entre contrebasse et soprano de « Have a vision ». Animés d’une irrépressible envie de faire danser l’imaginaire, le flux constant d’énergie est contagieux : avec l'écriture comme boussole et l'improvisation pour compagne de route, l’équipage (de choix ) laisse conduire le saxophoniste ténor et soprano dont le souffle accompagne en effet de mystérieuses images, traversant espaces et temps.
Jacques HELMUS a réuni autour de lui des musiciens très différents et donc complémentaires :  deux pianistes ( l’italien Alfio Origlio et le bulgare  Mario Stanchev, également auteur des trois derniers titres), deux batteurs ( Manu Katche et Andy Barron), deux contrebassistes  Didier del Aguila et Jérôme Regard, sans oublier aux claviers Julien Jussey. Avec la fluidité d'un discours qui se veut aussi percutant, la rythmique sans faillir, soutient admirablement l’échange. Contrebasse souple et batterie rebondissante gardent  le cap de la pulsation.  Un chant profond pour un groupe qui explore avec soin les formes les plus ouvertes : textures affranchies, échappées libres, lignes claires des échanges, mélodies sensibles, fougueuses souvent, swingantes aussi ( « En attendant Greg »), parfois mélancoliques (« la petite fille aux feuilles mortes »), voire ritournelle entêtante et inquiétante du final « Un peu bulgare » . Une belle  aventure musicale à suivre aussi en live.

 

Site de Jacques Helmus

 

Myspace

 

Sophie Chambon

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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 06:32
doigt-de-l-homme.jpg  Steeve-Laffont.jpg
  Les doigts de l’ homme : "1910" ***
Cristal records/ Harmonia Mundi
Production Lamastrock
Sortie 25 MARS 2010
Steeve LAFFONT: "Swing for JESS"  **
1 CD le Chant du monde




Le jazz manouche est devenu un  véritable filon, et cette année, le centième anniversaire de la mort de
Django ne fait que rajouter une couche. Certains guitaristes sont  des vedettes (plus ou moins médiatisées ) comme Romane, TchavoloSchmitt, les frères Ferré . Il est vrai que ce style hybride  sait s’attirer les faveurs  du public, peut-être parce qu’il renoue avec une certaine tradition et idée du jazz : du swing, de la virtuosité sur des mélodies éminemment populaires. Que demander de plus ?


Steeve Laffont pour le Chant du Monde dans un album intitulé « Swing for Jess » nous donne dans une version instrumentale réduit...

Lire la suite ...

 

 

 Sophie CHAMBON

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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 19:09

TABLES D’ECOUTE

Le Mot et le Reste 2010, 199p, 20 euros

tabledecouteimage

Banlieue Bleues est, on le sait, depuis 1984 un formidable laboratoire de brassage de cultures et d’idées. Mais Banlieues Bleues est bien plus qu’un festival. Réinvestissant la Cité, Banlieues Bleues crée du lien social. On en veut pour preuve cette implication des jeunes lycéens de Seine Saint Denis que les organisateurs ont voulu organiser, les associant au plus près du festival, parcourant les classes et donnant la parole aux Lycéens transformé en journaliste avec la création par eux même d’un journal «  Secteur Jazz » en marge du festival.

Et ce sont les entretiens que ces lycéens ont réalisés pour ce journal qui sont ici retranscrit dans «Table d’écoute ». Une 50 aine d’entretiens réalisés entre 2001 et 2007. Extraits brefs mais d’une grande intelligence, d’une acuité  rare. Débarrassés de trop de savoir, débarrassé des codes des sachants, ces lycéens avec une fausse candeur mais un vrai métier (qui prouve aussi combien ils ont travaillé leur sujet) posent des questions vraies, des questions qui sondent au plus profond de l’âme du musicien. Et ces musiciens, dont tous sont imprégnés de la conscience de l’impérieuse nécessité de transmettre, se livrent avec sincérité. Jouent le jeu sans fards et avec beaucoup de professionnalisme. Et de là,  souvent surgit l’émotion vraie. La parole délivrée.

A leurs questions les musiciens répondent avec pédagogie et expliquent leur amour de la musique.  William Parker habitué à parler avec les enfants défavorisés de New York trouve le juste ton. Michel Portal raconte comment la musique l’a sauvé de la solitude. Dans les réponses des uns et des autres les mêmes inspirations, les réponses qui semblent parfois se répéter  révèlent cette part d’universalité de l’amour de l’improvisation que l’on retrouve chez les musiciens. Ce mystère de la musique qui prend parfois, comme avec Milford Graves des airs de chamanisme envoûtant. Bernard Lubat joue avec les mots. Des moments d’une force intense apparaissent au détour du livre comme cette rencontre sublime avec Seun Kuti, le fils de Fela d’où émerge un personnage incarné, un clan qui s’ouvre et se livre. Une rencontre d’une belle richesse.

À l’heure où vient de se clôturer le 27ème festival , Xavier Lemettre avec cet ouvrage nous montre l’importance fondamentale de ce travail dont on sait, forcément combien il aura laissé des traces précieuses dans la construction de ces jeunes. Ces jeunes qui par là même nous transmettent à leur tour ce qu’ils ont appris. Passent le témoin. Ce qu’ils nous donnent ici c’est une vraie leçon de musique et de journalisme.

Superbe

Jean-Marc Gelin

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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 23:01

 

Such Prod 2010

Sylvain Beuf (ts), Pierrick Pedron (as), Denis Leloup (tb), jean-Yves Jung (p), Diego Imbert (cb), Franck Aghulon (dm)

 

sylvain-beuf.jpg

 

Ce n'est pas une histoire franchement originale mais c'est une histoire franchement bien ficelée. Une histoire de gars, de musiciens qui jouent tous  gravement bien et qui au delà d'être de vrais potes dans la vie, ont tous un immense respect de musicien les uns envers les autres. Sylvain Beuf au milieu d'eux les met en scène, écrit pour son groupe, arrange divinement bien pour son sextet et donne dans le neo-bop funky-revival avec une science des textures et du son collectif.

Bien rôdé après plusieurs passages sur scène, cette captation a été réalisée en live au jazz Club de Dunkerque On n'y entend pas la furia qui anime Pierrick ou Sylvain lorsqu'ils jouent en quartet. Autre chose ici où tout se passe en finesse. beaucoup de réserve de la part de ces musiciens qui se respectent trop pour chercher à s'en mettre plein la vue. Pas d'esbroufe mais une musique aussi inspirée que délicate et finement ciselée. Du travail d'orfèvre. Une précision diaboliquement sensuelle entre les glissandos de Leloup, les volutes chaleureuses de Pedron et les arabesques fortes et aériennes de Beuf. Le tout servi sur une rythmique impeccable et par un pianiste jusque là inconnu au bataillon et qui fait mieux que bien.

Délectable !

Jean-Marc Gelin

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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 11:22

 

1 CD PLUS LOIN

 

www.plusloin.net

www.sophiealour.net

link

www.myspace.com/sophiealour

 

 

sophiealour.jpg

 

Les Sophie sont souvent « sages » mais dans le cas de Sophie Alour, les choses sont un peu plus compliquées qu’il n’y paraît …  A  l’écoute de ce disque inspiré, on entendrait  plutôt  une folie bien maîtrisée que l’on sent monter progressivement. Un dérèglement très contrôlé pour un album  de jazz cérébral et percutant : le formidable Karl Jannuska n’est pas étranger à la chose, mais comme il accompagne beaucoup de saxophonistes ces temps derniers…il y a  décidément quelque chose de plus ici . « OPUS 3 »  est la troisième expérience en leader de la saphoniste avec ce trio à la  rythmique efficace et parfaitement accordée ( Karl Jannuska à la batterie et Yoni Zelnik à la contrebasse ) : une interaction réussie entre les musiciens qui se connaissent suffisamment pour tenter l’expérience d’un  travail collectif où chacun prend sa place avec aisance et sans virtuosité excessive. Ajoutons que la réalisation est confiée au pianiste Eric Legnini dont on connaît le talent et le sens artistique. Un souffle de « liberté surveillée » traverse cet album où Sophie Alour explore au ténor et au soprano des compositions sinueusement intenses. Ce qui  domine en fait, c’est le son de Sophie Alour aux divers saxophones, souple mais avec de la tenue, de l’autorité même, toujours sous tension. On  ressent  une énergie farouche, et peu à peu on se retrouve hypnotisé, comme pris au piège de certaines spirales voluptueuses « Mystère et boule de gomme » ou cette « Ode à Arthur Craven ». Ce ne sont pas tant les morceaux qui sont  réfléchis, posés même, que la voie tracée qui nous conduit sûrement après 11 titres, au final  « Petite anatomie du temps qui passe ». Ce climat étrange, étrangement familier même des compositions originales, courtes le plus souvent, et le goût d’ arrangements subtils  donnent  une cohérence mélancolique à cet OPUS 3. S’il y a une certaine pudeur à entrer dans la confidence,  si on pressent que le mystère ne sera pas dévoilé, on ne se sent pas exclu. Au contraire. Le délicatement voilé  « En ton absence » sait s’insinuer jusqu’à la blessure.  « Haunted»  est un autre thème un peu fétiche sur lequel Sophie Alour revient depuis son  dernier album  au titre déjà  révélateur « Uncaged ».  De la retenue  mais une invincible détermination, ce qui nous évitera les expressions clichés de « jazz féminin », ni même « jazz au féminin ». Mais en ce moment sur la place parisienne , une génération de jeunes saxophonistes femmes et une triade en particulier (Géraldine Laurent, Sophie Alour, Alexandra Grimal) osent, chacune à leur façon,  se frayer une voie (étroite) dans un monde musical très masculin. On évitera le piège des comparaisons  :  voilà des musiciennes qui parviennent à s’imposer par un caractère bien trempé, beaucoup de talent et une musicalité alliée à un réel amour du jazz.

Sophie Chambon

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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 22:00

 

 

 

On ne peut que saluer le geste. Et un sacré sens du timing ! Que Yann Martin choisisse l’album de Thomas Savy pour fêter le 100ème album du label « Plus loin » n’est  certainement pas dû au hasard. Une pierre, deux coups : sortir dans le même temps cet album magistral du saxophoniste français et s’offrir par là même une assez belle couverture médiatique. Et c’est avec le sourire des modestes que Yann Martin que nous rencontrions ce jour là dans un café de Montparnasse, savourait ce beau coup de projecteur. Rencontre avec un patron de label heureux.

 

 

yannmartin

D’abord il y a le physique qui se marie avec le caractère que l’on devine bien trempé, de ce breton (fier de l’être, comme tous les bretons) qui a volontairement choisi de se tenir éloigné de l’agitation de la capitale pour élire domicile à Rennes. Une gueule de marin qui en a vu d’autres. Physique volontaire et verbe incisif. Lorsqu’on lui demande pourquoi il ne fait aucun évènementiel à Paris pour célébrer ce centième, il fait poliment remarquer qu’un concert a justement été donné au festival « Jazz à l’étage  la Liberté » à Rennes, manière pour lui, transfrontalier convaincu, d’affirmer que le centre de la France doit se déplacer un peu hors des arènes de Lutèce. 

Mais revenons sur ce parcours impressionnant de ce label tout droit issu de l’ancien catalogue Nocturne, autre label qu’il a co-fondé en 2001. Au départ rien ne prédestinait cet hautboïste amateur à se consacrer au jazz, qu’il avoue avoir d’abord découvert par les contraintes du métier. Directeur commercial chez Media 7, il travaille avec Harmonia Mundi distributeur de quelques labels prestigieux comme Sketch (le label de son copain Philippe Ghielmetti), Enja ou Label Bleu. Quelques beaux fleurons du jazz s’il en est. A force des les côtoyer, de les défendre, Yann Martin dont ce n’était pas forcément l’univers au départ, se met à aimer les jazzmen et leur musique et décide de se lancer dans l’aventure en créant Nocturne en 2001 avant de s’en séparer en 2006 pour divergences de vues artistiques. Il fonde alors  « Plus Loin Musique » embarquant avec lui une partie des artistes et du catalogue.  Et c’est avec une équipe réduite, et une foule d’idées galvanisantes que Yann Martin se relance à nouveau dans l’aventure axée essentiellement sur la production de jazzmen français.

Aujourd’hui Yann tourne avec 40/45 artistes dont une 15aine qu’il suit depuis longtemps. Pensez que depuis le début de l’aventure, il a lancé (ou relancé)  des artistes comme Antoine Hervé, Pierrick Pedron, Pierre de Betmann, Christian Escoudé ou encore la très emblématique Elisabeth Kontomanou dont Yann Martin a très sérieusement contribué à relancer la carrière en France.

Quand on lui pose la question de ses choix musicaux, il se défend pourtant bien d’avoir un parti pris esthétique. Ce qui l’intéresse plutôt c’est de se définir comme un label généraliste investi dans des projets d’artistes. Il avoue d’ailleurs ne pas trop se reconnaître dans un label comme ECM qui lui donne parfois l’impression de reproduire le même schéma esthétique. «Ce sont les artistes qui font le label » dit-il. Sous entendu : ce n’est pas son choix d’imposer une sorte de marque de fabrique. L’idée de passer du producteur à celle du directeur artistique n’est pas réellement son truc. Certes il y a beaucoup de discussion en amont avec les artistes qu’il produit. Mais Yann s’interdit d’aller très loin dans ses préférences : «  si l’artiste est pris en main, je m’éclipse aussitôt ». Et en tout état de cause, c’est toujours l’artiste qui choisit son casting. Le principe d’artistes maisons qui tournent en sideman ou en leader n’est vraiment pas pour lui plaire.

Avec un rythme d’une 15 aine de sorties par an, Plus Loin Music reste un label à taille humaine. Yann Martin écoute d’ailleurs avec un peu d’amusement les médias parler de - crise du disque- : «  Cela ne nous concerne pas vraiment. Nous faisons de l’artisanat d’art ». S’il devait faire une sérieuse critique en revanche ce serait envers l’entreprise de banalisation de la musique qui a mené certains majors à vendre les artistes en boîtes de conserve, dans les Pubs TV, les rayons d’hypermarché ou les sonneries de téléphone. C’est là selon lui le vrai facteur déclenchant de la crise du disque.

Il n’empêche que tout artisan qu’il est, le patron du label breton n’entend pas rester enfermé dans son pré carré. Démarche qui  l’amène, dans un monde fortement mondialisé, à aller chercher plus loin, aller trouver d’autres sources d’inspiration. Et le Breton de s’évader au-delà des Côtes D’Armorique pour atteindre celle d’Outre Atlantique où il s’est construit quelques précieuses connexions. Cela fut évident avec ce fameux  album de Pierrick Pedron enregistré au studio System Two sous la houlette de Joe Marciano  gourou de Brooklyn qui présida aussi à l’enregistrement de Thomas Savy.  Car s’il y a bien une idée qui taraude un peu Yann Martin c’est bien celle de jeter des ponts entre le jazz d’ici et celui de New York dont le marché a un impact énorme et qui bien sûr possède toujours un réservoir inépuisable de talents immenses. Ce n’est d’ailleurs pas sans une certaine fierté qu’il annonce qu’un saxophoniste aussi surprenant que génial comme Rudresh Mahantappa, a fait appel à lui pour enregistrer sur son label. Sans être un découvreur à la dimension de Jordi Pujol ( Fresh Sound New Talent), Yann Martin a néanmoins jeté des connexions outre-Atlantique, à l’affût de nouveaux talents. On pense à la chanteuse Dee Alexander qui fut l’une des divines surprises présentée au Midem 2009 ou bien sûr ce «  coup de cœur » qui ne doit rien à personne avec Tigran Hamasyan dont Martin avoue qu’il est particulièrement heureux d’avoir eu le nez creux ( ou l’oreille bien avisée) en l’entendant alors que le jeune pianiste qui vivait à Los Angeles, n’avait encore du côté de chez nous aucune notoriété.

Mais en sens inverse l’idée de Yann Martin est aussi de se faire connaître aux Etats-Unis ou en Allemagne par un réseau d’attachés de presse capable d’assurer le relais. Indispensable pour éviter la claustrophobie hexagonale. C’est aussi pourquoi Yann Martin considère que son rôle s’étend bien au-delà de la production et doit inclure le booking en offrant plus aux artistes qu’il héberge. Plus loin. Et si l’on parle de la crise du disque, lui affirme que c’est aussi parce que nombre de labels n’ont pas su s’investir dans le booking de leurs artistes. Presque jusqu’à dire que le producteur a la responsabilité de faire tourner ses musiciens.

Plus en forme que jamais, le label compte bien nous réserver quelques belles surprises en 2010. Que l’on en juge par le calendrier des sorties :

 Janvier : Thomas Savy avec Scott Colley et Bill Stewart

Fevrier : Méderic Collignon

Mars : Sophie Alour / Les Frères Moutin

Avril : Antoine Hervé ( avec un DVD  comprenant ses leçons de jazz sr Oscar Peterson) / Christian Escoudé

Mai :  Emmanuel Bex et Dédé Ceccarelli

Juin :  Barry Harris ( en trio avec Philippe Soirat et Matthias Allamane)

Août : Césario Alvim avec Eddie Gomez /

Septembre : séquence découverte avec Kellyle Evans (vc) avec Marvin Sewell

Octobre : Dee Alexander ( belle découverte du label en 2009) / et surtout le sublime et très étonnant saxophoniste Rudresh Mahantappa qui vient sur le label avec son propre trio américano-franco-irlandais ( Ronan Guilfoyle et Chandler Sardjoe)

Novembre : The Cookers ( avec Bill Harper, Eddie Henderson, David Weiss, Craig Handy, Georges Cables, Cecil Mc Bee et Billy Hart) / David Weiss / et enfin Dédé Ceccarelli avec Jannick Top.

 

Si depuis le début de l’aventure Yann Martin multiplie les succès et les vraies raisons humaines et artistiques de se réjouir, il avoue sans l’avouer vraiment un petit regret : celui très rare de ceux qui s’en vont. Ainsi en est il du départ d’Avishaï Cohen pour  Blue Note ( label- grosse machine qui pour le coup fait tout sauf de l’artisanat). Mais demi-regret puisque c’est aussi la rançon de la gloire et une façon aussi de voir ses propres choix reconnus par les majors.

 

Jean-Marc Gelin

 

 

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