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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 07:38

ABRAHAM INC

Label Bleu 2009

David Krakauer (cl), Fred Wessley (tb), So Called (sampler, kyb), C Rayz Walz ( rap), Katie Moore (vc), Matthew Flowers (vc), Joshie Armstead (vc), Alicia Krakauer (vc), Sheryl Bailey (g), Allen Watsky (g), Jerome Harris (b), Michael Sarin (dm), Freddie Hendrix (tp), Brandon Wright (ts), Will Holshouer (acc), Jordan Dare (techno remis)

 



 


Alex Dutilh ****(*)

Funny funk

Abraham Inc ou le parfait exemple des limites de l’analyse musicale universitaire. Car si David Krakauer peut être plus brillant au sein de son Klezmer Madness, Fred Wesley plus groovy sur ses projets jamesbrowniens et Socalled plus délirant sur ses propres bidouillages sonores, leur association dépasse largement la somme des parties. Abraham Inc, c’est la version Grosse Pomme de notre black-blanc-beur. Un geste culturel autant que musical. Krakauer avait déjà rapproché Bechet et Naftule Brandwein, cette fois ce sont les JB’s Horns et les Klezmatics. Et ça fonctionne comme s’ils avaient grandi ensemble. Naturellement. Ça danse, ça transpire, ça jubile et ça donne du bonheur. À l’Apollo de Harlem, foule en transe : c’est la vérité de cette musique.

 

Lionel Eskenazi : ***(*)

Voici un projet musical novateur et réussi, où l’ambition est aussi humaniste, dans sa tentative de rassembler les peuples juifs et noirs des Etats-Unis. Un concept triangulaire avec des mélodies klezmer (David Krakauer), un groove Funk (Fred Wesley) et une intrusion du hip-hop  et de l’électro (So called), pour une musique à l’esprit jazzy et dansant, à la fois sophistiquée et festive. Un travail de production et de mixage impressionnant pour une « fusion » détonante et chantante. Un seul bémol : le dernier morceau marginalisé par sa dominante électro.

 

Jérôme Gransac :  *

Abraham Inc. réunit trois têtes d'affiches dans des styles musicaux bien différents (funk, klezmer, hip hop). Le but de cette juxtaposition des genres n'est pas une fusion et c'est heureux. Mis à part « Trombonik » et « Fred the Tzadik », de nombreux titres sont expédiés. Inégale, la formule navigue de la funk à traits épais, à ce qu'on aime appeler du « Klezmer Box », en finissant par un titre électro au goût mauvais qu'on pourrait nous fourguer dans une ducasse à côté du stand de merguez-frites.

 

Pascal Rozat : **

Le problème est que la rencontre promise entre le klezmer de David Krakauer et le funk de Fred Wesley n’a pas vraiment lieu. Plus qu’à une fusion, on assiste à une juxtaposition de styles : ça commence par un chorus de trombone sur fond de rythmique groovy, suivi d’un solo de clarinette venu tout droit du yiddishland, puis d’un rap qui tombe comme sur un cheveu sur la soupe… Ajoutez à cela des boîtes à rythme racoleuses et une production hyper-léchée, et vous obtenez une sorte de Saint-Germain klezmer, une musique à danser lisse et sans vrai relief.

 

Jean-Marc Gelin : *

Ok pour le concept musical de brassage des cultures entre klezmer, hip hop et funk dans une sorte de melting pot politiquement correct. Mais il faudrait un peu de musique pour que cela suscite le moindre intérêt. Autre chose qu’une boîte à rythme et un collage de pattern dont l’intérêt ne fait que s’émousser de bout en bout. Cela veut faire « genre » et ça tombe à plat. Sauf peut être sur quelques Dance floor .  Mais à l’ennui du boum boum succède le mauvais gôut revendiqué d’une fin d’album  techno bien mal léchée. A éviter absolument

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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 07:59



Piano solo

Label forge

www.laforgecir.com


On a beaucoup de raisons d’aimer ce disque : François Raulin  déploie un enthousiasme communicatif pour parler du jazz et en jouer, un sens certain de la mélodie et de l’harmonie, une vraie science des arrangements. Ostinato est son deuxième album solo qu’il sort sur le label LaForge, production grenobloise avec lequel le pianiste continue un travail collectif d’improvisations.

Traversé par un désir constant de musique et de jeu, ce pianiste nous fait partager son goût des belles mélodies qui restent en mémoire comme une évidence.

Ainsi en est-il du « Lotus blossom » du merveilleux Billy Strayhorn, alter ego du Duke, compositeur de quelques uns des plus beaux standards de l’histoire du jazz, qui, sous les doigts du pianiste, devient la mélodie épurée d’un film imaginaire, minimaliste et émouvant.

Ostinato ? Une figure répétée pendant une partie ou tout un morceau, qui remplit un rôle expressif. L’album porte bien son nom, car la douce insistance, la subtilité harmonique, le choix des demi-teintes allié à un sens rythmique rigoureux et souple sont la marque de la musique de François Raulin.

Une élégance musicale irréprochable, qui gagne au fil des thèmes en intensité et en force persuasive, les tempos étant habilement alternés : d’un premier titre très doux, « Little Nemo s’éveille » où le piano cristallin commente à mi-voix, on passe sans effort à « L’appel de la forêt » précis et délié, ou à des compositions alertes, plus tendues, voire entêtantes « Ziggedi ».

Virevoltants ou obsédants, mais toujours lyriques, ces thèmes entraînent vers une intimité partagée, chez soi, ou entre amis.

Après un « roulé-boulé» très nerveux, on finit cette promenade musicale sur « Images de décembre », une ballade de circonstance où domine cette impression ouatée et floconneuse, persistante, sans éclats trop vifs, de ritournelle sous influence.

On reste avec cet Ostinato sous l’emprise de ce pianiste, et ce, pour notre plus grand plaisir. Sophie Chambon

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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 07:44

 

Yorgui Loefler (g), Gigi Loeffler, Billy Weiss (rhythm g), Vincent Bidal (p), Gino Roman (cb). 29 juin / 3 juillet 2009. Le Chant du Monde / Harmonia Mundi.

Où va s’arrêter la fertilité du génie manouche ? A 30 ans, Yorgui Loeffler présente son second album, patiemment mûri et qui bénéficie d’un équilibre sonore remarquable. Il y affirme une identité  prometteuse : une cohésion rythmique à toute épreuve (« Sing Sang Sung »), un répertoire quasi entièrement original qui explore souvent des climats mêlant en d’attachantes réussites nostalgie et lyrisme (« Lui et Moi », « Bolero de Lovia »), une couleur orchestrale élargie au toucher sensible du pianiste Vincent Bidal, une maîtrise instrumentale suffisamment aguerrie pour faire passer la plénitude d’un discours flamboyant et toujours clairement articulé avant de vains excès de virtuosité. Un artiste qui a incontestablement les moyens de continuer à nous séduire tout en gardant dans ses doigts le suc de ses racines.

Stéphane Carini.

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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 22:16

Collectif publié sous la direction de Francis Hofstein

Editions du FELIN

 

 

Ouvrage publié avec le concours du Centre national du Livre

Et avec la participation de la Villa TAMARIS centre d’art de La Seyne sur mer 

 

 

 


 

Les livres de jazz ont tendance à se multiplier, essayant avec plus ou moins de bonheur de changer leur angle d’approche, pour plaire à un public chagrin.

L’art du jazz vise la qualité, avec une matière dense, qu’illustre une très riche iconographie (plus de 200 illustrations). Cette nouvelle publication sur un marché en crise ne joue pas la carte d‘une histoire analytique du jazz pour amateurs éclairés, ni d’une introduction, pour néophytes, à cette musique et à son écoute. Mais les curieux comme les connaisseurs prendront plaisir à découvrir ces regards singuliers sur la création et le jazz.

Espace privilégié des esthétiques, la revue propose une réflexion ouverte sur les différentes formes d’art relatives au jazz, créant des passerelles entre elles, autour de cet objet aimé .

Ouvrir un espace décalé, oblique entre le passé du jazz, mythique et les avatars plus actuels, est l’un des objectifs du collectif, qui tricote, au fil de vagabondages savoureux,  des rapprochements inédits, s’autorise en un mot des chemins de traverse réjouissants.

 

Après la sortie, en 1991, du volume Jazz de La revue d’esthétique et dans le souvenir vivace des Cahiers du Jazz , Francis Hofstein, psychanalyste, écrivain, collectionneur (fou) d’objets de jazz ( c’est lui qui prêta un certain nombre d’objets tout à fait  exceptionnels à Daniel Soutif pour l’exposition  Le Siècle du jazz  au Quai Branly ) décida la création d’une nouvelle publication.

Lire la suite.....
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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 21:37

 

"Nous sommes tous des fils d'Abraham"

 


Nous avons rencontré l’époustouflant clarinettiste américain de passage à Paris, pour la sortie de « Tweet Tweet », un album signé sous le nom de groupe : « Abraham Inc » (regroupant David Krakauer, Fred Wesley et So Called). Cette formation sera en concert le 03 décembre aux Transmusicales de Rennes et le 04 décembre à Amiens.

 

Propos recueillis par Lionel Eskenazi, le 03 novembre 2009.

 

- DNJ : Vous parlez couramment le français, vous avez eu l’occasion d’étudier au conservatoire à Paris. Parlez-nous de votre amour pour cette ville et plus généralement pour la France.

 

-D.K : J’ai passé le concours du conservatoire de Paris et j’ai pu obtenir une bourse pour venir étudier la clarinette pendant un an, c’était durant l’année scolaire 1976-1977. Je parlais déjà un peu le français et j’ai pu ainsi améliorer à la fois mon apprentissage de la langue et ma pratique instrumentale. Depuis j’éprouve toujours une sensation particulière, très sentimentale, quand j’arrive près de la gare de Lyon, car je me rappelle de mon arrivée avec ma grosse valise, j’avais 20 ans et je portais en moi toute la fragilité et l’espoir que l’on éprouve à cet âge crucial où l’on quitte l’enfance pour rentrer dans l’âge adulte.

 

- DNJ : A l’époque vous ne jouiez que de la musique classique ?

 

lire la suite de l'entretien avec DAVID KRAKAUER

 

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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 08:17

GRETCHEN PARLATO : « In a Dream » ****

1 CD Obliq Sound/ Musicast – 2009

Gretchen Parlato (voc, perc), Lionel Loueke (g, voc), Aaron Parks (p, claviers), Derrick Hodge (b, elb), Kendrick Scott (dms).



Dans les quelques articles qui lui ont été consacrés jusqu’à présent dans la presse française, Gretchen Parlato nous a toujours été présentée comme une surdouée, une super-crack, voire une virtuose. Pensez donc : elle fut en 2003 la première chanteuse à être admise au concours du prestigieux Thelonious Monk Institute, devant un jury comprenant Herbie Hancock et Wayne Shorter ! Pourtant, ce qui frappe d’emblée à l’écoute n’est pas tant sa grande maîtrise vocale et musicale qu’une certaine forme de simplicité et de fraîcheur. Une voix sensuelle et légère, presque fluette, un placement rythmique subtilement déhanché qui semble devoir beaucoup à l’influence brésilienne. Bref, Gretchen Parlato (Ah ! ce nom de conte de fée…) sonne un peu comme une Astrud Gilberto qui aurait appris à chanter… et à improviser. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’on retrouve à son répertoire la Doralice de Jobim immortalisée sur le fameux album « Getz/Gilberto ». Ce deuxième disque sous son nom s’ouvre sur une formidable reprise du standard de Michael Jackson I Can’t Help It (signé Stevie Wonder), en duo avec son vieux complice Lionel Loueke à la guitare et aux percussions buccales. Disons-le, leur association, déjà expérimentée sur l’album de Loueke « Virgin Forest », a quelque chose de magique. Entre Brésil et Afrique, une musique chaloupée 100% bio, à base d’éclat de voix, de cordes grattées et de claquements de langue, sans colorant ni conservateur. Les deux autres duos émaillant l’album sont du même tonneau. Sur les autres plages, Gretchen est épaulée par un groupe plus étoffé de jeunes lions new-yorkais, qui la tire vers des territoires plus urbains, plus jazzy, avec un zeste de pop parfois teintée de hip-hop. Un groove souple, élégant, efficace, peut-être un brin formaté, mais qui met parfaitement en valeur la qualité des mélodies. Vous l’aurez compris : « Ina a Dream » est un disque tout en séduction. Laissez-vous tenter !

Pascal Rozat

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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 20:57


EVENEMENT !



Double album : CD1 « Jazz classique », CD2 « Jazz moderne ». Personnel détaillé dans le livret. 8 / 13 juillet 1958. Ina mémoire vive / Abeille Musique, 2009.

Ce double CD est un évènement : d’abord parce qu’il restitue, en la diversité de ses classicismes, la situation du jazz alors qu’il commence à basculer dans l’ère des révoltes puis des actualisations permanentes ; ensuite parce qu’il marque le début d’un travail de diffusion ordonnée des archives jazzistiques de l’INA, vraie délivrance de la mémoire que l’on n’espérait plus(*) ; enfin parce que musicalement, tout cela, qui se joue live du 8 au 13 juillet 1958, durant la première et unique édition du Festival de Jazz de Cannes (précurseur de celui d’Antibes-Juan-les-Pins deux ans plus tard, comme le relève Alain Tercinet dans le livret) est du plus haut niveau. Il faut y insister, il est loin ce temps de cohabitation généreuse des styles et des générations tant les festivals dits « de jazz » sont aujourd’hui devenus une vaste entreprise de « re-marketisation » d’autre chose. Sur chacun de ces CD, d’une qualité sonore impressionnante, se succèdent quand ils ne se côtoient pas sur scène, les monstres sacrés de l’époque : Sidney Bechet (quelle puissance, quelle sonorité, quelle plastique de l’instrument !), Coleman Hawkins, Ella Fitzgerald (au swing si immédiatement radieux !), Roy Eldridge et Dizzy Gillespie pour une jam associant Teddy Buckner et Bill Coleman depuis plusieurs années établi en France, le Modern Jazz Quartet (palme à Connie Kay pour son génie de coloriste-percussionniste) ou Stan Getz (et ses déambulations insolentes de classe dans « Broadway »). Mais la curiosité musicale ne doit pas se limiter à ces têtes d’affiche. Sans tout épuiser, on appréciera aussi un Arvell Shaw (cb) fabuleusement inspiré sur les prestations des bluesmen Sammy Price ou Joe Turner, l’expressionniste « Frotti-Frotta » de Claude Luter (avec Guy – l’oncle de Jean-Loup – Longnon à la trompette), la superbe interprétation de Tete Montoliu en solo (« Blues »), le jeu olympien du grand Zoot Sims, la prestation du quartet du vibraphoniste Michel Hausser (et le jeu aux balais du regretté Dante Agostini !), les choruses de Hubert Rostaing et Michel de Villers tenant la dragée haute à Coleman Hawkins et consorts sur un bien mal nommé «Undecided » ou enfin l’inventivité ébouriffante d’un jeune stakhanoviste du festival (il accompagne Getz, Barney Wilen, Dizzy Gillespie) s’ébrouant dans une virtuosité toute powellienne qu’il transforme en bien autre chose sur un « The Squirrel » endiablé : Martial Solal.

 

Stéphane Carini


 

(*) Parallèlement à la sortie de ce double CD, l’INA rend accessibles sur son site www.ina.fr non seulement une bonne partie des images de ce festival mais aussi bien d’autres archives qui pour n’être pas toutes inédites constituent désormais un patrimoine inestimable pour l’histoire du jazz en France et dans le monde. Au total une centaine d’heures disponibles depuis le 5 novembre 2009.

Nb : Pascal Rozat, qui a coordonné les albums et DVD évoqués dans le présent article en sa qualité de conseiller du président de l’INA, est membre du comité de rédaction des DNJ.


Toutes les vidéos du Festival de jazz de Cannes sur Ina.fr : cliquez ici

 

retrouver ce média sur www.ina.fr
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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 14:55

Harry Allen (ts), Patrick Cabon (p), Cedric Caillaud (cb), Philippe Soirat (dr). 25 mars 2008. Aphrodite Records.


Les initiés apprécieront : il est rare que l’un des intimes de Ray Brown, Jean-Michel Reisser, auteur des très instructives notes de pochette, et l’un des praticiens les plus sensuels et réputés de la contrebasse, John Clayton, conjuguent leur louanges. Ils le font ici au bénéfice d’un musicien français qui domine remarquablement et sans esbroufe son sujet : Cédric Caillaud. Sa complicité avec le saxophoniste Harry Allen – que le Duc des Lombards a opportunément fait connaître en France – est née au hasard d’un remplacement assuré à la demande de Pierre Boussaguet (scandaleusement absent de nos scènes). Ce qu’interprète le quartet réuni pour cet album est un idiome classique mais qui requiert une musicalité et une disponibilité de chaque instant pour jouer la note juste, enrichir la sonorité d’ensemble, préserver le sens du blues (comme sur ce bel hommage à Griffin : « The Jamfs Are Comming ») et dispenser l’inspiration mélodique la plus élevée. Ce n’est pas le moindre des talents du leader que d’avoir choisi un répertoire savamment équilibré, balançant entre thèmes inusables, morceaux beaucoup plus rarement joués et originaux de belle facture, et de les avoir, par un discret mais opiniâtre travail d’arrangement (comme Ray Brown en avait lui-même le secret et l’exigence), habillés en des véhicules d’expression parfaits pour le groupe (l’introduction de « Our Delight » ou encore de « Robin’s Nest », le choix judicieux d’un tempo très lent pour un « That’s All » de rêve, etc.). Dans de tels écrins, la classe de Harry Allen se déploie pleinement : mobilité du jeu, élégance et qualité du discours, maîtrise aérienne du tempo, sens des inflexions, etc., toutes qualités patiemment polies et personnalisées à l’écoute des aînés (Zoot Sims sans doute, Ben Webster et Charlie Rouse peut-être). Sous la férule du leader (beau son, cadence infaillible, volubilité en soliste), la rythmique est extrêmement et insolemment soudée : le « comping » de Patrick Cabon est attentif et détendu et le drumming de Philippe Soirat crépitant à souhait, faisant fructifier le sens de l’écoute et de la nuance d’un Tiny Kahn par exemple (sidérant « Yours Is My Heart Alone », « I Want To Be Happy »). Un excellent disque, pétri de swing, d’inventivité et pour tout dire : de goût.

 

Stéphane Carini

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28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 22:27

Cam jazz 2009

Après s’être attaqué avec brio aux sonates de Scarlatti, le grand pianiste Enrico Pieranunzi revient à une musique plus personnelle qu’il explore au cours de ce Wandering, auto-portrait en forme de promenade musicale, récital composé de 14 pièces qui créent une suite, un long métrage imaginaire. Il ponctue son vagabondage de brefs interludes appelés « wanderings », « improvisions », «improstinatos», renouvelant ainsi les tempos, de façon plus libre, mais toujours cohérente comme dans « Dark ». Une sonorité indéniablement belle, une technique imparable et une inspiration infaillible. Avec une limpidité brillante, le pianiste s’impose moins par le swing (il a une pulsation subtile et prenante) que par l’établissement d’un climat particulier : l’atmosphère sans être mélancolique est sombre et mystérieuse, avec un penchant marqué pour l’abstraction au cours de ces rêveries introspectives. Partenaire privilégié des plus grands comme Chet Baker, Charlie Haden, ou au sein de son trio formé il y a plus de vingt ans avec Marc Johnson et Joey Baron, il est l’un des pianistes de jazz qui comptent dans cette tradition classique (Fermati a guardare il giorno) .

Un jeu aéré, harmoniquement lumineux, sans grand hasard aux effluves tendres, sentimentales  sur « Rosa del Mare », aux accents plus fervents sur « Foor Fee » ou « Wandering 1 ».

Alors, classicisme un peu conventionnel, ou art de petites pièces pas faciles, vibrantes, qui jaillissent en éclats tranchants comme cet avant-dernier « Improstinato 2» ?

Enrico Pieranunzi  s’essaie à des choses qu’il ne réussit pas toujours mais peut-on lui reprocher sa prolifique inventivité avec tous ses albums sortis sur le label Camjazz? Visiblement il n’en a pas encore fini avec lui-même et les fantômes du passé comme il essaie de nous en convaincre dans le final « For my true love ».

 

Sophie Chambon

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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 21:57

Jazz Icons 2009

Art Blakey (dm), Jackie Byard (p), Nathan Davis (ts), Freddie Hubbard (tp), Reggie Workman (cb)

 



La collaboration entre l’éditeur jazz Icons et les archives de la télévision Britannique (BBC) ou Française (INA) permet aux jazz-fans l’accès à une masse documentaire intéressante parmi lesquels on trouve un florilège de concerts donnés en France dans les années 60. Après un précédent DVD consacré aux Jazz Messengers en 1958,  cette nouvelle série de Jazz Icons permet de découvrir notamment ’un concert donné en 1965 à Paris à la Mutualité par cette version des Jazz Messengers (intitulée Art Blakey «  New jazzmen ») qui prenait alors la suite de quelques autres versions dont la fameuse, celle ou Freddie Hubbard soufflait en même temps que Wayne Shorter et Curtis Fuller tandis que Cedar Walton prenait le clavierici occupé par Jackie Byard. Cette captation vidéo de moins d’une heure est donc d’autant plus appréciable que cette version des « New Jazzmen » n’est jamais entrée en studio. C’est autour du répertoire classique des Jazz Messengers que cette formation (les fines bouches diront que ce n'est pas forcément la meilleure mais.... ce sont des fines bouches) s’exprimait ce soir du 3 novembre autour des compositions du plus pur hard bop signées pour l’essentiel Freddie Hubbard (notamment The Hub, Crisis) et que le quintet balançait sur scène, sans répétition avec cette énergie parfaitement contrôlée des grands pros de l’écurie Blue Note. Et comme toujours avec Art Blakey ce que l'on entend d'abord c'est l’urgence de la pulse, c'est cette éclatante et impudique vérité du jazz, celle de l’accouplement sans gêne d'un batteur de génie et d'un contrebassiste pas moins inspiré, cette fornication féconde de la batterie et de la contrebasse devant laquelle les solistes héroïques tentent par un sursaut de pudeur de faire diversion en alignant des chorus qui ne parviennent pas vraiment à cacher que derrière eux une orgie rythmique s'en donne à coeur joie. Et ces solistes sont bels et bien magnifiques. A tout seigneur tout honneur, Freddie Hubbard omniprésent dans ce concert là, se révèle particulièrement en verve. Avec cette pétulance des "sûrs d'eux", cette franche attaque des notes de ceux qui savent qu'ils savent et qui ont l'air de tout entraîner d'une simple claque dans le dos. A ses côtés Nathan Davis fait le job et le fait bien même plutôt bien, avec une pointe de distance. Quand à Jackie Byard, déjà un peu la tête ailleurs, dans la musique d'après, dans l'inspiration qui suit le hard bop, il apporte ici un réjouissant décalage.

Si  ce  document  est plutôt bien filmé et bien construit on pourra néanmoins lui reprocher une image de qualité médiocre, plutôt cotonneuse. Mais on doit à nouveau rendre hommage au merveilleux travail éditorial que, fidèle à son habitude, Jazz  Icons  nous  propose,  allant  chercher  pour  l'occasion parmi les plus belles plumes du jazz pour étoffer ce DVd de liners particulièrement bien documentées. Ici ce n'est pas moins que Michael Cuscuna, célèbre producteur du label qui s'y colle et apporte un éclairage honnête et sans concession sur cette performance du 3 novembre 1965.

Jean-Marc Gelin

 

 


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