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20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 00:05
Notre attention s'est porté sur cet article à propos des pratiques de l'industrie du disque. Sans être vraiment étonnés sur le sujet, nous vous en recommandons la lecture, paru sur numerama.com:


Au Canada, des artistes se sont joints à une class action pour réclamer 6 milliards de dollars aux majors de l'industire du disque, accusées de pirater leurs morceaux depuis la fin des années 1980 et de ne pas régler leurs dettes.

Faites ce que je dis, surtout pas ce que je fais. Au Canada, l'industrie du disque affronte une class action lancée à l'initiative de la veuve du musicien de jazz Chet Baker, mort en 1988, qui réclame le paiement de ses droits d'auteur par les maison de disques. Warner, Sony BMG, EMI, et Universal Music, les quatre principales maisons de disques, ne nient par leur faute, mais simplement le montant du préjudice.

A la fin des années 1980, le gouvernement canadien a décidé de supprimer une licence obligatoire qui permettait aux maisons de disques de reproduire n'importe quel morceau de musique sur des compilations ou dans des albums live sans avoir besoin de négocier au préalable l'autorisation avec les auteurs, compositeurs et interprètes. Depuis, les labels doivent recueillir les autorisations morceau par morceau, artiste par artiste. C'est en tout cas la théorie. Car en pratique, les maisons de disques ont créé au Canada une "liste d'attente" où elles placent les chansons qu'elles utilisent, pour lesquelles elles comptent négocier les droits a posteriori. 

Comme le résume parfaitement bien Michael Geist, il s'agit en fait d'une "liste de reconnaissance de violation de droits d'auteur". Les maisons de disques inscrivent dans cette liste les chansons qu'elles piratent, en promettant de se mettre un jour en conformité avec la loi.

Sauf que depuis les années 1980, la liste a gonflé et contient aujourd'hui selon les plaignants plus de 300.000 titres, avec notamment des artistes très connus comme Beyonce, Bruce Springsteen, ou Sarah McLachlan.

Les artistes qui se sont joints à la class action réclament 20.000 dollars de dommages et intérêts (environ 13.000 euros) par chanson "piratée" par les majors. Soit un total de 6 milliards de dollars.

De leur côté, les quatre majors reconnaissent une dette de seulement 50 millions de dollars canadiens (environ 32 millions d'euros), dont 30 millions de dollars uniquement pour Universal. Les labels justifient en leur faute en parlant de manque de temps, ou de ressources insuffisantes pour identifier les ayants droit à contacter.

Rappelons simplement qu'aux Etats-Unis, une internaute a été condamnée à payer 1,92 millions de dollars pour avoir mis 24 chansons en partage sur Kazaa, soit 80.000 dollars par chanson. De quoi relativiser.

 

Article diffusé sous licence Creative Common by-nc-nd 2.0, écrit par Guillaume Champeau pour Numerama.com


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17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 05:47

L'Ina au rythme du jazz

Pascal RozatPascal Rozat, journaliste aux DNJ et Jazzmag, est conseiller d’Emmanuel Hoog, président de l’INA (Institut National de l’Audiovisuel). Il a accepté de se prêter au jeu de l’interview pour nous parler de la nouvelle offre jazz dont il a assuré la coordination à l’INA et qui se décline en deux volets : la parution d’un double CD consacré au Festival de jazz de Cannes 1958, « Jazz sur la Croisette », et la mise à disposition du patrimoine jazz de la radio et de la télévision française sur le site ina.fr.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Pascal ROZAT (Photo J. Gransac)

 

Lire la suite

 

 

En avant-goût, la bande-annonce:

 

 


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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 07:54

1 DVD Jazz Icons/ Abeille

Art Farmer (bugle), Jim Hall (guitare), Steve Swallow (contrebasse), Pete La Roca (batterie).

 

artfarmerlivein64

 

 

Les vrais amateurs de DVD de jazz, qui aiment que les jazzmen soient filmés avec goût, respect et talent, vont se régaler avec ce « Art Farmer Live in 64 », car une fois de plus, la collection Jazz Icons (c’est déjà la quatrième série), offre ce qui se fait de mieux dans ce domaine (et propose même un superbe livret de 20 pages). Le fabuleux quartette d’Art Farmer (avec Jim Hall) a eu une durée de vie assez courte (deux années), et nous ne remercierons jamais assez l’émission de TV « Jazz 625 » de la BBC, d’avoir immortalisé cette éphémère formation avec des images aussi soignées. Une lumière travaillée spécialement pour le noir et blanc et des cadrages composés avec un souci esthétique permanent et jamais gratuit, car ils proposent une passionnante profondeur de champ qui permet de mettre en perspective les musiciens entre eux. C’est bien vu car la forme colle parfaitement au fond : la musique intime et feutrée du quartette, au swing élégant et raffiné est filmée avec douceur et tact, nous montrant bien le principe de l’interaction musicale, en mettant en relation les musiciens entre eux. Et quels musiciens ! Art Farmer est au sommet, on a rarement entendu un bugle qui sonne aussi juste, tout lui paraît facile, des sensuelles et émouvantes ballades (« Dan That Dream ») aux morceaux plus rapides et véloces (« Bilbao Song »), il amène même une jolie bossa nova qu’il a composée (« Petite Belle »). Quant à Jim Hall, il est toujours replié sur sa guitare et sur lui-même, complètement habité par la musique et s’en donne à cœur joie sur « I’m Getting Sentimental Over You » où Art Farmer se retire, lui laissant tout le champ mélodique. La section rythmique est l’une des meilleurs de l’époque, c’est d’ailleurs celle qui composait le phénoménal trio de Paul Bley, avec un Steve Swalloiw moustachu d’à peine 24 ans assez méconnaissable et un Pete La Roca, de deux ans son aîné, à la fois discret et omniprésent. Un DVD qui vous remplira de bonheur ainsi que vos proches et que je vous conseille de mettre au pied du sapin le soir de noël.

Lionel Eskenazi

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13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 19:48

WATT 2009

Carla Bley, Steve Swallow, Ed partika quintet

Il y en a des ( j’en connais) qui sont toujours exaspérés par les Christmas songs que l’on se croit obligé de nous resservir tous les ans à l’heure des guirlandes et de la dinde aux marrons.  À ceux-là on ne peut pas toujours donner tort tant ils sont bien souvent un  terrain de prédilection pour l’affichage sans vergogne du mauvais goût libéré. Mais ceux-là auraient aussi la bonne heure d’aller écouter l’émission qu’Alex Dutilh a consacré à l’occasion du présent album de Carla Bley à ces chants de Nöel parfois magnifiquement transcendés. Car précisément, ce nouvel album échappe à cette mauvaise loi des séries pour rentrer plutôt dans la catégorie des réussites en la matière. La pianiste qui hésitait à faire un album en duo avec Steve Swallow, gênée par cette forme d’intimité, reprit cette idée des chants de noël autour le laquelle elle a souvent tourné au fil de sa carrière ( à titre très accessoire cependant) pour donner en décembre 2006 un concert à Essen avec le formidable quintet de cuivres Ed Partyka Brass Quintet. Et pour l’occasion Carla Bley eut l’idée d’arranger des chants de noël et d’y ajouter quelques compositions tournant autour du thème. Le résultat fut tellement surprenant et l’intimité avec ce quintet tellement fusionnelle qu’ils eurent l’idée de prolonger l’aventure et d’enregistrer ce répertoire en France à La Buissonne en 2008.

On ne pourra pas suspecter celle qui fut jadis une pasionaria montée sur les barricades des chants révolutionnaires avec Charlie Haden de tomber, l’âge aidant dans une sorte de nostalgie de ses racines suédoises. Ni même de succomber aux sirènes d’un marketing mal venu pour des compositeurs en mal d’idées fleurant l’aubaine du truc qui fait vendre à tous les coups. Car c’est ici tout le contraire. Carla Bley apporte au contraire une fort belle lecture à la fois sensible (mais pas trop) et décalée (juste ce qu’il faut) de ces chants de noël auquel elle apporte une sensibilité apaisée voire même un humour complice ( hell’s bells) . Avec l’aide d’un formidable quintet dans lequel le tromboniste Ed Partyka allume quelques guirlandes aux contours d’arabseque des cuivres,  Carla Bley et Steve Swalow se laissent aller avec douceur mais jamais avec mièvrerie dans une déambulation qui va de l’église allemande à une procession de Brass band dans la cité du Croissant un soir de réveillon (It came upon a midnight clear). Évitant tous les pièges de  ces chansons dégoulinantes de bonnes intentions chrétiennes que l’on écoute au pied du sapin, Carla Bley donne une autre vie à ces thèmes traditionnels. Il y a là une grande zenitude dans sa façon de concevoir la musique. Pas de la nostalgie mais juste une très grande tendresse.

Jean-Marc Gelin

 

réécoutez l'émision Open Jazz du 1er decembre

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13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 06:10



Justin Time Records 2009


David Murray est un personnage complexe. Ce musicien, qui a reçu de nombreuses récompenses semble être en quête perpétuelle de reconnaissance tout en souhaitant jouir de la plus grande liberté artistique. Après avoir rendu moult hommages à la musique afro-américaine sous tous ses angles, le saxophoniste s'est exilé en France il y a vingt ans, au risque d'être oublié par sa mère-patrie, pour raisons personnelles, se rapprocher du continent africain et poursuivre ainsi ses expérimentations dans le sanctuaire musical africain. Arrivé en France, commencent alors des rencontres avec des musiciens du crû africain (Positive Black Soul, Dieuf Dieul) et des musiciens guadeloupéens comme le formidable chanteur Guy Konket. Puis, il écrit un opéra en hommage à Pouchkine, dont le grand père était africain et compose un répertoire cubain pour un big band. En parallèle, ce boulimique maintient à flot le World Saxophone Quartet et développe différents quartets, d'abord avec D.D. Jackson puis Lafayette Gilchrist. David Murray est donc en quête d'identité: le jazz ou la musique de ses ancêtres? Les deux?

The Devil Tried to Kill Me est le troisième opus avec les Gwo Ka Masters, le quatrième projet créole avec Creole Project en 1998. Comme sur Yonn Dé et Gwotet , il s'est entouré d'un noyau dur de fidèles entouré de jeunes musiciens très talentueux et on y retrouve le même feu dévorant mais avec des compositions moins enthousiasmantes. Avec l'espoir de susciter une association aussi magique qu'inattendue, il fait de nouveau appel à une tête d'affiche (Pharoah Sanders pour Gwotet) en la personne de Taj Mahal – qui a du mal à se fondre dans l'univers Gwo Ka tellement Murray et ses monstres de groove occupent l'espace. Les musiciens se donnent avec sincérité et les envolées de Murray et de ses coéquipiers sont jubilatoires. D'ailleurs, une oreille non-avertie hurlera son exaltation et ses fesses du siège décolleront. Avec ces ingrédients, la musique aurait dû être – pardonnez l'expression – carrément bandante. Pourtant les arrangements flous de Murray, la grande confiance accordée à ses musiciens, les compositions expédiées font tourner l'affaire, généralement vibrante en concert, dans une certaine routine.

Jérôme Gransac

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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 06:40

1 CD Gone Jazz / Orkhestra

Bill Carrothers (p), Anthony Cox (b), Jay Epstein (dm). 31 juillet 2008


 

Au concours de la reprise la plus insolite et la plus réussie de l’année, le titre inaugural de cet album mériterait certainement la médaille d’or : interpréter le thème de Dark Vador dans La Guerre des étoiles avec autant de swing et d’élégance, il fallait le faire ! On trouvera encore quelques autres surprises au fil de ce disque, notamment White Room, fameuse chanson du groupe Cream. Si le nom de Jay Epstein est sans doute peu familier du public français (à en croire sa page MySpace, il ne tourne plus guère hors de son Minnesota natal), celui de Bill Carrothers l’est en revanche beaucoup plus. Ensemble avec le contrebassiste Anthony Cox, ils forment un trio des plus excitants, original, surprenant et hyper-réactif. Leur secret ? Ils se connaissent très bien et depuis longtemps, pour avoir écumé ensemble durant des années les clubs de la région de Minneapolis. D’où une cohésion parfaite et une interaction constante. Le jeu tout en subtilité harmonique de Carrothers s’appuie sur une contrebasse souple et inventive et sur un drumming d’une grande richesse de nuances, particulièrement dans l’utilisation des cymbales. L’un des charmes de ce disque est d’être structuré un peu à la manière d’un album pop, avec pas moins de quatorze morceaux généralement assez courts, voire parfois très brefs. Autant de petites vignettes aux ambiances bien affirmées, où le lyrisme et la poésie alternent avec des moments plus abstraits où étranges, telle cette marche brinquebalante jouée au piano préparée sur For All We Know. Soyons donc reconnaissants à l’infatigable Philippe Ghielmetti d’avoir initié la réunion en studio de ce magnifique trio : treize ans après leur premier enregistrement, il était temps !

Pascal Rozat

 

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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 06:16

EVENEMENT!!


"Au large d'Antifer" - Bruno Régnier, musicien des sens

29 novembre 2009 - Scène Nationale d'Orléans

Sébastien TEXIER (Sax alto et Clarinettes), Rémi DUMOULIN (Sax ténor et Clarinettes), Olivier THEMINES (Clarinettes), Alain VANKENHOVE (Trompette), Matthias MAHLER & Jean-Louis POMMIER (Trombone), Alexis THERAIN (Guitare), Frédéric CHIFFOLEAU (Contrebasse), Matthieu DESBORDES (Batterie), Pablo PICO (Percussions), Bruno REGNIER (Compositions et Direction)

On connait bien Bruno Régnier: musicien, arrangeur, compositeur, chef d'orchestre. On connait bien ses X'tet et CinéX'tet, "moyenne grande" formation à géométrie variable, qui l'un laisse libre cours aux envies de son créateur (la dernière en date sur cd est Suite de danses) l'autre met en en musique les films de Buster Keaton et The Mark of Zorro de Fred Niblo avec Douglas Fairbanks, qui paraîtra ces jours prochains et dont on pourra voir et écouter une représentation live au ciné Balzac à Paris le 13 décembre prochain.

Mais, on sous-estime son talent de compositeur. Sur la Scène Nationale d'Orléans, Bruno Régnier a mis en musique les peintures d'un jeune artiste: Louis Gagez. (ndr: Autant le dire tout de suite, je n'ai pas souhaité joindre une photo d'une peinture - bien que l'envie ne me manque pas - de Gagez, car cette photo ne ferait pas ressortir le plaisir stupéfiant que j'ai pu ressentir en zieutant au plus près ses oeuvres dans la petite galerie de la Scène Nationale d'Orléans juste avant le concert du X'tet. Il faut les voir en vrai, en face de soi et frissonner.)
On comprend tout de suite où Régnier a puisé l'inspiration pour composer "Au large d'Antifer". Antifer est un phare en haut d'une falaise de Fécamp et le seul tableau de Gagez qui porte un nom. Ce qu'on remarque dans ses peintures: c'est l'inexplicable impression de relief des figures sur une toile lisse. Puis il y a la vie qui se répand sur la toile, le mouvement des éléments des paysages - que ce soit la mer en furie ou un désert chaotique - la ténébreuse atmosphère où l'on ressent - sans véritablement l'identifier - cette beauté rassurante et joyeuse, cet halo coloré, comme une vision illuminée. Gagez a un secret: il travaille l'obscurité de sa toile, la colore d'un jus blanc, puis gratte, ponce, sculpte et découpe sa peinture. Le résultat est emballant.
Cette méthode de travail originale a été un élément déclencheur pour Régnier: il y a trouvé une correspondance avec sa façon de composer. Le même langage de travail.
Exigeant que de mettre en musique des peintures contemporaines! Il faut trouver un fil conducteur, illustrer la musique pour susciter l'envie de les voir chez l'auditeur. Lors du concert, une vidéo nous est projetée. Elle montre les peintures de Gagez sous tous les angles, avec des filtres de couleurs, cachées dans l'obscurité ou sur-éclairées. On découvre la main du jeune maître manipuler les couleurs, tapoter la toile, triturer les pinceaux et sculpter la peinture. Les images amènent le spectateur à dompter les sons pour les associer aux toiles: boisé de clarinettes qui évoque des atmosphères étouffantes, orageuses trompettes et grelons en percussion, étal de peinture sur trombone large, picotement de pinceaux pour clarinette taquine.

Par tous les moyens, Régnier déploie les atmosphères, les transcendent parfois: certaines qe l'on perçoit, d'autres qu'on devine. Surtout, Le compositeur a tout compris de l'oeuvre de l'artiste. D'abord obscure ou opaque - c'est la première impressions des peintures de Gagez - sa musique se fait doucement pop, nous entraîne dans son swing subtil et nous fait entrer au coeur des rouages de la toile... Au fur et à mesure du concert, Régnier met en exergue l'aspect enjoué et lumineux de la peinture de Gagez: ce petit côté mystérieux qui nous attire. Inexplicable. Plus qu'une mise en musique, Régnier s'est mis au service de la peinture avec une proposition musicale apaisée et léchée - se détournant d'une interprétation libre dans la musique - où l'on perçoit odeurs, chaleurs et vents. Régnier met en musique nos sens.

Jérôme Gransac


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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 06:35

1 CD Bee Jazz/Abeille Musique

Nelson Veras (g). Mai et août 2009.



« Ton jeu sonne plus américain que brésilien. Tu es sûr que tu es brésilien ? » lança en plaisantant Pat Metheny un jour de l’été 1992, alors qu’il venait d’entendre pour la première fois le jeune prodige Nelson Veras, tout juste débarqué en France à l’âge de quatorze ans. Près de deux décennies plus tard, la remarque a perdu beaucoup de sa pertinence. À l’écoute de ce premier opus en solitaire, pas de doute possible : Veras vient bien du pays de Baden Powell (le guitariste, bien sûr, pas le chef scout). En témoignent le choix du jeu aux doigts (sans médiator) et de la guitare classique, mais aussi un répertoire de reprises qui fait la part belle à Tom Jobim, Chico Buarque ou Milton Nascimiento, aux côtés de quelques standards à l’identité jazz plus affirmée. Contrairement à ce qu’ont fait récemment d’autres guitaristes (Philip Catherine, Sylvain Luc et bientôt – encore lui – Pat Metheny), Veras a fait le choix courageux d’un « vrai » solo : une guitare acoustique toute nue, sans overdubs ni bidouillages, au service d’une musique au dépouillement minimaliste, qui reste au plus près de la mélodie et fait chanter à merveille les cordes en nylons. Mais le jeu de Nelson recèle aussi sa part de mystère et d’abstraction, à l’image de l’étrange motif géométrique ornant le CD, qui n’est sans rappeler ses expériences passées proches du mouvement M-Base et de sa précision rythmique toute mathématique. Parfois, le guitariste déroute un peu, notamment dans sa manière laconique de laisser certaines pièces en suspens, sans réellement les conclure. D’une certaine manière, on aimerait retrouver plus souvent le sentiment d’évidence, le lyrisme simple et décomplexé de la dernière plage, My Favorite Things. À moins que ce ne soient justement les éléments de tension introduits ici et là au fil de l’album qui rendent cette ultime pièce aussi belle ?

Pascal Rozat



Pat Metheny et Nelson Veras à Marciac en 1992 (avec la citation ci-dessus) :

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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 06:20

Emouvance 2009




 C’est l’Evening mirror qui imprima le premier « The Raven »qui allait inspirer Manet et Mallarmé et dont Baudelaire devait reprendre le formidable « Jamais plus »ou  « Never more». La musique d’Eric Watson, inspirée du poème d’Edgar Allan Poe, accompagnait à l’origine la création Lettres, spectacle chorégraphique de la compagnie de Charles Créange, donné lors du festival de Strasbourg Jazz d’Or, en novembre 2007. Le compositeur songeait « à un rapport presque tactile entre musique et danse, ayant constitué un dispositif plutôt intimiste composé d’un piano, de deux instruments à cordes et d’une voix soprane.»  Très vite, les musiciens éprouvèrent le désir de s’approprier cette partition musicale, sans plus tenir compte des dispositifs scéniques et dramaturgiques. C’est l’origine de Midnight Torsion, projet musical d’improvisations, structurées par un texte en français et anglais, lu et chanté : un « sprechgesang » sensible et envoûtant, puisque c’est à la chanteuse comédienne Elise Caron qu’il fut demandé de se lancer dans cette aventure avec le goût, l’énergie, le talent qu’on lui connaît.  Admirablement secondée par le travail précis et affûté de Régis Huby au violon et de Claude Tchamitchian à la contrebasse, voilà une musique d’atmosphère qui saisit inéluctablement : on ne peut que s’abandonner en frissonnant à ce climat étrange, inquiétant, fantastique comme dans un film du genre. On est pris au cœur de la tourmente dans « The Visitor », malmené, bousculé, violenté même dans « Midnight extorsion ». Et jamais très loin de « La Chute de la maison Usher ». Le jazz est très loin, même si surgit, le temps d’un bref et doux répit, le piano d’Eric Watson avec la pulsation de « Lenore », le nom de la femme aimée. Au cœur de ces ténèbres qu’entretiennent cordes grinçantes, acérées, stridentes à souhait, crissements et frottements de l’archet, revit alors l’esprit de Poe, le maître du mystère, des dédoublements et apparitions, le chantre de ce réalisme étrange qui conduit au rêve, vite transformé en cauchemar. Une musique grave, exaltée, exigeante, lyrique que sert la plainte de tous les instruments . Comme toujours avec Emouvance, on retrouve la griffe du label, sa cohérence esthétique et artistique : le graphisme coloré, soigné de la pochette, le livret ombré de fantômes de textes, les notes de pochette explicites d’Eric Watson, assorties d’une présentation des plus pertinentes d’Anne Montaron, la prêtresse de la nuit d’A l’improviste, sur France Musique.

Une réalisation en tous points originale qu’il faudra aller découvrir en live pour sentir l’esprit du poète souffler derrière «the Purple curtain».

 

Sophie Chambon

 

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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 06:06

Oddjob - Institut Suédois à Paris - 26 novembre 2009

Peter Forss (b), Per "Ruskträsk" Johansson (sax, bcl), Goran Kajfes (tp), Janne Robertson (dr), Daniel Karlsson (p)

 

Dans le cadre du festival Jazzycolors, festival qui consacre les artistes étrangers des pays représentés par un centre culturel à Paris, l'Institut Suédois accueille Oddjob, ce jeudi 26 novembre 2009. Ce quintet suédois a adopté un line-up classique pour une musique originale et totalement vibrante. Oddjob, ce n'est pas un quintet de jazz avec répartition des soli. Non, Oddjob: c'est une atmosphère où on mélange habilement jazz acoustique et électro; une concoction de rêveries musicales à la Wim Wenders et d'ambiances Lounge qui côtoient les riffs des génériques des séries télévisées écrits par Lalo Schiffrin; des envolées saxophonistes à la Kenny Garrett qui s'échappent de la pesanteur de Miles; des rythmiques jungle au tribal qui flirtent avec la valse. Multi-instrumentistes et metteurs en scène sonore de leur musique, Johansson, Kajfes et Karlsson ponctuent l'esthétique d'Oddjob en modifiant les sonorités de leur instrument, jouent d'un instrument rythmique un peu inattendu et contrastent ainsi avec la force rythmique, mettent en relief les qualités singulières des compositions apparemment simples mais très efficaces par des interventions calculées. Oddjob effectue un excellent travail de texture sonore et associe à leur musique originale le côté théâtral d'un groupe décontracté et détaché. Formidable idée qu'a eu l'Institut Suédois, qui a fait mine de disparaitre en milieu d'année, d'accueillir ce groupe représentatif du jazz moderne suédois dans ces locaux! Il ressort de ce concert un halo de brillance et une envie irrésistible de revivre ce moment de béatitude. C'est peut être çà la « Swedish Touch ».

 

Pour écouter: cliquez là  et

The Big Hit:

Jérôme Gransac

 

 






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