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13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 06:10



Justin Time Records 2009


David Murray est un personnage complexe. Ce musicien, qui a reçu de nombreuses récompenses semble être en quête perpétuelle de reconnaissance tout en souhaitant jouir de la plus grande liberté artistique. Après avoir rendu moult hommages à la musique afro-américaine sous tous ses angles, le saxophoniste s'est exilé en France il y a vingt ans, au risque d'être oublié par sa mère-patrie, pour raisons personnelles, se rapprocher du continent africain et poursuivre ainsi ses expérimentations dans le sanctuaire musical africain. Arrivé en France, commencent alors des rencontres avec des musiciens du crû africain (Positive Black Soul, Dieuf Dieul) et des musiciens guadeloupéens comme le formidable chanteur Guy Konket. Puis, il écrit un opéra en hommage à Pouchkine, dont le grand père était africain et compose un répertoire cubain pour un big band. En parallèle, ce boulimique maintient à flot le World Saxophone Quartet et développe différents quartets, d'abord avec D.D. Jackson puis Lafayette Gilchrist. David Murray est donc en quête d'identité: le jazz ou la musique de ses ancêtres? Les deux?

The Devil Tried to Kill Me est le troisième opus avec les Gwo Ka Masters, le quatrième projet créole avec Creole Project en 1998. Comme sur Yonn Dé et Gwotet , il s'est entouré d'un noyau dur de fidèles entouré de jeunes musiciens très talentueux et on y retrouve le même feu dévorant mais avec des compositions moins enthousiasmantes. Avec l'espoir de susciter une association aussi magique qu'inattendue, il fait de nouveau appel à une tête d'affiche (Pharoah Sanders pour Gwotet) en la personne de Taj Mahal – qui a du mal à se fondre dans l'univers Gwo Ka tellement Murray et ses monstres de groove occupent l'espace. Les musiciens se donnent avec sincérité et les envolées de Murray et de ses coéquipiers sont jubilatoires. D'ailleurs, une oreille non-avertie hurlera son exaltation et ses fesses du siège décolleront. Avec ces ingrédients, la musique aurait dû être – pardonnez l'expression – carrément bandante. Pourtant les arrangements flous de Murray, la grande confiance accordée à ses musiciens, les compositions expédiées font tourner l'affaire, généralement vibrante en concert, dans une certaine routine.

Jérôme Gransac

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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 06:40

1 CD Gone Jazz / Orkhestra

Bill Carrothers (p), Anthony Cox (b), Jay Epstein (dm). 31 juillet 2008


 

Au concours de la reprise la plus insolite et la plus réussie de l’année, le titre inaugural de cet album mériterait certainement la médaille d’or : interpréter le thème de Dark Vador dans La Guerre des étoiles avec autant de swing et d’élégance, il fallait le faire ! On trouvera encore quelques autres surprises au fil de ce disque, notamment White Room, fameuse chanson du groupe Cream. Si le nom de Jay Epstein est sans doute peu familier du public français (à en croire sa page MySpace, il ne tourne plus guère hors de son Minnesota natal), celui de Bill Carrothers l’est en revanche beaucoup plus. Ensemble avec le contrebassiste Anthony Cox, ils forment un trio des plus excitants, original, surprenant et hyper-réactif. Leur secret ? Ils se connaissent très bien et depuis longtemps, pour avoir écumé ensemble durant des années les clubs de la région de Minneapolis. D’où une cohésion parfaite et une interaction constante. Le jeu tout en subtilité harmonique de Carrothers s’appuie sur une contrebasse souple et inventive et sur un drumming d’une grande richesse de nuances, particulièrement dans l’utilisation des cymbales. L’un des charmes de ce disque est d’être structuré un peu à la manière d’un album pop, avec pas moins de quatorze morceaux généralement assez courts, voire parfois très brefs. Autant de petites vignettes aux ambiances bien affirmées, où le lyrisme et la poésie alternent avec des moments plus abstraits où étranges, telle cette marche brinquebalante jouée au piano préparée sur For All We Know. Soyons donc reconnaissants à l’infatigable Philippe Ghielmetti d’avoir initié la réunion en studio de ce magnifique trio : treize ans après leur premier enregistrement, il était temps !

Pascal Rozat

 

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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 06:16

EVENEMENT!!


"Au large d'Antifer" - Bruno Régnier, musicien des sens

29 novembre 2009 - Scène Nationale d'Orléans

Sébastien TEXIER (Sax alto et Clarinettes), Rémi DUMOULIN (Sax ténor et Clarinettes), Olivier THEMINES (Clarinettes), Alain VANKENHOVE (Trompette), Matthias MAHLER & Jean-Louis POMMIER (Trombone), Alexis THERAIN (Guitare), Frédéric CHIFFOLEAU (Contrebasse), Matthieu DESBORDES (Batterie), Pablo PICO (Percussions), Bruno REGNIER (Compositions et Direction)

On connait bien Bruno Régnier: musicien, arrangeur, compositeur, chef d'orchestre. On connait bien ses X'tet et CinéX'tet, "moyenne grande" formation à géométrie variable, qui l'un laisse libre cours aux envies de son créateur (la dernière en date sur cd est Suite de danses) l'autre met en en musique les films de Buster Keaton et The Mark of Zorro de Fred Niblo avec Douglas Fairbanks, qui paraîtra ces jours prochains et dont on pourra voir et écouter une représentation live au ciné Balzac à Paris le 13 décembre prochain.

Mais, on sous-estime son talent de compositeur. Sur la Scène Nationale d'Orléans, Bruno Régnier a mis en musique les peintures d'un jeune artiste: Louis Gagez. (ndr: Autant le dire tout de suite, je n'ai pas souhaité joindre une photo d'une peinture - bien que l'envie ne me manque pas - de Gagez, car cette photo ne ferait pas ressortir le plaisir stupéfiant que j'ai pu ressentir en zieutant au plus près ses oeuvres dans la petite galerie de la Scène Nationale d'Orléans juste avant le concert du X'tet. Il faut les voir en vrai, en face de soi et frissonner.)
On comprend tout de suite où Régnier a puisé l'inspiration pour composer "Au large d'Antifer". Antifer est un phare en haut d'une falaise de Fécamp et le seul tableau de Gagez qui porte un nom. Ce qu'on remarque dans ses peintures: c'est l'inexplicable impression de relief des figures sur une toile lisse. Puis il y a la vie qui se répand sur la toile, le mouvement des éléments des paysages - que ce soit la mer en furie ou un désert chaotique - la ténébreuse atmosphère où l'on ressent - sans véritablement l'identifier - cette beauté rassurante et joyeuse, cet halo coloré, comme une vision illuminée. Gagez a un secret: il travaille l'obscurité de sa toile, la colore d'un jus blanc, puis gratte, ponce, sculpte et découpe sa peinture. Le résultat est emballant.
Cette méthode de travail originale a été un élément déclencheur pour Régnier: il y a trouvé une correspondance avec sa façon de composer. Le même langage de travail.
Exigeant que de mettre en musique des peintures contemporaines! Il faut trouver un fil conducteur, illustrer la musique pour susciter l'envie de les voir chez l'auditeur. Lors du concert, une vidéo nous est projetée. Elle montre les peintures de Gagez sous tous les angles, avec des filtres de couleurs, cachées dans l'obscurité ou sur-éclairées. On découvre la main du jeune maître manipuler les couleurs, tapoter la toile, triturer les pinceaux et sculpter la peinture. Les images amènent le spectateur à dompter les sons pour les associer aux toiles: boisé de clarinettes qui évoque des atmosphères étouffantes, orageuses trompettes et grelons en percussion, étal de peinture sur trombone large, picotement de pinceaux pour clarinette taquine.

Par tous les moyens, Régnier déploie les atmosphères, les transcendent parfois: certaines qe l'on perçoit, d'autres qu'on devine. Surtout, Le compositeur a tout compris de l'oeuvre de l'artiste. D'abord obscure ou opaque - c'est la première impressions des peintures de Gagez - sa musique se fait doucement pop, nous entraîne dans son swing subtil et nous fait entrer au coeur des rouages de la toile... Au fur et à mesure du concert, Régnier met en exergue l'aspect enjoué et lumineux de la peinture de Gagez: ce petit côté mystérieux qui nous attire. Inexplicable. Plus qu'une mise en musique, Régnier s'est mis au service de la peinture avec une proposition musicale apaisée et léchée - se détournant d'une interprétation libre dans la musique - où l'on perçoit odeurs, chaleurs et vents. Régnier met en musique nos sens.

Jérôme Gransac


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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 06:35

1 CD Bee Jazz/Abeille Musique

Nelson Veras (g). Mai et août 2009.



« Ton jeu sonne plus américain que brésilien. Tu es sûr que tu es brésilien ? » lança en plaisantant Pat Metheny un jour de l’été 1992, alors qu’il venait d’entendre pour la première fois le jeune prodige Nelson Veras, tout juste débarqué en France à l’âge de quatorze ans. Près de deux décennies plus tard, la remarque a perdu beaucoup de sa pertinence. À l’écoute de ce premier opus en solitaire, pas de doute possible : Veras vient bien du pays de Baden Powell (le guitariste, bien sûr, pas le chef scout). En témoignent le choix du jeu aux doigts (sans médiator) et de la guitare classique, mais aussi un répertoire de reprises qui fait la part belle à Tom Jobim, Chico Buarque ou Milton Nascimiento, aux côtés de quelques standards à l’identité jazz plus affirmée. Contrairement à ce qu’ont fait récemment d’autres guitaristes (Philip Catherine, Sylvain Luc et bientôt – encore lui – Pat Metheny), Veras a fait le choix courageux d’un « vrai » solo : une guitare acoustique toute nue, sans overdubs ni bidouillages, au service d’une musique au dépouillement minimaliste, qui reste au plus près de la mélodie et fait chanter à merveille les cordes en nylons. Mais le jeu de Nelson recèle aussi sa part de mystère et d’abstraction, à l’image de l’étrange motif géométrique ornant le CD, qui n’est sans rappeler ses expériences passées proches du mouvement M-Base et de sa précision rythmique toute mathématique. Parfois, le guitariste déroute un peu, notamment dans sa manière laconique de laisser certaines pièces en suspens, sans réellement les conclure. D’une certaine manière, on aimerait retrouver plus souvent le sentiment d’évidence, le lyrisme simple et décomplexé de la dernière plage, My Favorite Things. À moins que ce ne soient justement les éléments de tension introduits ici et là au fil de l’album qui rendent cette ultime pièce aussi belle ?

Pascal Rozat



Pat Metheny et Nelson Veras à Marciac en 1992 (avec la citation ci-dessus) :

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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 06:20

Emouvance 2009




 C’est l’Evening mirror qui imprima le premier « The Raven »qui allait inspirer Manet et Mallarmé et dont Baudelaire devait reprendre le formidable « Jamais plus »ou  « Never more». La musique d’Eric Watson, inspirée du poème d’Edgar Allan Poe, accompagnait à l’origine la création Lettres, spectacle chorégraphique de la compagnie de Charles Créange, donné lors du festival de Strasbourg Jazz d’Or, en novembre 2007. Le compositeur songeait « à un rapport presque tactile entre musique et danse, ayant constitué un dispositif plutôt intimiste composé d’un piano, de deux instruments à cordes et d’une voix soprane.»  Très vite, les musiciens éprouvèrent le désir de s’approprier cette partition musicale, sans plus tenir compte des dispositifs scéniques et dramaturgiques. C’est l’origine de Midnight Torsion, projet musical d’improvisations, structurées par un texte en français et anglais, lu et chanté : un « sprechgesang » sensible et envoûtant, puisque c’est à la chanteuse comédienne Elise Caron qu’il fut demandé de se lancer dans cette aventure avec le goût, l’énergie, le talent qu’on lui connaît.  Admirablement secondée par le travail précis et affûté de Régis Huby au violon et de Claude Tchamitchian à la contrebasse, voilà une musique d’atmosphère qui saisit inéluctablement : on ne peut que s’abandonner en frissonnant à ce climat étrange, inquiétant, fantastique comme dans un film du genre. On est pris au cœur de la tourmente dans « The Visitor », malmené, bousculé, violenté même dans « Midnight extorsion ». Et jamais très loin de « La Chute de la maison Usher ». Le jazz est très loin, même si surgit, le temps d’un bref et doux répit, le piano d’Eric Watson avec la pulsation de « Lenore », le nom de la femme aimée. Au cœur de ces ténèbres qu’entretiennent cordes grinçantes, acérées, stridentes à souhait, crissements et frottements de l’archet, revit alors l’esprit de Poe, le maître du mystère, des dédoublements et apparitions, le chantre de ce réalisme étrange qui conduit au rêve, vite transformé en cauchemar. Une musique grave, exaltée, exigeante, lyrique que sert la plainte de tous les instruments . Comme toujours avec Emouvance, on retrouve la griffe du label, sa cohérence esthétique et artistique : le graphisme coloré, soigné de la pochette, le livret ombré de fantômes de textes, les notes de pochette explicites d’Eric Watson, assorties d’une présentation des plus pertinentes d’Anne Montaron, la prêtresse de la nuit d’A l’improviste, sur France Musique.

Une réalisation en tous points originale qu’il faudra aller découvrir en live pour sentir l’esprit du poète souffler derrière «the Purple curtain».

 

Sophie Chambon

 

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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 06:06

Oddjob - Institut Suédois à Paris - 26 novembre 2009

Peter Forss (b), Per "Ruskträsk" Johansson (sax, bcl), Goran Kajfes (tp), Janne Robertson (dr), Daniel Karlsson (p)

 

Dans le cadre du festival Jazzycolors, festival qui consacre les artistes étrangers des pays représentés par un centre culturel à Paris, l'Institut Suédois accueille Oddjob, ce jeudi 26 novembre 2009. Ce quintet suédois a adopté un line-up classique pour une musique originale et totalement vibrante. Oddjob, ce n'est pas un quintet de jazz avec répartition des soli. Non, Oddjob: c'est une atmosphère où on mélange habilement jazz acoustique et électro; une concoction de rêveries musicales à la Wim Wenders et d'ambiances Lounge qui côtoient les riffs des génériques des séries télévisées écrits par Lalo Schiffrin; des envolées saxophonistes à la Kenny Garrett qui s'échappent de la pesanteur de Miles; des rythmiques jungle au tribal qui flirtent avec la valse. Multi-instrumentistes et metteurs en scène sonore de leur musique, Johansson, Kajfes et Karlsson ponctuent l'esthétique d'Oddjob en modifiant les sonorités de leur instrument, jouent d'un instrument rythmique un peu inattendu et contrastent ainsi avec la force rythmique, mettent en relief les qualités singulières des compositions apparemment simples mais très efficaces par des interventions calculées. Oddjob effectue un excellent travail de texture sonore et associe à leur musique originale le côté théâtral d'un groupe décontracté et détaché. Formidable idée qu'a eu l'Institut Suédois, qui a fait mine de disparaitre en milieu d'année, d'accueillir ce groupe représentatif du jazz moderne suédois dans ces locaux! Il ressort de ce concert un halo de brillance et une envie irrésistible de revivre ce moment de béatitude. C'est peut être çà la « Swedish Touch ».

 

Pour écouter: cliquez là  et

The Big Hit:

Jérôme Gransac

 

 






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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 07:43

Jazz Icons 2009

Jimmy Smith (org, voc), Eddie McFadden (g), Charles Crosby (dr). « Jazz Icons ».  Naxos 2009.

On ne se souvient peut-être pas assez quelle star du jazz fut Jimmy Smith à partir du milieu des années ’50, n’hésitant d’ailleurs jamais lui-même à faire la promotion de son immense talent : musicien-phare de l’écurie Blue Note, en son volet le plus funky, transfuge-vedette chez Verve au tout début de la décennie suivante avec, à la clé, des hits en même temps que de purs chefs d’œuvre de swing gravés avec Kenny Burrell, Wes Montgomery ou Oliver Nelson, courroie de liaison du jazz vers le son  Motown avant de s’installer confortablement en Californie, auteur enfin d’un come-back remarqué au cours des années ’80. Ce DVD nous le présente dans une formule et sur un répertoire plus qu’éprouvés (« The Sermon », « Got My Mojo Worker » – qui permet d’entendre, ou de se remémorer, sa voix rocailleuse, « See See Rider », etc.), lors d’un concert à la salle Pleyel en 1969. Une partie de la ferveur rageuse des années ’50 s’est estompée et les choruses du guitariste Eddie McFadden, partenaire régulier de l’organiste, sont inégaux mais c’est néanmoins une prestation de belle tenue qui se déroule et qui, même si la qualité sonore pêche sur les ballades (le grand Rudy Van Gelder avait lui-même eu beaucoup de difficultés avant de réussir à capter les nuances d’intensité du son de Jimmy Smith), permet de se concentrer sur son discours harmonique (la poignante introduction de « Days of Wine and Roses ») ou sur des filiations insuffisamment approfondies (notamment, compte tenu de ce que le premier instrument de Jimmy Smith fut le piano, le phrasé petersonien de certains traits). Abordons l’aspect technique du DVD, quitte à encourir les foudres des pros de l’équipe ! Quatre cameramen opèrent ici mais doivent affronter un réel défi, celui de filmer en deux dimensions (pas de profondeur de champ vers le public ou entre les membres du trio, alignés sur un même plan). Ils s’en tirent assez bien quand ils surplombent les mains de l’organiste, dévoilant une technique qui lui était propre (sa main gauche notamment), ou bien, à la faveur de la dynamique musicale, lorsqu’ils divisent astucieusement le plan en deux (cymbale, clavier) ou, mieux encore, en associant par des surimpressions convaincantes les doigts de l’organiste et son visage inspiré et concentré. En revanche quand ils sont contraints de filmer le guitariste sur son épaule ou de dos faute (d’espace et) de travellings suffisamment amples…on souffre avec eux. A l’impossible….

Stéphane Carini.

 

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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 18:16


Martial Solal a été nominé aux prestigieux Grammy Awards dans la catégorie "Best Improvised Jazz Solo" pour le titre On Green Dolphin Street extrait dans l'album "Live at The Village Vanguard" paru chez CAM Jazz (harmonia mundi)


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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 11:29

   

Photos Gerard Rouy

 

 

Evocations, relectures, adaptations et hommages divers constellaient le programme des 23e Rencontres Internationales D’Jazz de Nevers. Tels ces témoignages d’admiration et de respect rendus à Syd Barrett (ex-Pink Floyd) par l’ « i.overdrive trio » (Philippe Gordiani, Rémi Gaudillat, Bruno Tocanne), à Django Reinhardt (mais pas seulement) par le « Gipsy trio » du phénoménal Biréli Lagrène ou encore à la pop music (Beatles, U2, Tears For Fears, Police…) par David Chevallier en sextet avec Christophe Monniot, Yves Robert, Michel Massot, Denis Charolles et le chanteur David Lynx. Son programme s’intitule « Is That Pop Music ? », comme si la réponse s’imposait d’elle-même : « Non, bien sûr ! », tant la précision d’horloger et l’érudition sophistiquée des arrangements, ainsi que les parties vocales de David Lynx (qui « fait »… du David Lynx !), n’incitent pas toujours à facilement identifier les mélodies d’origine. Le pianiste Jean-Marie Machado s’attaquait quant à lui — non sans humour — à l’univers musical et poétique de Boby Lapointe, à la tête de son octette Danzas augmenté du chanteur André Minvielle. S’il n’est pas le premier à faire « la fête à Boby » — souvenons-nous par exemple du projet « Round about Boby » porté par le pianiste suisse René Bottlang en compagnie du chanteur britannique Phil Minton qui n’entravait que dalle aux calembours et contrepèteries du génial farceur de Pézenas —, Machado s’est livré à un véritable travail d’orfèvre par des arrangements tendres ou décalés des mélodies souvent truculentes du scaphandrier de La Ciotat, de L’hélicon (où le merveilleux tubiste François Thuillier est évidemment le soliste principal)

à La maman des poissons ou Ta Katie t’a quitté, avec la faconde du Béarnais Dédé Minvielle et une pléiade d’instrumentistes impeccables, tels que Jean-Charles Richard dont le soprano épicé ajoute un parfum inégalable à la sauce de Lapointe. D’une manière totalement différente, la clarinettiste Catherine Delaunay a choisi d’adapter en chansons des écrits de Malcolm Lowry dans sa création « Sois patient car le loup » interprétés par le bassiste John Greaves (ex-Henry Cow, ex-National Health, etc.), ici uniquement chanteur, au sein d’un quintette superbe et délicat avec Thierry Lhiver (tb), Isabelle Olivier (harpe) et Guillaume Séguron (b). Un univers sonore et poétique extrêmement tendu, raffiné et sensible, grâce à son instrumentation singulière, en particulier dans l’association des cordes de la harpiste et du contrebassiste. De son coté, Henri Texier s’est attelé dans “Prévert Blues“ à une mise en musique de textes (choisis par lui-même) de Jacques Prévert dits ou chantés par le comédien Frédéric Pierrot




au sein de son Red Route Quartet (Sébastien Texier, Manu Codjia, Christophe Marguet). On redoutait un peu il est vrai cette mise en scène de la musique, cette « mise en jazz » des pages de Prévert, force est de constater que l’opération est une réussite incontestable, en particulier grâce au talent du comédien qui ne surjoue pas (en dépit d’accents et d’attitudes à la Gérard Depardieu). Hormis des reprises de Sanguine et (inévitablement) Les feuilles mortes (alias Autumn Leaves — sic), le chef d’orchestre a choisi les textes les plus subversifs, virtuoses et profonds du poète qui, ne l’oublions pas, écrivait dès 1932 des pièces pour le groupe d’agit-prop Octobre (qui réunissait des comédiens engagés tels que Raymond Bussières, Maurice Baquet ou Mouloudji) et qui milita pour l’émergence d’un « théâtre du peuple » dans les années précédant le Front populaire. Bref. Autre grandiose joueur de textes et chanteur de sons, l’incomparable Beñat Achiary interprète avec une folle ferveur des chants traditionnels et des chansons d’amour, un hymne aux Black Panthers et le Django de John Lewis, des reprises de Nina Simone et de Colette Magny (qui se souvient d’elle ?), un poème de Lorca, etc. Le trio “Apirilean“ qu’il forme avec l’autre Basque Philippe De Ezcurra (acc) et Ramon Lopez (dm, perc) est un trésor de profonde concentration et de duende. Enfin, le merveilleux trio “Tryptic“ (François Couturier, Jean-Paul Céléa, Daniel Humair) a choisi, lui, de revisiter le « texte » de grandes partitions classiques (Beethoven, Mahler, Britten…) avec une sensibilité et un lyrisme exceptionnels, à des années-lumière de toute tentative de « playbachisation » (suivez mon regard) du répertoire classique. Mais le festival nivernais présentait aussi bien évidemment des groupes n’ayant pas de rapport au texte (encore que…). Comme le septet à cordes hollandais “Elastic Jargon“ (violons, altos, violoncelle, contrebasse, guitare électrique) de l’altiste Maurice Horsthuis sur des compositions originales du leader (pétri d’improvisation libre, de musique contemporaine et de tentations schubertiennes), balançant entre rigueur formelle et chausse-trapes audacieuses.




Outre le quintette “Share » de Baptiste Trotignon qui met à l’avant-scène les souffleurs Tom Harrell (tp, bug) et Mark Turner (ts), tous deux en grande forme, on retiendra le trio de Belges à l’instrumentation singulière constitué de Michel Massot (tuba, tb), Tuur Florizoone (acc) et Marine Horbaczewski (cello), pour une musique totalement inclassable (et c’est tant mieux !) aux climats variés et fleuris, mettant notamment en valeur le superbe virtuose du tuba à l’imagination sans limite. Et pour conclure, osons fièrement l’affirmer : Vive les jeunes ! Le power trio Jean Louis (Aymeric Avice-tp, Joachim Florent–b, Francesco Pastacaldi–dm) offre en effet le double mérite d’enjamber sans vergogne les frontières des publics et de nourrir son inspiration dans le free jazz, le néorock hardcore (comme Zu ou Massacre) et certaines manipulations électroniques. La revanche des raisins aigres sur les figues moisies !


Photos : Gérard Rouy

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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 07:47

BMC 2009

 

 

C’est un album curieusement construit que cet opus du quartet Kuhn/Monniot/Boisseau/ Marguet avec ses reliefs sur lesquels on passe et ceux sur lesquels on s’arrête. Si homogénéité il y a dans cet album il faut la voir dans le sens du collectif. D'abord parce que le quartet, qui tourne ensemble depuis quelque temps, participe collectivement au travail d'écriture. Ensuite parce que ce collectif s'exprime aussi dans cette façon "homogène" de jouer ensemble dans des configurations d'écriture assez différentes. Comme on dit, « ça tourne » merveilleusement bien, malgré l’émergence évidente de 4 personnalités bien distinctes. Il peut s’agir de cette façon qu’à Christophe Marguet d’apporter du relief à chacune des compositions. Avec une sorte de diction bien à lui, une façon de faire rouler les «  R », orfèvre dans son travail de mise en évidence. Christophe Monniot plus inégal se révèle totalement libéré et sauvage dans une fin d’album magnifique. Si l'on est un peu décus par la composition de Monniot (Have you met mystic) qui frôlait un peu l’ennui, en revanche Marguet signe un Song for Bacon absolument magistral tant dans son écriture que par la façon  qu'à Monniot d’empoigner le sax avec un « son » d’une rare densité. Lyrisme déchiré. Déchirant.  Boisseau quand à lui donne du corps à ce quartet avec un mélange de présence affirmée et discrète. Avec la stabilité et la rondeur des grands contrebassistes. Et puis dans cet album qui manque parfois de fil conducteur, il y a Joachim Kuhn qui est ici le véritable centre nerveux. Pièce centrale du dispositif. Intelligence du jeu. Brillance de ses interventions. Brillance dans le sens littéral du terme " lumière vive et éclatante". Qu’il s’agisse de ses interventions de pianiste ou de ses compositions, le contraste et la puissance qu’il apporte au discours est tout simplement magique. Un catalyseur d’énergie. Dans une fin d’album décidément bien construite,  Léo mélodie toute simple du pianiste achève le cycle de cette rencontre comme en amenant les musiciens à revenir avec plus de force à leur point de départ. Sauf qu’entre l’ouverture de l’album et sa conclusion, c’est un instant de vie et de fusion qui s’est opéré sous nos yeux. Construction efficace du temps.

Jean-Marc Gelin

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