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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 08:05

Nonesuch 2008-09-20

Bill Frisell (g), Rone Miles (cnt), Greg Tardy (ts, cl), Eyvind Kang (vl), Hank Roberts (cello), Tony Scherr (cb), Kenny Wollesen (dm)

 

 C’est un album très ambitieux que signe là Bill Frisell. Un album aussi fourre-tout qui résulte pour partie d’un travail déjà commencé à l’occasion de « Mysterio Sympatico », une commande présentée en 2002. C’est dire si l’on va chercher loin pour cet album qui mêle un peu tout, qui associe d’anciennes compositions avec des nouvelles, des parties enregistrées en studio et des parties en live pour un ensemble assez long de 2 CD qui veut se penser comme une suite mais dont il faut bien avouer que l’on perd totalement le fil conducteur. Fidèle à sa tradition Bill Frisell ne sous simplifie pas la vie puisqu’il puise dans plusieurs racines musicales à la fois allant du blues porteur d’une certaine tradition de l’Amérique à des racines plus africaines sur des tourneries où il se plaît à jouer de sa guitare comme d’une Kora. Quelques thèmes reviennent en boucle tel un leitmotiv marquant quelques repères dans cette grande et ambitieuse histoire américaine où les atmosphères cool que Bill Frisell se plaît à créer côtoient une certaine pétulance inventive du côté des cuivres. Lorsque Bill Frisell convie les cordes portées par la percussivité d’un Kenny Wollesen qui délaisse ici le vibraphone on est un peu gêné par l’emprunt de Bill Frisell à son copain John Zorn qui frôlent parfois le plagiat allant puiser à la fois du côté de Bar Kohkba (Probability Cloud) ou des superbes Dreamers (a change is gonna come) dont nous avons parlé cet été dans ces colonnes. De même ses compositions côtoient quelques emprunts tel Jackie-ing (Monk) ou un superbe Subconcious Lee (Konitz) qui tombe ici un peu comme un cheveu sur la soupe.

Alors, à défaut d’une démarche très claire de Bill Frisell , dont on aurait aimé qu’il exprime son propos au travers des liners notes explicites, on se perd dans cette œuvre ( cette somme devrait on dire) un peu magistrale mais surtout décousue où quelques moments superbes ( Probabilty cloud, Baba drame, Struggle part 2) côtoient néanmoins quelques moments d’ennuis distingués parmi lesquels on retiendra notamment quelques moments de bravoure du saxophoniste Greg Tardy ici véritablement décisif.               Jean-Marc Gelin

 

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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 08:03

Igloo/Abeille. 2007






C’est la crise. La vie est dure et cruelle dans un monde froid et sans pitié où règnent l’égoïsme et la misère des sentiments. Où sont donc passés l’amour, la chaleur humaine et la sensualité ? Qui revendique encore la quête des sens, l’émotion à fleur de peau et la brûlure du désir ? C’est une jeune femme belge et sa bande de musiciens qui va nous réconforter et peut-être sauver le monde. Elle s’appelle Mélanie de Biasio et une boule de chaleur logée au creux de son estomac va se dégager et nous irradier de bonheur et de volupté. Une musique ouatée, hypnotique et envoûtante, portée par une voix sensuelle et mélodieuse. Des compositions originales et lancinantes où règnent l’improvisation et l’invitation à un voyage onirique. Une cohérence musicale, soulignée par un remarquable travail de production, qui nous emporte dans un univers personnel, éloigné de tout formatage. Des chansons qui s’étirent avec générosité et charme, une ossature rythmique imperturbable où naviguent avec bonheur le mélange délicat d’un piano acoustique et d’un clavier électronique (et par moment l’envol d’une flûte charnelle ou d’un saxophone aérien). Une majorité de tempos lents et mediums qui n’empêchent pas le déhanchement d’un swing feutré et irrésistible (Never Gona Make It, Let Me Love You). Une reprise mémorable et déchirante de My Man’s Gone Now de Gershwin et une chanson oubliée, Les Hommes Endormis (jadis chantée par Brigitte Bardot) teintée de blues et de tendre nostalgie. Le charisme de la dame, le talent des musiciens et la beauté des compositions vous attendent le 09 décembre à Paris, rue des Lombards dans la chaleur feutrée du Sunside. Momentanément, il n’y aura plus de crise.
Lionel Eskenazi

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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 07:50

Aphrodite Records 2008

William Chabbey (g), David Sauzay (ts), Fabien Mary (tp), Didier Ithurssary (acc), Fabien Marcoz (cb), Mourad Benhammou (dm), Charles Bennaroch(dm)



 

 

 Il faut bien reconnaître qu’il y a là une certaine forme d’injustice si l’on en juge par le silence qui se fait autour de William Chabbey qu’il serait pourtant bien légitime d’élever au statut de très grand guitariste de jazz. Ce nouvel album du guitariste entouré de sa garde fidèle et rapprochée donnera peut être l’occasion de réparer cette incongruité et de faire parler de William Chabbey qui le mérite largement. J’ai entendu l’autre jour Alex Dutilh parler à son sujet des traces de Wes Montgomery et l’on ne saurait évoquer d’autres influences plus pertinentes tant il est vrai que c’est bien dans ce sillage là que se situe notre guitariste, amoureux du bop et de la sensualité du maître d’Indianapolis.  Il est aussi une autre référence qui est ici appelée, c’est celle de George Brown à qui William Chabbey voulait ici rendre spécifiquement hommage dans ce disque.

William Chabbey qui se signe toutes les compositions de cet album se situe clairement et sans détour dans la musique qu’il aime, celle du post bop qui aurait pu être éditée jadis par Blue Note dans les années 60. Car on ne découvre pas cette musique ici qui donne parfois des airs de souvent entendu. On la redécouvre juste tout simplement avec toujours autant de plaisir. Un plaisir qui ne fait pas oublier combien il faut de talent pour s’affranchir de sa complexité harmonique et rythmique.

Et le talent est bien au rendez vous. Il s’exprime sous les doigts de William Chabbey impressionnant de fausse désinvolture, de relâchement entre les notes qu’il égrène avec une facilité et une nonchalance déconcertante. Comme s’il n’existait aucune contrainte musicale (ou alors pas grand-chose pour lui). Saisissant de facilité ! Et l’on ne parle pas ici de la vitesse de son jeu car même dans les tempos lents, comme sur ce thème dédié à son père (Super 404), William Chabbey , jamais dans le spectaculaire  maîtrise de manière incroyable l’espace qu’il laisse entre les notes avec une sorte de lascivité très émouvante.

A ses côtés, tombés dans la marmite du bop des sixties, de sacrés musiciens qu’il s’agisse de la sensualité de Fabien Mary (il nous fait penser à Clifford Brown sur Buddy Boy Blues) ou de David Sauzay au phrasé sûr et tranchant. Sans parler de Mourad Behammou dont on a l’impression que Philly Joe Jones lui a filé les clefs il y a déjà quelques temps, aussi présent que solide, une sorte de rythmique « assurance tous risques », prompte à la relance, hyper présent et solide sans jamais se montrer envahissant. Sur la fin de l’album William Chabbey calme un peu le jeu et apporte intelligemment une couleur totalement nouvelle en conviant à la fête l’accordéoniste Didier Ithurssary qui change totalement d’univers. C’est un parti pris artistique assez malin par l’ouverture qu’il donne et le second souffle qu’il trouve. Une vraie réussite Jean-Marc Gelin

 

 

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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 07:53

Sélection et texte de Jean Pierre LION

Dessins et Scénario de Grégory ELBAZ




Voilà assurément une des pièces les plus étonnantes de la collection BD Jazz de chez Nocturne : dans sa dernière livraison , la maison d’édition rend hommage  à  Bix Beiderbecke, l’un des premiers solistes blancs, pionniers du « Jazz Age ».

Jean-Pierre Lion, chef d’entreprise dans le civil, a consacré quatre années à écrire la biographie du roi du cornet, indispensable pour mieux approcher le mystère de cette personnalité qui vivait en marge de sa propre existence..  Il était donc le mieux placé pour écrire les textes et sélectionner la discographie du  double album NOCTURNE et il s‘est acquitté de la tâche avec la même  précision érudite que pour son ouvrage colossal aux éditions Outre mesure (352 pages et 140 photos dont beaucoup inédites, avec la discographie complète du musicien).  Les  deux albums Nocturne illustrent la courte période d’activité discographique du cornettiste : de l’aventure initiale avec les Wolverines en 1924 ( le premier solo de Bix sur « Jazz Me Blues »), aux ultimes faces gravées en septembre 1930 « I’ll be a friend with pleasure » et  surtout le poignant « Georgia on my mind » du 15 septembre, tout dernier enregistrement de Bix, épuisé et littéralement  à bout de souffle .

Les grandes réussites ne sont pas oubliées, avec les chefs d’œuvre de 1927, la grande année bixienne (« Singin the blues », « Slow River », « Riverboat shuffle », « I’m coming Virginia » ) sans oublier les enregistrements souvent peu estimés (à tort) avec l’orchestre de Paul Whiteman (« Lonely melody », « From Monday on », « You took advantage of me »…). Enfin une perle rare est également à (re)découvrir : le seul titre enregistré par Bix lui même, au piano, « In a mist ».

Bix fut l’un des premiers solistes à affirmer un talent original, empreint de  poésie lyrique, intimiste et nuancée où inspiration et swing n’étaient jamais en défaut. Bix était détaché de tout sauf de la musique, affranchi du principe de réalité. C’est cet angle d’approche qu’a choisi le dessinateur Grégory Elbaz, pour illustrer le numéro. Avec un scénario très original au graphisme étrangement décalé, dans une encre à la couleur incertaine (entre gris noir et sépia) , il produit à ce jour  l’une des bandes dessinées les plus singulières de toute la collection. Le jeune Avignonnais a cherché à rendre compte de l’originalité de ce musicien, au-delà du mythe. Il insiste sur le caractère fantastique,  surnaturel de ce musicien plus que sur son addiction : il tient  à montrer ce qui en faisait un précurseur à l’heure même où son contemporain Louis Armstrong abordait une carrière exemplaire autant par la production que par la longévité. Il en fait un être d’une autre planète, simplement de passage sur notre terre, un O.V.N.I  musical plus qu’un être de chair et de sang. Cet aspect lunaire et fantasmatique est souligné par un texte soigné,  poétique et inspiré.

Ce numéro de chez Nocturne devrait rencontrer un vrai succès. Leon Bismarck Beiderbecke a  alimenté à son insu le mythe, inaugurant  la liste tragique des figures musicales hallucinées qui se brûlèrent les ailes. Il méritait bien que l’on s’en souvienne avec un pareil hommage.

Sophie Chambon

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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 07:50

Dexter Gordon Copenhague 1969

Ben Webster at Ronnie’s Scott 1964

Impro Jazz

 

Dexter Gordon (ts), Kenny Drew (p), NHøP (cb), Makaya  Ntshoko (dm)

Ben Webster (ts), Ronnie Scott (ts), Stan Tracey (p) , Rick Laird (cb), Jackie Dougan (dm)

 

  Deux concerts pour ce DVD de 48mn. Ou plutôt deux très courts extraits de concerts. Le premier filmé en 1969 avec les moyens du bord dans le fameux Café Montmartre y montre Dexter Gordon tel que lui-même dans son club fétiche de la capitale danoise. Mal filmé certes mais restituant au plus près cette ambiance de club. Démarrant dans les loges et suivant Dexter arrivant sur la scène, faisant des plans sur ce jeune public d’étudiants (on note tout de même au passage la présence dans ce public d’un oins jeune et moins étudiant, en l’occurrence Ben Webster venu en autochtone écouter son copain). Malgré sa qualité médiocre et sa brièveté, cette première partie ne se boude pas, elle sent la fumée des clubs de jazz comme ils existaient autrefois. Il ne témoigne de rien d’autre que de cela est c’est déjà pas mal.

4 ans plus tôt, autre lieu, autre ambiance plus guindée et plus froide, Ben Webster justement donnait au Ronnie Scott de Londres un gig comme tant d’autres. Mais même un gig comme tant d’autres c’est toujours avec Beam un évènement en soi. Il suffirait d’écouter trente secondes de ce DVD, l’intro de over the Rainbow par Ben Webster pour sentir toute la beauté du monde et sa fragilité aussi vous tomber dessus comme ça vlan d’un seul coup autant de grâce et de douceur que c’est pas possible c’est pas humain moi je peux pas y croire.

 

Valeur de témoignage historique certes pour ces deux titans du sax ténor mais qui sent un peu les fonds de tiroirs. Impro Jazz qui ne nous habitue pas forcément à faire le tri dans son catalogue, exhume quelques fois des documents d’une très médiocre qualité ou d’un intérêt très relatif. C’est le cas ici et l’on pourra aisément se dispenser d’encombrer un peu plus notre vidéothèque. Sans regret.

Jean-Marc Gelin

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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 07:46

 

 

Abyss
(Universal Jazz Music)
Propos recueillis par Bruno Pfeiffer

Le volcanique saxophoniste ténor va au bout de ses idées et nous offre un disque de compositeur. Nos émotions, déjà remuées par les charges émotionnelles intactes de son premier CD, SONE KA LA, empruntent les surprenants itinéraires de ses propres profondeurs. L'on s'engage avec fébrilité dans son sillage. L'on en remonte frissonnant et soulagé. Comme si nous nous étions accrochés aux épaules de l'artiste en recherche, pour une aventure inédite.



DNJ Vous avez découvert le jazz à 24 ans. Brusquement, vous avez tourné le dos à une carrière toute faite dans la haute administration. Que s'est-il passé?

JSB J'ai écouté John Coltrane. C'est comme si toutes le digues qui me protégeaient étaient tombées. J'ai senti un souffle puissant balayer d'un revers de main un échafaudage de certitudes. Le confort ne présentait plus aucun attrait. Il me fallait le rejeter pour continuer et revivre ce qui venait de se passer. Je suis parti à New-York, porté par l'admiration sans limite pour l'oeuvre de ce musicien. Je voulais évoluer dans son univers. Le retour à la réalité fut brutal dans Big Apple. En effet, il a fallu traverser une longue période de sacrifices. Je me suis même retrouvé dans un stade de complet dénuement. J'ai vite compris que la quête passait par là. Je me suis accroché. J'ai travaillé comme  possédé. Un soir je suis entré dans un club où jouaient Branford Marsalis et Roy Hargrove. Je suis monté sur scène. Au bluff : chacun a cru que je faisais partie du groupe de l'autre. J'ai tiré la moindre note que j'ai trouvé dans mes tripes. Deux semaines après, Roy m'embauchait dans sa formation. Je suis devenu respecté très vite. J'ai joué dans les groupes intéressants. Un signe : je pouvais entrer dans n'importe quel club! Une progression graduelle s'est mise en place. Je suis passé du stade de sideman au stade de leader. Irréversiblement.

 DNJ  Maintenant que vous avez creusé votre trou à New-York, restez-vous fasciné par la ville?

JSB Oh oui! Avec une nuance. New-York figure certes parmi mes sources d'inspiration permanentes, mais pas comme lieu emblématique. J'ai un rapport assez basique avec la culture américaine. Paradoxalement, ce sont les manifestations la nature qui y réveillent mes sentiments. Un arbre dans la rue; le reflet de la lumière sur une voiture; un passant qui traverse une avenue; le regard d'une personne que je croise; l'observation d'un échange entre deux êtres.

DNJ Avez-vous choisi le langage sans paroles de la musique pour ne pas être comparé au langage écrit de vos parents?

JSB Il y a du vrai, mais l'orientation n'est pas pleinement consciente. Ceci dit, j'essaie de composer comme ma mère écrivait : de façon imprévisible. J'essaie de surprendre mon auditeur. A chaque phrase. Comme elle y parvenait, à chaque paragraphe.

DNJ Que lisez-vous?

JSB Cela fait des années que je ne lis plus


DNJ Quel est le ressort de ce disque ?

JSB J'ai appliqué le principe de mon père, l'écrivain André Schwarz-Bart. Il me confiait : il faut être prêt à se couper le bras pour la moindre virgule. Une fois assuré de la conviction qui animait Abyss, j'y ai versé toute la passion possible. J'ai voulu avant tout m'impliquer en tant que compositeur. Concevoir et diriger les émotions a pris le pas sur le reste. J'ai réalisé cette oeuvre en hommage à mon père. J'ai tenu à lui ériger ce monument. Sa mort récente a fait ressortir une dimension inédite de moi-même. Je ne m'attendais pas à vaciller autant. Je considère les sentiments qui m'ont alors traversé comme une odyssée mystique.
S'ajoute à cette expérience cardinale dans la préparation du disque, le goût prononcé pour le monde aquatique. J'ai passé une période majeure de mon enfance à pratiquer la plongée. Cette passion m'a donné l'attirance des mondes inconnus. L'univers sous-marin se situe à l'envers de ce que nous, vivants, respirons sur la terre ferme. Une traversée de la réalité qui sort totalement de l'ordinaire. Chaque hublot ouvre sur un au-delà fantastique. De là vient Abyss, le titre du disque. Quant aux parties de saxo, j'aurais pu demander à mon copain David Sanchez. Il aurait accepté les yeux fermés; hélas il n'était pas libre à cette période. J'ai dû adapter et travailler sans relâche le jeu de mon instrument de façon à coller à la mesure de mon ambition musicale, et à interpréter les compositions.

 
DNJ  Comment écrivez-vous ?

JSB Pour aller plus loin avec ce disque, j'ai essayé d'entrer dans une transe.
Plus précisément, j'essaie surtout d'atteindre des niveaux d'intensité. Je dénombre certaines intensités par à-coups; d'autres fluides; d'autres bouillonnantes; d'autres enfin glacées. Ces dernières sont marquées de la peur de l'inconnu ou de l'infini. L'attitude ne varie pas: lorsque je compose un morceau, je me tiens à une forme d'intensité. Ensuite j'évolue dans le degré de force choisi; je créé des variations. Il peut survenir que je décide de changer d'intensité dans un même morceau. C'est rare.

DNJ En sus de son aspect original, le résultat s'inscrit scrupuleusement dans la grande tradition du jazz. Il frappe aussi par le recours à des musiques populaires. Quelles références revendiquez-vous ?


JSB Une armoire entière de références! Pour changer mes angles de composition, je compare mon travail avec d'autres écritures. Je rentre dans tous les détails. Pendant que j'écrivais, j'ai sélectionné une vingtaine d'albums, à mon sens le sommet du jeu et de la composition en jazz. J'ai tenu à poser la barre très haut. Certains créateurs me laissent toujours pantois : Monk, Mingus, Wayne Shorter, j'en oublie... Parmi mes préférés pour l'influence latine, notez également Milton Nascimento, Nino Rota, et Egberto Gismonti.
J'ai relevé que la frontière était ténue entre les grands Jazzmen, comme Herbie Hancock, et la musique brésilienne. Au début du disque, je chante une mélodie dans le style de Milton Nascimento. J'ai pris parti de l'interpréter comme un chant apache. Ces chants détiennent une vérité qui s'impose à l'esprit. J'ai aussi tenu à inviter sur un morceau Guy Conquete, le maître du GWO-KA antillais.
J'ai ressenti le besoin d'inscrire toutes ces références dans mon Kaddish. Il me semblait crucial de maintenir un lien entre les oeuvres que je viens de citer, et la mienne. Cela, j'insiste, tout en conservant un souci d'épure entre les parties abstraites et les parties mélodiques.

DNJ Vous ne citez pas Roy Hargrove parmi les influences?

JSB Ne confondons pas. Roy est un très grand trompettiste : il n'est pas un constructeur de mondes. Il n'est pas ces gens qui vivent en permanence dans une dynamique de reconstruction, et qui néanmoins se tiennent au style qu'ils se sont forgés.

DNJ  Subtile et l'inspirée, la musique dégage de surcroît une impression de puissance. Dans quel état avez-vous enregistré?

JSB Oh pas besoin de conditions spéciales! Je suis né avec un concentré d'énergie. J'ai pratiqué beaucoup d'arts martiaux (Judo; Karaté; Kung Fu) et le Yoga. La plongée est une bonne école du souffle. Je suis persévérant. Enfant, déjà, il était difficile de me faire quitter mes devoirs. Aujourd'hui, il faut me dévisser de la table quand j'écris. Et m'arracher le saxophone de la bouche pour que j'interrompe les exercices. La capacité d'endurance me permet d'aller au bout des efforts que l'objectif visé me fixe. Mais sans la passion, je resterais un monsieur avachi...

 

 

 

 

 

 

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21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 07:31

Intuition 2008




Il faut l’entendre comme un flux. Un flux vital. Quelque chose d’organique qui est à la musique ce que l’air ou le sang sont à l’être humain. Dans cet album, le pianiste Sud Africain Abdullah Ibrahim dont on sait qu’il a pris ce nom depuis sa lointaine conversion à L’Islam (il s’appelait Dollar Brand avant), ne fait autre chose que de nous raconter en un flot ininterrompu ce qu’est profondément son histoire musicale, ontologiquement ce qu’il est musicalement. A 75 ans ce mouvement l’emporte dans un flot continu mais jamais bavard où chaque morceau est lié au précédent, dans la continuité logique de la phrase. Comme la continuité logique du souffle de vie. Nous avions eu ce bonheur de l’entendre il n’y a pas si longtemps lorsqu’il était venu à Paris nous présenter ce projet. Plus d’une heure durant laquelle le pianiste ne leva pas les mains de son clavier, nous invitant à le suivre dans cette histoire si personnelle qui raconte sa passion pour Duke Ellington, pour la musique des townships, pour Coltrane et bien sûr pour Monk. Mais si chaque morceau se trouve lié à celui qui le précède grâce à une maîtrise époustouflante des transitions, le jeu d’Abdullah Ibrahim n’est jamais une logorrhée. Car il y a aussi dans ce jeu là sa part de réflexion intime, les hésitations et les partis pris, les phrases annoncées et les silences, les fameux silences qui marquent la respiration, la réflexion, la pause et l’attente toujours en éveil de la note qui le suit. Jamais égocentrique, sa musique s’offre dans un moment de parfait accomplissement. Sa musique s’écoute et se danse et se chante et se vit et nous pénètre de sa profondeur, jamais de sa gravité et sa musique se fait aussi poignante que légère, flâne, traîne, se regarde parfois comme elle s’écoute. On peut passer ce disque cent fois, il s’arrête là où il commence, il représente un cycle non interrompu, il est une histoire d’amour de l’homme avec  son piano, de ce qui fait son histoire du jazz, ses propres racines, de ce qui fait qu’avec quelques uns il continue à écrire encore et toujours parmi les plus belles histoires du jazz. Senzo veut dire ancêtre en  japonais. C’est bien dire combien cette musique là laisse son empreinte et se traces indélébiles. Elle a fait ce qu’est aujourd’hui Ibrahim Abdullah. D’autres plus jeunes y viendront, y reviendront et s’en nourriront encore longtemps.

Jean-Marc Gelin

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21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 07:28

Traumton Records – Indigo

 Le jeune pianiste berlinois de 33 ans n'est pas très célèbre, mais il est réellement possible que ce troisième album de compositions originales lui offre un avenir prometteur. Carsten Daerr a bâti cet album sur une idée tout simplement originale : l’un des effets de la privation de sommeil est de modifier la perception sensorielle, et c’est donc lors d’un voyage autour du monde qu’il a traduit en Musique ses impressions sous l’effet du décalage horaire. « Insomniac Wonderworld » réunit un trio consensuel sur la forme en présence d’Olivier Potratz à la basse et à la contrebasse, Eric Schaefer à la batterie et à l’orgue, ainsi qu’en invité sur deux titres le saxophoniste Uwe Steinmetz. Au détour de compositions aux noms évocateurs de destinations lointaines comme « Manila », « Penang », « Kuala Lumpur », « Jakarta », « Singapur », le génie de Carsten Daerr est de savoir conserver l’impression d’étrangeté en s’abstenant habilement d’utiliser ou d’imiter les sonorités asiatiques. Il se concentre sur l’observation brute d’une culture inconnue pour tracer des perspectives musicales nouvelles avec ses partenaires. La posture artistique du pianiste est celle de l’ouverture, qui confère à cette forme de jazz une expression très singulière, faite à la fois d’énergie et d’inspiration, de recueillement et de défoulement. Cette position entonne par saccades une partition nerveuse et dynamique au piano, tandis que les embardées rythmiques du batteur sont soulignées par le jeu expressif du saxophoniste. Un équilibre parfaitement organisé pour agir sur la partie invisible qui est notre imagination. Avec des accents reggae, parfois même Dub, des incantations Hardcore, ces reflets pleins d’onirisme arrivent à nos oreilles toujours dans la plus artistique des manières, se jouant des structures, passant de sonorités années 60 à un clin d’œil au Free, le tout avec l’énergie d’un groupe de rock indépendant et dans le respect des trios jazz. C’est même avec une fantaisie et une infantilité toute particulière que la créativité du trio s’exalte sur la quasi-totalité des titres, et notamment sur la composition intitulée « Negative FX », remplie de blagues sonores en tous genres. En comparant pas si maladroitement, on y retrouve toute la malice d’un Chick Corea en très grande forme. Carsten Daerr est un pianiste remarquablement ingénieux, à suivre sur les scènes européennes et internationales. Tristan Loriaut

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21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 07:26

Bee Jazz – 2008



A la sortie du premier album de Baby Boom en 2003, nous étions un certain nombre à penser que ce groupe était l’un des plus excitants de la scène jazz française. Cinq ans plus tard, ce deuxième album confirme et renforce notre impression. Daniel Humair a modifié l’intitulé du disque (transformant Baby en Bonus) car ces jeunes musiciens (qui ont été ses élèves au CNSM de Paris) ont pris de la bouteille et acquis une sacrée expérience au fil des ans. Ils sont d’ailleurs tous devenu leader (à l’exception de Sébastien Boisseau) et parallèlement au fait que ses acolytes aient acquis de la maturité, Daniel Humair, lui, semble rajeunir de jour en jour et être de plus en plus OUVERT. Cette année 2008 est d’ailleurs exceptionnelle pour lui : il fête ses 70 ans (et 50 ans de carrière !) et a sorti quelques mois avant Bonus Boom (toujours chez Bee Jazz), l’un des disques majeurs de l’année, Full Contact,  en trio avec Joachim Kühn et Tony Malaby. Avec Bonus Boom, Daniel Humair n’a jamais autant mis son talent d’artiste-peintre et de grand cuisinier dans sa musique. C’est un musicien du paysage, du terroir, du rythme mélodique et de la mélodie rythmique ! Son rôle de batteur-chef d’orchestre est ancré dans la terre, il plante ses racines dans le sol et distille et insuffle la vie et l’envie à ses musiciens. L’album est conçu autour du thème du MOOD, c'est-à-dire de la touche, du façonnage, de la couleur et du malaxage de la pâte sonore. De l’humeur et de l’improvisation aussi, dirigées démocratiquement dans un esprit d’équipe (tout le monde apporte ses compositions) et avec les cinq sens aux aguets. Comme en témoigne la magnifique reprise du Mood indigo de Duke Ellington et les deux versions de Good Mood de Joachim Kühn. Humair sait parfaitement bien doser tous les ingrédients qu’il convient pour nous proposer un disque d’une durée parfaite (39 minutes, comme à l’époque du disque vinyle !) avec en pièce maîtresse une très belle composition qu’il a co-signée avec Jean-Pierre Muvien : Vlada V. Sur ce titre énergique, la guitare de Manu Codjia est tranchante, les saxophones aiguisés (magnifique chorus de Mathieu Donarier) et un discret clavier électronique (manipulé par Christophe Monniot) apporte un surplus d’énergie. On ne peut souhaiter à Daniel Humair que de ne rien changer à sa façon unique de concevoir la musique et de continuer à nous éblouir aussi régulièrement de tant de beauté.
Lionel Eskenazi

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21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 07:24

Universal Jazz 2008




 
Le fils d'écrivains célèbres a-t-il choisi un art sans paroles, la musique, pour éviter le risque d'entrer en concurrence avec ses parents? Est-ce bien l'écoute de John Coltrane, comme il l'avance, qui lui a fait abandonner le confort d'une carrière toute tracée dans l'administration? Le stade de dénuement et de solitude à New-York traversé à la suite de cette décision l'a-t-il confronté à ses propres profondeurs? Beaucoup d'interrogations trouvent sans doute réponses dans le style volcanique de "Brother Jacques", devenu en quelques années la coqueluche des clubs de Manhattan. Le saxophone ténor crache la lave dans le second CD "ABYSS", une immersion bienfaisante dans son bouillonnement intime. Coltrane apparaît dans chaque jaillissement, Dexter Gordon dans le phrasé, et dans les charges émotionnelles répétées, fait irruption (volcanique) le GWO-KA antillais. Bouleversé cette année par la mort de son père, le Guadeloupéen tire encore davantage les tiges de ses racines et ses cris strient le ciel rouge de ses volutes. Il adresse à son père une prière des morts, un kaddish poignant,dans la tradition juive, tandis que le Gwo-Ka bat le tocsin de ses lancinantes invocations.

Des étincelles aveuglantes enveloppent le bûcher funéraire. Deux morceaux sont consacrés à ses parents, "André", et "Simone". L'auteur débute cette dernière pièce en lisant un poème en créole et enregistre un contre-chant. Pour que la musique reste en suspension, pas de batterie dans le disque. En revanche, le battement des percussions d'Olivier Juste et de  Sonny Troupé
règlent les airs à l'heure du coeur. Deux basses aussi vrombissent. Celle de Reggie Workman, avec qui il a joué chez Roy Hargrove. Celle de l'Antillais Thierry Fanfan, sur trois morceaux. En maître de cérémonie, Guy Conquet, le maître incontesté, scande de sa voix hallucinée le jeu incessant de va-et-vient typiques du Gwo-Ka; sur "An Ba Mongo La", on chavire.
Schwarz-Bart entre en osmose avec ses parents au point que son style au ténor rejoigne le leur dans l'écriture : posé et flamboyant comme celui de sa mère. Spatial et rigoureux comme celui de son père. John Scofield apparaît sur le morceau "Abyss". Sa guitare éparpille les cendres dans l'espace devenu sacré.

Bruno Pfeiffer

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