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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 07:43

ECM 2008



 
Le contrebassiste Arild Andersen signe là un disque magnifique, gravure d’un instant de rêve enregistré « live » au Belleville, club de jazz  de la capitale Norvégienne. Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas dans les studios de Mandfreid Eicher que cet album est enregistré mais en club ce qui n’empêche pourtant pas la prise de son d’y être absolument exceptionnelle pour une mise en valeur idéale d’un trio de très haute volée composé du batteur italien Paolo Vinaccia et du saxophoniste écossais Tommy Smith. Autour de thèmes composés par le contrebassiste (à l’exception de Prélude To a Kiss), le trio se livre là à un moment rare de maîtrise de l’espace et du temps. Un moment où la fusion des énergies les amène à contrôler celle-ci dans des moments de grande zénitude ou à la libérer au contraire dans des périodes de paroxysme brûlantes. Il y a assurément quelque chose de très coltranien dans le jeu de Tommy Smith, ici ébouriffant dans le son, dans la puissance de jeu et dans la nuance de son sens de l’improvisation. Chaque morceau est prétexte à un long développement où se rencontrent les trois voix dans un chassé croisé toujours homogène et cohérent à l’image de ce premier mouvement, suite en 4 parties (Independancy 1,2, 3 et 4). Jean-Marc Gelin

Arild Andersen, grand habitué du label, tout en choisissant de réaliser cet enregistrement en « live » n’en oublie pas pour autant le sens de la construction artistique. Pas question de partir dans des flots ininterrompus d’improvisations gigantesque. Au contraire, maîtrise du temps et de l’espace et conception de ce concert comme l’enregistrement d’un album en studio. Variation des thèmes et des couleurs toujours portées par le son incroyable du saxophoniste écossais qui à plus de 40 ans semble ici trouver le sésame d’un jeu totalement libéré de tout le superflus. Trois voix totalement investies dans l’instant présent au point qu’à l’instar d’autres chroniqueurs on peut effectivement affirmer que ce trio là est de ceux qui feront date tant il est fusionnel. Grand disque                                                      

 

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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 07:32


Dans la nuit de samedi 10 au dimanche 11 janvier 2009

De minuit à 7h


Par Franck Médioni

Nuit spéciale Charles Mingus sur France Musique à l’occasion du 30ème anniversaire de sa mort survenue le 5 janvier 1979. Contrebassiste, pianiste, compositeur et chef d’orchestre, Charles Mingus (1922-1979) est l’une des figures majeures de l’histoire du jazz moderne.

« Emotif et recensant en lui-même les émotions de son peuple, Mingus a entrepris de faire ouvertement parler, crier, la musique, comme on fait parler la poudre. Avec une énergie très physique qui concentrait ses qualités de compositeur, d’arrangeur ou d’agitateur. Avec une générosité et une intégrité qui ont contraint toutes les communautés (celle des musiciens lui était acquise), noires, blanches, officielles et marginales, à le reconnaître et à le saluer. In extremis, peut-être, mais tout de même… » 

Table ronde : Visages de Mingus, avec Yves Buin (écrivain), Didier Levallet (contrebassiste, co-auteur avec Denis Constant-Martin du livre « L’Amérique de Mingus », Editions POL), Francis Marmande (journaliste, écrivain), Claude Tchamitchian (contrebassiste)

Témoignages : Jean-Jacques Birgé (musicien), Benjamin Duboc (contrebassiste), Ricky Ford (saxophoniste ténor, ancien membre de l’orchestre de Charles Mingus), Sylvain Kassap (clarinettiste), Stéphane Kerecki (contrebassiste), Joëlle Léandre (contrebassiste), Didier Levallet (contrebassiste), Ramon Lopez (batteur), David Murray (saxophoniste), Michel Portal (clarinettiste, saxophoniste), Archie Shepp (saxophoniste), Claude Tchamitchian (contrebassiste), Jacques Vidal (contrebassiste).

Séquence concert


Lectures d’extraits de « Moins qu’un chien » (Editions Parenthèses), autobiographie de Charles Mingus, et de « Pour l’amour de Mingus » de Sue Mingus (Editions du Layeur).
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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 07:50

Franchement, autant dire que ce débat sur la pub à la télé, les amoureux de la culture en général et du jazz en particulier, nous le suivons comme une poule devant une brosse à dent et pour tout dire nous nous en battons un peu le popotin avec une légèreté et une insouciance qui n’a d’égal que la verve de nos politiciens en goguette. Las, nous regardons amusés et narquois ce débat avec l’air de ceux qui ne se sentent pas vraiment concernés même si la très très haute importance politique du sujet ne nous a bien sûr pas échappé. Car les amoureux de la culture et ici du jazz on beau être des citoyens avisés, ils ont depuis belle lurette déserté les écrans et les ondes envahies de réclames à longueur de temps pour leur préférer d’autres espaces qui, disons le tout net ont le mérite quand même de rendre bien plus intelligents ceux qui ne vivent pas ou plus sous la coupe servile des marchands de tout et de rien du tout. A la limite, Patrick de Carolis devrait s’empresser de décréter la fin de la pub sur son antenne et attendre un peu de voir, à la longue, ses concurrents de la télé privée s’empiffrer de pub, de réclames, d’exploitation éhontée de minutes de cerveau disponible, mourir et crever pansus et gras à coup de recettes publicitaire dans une ultime débauche de grivoiserie vulgaire d’un Starac’ moribonde à l’haleine de Hollywood Chewim gum, fraîcheur de vivre devant un audimat où les vieilles dames décrépies et lobotomisées de demain auront remplacé une fois pour toute les ménagères de 50 ans d’aujourd’hui. Car c’est sûr, on peut s’attendre à voir rapidement les privées multiplier les spots et les passages de pub payés à prix d’or. Les chaînes publiques auront peut être perdu leur indépendance politique mais gagné certainement en s’affranchissant des lobbyings mercantiles des marchands de soupe.

Et pendant ce temps là les amoureux de la culture, et du jazz en particulier auront de toute façon abandonné leurs écrans plasma et peut être réinvesti les salles de concert, les clubs, les théâtres et les salles de cinéma.

Après tout c’est bientôt Noël, on peut rêver un peu. C’est en tous cas le cadeau que l’on voudrait vous faire.

 

Et puisque l’on parle de cadeau, je vais vous faire une petite confidence. Un petit cadeau au passage. Allez tendre l’oreille sur ce qui se passe sur les radios du service public. Tenez par exemple sur France Musique le mercredi après l’excellente émission de jazz de notre confrère Alex Dutilh (« open jazz »), il y a une émission formidable et passionnante de Françoise Degeorges, « Couleur du Monde » qui vous emmène à la découverte des musiques du monde deux heures trente durant. C’est là par exemple que j’ai découvert les secrets du fascinant « chant long » de femmes de Mongolie. Émission remarquable qui se donne le temps de voyager, de nous apprendre, de nous intriguer. De nous rendre l’intelligence de la découverte. Et entre ces deux belles émissions qui se succèdent sur les ondes de France Musique, ben vous savez quoi….. ya pas de pub !

 

    http://www.radiofrance.fr/francemusique/em/couleurs/

 


http://www.radiofrance.fr/francemusique/em/open-jazz/emission.php?e_id=65000050
 

 

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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 06:54


 Propos recueillis par Bruno Pfeiffer

 

A83 ans, le batteur de Parker, de Coltrane, de Miles et de Monk mord toujours dans le tempo de son temps. Il ne mâche pas ses mots. Entretien à l’occasion de la sortie de son CD « Whereas » chez Dreyfus Jazz, et quelques jours après une série de concerts à décorner un troupeau de bisons, fin octobre 2008, au Duc des Lombards.



DNJ Je vous ai vu jouer la semaine dernière au DUC des LOMBARDS. On croit rêver : quel âge avez-vous vraiment ?

RH Sur le papier, 83 ans, mais dans le cœur à peine vingt. Je n’ai pas précisément de recette pour expliquer mon tonus. J’ai un cœur comme tout le monde. Si, si, je vous assure : mon feeling vient de là. C’est la vérité. Sur scène, je donne le maximum, je déballe tout ce que j’ai dans les tripes. Je veux donner au monde ce que j’ai dans le ventre. C’est pour cela que j’ai choisi la batterie.

DNJ  Pour déployer une énergie pareille, il y a bien un truc : vous vous douchez au jus d’orange ?

RH Oh oui! (rires). Je prends des produits sains et pas d’alcool. Je me nourris sainement. Mais c’est à la portée de tout le monde. L’énergie vient du ciel au dessus de nous. Il suffit de savoir à quel moment l’utiliser. Avec une formation qui prend autant son pied que la mienne, je suis poussé à me dépenser. De partager ces cadeaux avec le public en découle naturellement

. Savez-vous que le dimanche soir, au concert de 22h du Duc, le public chantait dans la salle. Il y avait une fille au premier rang. Elle chantait à tue-tête. J’ai senti sa présence. Je ne la connaissait pas. Elle répondait à mes paroles quand je chantais. J’ai eu une relation extra avec elle pendant le concert. A la fin, elle m’a dit s’appeler Carol. En partant, elle m’a regardé dans les yeux et a dit « I like you ». Son adresse? Non, elle ne m’a pas laissé d’adresse : juste son prénom.

DNJ D‘où vous est tombé ce sens quasi-inné du swing?


RH Le swing est la biais par lequel j’ai appris le jazz. Je suis un produit des années quarante. Le swing dominait le monde. J’ai avancé avec lui dans le sang, cela dans les années cinquante, soixante et les autres. De swinguer ne m’a jamais empêché de rester moderne. J’ai essayé en permanence de suivre l’évolution du jazz, de ne pas stagner. Le swing, c’est mon truc. Ma manière de jouer. Je l’ai dans la peau. Je le garde. Tout est là.


DNJ Le vocabulaire de votre jeu est richissime, d’une variété ahurissante. Vous répétez la nuit ?

RH Y a intérêt que mon jeu soit riche (« It has better be rich! » )! Je m’entraîne peu. J’essaie d’être bon à chaque fois. Je ne suis pas un batteur normal. Un batteur comme les autres. Je suis un perfectionniste.

DNJ Quelle est votre influence majeure?

RH Aucune : je suis unique. Je ne peux mettre en avant aucune influence majeure.

DNJ Pas même Art Blakey?

RH Nooon. Mais non! Il ne m’a pas influencé. Je l’adore. C’est un ami. Son jeu est très puissant. Mais je joue différemment. Je sais qu’il m’appelait son fils, à Boston. Le surnom peut prêter à confusion. Mais ça s’arrête là. Je suis fier de faire partie, au même titre que lui, de la catégorie des grands batteurs.


DNJ La complicité avec Jaleel Shaw est incroyable : vous apprenez ses solos par cœur ?

RH Je ne joue qu’avec des altos exceptionnels. J’ai joué avec Charlie Parker, ne l’oubliez pas. Jaleel et moi, on passe le temps à s’écouter. Si vous lui demandez son but dans la vie, il répond : apprendre! Parker était trop individualiste. Il n’avait personne auprès de lui. Il ne pensait qu’à lui. Jaleel excelle également au soprano. Je préfère un saxo qu’à une trompette. Avec un saxophoniste, je peux m’orienter dans plusieurs directions. Mais je préfère un saxo et une trompette à deux saxos, ou alors il faut vraiment qu’ils s’entendent bien.


DNJ  Aviez-vous un faible pour accompagner des chanteuses ?

RH Ca dépend lesquelles. J’ai eu la chance de jouer derrière les plus grandes chanteuses de l’histoire. Sarah Vaughan était ma préférée. Tout baignait avec elle. Sarah avait seulement deux ans de plus que moi. Billie Holiday était plus âgée que moi. Elle a eu son heures de gloire à la fin des années trente. C'était la star. J’étais gamin. Mon grand frère, qui était accro au jazz, m’avait fait écouter tous les disques. Quand je l’ai accompagnée, la dernière année de sa vie, en 1959, au Storyville de Boston, j’avais l’impression de jouer avec l’idole de ma jeunesse : j’étais en extase. Étrange, ce sentiment d’amour pour la personne que j’accompagnais. Le pianiste Mal Waldron était avec elle depuis deux ans. Lady Day n’avait absolument pas préparé le spectacle. Elle ne préparait jamais. Elle savait cependant exactement les chansons qu'elle voulait interpréter. Elle lui remettait la liste : point final. Elle commençait à chanter. Champ Jones tenait la contrebasse. On suivait. 

 

DNJ Que retenez-vous de votre Victoire d’honneur du Jazz?


RH Je sens qu’un événement est important quand beaucoup de photographes sont alignés devant moi. J’ai été heureux que ce que le travail tout au long de ma carrière soit salué ici, à Paris, en septembre dernier. La soirée était super. Je vais poser la récompense à côté des Grammies que j’ai déjà à la maison. Dreyfus a sorti trois disques : tous nominés aux Grammies, vous vous rendez compte? « Whereas », le dernier, représente la première fois qu’un solo de batterie est nominé. Ce n’est pas rien. J’y croyais. Simplement, j’ai concouru dans la même catégorie que Mike Brecker. Il a gagné. Normal : Mike est un géant. Je l’apprécie. J’ai déjà joué dans un de ses groupes.


DNJ Dans quelles circonstances avez-vous enregistré « Whereas » ?


RH Un copain batteur possède un club à St Paul (Minnesotta). Il m‘a invité en janvier 2006. Le contrat pas prévu au programme. Cela s‘est conclu rapidement. Mon agent n‘était même pas au courant. Quant il l’a su, le maire de Saint-Paul a carrément décrété que le week-end me serait dédié : le « Roy Haynes Week-end ». Vous le croyez? J’ai sollicité un pianiste de Miami, Robert Rodriguez, car le mien était engagé à New-York. La musique est quasiment improvisée. Les soirées ont été enregistrées. Les conditions étaient idéales. Et voilà le résultat...

Bruno Pfeiffer.

 

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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 06:23



www.vijay-iyer.com

 Ceux qui, comme moi je le confesse, avaient de Vijay Iyer l’image d’un musicien virtuose des claviers électriques devront réviser leur jugement après l’écoute de cet album. Car réduire ce musicien américain d’origine indienne à ce rôle de side man cantonné dans une fonction plus ou moins expérimentale découvriront avec cet album que Vijay Iyer est avant tout, et surtout un pianiste exceptionnel et un superbe compositeur.

Ce qu’il dit ici dans un album où il joue entièrement acoustique est une sorte de musique de l’urgence d’où découle un flot à la fois cérébral et terriblement primal. Lorsqu’il intervient, son coreligionnaire, le saxophoniste alto Rudresh Mahanthappa (que pour ma part j’avais découvert cet été dans un jam session où sa prestation m’avait laissé dans un  état dont je ne me suis toujours pas remis) entre dans cette musique avec une force vitale totalement sidérante. C’est de la vie qui sort du pavillon de son instrument, une vie torrentielle qui mène au bord du gouffre, au bord du désastre avec une énergie aussi désespérée qu’un peu folle. Ceux qui ne connaissent pas ce prodige doivent absolument se ruer sur ses productions et découvriront ainsi une sorte de nouveau langage du saxophone qui, à coup sûr les bousculera et les emmènera ailleurs. Dans une sorte de langage où le jazz Colemanien se mêle très subtilement au phrasé des instruments indiens tiré du raga.

Mais la musique de Vijay Iyer ne se limite pas (si limite il y avait) à cette vision de la musique. Ses compositions réalisent avec audace une syntaxe entre la musique de Steve Coleman (par les métriques impaires et les structures atonales) tout en se dépouillant parfois de tous les superflus d’une part (Machine days) et d’autres musiques qui traversent l’histoire du jazz. Il est ainsi capable d’enchaîner avec un morceau très latin jazz ( Age of everything) avec un morceau plus modal dans le plus grand classicisme ( I’m all smile de Michael Leonhardt). Abordant le piano avec le même lyrisme que s’il s’agissait d’un clavier électronique ; Vijay Iyer est stupéfiant de technique montrant une indépendance rythmique et mélodique des deux mains assez incroyable, renversant les rôles de la gauche et de la droite avec une agilité un peu surnaturelle. Mais foin d’exhibition car là n’est pas le propos. Lorsqu’il se livre à un exercice en solo acoustique, il livre avec une sensibilité musicale rare un morceau bien loin des errances introspectives propre au genre mais au contraire ouvre sa musique à une forme de jazz rénové. Et lorsqu’il joue en trio, alors ses camarades de jeu  jouent les trouble fêtes à l’image de Marcus Gilmore en batteur totalement décalé capable de jouer hors tempo ou d’essayer des phrases totalement incongrues mais vivifiantes. La musique de Vijay Iyer par certain égard prolonge les derniers travaux de Coltrane mais loin, bien loin des clichés du genre. Il faut absolument aller voir Iyer et tenter l’expérience. Totalement innovante. Jean-Marc Gelin

 

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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 00:27

Nicole Bertolt & François Roulmann

Préface de Marc Lapprand

Éditions Textuel

49 €  - 224 pages

 

En 2009, le 23 juin précisément, certains célèbrerons le 50ème anniversaire de la disparition de l’un de nos plus génial des trublions touche à tout, émérite pataphysiciens que très peu connaissent sous le nom de « Bison ravi » ou de Vernon Sullivan, plus connu sous le blase de Boris Vian que l’on pensait ne plus avoir à présenter. Le 23 juin 2009 en effet, après avoir assisté à la projection du film « J’irai cracher sur vos tombes », Boris Vian disparaissait à l’âge de 39 ans et laissait derrière lui une œuvre protéiforme d’écrivain, de chroniqueur de jazz, de chansonnier, de provocateur, de directeur artistique, de librettiste même, œuvre insaisissable marquée par la démangeaison du verbe et l’omniprésence du swing. Cet anniversaire est ainsi l’occasion pour les éditions Textuel de proposer un ouvrage absolument superbe sur Boris Vian confié à François Roulmann, spécialiste de l’œuvre de Vian ( une œuvre complète à paraître en 2010 à La Pléiade) et à Nicole Bertolt qui depuis quelques années assure la direction patrimoniale de la Fondation Boris Vian et a accès à ce titre à un fonds documentaire exceptionnel. Organisé autour de 9 chapitres et de courts textes toujours très fluides récapitulant les grands thèmes de l’œuvre et de la vie de Vian ( « Jazz en noir et blanc », « l’Écrivain joue sa partition », « chansons possibles et impossibles » etc….) cet ouvrage est accompagné d’une documentation exceptionnelle qui nous plonge au plus près du cœur de l’ambiance de Saint germain des Près, des surréalistes, des pataphysiciens, des Queneau jusqu’aux Brassens, de Salvador à Duke Ellington, figure omniprésente dans la vie de Vian ( savez vous que Duke était le parrain de sa fille ?). Au cœur de l’ouvrage, des fac similés représentant des pages manuscrites de la main de Vian, les premières lignes des chansons mythiques, des covers de l’époque des éditions Fontana ou autre, des photos de l’époque exceptionnelles, bref une iconographie qui donne à cet ouvrage un rythme, loin des clichés nostalgiques. Toujours léger et sans aucune emphase (Vian aurait certainement détesté), ce livre se déguste, se regarde, s’entend et s’écoute aussi avec un malin plaisir. Le rire n’est jamais totalement absent de la farce, dans la vie de cet ingénieur de génie aussi cinglant que provocateur pour qui le jazz était tout jusqu’au point qu’il se pastiche lui-même en tant que collectionneur compulsif, fou de l’œuvre de Duke autant que de Miles, traducteur de la vie romancée de Bix par Dorothy Baker et surtout grand chroniqueur  Jazz Hot. Vian, travailleur infatigable, ingénieur le jour à L’Afnor, caméléon la nuit au tabou ou ailleurs. Vian dont on se dit qu’il doit s’agir d’un nom générique regroupant plusieurs sosies, car c’est sûr, à lire cette superbe somme, on acquiert la conviction que Vian c’était pas une seule personne sinon c’est pas possible ! Vian qui écrit comme il swingue. Avec l’acidité élégante des dandys post zazous pour qui la vie était un sacré bon moment à passer. Jean-Marc Gelin

 

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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 22:44

Mc Coy Tyner (p), Ron Carter (b), Jack DeJohnette (dm) + Marc Ribot ou John Scofield ou Derek Trucks ou Bill Frisell (g) ou Bela Fleck (banjo).

1 CD + 1 DVD  Half Note/Naïve

 




Il y a de l’électricité dans l’air et un sentiment de jeunesse et de fraîcheur dans ce magnifique album. Une véritable cure de jouvence pour McCoy Tyner qui fêtera ses 70 ans le 11 décembre prochain. Après avoir souffert d’une terrible maladie, le voici amaigri, mais en super forme avec ce Guitars, qui paraît quelques mois après le magistral McCoy Tyner Quartet (où il était en compagnie de Joe Lovano, Christian McBride et Jeff Tain Watts). Ce projet, où pour la première fois il ajoute à son trio une guitare électrique sulfureuse, a en fait été enregistré trois mois avant le fameux concert que l’on peut apprécier sur McCoy Tyner Quartet. McCoy n’a plus de temps à perdre, et il a visiblement envie d’enchaîner ses publications autour d’expériences inédites et en compagnie des plus grands. La section rythmique qui l’accompagne est tout simplement l’une des meilleures du monde : l’élégant Ron Carter à la contrebasse et le puissant Jack DeJohnette à la batterie. Rien qu’avec ces deux là, il aurait pu réaliser un remarquable album en trio, mais le goût du risque, l’amour des rencontres et l’envie de se surpasser a été prédominant. Tout comme le choix de ses partenaires guitaristes, aussi surprenant que remarquable, pour leur goût de l’aventure, de l’improvisation et leur fabuleux talent technique. Tout d’abord on le trouve en compagnie de Marc Ribot, héro à la fois génial et modeste de la scène downtown New-Yorkaise et collaborateur assidu de John Zorn. Il ouvre d’ailleurs son album par un court duo improvisé au climat plutôt free (Improvisation 2), qui s’enchaîne à merveille avec l’énergique Passion Dance (titre phare de l’album The Real McCoy en 1967 pour Blue Note et repris avec Joe Lovano au sax ténor sur le récent McCoy Tyner Quartet). Après le jeu foudroyant aux accents rock de Ribot, place à la fluidité bluesy de John Scofield, avec une composition de John Coltrane (dédié à Paul Chambers) : Mr P.C et une très belle reprise de Blues on the Corner (extrait lui aussi de The Real Mccoy et de Mccoy Tyner Quartet). Puis l’inattendu arrive avec la présence de Bela Fleck au banjo. Si vous ne connaissez pas ce musicien, vos préjugés sur le banjo vont vite disparaître car vous allez entendre un fabuleux virtuose, au jeu brillant et intelligent, doué d’une belle faculté à improviser. Fleck place deux de ses compositions et nous émerveille dans une sublime relecture du My Favorite Things de Coltrane. Toujours dans l’inattendu, on distinguera la présence de Derek Trucks, guitariste de blues-rock sudiste, membre de l’Allman Brothers Band et fidèle descendant de Duane Allman et de Dicky Betts. Trucks va très bien intégrer son jeu de slide guitar à l’univers de Mccoy (Slapback Blues) et nous éblouir dans leur très belle version de Greensleeves. Enfin sur les trois derniers titres de l’album, on appréciera le subtil jeu atmosphérique de Bill Frisell, avec en particulier l’ultime morceau (Baba Drame de Boubacar Traoré), une très belle ambiance africaine où la guitare prend des accents de kora. En prime un DVD nous permet de voir chaque guitariste en studio jouer un titre et l’on peut choisir son angle de caméra (le montage du réalisateur, le split screen avec les quatre musiciens, le plan sur Mccoy Tyner, le plan sur Ron Carter, le plan sur Jack DeJohnette ou bien sûr, le plan sur le guitariste invité).
Lionel Eskenazi

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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 16:00

JJJJ ANDY EMLER : « For better times »

Illusions 2008



2008, l’année Emler ? Assurément, car le pianiste a triomphé de tous ses « concurrents », , devancé tous les prétendants, gagné haut la main de multiples prix, raflant toutes les mises et récompenses. Une consécration amplement justifiée avec sa meute, la belle machine du Mégaoctet, mais aussi en trio avec sa rythmique superlative (Tchamitchian, Echampard), dans le TEE justement nommé.

C’est seulement après ces succès qu’il s’est enfin résolu, encouragé par son « alter ego », son fidèle complice de La Buissonne , Gérard de Haro à passer le test du solo ; à accepter cet exercice difficile et pourtant inévitable à un moment donné de la carrière d’un pianiste .

C’est là que l’on affronte tous les démons, que l’imaginaire est le plus à découvert. Pour ce disque en solitaire qu’il présente justement comme « une œuvre orchestrale pour pianos multiples », Andy Emler n’a pas lésiné : il nous a offert un orchestre de pianos.

Ça joue vite, fort et grave. Un piano lyrique, fougueux même, abrupt dans les graves, assourdissant parfois, percutant et percussif toujours. Mécanique et obsessionnel dans sa façon d’enfoncer implacablement les touches, épuisant les notes, Emler martèle des accords surprenants, dissonants parfois, circulant avec aisance de rebond en accélération, maintenant une cadence très nerveuse. Une musique énergique, construite de façon élaborée, rythmiquement appuyée, qui affirme vite un sens dramatique évident. Une musique complexe et profonde, grave et sombre qui trahit un engagement émotionnel, à vif, que cristallise le choix des titres et celui de l’album lui même « For better Times » .La thématique questionne l’ordre mondial en écho à l’environnement politique et social, préoccupations très actuelles en somme.

 Ah !Ce goût prononcé pour les reprises, les boucles, les échos, les répétitions passionnées d’un même thème, ou d’une phrase ! Pas vraiment d’acidité mélancolique dans la musique d’Andy, qui emporte comme un torrent, balaie comme une vague de fond, sauf peut-être sur la courte composition qui introduit enfin une pause, un répit , une douceur tendre et impressionniste : « Father and Son » n’est pas de lui justement mais de Peter Gabriel, que Gérard et Andy admirent depuis si longtemps !

Cet album illustre un art de l’instant : fortement travaillé, il renvoie aux maîtres de l’instrument et aux musiciens classiques, distillant une musique intime qui laisse sa résonance sur le merveilleux piano de la Buissonne.

Plus d’une heure de fureur poétique sur un piano préparé, métallique parfois comme un instrument africain,  un piano qui ne nous entraîne pas dans une valse langoureuse mais qui danse néanmoins, assez éloigné du jazz de la tradition américaine : Andy Emler a une culture, une formation et fait partie d’une génération qui lui permet de sortir de ces références. Un authentique compositeur, une empreinte indélébile. Un univers des plus attachants. Bravo l’artiste !  Sophie Chambon

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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 06:36

Enja Records

 



Cela en surprendra plus d’un, mais il existe encore, enfouies dans quelques greniers poussiéreux, des enregistrements de cette figure indémodable qui n’attendent que d’être révélées au grand jour. L’héritage musical de Chet Baker est géré par sa veuve, Carol Baker, et Matthias Winckelmann, le fondateur du label Enja. Les œuvres encore inédites du trompettiste sont éditées sur CD et vinyle dans la collection « Legacy », créée spécialement pour ce patrimoine. Pour la petite histoire, il y a quelques mois, le pianiste Bradley Young appelle Carol Baker et lui apprend l’existence d’un enregistrement de son défunt mari avec son trio dans un studio de Chicago. Il s’agit de bandes de toute première qualité datant de 1986, avec un Chet Baker au sommet de son art. A partir de la fin des années 70, le jazzman ne séjourne plus que rarement aux Etats-Unis, s’étant alors installé en Europe, préparant son retour outre-Atlantique. C’est par la suite, lors d’une de ses rares tournées américaines, qu’il fait escale à Chicago où Bradley Young, jeune pianiste de jazz, se présente alors à son idole. Et ce n’est qu’en 1986, quelques jam sessions plus tard, que les deux musiciens se réunissent en studio pour enregistrer en un après-midi ce recueil de standards compilés dans l’album « Chet in Chicago ». La souveraine et éternelle sérénité du trompettiste est évidemment au rendez-vous avec des improvisations omniprésentes. A ses cotés sonne une rythmique « Straight Ahead » sous les doigts du pianiste Bradley Young, du bassiste Larry Gray et du batteur Rusty Jones. A signaler aussi la présence d’un invité de marque en la personne d’Ed Petersen, donnant brillamment la réplique au trompettiste sur pas moins de 3 morceaux (« Ornithology », « Crazy Rythm » et « Sippin’ at Bells »). Chaque standards, revisités par des arrangements légèrement modernisés, sonnent comme de nouvelles compositions. « It’s You Or No One » donne le parfait exemple d’une sensibilité aigue d’un Chet Baker inimitable lorsqu’il s’agit d’Amour, avec un grand A. Avec la même verve, « We’ll Be Together Again » donne aussi le sentiment d’un retour perpétuel à l’essentiel de la vie. Puis il y a aussi ce magnifique « Solar », qui ne doit rien à Miles Davis tellement ce thème semble y être réinventé. Et pour terminer, comment ignorer l’ultra-classique « My Funny Valentine ». Il y a des œuvres qui ne disparaitront jamais de nos souvenirs. « Chet In Chicago » est une formidable ballade lors d’un bel après-midi de printemps aux côtés de Chet Baker.
Tristan Loriaut


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13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 08:14
A l'occasion de la disparition de cette voix africaine d'exception, le musée Dapper souhaite lui rendre hommage au travers de 3 soirées exceptionnelles :

Jeudi 18 décembre : Miriam Makeba, l'actrice

Projection du film
Amok, de Souheil Ben Barka

Une occcasion de voir ce film engagé et rarement visible sur les écrans.
Avec Robert Liensol, Miriam Makeba, Douta Seck, Richard Harrisson.

Projection suivie d'une rencontre animée par Catherine Ruelle
Entrée libre dans la limite des places disponibles. Accès libre à l'exposition
Femmes dans les arts d'Afrique de 19 h à 20 h 30. Réservation souhaitable au 01
45 00 91 75.

- Vendredi 16 et samedi 17 janvier : Miriam Makeba, la chanteuse
 
Deux concerts exceptionnels (Programmation en cours)




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