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27 décembre 2008 6 27 /12 /décembre /2008 09:21

Zig-Zag Territoires – Harmonia Mundi



Avant de commencer à parler du premier opus de ce quartet au nom bizarre, il faut savoir que le kumquat est le nom donné aux différentes espèces d'agrumes du genre Fortunella. C'est également le nom donné à leurs fruits. Les kumquats sont des arbres fruitiers de la famille des Rutacées originaire de Chine et de Malaisie. Après cinq années d’explorations musicales et une récompenses au tremplin Jazz d’île de France, les quatre musiciens de Kumquat réunis autour de leur compositions nous offre « Quick & Dirty », rempli de surprises enregistrées en concert à l’Olympic (Paris) le 15 Février 2008 ainsi qu’en studio les mois suivant. Ils sont jeunes, prometteurs et créatifs : Sylvain Choinier à la guitare électrique, Raphaël Quenehen aux saxophones, Clément Lebrun à la basse électrique et Julien Bloit à la batterie. La première surprise sonore fait débuter l’album par un calme avant la tempête dans « In Bed With Igor », comme si la suite était annoncée comme un puits à idées. « In Bed With Igor » qui n’est autre qu’un arrangement de Clément Lebrun autour de trois pièces d’Igor Stravinsky. De troublantes longueurs de notes jonchent parfois la route biscornue que l’on emprunte à l’écoute de ce disque. On peut y trouver une quasi-perpétuelle utilisation de sons et de modes incantatoires. Des bruitages et autres onomatopées sont là aussi pour divertir un public forcément attentif. C’est dans « Le Mouton ou le café ? » que la folie furieuse emporte tout sur son passage, laissant place ensuite à de rageurs ostinatos à la basse. Le disque contient par ailleurs un attrayant film d’animation autour de cette composition mettant en scène le tournoiement d’un manche de machine à café et l’incessant saute-mouton de pelotes de laine réhabilités. Pour en revenir à la réalisation de ce disque surprenant, il faut signaler surtout le fruit d’un travail colossal sur le son et la clarté du message (« Yeah ! »). Le blues est présent, le rock aussi, sans parler de la liberté avec laquelle ces blagueurs-musiciens nous entrainent à travers leur monde fantomatique et indéfinissable. Chaque composition ressemble à un florilège de moments égarés, dérangés par le souci du risque de l’improvisation. En découle des passages interrogatifs mêlés de petites conversations entre instruments pleines de poésie où les idées ne manquent pas. En opposition à ces escapades lunaires, une bonne partie du disque se révèle magistralement écrite avec maîtrise et clairvoyance, faite d’asymétrie rythmique et de contrepoints digressifs. En témoigne l’ostinato de « Ligne 12 » ou bien la transe de « Mezzanine », ce quartet de combattants chamboule toutes les idées reçues et concepts préétablis du monde sonore moderne. A écouter d’urgence, surtout après un congrès du parti socialiste. On attend avec impatience le développement de ce projet à une instrumentation encore plus élargie, peut être au prochain au disque ? Tristan Loriaut

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23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 07:20
Les lecteurs assidus des DNJ ont depuis longtemps repéré la signature de Bruno Pfeiffer dans nos colonnes.
Ce dernier vient de se voir confier le blog jazz de Libé.
Sacrée challenge et je sens qu'on va pas tarder à lui piquer ses scoops.
Bravo Bruno, bon gig et continue à faire vbrer cette musique !



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22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 08:15

 

La collection Jazz Icons constitue ce qui ce fait de mieux en matière d’édition DVD de concerts ou de prestations télévisées de jazzmen américains de passage en Europe. Un travail soigné de restauration de l’image et du son, un livret explicatif et complet de 24 pages, intégrant photos et anecdotes truculentes. Et enfin et surtout, des professionnels sérieux et honnêtes qui payent les droits d’éditions et publient des documents exceptionnels avec l’accord des ayant droits (chose rare dans l’industrie du DVD où la plupart des documents d’époque sortent en édition pirate et trouvent malheureusement des réseaux de distributions normaux).

Parmi les 7 nouveaux DVD qui constituent la troisième série de la collection Jazz Icons (tous excellents), notre choix s’est concentré sur trois grands saxophonistes incontournables, présents dans trois DVD indispensables.

Lionel Eskenazi

 

 

JJJJ CANNONBALL ADDERLEY: « Live in ’63 »  HHHH

 


Au début de l’année 1962, Julian « Cannonball » Adderley transforme son quintet en sextet, en intégrant le génial flûtiste, saxophoniste ténor et hautboïste Yusef Lateef. Cette formation légendaire qui comprend aussi Nat Adderley au cornet, Joe Zawinul au piano, Sam Jones à la contrebasse et Louis Hayes à la batterie, va devenir l’un des meilleurs et des plus inventifs orchestres de jazz de cette période. Ils remporteront un très grand succès en sillonnant pendant deux ans les scènes du monde entier et enregistreront (exclusivement en « live ») des disques essentiels (In New-York, In Europe, Jazz Workshop Revisited et Nippon Soul). La première partie de ce DVD nous les présente en concert en Suisse à Lugano, le 22 mars 1963. Il s’agit d’un formidable concert qui a d’ailleurs été édité en CD et qui est correctement filmé par la TV suisse, en vidéo noir et blanc, mettant en avant chaque musicien du sextet. Yusef Lateef se taille la part du lion, notamment à la flûte sur Angel Eyes (titre inédit joué en quartet et absent de l’édition CD), et au hautbois sur le bluesy Trouble in Mind. Les frères Adderley en grande forme effectuent des chorus ébouriffants à chacune de leur intervention. Joe Zawinul, méconnaissable, portant un smoking et une coupe de cheveux fortement marquée par une raie horizontale sur le côté, assure un swing pétillant et très churchy. En fermant les yeux et en se concentrant sur son jeu de piano, on pourrait croire que ce pianiste blanc autrichien est un afro-américain natif de harlem ! La complémentarité rythmique du contrebassiste Sam Jones et du batteur Louis Hayes est tellement extraordinaire que le grand Oscar Peterson les intègrera ensemble dans son trio, trois ans plus tard. On peut apprécier leur talent de soliste sur Trouble in Mind pour Sam Jones et sur Bohemia After Dark  pour Louis Hayes. La deuxième partie de ce DVD est moins intéressante, elle a été enregistrée deux jours avant dans un studio TV en Allemagne, dans un décor affreux, la réalisation est un peu brouillon et propose des cadrages assez inhabituels (on intègre des bouts de musiciens dans un décor plutôt que le contraire). Le groupe ne joue que trois titres dont Jessica’s Day et Jive Samba, déjà interprétés lors du concert de Lugano. C’est donc pour le magnifique Brother John (une composition de Lateef interprétée au hautbois et dédiée à John Coltrane) que toute notre attention se portera.

Lionel Eskenazi

 

 

 

JJJJ RAHSAAN ROLAND KIRK : « Live in ’63 & ’67 » 

 

Ce DVD est indispensable car l’écoute des albums de Roland Kirk ne suffit pas à bien comprendre et à pouvoir adhérer pleinement à l’univers musical de ce phénoménal multi-instrumentiste, qui à lui seul sonnait comme une section de saxophones (il jouait aussi diverses flûtes, sifflets, appeaux et sirènes). Roland Kirk jouait de trois saxophones simultanément : le sax ténor, le manzello (sorte de soprano recourbé) et le stritch (sorte de long alto droit). Cette « performance » ne faisait pas de lui une bête de foire, mais un véritable musicien-compositeur qui entendait sa musique à plusieurs voix, un artiste aveugle qui a développé une hyper-sensibilité et une ouïe démesurée, ainsi que des capacités respiratoires hors du commun (la maitrise de la respiration circulaire). Le DVD démarre par une émission de la TV belge (Jazz Pour Tous) en 1963, avec une très belle image parfaitement restaurée et une réalisation sobre et efficace, toujours au service de la musique. Il est accompagné d’un trio efficace où l’on distingue un jeune batteur de 25 ans au jeu vif et subtil qui n’est autre que Daniel Humair ! Sur Three for the Festival, Kirk réalise un véritable tour de force, introduisant le morceau avec ses trois saxophones, puis proposant un remarquable chorus de flûte avant de revenir à ses furieux saxos. Puis l’on se retrouve au Rolando, club de jazz Hollandais avec une réalisation plus nerveuse. Une version de Bag’s Groove qui décoiffe avec un Daniel Humair en grande forme et une très belle interprétation à la flûte de Lover Man. La troisième partie du DVD se situe quatre ans plus tard en Norvège lors du festival de Kongsberg. Kirk y est encore plus impressionnant (il a enregistré entre temps de remarquables albums comme Rip, Rig & Panic, Here Comes a Whistleman ou Now Please don’t you Cry Beautiful Edith) et se trouve entouré de pointures tel que le contrebassiste NHOP ou le pianiste au jeu bluesy Ron Burton. La mise en images n’est pas mémorable mais les versions de Blue Rol (où il joue de la clarinette !) et de Making Love After Hours sont de grands moments de musique très intense.

Lionel Eskenazi

 

 

 

JJJJ SONNY ROLLINS :  « Live in ’65 & ’68 »  

 

Au Danemark en 1965, Sonny Rollins, le crane rasé de près, joue en trio au festival de jazz de Copenhague. Il est accompagné du contrebassiste NHOP et du batteur Alan Dawson. Les caméras danoises n’ont que trois musiciens à filmer, mais elles ont vite compris que c’est sur Sonny qu’il faut se concentrer et surtout ne pas le lâcher, car il est dans un grand jour et va faire exploser la baraque. On peut même dire que ce soir là, il invente un nouvel instrument : le saxophone ténorme ! Après deux excellents morceaux qui lui servent de warm-up (There will Be Another You et le célèbre St Thomas), il passe aux choses sérieuses en entremêlant dans le même morceau les thèmes d’Oleo et de I Can’t Get Started. Il va alors partir dans une furieuse improvisation mémorable de 30 minutes sans beaucoup reprendre son souffle, avec des clins d’œil et des réminiscences à 52nd Street Theme et Alfie, puis il intègre le thème de Sonnymoon for Two et enchaîne sans temps mort sur Darn That Dream et Three Little Words. Un instant de pur bonheur et qui est en plus, remarquablement bien filmé par la TV danoise. Ces trente minutes (qui se situent entre la 24 ème et la 54 ème minute du DVD) demeurent un des plus grands moments de jazz télévisé que j’ai pu voir. Sonny est à son sommet et s’envole très loin, noue emmenant avec lui dans sa furieuse improvisation, l’émotion est à son comble et il est très difficile d’en sortir indemne. Il est d’ailleurs fort dommage qu’il n’existe pas un CD de ce mémorable concert. La deuxième partie du DVD nous le montre toujours à Copenhague, mais dans un studio de la télévision danoise, trois ans plus tard. Sa barbe a poussé et il joue cette fois-ci en quartet (avec Kenny Drew au piano et le même NHOP à la contrebasse). Il va effectuer une remarquable prestation (bien que très en-dessous par rapport concert précédent) avec notamment une belle version de On Green Dolphin Street . Les images sont belles et bien composées, l’éclairage est soigné et le montage efficace par rapport à la narration musicale. Lionel Eskenazi

 

 

 

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22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 08:12

Tzadik 2008

John Medeski ( claviers), Chris Wood (cb), Billy Martin (dm)



Les lecteurs assidus des DNJ s’en souviennent, le précédent album de ce bouillonnant trio (à mon sens l’un des plus doués du moment), nous avait absolument conquis. Du genre à rester de longues années dans les favoris de son Ipod. C’était un album avec Scofield et cela déménageait sérieusement. Vous vous en souvenez sûrement et cela a dû rappeler quelques bons souvenirs à John Zorn qui en 1993 avait brièvement accueilli ces jeunes trublions sur la planète Masada. De quoi lui donner quelques idées au passage. Dans son entreprise gigantesque, Zorn a en effet composé plus de 300 titres devant constituer l’ossature du livre des anges dont il confie régulièrement  l’interprétation aux amis de passage. Et c’est ici ce superbe trio qui pour le volume 11, s’y colle et se voit confier l’interprétation du Livre 2.

Formidables interprètes de l’idée zornienne, Medeski, Martin & Wood ne trahissent pas son auteur  et restent fidèles à l’esprit jazzo-rocko-klezmero-trash  de son auteur. Le risque était grand pour eux de les voir au pire se dénaturer, au mieux qu’ils se retrouvent dans cette entreprise telle une poule devant une brosse à dent. Mais ils parviennent habilement à éviter cet écueil. A ce jeu là, MM&W ne perdent pas leur âme mais insufflent une réelle personnalité et y mettent presque une petite dose d’ironie irrévérencieuse n’hésitant pas quand il le faut à faire quelques pieds de nez à l’esprit Zornien. Alternant le clavier électrique ou acoustique, John Medeski ne singe pas Marc Ribot et  imprime sa marque et la couleur du groupe. Ce qui n’était pas gagné sur le papier tant l’univers de ce trio de trublions semblait peu commun à l’univers de Zorn. Or chacun des membres du trio y est épatant et l’on apprécie autant leur sens de la forme, mettant en valeur le génie compositionnel de Zorn que le déchaînement des « groove » lourds sur lesquels la basse de Chris Wood fait merveille et semble réinventer l’instrument. Il fallait une sacrée musicalité pour pourvoir entrer ainsi dans ce livre des anges sans y perdre sa personnalité. Et il fallait beaucoup de talent aussi à ce trio pour nous faire sortir d’une musique qui, avec le temps et l’habitude d’entendre ce répertoire commence à prendre des formes répétitives un peu (trop) connues. C’est tout le mérite de ce groupe qui parvient alors à nous faire redécouvrir sur son propre terrain une musique qui pourtant lui était a priori étrangère. Jean-Marc Gelin

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22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 08:09

JJ Doolin’ : “Girl talk”

Cristal 2008

Emmanuelle Rivault (vc, g), Evelye Sornay (vc), Vérène Fay (vc), Pierre Cammas (p), Gérard Maurin (cb), Michel Santanastasio (dm), Michel Barrot (tp)




 
Nouvel album de ce trio de chanteuses avignonnaises. Du jazz bien sûr mais surtout du swing dans la pure tradition sur des arrangements qui ne cassent pas trois pattes à un canard mais qui donnent un album dans l’ensemble plutôt sympa. On pense parfois aux 6 ½ de Pierre Gerard Verny investit dans le même type de travail. Ces trois excellentes chanteuses qui évoquent ces voix américaines des années 50 à l’instar des Andrew sisters avec visiblement beaucoup de gourmandise mutine. Ici la place est même parfois laissée aux musiciens et notamment au trompettiste Michel Barrot qui s’y connaît pour ajouter du swing au swing. On prend plaisir à l’écoute de cet album et à la découverte d’une très belle voix d’alto. C’est sans prétention mais suffisamment sympa pour donner envie d’aller les écouter sur scène. Deux réserves toutefois, une prononciation de l’anglais pas toujours à la hauteur et une reprise du dansez sur Moi de Nougaro trop soucieuse de respecter l’original.                      Jean-Marc Gelin

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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 07:47

Le Chant du Monde – Harmonia Mundi

 

Ce mois-ci parait le dernier opus en date de Simon Goubert. Pour ceux qui ne le savent pas encore, Simon Goubert est un batteur de jazz français de 48 ans originaire de Rennes. Cet élève et compagnon de route de Christian Vander au sein de Magma signe son premier album, « Haïti », en tant que leader en 1991. Après « Couleurs de peaux » paru en 1993, "L'Encierro" en 1995 et « Le Phare des Pierres Noires » en 1998, c’est en 1999 que Simon Goubert est aussi remarqué pour ces travaux de compositions dans le trio BFG avec Emmanuel Bex et Glenn Ferris, et intègre la même année le quintet Pentacle avec la pianiste Sophia Domancich. Le double album "Désormais" est enregistré en 2001 avec Boris Blanchet, Sophia Domancich et Michel Zenino, marquant le début d’une collaboration étroite entre les musiciens de ce quartet remarquable. En omettant volontairement de citer bien d’autres projets et aventures musicales diverses, il faut quand même souligner que Simon Goubert reçoit en 1996 le Prix Django Reinhardt qui désigne le meilleur musicien français de jazz de l’année. Il est le premier batteur à avoir été couronné par ce prix. Après une carrière de musicien indépendant entamée de succès, ce dernier disque paru en 2008, « Background », met en scène de nouveau le quartet actuel du batteur, avec en guise d’association de timbres inattendus deux musiciens de la nouvelle génération en la personne de Emmanuel Codjia à la guitare et Pierrick Pédron au sax alto et soprano. Le batteur, également claviériste, peut donc s’appuyer sur un socle solide pour présenter cette Musique d’aujourd’hui d’une évidente majesté qui doit tant au passé, se projetant ainsi vers le futur. Il faut ici saluer la nouvelle démarche d’authenticité de ce créateur incontestable. Sans que cela soit uniforme, l’exigence du musicien se manifeste tout au long de ses compositions et de l’ensemble de ses interventions. Le déroulement du disque appelle à la méditation, au recueillement, mais aussi à la reconnaissance des pères fondateurs de la Musique libre, comme si souvent sur un disque de Simon Goubert. Si l’on connaît bien tous les membres de ce sextet au travers d’autres formations, il faut tout de même attirer l’attention sur Manu Codjia, trop discret à mon goût sur les 3 premières plages du disque, qui mérite bien plus qu’un succès d’estime, à noter sa formidable interprétation survoltée du standard « Hackensack » aux cotés du fidèle Michel Zenino. A signaler aussi l’hommage à Elton Dean (« Mister Dean »), saxophoniste britannique  et l’un des fondateurs de « Soft Machine », aujourd’hui disparu, avec lequel Simon Goubert avait formé le groupe « Soft Bounds ». Parmi ce riche vivier de musiciens qui regroupe les batteurs français les plus incontournables, Simon Goubert tient une place évidente, avec entre autres à ses côtés André Ceccarelli, Franck Aghulon, Louis Moutin, Benjamin Henocq… Ce qui se joue de mieux dans le domaine de la percussion contemporaine. Tristan Loriaut

 

 

 

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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 07:43

ECM 2008



 
Le contrebassiste Arild Andersen signe là un disque magnifique, gravure d’un instant de rêve enregistré « live » au Belleville, club de jazz  de la capitale Norvégienne. Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas dans les studios de Mandfreid Eicher que cet album est enregistré mais en club ce qui n’empêche pourtant pas la prise de son d’y être absolument exceptionnelle pour une mise en valeur idéale d’un trio de très haute volée composé du batteur italien Paolo Vinaccia et du saxophoniste écossais Tommy Smith. Autour de thèmes composés par le contrebassiste (à l’exception de Prélude To a Kiss), le trio se livre là à un moment rare de maîtrise de l’espace et du temps. Un moment où la fusion des énergies les amène à contrôler celle-ci dans des moments de grande zénitude ou à la libérer au contraire dans des périodes de paroxysme brûlantes. Il y a assurément quelque chose de très coltranien dans le jeu de Tommy Smith, ici ébouriffant dans le son, dans la puissance de jeu et dans la nuance de son sens de l’improvisation. Chaque morceau est prétexte à un long développement où se rencontrent les trois voix dans un chassé croisé toujours homogène et cohérent à l’image de ce premier mouvement, suite en 4 parties (Independancy 1,2, 3 et 4). Jean-Marc Gelin

Arild Andersen, grand habitué du label, tout en choisissant de réaliser cet enregistrement en « live » n’en oublie pas pour autant le sens de la construction artistique. Pas question de partir dans des flots ininterrompus d’improvisations gigantesque. Au contraire, maîtrise du temps et de l’espace et conception de ce concert comme l’enregistrement d’un album en studio. Variation des thèmes et des couleurs toujours portées par le son incroyable du saxophoniste écossais qui à plus de 40 ans semble ici trouver le sésame d’un jeu totalement libéré de tout le superflus. Trois voix totalement investies dans l’instant présent au point qu’à l’instar d’autres chroniqueurs on peut effectivement affirmer que ce trio là est de ceux qui feront date tant il est fusionnel. Grand disque                                                      

 

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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 07:32


Dans la nuit de samedi 10 au dimanche 11 janvier 2009

De minuit à 7h


Par Franck Médioni

Nuit spéciale Charles Mingus sur France Musique à l’occasion du 30ème anniversaire de sa mort survenue le 5 janvier 1979. Contrebassiste, pianiste, compositeur et chef d’orchestre, Charles Mingus (1922-1979) est l’une des figures majeures de l’histoire du jazz moderne.

« Emotif et recensant en lui-même les émotions de son peuple, Mingus a entrepris de faire ouvertement parler, crier, la musique, comme on fait parler la poudre. Avec une énergie très physique qui concentrait ses qualités de compositeur, d’arrangeur ou d’agitateur. Avec une générosité et une intégrité qui ont contraint toutes les communautés (celle des musiciens lui était acquise), noires, blanches, officielles et marginales, à le reconnaître et à le saluer. In extremis, peut-être, mais tout de même… » 

Table ronde : Visages de Mingus, avec Yves Buin (écrivain), Didier Levallet (contrebassiste, co-auteur avec Denis Constant-Martin du livre « L’Amérique de Mingus », Editions POL), Francis Marmande (journaliste, écrivain), Claude Tchamitchian (contrebassiste)

Témoignages : Jean-Jacques Birgé (musicien), Benjamin Duboc (contrebassiste), Ricky Ford (saxophoniste ténor, ancien membre de l’orchestre de Charles Mingus), Sylvain Kassap (clarinettiste), Stéphane Kerecki (contrebassiste), Joëlle Léandre (contrebassiste), Didier Levallet (contrebassiste), Ramon Lopez (batteur), David Murray (saxophoniste), Michel Portal (clarinettiste, saxophoniste), Archie Shepp (saxophoniste), Claude Tchamitchian (contrebassiste), Jacques Vidal (contrebassiste).

Séquence concert


Lectures d’extraits de « Moins qu’un chien » (Editions Parenthèses), autobiographie de Charles Mingus, et de « Pour l’amour de Mingus » de Sue Mingus (Editions du Layeur).
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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 07:50

Franchement, autant dire que ce débat sur la pub à la télé, les amoureux de la culture en général et du jazz en particulier, nous le suivons comme une poule devant une brosse à dent et pour tout dire nous nous en battons un peu le popotin avec une légèreté et une insouciance qui n’a d’égal que la verve de nos politiciens en goguette. Las, nous regardons amusés et narquois ce débat avec l’air de ceux qui ne se sentent pas vraiment concernés même si la très très haute importance politique du sujet ne nous a bien sûr pas échappé. Car les amoureux de la culture et ici du jazz on beau être des citoyens avisés, ils ont depuis belle lurette déserté les écrans et les ondes envahies de réclames à longueur de temps pour leur préférer d’autres espaces qui, disons le tout net ont le mérite quand même de rendre bien plus intelligents ceux qui ne vivent pas ou plus sous la coupe servile des marchands de tout et de rien du tout. A la limite, Patrick de Carolis devrait s’empresser de décréter la fin de la pub sur son antenne et attendre un peu de voir, à la longue, ses concurrents de la télé privée s’empiffrer de pub, de réclames, d’exploitation éhontée de minutes de cerveau disponible, mourir et crever pansus et gras à coup de recettes publicitaire dans une ultime débauche de grivoiserie vulgaire d’un Starac’ moribonde à l’haleine de Hollywood Chewim gum, fraîcheur de vivre devant un audimat où les vieilles dames décrépies et lobotomisées de demain auront remplacé une fois pour toute les ménagères de 50 ans d’aujourd’hui. Car c’est sûr, on peut s’attendre à voir rapidement les privées multiplier les spots et les passages de pub payés à prix d’or. Les chaînes publiques auront peut être perdu leur indépendance politique mais gagné certainement en s’affranchissant des lobbyings mercantiles des marchands de soupe.

Et pendant ce temps là les amoureux de la culture, et du jazz en particulier auront de toute façon abandonné leurs écrans plasma et peut être réinvesti les salles de concert, les clubs, les théâtres et les salles de cinéma.

Après tout c’est bientôt Noël, on peut rêver un peu. C’est en tous cas le cadeau que l’on voudrait vous faire.

 

Et puisque l’on parle de cadeau, je vais vous faire une petite confidence. Un petit cadeau au passage. Allez tendre l’oreille sur ce qui se passe sur les radios du service public. Tenez par exemple sur France Musique le mercredi après l’excellente émission de jazz de notre confrère Alex Dutilh (« open jazz »), il y a une émission formidable et passionnante de Françoise Degeorges, « Couleur du Monde » qui vous emmène à la découverte des musiques du monde deux heures trente durant. C’est là par exemple que j’ai découvert les secrets du fascinant « chant long » de femmes de Mongolie. Émission remarquable qui se donne le temps de voyager, de nous apprendre, de nous intriguer. De nous rendre l’intelligence de la découverte. Et entre ces deux belles émissions qui se succèdent sur les ondes de France Musique, ben vous savez quoi….. ya pas de pub !

 

    http://www.radiofrance.fr/francemusique/em/couleurs/

 


http://www.radiofrance.fr/francemusique/em/open-jazz/emission.php?e_id=65000050
 

 

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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 06:54


 Propos recueillis par Bruno Pfeiffer

 

A83 ans, le batteur de Parker, de Coltrane, de Miles et de Monk mord toujours dans le tempo de son temps. Il ne mâche pas ses mots. Entretien à l’occasion de la sortie de son CD « Whereas » chez Dreyfus Jazz, et quelques jours après une série de concerts à décorner un troupeau de bisons, fin octobre 2008, au Duc des Lombards.



DNJ Je vous ai vu jouer la semaine dernière au DUC des LOMBARDS. On croit rêver : quel âge avez-vous vraiment ?

RH Sur le papier, 83 ans, mais dans le cœur à peine vingt. Je n’ai pas précisément de recette pour expliquer mon tonus. J’ai un cœur comme tout le monde. Si, si, je vous assure : mon feeling vient de là. C’est la vérité. Sur scène, je donne le maximum, je déballe tout ce que j’ai dans les tripes. Je veux donner au monde ce que j’ai dans le ventre. C’est pour cela que j’ai choisi la batterie.

DNJ  Pour déployer une énergie pareille, il y a bien un truc : vous vous douchez au jus d’orange ?

RH Oh oui! (rires). Je prends des produits sains et pas d’alcool. Je me nourris sainement. Mais c’est à la portée de tout le monde. L’énergie vient du ciel au dessus de nous. Il suffit de savoir à quel moment l’utiliser. Avec une formation qui prend autant son pied que la mienne, je suis poussé à me dépenser. De partager ces cadeaux avec le public en découle naturellement

. Savez-vous que le dimanche soir, au concert de 22h du Duc, le public chantait dans la salle. Il y avait une fille au premier rang. Elle chantait à tue-tête. J’ai senti sa présence. Je ne la connaissait pas. Elle répondait à mes paroles quand je chantais. J’ai eu une relation extra avec elle pendant le concert. A la fin, elle m’a dit s’appeler Carol. En partant, elle m’a regardé dans les yeux et a dit « I like you ». Son adresse? Non, elle ne m’a pas laissé d’adresse : juste son prénom.

DNJ D‘où vous est tombé ce sens quasi-inné du swing?


RH Le swing est la biais par lequel j’ai appris le jazz. Je suis un produit des années quarante. Le swing dominait le monde. J’ai avancé avec lui dans le sang, cela dans les années cinquante, soixante et les autres. De swinguer ne m’a jamais empêché de rester moderne. J’ai essayé en permanence de suivre l’évolution du jazz, de ne pas stagner. Le swing, c’est mon truc. Ma manière de jouer. Je l’ai dans la peau. Je le garde. Tout est là.


DNJ Le vocabulaire de votre jeu est richissime, d’une variété ahurissante. Vous répétez la nuit ?

RH Y a intérêt que mon jeu soit riche (« It has better be rich! » )! Je m’entraîne peu. J’essaie d’être bon à chaque fois. Je ne suis pas un batteur normal. Un batteur comme les autres. Je suis un perfectionniste.

DNJ Quelle est votre influence majeure?

RH Aucune : je suis unique. Je ne peux mettre en avant aucune influence majeure.

DNJ Pas même Art Blakey?

RH Nooon. Mais non! Il ne m’a pas influencé. Je l’adore. C’est un ami. Son jeu est très puissant. Mais je joue différemment. Je sais qu’il m’appelait son fils, à Boston. Le surnom peut prêter à confusion. Mais ça s’arrête là. Je suis fier de faire partie, au même titre que lui, de la catégorie des grands batteurs.


DNJ La complicité avec Jaleel Shaw est incroyable : vous apprenez ses solos par cœur ?

RH Je ne joue qu’avec des altos exceptionnels. J’ai joué avec Charlie Parker, ne l’oubliez pas. Jaleel et moi, on passe le temps à s’écouter. Si vous lui demandez son but dans la vie, il répond : apprendre! Parker était trop individualiste. Il n’avait personne auprès de lui. Il ne pensait qu’à lui. Jaleel excelle également au soprano. Je préfère un saxo qu’à une trompette. Avec un saxophoniste, je peux m’orienter dans plusieurs directions. Mais je préfère un saxo et une trompette à deux saxos, ou alors il faut vraiment qu’ils s’entendent bien.


DNJ  Aviez-vous un faible pour accompagner des chanteuses ?

RH Ca dépend lesquelles. J’ai eu la chance de jouer derrière les plus grandes chanteuses de l’histoire. Sarah Vaughan était ma préférée. Tout baignait avec elle. Sarah avait seulement deux ans de plus que moi. Billie Holiday était plus âgée que moi. Elle a eu son heures de gloire à la fin des années trente. C'était la star. J’étais gamin. Mon grand frère, qui était accro au jazz, m’avait fait écouter tous les disques. Quand je l’ai accompagnée, la dernière année de sa vie, en 1959, au Storyville de Boston, j’avais l’impression de jouer avec l’idole de ma jeunesse : j’étais en extase. Étrange, ce sentiment d’amour pour la personne que j’accompagnais. Le pianiste Mal Waldron était avec elle depuis deux ans. Lady Day n’avait absolument pas préparé le spectacle. Elle ne préparait jamais. Elle savait cependant exactement les chansons qu'elle voulait interpréter. Elle lui remettait la liste : point final. Elle commençait à chanter. Champ Jones tenait la contrebasse. On suivait. 

 

DNJ Que retenez-vous de votre Victoire d’honneur du Jazz?


RH Je sens qu’un événement est important quand beaucoup de photographes sont alignés devant moi. J’ai été heureux que ce que le travail tout au long de ma carrière soit salué ici, à Paris, en septembre dernier. La soirée était super. Je vais poser la récompense à côté des Grammies que j’ai déjà à la maison. Dreyfus a sorti trois disques : tous nominés aux Grammies, vous vous rendez compte? « Whereas », le dernier, représente la première fois qu’un solo de batterie est nominé. Ce n’est pas rien. J’y croyais. Simplement, j’ai concouru dans la même catégorie que Mike Brecker. Il a gagné. Normal : Mike est un géant. Je l’apprécie. J’ai déjà joué dans un de ses groupes.


DNJ Dans quelles circonstances avez-vous enregistré « Whereas » ?


RH Un copain batteur possède un club à St Paul (Minnesotta). Il m‘a invité en janvier 2006. Le contrat pas prévu au programme. Cela s‘est conclu rapidement. Mon agent n‘était même pas au courant. Quant il l’a su, le maire de Saint-Paul a carrément décrété que le week-end me serait dédié : le « Roy Haynes Week-end ». Vous le croyez? J’ai sollicité un pianiste de Miami, Robert Rodriguez, car le mien était engagé à New-York. La musique est quasiment improvisée. Les soirées ont été enregistrées. Les conditions étaient idéales. Et voilà le résultat...

Bruno Pfeiffer.

 

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