La chronique de Sophie ChambonJJJJ
Intrigant Inama, jeune groupe de six musiciens, lauréats 2007 du Tremplin Jeunes Talents (St Germain des Prés) qui, avec ce premier album, en ouvrant la boîte (noire) de Pandore laissent échapper une musique originale : treize compositions collectives, engagées et percussives, où résonnent l’orage des soufflants dans un vacarme prémédité et malicieux : « Pan dort », « Pan rêve »… « Pan Cake » sont de délicieux intermèdes concoctés (évidemment) par la flûtiste Amina Mezaache, entre de longues compositions où résonne un désir commun de musique. Animés d’une irrépressible envie de faire danser l’imaginaire, le flux constant d’énergie est contagieux : avec l'écriture comme boussole et l'improvisation pour mener la barque, portés par des vents calmes ou déchaînés, l’équipage laisse une place de choix aux saxophones alto, ténor, et à la flûte traversière (si rare en jazz ) dont le souffle accompagne en effet de mystérieuses images, traversant espaces et temps. Avec la fluidité d'un discours qui se veut aussi percutant, la rythmique sans faillir, soutient admirablement l’échange avec le marimbiste-vibraphoniste Stephan Caracci que l’on retrouve avec plaisir depuis son envol réussi de Marseille. Une contrebasse souple et une batterie rebondissante gardent le cap de la pulsation. Un chant profond pour un groupe qui explore avec soin les formes les plus ouvertes : textures affranchies, échappées libres, foisonnement de timbres, lignes claires des échanges, mélodies sensibles, fougueuses souvent mais parfois résolument mélancoliques. Une aventure musicale passionnante à suivre et un groupe dont on retiendra le nom assurément. Sophie Chambon
La Chronique de Tristan Loriaut JJJJ(J)
Inama est avant tout un sextet réunissant des énergies aux influences diverses et variées. La flûtiste Amina Mezaache, le saxophoniste alto Julien Soro, au ténor Fabien Debellefontaine ainsi que Stéphan Caracci au vibraphone et marimba, Ronan Courty à la contrebasse et pour finir Laurent Gueirard à la batterie. Pour l’anecdote, Inama est l’anagramme du prénom de la flûtiste d’origine algérienne (et non l’anagramme de Naima, comme pourrait l’imaginer certaines personnes). Sous l’égide de ces jeunes musiciens aux talents plus que confirmés, et pour un premier album, c’est guidé par les oreilles que commence ce voyage onirique au pays de l’expérimentation. Ce disque s’ouvre diaboliquement par une rythmique redoutable aux mesures asymétriques. Cette danse pseudo drum’n’bass orientale est menée par les précieux arrangements des trois instruments à vent. Après ce début sur les chapeaux de roues, l’album trouve ensuite son identité dans une série de comptines en plusieurs actes. La folie furieuse habitant ces énergumènes improvisateurs serait impossible sans une maîtrise parfaite allant de la technique instrumentale à la texture sonore. Il faut surtout signaler que dans ce sextet, chaque musicien compose, soulignant alors la « bravitude » de l’aspect participatif d’un tel projet. En ressort une originale fraîcheur dans la conception des thèmes de chaque composition, étant presque tenté de comparer leurs enchaînements à un étonnant road movie, comme par exemple dans « La vie du fleuve ». Parfois apaisants, tantôt digressifs, les dialogues instrumentaux n’ont aucune limite, évoluant au travers de plusieurs combinaisons. De lents crescendos pleins de finesses (« Fièvre à quatre notes ») se conjuguent avec des espaces totalement libre (« La boite noire » ou encore « Pan dort »). Cet ouvrage est empli de contrastes sans contraintes ni limites, au-delà des apparences Jazz, Free, Rock, Contemporaines. Avec une sage et apaisante parcimonie, certains codes du Jazz demeurent dans l’harmonisation de toutes ces compositions, sous la mailloche d’un remarquable vibraphoniste. Par ailleurs, « Le chorus du marabout » aurait pu s’appeler « le solo de l’africaine » tellement la subtilité du langage musical improvisé y est sublimée par cette flûtiste aux talents indéniables. Au milieu, deux saxophonistes aussi survoltés qu’attentifs, avec une pointe d’inventivité orientée avec ferveur vers un Ornette Coleman désacralisé. Il y a aussi ce touché aquatique d’une contrebasse tapie dans l’ombre, prête à bondir sur nos oreilles à chaque instant. Et tout cela sans oublier bien sur la malice d’un batteur touche-à-tout, non dépourvu de précision au service d’une technique de percussionniste caméléon. Énorme travail en général, et en particulier sur les harmoniques du son, en témoigne la fin du disque par cette ironique évocation morbide d’une série télévisée méridionale, « Plus belle la mort ». Dans le détail, il faut écouter avec attention cet astucieux dédoublement de la résonance d’une note aigue du vibraphone par la flûte traversière. Sorte de point d’orgue final résumant assez bien ce recueil d’ingéniosités allant de la voix murmurante jusqu’au glockenspiel, en passant par des jouets (!). Par ailleurs, cet équipage de petits garnements de l’impro fut récompensé en 2007 au fameux tremplin du festival Esprit Jazz. Cela confirme ce qui est une certitude en écoutant le son vivant de ce groupe soudé, il ne faut pas manquer de goûter aux frasques musicales d’Inama en concert. Tristan Loriaut
Cristal 2008









