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9 juillet 2008 3 09 /07 /juillet /2008 07:30

 

 La chronique de Sophie ChambonJJJJ

Intrigant Inama,  jeune groupe de six musiciens, lauréats 2007 du Tremplin Jeunes Talents (St Germain des Prés) qui, avec ce premier album, en ouvrant la boîte (noire) de Pandore laissent échapper une musique originale : treize compositions  collectives, engagées et percussives, où résonnent l’orage des soufflants dans un vacarme prémédité et malicieux : « Pan dort », « Pan rêve »… « Pan Cake » sont de délicieux intermèdes concoctés (évidemment) par la flûtiste  Amina Mezaache, entre de longues compositions  où résonne un désir commun de musique. Animés d’une irrépressible envie de faire danser l’imaginaire, le flux constant d’énergie est contagieux : avec l'écriture comme boussole et l'improvisation pour mener la barque, portés par des vents calmes ou déchaînés, l’équipage laisse une place de choix aux saxophones alto, ténor, et à la flûte traversière (si rare en jazz ) dont le souffle accompagne en effet de mystérieuses images, traversant espaces et  temps.  Avec la fluidité d'un discours qui se veut aussi percutant, la rythmique sans faillir, soutient admirablement l’échange avec le marimbiste-vibraphoniste Stephan Caracci que l’on retrouve avec plaisir depuis son envol réussi de Marseille. Une contrebasse souple et une batterie rebondissante gardent  le cap de la pulsation.  Un chant profond pour un groupe qui explore avec soin les formes les plus ouvertes : textures affranchies, échappées libres, foisonnement de timbres,  lignes claires des échanges, mélodies sensibles, fougueuses souvent mais parfois résolument mélancoliques. Une aventure musicale passionnante à suivre et un groupe dont on retiendra le nom assurément. Sophie Chambon

La Chronique de Tristan Loriaut JJJJ(J)

Inama est avant tout un sextet réunissant des énergies aux influences diverses et variées. La flûtiste Amina Mezaache, le saxophoniste alto Julien Soro, au ténor Fabien Debellefontaine ainsi que Stéphan Caracci au vibraphone et marimba, Ronan Courty à la contrebasse et pour finir Laurent Gueirard à la batterie. Pour l’anecdote, Inama est l’anagramme du prénom de la flûtiste d’origine algérienne (et non l’anagramme de Naima, comme pourrait l’imaginer certaines personnes). Sous l’égide de ces jeunes musiciens aux talents plus que confirmés, et pour un premier album, c’est guidé par les oreilles que commence ce voyage onirique au pays de l’expérimentation. Ce disque s’ouvre diaboliquement par une rythmique redoutable aux mesures asymétriques. Cette danse pseudo drum’n’bass orientale est menée par les précieux arrangements des trois instruments à vent. Après ce début sur les chapeaux de roues, l’album trouve ensuite son identité dans une série de comptines en plusieurs actes. La folie furieuse habitant ces énergumènes improvisateurs serait impossible sans une maîtrise parfaite allant de la technique instrumentale à la texture sonore. Il faut surtout signaler que dans ce sextet, chaque musicien compose, soulignant alors la « bravitude » de l’aspect participatif d’un tel projet. En ressort une originale fraîcheur dans la conception des thèmes de chaque composition, étant presque tenté de comparer leurs enchaînements à un étonnant road movie, comme par exemple dans « La vie du fleuve ». Parfois apaisants, tantôt digressifs, les dialogues instrumentaux n’ont aucune limite, évoluant au travers de plusieurs combinaisons. De lents crescendos pleins de finesses (« Fièvre à quatre notes ») se conjuguent avec des espaces totalement libre (« La boite noire » ou encore « Pan dort »). Cet ouvrage est empli de contrastes sans contraintes ni limites, au-delà des apparences Jazz, Free, Rock, Contemporaines. Avec une sage et apaisante parcimonie, certains codes du Jazz demeurent dans l’harmonisation de toutes ces compositions, sous la mailloche d’un remarquable vibraphoniste. Par ailleurs, « Le chorus du marabout » aurait pu s’appeler « le solo de l’africaine » tellement la subtilité du langage musical improvisé y est sublimée par cette flûtiste aux talents indéniables. Au milieu, deux saxophonistes aussi survoltés qu’attentifs, avec une pointe d’inventivité orientée avec ferveur vers un Ornette Coleman désacralisé. Il y a aussi ce touché aquatique d’une contrebasse tapie dans l’ombre, prête à bondir sur nos oreilles à chaque instant. Et tout cela sans oublier bien sur la malice d’un batteur touche-à-tout, non dépourvu de précision au service d’une technique de percussionniste caméléon. Énorme travail en général, et en particulier sur les harmoniques du son, en témoigne la fin du disque par cette ironique évocation morbide d’une série télévisée méridionale, « Plus belle la mort ». Dans le détail, il faut écouter avec attention cet astucieux dédoublement de la résonance d’une note aigue du vibraphone par la flûte traversière. Sorte de point d’orgue final résumant assez bien ce recueil d’ingéniosités allant de la voix murmurante jusqu’au glockenspiel, en passant par des jouets (!). Par ailleurs, cet équipage de petits garnements de l’impro fut récompensé en 2007 au fameux tremplin du festival Esprit Jazz. Cela confirme ce qui est une certitude en écoutant le son vivant de ce groupe soudé, il ne faut pas manquer de goûter aux frasques musicales d’Inama en concert.                                  Tristan Loriaut

 

 

 

 

Cristal 2008

 


 

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9 juillet 2008 3 09 /07 /juillet /2008 07:28

Yolk 2008



Une nouvelle fois Alban Darche et sa troupe de déjantés du jazz que l’on avait récemment entendu avec Katerine reviennent avec un album particulièrement réussi. On a rarement atteint ce niveau d’écriture avec un big band mariant avec autant de modernité et d’exigence ce sentiment de liberté entièrement contrôlée. Il y est question toujours d’un espace tourneboulé où les voix et les pupitres s’emmêlent et s’enchevêtrent. Avec un sens assez solide du contrepoint, chacun qu’il soit soliste ou en section participe avec le même grain de folie à la bacchanale. Il ne s’agit pas d’un modèle statique où lorsque le soliste se place sur le devant, seuls ne restent en place que la rythmique. Non, ici tout autre chose. Les solistes et les sections de cuivres jouent ensemble, chacun avec une énergie et une puissance débordante et créent ainsi des tramages « forts » auxquels la guitare de Gilles Coronado apporte parfois une nuance légèrement rock. Polar Mood, pièce phare de l’album est un moment absolument génial d’écriture et d’arrangement mis en valeur par ailleurs par un chorus saisissant de Geoffroy Tamisier que l’on attendait pas dans un registre aussi mordant, nerveux et acéré. Au risque de perdre en cohérence et à renforcer cette impression de patchwork, Alban Darche, jamais enfermé dans un schéma caricatural et prédéterminé passe allègrement du rock à  la musique Klezmer, allie la musique de cirque ou de fanfare au jazz le plus dynamique à la façon parfois d’une Carla Bley. Alban Darche joue sans cesse à l’équilibriste, fait intervenir les cuivres, les fait disparaître, joue les chassés croisés, les sur et sous expositions. Avec cette science de l’arrangement, Darche s’offre même deux réécritures somptueuses de musique Klezmer (dont on se demande en revanche quelle est leur place ici) au travers un double hommage au grand clarinettiste Naftule Brandwein par deux compositions qui sont autant d’occasion de mettre en valeur Sylvain Rifflet à la clarinette puis Mathieu Donarier, tous les deux impressionnants. Ce qui ne laisse de surprendre c’est le travail admirable sur l’énergie. Alors que la complexité de ces enchevêtrements pourrait plonger plus d’une formation de ce type dans la tentation du « sous jouer », le Gros Cube au contraire ne perd jamais  en intensité. Totalement déchaîné et brillant. Il y a derrière la patte de Alban Darche, l’engagement de tout un groupe de musiciens collectivement acquis à la cause. Avec autant de rigueur musicale que de liberté ils soufflent un vent bien frais sur le jazz extra large.
Jean-Marc Gelin

 

 

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8 juillet 2008 2 08 /07 /juillet /2008 22:38



tZADIK 2008

 

Marc ribot (g), Jamie Saft (kyb), Kenny Wollesen (vb), Trevor Dunn (cb), Joey Barron (dm), Cyro Baptista (perc), John Zorn (as, direction)

 

  Dans quel monde idyllique vit désormais John Zorn ? Avec The Dreamers ce n’est certainement pas celui de Massada ou de Painkillers. Car il y a dans ce monde là, la légèreté d’un monde insouciant, flottant dans une sorte d’euphorie béate. Quasi cotonneuse.

Ici Zorn dirige de main de maître comme il le fait avec Bar Kohkba. Avec un sens inouï du détail et de la finesse, il organise le jeu de Marc Ribot, le vibraphone de Kenny Wollesen et le clavier de Jamie Saft dans une sorte de rondeur moelleuse à laquelle Joey Baron dessine avec un art subtils quelques points de dentelles. Tout est réglé au millimètre à tel point que cet univers entièrement sous contrôle en est presque angoissant. Attendant Zorn dans un monde furieux, celui qu’il nous décrit ici n’en est que plus irréel de béatitude (Uluwati) presque déshumanisé dans ce monde onirique. Heureusement Zorn y met du relief et beaucoup de nuances. On passe d’un rêve cotonneux (A ride on a cotton fair) à la traversée d’une ville fantomatique dans une sorte de western angoissant (atmosphère que Zorn affectionne par ailleurs) dans Awkiwatsay. Rapidement Zorn peut sortir de ce monde là et revenir à quelque chose de pus enfantin comme ce Toy qu’illustre si bien la pochette de cet album.

Mais dernière cette apparence du lisse et du rond, Zorn introduit des nuances. Sa direction est, comme avec Bar Kohkba celle d’un nuancier à petites touches subtiles derrière l’apparente uniformité du propos. Même musique de chambre (ici du rock de chambre) où les rondeurs de la guitare, du clavier et les notes moelleuses du vibraphone ont remplacé les cordes de Bar Kohkba. Et dans cette cosmogonie Zornienne il y a quelques réminiscences que l’on trouvait hier chez Pink Floyd, revisités avec une autre profondeur. Entrer dans le monde irréel de Zorn c’est entrer dans un univers que Lewis Carrol redécouvrirait au XXI° siècle. Il est finalement presque aussi psychédélique qu’halluciné.

Jean-Marc Gelin

 

 

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7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 23:10

Frantz Duchazeau

Ed. Sarbacane

2008, 23€

 

 

 Il est des petites merveilles dans le monde de la BD «musique » qui n’apparaissent que très rarement. Pas des BD qui ne s’occupent de musique que sous le prétexte d’une autre histoire mais au contraire de celles qui derrière un parcours de musicien s’attachent à donner de l’épaisseur à leur personnage.

C’est Meteor Slim, ici, personnage de fiction qui en occupe toute la trame. Bluesman du Delta, qui trimballe en salopette des champs sa vieille guitare de ville en ville sur les routes qui longent le Mississipi. Personnage attachant s’il en est, pas spécialement bon chanteur, pas spécialement bon guitariste mais que le blues cheville au corps comme une seconde peau. Au point d’abandonner sa femme enceinte pour se lancer sur les routes et conquérir le monde. Il croise un jour sur sa route, le plus grand d’entre tous, Robert Johnson quelques temps avant la mort de ce dernier (nous sommes donc précisément en 1938) et poursuit son chemin sur ses routes des États-unis. Cette Amérique parsemée de clubs de jazz et de vieux bastringues pour musiciens noirs, pour chanteurs noirs et danseurs noirs. Meteor Slim comme un personnage émouvant aux idéaux purs, qui ne sortirait pas vraiment de l’enfance et croirait indéfectiblement en sa chance, sa bonne étoile. Candide dans un  monde brutal. Et l’on s’attache rapidement à ce personnage à peine esquissé aux contours perdus que l’on devine plus que l’on ne voit jamais vraiment avec précision. Personnage un peu perdu en lui-même, attaché à ses idéaux de musicien, à la recherche d’on ne sait trop quoi.

Le coup de crayon de Frantz Duchazeau comme au fusain, donne des effets d’ombres derrière lesquels on devine avec beaucoup de pudeur des expressions humaines terriblement émouvantes. Incroyable dessein qui suggère plus qu’il ne montre, qui dit les choses sans les dire et laisse le lecteur poursuivre lui-même les dialogues intérieurs toujours suggérés. Un dessin comme l’on en voit rarement, nous laissant entrer dans la vie de ce personnage un peu comme par effraction. Un peu comme si le blues racontait ce chemin, ce road movie où la musique côtoie la désillusion. Et l’errance.

Jean-Marc Gelin

 

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7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 23:06

Marsalis Music – 2008

 

Miguel Zenon (as), Luis Perdomo (p, elp), Hans Glawischnig (b), Henry Cole (dms) + un quatuor à cordes –

 





 
J’envie les passionnés de jazz aux oreilles vierges qui vont découvrir avec ce CD, la passionnante musique du saxophoniste alto portoricain Miguel Zenon. Ce quatrième album marque un virage important dans sa carrière, le propulsant directement dans la cour des très grands. Zenon, âgé de 30 ans, signe là un disque énorme, ambitieux et mature, rempli de compositions aux couleurs originales et savamment agencées, qui évitent le folklore caribéen et les clichés latinos pour s’aventurer dans le monde intérieur et profond d’un musicien sensible et généreux. Dès le démarrage du disque, le réveil (Awakening) est très sérieusement abordé par un quatuor à cordes évanescent, rapidement rejoint par le lyrisme et la musicalité du saxophone alto. Puis la pulsation du fantastique batteur Henry Cole nous suggère une danse syncopée qui va aller en s’amplifiant et donner des ailes à Zenon dans un long et passionnant chorus aux placements rythmiques complexes chers à Steve Coleman (Camaron). Le disque va continuer de dérouler le tapis rouge du talent, de l’élégance et de l’intelligence musicale avec Penta, The Missing Piece (mon morceau préféré) ou Ulysse in Slow Motion. Le pianiste vénézuélien Luis Perdomo (repéré chez Ravi Coltrane), allie toujours sensualité et swing, qu’il joue sur un piano classique ou électrique. On apprécie également le jeu plein de finesse et de discrétion du contrebassiste Hans Glawischnig. Après un fougueux détour free (Awekening interlude) plein de bruit et de fureur, Zenon apaise le flux sonore avec le très beau Santo à l’écriture musicale ambitieuse et aux surprenants contrastes rythmiques. Il faut attendre le dernier titre, présenté en bonus (la très belle ballade Que Tetedi), pour que Miguel Zenon retrouve la musique latine, avec laquelle nous l’avons découvert, lorsqu’il jouait aux côtés de David Sanchez sur les albums Melaza et Travesia. Son jeu d’alto s’inspire sur ce morceau de la sensualité à fleur de peau qui émanait du sax ténor de David Sanchez, lorsque celui-ci interprétait des ballades. La grande classe !  Lionel Eskenazi

 

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7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 23:03

Compilation 1964-2007 – Act 2008  

 


Pour célébrer dignement les 75 ans du saxophoniste allemand Heinz Sauer (il est né le jour de noël 1932), le label Act a eu l’excellente idée d’éditer cette compilation qui recouvre 44 années d’épisodes musicaux divers et variés, relatant des moments forts de sa carrière. Pour ceux qui ne le connaissent pas, vous allez découvrir un remarquable saxophoniste ténor à la sonorité véhémente et charnue. Heinz Sauer a traversé les folles et libres années 60 et 70 du jazz européen, en n’oubliant jamais la justesse de son jeu et de son propos. Sauer est un musicien qui joue avec une grande force d’expression, habité par l’expressionnisme allemand, il adopte, comme jadis ses compatriotes peintres et cinéastes, un point de vue formel avec des sonorités aux couleurs criardes et virulentes qui attirent l’attention et nous interpellent. Dès le premier titre Now Jazz Ramwong, datant de 1964, vous serez surpris par la modernité du quintet (sans piano) du tromboniste Albert Mangelsdorff (dont Sauer est l’un des deux saxophonistes). Vous comprendrez tout de suite comment cette musique a influencé fortement Henri Texier lorsqu’il a fondé l’Azur Quintet, avec des climats world music assez proches et un chorus de trombone de Mangelsdorff qui nous fait penser à ceux de Glenn Ferris ! Avec Blues Booth en 1970, Heinz Sauer, toujours en compagnie de Mangelsdorff, va nous prouver que l’on peut être blanc et allemand et interpréter le blues de façon aussi convaincante qu’Archie Shepp ou David Murray. Les relectures chaleureuses et vibrantes par Sauer de classiques tels que Round Midnight, Lush Life ou Chelsea Bridge, nous prouvent une fois de plus que la force de son talent s’exprime dans une soif absolue d’expressivité. Après le survol des années 80 et de passionnantes collaborations avec le NDR Big Band, nous arrivons à son récent duo, en activité depuis 2003, avec le jeune pianiste berlinois Michael Wollny (du groupe [em]), qui pourrait être son petit fils !

Leur version très épurée de Nothing Compares To You de Prince, ainsi que les Variations On Redford (morceau inédit, co-signé par eux deux) terminent cet excellent album dans un climat différent, beaucoup plus introspectif et propice à la rêverie.  Lionel Eskenazi

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7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 22:57

Sans Bruit (*) www.sansbruit.com

 

 Cette rencontre inédite eut lieu un soir d’été au Châtelet au cours d’une saison estivale qui vit passer dans les murs de ce théâtre au cours de ce mois de juillet John Zorn, Ran Blake et bien d’autres encore. Une bien belle programmation que ce jeune label, qui se propose d’éditer son catalogue exclusivement par téléchargement sur le net, a réussi  capter par deux fois. Une première lors du concert mémorable de Ran Blake et une autre fois lors de cette belle rencontre entre deux génies, Benoît Delbecq et Marc Ducret. Les deux hommes sont restés ce soir là dans le domaine qu’ils affectionnent chacun à leur manière, celui des défricheurs. Des dénicheurs de « son ». Benoît Delbecq y était alors beaucoup plus acoustique qu’à l’accoutumée laissant à Marc Ducret des espaces à explorer, à titiller, à chercher. Ceux qui s’attendaient à entendre le guitariste dans un registre volubile n’y trouveront pas leur compte. Car avec les deux hommes, ce soir là il s’agissait d’autre chose. D’une rencontre plus intime entre deux chercheurs fous qui parfois trouvent leur terrain d’entente et parfois passent à côté l’un de l’autre. Parfois même leur rencontre relève du dialogue entre deux autistes chacun perdu dans son propre univers musical. Sans que cela pour autant n’en fasse perdre la force certaine. Dans ces univers parallèles qui parfois ont des frontières communes et parfois semblent bien éloignés, on ne sait que vaguement d’où ils partent et surtout pas quelle direction ils vont prendre. Car entre écriture et improvisation c’est toujours l’exploration d’espaces très ouverts qui s’offrent aux deux musiciens. Marc Ducret toujours sur la réserve, reste constamment à l’affût comme isolé dans sa bulle, maniant une foule de petits détails toujours subtils. Jouant sur les contrastes ces univers marient l’acoustique du piano aux grésillements électriques de la guitare. Delbecq y est au contraire furtif et pose les bases du discours. Mais surtout, chacun se donne le temps de construire et d’échafauder les points de rencontre comme dans l’Enquête où lorsqu’ils jouent vraiment ensemble ils parviennent à densifier et à créer l’association des contraires.

Chez les deux hommes, la même passion pour la création artistique, pour le façonnage musical dans l‘instant. Avec eux la musique se construit dans l’échange autant que dans la distance, dans le silence autant que dans la tension sous jacente.Et toujours avec eux, dans le laboratoire qu’ils improvisent sur place une forme d’expérience musicale se révèle faite d’assemblages intelligents parfois complexes mais toujours passionnants. Comme des chercheurs qui parfois trouvent et parfois continuent à explorer encore.

Jean-Marc Gelin

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7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 22:52

Cristal records




 
Cet enregistrement pris sur le vif le 3 novembre 2007, lors de la célébration de l’anniversaire du célèbre club de la rue des Lombards, sonne comme le rappel d’une évidence.  Celle selon laquelle le jazz perd une partie de son âme toutes les fois où il franchit les portes d’un studio d’enregistrement, dès lors qu’il se transforme en exercice de raison pure ou cherche, au nom de la nouveauté, à épater le bourgeois. Rien de tel ici, que l’on se rassure. Rien d’autre que la captation d’une soirée en club, dans sa continuité, dans sa progression, dans ses temps forts et ses (rares) temps morts, dans son jus. Une soirée juste un peu plus réussie que la moyenne, dans laquelle le quartet d’André Ceccarelli, reformé spécialement pour l’occasion, se fait plaisir et en donne sans compter à la poignée de spectateurs présents ce soir là et dont on peut suivre,  grâce à la qualité superlative de l’enregistrement, les réactions et les émois en écho aux propositions des musiciens. Le plaisir vient ici aussi de la durée. Au premier abord, l’idée de restituer le concert dans un double album peut rebuter : trop ambitieux, trop lourd, trop indigeste. A-t-on tant de temps à consacrer  à cette musique ? Pourquoi de surcroît s’être permis de faire figurer deux reprises de Giant steps, en ouverture et en fin de concert ? A l’écoute, miracle du live, le temps se raccourcit, la longueur des morceaux (entre 9’ et 14’ pour la plupart d’entre eux) se justifie, les soli s’enchaînent sans que la tension se relâche et l’on se dit que c’est précisément parce que chacun des musiciens dispose du temps nécessaire pour déployer ses idées, pour écouter ses partenaires, pour se répéter et se fourvoyer aussi parfois, que le résultat est aussi réussi et jouissif. Car il s’est joué de la très bonne musique ce soir là au Sunside. Une dizaine de morceaux tout au plus, dont une moitié de reprises de haute lignée (Giant Steps donc, Juju, Seven Steps to Heaven, Take the Coltrane) et une moitié d’originaux (signés notamment Sylvain Beuf et Antonio Farao) parfois superbes (Sensible, Vera). Si le saxophone de Sylvain Beuf (soprano et ténor) est égal à sa réputation,  souvent brillant, parfois attendu, toujours intéressant, le trop sous-estimé pianiste italien Antonio Farao constitue la véritable révélation de cet album. Depuis quand a-t-on entendu un pianiste aussi fin, inventif et véloce ? D’une incroyable facilité dans certaines de ses envolées (Giant Steps version 2.), qui fait penser parfois à cet autre grand méconnu de Phineas Newborn, il parvient aussi à émouvoir, lorsqu’il tâtonne et dissonne, semblant presque hésitant parfois (Giant Steps, version 1.) L’ensemble est soutenu à un train d’enfer par une section rythmique toujours attentive et remarquable (Thomas Bramerie et André Ceccarelli). Rien de tout cela n’a vocation, on l’aura compris, à révolutionner l’histoire de la musique, mais depuis quand doit-on bouder son plaisir, surtout lorsque, comme la plupart des individus habitant cette planète, nous ne faisions pas partie de la quelque dizaines de privilégiés qui avaient eu le bon goût d’être au Sunside ce soir là… Loic Blondiaux

 

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7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 22:50

Nocturne 2008

Andy Bey (vc, p), Peter Washington (cb) Kenny Washington (dm),  Live at Birdland mai 1997



 

 On a déjà à peu près tout écrit sur Andy Bey et sur sa voix exceptionnelle aux quelques quatre octaves (oui vous avez bien entendu, pas deux, pas trois mais bien 4 octaves….). On a déjà tout dit sur ses manières d’en faire, sur ses façons de façonner. Et c’est vrai que Andy, à presque 70 ans en fait toujours et encore des tonnes dans le genre plus crooner que moi tu meures. Et ce n’est pas cette version « live » d’un concert au Birdland capté il y a 11 ans qui nous fera dire le contraire. N’empêche ! Combien sont ils à chanter comme lui, à placer leur voix ainsi au fond du fonds du temps avec cet art de vous enrouler, de vous envelopper dans sa voix comme d’autres vous déshabillerait d’un regard ? Pas le genre à se compliquer la tâche Andy : son univers à lui c’est celui de standards qu’il croone comme pas deux. Toujours too much, Andy. Toujours trop Andy à faire sa mijaurée, sa chanteuse de club avec ses allures de vamp. Andy c’est pas Johny Hartman. Autre chose. Le genre à laisser tourner sur la platine lorsque l’on ramène sa belle après un dîner en tête à tête, à l’heure du dernier verre, pose alanguie sur le canapé, lumière tamisée, corps rapprochés ! Andy est tout en sensualité voire même d’un érotisme brûlant. C’est qu’il prend du plaisir à déshabiller le thème, à l’effleurer, à le caresser longtemps et tout autour. Écoutez ce All the things you are réinventé ou ce Ain’t necessarily so chaud comme la braise. Et puis comme si ce n’était pas suffisant pour nous achever d’extase, Andy lorsqu’il ne dit plus rien, pose ses doigts sur le clavier et se révèle aussi un superbe pianiste aussi inventif dans les phrases jouées que dans celles chantées (comme dans cette version de If I should lose you). Et l’on pense alors à Michel Contat qui disait un jour que les meilleures chanteuses étaient celles qui étaient aussi pianistes. A ce petit jeu à, Andy Bey est une formidable chanteuse de jazz qui avec ses manières exaspérantes d’en faire trop nous procure ce petit plaisir masochiste. Le charme totalement exaspérant et irrésistible des frimeurs magnifiques.

Jean-Marc Gelin

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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 07:59

Allgorythm  2008




 
On reconnaît le (bon) goût indéniable du guitariste Jean Philippe Muvien, qui en plus de sa propre activité discographique, a choisi de lancer son propre label et de distribuer sur sa marque ALLGORYTHM  les « indés » qui lui plaisent . Ainsi en est il de ce label sicilien  Jazzeyes qui met aujourd’hui en valeur le batteur Al Foster.
Deuxième disque en leader d’un magnifique quartet  depuis dix ans, cet album porte un titre sans véritable équivoque : quarante ans après le joli mois de Mai 68, ce Love, Peace and Jazz fait retour sur ce qui prolongeait le « summer of love » de 67, mais également rappelle que Wayne Shorter, plus encore peut-être que Miles Davis, (le  patron de Foster pendant très longtemps) est l’une des inspirations de l’album . Ce qui se vérifie avec le saxophoniste Eli Degibri, Israélien d’origine, , qui, au soprano, sait faire monter la pression, installant une tension créative,  tout en découpant aussi  ses solos de façon aérée au ténor. Créateur de climats, il est soutenu par le « drive » voluptueusement efficace  de Foster, le chant puissant et profond de Douglas Weiss.  Ce dernier est le  contrebassiste du groupe, complice habituel du pianiste  Kevin Hays, dernier élément fondamental du quartet au jeu à la fois effervescent,  délicat, toujours vibrant.

Belle cohérence aussi dans la choix des titres, parce que les 3 longues compositions d’ Al Foster se marient  thématiquement avec les titres repris à Miles Davis « Blue in green » , Wayne Shorter « ESP » ou Blue Mitchell « Fungii Mama » . Les arrangements qui en découlent se déploient selon une  palette de couleurs variées, toujours en recherche d'harmonie, du sombre à l'éclatant, du concentré au diaphane.

Profondément réjouissant et tonique ! Sophie Chambon

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