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21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 07:21

Cristal Records 2008



Quatre ans après « Liberating Vines », Karl Jannuska revient avec « Thinking in Colors » en compagnie d'un quintet qui a pris le temps de se constituer. Avec le saxophoniste ténor canadien Steve Kadelstad et Olivier Zanot aux saxs alto et soprano qui se correspondent parfaitement sur le plan sonore, le guitariste Pierre Perchaud - dont le public et la presse peinent encore à reconnaître l'art subtil - et le métronomique Mathias Allamane à la contrebasse, Jannuska a réuni les talents nécessaires et justement variés pour exprimer onze couleurs d'une musique tout à fait personnelle. Dans l'esprit des « Colour Fields » de Mark Rothko, Jannuska peint les portraits musicaux de sa vie quotidienne. Chaque pièce est authentique et apporte son lot d'émotions, allant de la joie à la mélancolie, de souvenirs personnels (de photos prises en passant près de l'Alaska au club des 7 Lézards aujourd'hui fermé), d'instants présents et d'inspirations musicales très variées (de Keith Jarrett à un traditionnel vénézuélien, en passant par le pop-isant «  4 am Photo »). Le tout témoigne encore de l'effort d'une « jeunesse », dans l'esprit,  musicale qui décloisonne les genres et met en place un style propre, ouvert et superbement créateur où tout se mélange sans coutures. Une sorte de mutualisation osmotique des genres musicaux qu'on ne rencontre pas qu'en jazz d'ailleurs.
Les batteurs leaders jouiraient ils d'une aura créatrice particulière? Différente des musiciens qui jouent des « notes »?
C'est en effet surprenant de constater à quel point certains batteurs marquent la musique à ce point, avec une originalité toute personnelle. Une musique propre aux batteurs, qui creuse son  empreinte par une sonorité à part. On pense tout de suite à Christian Vander et ses Magma et Offering, à Christophe Marguet dont le dernier cd fait encore frémir, à Bobby Prévite batteur new-yorkais qui diversifie son art avec ou sans son New Bump. Et il faut désormais compter sur Karl Jannuska, batteur canadien anglophone, qui tient une place de choix depuis cinq ans en France et qui tient la marque des grands Musiciens. Avec un peu d'humour et de malice, on pourrait dire que Jannuska invente ici la musique écologique! Toute sa musique se fait autour de l'économie du tempo et de l'économie d'énergie de groupe ; on est très éloigné d'une « blowing session » à l'américaine, l'accent est mis sur la qualité des compositions. Les pièces sont ficelées comme des contes: avec des passages rythmés et des silences qui temporisent le fond de l'histoire. A cela s'ajoute la maîtrise parfaite de chaque temps, posé avec une espèce de retenue impalpable (Mystery Lake), qui met en évidence une concoction terrifiante de la structure temporelle et sonore de la musique. En fait, le groupe est comme divisé en deux sur certaines pièces (Greased Pig Scramble). Sur « House of 100 Faces », les deux saxophonistes déplient un discours entremêlé parfaitement arrangé et mélodieux alors qu'il est décalé du tapis rythmique ambiant. On a l'impression que le batteur est parvenu à apprivoiser (dompter?) le temps.
Peut être est ce lié à cette étonnante maîtrise du tempo, mais l'énergie du groupe se fait sans débordement et s'étale dans l'étirement du tempo en gardant toute sa densité sous-jacente. Purement jouissif, ce système rythmique confère un caractère hypnotique aux thèmes, une mise en transe de l'oreille rythmique de l'auditeur et prête à la musique des espaces de relance dans l'improvisation propices à l'imagination collective. En dehors de toute démonstration technique ou de style, le batteur montre ici ce qu'est un véritable rythmicien: celui qui sait (se) jouer du temps – à notre goût, de manière inégalée - comme de son instrument en cultivant une musicalité belle et personnelle.
Estupendo!   
Jérôme Gransac

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19 octobre 2008 7 19 /10 /octobre /2008 19:07

FURIO DI CASTRI : « Zapping » 

Egea 2008



Zapping est un album terriblement attrayant dès la pochette qui souligne le propos du titre, véritable montage kaléidoscopique, « cut and paste operation » qui annonce la démarche musicale de l’ensemble. Voilà un album conceptuel (cher à la notion de « conceptual continuity » de Zappa) qui réunit un très joli sextet  européen (Furio Di Castri, Nguyen Lê, Joël Allouche, Rita Marcotulli, Mauro Negri et Eric Vloeimans). Convoquée par le contrebassiste italien (partenaire de Paolo Fresu et Antonello Salis), la formation tente d’explorer les univers musicaux de deux personnalités hors norme, du monde de la musique  : Thelonius Monk et Frank Zappa.  C’était bien une idée un peu folle (mais réussie) que de vouloir ce rapprochement inattendu, improbable même, entre la maîtrise orchestrale, le goût du « nonsense » et de la provocation du génial moustachu, et la musique très solide  de ce grand ours bancal,  maître du piano, qui arrivait à récupérer une erreur, à transformer une hésitation en swing . Que peut on trouver de comparable entre les deux ?  En fait, le contrebassiste Furio di Castri, auteur de la plupart des compositions, amoureux de ces musiciens depuis l’adolescence, s’est demandé  ce qu’aurait fait Zappa, s’il avait eu à travailler avec Monk. Il précise dans de véritables « liner notes » auxquelles nous renvoyons tout amateur, la ligne directrice de cette création dont chaque titre est commenté avec une savante clarté.

Les titres sont trafiqués et déconstruits mais l’adaptation à cet univers étrangement cadré est rapide : Zapping démarre  en force sur le premier thème « James in the jazz bondage » que ponctuent, sur des samples des voix de Bush, Cheney et Giuliani, des "terrorism" scandés avec énergie. Le groove furieux en fin de morceau provient de remix de riffs classiques R& B sur des éclats rageurs de trompette. On retrouve un calme relatif avec le sautillant "Skippy" et "Coffee Break Da Mario"  qui  mettent en valeur les timbres et les phrasés d’ Eric Vloeimans (tp) et de Mauro Negri (as, cl).

Ce que l’on apprécie dans l’album est  de ne pas retrouver des arrangements  zappaïens, à l’exception des "Twenty Small Cigars" (écrits à l’origine par Zappa dans sa version de 1972 de King Kong ) qui  deviennent un aria délicat et triste à la clarinette.  Ce sont plutôt des fragments, clins d’œil, citations, allusions à Zappa comme à  Monk (« Evidence », « Skippy »,  « Trinkle ,Tinkle », « Hornin’in »).Les musiciens ont retroussé leurs manches et travaillé leurs partitions, connaissant les chausse-trappes des modèles comme dans  « Born in the USB » and  « the Monk page ».

Ce drôle d’hommage, bien plus intéressant que la plupart des « tribute » actuels,  n’essaie pas de revisiter certaines compositions, mais de créer une musique originale hybride (ce qui n’aurait certes pas déplu à Zappa).  La nostalgie sait faire retour cependant avec Nguyen Lè qui nous fait dresser l’oreille à la 7ème minute  de « Monk Page » dans  un solo que Zappa aurait pu jouer ( le Zappa guitariste jamais tellement cité, réécoutez donc Shut up and Play your guitar). Continuons cet aparté en avouant que l’on s’est longtemps demandé comment on pouvait être guitariste sans être absolument fou d’Hendrix et de Zappa ? Nguyen Lè est précieux car il réussit à merveille à s’aventurer dans les terres du rock, sans perdre le frissons du blues, à  se jouer des vertiges du free et à faire revivre les ambiances asiatiques ( « Than Hoa Bridge » and « Carolina Moon »).  

Ce travail sérieux animé par des instrumentistes virtuoses, souvent très inspirés fait  de ce ZAPPING une réussite. Voilà bien une relecture qui ne devrait pas faire débat !

Sophie Chambon

 

 

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18 octobre 2008 6 18 /10 /octobre /2008 19:10

 Aphrodite records – 2008



Autodidacte, diplômé d’état, bête à concours (Tremplin Jazz de Vannes, d’Avignon), enseignant (Masterclass, Ecole Nationale de Noisiel), Sylvain del Campo vit de sa musique … pleinement. On connaît son nom, moins son œuvre et sa musique. Ce saxophoniste alto et flutiste est du même acabit que Kenny Garrett ou Vincent Herring, dont la proximité technique dans l’utilisation de l’instrument est stupéfiante. Énergique, technique, rentre-dedans, véloce, virtuose, perfectionniste et rigoureux sont les qualités qu’on trouve à Del Campo à l’écoute de « Eclipsis ». Autant de symboles par excellence qui caractérisent la personnalité de Del Campo, quand on se souvient que le gaillard a été cycliste de haut niveau, sa première passion. C’est assez logiquement que sa musique en soit le reflet. Avec deux premiers cds en quartet, Sylvain Del Campo signe ce troisième cd avec le quartet qui l’accompagne sur scène depuis 2004. On retrouve ici Sergio Cruz au piano, Juan Sébastien Jimenez à la contrebasse et Francis Arnaud à la batterie. Difficile de dire si cet album est l’album de LA maturité pour Del Campo, alors qu’on lui trouve un côté maîtrisé et réfléchi. En tout cas, maturité musicale dans l’intégration d’une certaine tradition mainstream mêlées à de nombreux aspects modernes.

La motricité puissante du groupe (entre autres « Alcalà de Hénares »), la collaboration exaltée du saxophoniste avec le batteur ou le pianiste, la rythmique sonore de Sergio Cruz - dont la main gauche redoutable rappelle irrésistiblement McCoy Tyner - et le raz-de-marée saxophonistique de Del Campo évoquent inévitablement le quartet de Coltrane. Mais Del Campo ne « fait » pas que du Coltrane. Il a sa musicalité à lui, des compositions véritablement personnelles et inspirées de sa vie, ses origines et son environnement. Del Campo s’exprime d’abord avec un lyrisme débridé et technique et manie des formes musicales complexes sur des structures enivrantes et connues. Il signe sa musique d’un jazz féroce en marge du formatage actuel.

Improvisateur verbeux, Del Campo offre peu de respiration à sa musique sur les morceaux à tempi up (« Epicentre », « Métamorphose ») : l’ambiance est parfois oppressante. Mais les amateurs ne la lui reprocheront pas car la collaboration sax et batterie est terrible !

En revanche, la qualité des compositions (« Place Jamàa El Fna » transporte tout droit à Marrakech), les ballades et les morceaux à tempi moyens aident à plonger dans l’imaginaire du quartet. On appréciera les répons entre le saxophoniste et son pianiste sur « Mister Leïth » et sur le très coltranien « Eclipsis », les variations mélodiques de « Nahoul » et l’entêtant et bien nommé « Métamorphose ».

Comme pour le cd de Stéphane Morilla, chroniqué par votre serviteur ici-même, le label Aphrodite accompagne le packaging – pas toujours de bon goût  - de ses productions d’une petite phrase commerciale sur la « back cover ». Elle fait même ici office de liners notes visibles de l’extérieur et, pour le coup, c’est bien là son intérêt. (A quoi bon les liners notes qui vantent les mérites de l’artiste puisque pour les lire, il faut déjà avoir acheté le cd ??) Et une fois n’est pas coutume, même si elle est peu accrocheuse, elle dit vrai : Del campo fait bien partie des meilleurs saxophonistes alto français.

Jérôme Gransac

 

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17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 19:12

MuSt Records - dist. DG Diffusion - 2008

 

Une fois le cd en main, on se pose la question: PLM? Ca veut dire quoi? Ca a un rapport avec le prétendu "triangle d'or" footballistique du même sigle? Heureusement, non.

PLM sont les initiales des noms des trois musiciens (Stefan Patry/Bertrand Lusignant/François Morin) qui participent à ce cd. "PLM" : un clin d'œil au trio "BFG" (Bex/Ferris/Goubert) à la configuration instrumentale identique.

La formule proposée ici, orgue/trombone/batterie, est plutôt rare dans le monde de la musique; le dernier en date était le trio BFG, donc, dont l'album "Here and Now" avait eu un écho formidable dans les chaumières jazz... La clin d'œil est sympathique et dénote un certain humour de la part des membres de PLM. Et on est évidemment tenté de faire la comparaison avec BFG puisque la perche est tendue, mais PLM prend le risque ... d'en souffrir. Les trois musiciens de BFG sont des personnalités fortes et emblématiques du jazz français et, dans "Here and Now", il ressortait comme une sorte de confrontation de talents, de foisonnement d’idées. Ici, pas de personnalité qui accapare le terrain musical ou celui de la création. Au contraire, tout le monde est à égalité; chacun des trois musiciens a même proposé une composition personnelle qui figure sur le cd.

Mais la comparaison ne s’arrête pas là. Chez BFG, on se souvient d’Emmanuel Bex, plein d'imagination, contrecarré par un Ferris au répondant vif et pertinent alors que Goubert rentrait dans le jeu par moult finesses délicates. Pour PLM, il en est un peu autrement. Stefan Patry, instigateur du projet, est logiquement plus en avant que ses deux colistiers. Et c'est tant mieux car son jeu à l'orgue Hammond est empreint de justesse et de finesse et ce musicien doué a parfaitement intégré le langage bop, dispose d'une maîtrise totale de son instrument. Au trombone, Lusignant est convaincant et assez véloce. Morin, à la batterie, déplie un tapis rythmique impeccable qui permet à la paire trombone/orgue de foncer sur une autoroute "straight". Le trio est homogène, les instrumentistes sont très bons, jouent terrible et prennent leur pied. La communication et la motricité du trio sont bonnes, le jeu est profond avec ce qu'il faut de dramaturgie et une bonne musicalité ("Stolen Moments", "Question and Answer" ...). Enfin, comme le souligne dans les notes de pochette, un Jean Michel Proust plutôt emphatique, "Stolen Moments" bénéficie d'une prise de son remarquable. L’auditeur peut ainsi jouir véritablement des nuances de jeu des instruments.

Malgré la présence de ces nombreux points techniques, il manque un brin de quelque chose à "Stolen Moments". Comme de la créativité, de la gouaille ou une joie de vivre musicale. De plus, l'album est court et on regrette un peu qu'il n'y ait pas plus de compositions originales… et d’imagination personnelle : le morceau "Stolen Moments", par exemple, est très bien exécuté mais sans surprise. On anticipe même son déroulement à l’écoute.

On est certain que ce trio est capable de véritables prouesses mais, pour l’heure, elles restent à venir. Ce type de musiques, très vivantes parce qu'enregistrées dans les conditions du live, a l'intérêt de livrer le vrai talent des musiciens sans les « à-cotés » d'une post-production généreuse.

Malheureusement, on se demande si le côté "un peu sur sa faim" ressenti ne serait pas lié à une production un peu hâtive, sur le fil.

Jérôme Gransac

 

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7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 08:15

Blue Note 2008

 



 
Un album de la grande diva est toujours, quoique les blasés puissent en dire, quelque chose de très attendu sur la petite planète jazz. Pourtant, si le précédent album avait suscité un enthousiasme généralisé, la presse ici est, dans son ensemble bien plus réservée. Pensez, Cassandra Wilson chantant des chansons d’amour, c’est un peu comme si Coltrane jouait du New Orleans ou Chet Baker du la techno-jazz. Cela dit pourquoi ne pas se laisser tenter puisque après tout même la grande maîtresse du blues décalé experte en coiffures « chignonées » et en choucroutes décoloréeset-pas-maniérée-pour-un-sou a bien le droit de déclarer sa flamme et de se reposer un peu sur le terrain des grands standards.

D’accord mais il faut bien admettre que si cet album ne mérite pas plus de concert de louange que d’être voué aux gémonies c’est qu’il nous réserve à parts égales, autant de bonnes que de mauvaises surprises. Au chapitre de ce à quoi nous adhérons sans réserve il est à mettre à l’actif de Blue Note (une fois n’est pas coutume) d’avoir pris le risque d’associer sur ces thèmes langoureux la paire des trublions du « bandwagon » que sont le pianiste Jason Moran et le guitariste Marvin Sewell (ici formidable dans un rôle où l’essentiel de l’album tient entre ses doigts agiles). Et là, disons le tout net on adore lorsque ce duo associé à la chanteuse se permet sous les auspices complices de la dame, qui semble au passage prendre plaisir à s’encanailler un peu-beaucoup, de déstructurer et salir à souhait des thèmes pourtant bien balisés et que l’on redécouvre alors sous un jour nouveau. Écoutez par exemple cette magistrale interprétation et cet arrangement de Saint James Infirmary à classer dans les must de ce standard ou encore avec quelle aisance Cassandra et Marvin Sewell s’amusent sur une veux blues façon delta sur ce Dust my Broom . Totalement en emphase avec ses camarades, la chanteuse est alors capable de réinventer le bues, de le triturer à souhait et surtout de nous surprendre. Car c’est bien sur ce terrain là, celui du bues, que la chanteuse excelle à l’instar de ce Very Thought of you enregistré en duo (voix / Contrebasse) dans une prise de son non mixée où l’on entend la chanteuse s’éloigner et s’approcher du micro avec un démarche d’une sensualité torride.

Mais on est en revanche plus dubitatif lorsque Cassandra Wilson roule, bancale, sur les traces de Diana Krall (c’est un comble !) cherchant à interpréter quelques standards avec autant de hauteur bien froide dans l’interprétation que sa voix est chaleureuse. Son final sur l’interprétation de Sleepin Bee est un franc loupé qui frôle le ridicule dans le registre d’une chanteuse scatteuse qu’elle rechigne visiblement à être.

A prendre et à laisser donc dans cet album bien inégal qui sait pourtant, lorsqu’il s’en donne la peine nous entraîner avec une force irrestistible sur des terrains bien mouvants et poisseux. Car lorsqu’une chanteuse de jazz de la trempe de Madame Cassandra Wilson accepte de s’aventurer sur ces terrains là, ses propres terrains de jeux, ce sont toutes les racines d’un blues mal poli et à la fière arrogance qu’elle entraîne avec elle. Et nous avec.                            Jean-Marc Gelin

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7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 08:10

Egea – 2008



Musicien italien, Gabriele Mirabassi, frère du pianiste Giovanni Mirabassi, est un musicien actif aussi bien dans le milieu du jazz qu’en musique contemporaine (il est co-fondateur de l’Artisanat Furteux Ensemble). Après des études de musique au prestigieux Morlacchi Conservatory, il forme son premier quartet de jazz en 1989, rejoint Rabih Abou-Khalil puis joue avec Richard Galliano, Enrico Rava et Enrico Pieranunzi pour ne citer qu’eux. En 1996, il remporte le Top Jazz award des nouveaux talents. Excellent improvisateur, ce clarinettiste virtuose, à la renommée internationale, joue tout et avec tout le monde.

Dans « Canto di Ebano », Mirabassi est accompagné d’un quartet composé de musiciens italiens qui interprète sept des compositions du clarinettiste sur les dix morceaux joués. La section rythmique (Salvatore Maiore à la contrebasse et Alfred Kramer à la batterie) joue sans excès des tempos enlevés ou doux. Soliste et rythmique, le guitariste Peo Alfonsi, ici à la guitare acoustique, joue dans la retenue et apporte le côté joyeux qui manque à la teinte toujours un peu triste qu’évoque la clarinette.

Mirabassi rend ici hommage à son instrument, à l’ébène qui le constitue et « aux mains (des) artisans qui ont permis au bois ensorcelé de délivrer l’envoûtement de ses notes ».

A travers des pièces aux styles musicaux différents, Mirabassi parcours toute l’étendue des capacités de son instrument avec talent et naturel puisque l’oreille ne perçoit jamais la technicité de l’instrumentiste comme excessive ou assommante.

Mirabassi fricote avec les musiques arabo-andalouse et Kelzmer (« Chisciotte »), le jazz (« Struzzi Cadenti »), la samba et le choro (« Vé se gostas »), la valse (« Valsa Brasileira ») et les ballades. Fin, léger ou endiablé, Mirabassi pousse ses notes en bout de souffle avec aisance et met en exergue toute la brillance sonore de son instrument trop souvent cantonné dans la mémoire collective au jazz de Sydney Bechet. En dehors des modes actuelles et sans surprise,  l’hommage de Mirabassi à l’ébène sonore est réussi et se prête parfaitement aux oreilles qui aspirent à la beauté simple, devenue rare ces temps derniers.

Jérôme Gransac

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2 octobre 2008 4 02 /10 /octobre /2008 07:41

Entendre les musiciens ce n’est pas seulement écouter leur musique ou les entendre répondre à des interviews dont le prisme est toujours plus ou moins faussé par la subjectivité de l’interviewer.

Entendre les artistes c’est aussi leur donner la parole librement, sans contrainte autre que celle du format dans lequel ils s’expriment.

Admettre que le débat concernant la musique n’est pas l’apanage des journalistes mais doit revenir aussi à ceux qui la font est un enjeu fondamental si l’on veut faire exploser les barrières qui mettent les journalistes d’un côté et les musiciens de l’autre.

Les artistes ne sont pas des machines à produire de la musique mais des personnalités plus ou moins engagées dans la réflexion sur leur art et sur la société dans laquelle et avec laquelle ils vivent.

  Donner la parole à un artiste en acceptant, une fois n’est pas coutume que les journalistes disparaissent un peu, c’est la ligne qu’a suivie le mensuel Jazzman dans sa livraison d’octobre dans laquelle il donne la parole au trompettiste Dave Douglas, foisonnant acteur de la scène du jazz actuelle s’il en est.
 

Formidable numéro qui bouscule un peu nos habitudes de lecteur et remet les choses sacrément à leur place.

L’exercice est assez rare pour être salué et pour inciter les passionnés de jazz que vous êtes à  vous ruer chez votre marchand de journaux préféré



.

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2 octobre 2008 4 02 /10 /octobre /2008 06:32





Figure incontestable du jazz et bien au-delà, Maria Schneider s’est imposée à la tête de son orchestre comme une compositrice et directrice à la dimension de Duke Ellington, George Russell, et surtout Gil Evans dont elle a été longtemps la plus fidèle élève. Ses albums ont tous acquis une dimension d’œuvre d’anthologie contribuant à rénover la musique pour « big band » bien au-delà de la conception classique du jazz. Depuis qu’elle a quitté son label pour voler de ses propres ailes au travers de la plate forme Artistshare, elle n’a jamais autant connu le succès auprès de la presse et du public du monde entier. Celle qui a conquis cet été le public de Vienne puis de Nice a connu la consécration suprême aux Etats Unis puisque lui fut décerné au printemps un Grammy Award pour son œuvre de compositrice. Au lendemain de cette cérémonie, Maria Schneider, de retour à New York a bien voulu nous accorder un entretien 

 
DNJ : Tout d’abord félicitations pour le Grammy Award que vous avez gagné cette année et qui est si rare dans le monde  du jazz. Avez-vous eu une pensée pour Gil Evans lorsque l’on vous a remis ce prix ?

MS : Merci. Je suis effectivement très fière car cela représente tant de travail pour moi et pour tous les membres de l’orchestre. Mais pour être tout à fait honnête je n’ai pas vraiment pensé à Gil à ce moment là. Bien sûr d’une manière générale je pense beaucoup à lui mais pas spécifiquement à ce moment là. Vous savez, ma musique est très connectée à celle de Gil mais il y a aussi beaucoup  d’autres influences. Je ne veux pas donner l’impression que ma musique s’est éloignée de celle de Gil mais en même temps pour être tout à fait honnête mes pensées ce soir là étaient ailleurs. J‘etais surtout surprise pare qu’il s’agissait d’un Award décerné pour les Compositions et que généralement il est décerné à des compositeurs classique par des musiciens qui viennent du classique. C’est pour cela que j’ai été très surprise qu’ils écoutent et apprécient mon travail.

 

DNJ : Cet Award est aussi quelque chose d’important à la fois pour le jazz mais aussi pour les Big bands ?

MS : Peut être mais ma musique peut difficilement être associé à la notion traditionnelle des big band de jazz. C’est un orchestre mais que l’on peut difficilement classer dans cette catégorie

 

DNJ : Pourtant vous contribuez à faire évoluer les formes du jazz 

MS : Je ne sais pas si l’on peut dire cela car je n’ai pas du tout ce type de prétention dans mon travail. J’aime le jazz et j’aime l’improvisions. Mais il y a tant d’autres musiques que j’aime et que j’essaie d’intégrer dans mon travail. Bien sûr le jazz mais aussi la musique brésilienne, le classique etc…. C’est tout ce qui me nourrit et pas seulement le jazz. J’essaie de me représenter ce point où nous avons plus une vue beaucoup plus globale de la musique. Mais c’est vrai que le jazz a cela qu’il est une des rares musiques à s’imprégner d’autres cultures, d’autres musiques. C’est pourquoi le jazz est le résultat de la fusion de cultures, de rythmes, des harmonies européennes, des percussions africaines etc. Du coup comme ma musique se nourrit aussi de beaucoup d’influences et laisse une grande place à l’improvisation, elle se rapproche du jazz. Mais je ne sais pas si c’est en soi du jazz.

 

DNJ : Quand on entend par exemple un morceau comme « Aires de landos » dans votre dernier album il est clair que le point de départ n’est pas le jazz mais plutôt le pattern musical, le motif de base qui vous intéresse

MS : Exact. C’est vrai mais dans un sens je ne l’aurai jamais écrit de la sorte si je n’avais pas eu ce background musical en jazz. Le jazz n’est pas toujours mon influence la plus évidente mais c’est toujours là dans les fondations de ce que j’écris. Aussi parce que le jazz comporte des développements harmoniques très différents de ce que l’on trouve dans la musique classique

 

DNJ : Vous semblez être à l’affût de toutes les musiques que vous pouvez entendre dans le monde

MS : Je ne suis pas seulement à l’écoute, ce n’est pas cette notion. On n’est pas à l’affût de ce que l’on est intrinsèquement. Je m’imprègne de toutes les musiques parce que la musique me nourrit naturellement

 

DNJ : En concert vous prenez toujours le temps d’expliquer au public la genèse de vos morceaux. La part d’expérience personnelle semble être quelque chose de très importante dans votre musique et que vous voulez partager

MS : Ma musique est très autobiographique. Alors je pense que c’est important pour moi d’expliquer au public, spécialement aux non musiciens, les orientations que je prend, ce que je veux exprimer et faire comprendre d’une manière plus générale la motivation des compositeurs pour exprimer, par la musique quelque chose de très intime parfois. C’est pourquoi je cherche à partager toujours cela avec le public

 

DNJ : Justement comment parvenez vous à ce que vos musiciens semblent si liés à vos expériences personnelles. Comme s’ils s’appropriaient votre propre histoire. Comment les choisissez vous ?

MS : Cela fait tellement longtemps que nous jouons tous ensemble ! Au début j’ai juste commencé avec des musiciens que je connaissais personnellement du collège ou de new York.  Nous avons donc tous très impliqués ensemble dès le départ. A tel point que cela a été d’ailleurs très douloureux lorsque Rick Marguitza est parti vivre à Paris. Mais il se passe quelque chose dans ce groupe parce que chacun de ces musiciens est très impliqué. Moi en tant que compositeur et eux en tant que solistes et aussi parce qu’ils jouent ma musique morceau après morceau depuis si longtemps. En fait j’ai beaucoup appris avec eux en tant que musiciens. C’est certainement eux, qui ont le plus influencé ma manière d’écrire. C’est vraiment une influence mutuelle qui s’exerce dans ce groupe et c’est pourquoi nous sommes toujours si connectés les uns aux autres. Ce n’est pas comme si à chaque fois nous reprenions un nouveau projet avec de nouveaux musiciens. Pour la plupart nous vivons ensemble depuis presque 20 ans !

 

DNJ : Beaucoup de vos solistes sont très demandés. Sont ils toujours disponibles ?

MS : En fait j’ai la chance de pouvoir prendre des gigs longtemps à l’avance et de pouvoir l’organiser. Si ce n’est pas le cas je ne prend pas l’engagement. Par exemple pour cet été il a fallu que je prévoie assez longtemps à l’avance pour être sûr que tout le monde était disponible pour cette tournée.

 

DNJ : Skye Blue est maintenant derrière vous, quelles la nouvelle direction de vos projets ?

MS : Rien pour la formation pour le moment. J’écris pour un Orchestre de Chambre et pour Dawn Upshire ( la soprano). C’est un programme classique qui n’a rien à voir avec l’improvisation. Plus lié à Messiaen ou à Stravinsky. Mas c’est du classique et il n’y a ni section rythmique, ni improvisation. J’écris aussi pour un quatuor à cordes.

 

DNJ : Ce qui est incroyable dans votre succès aujourd’hui c’est votre indépendance. Vous n’êtes attachée à aucun label. Seriez vous prête à signer à nouveau avec une grande maison  ou préférez vous continuez comme aujourd’hui.

MS : Définitivement, je ne changerai pour rien au monde. C’est vraiment la meilleure situation pour moi en terme d’enregistrement, de capacité à mener un large projet qui coûte beaucoup d’argent. J’ai maintenant une renommée assez large sur mon site web. Du coup si je lance un projet j’ai tout de suite beaucoup de monde pour m’aide à le porter, à le soutenir. Et tout l’argent que les gens sont prêts à payer pour acheter mon album va directement dans l’enregistrement de cet album, directement et non à tous les intermédiaires (producteurs, distributeurs etc….). Il y a beaucoup d’argent en jeu. Vous savez Skye Blue a coûté 170.000 $ !

 

DNJ : Réalisez vous l’influence que vous avez aujourd’hui sur les jeunes compositeurs ?

MS : Je ne sais pas trop. Je sais que parfois de jeunes compositeurs viennent me voir et me disent cela. C’est bien, non ?

 

DNJ : Quel genre de conseils leur donnez vous ?

MS : La première chose que je voudrais leur enseigner, c’est de trouver confiance en eux. Il ne faut pas qu’ils s’enferme dans des questions du genre «  est ce que je peux écrire ça, est ce que c’est musicalement correct de procéder comme ça » ?. Tout artiste doit vraiment apprendre à développer sa propre individualité. J’espère que j’influence des gens de bien des manières mais avant tout ce que je voudrais transmettre aux jeunes n’est pas par rapport à la façon dont leur musique sonne mais surtout dans leur capacité à trouver quelque chose de très personnel en eux même. C’est ce que ma transmis Gil Evans. J’a travaillé longtemps avec  lui mais il m’a encouragé à m’en détacher, à trouver quelque chose en moi que n’était pas lui. Et c’est pourquoi sa musique à lui est si puissante. Elle est le prolongement de sa propre voix. Il est devenu le maître de sa propre voix. Et si vous écoutez George Russell c’est la même chose. Et Monk ! Et depuis le moment où j’ai quitté le collège c’est une question qui m’a poursuivi : c’est de savoir qui j’étais vraiment. C’est une question que se pose tout être humain mais que j’essaie de résoudre au travers de ma musique. Quelle est ma vraie voix ?

 

DNJ : Pensez vous que vous trouvé a réponse ?

MS : Oui je pense que je m’en approche. Mettez de côté l’aspect compositeur de jazz. Et tous les clichés qui vont avec. Tout mon travail a été de savoir ce que je voulais réellement par rapport à ce cadre, la section rythmique, les solistes improvisant et ces fondamentaux autour desquels on a l’habitude de composer avec ce schéma et ces variations. A partir de là j’ai commencé à me demander quelle forme je voulais, quelle sorte d’improvisation je voulais inspirer etc…. et plus je commençais à mettre des réponses sur chacun des aspects de ma musique et plus cette musique devenait vraiment mienne sans que, d’un coup me tombe dessus ma manière particulière de sonner, comme par hasard. C’est un long chemin vers soi même. La musique est devenue la mienne dès lors que j’ai pu répondre à cette question : qui je suis ? Simplement par ma propre décision,sur la musique.

 

DNJ : Dans votre musique il y a parfois une certaine exaltation. Vous semblez heureuse dans votre musique

MS : Vous savez, c’est quelque chose qui est venu lorsque je suis all au brésil. Regardez bien ce que j’ai pu enregistrer avant et après être allée au Brésil. Ma musique avant était beaucoup plus sombre, plus sur un mode mineur mais aussi  certains moments, intense. Après être allée au Brésil j’ai été influencé par l’harmonie, une certaine joie de vivre, quelque chose de plus léger. La musique est devenue une sorte d’alchimie qui m’a permis de transformer la souffrance en beauté et en son plus joyeux. Je suis de plus en plus fatiguée par ce côté très sérieux du jazz conventionnel. Beaucoup de musiciens aujourd’hui veulent aujourd’hui aller plus loin, jouer plus de notes, faire de la musique plus complexe  La musique devient alors si dense quelle en est presque hermétique. Du coup je ne sais pas ce qu’ils veulent dire et cela ne me transporte pas.

Propos recueillis par Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 07:48




Hugo LIPPI (g), Florent GAC (cb), Mourad BENHAMMOU (dm)

Découvert dans le quartet du trompettiste Fabien Mary, le guitariste Hugo Lippi sort son premier disque en leader Who cares, avec  le même batteur Mourad Benhammou et un autre complice Florent Gac à l’orgue Hammond.

Quel que soit le contexte dans lequel ce musicien évolue, quelque chose dans son jeu, son phrasé, le son qu’il tire de sa guitare, fait dresser l’oreille, alors qu’il ne joue jamais au guitar hero avec une efficacité démonstrative. C’est au contraire  un trio bien assorti avec une rythmique qui brosse des fonds délicats sur lesquels brode avec aisance le guitariste, avec une générosité dans le partage et la répartition du jeu. La musique avec ce trio respire. De la virtuosité Hugo Lippi n’en manque pas pourtant, écoutez le dans « Limehouse blues », un air qu’affectionne particulièrement Woody Allen dans ses films, de l’imagination, il en a également dans sa façon de reprendre et de détourner des standards. Une seule composition, la dernière, est de sa plume « New Year ». S’il ne s’autorise que quelques minutes en solo sur l’avant dernier titre « Just like a butterfly that caught in the rain », c’est peut-être là qu’il faut aller directement, ou retourner, pour mieux comprendre ce qui fait le charme persistant de ce musicien : une sonorité tendre et cristalline même sur les tempos les plus vifs, un jeu d’une grande fluidité, une énonciation qui paraît simple. En plasticien des sons, il se fond dans la matière musicale, sculptant ses effets, toujours l’écoute de ses camarades, dans un stimulant échange : le dialogue s’engage merveilleusement entre la guitare et l’orgue.

 Délicat, lumineux, Hugo Lippi égrène les notes avec une fantaisie  légère, les transformant au gré de son incroyable capacité à improviser. Avec une décontraction sérieuse, imprévisible dans ses détours, il se joue de la mélodie, sachant toujours la retrouver avec finesse, démontrant ainsi un réel talent de construction.

On se laisse bien volontiers conduire par ce trio quand un tel désir de musique l’entraîne de toute évidence.

Un album plus que prometteur. A suivre attentivement.

Sophie Chambon

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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 07:45



High Note 2008

Eric Alexander (ts), David Hazeltine (p), John Webber (cb), Joe Farnsworth (dm)

   Cet été, alors que nous avions la chance de rencontrer une légende vivante du jazz, Hank Jones celui-ci nous confia à un moment de l’interview qu’il nous conseillait d’aller regarder du côté d’un saxophoniste ténor, Eric Alexander qu’il considérait comme l’un des plus grands de la génération actuelle. C’était juste après avoir joué en duo avec Joe Lovano….  Quand cette confidence émane d’un homme qui incarne l’histoire du jazz, qui a quasiment tout entendu et tout vu depuis 50 ans, forcément on se magne le popotin pour aller écouter le petit génie que, il faut l’avouer nous ne connaissions pas du tout avant. Et comme le jeune Alexander venait justement de sortir un double album (CD + DVD) il eut été franchement ballot de ne pas en faire profiter les copains. Car, force est de constater dès lors que l’on met le cd dans sa platine que le gars qui joue là, sait bigrement bien souffler dans son biniou. Papa Jones, pour sûr qu’il s’y connaît, ne nous a pas baratiné. Car Eric Alexander a tout du grand saxophoniste : le son des grands, le lyrisme, le phrasé, l’inventivité !! Mazette. ! On a l’impression d’entendre toute une école du saxophone. A certains moments j’entend le Coltrane de Blue Train  et à d’autres moments Dexter Gordon, logique filiation, mais aussi et beaucoup Joe Henderson. Et ce n’est pas tout car le garçon s’y connaît dans la maîtrise des tournures harmoniques et des changements d’accord à vous rendre dingue le pus génial des pianistes. Si ce gars là était sorti dans les années 60, je ne vous raconte pas le carton qu’il aurait fait …. En 1991 il se plaçait deuxième au concours de sax Thelonious Monk, juste derrière…. Joshua Redman. C’est dire ! Mais alors que le fils de Dewey a fait évoluer sa musique et s’est entouré de partenaires de choix, Eric Alexander reste un peu coincé dans une musique déjà si souvent entendue et qui surtout le surexpose devant une rythmique de second ordre qui ne le pousse jamais vraiment au train. Que sa musique évolue un peu et qu’il s’entoure des meilleurs et je peux vous affirmer que Eric Alexander pourrait en mettre beaucoup par terre. Et puisque je tiens cette confidence de Hank Jones, permettez moi de vous la transmettre à mon tour, Eric Alexander est un très grand saxophoniste à découvrir de toute urgence.

Jean-Marc Gelin

 

 

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