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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 06:00

Cam Jazz 2008



Ce jubilée «  Martial Solal » ne cesse, définitivement d’être « jubilatoire » si l’on en juge par la succession d’album que nous livre récemment le maître. On sait tout le chemin qu’il lui a fallu parcourir pour arriver à trouver son public. A moins que ce ne soit le contraire et que le public ayant évolué musicalement soit aujourd’hui plus à même d’en découvrir ses joyaux.

Mais il faut bien reconnaître qu’à 80 ans Martial Solal est plus libéré que jamais, voire carrément irrévérencieux, mutin, insaisissable dans les codes de la musique «  bien pensée ». Un peu comme s’il était libéré de tout enjeu, Martial Solal s’affiche avec une liberté rarissime. Après une première expérience au Vanguard au timing plus que malheureux (programmé pour la première fois le 12 septembre 2001 dans un New York aux cendres encore fumantes), Solal revenait quelques années plus tard dans ce temple du jazz donner, chose rare en ce lieu mythique, une série de concerts en solo. Avant lui seul …….. avait investi ces lieux avec son seul clavier au bout des doigts. Et pour l’occasion, Martial Solal se livrait à une lecture époustouflante des grands standards. On aurait tort de dire qu’il convoquait pour l’occasion Art Tatum beaucoup, Bud Powell un peu, Hank Jones par moment et même du Fats Waller dans l’esprit. On aurait bien tort de dire cela, car Solal en l’occurrence jouait, comme Solal. Insaisissable fanfaron du clavier, indomptable, revêche à la forme traditionnelle des standards, Solal crée sur le moment, invente les phrases, prend des détours inattendus, fait l’école buissonnière et vagabonde toujours à portée de nous mais parfois loin dans ses chemins de feux follets. Solal connaît ces chansons par cœur mais en fait des œuvres d’une personnalité rare, se les approprie avec une grande dose d’humour et de facétie. A entendre ce qu’il fait sur Round Midnight on ne peut qu’être émerveillé par tant de science pianistique qui semble s’écouler du bout de ses doigts comme le prolongement naturel d’une pensée mutine.

Du grand, du très grand piano jazz. On a juste peur en entendant Solal que cette façon de jouer ne se perde à jamais. On se retournera peut être plus tard vers un Stefano Bollani ou une Manuel Rocheman qui semblent à eux deux porteur d’une tradition que leur lèguera un jour le maître. Mais avant cela Martial Solal fera encore longtemps la synthèse : celle d’un siècle de jazz entre les doigts d’un tout jeune génie de 80 ans. Jean-Marc Gelin

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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 05:59

Bee Jazz 2008

Jérôme Sabbagh (ts), Ben Street (cb), Rodney Green (dm)




Jérôme Sabbagh fait partie de cette cohorte de jeunes musiciens hyper talentueux partis il y a quelques années  se frotter aux pointures du jazz de New York auprès desquels ils ont appris à grandir. Repéré par ce grand découvreur de talents qu’est Jordi Pujol qui l’avait pris au sein de son écurie ( Fresh Sound New talent), Jérôme Sabbagh vole désormais de ses propres ailes et a rejoint depuis deux albums déjà l’écurie Bee Jazz. Il revient ici avec un album totalement en rupture avec le précédent qui revendiquait des accent pop, pour un trio pianoless dédié entièrement aux standards du répertoire. La chose n’est pas nouvelle et l’on pense inévitablement aux trios de Sonny Rollins tant le jeune homme semble en être proche. Et la comparaison n‘est pas hasardeuse. Jérôme Sabbagh y montre dans cet exercice en apparence très simple mais en réalité extrêmement périlleuse pour le saxophoniste surexposé, l’étendue de son talent. Car pour jouer des standards de cette façon il faut posséder au-delà de la simple technique de jeu, deux qualités essentielles. D’une part l’âme de ce que l’on joue et d’autre part des partenaires de grande classe sur qui s’épauler et faire sonner le tout. Visiblement Jérôme Sabbagh possède ces deux atouts. L’âme bien sûr tant il montre combien il peut mettre sa science de l’improvisation au service d’une expression très habitée de ces thèmes pour l’essentiel très connus mais qu’il parvient, dans le respect d’une longue tradition, à faire redécouvrir sous le même angle que ses grands aînés. N’abusons pas de superlatifs ni de comparaison audacieuse. Juste de quoi souligner qu’il y a chez ce jeune ténor, un discours qui emprunte autant à Rollins qu’à Coleman Hawkins. La généalogie du ténor respectée ici. Mais Jérôme Sabbagh s’appuie aussi sur un duo de grande classe que l’on peut entendre sur un sublime Body and soul commencé en solo par le ténor, rejoint ensuite par le son profond et rond de Ben Street puis par les frôlements de Rodney Green. Pour ceux qui ne connaissent pas Ben Street, il fat rappeler qu’il est l’un des piliers de la formation de Kurt Rosenwinkel. Une précision redoutable. Quand à Rodney Green, sobre et terriblement efficace c’est toujours le bon riff au bon moment et ce n’est certainement pas un hasard si un pianiste comme Mulgrew Miller fait régulièrement appel  lui et si Charlie Haden l’a papelé pour intégrer son Quartet West. C’est dire combien notre jeune frenchy est ici remarquablement entouré de musiciens qui connaissent sur le bout des doigts leur histoire du jazz, portés collectivement qu’ils sont par le désir d’exalter sans façon mais avec grâce ce patrimoine jazzistique. Délectable comme ce tea for two que l’on boit sans soif. Un sucre d’orge dont on ne se lasse pas.
Jean-Marc Gelin

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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 05:56

Dare 2 Record 2008



 

Il n’y a aucune raison, mais alors aucune raison du tout de bouder notre plaisir. Parce que franchement dans ce genre d’exercice qu’il maîtrise de bout en bout, Dave Holland qui remet le couvert connaît fort bien son affaire. Dans une veine post revival (re-revival pourrait on dire) qui fleure bon les années 90, Dave Holland met l’accent (et c’est logique) sur l’ultra présence rythmique, sur la chaleur des cuivres et l’énergie partagée. Il faut dire que dans cet exercice du post hard bop il s’entoure de certains orfèvres en la matière. Antonio Hart par exemple dont on avait un peu perdu ses traces depuis qu’il avait quitté Roy Hargove (ça fait un bail) et qui s’offre là un come back du feu de Dieu. Avec Vincent Herring il fait assurément partie de toute une génération jadis prometteuse et que l’on aimerait entendre plus souvent sur nos scènes européennes. Qu’il s’agisse de Equality ou du superbe Rivers Run écrit en hommage au saxophoniste Sam Rivers, chaque fois Antonio Hart y trouve un motif d’expression libéré sur la base d’une montée très coltranienne qui vire à l’explosion dynamique d’un groupe ultra cohérent. Car Antonio Hart tout en gardant sa fraîcheur de jeu a acquis aujourd’hui une belle et réelle maturité (écouter Pass it on). Robin Eubanks au trombone possède quand à lui ce feu sacré et cette pointe de délire sonore qui l’inscrit dans la lignée des plus grands. A l’entendre on se dit qu’un jeune prodige comme Gianlucca Petrella, nouvelle révélation italienne de l’instrument, doit certainement beaucoup écouter son grand frère. Et puis l’on découvre aussi un trompettiste jusque là très peu entendu chez nous, Alex Sipiagin, trompettiste russe étincelant et brillant que  certains se souviendront avoir entendu jadis aux côtés du très regretté Michael Brecker.

Quand à la rythmique, impeccable elle porte, elle insuffle l’énergie d’un discours qui semble toujours redécouvert comme aux premiers temps. Mais l’on reprochera à cet album de se baser sur un travail compositionnel pas toujours abouti. Autant des thèmes comme Rivers Run nous séduisent par leur construction, autant le début de l’album se base sur une écriture très approximative. Mais surtout, et c’est là notre principal grief, on est en droit d’attendre de Dave Holland un discours plus neuf ou, à défaut une orchestration plus travaillée à défaut d’une totale remise en cause. L’alignement des choristes sur une structure AABA n’empêche pas le plaisir mais limite un peu les moyens d’innover. Pas de quoi, loin de là bouder notre plaisir. Mais pas de quoi non plus crier au génie. Celui de Dave Holland est toujours intact mais pas grandi pour autant. Jean-Marc Gelin

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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 10:07

 

...... tant mieux

 

Sous la houlette de son rédacteur en chef, Alex Dutilh, le magazine de jazz « Jazzman » lors de sa soirée annuelle de remise des chocs de l’année a remis ses célèbres « Jazzmans Award » aux lauréats suivants

 

Arild Andersen pour son très bel album avec Tommy Smith paru chez ECM ( chronique des DNJ n°50 a paraître en décembre JJJJ)

 

John Zorn, the Dreamers, sublime album qui vous plonge dans une béatitude cotonneuse ( DNJ n°46 JJJJ)

 

Mc Coy Tyner : à son âge, nous faire des trucs comme ça, j’vous jure. Coup de cœur des DNJ n° 44 JJJJ(J)   )

 

Hervé Sellin. Un album tous les 7/10 ans, mais alors quel pied mazette. Un tentet à vous mettre le feu. (chroniqué dans les DNJ n° 47 JJJJ)

 

François Theberge pour Soliloque . Un album avec Lee Konitz que le Gil Evans de Birth of the Cool aurait pu revendiquer ( Chroniqué dans DNJ 43JJJJ)

 

Ahmad Jamal pour ce sublime It’s magic. Ceux qui etaient au Duc des Lombards cet été en sont encore tous retournés….

 

Martial Solal pour le Live at vanguard chroniqué dans nos colonnes le mois dernier ( DNJ 49 JJJJ). Mais franchement entre celui là et le Longitude paru quelques mois avant, quelle année Solal !

 

 

Ralph Alessi, le célèbre trompettiste New Yorkais, lui est totalement passé au travers de nos radars. On va vite y remedier….

 

 

Donny Mc Caslin : quel album choisir pour Mc caslin. Le choix de Vincent Bessières s’était porté sur In Pursuit. Ca tombe bien nous aussi : cf . DNJ n° 42 mais avec un peu moins de fougue JJJ)

 

 

Dave Douglas avec Keystone et son Mooshine est totalement tombé de la panète lunaire et nous a renversé ( DNJ n°47 JJJJ).

 

 

 

Vijay Iyer pour Tragicomic , mais chut nous vous en parlerons le mois prochain. Sachez juste qu’il joue avec un saxophoniste venu d’une autre planète…..

 

 

Enfin un DVD consacré à Oscar Peterson qui a le mérite de rendre hommage au génie du paino disparu cette année. Sur le DVD en lui-même , certains de nos chroniqueurs avaient cependant quleques réserves

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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 10:26

JJJJ CHRISTOPHE MARGUET : « ItRANE »

Le chant du Monde 2008

 

Sébastien Texier (as, cl), Bruno Angelini (p), Mauro Gargano (cb), Christophe Marguet (dm)

 Ce n’est pas un hasard si le quartet formé par le batteur de Henri Texier s’appelle « quartet résistance poétique ». Car c’est bien de cela dont il s’agit lorsque l’on écoute cet album. C’est bien cela qui s’en dégage, une force poétique dès les premières notes, une sorte d’exaltation contenue qui, inexorablement monte au bord de l’âme. Il y a quelque chose de très fort au-delà de la musique elle-même. Quelque chose de mystique peut être. Et si « Itrane » veut dire «  étoile » en berbère, elle brille ici, dans l’ouverture de cet album au firmament que celle du saxophoniste presque homonyme. Mais cette musique là n’a pas pour vocation de valoriser tel ou tel instrument, tel ou tel musicien (ici tous exceptionnels) mais de raconter une histoire intime qui ne peut que bouleverser parce qu’elle porte réellement en elle sa part d’universalité dans laquelle chacun peut y trouver des résonances personnelles. Se l’approprier. A comencer par le quartet imprégné de l’intelligence du texte. Car cette musique voyage, progresse, évolue autour d’histoires émouvantes. Après un « Itrane » renversant où la mystique développée par Sébastien Texier trouve un écho formidablement décalé chez Angelini, c’est justement un « Angel » de toute beauté qui suit juste après avec quelques incartades free qui nous donnent l’occasion de repérer la belle entente de Sébastien Texier et de Christophe Marguet tous deux compagnons d’armes chez Henri. Il y a aussi de la tendresse dans cet album. Que ce soit dans « Extase Violette » auquel Texier à la clarinette donne une couleur différente ou « Vers l’automne » où le souffle du saxophoniste semble faire virevolter les feuilles ocres et jaunes dans un moment de pure rêverie ou contempler juste et simplement les fleurs (Flowers). La tendresse  sous une autre forme aussi comme ce morceau fort, aux accents coltraniens dédié à H.T ( Deep soul).

C’est la première fois que Christophe Marguet dans son quartet ajoute un piano à sa formation. Son pari est ici gagnant tant Bruno Angelini y est lumineux, apportant un sens du contraste, du décalage où il n’est pas moins question de poésie mais sous une autre forme, une poésie plus folle, désespérée peut être. Dès lors et bien loin d’un album de batteur, ce sont les talents d’un compositeur qui signe ici toutes les compositions que nous découvrons avec grâce et beauté. Autour de ces morceaux superbes, la rencontre de ces quatre musiciens provoque alors un choc qui est, vous l’avez compris de l’ordre de l’émotionnel. Si cette musique souvent se murmure, si l’émotion se crie aussi au bord du paroxysme, c’est qu’elle parle fort à l’âme. Et nous bouleverse

Jean-marc Gelin

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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 10:25

Melisse 2008

Issam Krimi (p, synth), Alban Darche (ts), Olivier Koudouno (cello), Jean-Philippe Morel (cb), Nicolas Larmignat (dm)

 

 

 Attention, disons le tout net, grand disque. Nonobstant un titre d’album un peu too much ( c’est quand même parfois agaçant chez ces jeunes cette volonté de vouloir inventer des concepts), choc total à l’écoute des premiers morceaux de cet album. Car on est face d’une sorte d’OVNI musical qui confirme tout le bien que l’on pensait de ce jeune pianiste compositeur dont on sait l’éclectisme (capable par ailleurs de s’accommoder autant d’un univers un peu déjanté que d’un hommage à la chanteuse Barbara comme il l’a fait récemment). Ici tout autre chose. Dans la musique d’ Issam Krimi il y a toujours quelque chose à l’affût, comme caché en embuscade. On reste en éveil, attendant le surgissement, inquiet de ce qui va apparaître derrière le bois, au coin de la ruelle. L’ouverture de l’album est saisissante, forte et lourde à la fois. Mais très vite s’installe une sorte d’entre deux, une rupture inquiétante à laquelle Alban Darche en grand spécialiste du polar vient apporter un surcroît de suspens. L’univers de Issam, très personnel est un univers qui évolue entre celui que l’on assimilerait à celui d’un plasticien (on se promène parfois dans sa musique comme dans une exposition d’art moderne où les œuvres provoqueraient des sensations fortes) ou bien à celui d’un écrivain fantastique à la poésie d’Edgar Allan Poe. Issam Krimi est un  provocateur et un évocateur. Il n‘est que d’écouter ce bien nommé « Asil » où après l’étouffement comme dans une chambre capitonnée, les lignes claires du violoncelle de Olivier Koudouno ( belle révélation) viennent apporter une solution, une ouverture très belle comme une issue vers un ailleurs plus libre. Il y a assurément chez Issam Krimi une vraie démarche artistique Musicalement ce qu’il crée est intelligemment mis en œuvre comme ce mariage plutôt réussi des cordes et du synthé ( La coquine) pourtant pas évident sur le papier. Mais le problème avec une musique aussi forte, qui va chercher dans un registre d’émotions si affirmé et aussi personnel, c’est de tenir la distance. La deuxième partie de cet album développent autre chose, un autre univers où la surprise joue un peu moins. Mais il faudra c’est sûr revenir à ces 5 premiers titres, remarquables de créativité. Cette partie là c’est sûr marquent le début de quelque chose. Issam Krimi est un compositeur avec qui, assurément il va falloir compter . Jean-Marc Gelin

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21 novembre 2008 5 21 /11 /novembre /2008 07:34

JJJJ EliSabeth Kontomanou

Brewin’ the Blues, Nocturne 2008

 

 

 

Il n’y a pas de plus grand bonheur que celui de se laisser ensorceler par Elisabeth Kontomanou. Cette femme mi-sorcière, mi-prêtresse vient des profondeurs de la terre faire vibrer notre carcasse d’os. C’est à notre âme qu’elle s’adresse. Elle a un style incomparable qui s’inscrit dans la tradition des grandes chanteuses de Blues (Ma Rainey et Bessie Smith en tout premier lieu). Son timbre profond frôle les harmonies, à la manière de Billie Holiday. Elle semble tout savoir de l’abandon, des amours sacrifiées et des séparations définitives. Son chant, qui est toute offrande (comme en témoigne la pochette de ses trois derniers albums), porte la mélancolie de nos combats quotidiens et de nos failles. Il porte aussi la folie de l’amour absolu (I’m a fool to want you). Laurent Courthaliac au piano réhabilite le rôle du sideman, à la fois très précis et en écoute exigeante de la chanteuse. Le morceau qu’ils signent ensemble Rosebud en est un bel exemple. Plus on écoute Elizabeth Kontomanou et plus elle nous semble ne faire qu’une avec la musique qu’elle chante (I Hadn’t anyone ‘til you). Son chant est incroyablement incarné, charnel, charnu. Incroyablement universel, incroyablement d’hier et d’aujourd’hui, incroyablement prophétique aussi... Même si elle dit ne jamais « avoir touché le jazz ni même vu de près », elle semble connaître un secret bien plus grand. Régine Coqueran  

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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 08:21

 

Il y a vraiment des albums que l‘on a envie de faire découvrir à la terre entière. Des chocs, des coups de cœur, des révélations qui tel Claudel derrière le pilier de Notre Dame vous donne envie de croire à nouveau si tant est qu’un jour vous ayez pu perdre la foi. On a le choix, soit d’en parler frénétiquement autour de nous soit carrément bien de devenir journaliste de jazz. Car finalement c’est bien un peu ( voire beaucoup) pour cela que nous faisons ce métier. Et Dieu nous est témoin que l’on reçoit pourtant des quantités d’albums à la pelle, et que bien peu sortent du lot comme celui là. Car cette galette là est du genre à s’installer pour longtemps dans vos « favoris » sur votre Ipod !

Mais quoi, ce compositeur argentin qui fait une grande partie du jazz actuel à New York et l’unanimité des musiciens de la jeune génération de la grosse pomme serait pourtant largement méconnu (doux euphémisme) de côté-ci de l’Atlantique ! Incredible !

Injustice absolue qu’il importe de réparer  et que répareront assurément tous ceux qui se rueront sur cet album dans lequel ils trouveront tout, absolument tout. On a pu entendre dire par ci par là, et parce que le groupe de Guillermo Klein s’appelle « Los Gachos » que sa musique était teintée d’un arrière fond politique, celui précisément des « gauchos ». Par du tout notre analyse. Entouré de musiciens exceptionnels ( Miguel Zenon, Chris Cheek, Ben Monder, Diego Urcola…) Guillermo Klein livre une musique divinement bien écrite aussi lyrique que tout simplement belle basée sur un discours affichant une personnalité rare. Une réelle originalité du discours dans lequel on trouve aussi bien l’inspiration d’une musique européenne que des influences latines argentines comme les aime Maria Schneider par exemple. Il y a dans cet album une dimension mystique, une affirmation profonde de sa foi (chrétienne en l’occurrence), de sa croyance en l’homme, une dimension humaniste qui prend ses racines dans une tradition culturelle venue d’Amérique latine et que l’on retrouvait d’ailleurs il n’y a pas si longtemps dans le récent album de Miguel Zenon, ici acteur extraordinaire de cette pièce. Et sur ce terrain là, Guillermo Klein développe un discours parfaitement construit du début jusqu’à la fin de l’album, avec ses tramages, ses couleurs et ses juxtapositions instrumentales. Guillermo Klein ose rompre avec certains canons du jazz d’aujourd’hui. Sur certains morceaux il chante (sans lourdeur) l’introduction des thèmes comme pour affirmer le discours avec une esthétique et une grâce aérienne en imposant une mélodie rapidement transcendée par la structure harmonique mise en place. Les cuivres ou la guitare de Ben Monder contribuent à la montée des crescendi irrésistibles comme une sorte d’élévation de l’âme. Sur le plan rythmique, Guillermo Klein réalise des prouesses incroyables, découpant le tempo en subdivisions et déstructurant la base rythmique à l’envie (rarement entendu ce type de schéma !). Il y a aussi parfois de la joie et l’esprit festifs des bandas sud américains là encore prétexte à d’autres dépassements. Tout est beau, sublimement beau come cette prière finale de Messiaen qui vient clôturer l’album sur une longue tenue de note. Sans aucun pathos (jamais au grand jamais mièvre ni larmoyant), Guillermo Klein donne alors à sa musique une profondeur et une résonance très forte. Sublime ! Jean-Marc Gelin

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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 08:20

David El-Malek (ss, ts), Yoann Loustalot (tp, flh), Thomas Savy (bcl, ts), Denis Leloup (tb), Didier Havet (tb, tuba), Eric Dufay (cor), Jules Bikoko Bi Njami (b), Daniel Garcia Bruno (dm, perc).

Plus Loin Music/Nocturne



Music From Source
du saxophoniste français David El-Malek, aurait pu s’intituler Oriental Brass, car il s’inscrit dans la même démarche musicale, introspective et spirituelle que le célèbre Africa Brass de John Coltrane en 1961. Trane, n’avait pas connu l’Afrique, mais portait en lui les racines profondes de ses lointains ancêtres et arrivait à retranscrire musicalement ses « impressions » africaines. David, a quant à lui, passé son enfance (de l’âge de un an à neuf ans) en Israël, il en a été profondément marqué et il nous restitue les traces indélébiles de ce séjour avec une grande force musicale empreinte de gravité. Dans les deux cas, ce retour aux sources se traduit par une réflexion philosophique et spirituelle, menant à une évolution artistique et à la création d’un projet musical ambitieux. Là où Coltrane avait ajouté à son quartet une imposante section de cuivres et de bois dirigée par Eric Dolphy (une dizaine de soufflants qui ne prenaient pas de chorus), David forme un octet comprenant six instruments à vents (saxophone ténor ou soprano, clarinette basse, trompette, cor, trombone et tuba) avec quatre solistes : El-Malek lui-même, ainsi que Yoann Loustalot, Thomas Savy et Denis Leloup. L’absence de piano (et de guitare) permet l’élaboration d’un travail original dans l’arrangement des instruments à vents, afin de créer une pâte sonore harmonique inédite et savoureuse. La contrebasse de Jules Bikoko sert de clé de voûte rythmique, elle est enrichie par les diverses percussions orientales que Daniel Garcia Bruno maîtrise admirablement. Le résultat est magnifique, sincère, profond et juste et fait de ce quatrième disque de David El-Malek, non seulement son meilleur album, mais l’un des plus importants de l’année. Ici point d’orientalisme de pacotille ou de clichés kitch, mais un savant travail sur l’harmonie qui tisse de subtils liens entre le jazz et la musique orientale. Dix sept titres qui s’enchaînent pour la plupart, pour n’en former qu’un, à l’image d’une mosaïque ou d’une tapisserie. Dès Antiochus IV, on est touché par les envolées lyriques du sax soprano dressé sur un tapis volant rythmique au groove oriental irrésistible. Une certaine gravité surgit de Solomon’s Temple, accentuée par l’intensité dramatique du jeu de ténor de David El-Malek qui contraste avec la joyeuse danse folklorique de Sion (où son jeu est  poche de celui de Sonny Rollins). Enfin Le Livre des Rois, proche de l’univers du Masada Acoustic Quartet, nous fait  tournoyer dans une mélopée pleine de nostalgie où les joies se mêlent aux drames, ainsi que Dead Sea qui termine l’album, et qui curieusement nous fait penser à une composition d’Henri Texier. Lionel Eskenazi

 

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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 08:17

Blue Note Records 2008




Jamais vraiment là où on l’attend, la chanteuse de Chicago, après de savantes compositions inspirées des métamorphoses d’Ovide dans son précédent album, rend hommage à Cole Porter, le célèbre auteur et compositeur de comédies musicales (Peru, Indiana 1891-Santa Monica, Californie 1964). Il fut l’auteur de quelques-unes des plus belles chansons de l’American Songbook de Love for sale à Everytime we say good bye. Ce dandy décrivait dans ses chansons avec beaucoup d’ingénuité et de légèreté la vie facile et luxueuse qu’il menait. Mais c’est une face plus sombre que Patricia Barber nous offre. Elle donne aux mots et à la musique de Cole Porter une profondeur nouvelle et une densité qui nous avait jusque-là échappées. La présence de Neal Alger à la guitare (I concentrate on you) et de l’inventif Chis Potter au saxophone y est pour beaucoup (solo explosif sur In the still of the night). Ils s’échappent complètement de l’accompagnement traditionnel de ces morceaux et réinventent un style très contemporain et une couleur totalement inédite. Nous ne sommes plus dans la comédie musicale ni dans l’interprétation du classique standard de jazz. Toute en sensualité, la voix sublime d’alto de Patricia Barber nous fait entendre les tourments amoureux et les amours impossibles (What is this thing called love), l’ennui profond que pouvait inspirer une vie frivole (I get a kick out of you) et le goût de Porter pour la dérision (You’re the top) : « Tu es le musée du Louvre, un sonnet de Shakespeare, Mickey Mouse, la Tour de Pise, le Mahatma Gandhi, le salaire de Garbo, l’enfer de Dante, une danse balinaise, un Boticelli. » L’émotion est à son comble quand Patricia Barber entonne a capella les premières mesures de Miss Otis regrets. Avec beaucoup d’intensité, les percussions de Nate Smith et la guitare électrique de Neal Alger accompagnent cette histoire cynique : celle de Miss Otis qui regrette de ne pas pouvoir venir dîner ce soir. Découvrant la trahison de son amoureux, elle le tue en plein bois.  Elle est arrêtée et pendue en place publique. Avant de s’éteindre, elle murmure qu’elle regrette de ne pas pouvoir venir dîner ce soir.  C’est avec cette élégante distance que Patricia Barber interprète les chansons de Cole Porter, ne se laissant à aucun moment emporter par la passion sous-jacente des textes. Pour cet album, Patricia Barber a composé trois titres dont les sublimissimes Snow et Late Afternoon and you, deux belles chansons d’amour dans le style de Cole Porter dans lesquelles elle s’accompagne au piano avec une délicatesse exquise. Cet album, pour paraphraser, un des thèmes de Cole Porter chanté par Patricia Barber, C’est magnifique !

Régine Coqueran

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