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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 07:30
Belle programation samedi 24 janvier pour cette deuxième  soirée du Festival " Sons d'Hiver".
Une première partie superbe qui réunissait la contrebassiste Joëlle Léandre, le clarinettiste François Houle et le batteur Rayond Strid. Première partie débordante d'inventivité, de subtils échanges improvisés où toute matière à "sons" fut explorée. Moment intense et riche.



On retrouvait le batteur avec l'orchestre d'un autre contrebassiste, Barry Guy venu en tentet présenter son nouveau projet. Pour l'occasion 2 changements importants dans l'orchestre : l'absence de Evan Parker et la présence au piano de Augusti Fernandez.
Plus d'une heure de musique décapante, forte et impressionnante. Tout à l'énergie dépensée par cet ensemble où chacun de ses membres est "dedans", à fond, avec un réel désir d'en découdre. Système de jeu et direction impressionant alternant les ultra forte avec le calme des sax joués à vides sur les clefs.
Ames sensibles s'absentir.....

P1030371
envoyé par jmgelin
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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 06:52

    Rencontre avec le musicien, fondateur et âme du Méga Octet qui en 2008 aura marqué le jazz hexagonal  ( Django D’or, Choc de l’année Jazzman, Disque D’émoi Jazz Magazine, prix de l’Académie du jazz, Victoire du jazz, Django d’or du Spectacle vivant). Rencontre dans les bureaux du Triton entre deux séances de montage du prochain CD-DVD du Méga Octet


Ó Hélène Collon






DNJ : C’est le moment de se souhaiter les vœux pour la nouvelle année. Comment peut-on te souhaiter une meilleure année que celles de 2007 et 2008, sachant que tu as emmagasiné durant cette période, une ribambelle de prix, récompenses et honneurs assez inimaginables ?

 

 

A.E : Je ne sais pas comment expliquer ce qui s’est passé en 2007-2008, mais je constate que pendant des années tu fais un travail, de la manière la plus intègre possible, et que personne ne s’y intéresse. Puis d’un seul coup, on remarque que tu es toujours là, que ton orchestre (le MégaOctet) va avoir 20 ans et que ta persévérance a fini par payer ! L’orchestre, qui n’a jamais beaucoup joué en France, devient de plus en plus demandé. Les prix et les récompenses ont participé à une sorte d’effet boule de neige.

 

DNJ : Cette reconnaissance de la profession, tu l’as vécue comment ?

 

A.E : Lorsqu’aux victoires de la Musique, toute la salle se lève et t’applaudit pendant plusieurs minutes, il faut bien dire que c’est totalement jubilatoire. Je ne sais pas si c’est mérité mais après tout, quand tu fais du bon travail pendant des années, avec comme exigence de le faire le mieux possible et que tu y mets toute ta sincérité, je ne trouve pas ça anormal qu’à un moment donné, on te le fasse savoir. Et puis il se trouve que ça fédère un tas de choses et qu’il se passe des trucs complètement dingue, comme la création de fan-clubs par exemple, ou  la venue aux concerts de gens, comme ceux de mon village, qui écoutent habituellement NRJ ou Nostalgie et ne sont pas habitués à la musique instrumentale et qui me disent : « J’ai rien compris à ta musique, mais par contre j’ai passé un super moment ».

 

 

DNJ : Mais ta musique, elle n’est pas si difficile ! On la comprend mieux et on rentre bien dedans en la voyant sur scène, car elle est aussi visuelle, grâce au talent et au « show » de tes musiciens.

 

A.E : C’est vrai que c’est de la musique qui gagne à être en « live ». Tous les musiciens ont un talent hors du commun, ils se donnent à fond et il y a une véritable alchimie entre eux. Ils sont tous à titre individuel des leaders et des « performers », des « show-men » qui prennent beaucoup de plaisir à jouer cette musique et qui savent bien faire communiquer ce plaisir au public.

 

DNJ : On a vu le groupe sur scène au Triton, au début du mois de septembre, avec un tout nouveau répertoire. Quelque temps après tu enregistrais ces nouveaux morceaux pour un disque à paraître prochainement. Parle-nous de ce nouveau projet.

 

 

A.E : Le triton nous a accueillis en résidence pour cinq jours au mois de septembre où l’on a pu mettre au point ce nouveau répertoire, écrit spécialement pour les 20 ans du MégaOctet. Au début juillet j’avais pas mal la pression car la résidence était signée, les dates de studio réservées et la production lancée, mais je n’avais toujours pas écrit une seule note de musique. Je ne devais pas décevoir après le formidable accueil de West in Peace. Maintenant que les morceaux existent, j’ai du mal à avoir du recul mais tout le monde me dit que ces nouveaux morceaux sont encore meilleurs ! Le disque va sortir chez Naïve après une expérience décevante chez Nocturne, où l’on a d’un commun accord résilié mon contrat d’artiste. Il sortira sous la forme d’un coffret avec un DVD filmé lors du concert du Triton et un beau livret contenant des photos relatant les 20 ans de l’orchestre, ainsi que la liste de tous les musiciens qui ont participé à l’expérience. J’en ai dénombré presque 60 !

 

 

DNJ : Il y a 20 ans, le percussionniste François Verly et le saxophoniste Philippe Sellam faisaient déjà partie de l’orchestre et comme aujourd’hui, tu utilisais déjà un joueur de tuba soliste et un chanteur délirant qui ne chantait pas de texte.

 

A.E : J’ai monté mon premier groupe de jazz-rock avec François Verly en 1976 ! Il y jouait de la batterie. François est un fidèle parmi les fidèles, c’est un percussionniste extraordinaire, ouvert sur toutes les cultures et un excellent pianiste et organiste. J’ai une longue complicité aussi avec Philippe Sellam, nous avons réalisé ensemble un très beau disque en duo il y a quelques années qui n’a pas eu beaucoup d’écho. J’aimerais bien pouvoir le rééditer afin qu’il puisse toucher le public. J’adore les cuivres et en particulier le tuba que j’aime utiliser comme instrument soliste. J’ai d’ailleurs écrit beaucoup de pièces pour le tuba, notamment pour la musique contemporaine. Au début de l’orchestre le tubiste était Michel Massot, maintenant c’est François Thuillier. François fait corps avec son instrument d’une façon incroyable, il a même sauté à l’élastique avec ! Quant aux chanteurs, Médéric Collignon a remplacé Benat Achiary. Ils ont tous les deux le don de pouvoir chanter sans texte et de pratiquer des vocalises assez délirantes.

 

 

DNJ : Au mois d’août, tu enregistrais chez Gérard de Haro à La Buissonne ton projet de piano solo « For Better Times ». On aimerait bien en savoir un peu plus sur ce disque que tu définis comme une œuvre orchestrale pour piano à voix multiples.

 

A.E : C’est une idée de Gérard de Haro qui voulait absolument produire sur son propre label (La Buissonne) un projet de piano solo avec moi, qui serait distribué par Harmonia Mundi. Quand le projet s’est concrétisé, j’ai longuement réfléchi car je ne me considère pas comme un pianiste soliste. Je ne suis pas un interprète, je ne fais jamais de chorus et en plus je ne travaille jamais le piano. Ce qui m’intéressait dans cette idée c’était d’utiliser la dimension orchestrale de l’instrument en travaillant sur le re-recording. Composer une œuvre orchestrale avec un unique Steinway à queue, c’est un challenge qui m’a passionné.

 

 

-DNJ : Tu utilises des sonorités particulières du piano en jouant à l‘intérieur de l’instrument, avec l’aide des cordes, mais aussi en insérant des objets divers ou en tapant dessus. Ce sont des techniques fréquemment utilisées en musique contemporaine. A quel moment de ta carrière t’es-tu intéressé à ces différentes techniques ?

 

A.E : Pour ce projet, j’ai dressé une liste des différentes sonorités que je pouvais utiliser sur le piano afin d’établir mes pupitres d’orchestre ! Ca m’a permit d’écrire chaque partie orchestrale à travers les différentes voies (ou voix) que j’avais à disposition. J’utilise des procédés assez basiques, très éloignés des pianos préparés que peuvent employer des pianistes comme Benoit Delbecq ou Antoine Hervé. Je mets les mains sur les cordes afin de chercher l’harmonique, je tape sur les armatures pour faire des percussions, j’utilise une règle en plastique que je fais trembler sur les cordes pour obtenir des sons d’instrument traditionnel comme le balafon. Avec un toucher particulier, je reproduis le son de la kora avec des notes piquées (comme sur le morceau Crouch, Touch, Enrage). J’ai commencé à chercher ce genre de sonorités il y déjà trente ans. A l’époque j’utilisais un magnéto à bande quatre pistes et suite à une mauvaise manipulation, j’ai enregistré le piano à double vitesse, ça a donné un son de clavecin ou d’épinette que j’ai trouvé intéressant, je l’ai utilisé sur le morceau caché après Let’s Create Together.

 

 

DNJ : Tu vas te produire sur scène pour la première fois en piano solo, comment vas-tu faire ? est-ce que tu vas utiliser des bandes enregistrées, des boucles ou des samples joués en direct live ?

 

A.E : Je commence mon premier concert en solo dans 15 jours et je ne sais toujours pas exactement comment je vais m’y prendre ! Mais je ne veux pas me laisser enfermer dans cette technologie de bandes ou de samples. Je veux être libre et ne pas être prisonnier d’une cage, d’un système. Je pense que le mieux c’est d’arriver en étant le plus vierge possible et de s’imprégner de l’instant, en n’ayant aucune référence en tête. Le tout c’est d’être le plus sincère possible et de jouer au feeling ce que l’on ressent à l’instant présent.

 

 

DNJ : Le projet piano solo, le nouveau répertoire du MégaOctet, des duos, des projets à l’orgue ou avec les Percussions de Strasbourg. Tu ne t’arrêtes jamais, tu es un sacré bosseur ! Comment fais-tu pour gérer toutes ces activités ?

 

A.E : Il faut parler aussi de mon travail pédagogique. La formation est quelque chose qui est aussi très importante dans ma vie professionnelle. Par exemple je forme des professeurs de conservatoire à l’improvisation. Je crée des passerelles entre la musique classique et le jazz. En fait je travaille sept jours sur sept, mais sur trois activités différentes, qui sont essentielles à mon équilibre : la transmission (c'est-à-dire la pédagogie), la diffusion (ce sont les concerts) et l’écriture (mon travail de compositeur).

 

 

DNJ : On aimerait en savoir plus sur tes projets à l’orgue d’église sachant que la personne qui t’a enseigné le piano vient d’une grande famille d’organiste.

 

A.E : Effectivement, mais j’ai commencé à étudier l’orgue il y a un an, dans l’abbaye de Royaumont, dans le nord de Paris, où j’ai été en résidence avec le Mégaoctet. Ils ont retapé un orgue du XIX ème siècle et m’ont permis d’en jouer et d’apprendre à m’en servir. Je vais inviter régulièrement des musiciens improvisateurs à venir jouer avec moi dès l’année prochaine, j’ai déjà contacté Dave Liebman, Guillaume Orti et d’autres. En plus ils m’ont confié le soin d’initier à l’orgue d’église des pianistes de jazz, afin de faire de cet abbaye, un lieu de diffusion où l’on joue du jazz, où l’on improvise.

 

Tu vas donc créer un répertoire pour ce projet ?

 

A.E : Oui, surtout pour des improvisateurs. On va enregistrer avec Liebman, avec Guillaume Orti, avec des percussions…. On m’a demandé de monter des formations pour 2010 pour des jazzmen qui voudraient s’initier à l’orgue classique. Du coup la question pour moi est : comment faire, avec l’instinct pour apprendre à s’apprendre à jouer de l’orgue classique. Et au-delà, l’avantage que j’y vois c’est aussi que ce travail avec les orgues classiques peut contribuer à multiplier les lieux de diffusion pour nos musiques.

 

DNJ : Cela correspond bien à l‘image que l’on a de toi et qui se situe bien au-delà de toutes les étiquettes

 

A.E : Bien sûr mais il faut bien voir que nous sommes le produit d’une génération qui avons absorbé en moins de 50 ans tant de musiques différentes du classique au jazz, du rock à la pop. Des gens comme Denis Badault, Antoine Hervé, Marc Ducret et tant d’autres, nous sommes d’une génération à avoir été à la fois très rock and roll (moi par exemple je jouais les Stones dans les balloches du samedi soir avec mes potes) et à avoir une formation très classique. Avant les années 80 il y avait bien des gens comme Michel Portal qui venaient du classique et qui jouaient du jazz. Mais ils étaient surtout instrumentistes, pas compositeurs. Mais avec cette génération nous sommes les premiers à avoir un background de rock, une formation voire même des prix d’écriture classique (fugue, contrepoint etc…), élèves de Marius Constant (musique contemporaine) et qui ont ensuite été écrire dans le jazz.

 

DNJ : Et tu n’as jamais eu l’idée de faire de la musique classique ?

 

A.E : Mais j’en suis absolument incapable !  Déjà parce qu’il faut jouer. Fondamentalement, je ne suis pas un interprète. Ma professeur était comme on l’a dit une professeur d’orgue. Et heureusement les organistes ont toujours été de grands improvisateurs, alors que les musiciens classiques après Mozart ont arrêté d’improviser. Du coup comme elle me voyait improviser, du genre à jouer « la Lettre à Élise » en Bossa Nova, cela la faisait rire et elle m’a laissé faire. Quand aux parents qui payaient les cours, ils avaient plutôt tendance à râler parce que je n’étais pas fichu de jouer « comme il faut » ! Elle a vite compris que je n’avais la fibre pour cela et comme elle avait deux pianos dans la même salle, on a déchiffré à deux pianos pendant 10 ans et jamais elle ne m’a empêché d’improviser.

 

 

DNJ : Tu as écrit des pièces pour le classique ?

 

A.E : Oui cela m’est arrivé. On m’a fait des commandes et j’ai ainsi écrit pour le classique des pièces pour clarinettes, pour tuba, pour orchestre de cuivres. En ce moment je termine une commande pour un orchestre d’harmonie sur des poèmes kurdes. C’est intéressant de contribuer à cette ouverture. Cela fait 2O ans que je travaille pour des orchestres d’harmonie et il faut bien reconnaître que l’essentiel de leur répertoire est totalement ringard. Le plus moderne c’est West Side Story avec des arrangements pompeux ! Mais l’orchestre d’harmonie c’est une base fabuleuse. Il y a tout là dedans. Avec d’autres on a ainsi constitué un répertoire pour orchestres d’harmonie où tu as du groove, de l’humour, de l’improvisation….

 

DNJ :  A l’ opposé, tu fais aussi beaucoup de duos. On a en tête ceux avec Antoine Hervé, Philippe Sellam, Pascal Contet, Thomas de Pourquery, des projets avec Laurent Dehors.

 

A.E : Cela a commencé avec Antoine Hervé. A l‘époque avec lui et Jean-François Zygel, nous étions étudiants au conservatoire de Paris, en classe d’écriture. Un jour en arrivant en cours j’ai entendu un véritable extra terrestre qui jouait un morceau d’Oscar Peterson, tel quel ! Et moi qui étais déjà fan d’Oscar Peterson je me suis demandé qui était ce gras incroyable, d’à peine 20 ans. On a commencé à sympathiser et on a passé 4 ans ensemble,. Nous étions extrêmement proches. Et l’histoire des duos est partie de là. Quand à Philippe Sellam il était inévitable que l’on en vienne à jouer ensemble. A l’époque c’était sur le label Pee Wee et c’est Vincent Mahé qui a produit cet album que je trouve absolument merveilleux. Il ya un côté très intimiste dans cette relation à deux. Pourtant d’une manière générale je suis très anti-couple. C’est pour cela que je pense que les rencontres à deux sont belles à condition qu’elles ne soient pas définitives. Mais jouer à deux c’est vraiment incontournable. Lorsque tu en arrives à une très grande complicité avec des musiciens avec qui tu as beaucoup travaillé, il se crée des automatismes. Avec Tchamitchian dans le Méga il nous arrive d’avoir dans l’improvisation une complicité ultra forte. Prochainement avec Médéric on va s’y mettre (le 21 janvier au Sunside dans le cadre de la soirée Lauréats des Django d’Or).

 

DNJ : Tu pourrais presque faire des duos avec chacun des membres du Mega Octet

 

A.E : Exactement. C’est ce que je vais faire dans le cadre du projet de Royaumont : orgue et trompette, orgue et sax etc…. Mais pour 2009 j’ai déjà écrit trois répertoires différents et je compte bien maintenant faire une petite pause. En fait ce sont eux qui vont écrire maintenant. Dans le cadre de la commande de Royaumont il y aura une pièce de Guillaume Orti, une pièce de Laurent Dehors, une pièce de Tchamitchian, une pièce de Collignon etc…. C’est eux qui vont écrire le répertoire. Pour une fois j’ai envie que ce soit eux qui écrivent. Parce que beaucoup d’orchestres font leurs propres compos et en fait ils n’ont rien à dire. Il faut pourtant impulser réel un mouvement qui amènerait des compositeurs français à écrire pour d’autres groupes. Ou par exemple monter un groupe dans cet esprit là sans que j’en fasse partie. Je me verrai très bien monter un tel projet avec quelqu’un comme Géraldine Laurent. Un quintet pour lequel j’écrirai mais dans lequel je ne jouerai pas. Il faut accepter le fait qu’il y ait une place à part pour les compositeurs en jazz. Mais c’est vrai qu’il est difficile d’obtenir des subsides pour écrire du jazz. Il y a un vrai problème de différence de traitement avec nos collègues du classique et on obtient dix fois moins pour écrire. La notion de compositeur en jazz n’existe pas vraiment et il faut que cela commence.

 

 

DNJ : Peux-tu nous parler un peu de ton projet avec les Percussions de Strasbourg

 

A.E : En fait ce projet qui associe le Méga Octet et les percussions de Strasbourg ( ils sont 6) a démarré en 2007. On le rejoue chaque année. On l’a fait notamment avec des invités comme Portal ou Élise Carron. Là on va le faire Salle Pleyel toujours autour du même répertoire.

 

DNJ : Le programme s’appelle «  Childhood journey », quel est le concept de base ?

 

A.E : C’est l’histoire du voyage de l’enfance à l’âge adulte. Chaque titre de chaque mouvement dépeint un moment de cette période de la vie : « naissance », « adolescence », etc…. J’avais rencontré Jean-Claude Bernard dans le cadre de Musica à Strasbourg où il jouait. Il a une culture de batteur pop. Il a intégré assez tôt cet te formation mythique (elle a 42 ans !). J’ai pris cela comme un challenge ; je suis alors allé là bas, dans ce lieu où tu peux voir des milliers de percussions, de trucs originaux, des percus qui ont té faites pour Xenakis. Ces gars à ont tout joué, avec tout le monde !

 

DNJ : Comment François Verly peut il s’intégrer à cet ensemble ?

 

A.E : En fait François Verly ne s’intègre à rien mais aussi à tout ! Simplement au lieu de 6 percussionnistes, j’en ai 8 (parce que Éric est aussi quelqu’un qui travaille beaucoup sur le timbre). C’est donc Méga octet + percussions et cela fonctionne très bien.

 

DNJ : Tu penses à enregistrer cela ?

 

A.E : Xavier Prévost était venu en 2006 à banlieues Bleues. On l’a refait aussi à Cergy Pontoise et avec de bonnes conditions de son (Vincent Mahé) et ça le fait carrément.

 

 

DNJ : Toi qui es très proche d’Antoine Hervé et de François Jeanneau, est ce que l’ONJ est quelque chose qui te tenterait ?

 

A.E : Cela m’a effectivement tenté. Je l’ai présenté deux fois mais chaque fois je me suis fait jeter. Je pense que chaque fois il y a eu des influences très politiques. Mais est ce que tous ces musiciens avec qui je tourne aujourd’hui seraient venus à l’époque si le groupe s’était appelé l’ONJ ? Ils me disent que oui. Mais j’y aurai certainement perdu mon identité propre. Du coup je crois que cela a finalement été très bien et m’a permis d’exister au travers du Méga. Maintenant je trouve que l’évolution actuelle de l’ONJ avec un Directeur artistique est une bonne chose. C’est dans ce sens là qu’il fallait aller, un peu à l’image de ce que fait Ars Nova. Pouvoir faire venir tel ou tel chef, tel ou tel compositeur, pouvoir changer de musiciens. Non, franchement je trouve que cela évolue dans le bon sens. En tous cas pour moi, aucune amertume puisque cela m’a permis de faire ce que je fais aujourd’hui.

 

DNJ : Deux mots sur ton prochain projet

 

A.E : Cela va sortir chez Naïve. Il y aura un Cd et un DVD. Ce sera un objet avec une première édition spéciale « 20 ans du Méga Octet ». Il y aura une première série et après 5000 ventes, la série suivante ne comportera plus que le CD seul. Le DVD a été tourné au Triton, le 6 septembre : 52 mn de concert + 30mn environ d’interviews avec des questions très précises posées par Jean-Pierre Vivante où l’interviewé a à peine le temps de réfléchir à la question. Cela donne des résultats parfois incroyables.

 

DNJ : Par rapport à ton travail précédent, il y a une évolution ?

 

A.E : C’est plus écrit je crois. Et puis il y a une maturité qui s’acquiert lorsque tu connais mieux les musiciens, l’écriture, tu maîtrise mieux ton style d’écriture.

 

 

Propos recueillis par Lionel Eskenazi et Jean-Marc Gélin.

 

 

Se ruer absolument sur :

  Andy Emler Mega Octet : «  Dreams in tune » - Nocturne 2004

 

 Andy Emler Mega Octet : « West in peace » - Nocturne 2007

 


 
Andy Emler solo
 : «  For better times » - La Buissonne 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 22:44

www.lowerb.com – 2008

Bertrand Lauer (ss), Mauro Gargano (cb), Luc Isenmann (dm), Manu Codjia (g)




Bertrand Lower fait partie de cette génération des joueurs de sopranos entièrement dévoués à leur instrument. Des sopranistes qui, dans la foulée des maîtres du genre (Lacy bien sûr mais aussi Liebmann ou François Jeanneau dont il fût l’élève accompli) possèdent une technique exemplaire qui leur permet de jouer bien mieux que de simplement jouer beau. De ceux qui maîtrisent une technique exceptionnelle mais ont su la dépasser. Une technique toute entière au service de jazz où le sens de la mélodie et du swing (on dit aujourd’hui « groove » mais l’on préfère ici swing dans son acception modernisée) s’allie à celui de l’improvisation. Netteté de la phrase, puissance et pureté du son dénué de vibrato, notes tenues et entrelacées sont des traits que l’on trouve autant chez Bertrand Lauer que chez quelques uns de ses brillants camarades, dont Jean-Charles Richard (lui aussi élève de Jeanneau) et Émile Parisien en sont les illustres et jeunes symboles.

Dès l’ouverture de l’album, Bertrand Lauer met la barre très haut, faisant souffler sur ce premier titre, ce qui fait la marque des plus grands, à savoir l’énergie dans le discours. Ne vous y trompez pas, tous les professeurs de musique vous le dirons, mettre de l’énergie n’est pas jouer fort. C’est tout autre chose. On craint pourtant d’avoir à faire à une sorte de premier album ultra démonstratif.  Il est rare en effet d’entendre d’emblée un joueur de soprano jouer aussi vite, si puissamment avec autant de virtuosité. Il n’en est pourtant rien car il y a dans les plages qui suivent quelque chose de plus subtil. Dans le discours de Bertrand Lauer, quelque chose qui relève de la maîtrise des idiomes du jazz, ce sens impressionnant du placement. Il est vrai qu’il est aidé en cela par une rythmique qui sonne « jazz ». Et dans cette rythmique, celui que notre confrère Lionel Eskenazi ne manquait pas d’encenser récemment, Mauro Gargano que l’on commence à désormais entendre un peu partout tant son assurance et sa solidité en font un  partenaire recherché. Ceux qui avaient tendu l’oreille à ses prestations dans le dernier album de Christophe Marguet (j’avais alors fait écho de ses talents dans les DNJ) ne manqueront pas d’être séduits par le son de ce merveilleux contrebassiste qui n’est pas sans évoquer quelques félines rondeurs à la Charlie Haden (Part III). 

Tout au long de l’album, avec un sens de l’esbroufe réel qu’il semble totalement assumer mais jamais ostentatoire, Bertrand Lauer montre l’étendue de son art et de son inspiration. Écoutez l’intensité de son phrasé dans un thème comme Time is on my life où l’inspiration coltranienne se mêle de quelques discrètes sonorité indiennes. Mais c’est à Liebman et Jeanneau qu’il nous renvoie le plus dans cette maîtrise des lignes mélodiques absolument transcendées et de l’incandescence rythmique totalement dominée. Lorsque le jeu semble dompter la technique pour porter la musique plus haut.

Dans un morceau plus calme et plus apaisé comme First Step, cet élève de la Berkelee school donne aussi un autre visage de son art : Avec un son d’une pureté cristalline, aux atours sensuels, la lame fine et ciselée de ce « regard » transperce les âmes en douceur. Jean-Marc Gelin

 

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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 08:08

Joshua Redman (ts, ss), Larry Grenadier (cb), Reuben ogers (cb), Brain Blade (dm), Gregory Hutchinson (dm)

Nonesuch 2009


 



Quel pied mes amis, quel bonheur, quelle extase ! Ceux qui ont vu Joshua Redman à la Grande Halle de la Villette le 14 septembre dernier (en quartet acoustique), ont en l’écoutant, bien compris qu’il avait durant cette année 2008, franchit un cap supplémentaire, pour se hisser dans les tous premiers rangs des incontournables géants du jazz. Cet album en trio, quartet (avec deux contrebasses) ou quintet (avec une deuxième batterie), est bien là pour nous le prouver (il a été enregistré quelques mois avant Jazz à la Villette). Son jeu inspiré au saxophone ténor, à la fois énergique et chantant (Faraway ou Insomnomaniac) et ses enivrantes arabesques virevoltantes au sax soprano (Ghost) font mouche à chaque fois. Quelque soit la formule ou les musiciens choisis, nous sommes constamment séduit et comblé. Joshua avait inauguré la formule du trio avec son album précédent (l’excellent Back East), en utilisant trois rythmiques différentes suivant les titres et en incorporant à trois reprises un deuxième saxophoniste (Joe Lovano, Chris Cheek ou son père Dewey). Le niveau musical était très élevé, mais on pouvait éventuellement reprocher à ce disque, son manque d’unité et de cohérence, accentué par le répertoire hétéroclite qui était proposé (des standards, du Coltrane, du Shorter et des compos personnelles). Avec Compass, l’heure est au recentrage et à la cohésion. Tout d’abord tous les titres sont signés par Joshua Redman ou par des membres du groupe (les mélodiques March et Through the Valley sont composés respectivement par Larry Grenadier et Brian Blade), à l’exception d’un morceau, qui s’avère être l’un des sommets de l’album : une sublime version de la sonate au clair de lune de Beethoven (Moonlight), proposée avec deux contrebasses et deux batteries (un comble pour une ballade sentimentale !). D’autre part, sur les six titres joués en trio, il choisit d’associer Larry Grenadier, soit à  Brian Blade (Faraway), soit à Gregory Hutchison (Ghost) et les deux mêmes batteurs peuvent aussi faire équipe avec Reuben Rogers (Insomnomaniac et Un Peu Fou). A la manière d’un cycle, l’album commence et se termine avec un quartet à deux contrebasses : sur Uncharted qui ouvre le disque, Hutchinson tient la batterie et sur Throught the Valley qui clôt l’album, c’est Brian Blade le batteur. Enfin sur cinq morceaux, Joshua Redman nous propose un double trio, c'est-à-dire un quintet à deux basses et deux batteries (une formule du dédoublement des accompagnateurs, chère à Ornette Coleman). Et le plus fort c’est que la musique est tellement subtile, que ce n’est pas évident à percevoir à l’oreille : les sonorités des deux basses et les deux batteries étant  parfaitement bien réparties sur les deux canaux de la stéréo. Joshua Redman innove et se fait plaisir et l’on est bien obligé d’admettre que nous partageons tout au long des 72 minutes de l’album, ce bonheur euphorisant qui nous fait démarrer cette année 2009 sous de bons auspices.

Lionel Eskenazi

 

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16 janvier 2009 5 16 /01 /janvier /2009 21:28



Cam Jazz 2008

 

Résolument, Antonio Farao choisit la face sud en plein soleil, baignée de lumière et où les espèces libèrent des parfums capiteux. Poésie et luxuriance sont au rendez-vous de cet album. Pianiste total tout en générosité et en rondeur, il danse avec son piano et virevolte sur les compositions d’Armando Trovajoli qui ont accompagné les plus belles comédies italiennes de Scola, Risi, de Sica...il y a de cela quelques décennies. En solo ou en trio, Farao joue à étirer le temps, à introduire un drive, une énergie de vie, à transcender ses bandes originales pour les élever au rang de thèmes intemporels (entêtant Parfum de femme). Improvisateur volubile, pianiste au swing précis, Farao fait tant et si bien « âme » avec cette musique que ses quatre compositions présentes sur l’album sont comme une réécriture ou une réinterprétation de celles de Trovajoli. Bien sûr, il ne s’agit pas d’un vulgaire copiage mais bien d’une inspiration à la même source : Positive life est comme une apposition de Parfum de femme,  la musique de la célèbre comédie de Dino Risi, pour mieux célébrer la vie. Son tour de force est de parvenir à créer dans cet album une scénographie parfaite avec des décors somptueux et une chorégraphie enlevée. Dédé Ceccarelli à la batterie s’envole, se transforme en pantin-volant et déploie une énergie, superbe, précise, enthousiasmante : l’âge d’or (Golden Age) sous sa baguette s’endiable avec fougue. Dominique di Piazza à la basse s’invite dans ce jubilatoire émerveillement. Farao excelle à nous émouvoir sur Il prete Sposato (musique originale d’ « Un prêtre à marier » de Marco Vicario). Cet album est une belle et lumineuse rencontre. Régine Coqueran

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16 janvier 2009 5 16 /01 /janvier /2009 21:16

Cam Jazz – 2008




 
Il est des rencontres dont le charme se révèle immédiatement par l’intelligence et la sensualité qui s’en dégagent d’emblée, dans les premières secondes de l’échange. Celles du saxophoniste Ellery Eskelin, de la pianiste Sylvie Courvoisier et du violoncelliste Vincent Courtois est de celles là. Ce qui relevait au départ de moments d’improvisation destinés à être exclusivement réalisés sur scène lors d’une première rencontre organisée à l’initiative de Vincent Courtois dans le cadre de ce formidable laboratoire qu’est banlieues Bleues en 2002, puis à plusieurs occasions au Triton, ne devait a priori pas donner lieu à un enregistrement en studio. C’est pourtant ce pari qu’à tenté et réussi avec brio le trio sous l’égide du label Cam jazz. Il y a dans ces rencontres, où l’on ne distingue plus vraiment les parties écrites des parties improvisées, une intelligence et, on l’a dit, une sensualité musicale extrême. C’est un peu à la manière d’un jeu érotique de préliminaires où les peaux réagissent, les sens s’éveillent, où tout est dans l’attente de l’autre et le don de soi. Un moment où l’on attend que le premier bouge pour bouger à son tour. Où il est question de frôlements des timbres, des morsures, de se pousser, de s’enrouler, s’entortiller l’un avec l’autre, de s’échapper les uns des autres aussi. Il y  est donc question d’écoute, d’interaction, de questions-réponse. Il y est surtout question d’intelligence d’une musique qui sait se rendre captivante. Intelligence d’une musique qui découvre un infini de textures et de sons que ces trois là parviennent à explorer ensemble jouant sur tous les registres de leurs instruments, du piano préparé aux bois frappés, aux cordes pincées, grattées, au saxophone râlant, plaignant, susurrant. A tour de rôle chacun délimite les espaces des autres. Sylvie Courvoisier apporte un chromatisme poétique dense dans une sorte d’expressionnisme diffus. Ellery Eskelin se montre décisif et tranchant dans un propos doux-amer qu’il partage avec la pianiste. Quand à Vincent Courtois c’est le maître d’œuvre de cette rencontre, génial entremetteur à la foultitude d’idées foisonnantes.

Entre jazz, classique (on entend parfois du Mahler dans Nocturne), et musique contemporaine, ces trois là, co-auteur des 11 titres qui composent l’album développent un sens rare de l’espace et de l’instant. L’espace de jeu d’abord, qu’ils se créent eux-mêmes et l’apprivoisement d’un temps immédiat. Un temps court ou un temps long qu’ils modèlent à volonté. On les imagine, acteurs d’une pantomime silencieuse jouant d’expressions, utilisant l’espace d’un plateau de théâtre pour se mouvoir et s’entraîner. Car il y a du mouvement dans cette musique là. Et c’est de bout en bout totalement fascinant.  Jean-Marc Gelin

 

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30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 08:59
Freddie Hubbard désormais ne soufflera plus dans sa trompette. Il avait récemment raconté à nos confrères de Jazzman ( nov.2008) son envie de rejouer. Sa passion viscérale pour le jeu. C'etait déchirant ça. De l'entendre raconter à notre confrère combien la scène lui manquait. Puis on avait appris qu'il avait été hospitalisé.

Freddie Hubbard, l'homme qui contribua dans la sillage de Clifford Brown et aux côtés de Lee Morgan, à révolutionner l'instrument dans ces 60's de rêve. L'homme de toutes les prestigieuses sessions Blue Note. Celui dont on nous dit qu'il etait l'un des rares, sinon le seul  à pouvoir dépasser le contre-ut. Le maître des trilles ( "Lip Trilling" effectué avec l'air et sans utiliser les pistons).


Freddie Hubbard c'est la rage de l'instrument, c'est le Breaking Point de 1964, le Hub cap de 1961.
Freddie Hubbard l'un des messagers du jazz qui enregistra une version magistrale de Ugestsu ave Art Blakey.

Freddie Hubbard a traversé cette période mythique du hard bop dont il etait devenu l'un des plus grands représentants.
Freddie Hubbard a écrit parmi les pages les plus sublimes de l'histoire du jazz. Oui je sais c'est très con d'écrire cela mais voilà, Freddie Hubbard moi, il a fait sonner ma jeunesse. j'entends encore ce Body and Soul de 1963 chez Impulse aux côtés de Wayne Shorter.


Freddie Hubbard, bien sûr tout ceux qui ne connaissent pas le jazz, qui s'en battent le coquillard, gardent dans l'oreille le célèbre "Watermelon man " ou le "cantaloupe Island" de Herbie Hancock. 
Ben oui cette façon tranchante d'exposer le thème, ce style reconnaissable entre des milliers.
Freddie Hubbard, la gnaque.
Freddie Hubbard dont les lèvres portaient en elles le son de
ces années de rêve, de ces sessions Blue Note dont il contribua à graver les plus mythiques sillons sur lesquels notre âme toujours jeune court encore, enfièvrée et aimante de cette musique à la danse ensorcelante et sauvage.


Freddie Hubbard 
Freddie Hubbard
Freddie Hubba
Freddie Hub
Freddie H
Freddie
Fred
Fre
Fr
F
.........
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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 09:46

Palmetto records 2008




 
Il était écrit que Ted Nash consacrerait un jour un album au compositeur Henri Mancini (1924-1994). Pensez, avec une telle parenté ! Lorsque l’on est minot et que l’on écoute son père, Dick Nash donner du trombone (ou du baryton) dans l’orchestre et son oncle ( au même blase de Ted Nash) souffler dans le biniou dans la même formation, c’est obligé, tout vous ramène au compositeur Hollywoodien. Ça vous marque son bonhomme. Question d’héritage certainement. C’est même à se demander comment il se fait que Ted Nash (le jeune) n’ait pas finalement rendu plus tôt hommage à Dick et Ted Nash (les anciens).

Et l’on ne va pas s’en plaindre aujourd’hui. Car il est vrai que ces dernières années n’ont pas manqué de rendre gloire à un autre compositeur hollywoodien, Lalo Schiffrin capable de remplir le Grand Rex lors de son passage à Paris mais jetant un peu sur l’autre compositeur une ombre imméritée. Pourtant Henri Mancini, tout le monde le connaît par les films pour lesquels il a composé d’inoubliables thèmes (on pense bien sûr à la « Panthère Rose ») mais aussi à tout l’univers de Blake Edwards auquel il contribuera à donner cette couleur des sixties indissociablement liée à la filmographie du génial cinéaste (Peter Sellers y étant aussi pour beaucoup). Mais il restait tout un travail à faire pour mettre en valeur les compositions de Mancini pour ce qu’elles sont à savoir de magnifiques pièces de jazz. Celui qui débuta sa carrière dans l’orchestre de Glenn Miller contribua certainement à l’instar d’autres directeurs de big bands de l’époque (on pense à Quincy Jones) à donner aux grandes formations un  tournant nouveau avec quelques pointures californiennes attirées sur la Côte Ouest par l’argent qui coulait à flot des studios de Hollywood. Henri Mancini tournait alors avec des pointures de la dimension d’ Art Pepper (as), Pete et Conte Candoli (tp), Jimmy Rowles (p), Larry Bunker (vb), Shelly Manne (dm)  etc…..

Ted Nash (le jeune) remarquable saxophoniste passant avec autant d’aisance du ténor à l’alto (où il excelle) rend ainsi un hommage sincère à ses ancêtres, s’appropriant totalement ces thèmes magnifiques. Parfois en les « pré-datant », leur donnant une couleur bop qu’ils n’avaient pas à l’origine, parfois en leur donnant un sérieux coup de jeune. L’album est émaillé de petites séquences comme des clins d’œil à des scènes mythiques du cinéma hollywoodien. On pense à ce Shot in the Dark dans la veine funk de l’époque ou à ce charmant Baby Éléphant Walk qui nous marqua enfant lorsque nous regardions Hatari. Quelques moments de grâce s’installent comme lorsque Ted Nash joue de la flûte à l’instar de son aïeul et aussi de Mancini lui-même, flûtiste à la base. Même émotion lorsqu’il joue un bien nommé «  Something for Nash » que Mancini avait à l’origine composé pour son père, Dick. Avec le même esprit délirant il reprend ce fameux thème de ce fameux film cultissime (pour moi en tous cas), « The Party » où tout se termine en bacchanale dans une piscine à mousse avec un éléphant rose ! (The Party). Mais cet album marque aussi un autre point décisif : celui de la rencontre d’un très grand saxophoniste actuel avec la musique de ses propres origines. En soi une belle profession de foi. Jean-Marc Gelin

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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 09:42

BMC 2008


G. Kornazov (tb), Emile Parisien (ss), Manu Codjia (g), Marc Burronfosse (cb), arl Jannuska (dm)


Nouvel album du fameux tromboniste bulgare Georgi Kornazov que beaucoup connaissent déjà, ne serait ce que pour son appartenance au Strada de Henri Texier dont il est devenu, avec le guitariste Manu Codjia (que l’on retrouve d’ailleurs ici) l’un des piliers incontournable. C’est avec la même dynamique que celle qu’il déploie chez son grand aîné de bassiste (on sait combien il participe activement à l’œuvre collective) qu’il manie ici le sens de la composition et de l’orchestration flamboyante. A partir de phrases mélodiques très belles et assez simples, Kornazov délimite ici un espace musical et développe autre chose qui va du registre de l’émotion nue et sensible à l’éclat des tramages des cuivres qui se répondent ou s’unissent dans un groove sous-jacent, très brut. A ce jeu là, Kornazov peut s’appuyer sur un fabuleux saxophoniste soprano, Emile Parisien, que tous les jazzeux de Paris connaissent déjà fort bien (et redoutent sûrement un peu). Jeune élève des classes jazz de Marciac, Émile Parisien se révèle un stupéfiant saxophoniste extraordinaire dans la maitrise du son, de l’intensité et du phrasé pur. Une énergie constante autant dans les triples croches que dans les notes tenues. L’association crée ici entre le son cristallin du soprano et les vibrations sauvages de Kornazov (Sianie) créent alors une forme contrastée intéressante. Quand à Kornazov on est depuis longtemps épatés par le registre de ce qu’il exprime. Totalement libéré des influences des anciens, Kornazov possède une telle technique de jeu que toutes les émotions passent dans sa façon de jouer. Ceux qui l’ont entendu aux côtés de Hervé Sellin, au sein du Vienna Art Orchestra ou encore du quartet de jan Schumacher savent que ce tromboniste habitué des grands prix sait à peu près tout jouer et dans toutes les circonstances. Il ne cesse de surprendre par son eu toujours lié à un sens aiguisé de l’orchestration. Quand à Manu Codjia il fait ici le liant, joue les arbitres et apporte un décalage sur un autre registre, enchaînant presque naturellement avec son compagnon de route. Véritablement dans le prolongement et la même inspiration que le travail poursuivi avec Texier, cet album à multiples facettes met en évidence le talent de ces musiciens surdoués dont on sait combien le monde du jazz se les arrache. C’est totalement mérité.
Jean-Marc Gelin

 

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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 09:36

Label Igloo




Partons à la découverte de ce tout nouveau projet musical, réunissant deux talents indéniables que sont la violoniste Cécile Broché et le saxophoniste Etienne Bouyer. Leur rencontre donne naissance à un disque sur le thème du voyage, « Soundscapes », construit sur le moule d’un étonnant « road movie ». Ici résonnent des reflets oniriques évoluant sur chaque continent de long en large, au dessus des montagnes moldaves comme à travers les faubourgs de New York, en passant par de subtiles odeurs orientales. Par leurs enivrantes simplicités, certains thèmes ne sont que prétextes à improvisations. D’autres compositions ne sont qu’ostinatos dirigeant le message, tantôt rageurs et asymétriques (« The Town »), parfois mélancoliques (« Plage blanche »). Résonne aussi un certain pointillisme digne d’une attitude minimaliste, comme par exemple dans l’exposé désarticulé de « E411 ». Difficile de ne pas tomber sous le charme des abîmes sonores explorés par certaines résonnances harmoniques dans l’introduction de « Jezerca ». Le monde du silence propice à la méditation y est ainsi évoqué. A cette association inédite de timbres, il faut surtout souligner l’utilisation par la violoniste d’effets spéciaux en tout genre, comme des pédales « wah-wah », « octaver », « distorsion » et autres « Loop Station », cette dernière pédale étant de plus en plus utilisée par les musiciens de Jazz contemporain. Ce parcours d’explorations diverses s’attarde aussi sur le jeu des dissonances, des onomatopées, des imprévus, au gré des notes infortunés et des invocations vocales (« Art », «  Peut-être » et « Lonely Woman » d’Ornette Coleman). Puis un détour par la noblesse des résonnances modales orientales, nous offrant le plaisir d’une imagination sans frontières. La surprenante apparition du Djembé sur quelques compositions, entre les mains expertes de Chris Joris, ajoute au carnet de voyage le sourire éclatant de l’Afrique noire. C’est dans notamment « Isi Bop » que l’esprit percussif prend toute sa valeur. Pour la petite histoire, « Isi » n’est que le diminutif de « Isidor », le chat du saxophoniste ! Dans cet hommage félin justement, la répartition des rôles donne à chacun des musiciens un véritable moyen d’exprimer l’héritage du Jazz. Mais aussi du Rock ! En témoigne, par la suite, ce riff dévastateur du morceau « Konnyu Darab n°5 ». Pour finir en allégresse poétique absolue, le duo nous offre une version tout à fait originale du standard ultra-classique « In a sentimental mood » de Duke Ellington, version alambiquée de questions-réponses tout à fait inattendues. Interprétées avec une complicité hors du commun et en totale harmonie avec la Nature tout au long du disque, ces escapades sonores nous recentrent au cœur du monde avec sérénité. Le deuxième, c’est pour quand ?
Tristan Loriaut

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