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16 septembre 2008 2 16 /09 /septembre /2008 07:14

DIXIEFROG 2008
 

 

Il va devenir compliqué de contrarier ceux qui avancent que Jean-Jacques Milteau est le plus grand harmoniciste de blues français, tant l'artiste nous fait frissonner sur ce disque. Les pièces (il en compose cinq) nous emmènent dans le train du blues. Le placement des soli, idéal dans la plupart des morceaux, nous assois aux meilleures places dans le wagon, pour les plus somptueux paysages; enfin les phrasés du Parisien offrent un contrepoint dense, plus posé encore que dans les deux CD précédents (FRAGILE et BLUE 3rd chez Universal Jazz) aux deux voix de son groupe, Ron Smyth et Michael Robinson. Cet équilibre tombe bien, car dans le blues, l'harmonica est le premier interlocuteur du vocaliste. Milteau avoue qu'il aurait voulu refaire les harmonicas après l'enregistrement des morceaux. Il le fait souvent, par souci de perfection. Finalement, il a conservé les parties d'origine. D'où la spontanéité de l'ensemble. Pourquoi cette impression de cohérence qui rend le contenu si consistant? Milteau, cette fois, s'est impliqué dans la conception du disque à  côté de Sébastian Danchin. Cette position lui a permis de concevoir les morceaux avec davantage de recul. La patte du guitariste Manu Galvin, inventif à  souhaits, est Également pour beaucoup dans la couleur du voyage. Le répertoire est basé sur les ballades du Sud profond, le long des rivages Folk/Soul très prisées du leader. Les premières musiques que Milteau, né en 1950, a écoutées chantaient l'espoir de lendemains meilleurs. Le rock, surtout. Disque rebelle d'un musicien éternellement en fugue? Pas vraiment. Les prises de conscience lui paraissent valoir toutes les réponses. Mieux vaut traîner avec ses interrogations qu'arriver à  destination. Mieux vaut languir. Comme dans le suave "Is this the Way ?", une perle à  passer en boucle, composé avec Ron Smyth et Manu Galvin. Démarche complémentaire dans "Down in Mississipi" de JB Lenoir. L'harmonica gicle comme une fontaine qui rêve de devenir fleuve, et de faire découvrir à  l'auditeur du monde urbain des horizons perdus de vue. C'est la mort du Blues historique. Une fois sorti de son lit, n'existe plus, ne restent que des parcelles de ce langage né dans le monde rural et popularisé dans le monde. La ville et le monde (par l'internet) triomphent dans ce disque. Au milieu de ce grondement, Milteau persiste du début à  la fin de "Soul Conversation", à  revendiquer la fragilité qu’ont révélé les deux précédents albums. Celle-ci représente le point de départ de l'univers intime qu'il partage avec le public. Pétrie de finesse, de douceur, de talent et de générosité, sa dernière oeuvre  ajoute une pierre supplémentaire au parcours

hors-classe d'un virtuose.
Bruno Pfeiffer

 

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10 septembre 2008 3 10 /09 /septembre /2008 07:21

Syntonie 2008

Bruno Angelini (p), Giovanni Falzone (tp)

 

 Il est de ces albums qui sont remplis d’humanité. Qui disent la passion de la comédie humaine avec ses contrastes, ses sentiments, sa tendresse où le rire et la fantaisie presque burlesque côtoient les tempêtes tumultueuses mais jamais trop sérieuses. Si l’on ne craignait le cliché l’on parlerait de Comédia del arte tant il y a de la faconde dans le jeu de ces deux amis qui racontent des histoires qu’ils semblent entre eux, si bien connaître. Falzonne que l’on eu l’occasion d’entendre dans le remarquable album de Francesco Bearzatti ( Suite for Tina) est comme à son habitude pétulant et facétieux n’hésitant pas à jouer de tous les effets de son instruments, glissando, staccato, éruptif dans le surgissement ou dans l’ouverture ample d’un son gorgé de soleil. Angelini lui, s’inscrit plus dans le grave, inventif quand il passe devant autant que lorsqu’il accompagne. Son support rythmique ne se contente jamais du minimum et affiche sa présence légère et aérienne. Flirtant souvent avec une forme de gravité, il semble se retenir chaque fois et allège finalement sa phrase. Un peu comme un  vent léger qui ferait danser le feu crépitant. Ceux qui avaient entendu Dave Douglas et Martial Solal trouveront dans cet album quelques similitudes. Certes ils ne renouvellent pas le genre et ce n’est d’ailleurs pas le propos. Il s’agit juste de deux musiciens dont la créativité s’inscrit dans le sillage de l’autre. Deux musiciens étonnamment complices comme deux amis de longue date. Volubiles certes mais jamais bavards. Un peu comme deux amis qui apportent son propre éclairage à la même histoire qu’ils connaissent par cœur et qu’ils nous racontent, comme en fin de repas lorsque le vin délie les langues et les esprits, sans se contredire mais au contraire mais en se complétant remarquablement.  Jean-Marc Gelin

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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 22:35

Lorsque nous sommes venus au printemps écouter cette nouvelle version du Ciné Xtet de Bruno Regnier autour de la célèbre version de la Marque de Zorro, film de 1920 avec Douglas Fairbanks, on savait à peu près à quoi s’en tenir. D’autant que nous avions déjà suivi le travail de Bruno Regnier notamment lors du visionnage de « Steamboat Junior » au cinéma le Balzac à Paris où Bruno Regnier a ses entrées régulières. J’avais alors écrit dans d’autres colonnes combien cette approche musicale du cinéma muet qui s’inscrit dans une longue tradition du jazz depuis Claude Bolling à Bill Frisell en passant par Dave Douglas ( dont on ne saurait que trop vous recommander le dernier de Keystone) se dégustait sans modération, avec ou sans images d’ailleurs. Car c’est bien là la force de Bruno Regnier.Celle de se caler au plus près des images dans une volonté clairement affichée d’expressivité mais tout en permettant néanmoins de s’en détacher à loisir. Alors que dans ses précédentes compositions, il s’attachait à l’œuvre de Buster Keaton, s’inscrivant dans le rythme que le génial comédien donne lui-même aux images, ce sont ici les facéties de Douglas Fairbanks aussi roublard que charmeur et drôle qui se trouvent éclairés par l’écriture de Bruno Regnier dans un de ces moments rare où la musique parvient avec grâce à faire corps avec l’oeuvre cinématographique. Dans cet art là, Bruno Régnier nous a montré qu’il excelle. 

 

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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 22:29
  
On le savait fatigué et très malade. il ne s'en cachait pas. Ceux qui ont pu voir le film de Niels Lan Doky, Between a smile and a tear se souviennent des images de ce petit bonhome qui se trainait un peu mais qui semblait renaître dès lors qu'il soufflait dans son saxophone. Toujours le sourire aux lèvres et la mne gouailleuse.
Johny Griffin nous a quitté aujourd'hui. La dernière fois que l'on a pu l'entendre à Paris c'etait lors de l'inauguration du Duc des Lombards.
Il ne jouait pas comme avant, pas le même souffle, pas la même intensité mais toujours la même histoire du jazz à raconter.
Je me mets cet album qu'il avait réalisé en 1991, The Cat avec le tromboniste Curtis Fuller. Et je repense à cette fameuse session, cette" blowing session" qu'il avait enregistrée avec Coltrane, Lee Morgan, Wynton Kelly, Paul Chambers et Art Bakey. C'etait en 1957. Johny Griffin à l'istar d'un Ben Wbster maître du blues. Une de ces façon de mettre du velours dans des phrases qu'on ne dirait pas à l'oreille des jeunes filles, où alors pas à jeun.
Je me souviens aussi de ce dîner u  soir dans un festival de jazz à Mntauban. A a droite Griffin et à ma gauche Toots Thielemans. L'esprit du jazz soufllait alors comme il souflle ce soir. Sans mélancolie. C'est juste un souffle que le petit géant nous fera désormais venir des étoiles.
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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 07:10

David Sanchez (Ts)

 



 
Il y a des disques qui ne se donnent pas à la première écoute. De ceux qui vous feraient croire à quelque chose d’anodin. Epiphénoménal en quelque sorte. Mais il y a aussi ces disques qui ne se révèlent qu’après coup, à la nième écoute. Sur lesquels il faut revenir plusieurs fois afin d’en déceler les trésors. Qui révèlent leurs secrets ensuite. L’album de David Sanchez est de ceux là. Curieux, au même moment sortent l’album de deux saxophonistes Portoricains qui par ailleurs se connaissent, l’un (Zenon) ayant beaucoup joué dans le groupe de l’autre ( Sanchez). Et ce sont deux démarches tout à fait différentes mais non moins personnelles dont il s’agit. Alors que Zenon ( voir l’article de Lionel Eskenazi et notre ITW) se réclame de Steve Coleman, David Sachez au contraire est plutôt dans la suite d’un jazz post-fusion ici largement assumé et dépassé (on pense notamment à Metheny). Moins virtuose que lyrique, David Sanchez est un saxophoniste ténor de très très grande classe. Discours bouillonnant sans jamais se montrer explosif, rare de maîtrise, domptant les courbes et les droites sans aucun dérapage  incontrôlé, sonorité ciselée. David Sanchez a l’élégance des très grands. Mais alors que la démarche de Zenon se veut plus intime, dépassant sa propre histoire, celle de Sanchez reste ancrée dans une tradition multiple. Celle, on l’a dit d’un jazz post-fusion  (Adoracion) mais aussi de sa propre culture qu’il distille soit au travers d’une allusion soit lors d’un très long développement de 20mn qui clôture l’album et qui prend pour point de départ, la Plena, cette musique portoricaine qui tire sa source directement d’Afrique (La  Leyenda Del Cañaveral). Ceux qui ont récemment entendu Jacques Schwartz Bart ne seront pas surpris par ce type de travail. Mais la tradition c’est aussi le respect dû aux grands maîtres du saxophone et David Sanchez livre ainsi une lecture somptueuse de Monk’s Mood, montrant ainsi combien il reste ancré dans la tradition du jazz. S’appuyant sur une belle formation qui tourne impeccablement et que l’on retrouve en partie chez Zenon (le bassiste et le batteur) et par un jeune guitariste totalement bluffant, la musique de Sanchez n’en est pas pour autant irrésistible et l’on conçoit que certains pourraient y voir une sorte d’esthétique un peu froide qui pourrait bien vous faire passer à côté. A force de discours fleuve et de lyrisme puissant, on en oublie presque les interventions d’un Danilo Perez qui deviennent anecdotiques. Mais il faut y revenir et y revenir pour  découvrir enfin cet album. Car il s’agit réellement d’un album remarquable. Beaucoup plus fin et moins ambivalent qu’il n’y paraît à la première écoute.                                                         Jean-Marc Gelin

 

 

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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 07:07

GiantSteps 2008

Benjamin Koppel (as, ss), Georgi Kornazov (tb), Cédric Piromalli (p), Daniel Humair (dm)




 
L’Europe du football est derrière nous et l’Europe politique semble avoir du plomb dans l’aile. En revanche l’Europe du jazz, cette « fabrique » européenne dans laquelle se façonne une musique de qualité se porte plutôt bien. Voire très bien. La rencontre du Danemark (Koppel et Andresson), de la France (Piromalli et Humair) et de la Bulgarie (Kornazov), ne manque pas de cohésion bien au contraire dès lors qu’il s’agit de jouer du jazz. Il y a là de bien belles idées et de belles associations. Celle de Humair et de Andersson y est particulièrement séduisante de précision jouant l’association de la régularité métronomique du bassiste et des frémissements subtils du batteur. Humair forcément ! Humair passionnément jazz !  L’association de Koppel et de Kornazov est pas mal non plus. Il s’agit alors plus de couleurs où le lyrisme très léger du saxophoniste crée avec le growl très sensuel de Kornazov une texture sonore intéressante. Un contraste en clair obscur. Le point de jonction entre les deux est exactement réalisé par Cédric Piromalli dont chacune des interventions (trop rare à notre sens) apporte une incroyable lumière vive au tableau. Superbe ! Très dual cet album comporte deux temps principaux. L’un poétique essentiellement basé sur une sorte de nuit au musée avec trois « tableaux » que l’on dirait post-impressionnistes : Midnight Mess at Musée d’Orsay, Comme Daumier, Un tableau sans motif. L’autre plus porté sur un groove dynamique (The Spy who, Solidarnösc, Free Bop A Lula) qui fonctionne redoutablement. Perdus parfois dans une recherche esthétique dont on ne niera pas la grande intelligence des compositions et des mariages de timbres, ils nous laissent cependant le regret parfois qu’ils n’entrent pas plus souvent dans le vif du sujet. On a c’est vrai ici, une petite préférence pour le jeu d’alto de Benjamin Koppel beaucoup plus tranchant que ses sinuosités au soprano. Mais au final ce quintet là nous montre un double visage équilibré. Nous emmène en ballade dans une exposition toujours brillante.          Jean-Marc Gelin
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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 07:05

Bee Jazz 2008 





Quelle merveilleuse façon d’entrer dans cet album par cette invite : « Wish you were here » (Pink Floyd). C’est par ce morceau que se clôturait l’album solo de Guillaume de Chassy paru l’an dernier dans lequel nous avions déjà été frappés par la générosité du propos qui laisse à l’auditeur l’espace spirituel pour rêver. Guillaume de Chassy nous convie à le rejoindre dans son univers tout en poésie et grâce. La musique y est exigeante mais le partage en est le maître-mot. Avec Stephane Kerecki à la contrebasse (qui a le son d’une guitare sèche) et Fabrice Moreau à la batterie, Guillaume de Chassy nous offre son premier album en trio et nous amène un peu plus profondément dans son travail de chimiste des mélodies. Il reprend donc des morceaux qu’il interprétait dans son album solo (Parenthèse) pour mieux les détricoter et les reconstruire de manière très précise, très savante sans que cela sonne érudit ou pompeux. Avec ses musiciens, le jeu est équilibré, serein et tout en intensité, chacun trouvant sa juste place dans la construction des reprises comme des subtiles compositions originales de Guillaume de Chassy. Un peu comme si cet album n’était qu’un extrait de leurs longs échanges philosophiques. Une langue poétique épurée pour célébrer la beauté de la vie et le bonheur du partage. Ce n’est sans doute pas un hasard si le pianiste convoque pour cette quête Gabriel Fauré (« Après un rêve »), Charles Trenet (« Coin de rue ») ou Carla Bley (« Ida Lupino »).

Dans cet album, tout n’est « qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté. » (Baudelaire). Quelle belle invitation au voyage.

Régine Coqueran

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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 08:35

Linoleum records 2008



 
Laurent Rochelle est auteur de trois albums solo à la clarinette chez Linoleum Records. Il partage ses talents de musicien avec des groupes comme Monkomarok ( Alima Hamel, Sylvain Fournier, Loic Schild), Lilliput Orkestra, le Grand Lilliput Ensemble et Sputnik Project (Dieter Arnold, Gehrard Putscheff, Paul Schingenschloegl). Marc Sarrazy est plus (re)connu dans le nord de l'Europe et en Russie qu’en France (En Allemagne avec Joachim Kühn, en Autriche avec Paul Schwingenschlogl). Ce pianiste plante son décor sur son myspace: "Marc Sarrazy a reçu une formation de piano classique avant d’opter, au fil des rencontres et des années, pour une musique hybride, plus personnelle, à la croisée du jazz moderne, d’Erik Satie et d’Art Zoyd…". Une vision tout à fait réaliste au regard d' « Intranquillité ». En effet, avec une musique purement acoustique, des sonorités grinçantes et pointues dérangent, surprennent et viennent troubler la fragilité des mélodies et la naïveté de la musique. Celle ci devient incertaine, introspective et insaisissable, ce qui lui donne ce côté « intranquille » sans la départir de sa magnificence.

Une autre richesse de l'album est sensorielle. Sur son piano doux et minimaliste, souvent trafiqué et légèrement bruitiste par l’utilisation de quelques ustensiles métalliques sur les cordes ("Persistance de la rétine"), Sarrazy joue des mélodies simples en arpèges. La main gauche percussive et sûre du pianiste nous entraîne sur les chemins tout tracés de ce climat rêveur, subtile et étrange. Plus souvent à la clarinette basse qu'au sax soprano, Rochelle se fait écho de son comparse et alterne douceurs, humeurs écorchées et frissons soutenus par une texture douce ou rocailleuse. Rochelle et Sarrazy s'expriment pleinement dans leur langage propre. Ils ont pris le recul nécessaire pour que leur jeu et leur musique côtoient sans les copier les idiomes les plus connus ou s’en échappent au détour de quelques notes improbables. Ce duo est d'abord une véritable collaboration artistique, une osmose entre deux musiciens qui se parlent, se comprennent et se ressentent.

L'ambiance résultante est mystérieuse. En témoignent les fonds sonores des voix d'enfants et des chants de baleines que l'on entend sur ce "bonus traque". Où l'expression des musiciens se lâche, où les musiciens semblent donner de leur imaginaire sonore et de leur imaginaire d'artiste. En soudant ce "bonus traque" à la dernière pièce, on a  l'impression que le duo souhaitait  que ce morceau fasse bande à part. Pour ne pas entacher cette musique, belle et rassurante,  par une improvisation plus volatile, plus incertaine aussi. Mais l'univers naïf et minimaliste de l'album ne dissimule pas une imagination fertile et un peu à la marge. On la ressent intérieurement et surtout on la souhaite.

Tout au long de l'album, une magie rare s’opère: au fur et à mesure des écoutes, les émotions ressenties s'affinent ou mutent, le voyage musical évolue et continue de nous faire rêver. Sensations plurielles par une musique polymorphe. Jérôme Gransac

 

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9 juillet 2008 3 09 /07 /juillet /2008 07:38

Justin Time 2008

Yannick Rieu (ts), Nicolas Rageau (cb), Philippe Soirat (dm)




 

 On pourrait se croire descendant les marches étroites qui descendent à la cave du Smalls à New York et tomber sur ce petit trio qui joue acoustique et straight, du jazz comme on l’aime. C’est d’ailleurs peut être bien là que notre saxophoniste ténor y a rencontré ses compagnons de rythmique, Nicolas Rageau et Philippe Soirat, deux frenchies tous deux habitués des lieux. On s’y croirait d’autant plus que le saxophoniste canadien Yannick Rieu joue une musique qui ne détonnerait pas avec l’endroit, une musique qui vient tout droit de la tradition des trios pianoless. Cette tradition portée jadis haut par Sonny Rollins qui est ici une référence plus qu’évidente. Comment ne pas penser au fameux trio de Way out West ? Sauf que là c’est d’une autre cave qu’il s’agit puisque cet album a été enregistré à l’occasion d’un concert au «  7 lézards à Paris ».  Paris- Montréal- New York ici confondus dans le grand creuset du jazz. Car à l’exception de deux compositions personnelles, ce saxophoniste de Montréal qui fit jadis ses classes avec Jean-Louis Chautemps connaît par cœur son histoire du jazz et navigue avec grande classe entre différents standards butinant ici un Like someone in love, là un Freedom suite 1ère partie de Sonny Rollins (toujours là), I’ll Stop loving you ou encore I hear a rhapsody. Yannick Rieu tient de bout en bout son discours, celui du jazz brut, celui du son, celui de l’énergie, celui de l’inventivité du saxophone totalement libéré, dans la lignée des saxophonistes increvables comme l’étaient Rollins ou Gordon. Marathonien toujours lyrique, toujours maître de la pulse et du tempo, Yannick Rieu nous renvoie à ce jazz jamais mort, ce jazz brut, cette classe suprême du saxophone qui s’enflamme sans jamais brûler. Pas de couacs, pas de cris aigus ici, au contraire le saxophone ténor jusqu’au bout. Totalement assumé. Celui qui vient de l’après bop. Digression toujours cohérente autour d’un thème. Pas de tourneries autour des harmoniques mais ici la mélodie et la pulse qui seuls constituent l’ossature du discours toujours brillant sans donner l’impression de l’être, toujours intelligent et inventif sans jamais se perdre. Nous perdre. Un jazz qui nous fait revivre de belles heures que nous avions un peu oubliées. Que Rollins lui-même a un peu perdu en chemin. On se demande bien pourquoi. Jean-Marc Gelin

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9 juillet 2008 3 09 /07 /juillet /2008 07:36



Aphrodite records

 Lyonnais d'origine et installé à Nîmes, le claviériste leader Stéphane Morilla signe les compositions et les arrangements du répertoire de son premier cd et annonce d'emblée, sur les liner notes de ce cd, la couleur de la musique de son  quintet : "Ethno jazz, Jazz funk aux accents européens".

Depuis 2001, le quintet propose un répertoire taillé dans le groove, le jazz rock et le jazz funk des années 70 auxquels Morilla s'est attaché à donner une ligne mélodique qui marque les esprits. De la longévité du groupe, on entend une jouerie maîtrisée: la machine tourne terrible et sans soubresauts. La rythmique, composée de Greg Theveniau à la basse, du métronomique Hervé Humbert à la batterie et du percussionniste Jorge Costagliola est imposante et dispose d'une fluidité et une d’assise impeccables qui permettent aux chorusseurs de s'exprimer fiévreusement dans de bonnes conditions. Au travers de sonorités percussives nombreuses et excitantes, l'auditeur a le plaisir de découvrir ce combo rythmique féroce et solide.

Si " Façon Puzzle " justifie son nom, c'est par la diversité des styles et des influences dans la musique. Ainsi la pièce éponyme est une composition jazz-funk aux colorations sud-américaines, " Dithyrambique " est plus jazz-rock, " Oued " est plus bruitiste mais toujours groovy alors que " Daniel, Jean " est une ballade aux inspirations classiques.

Dans cette alternance de ballades et de morceaux vifs et pêchus, le jazz-funk-rock de Morilla est de qualité sans les stigmates du genre. En cela, nous voulons dire que la musique du claviériste n’est pas passéiste. Le Morilla quintet maîtrise le style, évite les écueils de la musique solennelle et démonstrative, inhérente au genre, et offre un côté joyeux, goguenard et insolent  à ses compositions. A ses côtés, plein de confiance, le saxophoniste Antoine Bost se lance dans des chorus solides et inspirés qui nous ravissent.

Probablement pour terminer son puzzle, Morilla a fait appel au guitariste James Mc Gaw et Emmanuel Bex, ici à l'orgue Hammond. Plutôt surprenant ou inévitable, Morilla laisse la part belle à Bex sur "Façon Puzzle" où l'organiste s'intègre parfaitement dans la musique du groupe. C'est moins le cas sur "Des moments simples", en trio, où Bex joue ... du Bex. Quant à James Mc Gaw, ce formidable guitariste s'intègre totalement et parfaitement dans le quintet de Morilla (il faut le recruter, Stéphane !!) et apporte une touche électrique et vive de choix.

Une critique négative : la pochette est particulièrement laide et ne reflète pas du tout le contenu du cd. Pas vendeur. Jérôme Gransac

 

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