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13 mars 2023 1 13 /03 /mars /2023 18:47

GREG WARD’s ROGUE PARADE : « Dion’s quest »
Sugah Hoof records



Greg Ward (as), Dave Miller, Matt Gold (g), Matt Ulery (b), Quin Kirchner (dms)

 

Voilà une belle surprise transatlantique d’un jeune groupe que nous ne connaissions pas et qui fait ce mois-ci les honneurs de Down Beat.

Par curiosité nous sommes allés jeter une oreille sur ce quintet original à deux guitares mené par le saxophoniste Greg Ward.

Le groupe avait déjà été repéré pour son précédent album " Stomping off from Greenwood'"  qui pour tout dire nous avait un peu échappé. Il confirme avec de deuxime opus sous la houlette de ce saxophoniste de Chicago déjà rompu à d’autres esthétique ( Tortoise, William Parler, Roscoe Mitchell etc…)

Et le résultat est franchement séduisant, naviguant entre les sonorités très rock (voire blues un peu gras) des deux guitaristes et l’énergie et le lyrisme de Greg Ward au sax alto, ce groupe possède un vrai son et une vraie cohérence qui l’emmène dans une direction certes très sage et pas du tout révolutionnaire mais carrément emballante. Le genre d’album plutôt feel good et plutôt pas mal écrit.

A suivre et à découvrir.
Jean-marc Gelin
https://youtu.be/R2yboQoTswk

 

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10 mars 2023 5 10 /03 /mars /2023 17:49

Stéphan Oliva (piano), Sébastien Boisseau (contrebasse), Tom Rainey (batterie)

Sarzeau (Morbihan), mai 2022

Yolk Records J 2085 / l’autre distribution

 

Le programme annonce la couleur : 8 compositions du pianiste, 2 compositions-improvisations collectives, 2 thèmes du bassiste et, pour conclure dans la logique du titre, Orbit de Bill Evans. Le tout constitue presque un manifeste, celui d’une certaine idée du trio (très) contemporain, loin des tourneries de groove nombrilique qui n’en finissent pas de se mordre la queue depuis le milieu des années 90. Un concentré d’invention, d’audace, de liberté et d’interaction qui nous rappelle que le jazz, au sens d’hier comme à celui d’aujourd’hui (ici c’est dé demain), continue de se recréer, de se régénérer, nourri de l’histoire autant que du désir de voir loin : vers l’insondable cosmos ? Et pourquoi pas vers l’horizon que contemple L’Étranger du poème éponyme de Baudelaire « … là-bas… là-bas… les merveilleux nuages ! ». La peinture a parlé depuis l’Après Guerre d’abstraction lyrique. Ici l’on est en territoire d’abstraction sensuelle (pardon pour l’oxymoron). La matière sonore fait corps avec l’idée musicale, qui nous entraîne loin de nos repères, de nos présupposés, de nos habitudes d’écoute (même si nous sommes habitués à écouter ces trois oiseaux-là, libres comme l’air). Bref, c’est magnifique.

Xavier Prévost

.

Un avant-ouïr sur Youtube

 

 

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10 mars 2023 5 10 /03 /mars /2023 16:21

MOWGLI : «  gueule de Boa »

Bastien Andrieu (claviers), Ferninand Doulerc (saxs, fl), Pierre Pollet (dms)

 

Et voilà Mowgli lâché en pleine jungle ! Et forcément c’est sauvagement libre et farouche !

En tout cas, les trois garnements de ce trio ( garnement étant bien le mot le plus édulcoré) se retrouvent dans cette jungle, affranchis de toutes les bonnes manières de la vie en société. Aucun code, aucune limite et une volonté intrépide de tout bousculer sur son passage. De jouer des poings s’il le faut et de renverser la table.

Ici le jazz baise avec la musique électro et vient nous interpeller avec force uppercuts. A trois ( + toute la machinerie qui va avec), ce trio a une formidable dimension orchestrale à coup de beats et de nappes sonores qui réveilleraient les morts pour leur donner envie de danser. Cette jungle-là est à la fois inquiétante et revigorante. Ferdinand Doumerc ( que l’on connaissait avec Pulcinella) donne dans le sport de combat avec un son totalement libéré dans une sorte de corps-à-corps avec ses deux camarades de jeu. Tous formidables de puissance, d’expression et d’énergie.

La liberté de ce jazz-là émoustille et donne envie de les rejoindre dans cette jungle pas très convenable. Et c’est tant mieux !

Jean-Marc GELIN

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10 mars 2023 5 10 /03 /mars /2023 15:32

AZADI : «  les orbes »

Anaya/Cristal records

Camille Saglio (vc, oud, n’goni), Madeleine Cazenave (p), Gurvan L’helgoual’ch (cb, dms), Xavier Pourcher (kybd, machines)

 

Ce n’est plus une surprise depuis déjà longtemps : le jazz, cette grande musique du métissage fait décidemment bon ménage avec la musique des pays arabes. On a encore en tête le récent duo de Madeleine et Salomon ( entendez Clotilde Rullaud et Alexandre Saada) et bientôt vous allez vous laisser séduire par Sarab ( on vous en dira plus).

Et justement, viens de sortir ces jours-ci « Les orbes » du groupe Azadi qui fleure  bon les parfums et le voyage d’orient et qui puiser aux sources du Kurdistan comme symbole d’une belle liberté musicale. Puisque c’est de cela qu’il s’agit, Azadi signifiant « Liberté » en Kurde.

On avait déjà suivi le parcours de la pianiste Madeleine Cazenave avec «  Rouge ». On la retrouve aujourd’hui dans une superbe association avec le chanteur-oudiste Camille Saglio. Leur association fait merveille au travers de compositions riches mariant le chant arabe et ses mélismes au jazz, à l’éléctro et même à la musique classique.
Et c’est comme un conte des mille et une nuits qui nous emporte dans une sorte de songe, un voyage imaginaire tout à la fois apaisé ou évanescent et qui parfois aussi peut nous bousculer comme la liberté peut elle-même bousculer. Et toujours ce voyage est porté loin dans le ciel par une belle spiritualité et par la voix de haute contre de Camille Saglio qui transperce et transcende, qui invite à la prière( Incantation), à la transe et à la danse  (Atish Bazi) par la force prégnante des arrangements puissants.

Derrière cet onirisme orientalisant, il y a aussi la force d’un groupe en mouvement, syncretique et fusionnel.

ET nous d’être là, totalement sous le charme.

Jean-marc GELIN

 

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8 mars 2023 3 08 /03 /mars /2023 19:02

   ... Avec Esaïe CID (saxophone alto et clarinette), Benjamin Dousteyssier (saxophone baryton et soprano), Alex Gilson (contrebasse) et Paul Morvan (batterie).
    Studio Boléro, Draveil, juin 2022.
   Swing Alley Records – SA 046 / Fresh Sound Records / Socadisc
    Paru en décembre 2022.
    Concert prévu le 9 mars au SUNSIDE (75001).

    Le personnel change, l’instrumentation aussi mais restent le format (quartet sans piano) et l’esprit (une atmosphère West Coast des années 50).

 

    Deux ans après le second volet consacré à la compositrice américaine quelque peu oubliée, Kay Swift (1897-1993), le saxophoniste espagnol Esaïe Cid nous revient avec une balade dans sa ville francilienne d’adoption, Saint-Ouen. Uniquement des compositions personnelles qui mettent en valeur le lyrisme et l’élégance distillés par le leader ici accompagné par un saxophoniste baryton et soprano (la seconde voix cuivrée était tenue dans l’album précédent par un tromboniste) et une rythmique basse-batterie.

 

    Le parcours musical proposé permet ainsi de découvrir quelques-unes des figures ayant marqué l’histoire de la cité audonienne, du marquis de Sade à Dadon, le saint patron de la ville, en passant par Louis Cressé, grand-père maternel de Molière. Sur ces repères, Esaïe Cid a laissé aller sa plume avec grâce, ouvrant l’album par un mambo revigorant (Cressé Mambo) et n’hésitant pas à adopter une mesure à 3 temps (Boigues le dépeceur).

 


     Un livret donne force détails sur les personnalités évoquées et apporte un éclairage apprécié sur l’histoire d’une ville qui ne doit donc pas sa renommée uniquement au Marché aux Puces et (pour les amateurs de ballon rond) au Stade Bauer, terrain d’évolution d’un club au passé glorieux, le Red Star.
 


    Un album chaudement recommandé qui fait souffler un vent léger.

 

Jean Louis Lemarchand.

 

 

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8 mars 2023 3 08 /03 /mars /2023 16:42
PAPANOSH       A VERY BIG LUNCH

Label Vibrant/ /Enja Records

Papanosh quintet (lesvibrantsdefricheurs.com)

 

Découvert lors du Charlie Jazz Festival de 2013 à Vitrolles où ils étaient la révélation de Jazz Migration, PAPANOSH (comprendre une recette de crêpe roulée... ukrainienne) était un jeune quintet sous emprise de folklores réels ou imaginaires, d’Alasnoaxis de Jim Black, nourris au jazz des Monniot et Dehors, allant se frotter au compliqué Lubat. Ils ne sont pas dépaysés, ces musiciens qui viennent de Rouen, ces diables de Normands d’aller sur les terres du flamboyant Jim Harrisson, les grands espaces du Nord Michigan.

Le pianiste Sébastien Palis, visiblement inspiré par l’écriture ardente de Big Jim, a composé une musique tout en impros-ruptures, fidèle à un esprit roots qui évolue avec un bel instrumentarium, saxophones, trompette, contrebasse, drums, piano, balafon et Wurlitzer! Huit compositions plutôt courtes, ce qui n’est pas pour nous déplaire, car elles conservent ainsi jusqu’au final leur intensité frémissante. Ces quadras actifs et volontaires du collectif les Vibrants Défricheurs - une nébuleuse de groupes au nom tous plus allumés et ludiques, sortent sur le bien nommé label  Vibrant un nouvel album A Very Big Lunch. Que l’on pourrait comparer à une grande bouffe, joyeuse cette fois et toujours très arrosée. Si le géant cyclope était passionné de cuisine, ses livres de recettes sont tout bonnement impossibles à réaliser tant ils évoquent de gargantuesques ripailles!

Truculents, irrigués d’une mélancolie mâtinée d'ironie, les livres ont souvent été qualifiés de construction musicale. Une adéquation au thème qui n’a pas échappé au quintet qui évoque dans cette bande-son imaginée romans et personnages. On pourrait d’ailleurs écouter, sans regarder les titres et chercher de quel roman chaque composition se rapproche...

On aurait pu craindre que Papanosh ne se soit assagi quelque peu, attentif à célébrer la figure de l’ogre de la littérature américaine au pas nonchalant. Mais dès la fin du premier titre, “Faux Soleil”, le rythme s’accélère, se poursuit sur le “Westward Ho” suivant, invitation à partir à l‘ouest vers la frontière pour défricher de nouvelles terres. Papanosh garde sa pertinence dans les choix et orientations esthétiques dans une alternance de climats qui n’enlève rien à la cohérence de ce qui constitue une suite. Le très beau “Nord Michigan”, hymne à cet état si peu emblématique pour nous Européens, est une ballade qui s’adapte entre chasse, pêche et virées nocturnes. Toujours puissant, mais sans brûler, voilà un drôle de remontant. Une écriture lyrique qui s’appuie sur des formidables solistes, deux soufflants qui avancent ensemble, aux timbres complémentaires, aux contrepoints parfaits : le trompettiste Quentin Ghomari et le saxophoniste alto et baryton Raphael Quenehen.

Ces variations prennent le temps de se fixer dans des tableaux sonores complexes et intrigants. On part sur une nouvelle piste, traçant “Wolf” : sur un rythme plus lent, cette invocation-tournerie de tribu indienne, chaloupe sur la musique des fûts et des peaux de Jérémie Piazza et de l’autre pilier rythmique, le contrebassiste Thibault Cellier et nous fait entrer dans l’univers envoûtant du sorcier.

Dans la roue d'un trio qui prend la route pour faire sauter un barrage vers le grand Canyon, retournant dans l’Amérique des années soixante, celle de la jeunesse d’Harrisson et de la contreculture, voilà le formidable “A good day to die”, formule indienne qui devient road trip musical, plus affolant, heurté et forcément exposif. Sans pour autant annoncer le final splendide, plus léger et doux, une mélodie que tous se partagent, insufflée en hommage à l’attachante Dalva, l’héroïne de l’un des romans les plus célèbres de Jim Harrisson.

La musique du quintet, en décalage pour mieux s’échapper vers un horizon inconnu, n'est jamais tout à fait là où on l’attendrait, et c’est bon. Un album spontané et exaltant,  captivant de bout en bout, à consommer sans modération en n’hésitant jamais à se resservir.

Sophie Chambon

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6 mars 2023 1 06 /03 /mars /2023 08:41

OJM Studios (Portugal, 28 novembre 2021.
Justin Time Records. Paru le 17 février dernier.

 

    Rare sur la scène parisienne depuis qu’il s’est installé en Amérique du Nord voici un bon quart de siècle (New-York puis Montréal), Jean-Michel Pilc se rappelle à notre bon souvenir par le disque. Deux albums sortis en moins d’une année voient le pianiste s’exprimer dans ses deux formats préférés, le trio (‘’Alive. Live at Dièse Onze, Montréal’’, voir chronique de Xavier Prévost) et le solo (‘’Symphony’’), tous deux publiés par le label québécois Justin Time.


    L’exercice du solo appartient depuis longtemps à l’univers du jazzman qui délaissa le prestigieux Centre National des Etudes spatiales, son emploi après Polytechnique, pour l’aventure de la musique improvisée.
    En 2004, avec  ‘’Follow Me’’ (Dreyfus Jazz), Pilc brassait un large répertoire, de Trénet et Brassens à Mercer et Hammerstein. . « Un artiste, ce n’est pas un distributeur automatique, nous confiait-il alors,  C’est un kaléidoscope. Il y a des vents d’ouest, des vents d’est, des grandes et des petites marées. La musique   est un fluide. »

 

    Le pianiste n’a pas renié ses engagements. L’improvisation, il l’a travaillée, il l’a théorisée dans un ouvrage, il l’enseigne à l’Université à Montréal. Dans « Symphony », Jean-Michel Pilc s’en donne à cœur joie sur ses propres compositions, tirant profit de conditions optimales, à son avis, pour un enregistrement (un Steinway magnifique, une acoustique parfaite) dans un studio sis au Portugal (OJM à Matosinhos) où il venait d’accompagner un saxophoniste à l’automne 2021.

 

    Dans ce cinquième album de sa carrière en solo, Jean-Michel Pilc nous délecte avec ces alternances de coups de tonnerre et de ruissellements de notes qui constituent sa signature. On retrouve l’admirateur de Fats Waller et d’Art Tatum ou encore le pianiste respecté par Martial Solal qui partagea avec celui-ci la scène dans des duos mémorables en club. Ces deux artistes partagent bien le goût de l’imprévu, le sens de l’humour. Avec Symphony, Jean-Michel Pilc se présente au sommet de son art et nous offre un album profond qui réserve à chaque écoute, son lot de (délectables) surprises.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

 

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5 mars 2023 7 05 /03 /mars /2023 15:58

Mikkel Ploug (guitare), Mark Turner (saxophone ténor), Jeppe Skovbakke (contrebasse), Sean Carpio (batterie)

Copenhague, 25-27 avril 2022

Stunt Records STUCD 22112 / UVM

 

Très étonnant (et très réussi) parti pris de jouer pour l’essentiel, en les adaptant, des thèmes de deux compositeurs classiques danois : l’historique Carl Nielsen (à cheval sur le 19ème et le 20ème siècles) et le contemporain sexagénaire Bent Sørensen ; ainsi qu’une pièce pour piano et voix de l’Ukrainien Valentin Silvestrov (né juste avant la seconde guerre mondiale). Et aussi 4 compositions du guitariste. Il en résulte une indiscutable unité stylistique, qui tient autant au choix des pièces issues d’autres instrumentations qu’à l’arrangement, la mise en forme, et la mise en œuvre dans un contexte où le lien entre l’écrit et l’improvisé semble couler de source. Le guitariste chante ses lignes, ce qui rappelle un certain pianiste, mais cela coïncide totalement avec l’expression. On est en territoire de lyrisme intense, et pourtant tout est fluide, presque diaphane, une sorte de mystère en mouvement. L’extrême élaboration se devine, mais subsiste une impression d’évidence, une sorte de ‘naturel’ très construit qui nous donne l’illusion que tout coule de source : Grand Art, en quelque sorte. Le groupe, le choix du répertoire et les développements des solistes, nous transportent littéralement dans un ailleurs qui, même s’il éveille dans notre esprit souvenirs et analogies, résonne en nous comme un bonheur inédit.

Xavier Prévost

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4 mars 2023 6 04 /03 /mars /2023 19:39
PEDRON  RUBALCABA

PEDRON RUBALCABA

LABEL GAZEBO/L’Autre Distribution

Pierrick PEDRON Official Website

 

Vous ne devriez pas rester indifférents au nouvel album de l’altiste Pierrick Pedron en duo avec le pianiste Gonzalo Rubalcaba intitulé sobrement Pedron Rubacalba. Une alliance artistique inattendue mais espérée, voire fantasmée par le saxophoniste qui n’hésite jamais à traverser l’océan pour retrouver ses idoles jazz. 

Aucune composition originale cette fois, mais des standards recherchés avec soin dans l’histoire du jazz par le directeur artistique Daniel Yvinec et arrangés par le grand pianiste bop Laurent Courthaliac, l’une des plumes les plus raffinées actuelles. Autrement dit, une histoire quatre partenaires forment une belle équipe. Huit pièces denses et inventives avec leurs modulations brusques, leurs variations de temps et la même ferveur. Il suffit d’écouter et de voir la vidéo de "Lawns" par exemple pour être subjugué, sous le charme irrésistible de ce thème de Carla Bley, étiré lancoliquement par les deux musiciens qui s’accordent parfaitement.

Enregistré live en seulement deux jours, en juin 2022, au studio Oktaven de New York , ce CD est un album qui réussit le délicat équilibre du duo, sorti sur Gazebo, le label de Laurent de Wilde qui ne peut résister une fois encore à “un vrai disque de jazz”. Travailleur acharné et perfectionniste, Pierrick Pedron n’allait pas s’arrêter après son album de la maturité 50/50. Il se donne toujours toutes les chances pour réussir ses projets aussi divers qu’ambitieux. Réfléchissant à leur faisabilité, il a dû se résoudre cette fois à abandonner (pour le moment), un projet pharaonique qui aurait fait appel à un orchestre symphonique pour un nouveau défi, un duo piano-saxophone qui se révèle aussi opulent qu’une très grande formation.

L’aventure a commencé en studio, face à face, jouant sans casque mais non sans avoir préparé le terrain. Tous les arrangements étaient prêts, avaient été proposés au pianiste, ses suggestions avaient été intégrées. Quelque chose d’unique s’entend à l’énoncé de ces huit compositions réinventées de Jerome Kern (le délicat “The song is you”), Bechet (l'émouvant "Si tu vois ma mère"), Carla Bley (Lawns) sans oublier le moderniste Georges Russell le vif “Ezz-thetic” : un son unique émerge  qui ne trompe pas, car la formation en duo ne permet aucune esquive : on joue comme on est en répondant aux sollicitations de l’autre, dans un échange qui, s’il est réussi comme ici, est quasiment télépathique. En toute intimité et vérité. A nu.

Ils ont tous deux la même énergie créatrice, le talent de donner de l’ampleur à ces confidences, de faire jaillir des couleurs insoupçonnées, des climats plus insolites comme dans le standard de Bechet dont Woody Allen, dès le générique de son Midnight in Paris, se régalait d’illustrer le vibrato si spécifique par ces images-cartes postales. La plainte devient flânerie chaloupée puis chant exacerbé d’un saxophone à vif.

Le duo est en réinvention incessante, dans une mise en place parfaitement maîtrisée qui n’interdit aucune réaction instinctive aux suggestions du partenaire. Une liberté autorisée sous le contrôle de l’autre. Il faut bien connaître les règles et les arrangements pour les tordre à sa guise et à la convenance de l’autre, dans l’instant. Cet élégant dépouillement acoustique en duo fait ressortir l’entente parfaite, l’interaction immédiate.

Expressif et charmeur, le son de Pierrick Pedron l’est toujours, cette fois, il a travaillé des anches plus dures qui rendent le son plus moelleux et rond. L’accompagnement pianistique est tout aussi inventif, décalé, en brefs épanchements qui font mouche à chaque fois, comme dans ce “Dreamsville”d’Henri Mancini. Sur l'éruptif “Ezz-thetic” le piano devient orchestral. Dans cette autre très belle mélodie de Jérôme Kern “The folks who live on the hill”, le  piano se révèle impressionniste sur une pièce atmosphérique triste.

Cet album épatant marque la rencontre réussie de deux solistes généreux, puissants, soucieux de mélodie et de rythme qui nous entraînent dans une musique désirante. Ils ont visiblement pris du plaisir à interpréter ces pièces qui parlent d’attirance et d’abandon, comme dans le final de Billy Strayhorn “Pretty girl”, dédié à celui qui connaissait si bien cette musique, Claude Carrière. Un sans faute.

 

Sophie Chambon

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26 février 2023 7 26 /02 /février /2023 17:18

 

Jean-Christophe Cholet (piano, compositions & improvisations), Quentin Cholet (matières sonores)

Paucourt (Loiret), juillet-août 2021

Boris Darley (traitement du son)

Épineuil (Yonne), juillet 2022

Infingo INF320220 / l’autre distribution

 

Une entreprise très singulière. Ce disque est le second volet d’une trilogie, en cours, de piano solo. Le premier volet, «Amnesia», avait été conçu durant la parenthèse du confinement (chronique de Sophie Chambon sur le site des DNJ en suivant ce lien). Cette fois des improvisations solitaires ont été retravaillées avec des matières sonores de Quentin Cholet, et un traitement électronique de Boris Darley. Il en résulte une sorte de voyage intérieur, mais dialogué, amendé, avec les partenaires choisis. De plage en plage, on passe d’une introspection harmonique soudain nourrie de rythmes obsédants à une libre déambulation dans les douze demi-tons, puis à une solennité de choral du temps passé, et à une mélodie d’accords aux saveurs de standard, avant de plonger dans le dialogues des basses et des aigus, et ainsi de suite. De surprise en surprise, on devient captif de cette quête qui n’est pas la nôtre, et à laquelle, pourtant, nous sommes conviés. Intense, requérant, et nimbé d’une beauté mystérieuse….

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

Concert de sortie à Paris (18ème arrondissement) le 28 février à 20h à L’Accord Parfait, 47 rue Ramey

https://my.weezevent.com/animA-Jean-Christophe-Cholet

http://studiolaccordparfait.com

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