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4 mars 2023 6 04 /03 /mars /2023 19:39
PEDRON  RUBALCABA

PEDRON RUBALCABA

LABEL GAZEBO/L’Autre Distribution

Pierrick PEDRON Official Website

 

Vous ne devriez pas rester indifférents au nouvel album de l’altiste Pierrick Pedron en duo avec le pianiste Gonzalo Rubalcaba intitulé sobrement Pedron Rubacalba. Une alliance artistique inattendue mais espérée, voire fantasmée par le saxophoniste qui n’hésite jamais à traverser l’océan pour retrouver ses idoles jazz. 

Aucune composition originale cette fois, mais des standards recherchés avec soin dans l’histoire du jazz par le directeur artistique Daniel Yvinec et arrangés par le grand pianiste bop Laurent Courthaliac, l’une des plumes les plus raffinées actuelles. Autrement dit, une histoire quatre partenaires forment une belle équipe. Huit pièces denses et inventives avec leurs modulations brusques, leurs variations de temps et la même ferveur. Il suffit d’écouter et de voir la vidéo de "Lawns" par exemple pour être subjugué, sous le charme irrésistible de ce thème de Carla Bley, étiré lancoliquement par les deux musiciens qui s’accordent parfaitement.

Enregistré live en seulement deux jours, en juin 2022, au studio Oktaven de New York , ce CD est un album qui réussit le délicat équilibre du duo, sorti sur Gazebo, le label de Laurent de Wilde qui ne peut résister une fois encore à “un vrai disque de jazz”. Travailleur acharné et perfectionniste, Pierrick Pedron n’allait pas s’arrêter après son album de la maturité 50/50. Il se donne toujours toutes les chances pour réussir ses projets aussi divers qu’ambitieux. Réfléchissant à leur faisabilité, il a dû se résoudre cette fois à abandonner (pour le moment), un projet pharaonique qui aurait fait appel à un orchestre symphonique pour un nouveau défi, un duo piano-saxophone qui se révèle aussi opulent qu’une très grande formation.

L’aventure a commencé en studio, face à face, jouant sans casque mais non sans avoir préparé le terrain. Tous les arrangements étaient prêts, avaient été proposés au pianiste, ses suggestions avaient été intégrées. Quelque chose d’unique s’entend à l’énoncé de ces huit compositions réinventées de Jerome Kern (le délicat “The song is you”), Bechet (l'émouvant "Si tu vois ma mère"), Carla Bley (Lawns) sans oublier le moderniste Georges Russell le vif “Ezz-thetic” : un son unique émerge  qui ne trompe pas, car la formation en duo ne permet aucune esquive : on joue comme on est en répondant aux sollicitations de l’autre, dans un échange qui, s’il est réussi comme ici, est quasiment télépathique. En toute intimité et vérité. A nu.

Ils ont tous deux la même énergie créatrice, le talent de donner de l’ampleur à ces confidences, de faire jaillir des couleurs insoupçonnées, des climats plus insolites comme dans le standard de Bechet dont Woody Allen, dès le générique de son Midnight in Paris, se régalait d’illustrer le vibrato si spécifique par ces images-cartes postales. La plainte devient flânerie chaloupée puis chant exacerbé d’un saxophone à vif.

Le duo est en réinvention incessante, dans une mise en place parfaitement maîtrisée qui n’interdit aucune réaction instinctive aux suggestions du partenaire. Une liberté autorisée sous le contrôle de l’autre. Il faut bien connaître les règles et les arrangements pour les tordre à sa guise et à la convenance de l’autre, dans l’instant. Cet élégant dépouillement acoustique en duo fait ressortir l’entente parfaite, l’interaction immédiate.

Expressif et charmeur, le son de Pierrick Pedron l’est toujours, cette fois, il a travaillé des anches plus dures qui rendent le son plus moelleux et rond. L’accompagnement pianistique est tout aussi inventif, décalé, en brefs épanchements qui font mouche à chaque fois, comme dans ce “Dreamsville”d’Henri Mancini. Sur l'éruptif “Ezz-thetic” le piano devient orchestral. Dans cette autre très belle mélodie de Jérôme Kern “The folks who live on the hill”, le  piano se révèle impressionniste sur une pièce atmosphérique triste.

Cet album épatant marque la rencontre réussie de deux solistes généreux, puissants, soucieux de mélodie et de rythme qui nous entraînent dans une musique désirante. Ils ont visiblement pris du plaisir à interpréter ces pièces qui parlent d’attirance et d’abandon, comme dans le final de Billy Strayhorn “Pretty girl”, dédié à celui qui connaissait si bien cette musique, Claude Carrière. Un sans faute.

 

Sophie Chambon

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26 février 2023 7 26 /02 /février /2023 17:18

 

Jean-Christophe Cholet (piano, compositions & improvisations), Quentin Cholet (matières sonores)

Paucourt (Loiret), juillet-août 2021

Boris Darley (traitement du son)

Épineuil (Yonne), juillet 2022

Infingo INF320220 / l’autre distribution

 

Une entreprise très singulière. Ce disque est le second volet d’une trilogie, en cours, de piano solo. Le premier volet, «Amnesia», avait été conçu durant la parenthèse du confinement (chronique de Sophie Chambon sur le site des DNJ en suivant ce lien). Cette fois des improvisations solitaires ont été retravaillées avec des matières sonores de Quentin Cholet, et un traitement électronique de Boris Darley. Il en résulte une sorte de voyage intérieur, mais dialogué, amendé, avec les partenaires choisis. De plage en plage, on passe d’une introspection harmonique soudain nourrie de rythmes obsédants à une libre déambulation dans les douze demi-tons, puis à une solennité de choral du temps passé, et à une mélodie d’accords aux saveurs de standard, avant de plonger dans le dialogues des basses et des aigus, et ainsi de suite. De surprise en surprise, on devient captif de cette quête qui n’est pas la nôtre, et à laquelle, pourtant, nous sommes conviés. Intense, requérant, et nimbé d’une beauté mystérieuse….

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

Concert de sortie à Paris (18ème arrondissement) le 28 février à 20h à L’Accord Parfait, 47 rue Ramey

https://my.weezevent.com/animA-Jean-Christophe-Cholet

http://studiolaccordparfait.com

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25 février 2023 6 25 /02 /février /2023 17:57

JAMES BRANDON LEWIS : “The eye of I”

James Brandon Lewis (ts), Chris Hoffman (cello), Max Jaffe (dms)


Où il n’est plus question de tricher. Où il est question de mettre directement ses tripes sur la table.

Dans un style à la Sonny Rollins, le saxophoniste qui nous avait émerveillé avec Jesup wagon nous revient, comme toujours dans un format pianoless, avec un album qui est comme un choc au plexus.

D’abord par le son de James Brandon Lewis. Un son brut, comme projeté, envoyé en pleine face de celui qui écoute. Mais aussi et surtout par ce qu’il exprime par là-même. C’est tripal. Ça vient des profondeurs, ancré dans le sol, ancré dans une forme de blues entre le cri primal et l’envolée expressionniste. C’est fort, c’est incroyablement puissant ( the blues still blossoms)

Et oui l’héritage de Rollins est là ! Mais aussi celui d’Albert Ayler. De ceux qui se tenaient à la frontière ou bien carrément dans le free jazz ( Middle ground) comme expression d’une forme de colère ou d’engagement, c’est selon. Et il y a un peu de cela dans cet album, Il y a de l’incantatoire dans la musique de James Brandon Lewis. Comme un appel aux cieux. Un appel aux Dieux du jazz. Les motifs, presque chantants sont parfois répétitifs comme des sortes de scansion. Parfois c’est le ventre qui parle ou alors la colère dans un climat électrique.

Cet album-là ne peut pas vous laisser indifférent. Vous pouvez l’aimer ou le détester. Il n’empêche que c’est un jazz créateur d’émotions fortes qui dit bien plus que la musique. L’expression d’une force tranquille et renversante.

Jean-Marc Gelin

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22 février 2023 3 22 /02 /février /2023 18:21
KAMI OCTET      WORKERS-Une musique populaire

KAMI OCTET WORKERS Une musique populaire

Naï No Productions

WORKERS. Une musique populaire est un album conceptuel qui marque une nouvelle étape, peut être décisive dans le parcours de Pascal Charrier qui continue le travail commencé en octet avec Spring party sorti en 2018. Ses formations sont en évolution continuelle du quintet à l’octet depuis ses débuts en 2004, et déjà ses Human Spirals de l’Ajmi Series, en 2012. Mais une constante demeure dans l’aventure artistique de ce guitariste singulier, c’est sa conception de l’écriture musicale liée à une pensée politique et poétique en marche. Exils, migrations, quête désirée ou forcée d'un "ailleurs" étaient d’ailleurs le fil conducteur de l’album précédent.

Dans les climats voulus par le compositeur dominent orchestration et direction d'ensemble pour servir un état d'esprit militant que traduit une musique exaltée et souvent exaltante. Kami, c'est moi, mon ressenti, ma pensée politique, mon histoire. Si ce dernier album fut conçu en amont des mouvements de résistance actuels, il entre pourtant en résonance avec notre actualité politique par ce Strike au mitan de l’album, plus de 14 minutes qui nous plongent dans un bain de rythmes heurtés, de sons foisonnants, de chants.

On peut d’ailleurs considérer ce Workers sous deux angles, le premier étant l’engagement politique, l’aventure collective qui ne laisse jamais de côté les individus. Voilà un brûlot de l’exergue vigoureuse où Pascal Charrier ne mâche pas ses mots sans oublier le choix pour la pochette d’une iconique photo de Lewis Wickes Hine Workers on the Empire State Building aussi connue comme Icare au sommet de l’Empire State Building de 1931. Un hommage aux bâtisseurs anonymes de ce qui était alors l’immeuble le plus haut du monde. Une photo esthétique certes dont la dimension politique est indéniable. Le propos du guitariste est de nous faire souvenir des luttes de l’internationale ouvrière, des combats de la gauche américaine du début du XXème siècle, de ce mouvement prolétaire très actif qui finit souvent en répressions violentes après des grèves sanglantes. Et puisque le terrain musical de Pascal Charrier est le jazz, une expression éminemment populaire, il ne peut s’empêcher de lier le monde des ouvriers au travail à celui d’autres opprimés en lutte pour les droits civiques.

Si l’on s’en tient à la musique d'une réelle force narrative, il s’agit d’une performance d’une qualité opératique certaine qui commence avec “Le Bal Populaire” plutôt allègre, se poursuit par un intrigant “The Child” bruitiste, dans le souffle et le frottement où la tension est palpable pour culminer après “Le Printemps” en action dans ce “Strike” sur les mots de la chanteuse Emilie Lesbros hurlant la colère, la rage dans les cadences inhumaines de l’usine. On admire alors ce sens indéniable du collectif avec des interventions solistes très équilibrées, des unissons ardents et des contrepoints brûlants entre sax alto (Julien Soro) et trombone (Simon Girard); le piano percutant de Paul Wacrenier est toujours bienvenu, la rythmique exacerbée (Nicolas Pointard et Leïla Soldevilla) s'adaptant aux rythmes et tempos changeants selon les compositions qui prennent le temps de se développer. Le leader ne se taille pas la part du lion mais ses interventions soulignent les effets recherchés de timbres et de couleurs qui créent des tableaux sonores différents pour chaque titre.

Une réelle réussite dû au travail et à l’énergie du compositeur et au choix d'une belle équipe à l'aise dans ce laboratoire musical. On aime aussi le final optimiste d’une douceur exquise “L’ espoir” qui contraste avec la cacophonie survoltée de la matière en fusion de certains titres. Où la voix de la chanteuse se fond dans l’ensemble, enfin apaisée.

 

Sophie CHAMBON

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21 février 2023 2 21 /02 /février /2023 11:20

JAZZ FAMILY 2023

 

Quentin Braine (dms et compos), Charles-Eric Moreau (a, ts, ss), Killian Rebreyend (p), Romain Delorme (cb), Marc Nègre (g),

 

 

 

On ne sait pas ce que Quentin Braine, batteur et cycliste au long cours au confins de l’Europe a pu découvrir What’s beyond mais l’on jurerait à l’écoute de son nouvel album qu’il y a eu, dans ses pérégrinations des sourires, des visages rayonnants et du soleil à foison.

Car voilà un album qui nous arrive comme un immense moment de bonheur pur. De ceux qui en les écoutant apporte un plaisir intégral du début jusqu’à la fin. De ceux dont on se dit qu’il n’est pas l’heure de l’analyser mais juste de se laisser porter.

Car il est purement et simplement LU-MI-NEUX !

Pour son nouvel album, le batteur accompagné de ses jeunes camarades de jeu (tous excellents) livre des compositions à la criante évidence. Pas introspectif un seul instant, pas non plus dans une morne réflexion autocentrée, pas de structure aux contours complexes, juste la musique qui parle d’elle-même avec une formidable puissance évocatrice.

Tout y est réuni. des lignes mélodiques superbes, des paysages sonores à la Bill Frisell, des échapées de solistes qui prennent la tête du peloton, des arrivées au sommet.  Car ici la musique est tout sauf ramassée. C’est une musique des grands espaces et ça fait un bien fou. 

Et c’est jouissif parce que tout simplement beau.

Jean-marc Gelin

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21 février 2023 2 21 /02 /février /2023 11:16

Enregistré du 19 au 21 octobre 2018.
Palmetto Records - PM2208CD /L’autre distribution.
Paru le 3 février 2023.
+++++++++++++++++++++++++++++++++

    Heureuse surprise que cet enregistrement conservé depuis quatre ans, la rencontre en club de deux artistes qui se connaissaient déjà à l’époque depuis cinq ans. Autant dire que le courant passe entre Fred Hersch et esperanza spalding (ndlr : écriture en minuscules à la demande de la musicienne), distingués de longue date par la communauté musicale (5 Grammys pour elle et double lauréat de l’Académie du Jazz, 2001 et 2015, pour lui).


     Ici, portés par l’ambiance du Village Vanguard, Fred Hersch, au piano, et esperanza spalding, au chant (délaissant son instrument de prédilection, la contrebasse) déroulent leur art en toute liberté, avec fluidité et légèreté. Etait-ce dû au fait que l’une et l’autre traversaient une période difficile dans leur vie personnelle ? Toujours est-il qu’ils atteignent une certaine forme de sérénité, donnant même par instants un aspect primesautier à leurs interprétations, comme dans Girl talk (Neal Hefti/Bobby Troup).


    Le répertoire révèle l’éclectisme des duettistes : du Monk (Evidence, et une composition du pianiste Dream of Monk), un des musiciens préférés de Fred Hersch) mais aussi du Parker (Little Suede Shoes), des standards (But Not For Me, des Gershwin, Some Other Time de Cahh-Styne) et une autre composition signée Hersch (A Wish) avec des paroles dues à une chanteuse-culte, princesse de l’intime, Norma Winstone.

    « Fred prend son dévouement à la musique aussi au sérieux que la vie et la mort, mais une fois que nous jouons c’est juste amusant » commente dans le livret esperanza. « esperanza ? une chanteuse intrépide », répond en écho Fred.


    Avec « Alive at Village Vanguard », Fred Hersch et esperanza spalding nous offrent une nouvelle réussite dans la catégorie duo pianiste-chanteuse, rejoignant ainsi les tandems mixtes de haute volée qui ont marqué l’histoire du jazz, Helen Merrill-Gordon Beck ou Jeanne Lee-Ran Blake. Downbeat leur a consacré la « une » de son édition de janvier. Un choix que nous partageons sans réserve.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

 

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21 février 2023 2 21 /02 /février /2023 10:47

Andy Emler (compositions, piano, direction), Laurent Blondiau (trompette), Guillaume Orti & Philippe Sellam (saxophones altos), Laurent Dehors (saxophone ténor, clarinette basse), François Thuillier (tuba, saxhorn), François Verly (percussions), Éric Échampard (batterie), Claude Tchamitchian (contrebasse), Nguyên Lê (guitare)

Pernes-les-Fontaines, 29-31 août 2021

Label La Buissonne RJAL 997044 / PIAS

 

La veille de l’enregistrement, en août 2021, les spectateurs du festival Jazz Campus en Clunisois avaient eu la primeur de quelques extraits de ce nouveau programme. Et il avait déjà été donné en décembre 2020, pendant le deuxième confinement, pour un concert sans public au Triton, capté en vidéo et accessible sur le site en janvier 2021 (https://vod.letriton.com/les-concerts-en-replay/19122020-20h30.html). Puis repris en juillet 2022 au Festival Radio France Occitanie Montpellier.

J’avais écouté cette musique au Triton puis à Montpellier, mais l’écoute du CD fut pour moi comme un bonheur tout neuf.

L’écriture hardie, exubérante, est toujours là, au service des membres du groupe, choisis autant pour leur singularité que pour leur sens du jeu collectif. Et la présence de Nguyên Lê, en invité sur les deux dernières plages, est plus qu’un clin d’œil aux origines de l’orchestre : le guitariste, tout comme François Verly et Philippe Sellam, était dans le groupe avant même qu’il ne s’appelle MegaOctet.

Mais l’écriture n’est pas qu’exubérante : elle traque la profondeur, l’émotion et la complexité, tout en demeurant toujours au plus près de la sensation immédiate. C’est comme un tour de force, et sans doute un manifeste de ce que l’art (le Grand Art) doit être. La diversité des modes de jeu des solistes se fond dans un acte totalement partagé. Et la composition intègre tous les langages (et ils sont nombreux!) où Andy Emler se plaît à gambader. Mais ce qui tend à prévaloir, c’est la volonté du leader de magnifier le groupe, et ses membres, par son écriture comme par sa direction d’orchestre. Exemplaire en somme, et profondément jouissif !

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

Le MegaOctet sera en concert à Paris le 12 mai au Pan Piper. Et le 16 mai, au Centre des Bords de Marne (Le Perreux-sur-Marne) l’orchestre rencontrera le hip-hop avec la compagnie Lady Rocks

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20 février 2023 1 20 /02 /février /2023 18:41
SIMON MOULLIER       ISLA

 

SIMON MOULLIER   ISLA

www.simonmoullier.com

Auto production

Sortie le 17 Février

 

Simon Moullier - Isla (Teaser 1) - YouTube

 

Simon Moullier - Isla (Teaser 2) - YouTube

 

Si son Spirit song nous avait semblé prometteur, le Countdown suivant avec un trio particulièrement percutant nous avait comblé avec ces reprises si personnelles de standards. Avec ce nouvel album, nous suivons toujours l’artiste dans son parcours, il renouvelle  une fois encore sa manière, le thème et l’équipage: il s'agit d'une aventure en quartet avec piano et vibraphone, basse et batterie ( loin pourtant de la tradition instaurée par le Modern Jazz Quartet) ne gardant de son précédent album de 2021 que le batteur Jongkuk Kim. Simon Moullier nous embarque avec Isla, son troisième CD en leader, dans le monde de son enfance, une île au coeur de l’Atlantique, au large du Finistère. On est dans le ressac dès le vigoureux “Empress of the Sea” qui ouvre l’album, une valse qui tournoie en hommage à cette mer qui peut s’agiter sans être jamais cruelle.

Vibraphoniste virtuose qui vit à New York, adoubé par les plus grands, il reste fidèle à son imaginaire d’embruns et de vibrationsUne formule colorée, dépaysante qui ne tend plus vers l’Afrique comme dans son premier album Spirit Song où il intégrait le balafon mais dépeint l’insularité. C’est tout un art de la nuance, infiniment précieux, qu'il distille dans des compositions spatiales aux envolées envoûtantes dues à un véritable savoir-faire maillochique.

A la première écoute, les huit titres de la plume du leader à l’exception de deux standards, forment une suite très cohérente, un tableau saisissant qui donne une assez belle idée de son paysage musical imaginaire. Il est habile à tirer partie de sa palette sonore, des timbres et couleurs de sa formation. L’alchimie de cette musique tient au subtil dosage des interventions du contrebassiste discrètement brillant Alexander Claffy comme du pianiste Lex Korten dans un authentique travail de placement et de répartition des rôles. Le vibraphoniste donne souvent l’impression de se muer en un soufflant : on entend alors son chant, plus attentif à la mélodie qu’à la percussion sur “Phoenix eye”. Une nouvelle tendance des vibraphonistes actuels? On est  alors sensible à cette gourmandise qu’il nous offre très vite et qui va droit au coeur, cette version de “You go to my head”, transformée en un boléro enchanteur. Car Simon Moullier a écouté Billie Holiday. Et il cherche bien à tordre les notes avec son instrument pour obtenir une qualité plus vocale dans son phrasé.

D’une qualité atmosphérique certaine, construites sur des impressions parfois fugaces, les compositions sans débauche d’effets, de rythmes ou d’ornements ont une vraie grâce. Ancré dans la tradition jazz, ça groove aussi comme dans cet “Heart” final, plus doux, intime où on se retrouve en territoires heureux.

On reconnaît la manière sensuelle et sensible, enjouée de l’ensemble d'une belle fraîcheur de ton. Au risque de ne pas me renouveller, je persiste à trouver le nouvel opus élégant quand il se coule dans l’univers rêvé du leader. Cet espace sonore du vibra sait étirer, voire suspendre le temps comme dans le titre éponyme.

 

Sophie Chambon

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15 février 2023 3 15 /02 /février /2023 23:03

Pierre de Bethmann (piano), Nelson Veras (guitare), Sylvain Romano (contrebasse)

Pompigan (Gard), 29 juillet 2022

Aléa /Socadisc

 

Retour du pianiste en trio, mais selon des modalités nouvelles : exit la batterie de Tony Rabeson, mais la contrebasse de Sylvain Roman demeure, et le guitariste Nelson Veras entre dans la danse. Et au côté de quelques standards un thème plus surprenant : le deuxième mouvement de la 7ème Symphonie de Beethoven (sur lequel Philippe Labro posa naguère un texte un peu ridicule pour Johnny Hallyday, lequel était parfaitement raccord….), en le trio fait de cette musique une merveille de liberté. On trouve aussi une musique de film de Michel Magne, des compositions de René Urtreger, Lee Konitz, Dave Holland et John Taylor…. Le disque ouvre par une relecture très subtile (et très neuve) de Love For Sale. Le ton est donné, on est dans l’orfèvrerie, le Grand Art. Ce n’est sans doute pas un hasard si le thème choisi pour la seconde plage est Thingin’ de Lee Konitz, une des nombreuses escapades du saxophoniste autour de All The Things You Are. Et là encore l’art de trouver des voies nouvelles sur un sentier rebattu s’épanouit. Je ne vais pas détailler chaque plage, mais je dois avouer que, jusqu’au terme de l’album, je suis resté sur un petit nuage, un bonheur offert à l’amateur de découvrir de nouveaux trésors, de nouvelles sensations. La magie du guitariste n’y est pas pour peu, mais le pianiste qui a suscité cette rencontre, et son répertoire, en cultivant l’ancienne connivence avec le bassiste, est bien le porteur de cette re-création, qui est beaucoup plus que récréative, de thème qui nous étaient connus, voire familiers. On se précipite sur ce bel objet sonore de Jazz, au sens le plus noble !

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=38R6RKOGiJo

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Le trio est en concert à Paris au Sunside les 17 & 18 février 2023

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14 février 2023 2 14 /02 /février /2023 16:47
Thomas Naïm     On The Far Side

Thomas Naïm    On The Far Side

 

Label Rootless Blues/ Metis records

L’autre Distribution

Lincoln Circus - YouTube

 

CONCERT LE 14 FEVRIER AU ZEBRE DE BELLEVILLE

 

On The Far Side du guitariste Thomas Naïm est un album captivant dès la première écoute et le plaisir ne diminue pas à la réécoute. Autrement dit, il ne déçoit pas.

Dès l’introduction “Endless Memories”, l’atmosphère est posée : on évolue dans un polar urbain années 70 avec le doux ronflement de l’orgue Hammond et le drive souple de la rythmique sur un thème qui s'insinue et s’accroche. “Slow Blues”creuse cette même piste, sans embardée de guitar hero, Thomas Naïm suivant plutôt les traces d'un Bill Frisell qui en est pourtant un! 

Ainsi se met en place avec un sens mélodique certain, une suite de 9 compositions toutes de la plume du leader, d’une grande fluidité dans une véritable circularité de morceaux, sombres mais enlevés. 

Musique d’un film rêvé,Thomas Naïm a dû rêver son disque et il est parvenu à le réaliser sur son propre label Rootless Blues, en choisissant avec soin ses complices de jeu, sous le regard extérieur d’un directeur artistique, Daniel Yvinec, conseiller avisé dès le début du projet. Une vraie formation s’est créée à partir du trio avec lequel Thomas Naïm a élaboré 5 albums en dix ans, une histoire de fidélité avec Raphaël Chassin à la batterie et aux percussions et Marcello Giuliano à la basse électrique et contrebasse. Le guitariste a osé prendre un autre instrument harmonique et c'est le pianiste Marc Benham qui intervient avec bonheur à l’orgue. Quant au saxophoniste ténor, il s’agit de Laurent Bardainne qui, sur 3 titres dont “Kite” et “Lincoln Circus” s’ajuste parfaitement à l’esthétique du projet, une bande-son qui accompagne un itinéraire étrange, une escapade On the far side qui évoque l’Amérique profonde, les grands espaces de l’ouest. La guitare recrée les images du genre ou plutôt les contourne tout en restant dans la même perspective, horizontale.

Thomas Naïm laisse en effet beaucoup d’espace à ce trio dépouillé; et si l’orgue n’en rajoute pas, il crée un "mood" avec des notes tenues et une couleur bienvenue, le sax affolant cette musique, surtout quand il se mêle aux secousses, saccades de guitares. Jusqu’aux larges accords du “Gypsy” final, composition déjà enregistrée qui ne dépare pas l’ensemble quand elle est rajoutée en superposant des guitares, avec des effets de “re re”.

 Ouvert à toutes les influences, le guitariste écrit un jazz teinté de rock aussi réfléchi que sensible. Sans sombrer dans l’imitation, même s’il a beaucoup écouté ses modèles autant dans le jazz (Grant Green, Wes Montgomery, Kenny Burrell...) que le rock (Jimmy Page, Jeff Beck...) et bien évidemment Jimi Hendrix qui lui a d’ailleurs inspiré son album précédent The Sounds of Jimi.

Le voyage à travers cet album réserve quelques surprises, on se laisse embarquer volontiers avec ces ballades bluesy, au climat onirique et crépusculaire. Un “Little dreamer” très orchestré nous enveloppe dans un cocon doux, vaporeux par petites touches de la basse. “The walk” qui suit débute au piano, mélodie flottante où de petits fragments éveillent en échos images cinématographiques et souvenirs d’autres trips. Ces petites formes, ces fredons qui restent en mémoire comme dans "Kite"- suspensions, ritournelles plus que ressassements, ces esquisses ont une force envoûtante, énigmatique.On verrait bien des voix se poser sur ces musiques, comme dans cette complainte “No Way Home” tant les compositions de Thomas Naïm s’apparentent à des chansons. Un compliment pour celui qui a accompagné si souvent de grandes chanteuses.

Sophie Chambon

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