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15 mars 2023 3 15 /03 /mars /2023 13:49

Julien Soro (saxophones ténor & soprano, clavier, raquette), Stephan Caracci (vibraphone, percussions, clavier, raquette), Ariel Tessier (batterie, raquette)

Ludwigsburg (Allemagne), 12-13 avril 2022

Neuklang NCD 4265 / Big Wax

 

C’est comme une métaphore du ping-pong musical : la première plage (Dreaming Ping Drumming Pong) commence avec les raquettes et la balle…. Mais c’est bien le vif du sujet dans lequel nous venons d’entrer. On est assurément dans le collectif, l’interactif et le réactif. Ce qui n’exclut ni le lyrisme, ni le concerté, voire le concertant. Tout le spectre du jazz et de ses provinces est visité, à partir d’un motif, d’un rythme, d’une esquisse ou d’une impression diffuse. Bref, c’est comme un condensé de la vie de cette musique et de ses interprètes-improvisateurs. Des surprises, à la faveur d’une pulsation qui s’emballe, d’un instrument qui surgit. Comme un voyage dans l’imprévu, le mutin ou le grave, selon les instants. Et toujours ce condensé d’intelligence, de sensualité musicale et de jeu. Beau travail d’artistes !

Xavier Prévost

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Le groupe est en concert le samedi 18 mars à Paris au 360 Music Factory

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Des avant-ouïr sur Youtube 

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14 mars 2023 2 14 /03 /mars /2023 17:00

    Samara JOY, Leïla OLIVESI et Diunna GREENLEAF ont capté l’attention lors de la cérémonie le 12 mars au Pan Piper (75011) de remise des prix 2022 de l’Académie du Jazz, la dernière animée par François LACHARME qui transmet, après 18 ans, la présidence de l’association prestigieuse à Jean-Michel PROUST. Preuve que le jazz s’écrit et se pratique de plus en plus au féminin.

    Frôlant l’élection dès le premier tour dans le scrutin intervenu le 8 décembre dernier, la prodige américaine Samara JOY s’est vu remettre le trophée du Prix du JAZZ VOCAL, catégorie où s’était distinguée il y a peu Cecile McLorin Salvant. Souriante, la récente lauréate de deux Grammy Awards pour ‘Linger Awhile’ (Verve-Universal) s’est déclarée touchée par cet hommage français… tout en laissant sur leur faim ses fans qui eussent apprécié une courte prestation vocale (la jeune new-yorkaise de 23 ans venant de donner trois concerts en région parisienne voulait-elle ménager sa voix pour une émission télévisée le lendemain ?).

    Prix DJANGO REINHARDT du meilleur musicien français de l’année, la pianiste-compositrice Leïla OLIVESI ne s’est pas fait prier pour régaler le public des très nombreux professionnels du jazz présents avec deux compositions figurant sur son dernier album (‘ASTRAL’, Attention Fragile). Particulièrement appréciée fut ‘Missing CC Suite’, hommage aux accents ellingtoniens à Claude Carrière, un ami et ancien président de l’Académie disparu voici deux ans exactement. Leïla Olivesi devient ainsi la quatrième jazzwoman depuis 2014 à obtenir cette récompense suprême de l’Académie du Jazz (après Airelle Besson, Cecile McLorin Salvant, Sophie Alour).

 

    Diunna GREENLEAF, lauréate du Prix du BLUES (‘I Ain’t Playing’, Little Village), venue pour l’occasion de Houston, fit monter la tension par un mini-concert de trois chansons clôturant la soirée. Chanteuse généreuse, femme engagée, se passant désormais d’agent pour gérer sa carrière, la texane entonna ainsi avec conviction un tube d’une star du blues (Koko Taylor), ‘Never Trust A Man’.

 

    Il était déjà 22 heures, la cérémonie approchait les 3 heures. Le public avait eu droit à son lot de prestations instrumentales: le groupe de Dany DORIZ-Michel PASTRE (Prix du JAZZ CLASSIQUE), mettant l’ambiance sur des airs d’Illinois Jacquet et Lionel Hampton, le Quintet de Stéphane KERECKI (Prix du DISQUE FRANÇAIS) la grande classe, le tromboniste allemand Nils WOGRAM (Prix du JAZZ EUROPEEN) en duo avec le pianiste BOJAN Z (élégance et sobriété), la jeune formation, très mondiale, de Louis MATUTE (Prix EVIDENCE, nouvelle distinction pour les jeunes talents), un solo virtuose du pianiste espagnol Chano DOMINGUEZ et, délice pour les esthètes, en hommage à Jean-Louis Chautemps (1931-2022), le Quatuor de Saxophones version 2023 avec deux « historiques » de la formation de 1980 (Jacques di Donato et François Jeanneau) rejoints par Jean-Charles Richard et Richard Foy.


    Spécialement en verve pour cet ultime show, François LACHARME avait interviewé les lauréat(e)s présent(e)s, envoyé les vidéos des absents (dont Joshua Redman) et alterné souvenirs et anecdotes évoquant entre autres trois saxophonistes disparus, Marcel Zanini, Wayne Shorter et naturellement Jean-Louis Chautemps, prix Django Reinhardt 1965 (« s’il avait évolué dans les arts plastiques, il aurait été Marcel Duchamp »).

 

Les engagements du nouveau président

 

    L’heure était venue de tirer sa révérence et de présenter son successeur - élu par un bureau renouvelé de dix membres et féminisé (grâce à Nathalie PIOLE, France Musique, et Alice LECLERCQ, Jazz News) - Jean-Michel PROUST, saxophoniste et directeur artistique de festivals (Jazz au Phare à Ré, et Paris Guitar Festival à Montrouge).

 

    Après des remerciements appuyés à François LACHARME réélu à deux reprises, le cinquième président de l’histoire de l’Académie du Jazz fondée en 1955 (André Hodeir, Maurice Cullaz, Claude Carrière) s’est fixé trois objectifs pour les 5 ans à venir : la transmission, la vulgarisation et la glorification du jazz.

 

    « Le mot jazz, ne nous le cachons pas, a lancé le nouveau président, n’est plus très à la mode. Il n’exprime plus quelque chose de concret pour les nouvelles générations. L’Académie, forte de 60 membres, experts affûtés, va travailler sans relâche pour soutenir les musiciens de jazz de toutes générations, renforcer son engagement envers la diversité et l'inclusion dans notre genre musical, et à mettre en œuvre des stratégies visant à faire du jazz une partie encore plus importante de la vie culturelle de notre pays. »

 

Jean-Louis Lemarchand.
(Membre du bureau de l’Académie du Jazz)

 

 

 

 

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13 mars 2023 1 13 /03 /mars /2023 18:47

GREG WARD’s ROGUE PARADE : « Dion’s quest »
Sugah Hoof records



Greg Ward (as), Dave Miller, Matt Gold (g), Matt Ulery (b), Quin Kirchner (dms)

 

Voilà une belle surprise transatlantique d’un jeune groupe que nous ne connaissions pas et qui fait ce mois-ci les honneurs de Down Beat.

Par curiosité nous sommes allés jeter une oreille sur ce quintet original à deux guitares mené par le saxophoniste Greg Ward.

Le groupe avait déjà été repéré pour son précédent album " Stomping off from Greenwood'"  qui pour tout dire nous avait un peu échappé. Il confirme avec de deuxime opus sous la houlette de ce saxophoniste de Chicago déjà rompu à d’autres esthétique ( Tortoise, William Parler, Roscoe Mitchell etc…)

Et le résultat est franchement séduisant, naviguant entre les sonorités très rock (voire blues un peu gras) des deux guitaristes et l’énergie et le lyrisme de Greg Ward au sax alto, ce groupe possède un vrai son et une vraie cohérence qui l’emmène dans une direction certes très sage et pas du tout révolutionnaire mais carrément emballante. Le genre d’album plutôt feel good et plutôt pas mal écrit.

A suivre et à découvrir.
Jean-marc Gelin
https://youtu.be/R2yboQoTswk

 

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10 mars 2023 5 10 /03 /mars /2023 17:49

Stéphan Oliva (piano), Sébastien Boisseau (contrebasse), Tom Rainey (batterie)

Sarzeau (Morbihan), mai 2022

Yolk Records J 2085 / l’autre distribution

 

Le programme annonce la couleur : 8 compositions du pianiste, 2 compositions-improvisations collectives, 2 thèmes du bassiste et, pour conclure dans la logique du titre, Orbit de Bill Evans. Le tout constitue presque un manifeste, celui d’une certaine idée du trio (très) contemporain, loin des tourneries de groove nombrilique qui n’en finissent pas de se mordre la queue depuis le milieu des années 90. Un concentré d’invention, d’audace, de liberté et d’interaction qui nous rappelle que le jazz, au sens d’hier comme à celui d’aujourd’hui (ici c’est dé demain), continue de se recréer, de se régénérer, nourri de l’histoire autant que du désir de voir loin : vers l’insondable cosmos ? Et pourquoi pas vers l’horizon que contemple L’Étranger du poème éponyme de Baudelaire « … là-bas… là-bas… les merveilleux nuages ! ». La peinture a parlé depuis l’Après Guerre d’abstraction lyrique. Ici l’on est en territoire d’abstraction sensuelle (pardon pour l’oxymoron). La matière sonore fait corps avec l’idée musicale, qui nous entraîne loin de nos repères, de nos présupposés, de nos habitudes d’écoute (même si nous sommes habitués à écouter ces trois oiseaux-là, libres comme l’air). Bref, c’est magnifique.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

 

 

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10 mars 2023 5 10 /03 /mars /2023 16:21

MOWGLI : «  gueule de Boa »

Bastien Andrieu (claviers), Ferninand Doulerc (saxs, fl), Pierre Pollet (dms)

 

Et voilà Mowgli lâché en pleine jungle ! Et forcément c’est sauvagement libre et farouche !

En tout cas, les trois garnements de ce trio ( garnement étant bien le mot le plus édulcoré) se retrouvent dans cette jungle, affranchis de toutes les bonnes manières de la vie en société. Aucun code, aucune limite et une volonté intrépide de tout bousculer sur son passage. De jouer des poings s’il le faut et de renverser la table.

Ici le jazz baise avec la musique électro et vient nous interpeller avec force uppercuts. A trois ( + toute la machinerie qui va avec), ce trio a une formidable dimension orchestrale à coup de beats et de nappes sonores qui réveilleraient les morts pour leur donner envie de danser. Cette jungle-là est à la fois inquiétante et revigorante. Ferdinand Doumerc ( que l’on connaissait avec Pulcinella) donne dans le sport de combat avec un son totalement libéré dans une sorte de corps-à-corps avec ses deux camarades de jeu. Tous formidables de puissance, d’expression et d’énergie.

La liberté de ce jazz-là émoustille et donne envie de les rejoindre dans cette jungle pas très convenable. Et c’est tant mieux !

Jean-Marc GELIN

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10 mars 2023 5 10 /03 /mars /2023 15:32

AZADI : «  les orbes »

Anaya/Cristal records

Camille Saglio (vc, oud, n’goni), Madeleine Cazenave (p), Gurvan L’helgoual’ch (cb, dms), Xavier Pourcher (kybd, machines)

 

Ce n’est plus une surprise depuis déjà longtemps : le jazz, cette grande musique du métissage fait décidemment bon ménage avec la musique des pays arabes. On a encore en tête le récent duo de Madeleine et Salomon ( entendez Clotilde Rullaud et Alexandre Saada) et bientôt vous allez vous laisser séduire par Sarab ( on vous en dira plus).

Et justement, viens de sortir ces jours-ci « Les orbes » du groupe Azadi qui fleure  bon les parfums et le voyage d’orient et qui puiser aux sources du Kurdistan comme symbole d’une belle liberté musicale. Puisque c’est de cela qu’il s’agit, Azadi signifiant « Liberté » en Kurde.

On avait déjà suivi le parcours de la pianiste Madeleine Cazenave avec «  Rouge ». On la retrouve aujourd’hui dans une superbe association avec le chanteur-oudiste Camille Saglio. Leur association fait merveille au travers de compositions riches mariant le chant arabe et ses mélismes au jazz, à l’éléctro et même à la musique classique.
Et c’est comme un conte des mille et une nuits qui nous emporte dans une sorte de songe, un voyage imaginaire tout à la fois apaisé ou évanescent et qui parfois aussi peut nous bousculer comme la liberté peut elle-même bousculer. Et toujours ce voyage est porté loin dans le ciel par une belle spiritualité et par la voix de haute contre de Camille Saglio qui transperce et transcende, qui invite à la prière( Incantation), à la transe et à la danse  (Atish Bazi) par la force prégnante des arrangements puissants.

Derrière cet onirisme orientalisant, il y a aussi la force d’un groupe en mouvement, syncretique et fusionnel.

ET nous d’être là, totalement sous le charme.

Jean-marc GELIN

 

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8 mars 2023 3 08 /03 /mars /2023 19:02

   ... Avec Esaïe CID (saxophone alto et clarinette), Benjamin Dousteyssier (saxophone baryton et soprano), Alex Gilson (contrebasse) et Paul Morvan (batterie).
    Studio Boléro, Draveil, juin 2022.
   Swing Alley Records – SA 046 / Fresh Sound Records / Socadisc
    Paru en décembre 2022.
    Concert prévu le 9 mars au SUNSIDE (75001).

    Le personnel change, l’instrumentation aussi mais restent le format (quartet sans piano) et l’esprit (une atmosphère West Coast des années 50).

 

    Deux ans après le second volet consacré à la compositrice américaine quelque peu oubliée, Kay Swift (1897-1993), le saxophoniste espagnol Esaïe Cid nous revient avec une balade dans sa ville francilienne d’adoption, Saint-Ouen. Uniquement des compositions personnelles qui mettent en valeur le lyrisme et l’élégance distillés par le leader ici accompagné par un saxophoniste baryton et soprano (la seconde voix cuivrée était tenue dans l’album précédent par un tromboniste) et une rythmique basse-batterie.

 

    Le parcours musical proposé permet ainsi de découvrir quelques-unes des figures ayant marqué l’histoire de la cité audonienne, du marquis de Sade à Dadon, le saint patron de la ville, en passant par Louis Cressé, grand-père maternel de Molière. Sur ces repères, Esaïe Cid a laissé aller sa plume avec grâce, ouvrant l’album par un mambo revigorant (Cressé Mambo) et n’hésitant pas à adopter une mesure à 3 temps (Boigues le dépeceur).

 


     Un livret donne force détails sur les personnalités évoquées et apporte un éclairage apprécié sur l’histoire d’une ville qui ne doit donc pas sa renommée uniquement au Marché aux Puces et (pour les amateurs de ballon rond) au Stade Bauer, terrain d’évolution d’un club au passé glorieux, le Red Star.
 


    Un album chaudement recommandé qui fait souffler un vent léger.

 

Jean Louis Lemarchand.

 

 

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8 mars 2023 3 08 /03 /mars /2023 16:42
PAPANOSH       A VERY BIG LUNCH

Label Vibrant/ /Enja Records

Papanosh quintet (lesvibrantsdefricheurs.com)

 

Découvert lors du Charlie Jazz Festival de 2013 à Vitrolles où ils étaient la révélation de Jazz Migration, PAPANOSH (comprendre une recette de crêpe roulée... ukrainienne) était un jeune quintet sous emprise de folklores réels ou imaginaires, d’Alasnoaxis de Jim Black, nourris au jazz des Monniot et Dehors, allant se frotter au compliqué Lubat. Ils ne sont pas dépaysés, ces musiciens qui viennent de Rouen, ces diables de Normands d’aller sur les terres du flamboyant Jim Harrisson, les grands espaces du Nord Michigan.

Le pianiste Sébastien Palis, visiblement inspiré par l’écriture ardente de Big Jim, a composé une musique tout en impros-ruptures, fidèle à un esprit roots qui évolue avec un bel instrumentarium, saxophones, trompette, contrebasse, drums, piano, balafon et Wurlitzer! Huit compositions plutôt courtes, ce qui n’est pas pour nous déplaire, car elles conservent ainsi jusqu’au final leur intensité frémissante. Ces quadras actifs et volontaires du collectif les Vibrants Défricheurs - une nébuleuse de groupes au nom tous plus allumés et ludiques, sortent sur le bien nommé label  Vibrant un nouvel album A Very Big Lunch. Que l’on pourrait comparer à une grande bouffe, joyeuse cette fois et toujours très arrosée. Si le géant cyclope était passionné de cuisine, ses livres de recettes sont tout bonnement impossibles à réaliser tant ils évoquent de gargantuesques ripailles!

Truculents, irrigués d’une mélancolie mâtinée d'ironie, les livres ont souvent été qualifiés de construction musicale. Une adéquation au thème qui n’a pas échappé au quintet qui évoque dans cette bande-son imaginée romans et personnages. On pourrait d’ailleurs écouter, sans regarder les titres et chercher de quel roman chaque composition se rapproche...

On aurait pu craindre que Papanosh ne se soit assagi quelque peu, attentif à célébrer la figure de l’ogre de la littérature américaine au pas nonchalant. Mais dès la fin du premier titre, “Faux Soleil”, le rythme s’accélère, se poursuit sur le “Westward Ho” suivant, invitation à partir à l‘ouest vers la frontière pour défricher de nouvelles terres. Papanosh garde sa pertinence dans les choix et orientations esthétiques dans une alternance de climats qui n’enlève rien à la cohérence de ce qui constitue une suite. Le très beau “Nord Michigan”, hymne à cet état si peu emblématique pour nous Européens, est une ballade qui s’adapte entre chasse, pêche et virées nocturnes. Toujours puissant, mais sans brûler, voilà un drôle de remontant. Une écriture lyrique qui s’appuie sur des formidables solistes, deux soufflants qui avancent ensemble, aux timbres complémentaires, aux contrepoints parfaits : le trompettiste Quentin Ghomari et le saxophoniste alto et baryton Raphael Quenehen.

Ces variations prennent le temps de se fixer dans des tableaux sonores complexes et intrigants. On part sur une nouvelle piste, traçant “Wolf” : sur un rythme plus lent, cette invocation-tournerie de tribu indienne, chaloupe sur la musique des fûts et des peaux de Jérémie Piazza et de l’autre pilier rythmique, le contrebassiste Thibault Cellier et nous fait entrer dans l’univers envoûtant du sorcier.

Dans la roue d'un trio qui prend la route pour faire sauter un barrage vers le grand Canyon, retournant dans l’Amérique des années soixante, celle de la jeunesse d’Harrisson et de la contreculture, voilà le formidable “A good day to die”, formule indienne qui devient road trip musical, plus affolant, heurté et forcément exposif. Sans pour autant annoncer le final splendide, plus léger et doux, une mélodie que tous se partagent, insufflée en hommage à l’attachante Dalva, l’héroïne de l’un des romans les plus célèbres de Jim Harrisson.

La musique du quintet, en décalage pour mieux s’échapper vers un horizon inconnu, n'est jamais tout à fait là où on l’attendrait, et c’est bon. Un album spontané et exaltant,  captivant de bout en bout, à consommer sans modération en n’hésitant jamais à se resservir.

Sophie Chambon

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6 mars 2023 1 06 /03 /mars /2023 08:41

OJM Studios (Portugal, 28 novembre 2021.
Justin Time Records. Paru le 17 février dernier.

 

    Rare sur la scène parisienne depuis qu’il s’est installé en Amérique du Nord voici un bon quart de siècle (New-York puis Montréal), Jean-Michel Pilc se rappelle à notre bon souvenir par le disque. Deux albums sortis en moins d’une année voient le pianiste s’exprimer dans ses deux formats préférés, le trio (‘’Alive. Live at Dièse Onze, Montréal’’, voir chronique de Xavier Prévost) et le solo (‘’Symphony’’), tous deux publiés par le label québécois Justin Time.


    L’exercice du solo appartient depuis longtemps à l’univers du jazzman qui délaissa le prestigieux Centre National des Etudes spatiales, son emploi après Polytechnique, pour l’aventure de la musique improvisée.
    En 2004, avec  ‘’Follow Me’’ (Dreyfus Jazz), Pilc brassait un large répertoire, de Trénet et Brassens à Mercer et Hammerstein. . « Un artiste, ce n’est pas un distributeur automatique, nous confiait-il alors,  C’est un kaléidoscope. Il y a des vents d’ouest, des vents d’est, des grandes et des petites marées. La musique   est un fluide. »

 

    Le pianiste n’a pas renié ses engagements. L’improvisation, il l’a travaillée, il l’a théorisée dans un ouvrage, il l’enseigne à l’Université à Montréal. Dans « Symphony », Jean-Michel Pilc s’en donne à cœur joie sur ses propres compositions, tirant profit de conditions optimales, à son avis, pour un enregistrement (un Steinway magnifique, une acoustique parfaite) dans un studio sis au Portugal (OJM à Matosinhos) où il venait d’accompagner un saxophoniste à l’automne 2021.

 

    Dans ce cinquième album de sa carrière en solo, Jean-Michel Pilc nous délecte avec ces alternances de coups de tonnerre et de ruissellements de notes qui constituent sa signature. On retrouve l’admirateur de Fats Waller et d’Art Tatum ou encore le pianiste respecté par Martial Solal qui partagea avec celui-ci la scène dans des duos mémorables en club. Ces deux artistes partagent bien le goût de l’imprévu, le sens de l’humour. Avec Symphony, Jean-Michel Pilc se présente au sommet de son art et nous offre un album profond qui réserve à chaque écoute, son lot de (délectables) surprises.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

 

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5 mars 2023 7 05 /03 /mars /2023 15:58

Mikkel Ploug (guitare), Mark Turner (saxophone ténor), Jeppe Skovbakke (contrebasse), Sean Carpio (batterie)

Copenhague, 25-27 avril 2022

Stunt Records STUCD 22112 / UVM

 

Très étonnant (et très réussi) parti pris de jouer pour l’essentiel, en les adaptant, des thèmes de deux compositeurs classiques danois : l’historique Carl Nielsen (à cheval sur le 19ème et le 20ème siècles) et le contemporain sexagénaire Bent Sørensen ; ainsi qu’une pièce pour piano et voix de l’Ukrainien Valentin Silvestrov (né juste avant la seconde guerre mondiale). Et aussi 4 compositions du guitariste. Il en résulte une indiscutable unité stylistique, qui tient autant au choix des pièces issues d’autres instrumentations qu’à l’arrangement, la mise en forme, et la mise en œuvre dans un contexte où le lien entre l’écrit et l’improvisé semble couler de source. Le guitariste chante ses lignes, ce qui rappelle un certain pianiste, mais cela coïncide totalement avec l’expression. On est en territoire de lyrisme intense, et pourtant tout est fluide, presque diaphane, une sorte de mystère en mouvement. L’extrême élaboration se devine, mais subsiste une impression d’évidence, une sorte de ‘naturel’ très construit qui nous donne l’illusion que tout coule de source : Grand Art, en quelque sorte. Le groupe, le choix du répertoire et les développements des solistes, nous transportent littéralement dans un ailleurs qui, même s’il éveille dans notre esprit souvenirs et analogies, résonne en nous comme un bonheur inédit.

Xavier Prévost

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