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26 avril 2022 2 26 /04 /avril /2022 16:58
FLAVIO BOLTRO & FABIO GIACHINO        THINGS TO SAY

THINGS TO SAY   FLAVIO BOLTRO & FABIO GIACCHINO

CAM JAZZ/L'AUTRE DISTRIBUTION 

 

Voilà que le label italien CAM JAZZ nous propose deux CDs d’artistes transalpins, musiciens au sommet de leur art.

Commençons par le duo du trompettiste Flavio Boltro et du pianiste Fabio Giachino dans ces Things to say.

Un dialogue lyrique et passionné s’engage vite dès l’explicite “Dark Fire and Desire”. Le ton est donné, on ne perd pas de temps en préambule avec ces deux là.

Si on ne connaissait pas ce pianiste effervescent, le trompettiste, nous l’avions découvert, il ya longtemps, en quintet avec le saxophoniste Stefano di Battista, un frère en musique et c’était éblouissant. Mais Flavio Boltro n’est jamais plus près de lui même que dans le duo, configuration rêvée, chant de désir ou aveu d’une plainte. Point trop de méditation ni de recueillement, ce n’est pas là leur pente naturelle, ils préfèrent escalader le versant jazz en grimpeurs fous de rythmes. Ils restent vifs jusque dans la gravité. Même dans le “Prélude to Salina”que le pianiste interprète seul, on sent une force irrésistible qui préfigure l’histoire vibrante de “Salina” au mitan de l’album, ballade animée d’une douce violence. L’alchimie fonctionne avec une expressivité mélodique à son acme.

Onze pièces composent l’album, assez courtes mais suffisamment intenses pour ne pas nous laisser souffler, six du pianiste, quatre du trompettiste et une collective qui s’ajustent parfaitement dans un montage intelligent. Après “No Noise” à la tristesse marquée, le “Seven Dwarves” très dansant et le “Mood and Blues” improvisé et galopant en  toute liberté justifient peut être la remarque de Brian Morton, critique et auteur des liner-notes qui compare les deux Italiens aux fougueux  Louis Armstrong et Earl Hines. Il va même jusqu'à rapprocher le duo actuel, enregistré en 2020 en pleine pandémie à Turin (Boltro est Turinois ) avec le Weather Bird de 1928, dynamitage en règle du jazz de l’époque ... quelques années après la grippe espagnole! Association un brin curieuse, le duel constant entre Pops and Fatha se reproduit-il ici? Il s’agit  plutôt d’une entente cordiale, suite espiègle de “call and responses”, giro endiablé, avec des growls enjoués, pas trop de feutré dans le son rond et chaud du trompettiste, mais des aigus maîtrisés, sans fausse fragilité .

On se laisse entraîner par la vivacité de l’échange, clairement articulé jusqu’au final très court mais sans appel “Spicy Blues”. Emballant!

Sophie Chambon 

 

Pre-release - Flavio Boltro & Fabio Giachino - Things To Say release by Cam Jazz on April 22nd, 2022 - YouTube

 

Things To Say from THINGS TO SAY album 2022 (CamJazz) - Flavio Boltro, Fabio Giachino - YouTube

 

Le CD suivant, toujours sur CAMJAZZ, est celui du quintet d'Enrico Pieranunzi, un live au Village Vanguard qui sortira le 20 mai prochain.

A SUIVRE... 

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26 avril 2022 2 26 /04 /avril /2022 10:31

Matthias Spillmann (trompette & bugle), Francesco Geminiani (saxophone ténor), Manuel Schmiedel (piano), Fabien Ianonne (contrebasse), Noé Tavelli (batterie, composition)

Fribourg, 19-20 février 2020

Fresh Sound New Talent FSNT 635 / Socadisc

 

Assez différent du disque enregistré en 2017 (Noé Tavelli & The Argonauts Collective, Double Moon Records), et publié deux ans plus tard, ce nouveau CD ne doit pas ce renouvellement au seul changement de nomenclature, avec le passage, par l'arrivée du pianiste Manuel Schmiedel, du quartette au quintette (le bassiste a été oublié sur la jaquette, mais ils sont bien cinq). Il y a là comme l'affirmation d'une pulsation plus ferme, plus forte, qui ne sacrifie en rien les subtilités de la construction mélodique et harmonique, mais trouve au contraire dans ce nouvel essor la confirmation de son identité. Sans épiloguer outre-mesure sur la métaphore suggérée par l'allusion aux compagnons de Jason et à leur quête de la Toison d'or, on doit bien reconnaître que la référence choisie pour le discours d'escorte mérite quelque attention. C'est bien une sorte d'aventure exploratoire qui se joue dans ce nouvel opus. Différentes facettes du jazz contemporain s'y trouvent abordées, et développées avec une indiscutable richesse qui tient autant à l'écriture qu'à l'interprétation des membres du groupe, et à leurs qualités d'improvisateurs.

Bref c'est un vrai bon disque d'aujourd'hui, relié à la mémoire de ce jazz moderne qui s'était épanoui dans la seconde moitié du siècle dernier. Ce groupe international, avec tropisme new-yorkais et centre de gravité helvétique, nous offre une sorte d'état de lieux du jazz de stricte obédience, dans sa composante transatlantique. Plus que convaincant, le résultat est jouissif.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube 

 

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24 avril 2022 7 24 /04 /avril /2022 19:23

Claude Tchamitchian (contrebasse, composition), Daniel Erdmann (saxophones ténor & soprano), Régis Huby (violon), Rémi Charmasson (guitare), Christophe Marguet (batterie)

Pernes-les-Fontaines, sans date

émouvance emv 1045 / Absilone-Socadisc

 

Le précédent «Ways Out» (Abalone AB 012), enregistré en 2012, était en quartette. L'équipe s'est étoffée, depuis environ 4 ans, par l'arrivée de Daniel Erdmann. La musique s'en trouve légèrement infléchie, peut-être vers un son plus explicitement 'jazz' (le saxophone n'y est pas pour rien), mais pas moins aventureux. Les sorties dont nous parle le titre seraient-elles de secours ? Ou simplement de liberté, pour désigner une échappée, un chemin inexploré ? Le texte de présentation du contrebassiste nous inviterait plutôt, si je le comprends bien, à sortir d'un monde précarisé par l'inconscience humaine, par l'espoir autant que par le rêve, sans abandonner ni la lucidité, ni la mémoire du passé. Et le fil rouge de la musique trace sa route, très librement, selon une dramaturgie essentiellement musicale, et assez différente au disque du concert auquel j'avais assisté voici quelques mois. Aux compositions d'une belle facture, et d'une réelle originalité, se mêlent des évocations : ici Charles Mingus, là Jacques Thollot, références chargées d'histoire et de densité musicale, dans les 2 cas. Force expressive du premier, liberté du cheminement mélodique du second, ces références transparaissent au fil d'un développement pourtant musicalement et artistiquement autonome : la vraie valeur de l'hommage. Et l'ultime plage nous entraîne encore ailleurs, là où le rêve rejoint la musique, ou l'inverse peut-être. D'un bout à l'autre, une œuvre musicale, accomplie, dont on devine qu'elle s'est concrétisée telle que les musiciens, collectivement, l'avaient rêvée. Et le texte de Jean Rochard qui accompagne le livret nous ouvre un sentier de poésie autant que de mémoire : comme pour nous rappeler qu'un disque n'est pas qu'un objet sonore, mais que l'ensemble fait œuvre.

Xavier Prévost

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Le groupe sera en concert à Paris, au Studio de l'Ermitage, le mardi 26 avril 2022

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Un avant ouïr sur Youtube 

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23 avril 2022 6 23 /04 /avril /2022 14:16

Charles MINGUS (contrebasse), Eric Dolphy (saxophone alto, flute, clarinette basse), Clifford Jordan (saxophone tenor), Jaki Byard (pian) et Dannie Richmond (batterie).  Théâtre des Champs Elysées, Paris, le 19 avril 1964.
Coffret de 2 CD incluant un livret. Decca/Universal.
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   Charles MINGUS est né le 22 avril 1922 à Nogales (Arizona). Il aurait eu 100 ans hier.

   Cette réédition concerne le deuxième concert parisien de la tournée 1964 de Mingus, donné au Théâtre des Champs Elysées le 19 avril, dans une ambiance un peu dramatique, le contrebassiste devant se passer de son trompettiste Johnny Coles, hospitalisé en urgence (hémorragie interne) pendant sa prestation à la Salle Wagram le 17 avril au soir. Le leader rend d’ailleurs un bel hommage à son musicien dont la trompette trône sur scène ... sur une chaise !

 

   Amputé de l’une de ses voix, le groupe de Mingus va faire vibrer les spectateurs tout au long de ce concert qui, retardé, débutera finalement après minuit. Reproduit dans son intégralité, il permet d’entendre la voix rocailleuse du leader dans ses commentaires et l’accueil survolté du public parisien.

 

   Le programme se révèle à peu près identique à celui du vendredi (1), si l’on excepte un solo de piano de Jaki Byard ‘’A.T.F.W.’’ (Art Tatum, Fats Waller), synthèse brillante de l’époque classique, et un standard de l’un des maîtres de Mingus, Duke Ellington, ‘’Sophisticated Lady’’, donné par le contrebassiste en solo, sobrement accompagné par Byard.

 

   Mingus se montre fidèle à lui-même, incandescent, quand il livre au public pendant l’interprétation (près de 28 minutes) de ‘’Fables of Faubus’’(2) les paroles censurées dans le disque paru l’année précédente chez Columbia. (Extraits : « Ah Seigneur, ne les laisse pas nous tirer dessus…plus de croix gammée… plus de Ku Klux Klan… Faubus, un homme malade, ridicule, abruti, nazi »).

 

   Dans la même veine de son engagement on retrouve donnée ‘’Meditations on Integration’’, autre composition phare de Mingus traitant des conditions de vie dans les ghettos du sud des Etats-Unis. Le rebelle salue également la mémoire d’un autre de ses inspirateurs, Charlie Parker dans une longue version (27 minutes aussi) d’une autre de ses œuvres, sorte de collage de compositions du Bird, ‘’Parkeriana’’.

 

   Un moment d’émotion avec ‘’So Long Eric, Don’t Stay Over There Too Long’’ (21 minutes), où le compositeur exprime toute sa tristesse de voir son complice le quitter pour rester en Europe (où il décédera le 29 juin à Berlin à l’âge de 36 ans).

 

   Si l’on ajoute enfin un titre marqué par l’esprit du blues, ‘’Orange was the colour of her dress then blue silk’’), c’est bien tout l’univers mingusien qui se dévoilait cette nuit-là avenue Montaigne. Compositeur, interprète, chef de groupe, les trois facettes de l’art du grand Charles s’illustrent de la plus belle des manières.

 

... Un coffret indispensable dans toute discothèque.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

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(1). Concert publié en 1996 par le label Revenge Records de Sue Mingus, veuve du musicien, sous le titre ‘’The Legendary Paris Concerts’’ et comprenant un solo de Johnny Coles sur « So long Eric ». Des copies et des éditions pirates du concert avaient circulé et été publiées avant la sortie de cette version officielle et le versement des droits aux interprètes.

 

(2)Stigmatisation du gouverneur de l’Arkansas Orval E. Faubus qui interdit en 1957 l’accès à l’université de Little Rock aux étudiants de couleur.

 

 

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20 avril 2022 3 20 /04 /avril /2022 17:24
RENE BOTTLANG  RALF ALTRIETH    NUMBERS

RENE BOTTLANG/ RALF ALTRIETH

NUMBERS

Meta records/ Socadisc

www.metarecords.de

 

Numbers, voilà un nom d’album en parfaite adéquation avec des titres en espagnol formant une série de nombres, sans correspondre à leur ordre de classement. Etrange...

Enregistré à la Buissonne pour le compte du label indé allemand Metarecords, fondé en 1999 autour du jazz et du classique, par Johannes Reichert et Ralf Altrieth, c’est à la découverte d’un duo pétillant et efficace que l’on assiste, celui du pianiste suisse René Bottlang et du saxophoniste allemand Ralf Altrieth. Un travail artisanal au sens le plus noble du terme, depuis la pochette peinte par le saxophoniste, également peintre, jusqu’ au livret-carnet de photos des deux musiciens, tableaux de leur séjour en Provence, tout un art de vivre que partagent ces exilés volontaires, adoptés et adaptés au Sud.

Musiciens paysagistes, inspirés par leur environnement naturel, ils creusent les possibilités de leurs instruments en 18 petites pièces, toutes du pianiste. Reste à tenir la route sur la durée mais le résultat est convaincant avec ce récital au répertoire métissé. Leur complicité manifeste, l’homogénéité de leur duo chambriste y est pour beaucoup. La séduction immédiate qui émane de ce duo fusionnel, complice en tous les cas, entraîne dans les méandres et rêveries d’une balade/ballade, sur une ou deux ailes, comme on voudra. On suit en effet les chemins d'un compagnonnage qui a su vite fusionner genres et styles, dans une grande clarté de discours, porté par le son impeccable de la Buissonne. Ces performances ont la teneur d’une aventure, des moments poétiques, des formes ouvertes, structurées néanmoins, alternance de pièces enlevées avec d’autres aux cadences moins rapides.

Trop méconnu, René Bottlang est un pianiste original qui compte à son actif une remarquable suite d’échappées libres ou belles selon la formule de son compatriote Nicolas Bouvier. Les Suisses savent s’échapper, on le sait. Il a d'ailleurs pas mal bourlingué... jusqu’en Mongolie d’où il revint avec un album pour le label avignonnais Ajmi series, un solo Solongo évoluant entre musique classique et jazz. Toujours aventureux, désireux de se frotter à d’autres musiciens, René Bottlang a tourné dans pas mal de groupes avec Charlie Haden, Barre Philips, Phil Minton. En Provence, c’est Jean-Paul Ricard qui le fit jouer avec André Jaume, Bruno Chevillon, Guillaume Séguron. Je me souviens d’un duo décoiffant à Arles à Jazz au Mejan en 2014, avec Louis Sclavis… Aussi n’est il pas étonnant de le retrouver dans pareille configuration avec cette fois un saxophoniste ténor et soprano. Ralf Altrieth que l’on découvre n’est pas pour rien dans l’installation d'un climat serein et vibrant, intemporel. Les tempos plutôt vifs laissent  respirer ses phrases dans une fluidité mélodique. Le piano est  archipel, singulier pluriel, percussif, chaloupant, en parfait écho les volutes soyeuses des saxophones.

Un art narratif sans débordement romantique mais romanesque, le long de compositions rythmées, plus acrobatiques qu’il n’y paraît. Des notes en pluie serrée et persistante, un martèlement audacieux du clavier, des superpositions d’accords et brisures rythmiques composent un chant profond, une mélodie jamais heurtée pourtant, dansante même. Cette conversation musicale est pleine de rebondissements, de traits vifs, de fulgurances, de changements d’humeur, d’expérimentations sur le son, le souffle où le silence joue aussi son rôle. Si, sur l’une des photos, on voit les deux amis jouer assis, d’un air faussement détaché, autour de verres de rosé (on est en Provence !), ils ne se laissent pas troubler dans leur partition, chacun jouant alternativement le rôle de soutien pour l’autre. Appliqués à peaufiner leur matière, dans ces miniatures réclamant un équilibre particulier, ils s’adaptent en permanence au caractère des pièces sans oublier de s’écouter, tout leur art résidant dans cette manière légère.

Sophie Chambon

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12 avril 2022 2 12 /04 /avril /2022 18:25
SYLVAIN FANET    PHILIP GLASS  ACCORDS & DESACCORDS

SYLVAIN FANET

PHILIP GLASS  ACCORDS & DESACCORDS

 

LE MOT ET LE RESTE

lemotetlereste.com

 

 

Il existe un mystère Glass…

Ce sont les premiers mots du livre passionnant (aux éditions marseillaises qu'on ne présente plus du Mot et du Reste) de Sylvain Fanet qui s’est attelé à découvrir la part d’ombre de ce créateur touche-à-tout, travailleur infatigable dont la trajectoire exceptionnelle sur plus de cinquante ans a évolué entre musique savante et populaire, concernant tous les aspects de la création.

Ce portrait multi-facetté ne verse jamais dans la biographie hagiographique et ne suit pas l’axe chronologique: découpé en douze chapitres thématiques, il livre un accès documenté avec le soin le plus extrême pour approcher au plus près cet artiste démiurge dont l’oeuvre gigantesque fut plus souvent que de raison incomprise. Jugé trop éparpillé, trop “cross over” pour être pris au sérieux dans les années soixante, en parfaite opposition avec le dogme du sérialisme, dominant avec Boulez, il fut violemment critiqué par les gardiens du temple.

Sans se décourager, Philip Glass prit son temps pour trouver sa “voie” et ensuite s’en débarrasser en s’engageant dans un voyage très personnel, suivant tout un labyrinthe de directions nouvelles. Les années d’apprentissage furent longues, mais Philip Glass n’en avait jamais fini, son insatiable curiosité  l’exposant à des cultures différentes dont il sut tirer parti.

Si la production de Varese tient sur un Ipod en moins de trois heures, si l’oeuvre cumulée d’un Debussy ou Ravel dépassent à peine les quinze heures d’écoute, il est quasiment impossible de faire le tour de la production de Philip Glass. Et pourtant, Sylvain Fanet y est parvenu, sans dresser un bilan, car le musicien continue à produire, à plus de 80 ans.

On suit avec intérêt ces sections très détaillées où chacun peut trouver son compte, l’amateur, le mélomane, le musicien. Un chapitre final, joliment intitulé Heart of Glass, 33 Oeuvres à la loupe (classées cette fois chronologiquement) est un précieux viatique pour se balader avec fluidité dans les compositions d’une oeuvre en perpétuel mouvement, des plus modernes aux plus classiques. Car Philip Glass peut toucher tous les publics. Il navigua très tôt entre Bach, Moondog, Darius Milhaud, Ravi Shankar (Chappaqa), travailla avec des artistes pop ou rock, Mick Jagger, David Bowie pour sa Heroes Symphony sur la trilogie berlinoise, s’offrit une incursion dans la New Wave ( Depeche mode se réclame de lui).

Passionné de théâtre ( Beckett, Cocteau) y compris dans ses formes les plus expérimentales, mais aussi de danse contemporaine, Glass a révolutionné l’opéra moderne, dès 1976, avec Bob Wilson et Lucinda Childs-son approche est volontiers collaborative. S’ensuivit le démesuré Einstein on the beach, au succès planétaire, ovni sans intrigue ni livret, oeuvre au long cours de 5 heures avec des intermèdes les “Knee-plays” de 6’. On comprend cependant que ces variations sur Einstein et le temps furent clivantes, la radicalité de son art étant manifeste, avec une construction essentiellement rythmique où le hasard et ses accidents jouaient aussi leur rôle. Le public fut très vite captivé et captif, entrant dans des boucles que l’on ne peut assimiler pour autant à la transe!

D’autres succès vinrent avec Opening de Glassworks en 1981 et dans un tout autre genre, les musiques de films lui assurèrent une notoriété mieux partagée, à l’orée des années 2000. Sachant ménager au spectateur un espace entre image et musique , il a réussi à imprimer sa marque dans l’univers très codé des musiques de films : le travail sur le Kundun de Scorsese (1997) était une évidence, vu son engagement pour la cause tibétaine, The Truman Show,  mais surtout The Hours de Stephen Daldry en 2002 furent décisifs, la musique étant l’élément unificateur de ces trois histoires de femmes dérivant de la Mrs Dalloway de Virginia Woolf. Contre toute attente, suivit une collaboration intéressante avec Woody Allen pour un film très noir Cassandra’s Dream (2007) qui ne connut pas le succès du précédent Match Point.

"Je n’écris pas la musique pour accompagner le film, j’écris la musique qu’est le film", tel est son credo.

Le piano est le medium parfait, choisi pour fondre des idées nouvelles dans les formes classiques, symphonies, études, particulièrement importantes pour améliorer la technique, socle de toute trajectoire créative.

"Quand j’écris de la musique, je ne pense plus à la structure, je ne pense plus à l’harmonie, je ne pense plus au contrepoint. Je ne pense plus SUR la musique, je pense musique.

Si on reconnaît immédiatement sa signature, il ne faudrait pas et ce fut souvent le cas, le cantonner aux minimalistes avec Steve Reich et Terry Riley, avec des oeuvres jugées répétitives et languissantes comme le ressac. La répétition n’est jamais un bégaiement ni un simple double de ce qui a été fait, mais le vecteur de toute création. Music is the fine art of repetition. 

La musique de Philip Glass ne demande aucune virtuosité, apparente du moins, mais structurée et contemplative, rythmiquement plus qu'exigeante, elle ne souffre aucune erreur... D’ailleurs, volontiers partageur envers ceux qu'il estime jouer mieux que lui, il laisse à quelques pianistes Nicolas Horvath, Vanessa Wagner ou Maki Namekawa le soin de s’en acquitter, ce qu’ils font avec une certaine dévotion...

Preuve s’il en était de la reconnaissance de cet artiste démiurge qui, en revendiquant un nouveau langage, apprend à  reconnaître l'étrangeté,  France Culture, où la musique n’a pas une place prédominante, lui a consacré récemment une semaine d’émissions dans les très suivis Chemins de la Philosophie d’Adèle Van Reeth, le seul autre compositeur, également pianiste qui eut droit à une telle série, étant Keith Jarrett... La première émission des Chemins invita d'ailleurs Sylvain Fanet à présenter son livre et à éclairer la personnalité d'un artiste visionnaire, souvent paradoxal. 

Cette musique discrètement poignante, magnétique, lancinante, faussement simple parle aussi de nous, peut être parce qu’elle commence et s’interrompt brutalement, sans début ni fin, comme une grande ligne de vie!  Et pendant le premier confinement de la pandémie, elle toucha de nombreux interprètes qui la partagèrent sur internet lors de ces moments d’intense solitude!

 

Sophie Chambon

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11 avril 2022 1 11 /04 /avril /2022 12:16

Avec Frédéric Loiseau (guitare, voix), André Charlier (batterie, percussions) et Benoît Sourisse (orgue, sifflet).
Studio des Egreffins, 2021.
Gemini Records / Absilone / Socadisc.
Parution le 15 avril.


   Voilà un guitariste qui nous est bien connu pour son ouverture d’esprit et d’écoute et pour refuser les effets. Frédéric Loiseau aime à participer à des projets où prime l’intime.
   Son terrain d’excellence, les petites formations, et  sur un large spectre : en duo avec le chanteur baryton Laurent Naouri sur des œuvres de Fauré, Debussy, Poulenc (‘En Sourdine’ -Outhere. 2020-), au sein d’un quartet de chambre (‘Looking Back’ -Black & Blue. 2010-)* pour honorer quelques-unes de ses idoles, (Billy Strayhorn, Kosma et Jobim), en quintet (‘For All We Know’ -Black & Blue. 2013-)** ou encore dans un format de trio avec orgue (Benoit Sourisse) et batterie (André Charlier) dans ‘Smile’ (Black & Blue. 2015).
   Ces deux derniers compères sont à nouveau mis à contribution dans « D'Intant en Instant » (Gemini Records).

  

   Délicatesse, sensibilité (et non sensiblerie), précision, ces vertus s’invitent pour ce périple musical sous la houlette attentionnée d’un guitariste à la démarche évoquant celle de Jim Hall, Fred Loiseau. Un parcours en douze étapes, encadré par deux compositions du leader (clin d’œil à son patronyme), ‘Morning Bird’ et ‘Cuicui du soir’, et qui fait une amicale référence posthume à Claude Carrière avec trois titres, ‘Fleurette Africaine’ de Duke Ellington, ‘le Duc de Charonne’, signé Bob Dorough (auteur du générique historique de Jazz Club) et ‘Waltz for C’, hommage personnel de Fred.

   Bref, Frédéric Loiseau nous parle à l’oreille et au cœur, dans un album où l’improvisation rime avec l’émotion.


     Vivement conseillé.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

* regroupant Rebecca Cavanaugh (voix), Marie-Christine Dacqui (contrebasse) et Claude Carrière (piano)
** Mêmes musiciens, avec André Villéger (saxophone ténor) et Bruno Ziarelli (batterie).

 

En concert le 22 avril à 20 h 30 au Sunset (75001).

 

©photo X. (D.R.)

 

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8 avril 2022 5 08 /04 /avril /2022 20:17

Guillaume Orti (saxophones alto & soprano), Benoît Delbecq (piano), Hubert Dupont (contrebasse), Samuel Ber (batterie)

Malakoff, 19-21 octobre 2021

PeeWee! PW 1006 / https://peeweelabel.com/fr/albums/33 & Socadisc

 

Septième album de ce groupe né à l'orée des années 90 et toujours, pour l'auditeur que je suis (et au risque de la redite), la sensation d'une absolue singularité. J'ai beaucoup écouté les disques précédents, et de nombreux concerts de ce groupe, avec ses batteurs successifs, le reste de l'équipe demeurant d'une stabilité remarquable. Et j'avais aussi écouté le quartette dans sa composition actuelle, avec le jeune Samuel Ber à la batterie, lors de deux concerts récents, le premier quelques semaines seulement après l'enregistrement de ce disque. Comme lors de ce concert, le disque commence par une composition du nouvel arrivant, manière élégante de confirmer qu'il a d'emblée sa place, de plein droit, dans cette phalange d'exception. Et ce thème est parfaitement en phase avec ce qui fait la force de ce groupe : liberté tonale et rythmique, cheminement sinueux dans les sons et les sensations, à quoi se reconnaît la musique quand elle est totalement un art. Ici le concept est en prise directe avec l'émotion, les labyrinthes rythmiques, mélodiques et harmoniques, sont autant de portes ouvertes sur l'émoi, le songe, le choc esthétique ou la douceur soyeuse (suggérée par le titre de l'album) de l'immersion dans une expérience d'écoute qui va nous entraîner loin de nos bases. C'est un disque à aborder sans idée préconçue sur ce qu'est le jazz, d'hier à demain. Et ce «bel aujourd'hui» (comme disait Mallarmé), nous est offert comme une invitation à suivre ce chemin (route de la soie ? Qui sait....). Si notre écoute est à l'aune du mystère qui se joue dans ces plages, le bonheur est au bout du chemin.

Xavier Prévost

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Le groupe fêtera la sortie de ce disque par un concert à Paris, au Sunside, le 12 avril à 21h

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Une vidéo d'avant-ouïr

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5 avril 2022 2 05 /04 /avril /2022 21:41

Recueil de photographies de François Corneloup, textes de Jean Rochard, préface de Philippe Ochem, et un entretien de François Corneloup avec Guy Le Querrec

Jazzdor Series / https://jazzdorseries.bandcamp.com/merch/seuils-fran-ois-corneloup

 

Un livre de photographie, mais avec des images saisies par un musicien. Le texte de Jean Rochard fait d'ailleurs mention d'autres jazzmen d'ici qui pratiquent cet art singulier, et avec qui Pablo Cueco s'était entretenu pour le numéro 35 du journal Les Allumés du Jazz : outre Corneloup, Louis Sclavis et Edward Perraud s'étaient alors exprimés. Parmi les musiciens photographes, on pourrait citer aussi Bruno Chevillon, lequel est d'ailleurs saisi en pleine méditation dans l'un des clichés, référencé sous le n° 11. Curieusement, il n'y a pas de pagination : seules les photos sont numérotées. Jean Rochard évoque aussi des musiciens états-uniens pratiquant la photo, comme Stan Levey ou Milt Hinton. Philippe Ochem, qui préside aux destinées de Jazzdor (les festival, le label), évoque dans sa préface la genèse du projet, né de la publication en ligne, durant le premier confinement, de ces clichés. Dans son avant-propos, François Corneloup parle d'une «écriture de l'instantané, un réflexe au présent […] ce moment où l'œil est au seuil». Ce qui dit assez bien ce que sont ces images, entre captation sur le vif, instants de pause (ou de pose), et constructions plastiques à partir d'un sujet perçu dans un environnement qui devient construction picturale.

 

Ces photographies saisissent non seulement jazzmen et jazzwomen dans leur environnement (les loges, la scène, les répétitions, les moments de détente), mais aussi les partenaires de cet univers : responsables de festivals (qui sont aussi parfois des musiciens, comme Philippe Ochem, surpris face au piano) : Roger Fontanel, Armand Meignan.... ; photographes : Guy Le Querrec et Sergine Laloux ; les ingénieurs du son : Charles Caratini ou Philippe Teissier du Cros ; ou comédien comme Jacques Bonnaffé....

Très belles photos, belle mise en page, photogravure réussie, sobre et sans clinquant. C'est vraiment un beau livre. Et les textes de Jean Rochard, pas du tout illustratifs mais souvent allusifs, nous rappellent que le producteur du label nato (sans majuscule) est aussi une indiscutable 'plume du jazz' (et d'autres domaines). Et en épilogue l'entretien de François Corneloup avec Guy Le Querrec éclaire de belle manière cet art singulier. Livre très réussi, donc, et hautement recommandable.

Xavier Prévost

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François Corneloup sera présent en librairie pour un solo, suivi d’une séance de signatures :

Vendredi 8 avril, à 19h30, au Salon Escale du Livre de Bordeaux en partenariat avec la Librairie Olympique

Samedi 9 avril, à 19h30, à la Librairie Texture, 94 avenue Jean Jaurès, Paris

Jeudi 12 mai, à 18h chez le Disquaire Le Souffle continu, 22 Rue Gerbier, Paris

Vendredi 13 mai, à 18h30, à la Boutique des Allumés du Jazz, 2 Rue de la Galère, Le Mans

Samedi 14 mai, à 17h, Librairie musicale La Machine à Musique, 13/15 rue du Parlement Sainte Catherine, Bordeaux

 

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3 avril 2022 7 03 /04 /avril /2022 08:34

SMOKE SESSIONS RECORDS 2022

Harold Mbern (p), Steve Davis (tb), Vincent Herring (as), Eric Alexander (ts), John Webber (cb), Joe Farnsworth (dms)


 Attention : Jazz U.H.T ! 

Traduisez : Jazz à Ultra Haute Température.

 

Le légendaire pianiste Harold Mabern, légende du hard Bop et qui nous a quitté en septembre 2019 nous revient à titre posthume avec un album enregistré en live en janvier 2018 au Smoke, le célèbre club de New-york. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’à 82 ans, le pianiste continuait à mettre le feu et envoyer du petit bois !

Harold Mabern ? On ne le présente plus. Il faisait effectivement partie des légendes du jazz et particulièrement du hard-bop. Il serait fastidieux d'énumérer ici ceux aux côtés de qui il a tenu le clavier mais quand même : Donald Byrd, Lee Morgan, Jackie Mc Lean, Wes Montgomery, George Coleman et tant d’autres.

Dans les liners qui accompagnent cet album et qui sont signées de son fils, Harold Mabern raconte que le plus grand regret de sa vie est d’avoir un jour été appelé par John Coltrane pour remplacer Mc Coy Tyner et que, malheureusement cette session n’a jamais pu avoir lieu. Il n’empêche, Mabern n’en a pas moins gardé une adoration sans faille pour son idole auquel il a toujours voué un amour sans limite.

Il était donc naturel pour lui de consacrer un concert entier au répertoire de John Coltrane qu’il connait sur le bout de son clavier.

Et pour cette session, Harold Mabern a fait appel à ses fidèles affidés, ceux qu’il appelait affectueusement les «  cats ».

 

Le moins que l’on puisse dire c’est que ce sextet se trouvait dans son élément, au plein d’énergie et d’envolées enflammées dans des improvisations qui font l’âme de cette musique à la lisière du hard-bop. Et dans cette grande confrérie de ces jazzmen pour qui le live en est l’essence-même, on mettra au premier rang un Steve Davis qui donne ici une véritable leçon de trombone. Celui dont le grand Freddie Hubbard disait qu’il était le plus grand tromboniste actuel apparaît ici, à 65 ans ( 61 ans à l’époque) dans une forme éblouissante, capable d’apporter avec sa raucité reconnaissable, le growl et le feu.

Steve Davis sur Blue Train( où il tient le rôle de Curtis Fuller) qui embarque tout avec autant de feeling doux que de groove de feu. Du grand art !
Tout est à l’encan.

Un Impression porté à haut niveau d'ébullition avec des acteurs au top et au meilleur de leur forme visiblement portés par une logique collective. Quel groupe ! Ça joue ensemble !!

Ou encore cette magnifique introduction de Mabern sur un My favorite things revisité.

 

On ne va pas passer en revue tous les thèmes ( Dear lord, Dahomey dance,  Naima, Straight street) mais juste vous dire qu’il est des concerts pour lesquels les absents ont toujours tort. Il fait partie de ceux-là.
Jean-marc Gelin 

 

 

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