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23 mai 2020 6 23 /05 /mai /2020 22:41

Enzo Carniel (piano, piano préparé, piano électrique, synthétiseur, électronique, enregistrements de terrain, conception sonore), Marc Antoine Perrio (guitare, électronique, conception sonore), Simon Talleu (contrebasse), Ariel Tessier (batterie)

Meudon, 19-20 septembre 2019

Jazz and People 820001/ Pias

 

Plaisir de retrouver un pianiste-compositeur que j'écoute avec un vif intérêt depuis maintenant 5 ans. Disque étonnant, qualifié ici ou là de concept-album, pour signifier qu'un univers imaginaire trame le projet musical. C'est que le musicien aime à faire émerger la musique dans une sorte de dramaturgie où le souci de la forme va faire advenir la musique. C'était déjà le cas lorsque j'assistais, en 2015, à son récital de fin d'année au Conservatoire National (CNSMD de Paris) chroniqué ici. C'était encore le cas quand, deux ans plus tard, j'écoutais le groupe 'House of Echo' sur la scène du studio 104 de Radio France (compte rendu en suivant ce lien), quelque temps avant la sortie de son disque «Echoïde». Chaque fois un parcours s'installe, un déroulement s'impose, un récit se déploie, mais c'est toujours la musique qui parle. Le récit musical émerge d'un paysage sonore, fait de sons concrets et de traitements électroniques, d'où va sourdre par vagues successives de la «musique de musicien, entièrement faite à la main», comme aimait à le dire l'Ami Jacques Mahieux. C'est à la fois prospectif, avec une tendance à l'abstraction lyrique, et simultanément totalement sensoriel, et d'une certaine manière sensuel. Le recours à la technologie n'empêche nullement cette musique, et son architecture générale, de révéler un caractère profondément organique. Bref c'est intrigant, passionnant, et pour tout dire totalement abouti.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

 

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20 mai 2020 3 20 /05 /mai /2020 17:53

Robin Finker (saxophone ténor, clarinette), Benoît Delbecq (piano, synthétiseur basse, boîte à rythmes), Sylvain Darrifourcq (batterie, cithare électrique)

Budapest, 30 juillet-1er août 2018

BMC Records CD 272 / Socadisc

 

Un projet -une musique- d'une totale singularité. Ce qui frappe, c'est la forte identité de chacun des membres du groupe. Ils opèrent habituellement dans des univers assez différents, et jouent ici «sans que leur identité initiale respective se trouve dissoute, l'autonomie de chacun étant de la sorte préservée, aucune hiérarchie ne s'instaurant au cours de leur relation» comme l'écrit très justement Ludovic Florin dans le livret du CD. J'entends dans ce disque comme une déconstruction / reconstruction permanente. La métaphore du 'gué profond' (deep ford), et le consentement qui nous est donné par le titre de l'album pour traverser à cet endroit précis, tout cela nous inviterait à suivre un chemin, en (très) bonne compagnie. Lecture légitime, pertinente, efficiente. Mais mon imagination vagabonde m'entraîne ailleurs, à l'écoute du labeur de cette édification. L'Art est aussi un Artisanat, l'artiste doit se colleter avec la matière sonore. Je pense à Monk en solo, au combat que se livrent à chaque mesure la pensée et le geste, matière et mémoire.... Mon imagination m'entraîne encore ailleurs, et me rappelle que le latin classique appelait transgressio  le franchissement, la traversée, que le latin ecclésial (Saint Ambroise, évêque du quatrième siècle) s'empressa de transformer en lui donnant le sens de faute morale.... Heureusement pour nous l'Art et les Artistes font du franchissement des lignes une magie prospective, et aussi une éthique, qui fonde une esthétique. Les règles sont ici transgressées, avec une créativité plus que féconde : tension des rythmes, jeux de sons et d'intervalles, élaboration de formes aussitôt remises en jeu par l'interaction du groupe. Car c'est ici un artisanat collectif, chaque son, chaque note, chaque nuance apporte sa cohérence à ce tout fragmenté, en déséquilibre permanent vers un horizon où la certitude et le doute seraient un seul mot. Le résultat nous remue, nous remet en question. L'ordre esthétique, rythmique, harmonique, est certes source de plaisir. Mais dans la tension, dans le saut de l'ange -surtout quand cet ange est un peu démon-, réside la jouissance esthétique. Et oui, ce disque est intensément jouissif, et c'est une pure merveille....

Xavier Prévost

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Six mois environ avant d'enregistrer le disque, le trio jouait à l'Opus Jazz Club de Budapest. Un extrait dans la vidéo ci-dessous

https://www.youtube.com/watch?v=DRm2Skhijkk 

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18 mai 2020 1 18 /05 /mai /2020 17:28

Stefan Orins (piano)

Attiches (Nord), 12-14 mars 2019

Circum-Disc microcidi 016 / https://www.circum-disc.com/stefan-orins-summers-hopes/ & Les Allumés du Jazz

 

Grand plaisir de retrouver le pianiste Stefan Orins, cet homme doublement du Nord (la Suède, dont sa famille est originaire ; le département du Nord, où il est né, et où il vit, dans les plaines du Pévèle). Il est cette fois en solo, dans une œuvre d'intériorité sinueuse qui nous entraîne loin de notre quotidien et de nos références esthétiques dominantes. Douze improvisations, inspirées par une peinture de Patricia Jeanne Delmotte, un artiste avec laquelle il entretient un dialogue musique/peinture depuis plus de dix ans. La toile est reproduite sur la jaquette du CD. Le disque est une libre déambulation du pianiste, conduite par les impressions ressenties à la contemplation du tableau. Tous les langages musicaux et pianistiques sont convoqués (de Paul Bley à Cecil Taylor en passant par Debussy ou Scriabine, et bien des musiques d'ailleurs, si l'on veut hasarder des références forcément inadéquates....), dans une absolue liberté, débridée et cependant attentive à chaque allusion, à chaque rebond. Une très belle expérience de musique libre, ou plutôt de musique élaborée en toute liberté. C'est un véritable expérience musicale et sensorielle dans laquelle il faut s'immerger : le voyage vaut le détour, les émotions et plaisirs esthétiques sont au fil du chemin.

Xavier Prévost

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https://stefanorins.jimdofree.com/

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16 mai 2020 6 16 /05 /mai /2020 10:42
REMI GAUDILLAT SEXTET                 ELECTRIC EXTENSION

REMI GAUDILLAT SEXTET

 

ELECTRIC EXTENSION

Premier Double Album

Label Z PRODUCTION www.zproduction.org

INOUÏE DISTRIBUTION

www.remigaudillat.com

https://www.remigaudillat.com/sextet

https://youtu.be/iuqf-XBNFMU

 

 

Une séduction immédiate, envoûtante et durable dès le premier thème qui ouvre justement l’album “Envol”. A mesure qu’enfle le volume sonore, on entre dans les terres d’ un jazz électrifié, proche du rock, d’un rock progressif même ( la pochette magnifique évoque ces paysages lunaires, irréels des maquettes de Roger Dean qui illustra les albums de YES). Rien de très surprenant puisque le trompettiste/bugliste leader Rémi Gaudillat s’est interessé à Syd Barret dans I-overdrive trio et sur une commande de Daniel Yvinek s’est attaqué aux chansons de la popstar David Bowie avec Possible(s) quartet.

Ils sont six dont 4 soufflants aux couleurs orchestrales et timbres précieux qui pratiquent un jazz chambré à l’alambic en“improfreesateurs”, rompus à la pratique de l’écriture contrapuntique et à l’improvisation. Le souhait de ce quartet de souffleurs atypique (sans saxophone) (deux trompette/bugle, une clarinette basse et un trombone ) est de sonner comme un orchestre de chambre, non à cordes mais à vent. Une fanfare de chambre poétique... en somme! Une magnifique alliance de souffles croisés qui survolent l’ensemble soutenu par une solide et puissante rythmique de guitares enflammées ( superbe solo sur “electric extension”, titre éponyme de l’album ).

Le jeu du sextet ainsi formé est bluffant, réunissant émotion, intensité et fluidité.Une inaltérable énergie, vite communicative, court sur les 8 titres amplement développés pour nous embarquer dans le voyage intérieur du leader Rémi Gaudillat qui a composé et écrit les arrangements avec chorus, soli foisonnants sans oublier des impros travaillées.

Ça déménage en de furieuses montées dansantes, mais propose aussi un répit tout provisoire quand survient  une clarinette basse qui exhale un souffle mystique sur “du clair au sombre” ( encore des couleurs et des nuances comme sur la palette d’un peintre), d’ une force insolite à un chant mélancolique.

S’ils font toujours preuve de la même virtuosité formelle, l’énergie créatrice de cette musique se laisse transformer en une voluptueuse dynamique qui ouvre tout un champ de possibles. Le temps est comme suspendu dans certaines formes vives, ouvertes, avec des ambiances qui évoquent même le chant des baleines, comme si la musique était en connexion avec la nature et l’environnement!

Vers le derniers tiers de l’album, interviennent fort habilement des invités, les clarinettes élégantes et virevoltantes de Louis Sclavis sur “les illusions" magnifiques” et sur le final “derrière la buée” des cordes, celles du quatuor Seigle qui déposent leur plainte, une élégie douce que bercerait la mer qui se retire.

Voilà bien un album magnifique, une musique fervente assez idéale pour ces temps sombres et agités du (dé)confinement!

Sophie CHAMBON

 

 

 

 

 

 

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15 mai 2020 5 15 /05 /mai /2020 22:32

 

CHRISTIAN MC BRIDE : «  the movement revisited – A musical portrait of four icons »
Mack avenue 2020
Christian Mc Bride (cb), Steve Wilson (as, fl), Todd Bashore (as), Ron Blake (ts,ss), Loren Shoenberg (ts), Carl Maragui (bs), Michael Dease, Steve Davis, James Burton (tb), Doug Purviance (btb), Lew Soloff, Ron Tooley, Franck Greene, Freddie hendrix, Darryl Shaw (tp), Warren Wolf (vb), Geoffrey Keezer (p), Tereon Gully (dms), Alicia Olutuja, J.D Steele, Sonia Sanchez, Dion Graham, Vondie Curtis-Hall,  Wendell Pierce, Voices of the flame (vc)
 

 

 

C’est quasiment une œuvre opératique à laquelle se libre le contrebassiste Christian Mc Bride, autour du thème de la lutte pour les droits civiques des afro-américains (comme on dit). Pour se faire, Mc Bride a choisi de rendre hommage à 4 grandes figures iconiques de la lutte des noirs américains : Rosa Parks, Malcom X, Mohamed Ali et enfin Barak Obama.
Chaque pièce leur est dédiée et est précédée par la lecture d’un texte mythique de (ou au sujet) de ces personnages historiques dont il est question de faire un portrait musical.  Et lorsque ces textes sont lus, ou plutôt remarquablement interprétés, la musique est là pour renforcer le propos. Et c’est toute la beauté et surtout la grande puissance de ces textes qui parlent de la liberté, de la fierté, noire, de l’humanité et surtout de l’engagement individuel et, au final collectif.
Ce portrait de ces 4 grandes figures qui correspondent chronologiquement à différents moments musicaux, c’est aussi une exploration de  la grande musique populaire noire américaine. Si l’album se termine par le fameux Yes we can, il se termine finalement par une interrogation sur la poursuite de ce combat dans cette amérique dont on peut se demander quelle sera demain la prochaine figure emblématique de ce combat que, hélas continue encore aujourd’hui.
Le contrebassiste, Christian Mc Bride qui réunit ici une grande formation s’inscrit sur les traces d’un de ses illustres prédécesseur, Charles Mingus. Et l’orchestre répond aux mêmes exigences d’engagement que celles que demandait Mingus lui-même à ses collistiers. Il y a certes moins d’humour incisif, moins de sarcasmes que dans l’œuvre du contrebassiste de Nogales (Arizona) mais la même urgence à dire, la même expressivité forte et puissante. Les solistes sont au rendez-vous, terriblement concernés par le propos.
Quel propos d’ailleurs ? Il est ici politique bien sûr. Il concerne l’égalité des droits. Mais il porte en lui sa part d’universalité.
Et surtout, dans cette Amérique encore raciste et réactionnaire, il est terriblement d’actualité. 
L’ouvrage, en tout cas, ne manque pas de souffle.
Jean-Marc Gelin




 

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12 mai 2020 2 12 /05 /mai /2020 16:41
LITTLE LOUIS

 

CLAIRE JULLIARD

LITTLE LOUIS

ROMAN 240 pages

Sortie le 5 mars

LE MOT ET LE RESTE

www.lemotetlereste.com

 On sait que le jazz est un roman depuis Alain Gerber. Claire Julliard, journaliste littéraire et autrice entre autres de la biographie chez Folio de Boris Vian, reprend le flambeau et nous livre une histoire pleine de bruit et de fureur, un conte merveilleux qui aurait pu virer au tragique tant Little Louis n’était pas né sous les meilleurs auspices. Sa vie ne fut pas “a bed of roses” et l’ image de clown jovial qui lui collait à la peau, lui porta tort, lui qu’on accusait de servir la soupe aux Blancs. Quand on chante “Black and Blue”, on ne sourit pas tous les jours à la vie. Celle qui fait oeuvre de romancière, à partir de sources précises et du journal d’Armstrong, réécrit l’enfance du trompettiste, ses jeunes années, en 21 chapitres animés, à la façon d’un entretien, comme si Louis nous parlait. Depuis sa naissance supposée le 4 août 1900,  à Perdido, rue du quartier noir de la Nouvelle Orleans,  jusqu’à son départ en 1922 pour le Nord et Chicago afin de rejoindre son maître, celui qui lui a tout appris, King OLIVER, le roi du cornet! “Heaven, I’m in heaven” c’est le titre du dernier chapitre où, à 22 ans, il se croit arrivé au paradis! Les jeux ne sont pas faits pourtant!

Chez nous, c’était la nouvelle Babylone, le royaume du crime et de la dépravation” : on est tout de suite plongé dans une réalité sans fard, quand il découvre la rue, la violence mais aussi la fête comme tous les enfants pauvres, assis sur les marches de l’escalier de sa maison. Il fait très vite connaissance avec la ségrégation, les terribles lois Jim Crow, une expérience quotidienne de racisme ordinaire, même s’il refuse l’appellation d’Oliver Twist noir. C’est que la Nouvelle Orleans n’est pas Londres. A la fin de sa vie, il vivra dans un luxe (relatif), celui des anciens pauvres, mais il aura toujours la nostalgie des belles maisons blanches aux balcons de fer forgé, des effuves de magnolias, du District et de ses honky tonks, de Canal Street, des parades colorées, de la musique, des battles au coin des rues, des steamers qui remontent le Mississipi.

Chaque vie possède sa propre tonalité, son rythme. La mienne a commencé au son des fanfares de la Nouvelle Orleans. Ce sens de la fête culmine lors des enterrements, puisque la mort est le départ vers une vie meilleure, loin de cette ville poisseuse…. Il chantera plus tard, avec Billie Holiday, transformée en bonniche dans un horrible film made in Hollywood, sans aucun intérêt cinématographique, “Do you know what it means to miss New Orleans?” 

Dans Little Louis, on suit comment il fut envoyé très jeune, à 13 ans, dans une maison de redressement. Où comment un coup de pistolet, tiré en l’air, la nuit du Nouvel An 1913, changea l’avenir du jazz. Il fut littéralement sauvé par la musique, intégré dans la fanfare de l’établissement par Peter Davis, formation dans laquelle il occupera bientôt une place importante de cornettiste! Ce sera le début d’une longue carrière car il connaîtra vite le succès, la reconnaissance des autres musiciens et du public. Jusqu’à la fin. 

Roman de l’apprentissage, traversée initiatique, y compris de son éducation sentimentale, houleuse et compliquée, ce portrait vif et documenté se lit d’un trait, avec plaisir. On sera sensible à la manière dont l’auteur pointe ce qui constitue le talent, l’essence de l’art d’un musicien tout en resituant la naissance du jazz dans ce berceau sudiste.  La phrase de Philip Roth en exergue, “Let us remember the energy” s’adapte parfaitement au cas Armstrong: il a toujours su rebondir, s’adapter aux difficultés, célébrer la beauté du monde; il savait d’où il venait et ne l’a jamais oublié. Il n’a jamais perdu la joie de jouer et n’a donc jamais abandonné la pratique de son instrument, en dépit de sérieux problèmes de lèvres que connaissent tous les trompettistes, lui qu’on surnomma Satchmo “such a mouth”. Sa première trompette lui a donné comme une promesse de félicité, il en sortait ses sons vifs et moelleux, mais aussi perchés dans l'aigu, stratosphériques en final. Il pouvait jouer classique et ragtime, il était tellement virtuose et pourtant, il ne perdit jamais un trac intense d’où  ces images devenues des clichés, le montrant s’épongeant le front constamment!

On a un gros coup de coeur pour ce personnage formidable qui croyait en la vie et ne vivait (presque) que pour la musique. Bravo pour le travail de recherche de Claire Julliard, plein de tendresse pour ce génial défricheur, ambassadeur du jazz!

 

Sophie Chambon

 

 

 

 

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10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 16:27

GREGOIRE MARET : «  AMERICANA »
Act 2020

Grégoire Maret (hmca), Romain Colin (p), Bill Frisell (p)

L’homme des hautes plaines.
Comme tout harmoniciste, on suppose que Grégoire Maret a dû beaucoup écouter de blues mais aussi de ces westerns des années 50 où les hommes, tout en bivouaquant bercent la nuit au coin du feu au son de l’harmonica que l’un d’eux sort négligemment de sa poche.
C’est ainsi une ballade dans l’Amérique des hautes plaines que nous propose l’harmoniciste. Une sorte de long travelling sur des paysages imaginaires où l’on imagine les blés qui dansent au vent, l’éolienne qui tourne seule au milieu d’une ferme abandonnée dans un paysage désert et le rocking chair qui se balance à la tombée de la nuit.
Grégoire Maret, qui jadis accompagnait Pat Metheny ou Herbie Hancock, affiche ici son goût pour les mélodies simples et fait chanter son harmonica avec douceur et un brin de nostalgie dans ces airs un peu tristes et émouvants. Rien à faire qu’à en faire moins. Se laisser porter par une sorte de douce mélancolie. Less is more.
Pour s’embarquer sur cette sorte de road movie en terres américaines, qui de mieux que l’immense Bill Frisell, qui dans le bleuté de ses harmonies porte toute la culture folk de cette Amérique des terres sauvages. Album après album , Bill Frisell fait résonner ce son de l’Amérique profonde. Il s’est fait le maître de ces sonorités amples et bleutés et ancrée dans cette culture country. Le guitariste contribue en apportant deux très belles compositions (Small town et Rain, rain) alors que de manière inattendue, le trio revisite le Brother in arms de Mark Knopfler ( Dire Straits) rendu à l’essentiel et porté par les harmoniques du génial pianiste Romain Collin. Émotion assurée ( de quoi aussi redécouvrir la très belle version originale). Le pianiste signe aussi San Luis Obispo où Bill Frisell jouant dans les graves de sa guitare nous embarque dans la musique country débarrassée de toute vulgarité mais enveloppée d’une sorte de langueur lascive.
Chaque morceau de cet album convoque l’imaginaire, invite à cette rêverie américaine que d’aucuns jugeront peut-être de carte postale mais qui, sépia et pastel à la fois nous a simplement enchanté et, dans ce monde dur et inquiétant, un peu rassuré et pour tout dire, beaucoup touché.
Jean-Marc Gelin

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9 mai 2020 6 09 /05 /mai /2020 19:33

VISTA CHINESA. Baptiste HERBIN (saxophones alto et ténor), Eduardo FARIAS (piano), Jefferson LESCOWICH (contrebasse), Xande FIGUEIREDO (batterie).
Invités : Ed MOTTA et Thais MOTTA (chant), Idriss BOUDRIOUA (saxophone alto), Ademir JUNIOR (saxophone ténor), Rafael ROCHA (trombone), Aquiles MORAES (trompette, Bugle), Emile SAUBOLE (batterie).
Studio Companhia dos Tecnicos, Rio, Juin 2019. Space Time Records/Socadisc, 2020.

 

 

Le Brésil est devenu la seconde patrie de Baptiste Herbin. Le saxophoniste prévoyait -c’était avant la crise sanitaire- d’y effectuer une tournée estivale. La présentation de son dernier album dans l’état-continent devrait attendre.

Vista Chinesa, sorti le 7 mai, est en effet tout entier dédié au Brésil que le lauréat 2018 du Prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz a découvert en 2015 et qu’il fréquente régulièrement depuis.
Venu à Brasilia pour un festival de saxophonistes, le jeune trentenaire aura été frappé par la diversité de la musique brésilienne. Même si la couverture de Vista Chinesa présente la célébrissime baie de Rio, le répertoire proposé ne constitue pas une nouvelle évocation de la bossa nova qui fit le succès planétaire d’un autre saxophoniste, Stan Getz. Baptiste offre un panorama des musiques du Brésil, bossa bien sûr mais aussi samba, frevo, choro.

 

Passionné de ce Brésil pluriel, dont il parle la langue, le saxophoniste a d’ailleurs signé la quasi-totalité des titres qui ont été enregistrés avec des musiciens brésiliens -instrumentistes et vocalistes- dans un studio de Rio en juin dernier.
 Compositeur dès avant son passage au Conservatoire, Baptiste Herbin entend ainsi dans ce quatrième disque sous son nom faire découvrir la diversité de la musique brésilienne sans pour autant abandonner sa personnalité. « Il faut  rester soi-même », confie l’altiste qui voue grande admiration à Julian « Cannonball » Adderley.

 

C’est donc un album singulier qui nous est proposé avec ses accents cuivrés (deux saxophonistes, un tromboniste et un trompettiste viennent prêter main forte au leader) et ses envolées chaleureuses, au carrefour du hard-bop et des musiques  brésiliennes. Le cocktail pourra surprendre certains puristes mais les amoureux de métissage seront aux anges. Baptiste s’y montre à son aise comme jamais, secondé magistralement par le pianiste brésilien Eduardo Ferias déjà apprécié dans son précédent album* Il lui tarde maintenant de présenter ce dernier album au public parisien à la rentrée (les 9 et 10 Octobre au Sunside).

 

Jean-Louis Lemarchand.

 


*Dreams and Connections. Space Time Records.2017.

 

©photo Anne Bied.
 

 

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8 mai 2020 5 08 /05 /mai /2020 22:48

AVISHAI COHEN : «  BIG VICIOUS »
ECM 2020
Avishai Cohen (tp), Yonathan Alabalak (b), Uzi Ramirez (g), Aviv Cohen, Ziv Ravitz (dms)

Que l’on ne se méprenne pas. Il n’est rien de plus détestable que de brûler aujourd’hui les idoles que l’on adorait hier. Et ceux qui lisent régulièrement nos chroniques n’ignorent pas combien nous avons porté aux nues le trompettiste israélien, considéré lors de ces derniers albums comme l’un des grands maîtres de l’instrument.
Il y avait chez Avishai Cohen le feu et la flamme. Avishai Cohen était un engniaqué !
Mais voilà, le trompettiste s’il avait réussi un sublime album chez ECM se voit contraint (contrainte d’un contrat d’artiste ?) de poursuivre sur la ligne esthétique qui régit les choix de Manfred Eicher. Et alors quoi ?
Et bien Avishai Cohen s’aplatit, s'affadit dans cet album où tout ce qu'il y avait d'un peu brutal dans son jeu s'arase sous l'ambition d'un renouveau Milesien dans le carcan d'ECM. La ligne d'horizon est droite et l'horizon c’est loin. C’est très loin.
On voyait pourtant dans le titre et la pochette de l’album la promesse d’une aventure un peu garage. Une réunion de bad boys prêts à en découdre. Et les premières notes du premier morceau sont à l’encan.
Malheureusement on tombe vite dans une sorte d’ambiant-jazz qui s’écoute sans plaisir ni déplaisir. Le prometteur King Knutter s’annoncait bien avec sa rythmique plus rock plus lourde. Mais on sent bien que pour le label c'est ici le point extrême de ce que peut supporter la firme helvétique.
Alors pour tout dire, on s'y ennuie légèrement mais sûrement. La rythmique est si sage et si dévouée au service du leader dont elle sert le propos en prenant bien soin de ne pas déborder, que l’on se demande même s'il elle existe vraiment.

Pas vraiment opératique. Pas vraiment animé d'une flamme porteuse. Pas vraiment dans la lignée des trompettistes du Nord sur lequel il semble vouloir se glisser ( Nils Petter Molvaer fait bien mieux dans ce registre) on peine à lui trouver un âme.
Justement cette âme du génial trompettiste israélien qui semble ici se dissoudre.
Mais où est donc passé Avishai Cohen ?
Jean-Marc Gelin

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6 mai 2020 3 06 /05 /mai /2020 17:41

TINEKE POSTMA : «  Freya »
Edition 1150
Tineke Postam ( as,ss) ,  Ralph Alessi (tp), Kris Davis (p),  Matthew Brewer (cb, b), Dan Weiss (dms)

La pianiste néerlandaise n’est pas une femme pressée.  A 42 ans, Tineke Postma n’a en effet enregistré que 6 album en studio lorsque d’autres musiciens du même âge les comptent par dizaine. C’est que, pour Tineke Postma, sortir un nouvel album, cela demande du temps, de la maturation, de la maturité.
Et c’est bien de cela dont il s’agit puisque ce nouvel album s ‘inscrit après un long break familial que s’est imposée la saxophoniste depuis 2014. Et aujourd’hui c’est un peu sa vision de la constition de ce noyau familial qu’elle livre au travers de « Freya »
Freya, dans la mythologie Viking, est une déesse Nordique qui symbolise à la fois la femme, la fertilité mais aussi la maîtresse que tous les hommes convoitent, l’amour, la luxure et la magie. Partant de là, ce que dit Tineke Postam porte tout sauf la douceur angélique et béate mais plutôt une expression libre, parfois primale et terriblement vivante. Alors, comme dans cette famille ensemble, les acteurs de ce qui se joue interagissent, échangent, changent de place et de rôle dans une sorte de mouvement perpétuel et permanent. Il n’y a pas de silences parce que tous les élements sont en communication constante, en questions-réponses, en avancé de l’un lorsque les autres soutiennent. Toujours fascinant parce que toujours en mouvement. Les acteurs bougent sur scène et c’est cela qui imprime le rythme. Jamais vraiment là où on les attend. Parce que la musique, entre écriture et improvisations atonales est basée sur l’esquive, puis la rencontre frontale et de l’échange. Pas de confinement mais au contraire du mélange.
La saxophoniste reconnaît s’être largement inspiré de la musique du légendaire groupe avant gardiste de Chicago, l’Art Ensemble de Lester Bowie et Roscoe Mitchell dont l’âme etait elle-meme nourrie du quartet d’Ornette Coleman et de Don Cherry. On y retrouve la même flamme qui tourne autour d’une musique atonale et déstructurée. Toujours inattendue. Dans cet exercice Ralph Alessi brille de mille feux. Donne à l’album une dimension explosive. Et Tineke Postma au langage un peu plus souple y apporte une réelle intériorité.
A découvrir avec urgence.
Jean-marc Gelin

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