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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 17:11

Polyfree. La Jazzosphère et ailleurs. (1970-2015)

Sous la direction de Philippe Carles et Alexandre Pierrepont

Collection Contrepoints

Editions Outre mesure

352 pages, 25 euros.

www.outremesure.lfi.fr

Il est enfin arrivé, l’ouvrage polyphonique sur la libre jazzosphère de ces dernières décennies. Voici le collectif de 29 auteurs dont les textes ont été réunis par deux spécialistes des musiques affines, Philippe Carles et Alexandre Pierrepont. Le premier s'est illustré avec Jean Louis Comolli qui signe d’ailleurs une postface définitive, en écrivant le fameux Free Jazz, Black Power (1971). Le second, inventeur de la formule Le champ jazzistique, dans le livre du même nom (2002) aux éditions Parenthèses est un actif « propagandiste» de cette musique, n’hésitant pas à lancer une passerelle, voire un pont par-dessus l’Atlantique avec les tournées du Bridge en particulier).

La quatrième de couverture exprime l’urgence de ces mouvements libertaires dont nous pouvons encore saisir aujourd’hui la « mémoire d’attaque », pour promouvoir un jazz, «objet de désir et mode de penser ».La seule maison d’édition sérieuse, capable de s’atteler à des sujets aussi pointus et de livrer un ouvrage de qualité, qui fera date, est évidemment OUTRE MESURE, dirigée par Claude Fabre.

Une préface qui déjà indique « le sens » à suivre : « Continuités, déplacements, brisures », une chronologie formidable, qui donne tout son relief à cette musique, en fait ressortir le « vif », quatre parties qui structurent tout en déconstruisant. Sans oublier comme toujours, un index précis, des biographies et discographies soignées. Un éclairage sans ambiguïté sur cette traversée du jazz, une chronique des principaux événements liés à son expression, à sa géographie des anciens et nouveaux territoires, une étude sociologique, économique... sans omettre d'emprunter les chemins de traverse. Cette « utopie de combinaisons exogènes » observe l'éclatement des musiques traditionnelles aux musiques électroniques, les confluences avec le rock...

Le lecteur se plaira à suivre ces pistes, comme dans un jardin aux sentiers qui bifurquent, à se pencher plus sérieusement sur les principaux représentants, les figures majeures, des voix prophétiques de l’AACM à Anthony Braxton, de Julius Hemphill à Steve Coleman, William Parker et John Zorn. On ne pourra rester indifférent aux chères Tendances hexagonales décrites subtilement avec l’expérience de Xavier Prévost qui oeuvra inlassablement sur France Musique à en découvrir les nouveaux écarts. La pertinence et la fermeté des analyses de spécialistes ( philosophes, musicologues, journalistes, programmateurs, psychanalystes...) offrent des ngles d’approche d’une diversité réjouissante (de la place des femmes dans le jazz, soit la longue marche, contribution attendue de JP Ricard au titre magnifique, à la thématique féconde de l’improvisation, sans négliger le silence à l’œuvre ou la batterie à toute épreuve).

On comprend vite que le jazz est moins un genre musical qu’un univers de référence qui a embrasé l’Europe des années soixante-dix, conquis le Japon sans oublier l’Afrique du Sud de l’apartheid.

Ainsi, les différentes contributions soulignent les transformations, l’aspect protéiforme du jazz, ce formidable lanceur d’alerte, refusant d’en figer les traits dans un portrait définitif. On prendra plaisir à lire cet ouvrage de qualité, en l’attaquant par le petit bout de la lorgnette, selon son seul désir, ou à le consulter comme un ouvrage déterminant, un « must » détaillé et précis, qui laisse ouverts les champs d’exploration d’une musique qui n’en finit pas d’être à côté, dans la déchirure du temps.

Sophie Chambon

 Ma Playlist (suite)
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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 16:47
Ma Playlist de l'été (II) : Polyfree. La jazzosphere et ailleurs...

Pour accompagner des vacances bien méritées, deux conseils de lecture

GARRISON FEWELL

De l’esprit dans la musique créative (Outside Music, Inside Voices)

Traduction de Magali Nguyen The

Edition Lenka Lente

Voilà un bouquin absolument étonnant de par la thématique choisie : aborder la pratique de l’improvisation et le quotidien de musiciens singuliers, ignorés du commun des mortels qui ne s’intéressent pas à la jazzosphère, par le filtre assurément opaque de la spiritualité ! Un sujet brûlant dans cette époque troublée, confuse, qui développe un chaos « fin de civilisation » plutôt qu’une émergence de nouveaux concepts.

Ce qui est particulièrement émouvant, c’est que l’auteur de ce livre, Garrison Fewell, compositeur et guitariste professionnel ( qui a joué notamment avec John Tchicai, Roy Campbell, Steve Swell, Cecil Mcbee ) a réuni patiemment les témoignages de musiciens américains pour la plupart, figures emblématiques du free jazz et de l’improvisation libre, en leur posant cette question : Comment les valeurs spirituelles guident-elles les musiciens improvisateurs dans leur art aussi bien que dans la vie ? Sujet qui le hantait d’autant plus que la maladie l’avait frappé, qu’il croyait en cette affirmation d’ Albert Ayler « Music is the healing force of the universe » et qu’il est mort depuis la parution de l’ouvrage.

Selon un dispositif précis, il interroge 25 musiciens de jazz sur leur pratique et rencontre avec la spiritualité. Sur la page de gauche, une photo pleine page de Luciano Rossetti qui ouvre sur l’entretien, qui porte toujours un titre éclairant.

Hormis les deux Européens (ce n’est peut être pas anodin), le batteur néerlandais Hans Bennink et la pianiste suisse Irène Schweitzer qui ne se reconnaissent pas dans une démarche empreinte de forte spiritualité, la plupart se tournent vers un ailleurs œcuménique, au-delà des religions traditionnelles, comprenant la pratique de l’improvisation dans un mouvement plus large qui oriente leur vie (« S'abandonner à cette force génératrice » pour Mathew Shipp, « être ouvert à l’imprévu »pour Myra Melford, savoir que le blues est à l’origine de tout (Oliver Lake), trouver une sortie (Henri Threadgill), atteindre l’infini par cette force mystérieuse et universelle ( Joe McPhee), "Improviser c’est composer" pour Joelle Léandre ) . Comme le souligne justement Ed Hazell dans la préface, le véritable esprit de la musique ne résiderait--il pas dans ce besoin vital de se connecter ?

On relèvera dans cette série d’entretiens que l’on peut lire à son gré, selon l’humeur et la prédilection envers certains musiciens, un florilège savoureux qui donne envie de rentrer dans le vif du sujet.

Ce livre s’adresse à tous les amateurs (convaincus) de jazz libre et aux néophytes tout simplement intéressés par l’influence du spirituel dans l’art...

Sophie Chambon

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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 14:47
@Jean-Marc Gelin

@Jean-Marc Gelin


Décidément pendant le festival, cette ville s’est installée dans le jazz. C'est bien simple, il y en a partout autour de vous. Et pour tout le monde.

Pérégrinations du matin.

Au détour d'une déambulation qui m'amène à entrer dans un centre commercial, ce sont les enfants qui sont conviés à la fête pour une Petite Ecole du Jazz bien réjouissante.

@Jean-Marc Gelin

@Jean-Marc Gelin

Un peu plus loin ce sont des fanfares ou des orchestres de rue qui prennent place dans le quartier, entre deux concerts et lui donne presque des airs de Nouvelle-Orléans.
De la musique non-stop....

@Jean-Marc Gelin

@Jean-Marc Gelin

Conférence de presse à la Maison du festival où André Menard, le directeur du festival récompense du prix Bruce Lundvall le travail du producteur JIM WEST, fondateur du label canadien Just in Time ( Kenny Wheeler, Oliver Jones, Myriam Alter, Cecil Mc Lorin etc….). Petite séance sympa en toute intimité. Où André Menard se souvient de l'époque où Diana Krall franchissait pour la première fois les portes de ce festival, morte de trouille et d'une timidité confondante.

@Jean-Marc Gelin

@Jean-Marc Gelin

Puis les choses se mirent à démarrer avec un premier concert en plein air d'un jeune trompettiste anglais que je ne connaissais pas, Matthew HALSALL. Approche très coltranienne ( jusqu'à intégrer une harpiste dans sa formation) pour une musique modale qui révèle ce jeune talent de la scène britannique. Ca ne décolle pas vraiment mais peu importe , il y a du monde et je surprend le jeune trompettiste certainement impressionné de se retrouver là, sortir son smartphone pour prendre une photo du public.

@Jean-Marc Gelin

@Jean-Marc Gelin

Pas trop le temps de lésiner car je dois vite filer à la Maison Symphonique pour retrouver le célèbre Jazz at The Lincoln Center Orchestra dirigé par Wynton Marsalis. Le soyeux de cet orchestre, l'intelligence de la direction du trompettiste, la beauté des arrangements et l'excellence des solistes en font ( évidemment pourrait t-on dire...) l'un des plus beaux big band dans la plus tradition.

Le répértoire y est très Ellingtonien ( ça tombe bien il paraît qu'il y a des gens de la famille du Duke dans la salle). De quoi se lécher les babines avec un Braggin in Brass ( 1938) ou encore une belle compo de Strayhorn, Isfahan ( 1967) sur laquelle l'altiste, la montagne Sherman Irby se transforme en monument de pure tendresse et de douceur incarnée.

@Jean-Marc Gelin

@Jean-Marc Gelin

Festival International de jazz à Montreal ( 2/4)

Je file ensuite pour ce qui va être pour moi le premier choc de ce festival, le concert énorme de CHRIS POTTER !!!

Avec Joe Martin à la contrebasse et Marcus Gillmore à la batterie, le saxophoniste de Chicago donna hier soir un concert à sa dimension : immense !

Si Chris Potter affirmait durant ce concert avoir été très largement influencé par Johny Hodges, c'est surtout et évidemment à Sonny Rollins que l'on pense en l'entendant.

Le continuateur du maître. Le fils prodige.

Un son gravé dans le roc, projeté avec une puissance et une énergie hallucinantes, un placement rythmique hors du commun. Avec Potter c'est 1000 variations en une seule phrase, passant du staccato au légato et du forte au piano dans un seul et même geste.

Et tout y passe. Un superbe thème de Police, un blues ultra rollinsien, un thème de Hodges

et au final une conclusion échevelé sur Ask me Now ( Thelonious Monk) que Potter avait entendu Joe Henderson jouer plusieurs fois. A coup sûr l'élève était là, sur le point de dépasser le maître.

Et s'il est des "saxophone colossus" , assurément la claque que nous a mis Chris Potter hier soir, montre qu'il fait partie de la clique des très très grands.

Festival International de jazz à Montreal ( 2/4)

Finalement pour me remettre de mes émotions je termine la soirée Place Heineken où tous les soirs après minuit la légende du folk song québecois, le guitariste Jordan Officer ( vous vous souvenez le disque avec Susie Arioli http://www.lesdnj.com/article-2126454.html ) donne à l'endroit des airs de bar country où les cow-boys viennent boire de la bière et jouer des coudes.

Totalement décalé dans le contexte mais tellement bon !

@Jean-Marc Gelin

@Jean-Marc Gelin

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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 15:48
Festival International de Jazz à Montréal : DAY ONE  ( 1/4)

Ma première participation au Festival de Montréal. Excité comme un fou. Le trajet est long et une fois au sol, à l’aéroport, cela n’avance pas. Je piétine et je ronge mon frein, impatient à l’idée d’aller me plonger dans l’atmosphère festivalière et québecoise de ce temple du jazz.

Eh ben mazette ! Je peux vous le dire : un sacré choc vous attend lorsque vous pénétrez dans ce quartier des Arts. Toute la ville semble s’être donnée rendez-vous dans ce quartier où la musique vous vient de partout. On a les sentiment de pouvoir papillonner d’un concert à l’autre, de prendre une bière devant un orchestre Dixieland et d’aller la finir devant une scène de blues, porté par la légère brise marine venue du Saint Laurent, à la nuit naissante.
Une fois récupéré mon accréditation ( je suis fier comme un pape), je file à mon premier concert, celui de Gregory Porter.

Festival International de Jazz à Montréal : DAY ONE  ( 1/4)
Festival International de Jazz à Montréal : DAY ONE  ( 1/4)

Il faut dire que pour sa 37ème édition, André Menard, le directeur artistique n’a pas lésiné sur la programmation ni sur les moyens : 11 jours de musique, 9 scènes extérieures, 3000 artistes venus du monde entier, 600 concerts gratuits et quelques sacrées pointures : Melody Gardot, Chick Corea, Gregory Porter, Lauryn Hill, Steve Coleman, Marcus MIller et j'en passe.

Mais moi pour le moment, je file au Théâtre Maisonneuve pour le concert de l'immense Gregory Porter qui, sur sa lancée de "Liquid Spirit", écume tous les festivals pour promouvoir son dernier album, "Take me to the alley" dont le titre éponyme fait déjà allure de tube planétaire.

André Menard n'est pas peu fier de lancer ainsi son festival et de lui remettre au passage le prix Ella Fitzgerald, trophée dont ont été déjà récompensés les plus grands depuis Bobby Mc Ferrin jusqu'à Tony Benett.

Le concert est justement filmé par Mezzo et, semble t-il diffusé dans 50 pays.

Et Gregory Porter fit le job. En vrai pro.

Il y a chez Porter quelque chose qui dépasse la musique. Ce n'est pas la classe du crooner c'est encore autre chose. C'est simplement une présence qui relève presque du mystique. Quand Gregory Porter chante, les anges se taisent et l'écoutent. Il fait passer sur scène un souffle magique. C'est peut être cela que l'on nomme la "Soul".

Une fois le concert terminé je rejoins la place des Arts où la chanteuse Sharon Jones donne un concert gratuit et met le feu aux poudres et prend des airs de James brown au feminin.

Le festival démarre sur des chapeaux de roue.

A suivre......

JMG

@victor diaz lamich

@victor diaz lamich

©2016_benoit rousseau_festival de jazz de montreal

©2016_benoit rousseau_festival de jazz de montreal

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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 15:14
Pat Metheny : «  The unity sessions »

Nonesuch 2016
Pat Metheny ( g, g-synth, elec) , Chris Potter (ts, bs, clb, fl, g), Antonio Sanchez (dms, cajon), Ben Williams (b), Giulio Carmassi (p, flgh, vc),

Lorsque Pat Metheny s’est décidé à jouer avec Chris Potter en 2013, c’était la première fois qu’il rejouait avec un saxophoniste depuis Michael Brecker et Dewey Redman sur l’album 80/81.
C’est dire le chemin qu’il lui a fallu parcourir pour trouver celui qui pourrait enfin redevenir son âme soeur. Et lorsque l’on écoute ces sessions qui nous sont proposées par le label Nonesuch, on comprend que s’il a fallu du temps au guitariste c’est qu’il lui fallait trouver celui avec qui il pourrait être en parfaite osmose.
Et de fait Metheny/Potter est un affaire qui marche.
Qu’il soit au ténor, au soprano ou à la clarinette basse (et même, tiens, à la guitare), le saxophoniste de Chicago apporte une énergie incroyable au jeu de Metheny.
Les deux géants savent d’où ils viennent et ce qu’ils doivent au jazz des racines et c’est avec un grand plaisir qu’on les écoute improviser sur Cherokee, le standard de Ray Noble.
Si l’ensemble de l’album a parfois des airs un peu convenu, un peu académique au sens Methenien du terme, ronronnant parfois son jazz-rock, il faut bien avouer que lorsque le saxophoniste prend les choses en mains il en explose littéralement les lignes à l’image de ce One Day rendu incandescent par le souffle brûlant que Potter jette sur la marmite.
Metheny à l’électrique ou en acoustique ( guitare à laquelle il semble revenir de plus en plus) est une sorte de magicien de l’harmonie, science qui lui colle à peau et lui fait comme une autre respiration naturelle. Ainsi ce Meddley joué en solo et qui devrait être enseigné à toutes les écoles de jazz.
Derrière il faut absolument entendre le jeu littéralement époustouflant d’Antonio Sanchez, selon moi l’un des plus grands ( que dis-je, immense) batteur à l’heure actuelle. Dans sa revue, Downbeat le compare à Jack De Johnette. Exactement ce qui me vient à l’esprit en l’entendant. Mais je penche plus vers Elvin Jones dans le genre maître des forces, roi des artificiers.

Où l’on assiste à un moment d’anthologie sur Two folk songs totalement exacerbé par Potter et Sanchez au point que Metheny en est presque relégué au second plan. Mais plus loin, le génie de la six cordes reprend la main avec un lyrisme à couper le souffle sur Kin où les envolées de Metheny montent très très haut dans le ciel.
Et pour conclure l’album, les gaillards se lancent dans un rock échevelé et déjanté ( qui lequel Sanchez a dû se désintégrer tant il se transcende).

Double album, il fallait au moins cela tant Mettent et Potter ont des choses à se dire.
Quand ces deux-là mettent leur génie au service du partage et de la fusion des énergies, cela vole très très haut.
Unity Sessions fly high.

Jean-Marc Gelin

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 21:58
Jazz Palace, Mary Morris

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Michelle Jerpe-Voslinsky.

Editions Liana Levi. 316 pages, 22 €

Nous voici revenus au Chicago du début du siècle dernier. Quand arrivaient dans la Cité des Vents les musiciens « montés » de la Nouvelle-Orléans et que les boîtes de nuit étaient bondés tous les soirs et bénéficiaient des largesses des pontes de la Mafia, Al Capone en tête. Native de Chicago, Mary Morris s’est plongée dans l’atmosphère si particulière de cette époque, profitant des souvenirs de ses parents (Rosalie et Sol) qui vécurent jusqu’à l’âge de 100 ans. Jazz Palace retrace les aventures de trois personnages majeurs : Benny, pianiste, fils d’un fabricant de casquettes, un trompettiste venu du Delta, Edgar James, alias Napoleon Hill, et Pearl, jeune tenancière d’un club (le Jazz Palace). Une histoire d’amitié et d’amour et une même passion partagée pour cette musique qui vient de gagner son nom de baptême (le jazz). On y retrouve Joe « King »Oliver, son « protégé » Louis Armstrong, mais aussi Bix Beiderbecke. On évolue des ateliers de confection qui emploient des ouvrières slovaques aux clubs où la prohibition reste au vestiaire. L’ambiance est globalement favorable aux jazzmen. La Grande guerre est finie et la cité cosmopolite connaît la croissance économique. Sur les bords du lac Michigan, la ségrégation est moins lourde que dans le Sud même si certains lieux sont réservés aux blancs et d’autres refusent l’accès « aux chiens et aux juifs ». Cette époque qui s’étend sur deux décennies, s’achevant avec la fin de la Prohibition et la Grande Exposition Universelle de 1933, aura marqué l’histoire des Etats-Unis et du jazz. Avec Jazz Palace, Mary Morris nous donne un roman au style alerte qui s’appuie sur une base documentaire solide. Une double raison d’emporter cet ouvrage sur la plage.
Jean-Louis Lemarchand

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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 20:34
UMLAUT BIG BAND : «  Euro swing vol. 2 » Americans in Europe 1925-1940

UMLAUT BIG BAND : « Euro swing vol. 2 » Americans in Europe 1925-1940
Umlaut records 2016
Pierr-Antoine Badaroux (dir. as, ss), Antonin Tri-Hoang (as, cl), Jean Dousteyssier (ts, cl), Geoffroy Gesser (cl, ts, ss), Benjamin Dousteyssier (bs, as), Brice Pichard, Louis Laurain, Emil Stranberg (tp), Fidel Fourneyron, Michaël Ballue, Nicolas Grymonprez (tb), Romain Vuillemin (g), Bruno Ruder (p), Sébastien Beliah (cb), Antonin Gerbal (dms)- Enr. fev. 2015


Et revoilà la bande des jeunes gars du CNSM de Riccardo Del Fra sous la houlette de Pierre Antoine Badaroux qui se lancent à l’assaut de la swing Era, cet âge d’or du jazz, celle des américains que l’Europe découvrait entre 1925 et 1940. Sur la base de ce matériau que l’on retrouve sur disque et parfois sur partition, Pierre Antoine Badaroux s’est jeté corps et âme dans dans un énorme travail érudit de relevé minutieux. On y trouve des thèmes et des arrangements des grands jazzmen venus de ce côté-ci de l’atlantique faire entendre cette nouvelle musique venue tout droit de l’Amérique. Duke Ellington, de Benny Carter, Sam Wooding, Freddy Johnson, Lud Gluskin (ou encore moins connu une composition du clarinettiste américain Fud Livingston) sont à la base de ce matériau remis au goût du jour par Pierre-Antoine Badaroux.
Les arrangements sont ainsi exactement restitués dans leur configuration d’origine jusqu’au son qui semble particulièrement travaillé pour restituer au plus près les enregistrements de l’époque.
Ça swingue grave et surtout ça joue vraiment terrible. Tous les solistes sont plus inspirés les uns que les autres s’appropriant sans une once d’hésitation la tradition du jazz dont ils endossent avec brio les habits de lumière.

On se croirait au Boeuf sur Le Toit en train d’écouter la formation de Benny Carter.
Jouissif et instructif !
Jean-Marc Gelin


Ps : en prime, enfin un livret passionnant. celui, signé de Badaroux témoigne d’une réelle érudition et d’une vraie documentation sur le jazz ou à cette époque en Europe.

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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 15:57
BRANFORD MARSALIS QUARTET Special Guest Kurt Elling « Upward Spiral »

Branford Marsalis (saxophones ténor & soprano) ; Kurt Elling (voix), Joey Calderazzo (piano), Eric Revis (contrebasse), Justin Faulkner (batterie)

Okeh 889853068821 / Sony Music

La Nouvelle Orléans, 16-19 décembre 2015

Ils se sont rencontrés au Thelonious Monk Institute de Washington voici près de trois ans : Branford Marsalis participait au jury du concours 2013, consacrée au saxophone, et Kurt Elling, familier de la compétition pour avoir siégé plusieurs fois au jury des éditions vocales, était venu en habitué : c'est lors d'une conversation, au bar, que le projet est né. En fait il avait germé dans les discussions entre les membres du quartette pour élaborer le projet d'un futur disque, et la préférence du saxophoniste allait à ce chanteur qui a, selon ses mots, « la voix la plus flexible, la plus juste, et qui est un vrai musicien de jazz ». Les voici partis pour explorer un répertoire très ouvert, où Porgy and Bess côtoie une chanson de Sting (dont Branford a été souvent l'accompagnateur), de Tom Jobim, mais aussi les univers de Sinatra ou King Cole. Cela commence avec le grand air de Sporting Life à l'acte de III de Porgy and Bess, There's a Boat Dat's Leavin' Soon for New York : swing impeccable et belle expressivité du chanteur, contrechant puis chorus intense de sax soprano ; cavalcade du piano : on est tout de suite dans le vif du sujet ! Au fil des plages, côté instrumental, les citations émaillent les impros, et rebondissent d'un musicien à l'autre. Vient ensuite un arrangement très personnel sur le langoureux Blue Gardenia, sans singer Nat King Cole, mais en y apportant cette densité qui peut faire d'un succès populaire une œuvre d'art. Kurt Elling reprend aussi From One Island to Another , une chanson de l'inclassable et regretté Chris Whitley, pop-rocker texan et francophile, dont il surligne la mélancolie tout en construisant un beau tremplin pour les improvisations de ses partenaires. Puis c'est une chanson de Sting, mélancolie encore, avant un jazzissime Doxy, de Sonny Rollins, sur des paroles de Mark Murphy, dont Kurt Elling est certainement l'héritier le plus légitime. Et tout à l'avenant (reprise distanciée de Sinatra – un beau duo voix-sax sur I'm a Fool to Want You ; un thème peu connu de Jobim, Só Tinha de Ser Com Você ; un poème de Calvin Forbes, Momma Said, accompagné par une impro collective....), avec aussi des compositions originales, et une très belle version chantée d'un thème que Fred Hersch avait dédié aux mères (dont sa mère et sa grand mère) : West Virginia Rose. Beau CD, vraiment, qui est bien plus que l'occasion de faire un disque de plus dans une formule inédite.

Xavier Prévost

Le groupe, au complet, est en tournée en Europe jusqu'à la fin de juillet, et pour deux jours à Paris au New Morning, les 27 & 28 juin.

Des extraits sur Youtube :

https://www.youtube.com/watch?v=lBJeYZrovk8

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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 10:36
Christophe Panzani : «  Les âmes perdues - Piano duets»


Jazz & People 2016
Duos de piano avec Leonardo Montana, Guillaume Poncelet, Dan Tepfer, Edouard Ferlet, Yonathan Avishai, Laïa Genc, Tony Paeleman


Jamais pris en défaut depuis son lancement, quant à son exigence de qualité, le label de Vincent Bessieres, Jazz and People frappe à nouveau un coup superbe dans le paysage jazzistique avec la parution de cette nouvelle petite pépite, « Les âmes Perdues ».
Le saxophoniste Christophe Panzani membre à part entière de la formation de Carla Bley (excusez du peu !) s’était notamment fait remarquer en France avec la publication de « The Drop » une formation en trio qui l’associait à Frederico Casagrande (g) et Gauthier Garrigue (dms).
Aujourd’hui c’est un album tourné autour de 7 duos avec autant de pianistes qu’il nous propose. 7 thèmes pour 7 jeunes maîtres du piano jazz aux influences diverses. 7 duos pour 7 pièces où l’intimité du dialogue le dispute à la complicité subtile émergeant entre les claviers et les envolées du ténor. 7 pièces qui laissent l’empreinte d’une musique incroyablement inspiré. Jazz de chambre où l’écoute et le partage entre les musiciens forme le liant entre l’écriture et l’improvisation.
Panzani côtoie 7 pianistes qui chacun sont porteurs d'une identité propre et s'expriment dans un style différent d’accompagnement. Et pourtant, alors que l’on aurait pu craindre un patchwork sans fil conducteur, l’album s’entend comme un tout. On pourrait même croire, si l’on ne le savait pas, qu’il s’agit du même pianiste à chaque plage.
C’est qu’en fait s’il est des albums « habités », celui-là en fait assurément partie et cela tient en grande partie à ce supplément d’âme que le Saxophoniste parvient à insuffler tout au long de ces 7 pièces. Son expressivité est portée par une rare poétique et son sens de l’improvisation tout en maîtrise de la phrase et du son est prodigieuse. Chaque morceau succède à un autre avec une réelle exigence dans le propos.
C’est un dé fil de moments de grâce absolue. On pourrait bien sûr tous les citer comme ce duo avec la pianiste allemande Laïa Genc ( Die Grünen Bohnen), en clair-obscur et sur lequel Christophe Panzai apporte une intensité que seule les très grands saxophonistes savent
maîtriser. Aussitôt surgissent en mémoire quelques grands duos piano/sax qui ont marqué l’histoire du jazz. On remarquera aussi la magnifique entente avec Guillaume Poncelet sur cette belle composition « Traduire Eschyle";, composition poignante où Panzani insuffle une dimension prenante ou encore ce thème partagé avec le pianiste brésilien Leonardo Montana (Endless war) d’une très rare intensité, à la progression est aussi admirable que subtile.

Il est effectivement des albums qui se perdent et se trouvent à la fois. Se perdent dans de magnifiques méandres poétiques. Divaguent. Déambulent. Rêvent.
Et se trouvent. Trouvent l’alchimie. Trouvent la pierre philosophale. L’alliance sacrée, celle qui permet aux musiciens qui se sont trouvés, de voler au delà des sommets. Cette musique qui leur donnent des ailes. Et nous embarque avec.
Jean-Marc Gelin

Ps : une mention spéciale pour cette très belle pochette signée Ludovic Debeurne

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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 09:42
Ma playlist de l’été (I)...par Sophie Chambon

Ma playlist de l’été (I)
Avant de partir en vacances, préparez-vous musicalement : voici une petite liste de Cds que vous pouvez emporter.


COOL JAZZ
Verve/ Universal
Une compil pas dégoûtante du tout, à petit prix, pour vous détendre, en deux Cds du label Verve, 30 titres soit le plus délicieux des cocktails pour ceux qui ne connaissent pas le jazz ou ceux qui aimeraient suivre une playlist de rêve sans avoir à la concocter. Donc une cool mood en quelque sorte pour commencer l’été avec des voix comme Bobby McFerrin ( Don’t Worry Be Happy »), Nat King Cole, Madeleine Peyroux, Norah Jones (« Sunrise »), Shirley Horn, James Brown « Sunny », Nina Simone « Feeling Good », Gregory Porter, des tubes Dave Brubeck « Take five », Charlie Mingus « Goodbye Pork Pie Hat », Ray Charles ( « What’d I Say » ). La liste est longue mais non fastidieuse, que des pépites, des « incontournables ». Un choix non exhaustif mais qui dresse un portrait assez précis d’un jazz cool ce qui ne veut pas dire « mollasson ».

Ma playlist de l’été (I)...par Sophie Chambon

Jazz Violin Legends
OSD Cristal records

Autre compilation assez habituelle sur le site des DNJ, dans la collection OSD de Cristalrecords, un numéro thématique passionnant sur Jazz Violin Legends, toujours très instructif, puisque sélectionné par Claude Carrière que l’on ne présente plus : des pépites rarissimes enregistres entre 1927 et 1960, des liner notes impeccables, que du bonheur... le plus ancien étant « la première star du violon » Joe Venuti avec Eddie Lang (g), sur « Goin’ Places », l’électrisant Stuff Smith « the mad genius of the violon », Michel Warlop, Ray Nance, le plus « neuf » avec Joe Kennedy Jr avec Ahmad Jamal et son trio Israel Crosby (b) et Vernell Fournier (dms) dans « Tempo for two ». Rien à voir avec la famille des présidents, ce violoniste était un cousin de Benny Carter.
Le violon n’étant pas l’instrument le plus employé en jazz de par sa faible puissance sonore, cette sélection impeccable vous fera découvrir des choses rares comme ce « Cavernism » de Darnell Howard sur une composition et avec l’orchestre d’ Earl Hines en 1933...
www.cristalrecords.com Distribution Harmonia mundi
Trois souvenirs de ma jeunesse
Cristal records collection BO
Rien à voir mais il n’y a pas que le jazz....pour ceux qui s’intéressent à la musique de films, cristal records a aussi une superbe collection de BO et mon conseil sera d’emporter la BOF de Trois Souvenirs de ma jeunesse, le film d’Arnaud Desplechin ( 1er Prix à la quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes cette année) le « prequel » de Comment je me suis disputé... ma vie sexuelle qui lança la carrière d’un des réalisateurs français majeurs actuels. Musique de Grégoire Hetzel avec le London Chamber Orchestra, enregistré et mixé aux studios Abbey Road !
Sortie 20 mai 2016 distribution Sony www.cristalrecords.com
Séance de rattrapage :

Ma playlist de l’été (I)...par Sophie Chambon
Ma playlist de l’été (I)...par Sophie Chambon

OLIVIER ROBIN
JUNGLE BOX
Fresh Sound New Records
Julien Alour (tp, bugle), David Prez (ts), Vincent Bourgeyx (p), Damien Varaillon (cb), Olivier Robin (dms)


Voilà un album que j’ai laissé passer dans la précipitation des derniers mois et je tenais à revenir sur ce Jungle Box tout à fait réussi du batteur Olivier Robin, enregistré en mars 2014 et sorti sur le label FRESH SOUND NEW RECORDS. L’attaque précise et affirmée du batteur leader, dès le premier titre « The next one », nous plonge dans une musique aimée, celle du hard bop. Ce nouveau quintet, Jungle box, composé de musiciens confirmés a une connaissance certaine des styles et du jazz, joue en totale interaction,avec énergie, passion et fraîcheur ; à tel point que l’on met du temps à réaliser qu’il s’agit de 9 compositions originales du batteur. Preuve s’il en était de cette appropriation de la grammaire jazzistique. Formes et couleurs, chacun a sa place, formidables solistes, inspirés et toujours précis.... Julien Alour, le frère de Sophie, à la trompette, Vincent Bourgeyx au piano, le saxophoniste David Prez du collectif PJU entre autre, et Damien Varaillon, autre support rythmique d’envergure, entourent remarquablement Olivier Robin dans cette histoire d’une page de jazz, toujours renouvellée. Jubilatoire !

A suivre....
Sophie Chambon

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