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19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 14:50
50 Summers of Music - Montreux Jazz Festival

50 Summers of Music - Montreux Jazz Festival
Textuel Mai 2016
391 pages, 45 euros
http://www.montreuxjazzfestival.com/fr/artist/montreux-50-summers-music

Que vous soyez déjà allé à Montreux ou non, voilà bien un ouvrage que tout amoureux de la musique de la deuxième moitié du XXème siècle devrait absolument se procurer.
Pour sa 50ème édition, Montreux a réalisé sous la houlette de Mathieu Jaton (l’actuel directeur du Festival) et du journaliste Arnaud Robert, un livre magnifique regroupant les témoignages d’immenses musiciens qui ont accepté de se livrer, ou de journalistes qui évoquent « leur » Montreux, le tout illustré par des clichés noir et blanc sublimes et un peu décalés signés des plus grands photographe de la scène musicale.

Le festival de jazz de Montreux fête cette année ses 50 ans d’existence. Crée en 1967 par un jeune homme alors un peu fou et bourré d’audace, il se remet aujourd’hui difficilement de la disparition de son mythique fondateur, Claude Nobs, personnage hors norme, adulé et adoré de tous, musiciens, journalistes, tourneurs etc…..Sorte de pygmalion divin et figure emblématique mariant avec le même amour ke jazz, le rock, la pop et même le rap avec le même oecuménique soucis de décloisonner ces musiques du XXème siècle.


Les témoignages d’amour que livrent les musiciens sont absolument magnifiques. Arnaud Robert, avec un talent d’accoucheur est allé cherché chez eux un part d’intime qu’à l’évocation de Montreux, ils livrent ici sans fards. On pourrait les citer tous de Diane Reeves à Stéphane Eicher en passant par Carlosn Santana, Herbie Hancock, Nile Rodgers, M , Kraftwerk, Grave Jones, Randy Weston , on en passe et des pas moins fameux.

Sonny Rollins : « J’ai aujourd’hui 85 ans. Je me sens toujours l’élève de Lester Young, de Coleman Hawkins. Je ne serai jamais à leur hauteur. Mais rien ne m’interdit d’essayer »
ou encore Lisa Simone qui libre un témoignage bouleversant sur sa relation difficile avec sa mère :
« J ‘ai appelé Oncle Claude (Nobs). Il ignorait à quel point mon enfance avait été un champ de bataille. Je ne m’étais pas encore trouvée à cette époque, je n’avais pas guéri. Je n’utilisais pas mon prénom, Lisa. Pour ne rien avoir à faire avec cette petite fille qui s’était enfuie. ».
Quicy Jones : « Je n’avais jamais vu Miles contempler le public de cette façon. Il souriait ! Miles davis ! Vous entendez ? Miles souriait ! ». Ou encore celui de Rickie Lee Jones ( « Nue face à Wynton Marsalis »). Sans compter le témoignage de Deep Purple qui raconte comment « Smoke on the Water » s’est crée en regardant flamber le Casino de Montreux après qu’il ait brulé lors d’une concert de Franck Zappa.
etc….

Les photos , en noir et blanc pour beaucoup et parfois en couleur sont absolument magnifiques de décalage comme ce cliché pris à la volée devant l’hôtel où sur leur balcon Clark Terry et Zoot Sims gemment de manière impromptue. Les musiciens sont pris hors de toute pose dans des moments volés. Dizzy Gillespie est allongé sur cette moquette à motifs de fleurs et Claude Nobs se baigne dans le lac avec Amhet Ertegun. On dirait des épreuves non retenues dans les magazines mais dont les imperfections nous touchent au plus au point comme la preuve en cliché de l’humanisme de ce festival aux dimensions pourtant planétaires.


Ce livre et un véritable témoignage.Emouvant parfois. Rythmé comme un morceau de rock, de blues ou comme une ballade à 4 temps.

Indispensable
Jean-Marc GELIN

50 Summers of Music - Montreux Jazz Festival
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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 10:55
JEREMY BRUGER TRIO « Reflections »

Jeremy Bruger (piano), Raphaël Dever (contrebasse), Mourad Benhammou (batterie)

Le Pré-Saint-Gervais, 12 mai 2015

Black & Blue BB 810.2 / Socadisc

Trois ans après « Jubilation », le pianiste normand récidive, avec ce nouveau disque, toujours empreint de la tradition pianistique des années 50-60, et avec toujours cet impeccable sens de l'idiome qui lui avait valu l'adoubement du pianiste Alain Jean-Marie pour son premier disque. Cette fois, c'est l'ami Claude Carrière qui signe le texte du livret, et il relève à juste titre le culot de ce jeune musicien qui ouvre l'album par un grand standard ellingtonien, Prelude to a Kiss, dans un arrangement personnel et décoiffant, à la façon de Ahmad Jamal, en le prenant sur un tempo plus vif, avec une dramaturgie où les partenaires (contrebasse et batterie) ont une place de choix. Dans tout le disque d'ailleurs, la réactivité triangulaire des musiciens est exemplaire. Le disque déroule un programme où d'autres standards de Broadway (Gershwin) côtoient des standards du jazz (George Shearing, Cedar Walton, Thelonious Monk), et des compositions originales. You Make Me Feel So Young, immortalisé par Sinatra, mais balisé côté piano par Oscar Peterson, est repris avec une hardiesse souple et une tranquille assurance, dans un swing détendu. Pour une valse de son cru ( Waltz #1 ), Jeremy Bruger regarde plus vers Hank Jones que du côté de Bill Evans, preuve d'indépendance d'esprit, d'autant que le résultat est d'une pertinence exemplaire. Plus loin le choix de The Mood Is Mellow n'est pas innocent : George Shearing l'avait composé, et il en grava une version au début des années 60 avec la rythmique historique d'Ahmad Jamal : Israel Crosby et Vernell Fournier. Là l'interprétation est très en phase avec l'original, jusque dans la recherche du perlé. Le pianiste a aussi pensé à écrire des thèmes pour permettre à ses deux complices de s'exprimer. Plus loin un chant de Noël du 18ème siècle, revu par un autre adepte de Jamal, le pianiste Eric Reed, s'inscrit également au programme du CD. Lequel se conclura par une interprétation de Reflections de Monk, très recueillie mais pas du tout servile, jouant sur la rondeur du son et le velouté de la résonance là où Monk privilégiait l'anguleux et l'abrupt : bel hommage de celui qui ne se veut pas épigone, mais un admirateur fervent.

Xavier Prévost

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 21:29
Fabrice Martinez, Cuong Vu… ou la revanche des cuivres flamboyants

CUONG VU trio meets Pat METHENY
WEA - Nonesuch 2016
Cuong Vu (tp), Pat Metheny (g), Stomu Takeishi (b), Ted Poor (dms)


Cuong VU est un trompettiste de talent qui fait partie du groupe du guitariste mythique du Missouri.
Le trompettiste New-yorkais né à Saïgon a été en effet repéré en 2002 ( il avait 33 ans) par Pat Mettent qui l’a alors invité sur l’album « Speaking of now « et ne l’a plus guère quitté depuis. Au point, paraît-il qu’ils sont dans la vraie vie devenus très amis.
Alors forcément lorsqu’on a le privilège de jouer avec l’un des plus grands guitariste de l’histoire du jazz, cela pose son homme, et ça la pose assez haut d’ailleurs.
Dans ce nouvel album, le trompettiste confirme tout le bien que l’on pense de son talent. Il apporte dans sa petite mallette une sorte de feu jaillissant d’une étincelle électrique à coup de très longues tenues suraiguës ou de growl un peu à la manière des trombonistes ou encore de trilles boppiennes qui ne sont pas sans évoquer la puissance d’un Freddie Hubbard. Impressionnant ! Nourri au biberon de la scène New-Yorkaise Cuong Vu se nourrit d’une certaine forme classique du jazz, puisant à la fois dans des racines blues auxquelles il ajoute une bonne pincée de jazz rock et de néo-free. On l’entend ainsi sur des riffs presque boppiens sur Not Crazy. presque dans le free. Cuong Vu se montre toujours exceptionnel, littéralement étincelant. Le garçon maîtrise à peu près tous les registres et toutes les tonalités avec une énergie communicative. Pat Metheny lui apporte une réponse toujours débordante d’inspiration et de reverbes moelleuses à souhait. Ces deux-là se comprennent intuitivement. Le son smooth de Mettent et le tranchant de Cong Vu : une admirable recette douce amère.
Jean-Marc Gelin

Fabrice Martinez, Cuong Vu… ou la revanche des cuivres flamboyants

FABRICE MARTINEZ Chut ! : « Rebirth »
ONJ Records - L’autre Distribution 2016

Fabrice Martinez (tp, fchn), Fred Escoffier (cl), Bruno Chevillon (b), Eric Echampard (dms) + Stéphane Bartlet g)


J’étais de ceux qui étaient à la soirée inaugurale du nouvelONJ d’Olivier Benoit. Tout le petit groupe se mettait en place, jouait les rounds d’observation nous laissant alors plus ou moins médusés. Lorsque tout à coup, une zébrure vive déchira l’assistance. C’était Fabrice Marinez qui venait de prendre un chorus d’anthologie. Et ceux qui étaient là ce soir-là n’eurent aucun mal à se convaincre qu’ils étaient en présence de l’un des plus grands trompettistes de sa génération. Il faut dire qu’il y a chez Martinez un sens de la puissance maitrisée et surtout pas, surtout pas canalisée. Un sens de l’incandescence qui saurait réveiller un choeur de nones à l’heure vespérale. Entouré ici de ses fidèles followers, Fabrice Marinez signe un troisième album empreint d’électricité et de nappes sonores très rocks. Dans le dossier de presse il est évoqué l’influence de la Motown que j’avoue ne pas avoir bien compris tant j’ai plutôt le sentiment que le trompettiste allait puiser plutôt du côté du rock progressif.
Avec une technique éblouissante, Fabrice Martinez dont le cursus va autant de soliste à l’Opera de Paris, aux folles improvisations chez Andy Emler ou aux hallucinations du Supersonic de Thomas de Pourquery, Fabrice Marinez dis-je explose dans une sorte de flamboyance baroque au sein d’une pièce dont il est le personnage central, le héros.
Et pour tout dire, derrière ça joue grave. Fred Escoffier, son copain d’enfance tient les claviers et balance entre jungle et électro. De son côté Bruno Chevillons (énorme à la basse !) livre une partition assez exceptionnelle et bombarde une scène de guerre de riffs hallucinants. Quand à Eric Echampard, c’est simple il pose les bâtons de dynamite et allume les mèches.
Particulièrement bien écrit, cet album s’impose dans le paysage d’un jazz moderne qui groove rock et s’étend sur des brumes électriques étirées et planantes. Il y a des nappes plus où moins psychédéliques qui se déploient sous les ouvertures tranchantes au scalpel de Fabrice Martinez alors que Fred Escoffier prend des airs de King Crimson avec des montées paroxystiques irrésistibles (Prune) qui envoie la sauce avec une rythmique déployant son énergie portée par l'ultra puissance décoiffante du trompettiste . Âmes sensibles et tympans délicats s'abstenir.
L’influence crimsonienne et celle de Miles Davis se bousculent dans un Transe particulièrement inspiré et lunaire et avec un Éric Echampard survolté.

Comme dans le cas de Cuong Vu le mariage des sonorités moelleuses (ici de Fred Escoffier) avec le tranchant acéré de Martinez créé un son contrasté. Pas question de sourdine ici, au contraire le trompettiste lâche le son de manière assez ébouriffante.
Et c’est au final la révélation d’un trompettiste hors norme, de très très haute volée.

Jean-Marc Gelin

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 20:02
Whispers

Label La Buissonne/ Harmonia mundi
Jean Christophe Cholet (p), Matthieu Michel( flh), Ramon Lopez (dms), Didier Irthusarry (acc)
www.labuissonne.com
www.jeanchristophecholet.com

Le titre est à lui seul un programme,, en totale adéquation avec la musique de cet album enregistré sur le label de La Buissonne. Sur les quarante et quelques minutes bien dosées du Cd, on reste dans la même tonalité, plongé dans un climat délicatement intense, qui s’insinuera en vous, que vous le vouliez ou non. L’instrumentation y est sans doute pour quelque chose, un dialogue piano/bugle d’une inquiétante douceur, surréel, dès l’introduction : 3 ‘ de ce « Fair » qui porte lui aussi joliment son nom, entre le pianiste, compositeur et chef d’orchestre Jean Christophe Cholet et l’un de ses vieux et fidèles complices de Diagonal, entre autre, le bugliste suisse Matthieu Michel.
Des petites pièces pas si faciles, du fait du pianiste, à l’exception de « He’s gone now » du saxophoniste flûtiste Charlie Mariano et de « Zemer » du chef d’orchestre Marc Lavry. Recherches faites, il s’agit d’une chanson du folklore israélien très prisée, connue aussi sous le nom de « Night over Mount Gilboa». Un signe de plus qui confirme l’intérêt de JC. Cholet, explorateur inlassable des musiques populaires, souvent européennes, dans son tentet.
Chuchotements sur cet album, impressionnisme des couleurs, choix respectueux et attentif des notes, silences, soupirs bienvenus pour une vision poétique, un rêve éveillé de musique qui se poursuit jusque sur la dernière plage, fantôme. Au son doux, moelleux du bugle qui ne s’interdit pas des variations subtiles, au toucher finement ourlé du piano (solo de 2’11 « Noctambule »), dès le troisième titre, ce « Rêve », tout à fait justifié, interviennent deux invités superbes, le percussionniste Ramon Lopez que l’on connaît dans des registres nettement plus énergiques et le délicieux accordéoniste, tout en retenue, Didier Irthusarry, qui s’y connait aussi en matière de « folklore» et de musiques populaires. Le groupe devient alors quartet, la palette sonore y gagne avec ce soutien rythmique et ces effets originaux du « piano à bretelles » : à écouter « Diss » ou encore ce « Junction Point », qui souligne la lumineuse et évidente simplicité de la direction artistique. Un album fluide, sensible, qu’il faudra écouter jusqu’au bout et plusieurs fois, pour en mesurer toute la fragile beauté. Une méditation tendre et bienvenue aujourd’hui.
Sophie Chambon

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 09:18
FRANCO D'ANDREA « Elecrtric Tree » Trio Music vol. I

Franco D'Andrea (piano), Andrea Assayot (saxophones alto & soprano), Dj Rocca (percussions électroniques et traitement sonore)

Rome, 27 mars 2015 (CD 1) & 7 juin 2015 (CD 2)

Parco Della Musica MPR 077 CD / www.egeamusic.com

Après 50 ans de carrière, Franco D'Andrea reste un prospectif, un aventurier, un guetteur de sensations et d'expressions nouvelles. Ce n'est sans doute pas un hasard si un autre chercheur d'horizons neufs, Martial Solal, l'avait invité, dans les années 80, à jouer en trio de pianos, avec John Taylor, au Festival de Jazz de Paris. Martial l'avait aussi convié à trois reprises au jury du concours international de piano jazz qui porte son nom. Comme lui, Franco D'Andrea porte en lui, solidement ancré, l'idiome du jazz ; et comme lui il s'ingénie à en déborder les contours. Pour cette aventure il fait appel au saxophoniste Andrea Assayot, un partenaire familier

(voir la chronique d'un disque précédent sur Les DNJ), et à un pionnier des sons électroniques en Italie, Dj Rocca (Luca Roccatagliati). La partie se joue sur divers matériaux : des compositions-improvisations collectives, des compositions du pianiste (mais aussi de ses partenaires), et des standards du jazz signés Ellington, Strayhorn ou Coltrane. Cela commence par un dialogue rythmique avec ses acolytes : c'est puissant, plein d'imprévu, d'une réjouissante liberté tonale et de phrasé. Dj Rocca agit autant par percussions échantillonnées que par traitement sonore des instruments en temps réel, ou par inclusion, inattendue mais pertinente, de sons numériques prompts à faire rebondir le discours. C'est très vivant, mais la pensée ne désarme pas devant d'éventuels automatismes. Bientôt, par tuilage après un dialogue sax soprano / traitement électronique, puis une composition du pianiste en forme de blues dévoyé par des escapades hors tonalité, surgit Single Petal of a Rose, emprunté au répertoire du Duke, joué avec intensité, et parsemé de lacérations électroniques. On va ainsi d'étonnement en surprise, l'attention ne faiblit pas, jusqu'au Naima qui conclut la dernière plage du second CD, enchâssé dans une séquence où le traitement électronique s'est emparé de tous les sons instrumentaux. Le pianiste, au fil des plages, déploie toutes les ressources, considérables, de son jeu : nuances, phrases anguleuses « à la Tristano », large utilisation de la palette de l'instrument, dans l'harmonie assumée comme dans la dissonance hardie. Ce double CD vaut vraiment le détour, pour peu naturellement que l'on soit ouvert à l'aventure sonore, c'est à dire vraiment mélomane !

Xavier Prévost

Un aperçu sur Soundcloud

https://soundcloud.com/dj-rocca/franco-dandrea-electric-tree

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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 21:25
Franck Tortiller /Orchestre Pasdeloup : "Rhapsodyinparis"


Label MCO www.francktortiller.com
www.labelmco.com
Compositions, arrangements, adaptations, Franck Tortiller
Gershwin sera toujours à la mode. Ou d’actualité. On pourrait se poser la question de savoir s’il est utile, possible de le reprendre aujourd’hui encore, après des versions aussi « originales » que celle de Miles Davis pour Porgy and Bess dont Mederic Collignon s’est d’ailleurs inspiré à son tour... On s’aperçoit que de nos jours certains musiciens reprennent l’esprit, si ce n’est la lettre, de musiques passées. Dans ce sens, le groupe Post K, l’une des petites formations de l’ONJ Benoît, ne reprend pas du Gershwin-il le pourrait tout à fait, mais déconstruit librement la musique américaine des années vingt. Et le duo Oliva Foltz vient galement de concocter un programme très personnel, sobrement intitulé Gershwin, hommage à l’élégance, la modernité et l’énergie du compositeur newyorkais.
Frank Tortiller qui a l’habitude des grands orchestres –il a tout de même été à la tête d’un ONJ savoureux qui n’hésitait pas à aller voir aussi du côté du rock (on se souvient de son Tribute to Led Zep) s’associe cette fois encore, avec l’orchestre Pasdeloup, premier d’une longue lignée de formation symphonique qui fête ses 150 ans, sur des projets concernant le patrimoine musical. En 2007, au Châtelet, l’orchestre Pasdeloup sous la direction de Wolfgang Doerner et l’ONJ de Tortiller s’étaient déjà frotté aux airs de music hall et d’opérette. Ils récidivent en 2016 avec le trio virtuose du vibraphoniste/marimbiste composé du fidèle batteur Patrice Héral et du non moins fidèle contrebassiste Yves Torchinsky.
Ce que l’on observe et entend ici, c’est la finesse des orchestrations et arrangements à partir de pièces très célèbres, issues pour la plupart de l’opéra Porgy and Bess. Une introduction très originale de « My Man’s Gone Now » nous fait entrer dans la danse, suivie d’un « Bess, You is My Woman Now » plus classique. On admire le groove du batteur et du contrebassiste sur « Oh Lawd « I’m On My Way Now » », et la longue suite de « I loves You Porgy» introduit un moment d’apaisement et de sérénité. Le morceau de bravoure est peut être cette version de 14 mn du Concerto en Fa, captivante, qui swingue, file en crescendo ravelien : une véritable intensité de l’orchestre avec des courts inserts, des décalages du trio, où le vibraphone installe à merveille le climat. On en vient à se demander, non sans audace, pourquoi Gershwin lui-même n’y a pas songé tant le dialogue de Franck Tortiller avec l’orchestre est vif, pertinent. Tout est intense et cohérent, avec la part d’émotion inhérente à ce concerto. Voilà donc un rhapsodyinparis (sans la « Rhapsody in blue » au demeurant ni « Un Américain à Paris ») assemblage inédit (qui nous change de la prédilection piano/clarinette gershwinienne) qui se conjugue habilement à un orchestre symphonique en apportant ses couleurs et ses timbres. La relecture, si elle ne se veut jamais provocante, tire quand même des free sons, tant elle est capable de transposer sous une forme élaborée, la subtilité, les nuances de texture et de ton de l’original.
Une grande finesse dans ce programme qui intègre tous les titres, y compris la très réussie « Valse 4 » élégiaque de Tortiller et le final, clin d’œil à l’accordéoniste Tony Murena, le roi des balloches auxquels notre Michel Portal national ne manque jamais de rendre hommage. Ce qui confirme l’accord réussi de fougue et de raffinement d’un trio jazz avec une formation symphonique qui impriment à cette musique désormais classique, un authentique sens festif, chaleureux, populaire.

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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 16:36
IVO PERELMAN « Corpo »

Ivo Perelman (saxophone ténor), Matthew Shipp (piano)

Brooklyn, février 2106

Leo Records CDLR 755 / Orkhêstra

Bientôt quarante CD du saxophoniste Brésilien de New York sous le label de Leo Feigin, dont cinq publiés en ce début d'année 2016 ; et celui-ci est le quatrième en duo avec le pianiste Matthew Shipp. Manifestement ces deux improvisateurs ont un contact privilégié, qui s'exprime dans ce CD dont le titre évoque un corps singulier, une entité organique constituée par deux musiciens agissant d'une inspiration et d'une volonté communes. Le dialogue se noue dans une grande liberté tonale, les rythmes et les accents délimitent un espace fécond où chacun paraît totalement libre, et pourtant absolument à l'écoute. On les suit aisément au fil de 12 parties, qui sont autant de descentes dans le tréfonds d'âmes humaines en interaction médiumnique. On est manifestement dans l'une de ces séances idéales d'improvisation, quand le contact s'établit dès l'abord, et que le fil reste tendu, d'urgence et d'imprévu, jusqu'au terme de la rencontre. La même sensation survient à l'écoute d'un autre volume publié simultanément, « The Hitchhiker » (Leo CDLR 754), enregistré en juillet 2015, dans lequel Perelman donne la réplique à Karl Berger (ici au vibraphone : dans un précédent CD, « Reverie », il était au piano). Dans ce duo vibraphone-sax ténor, le dialogue est moins tendu qu'entre le piano de Matthew Shipp et le saxophoniste ; c'est plus « atmosphérique », et peut-être plus sphérique, plus rond : les angles ont été un peu érodés. Mais c'est aussi d'une grande beauté, inspirée parfois par les traditions musicales de l'Afrique et de ses diasporas. Il serait injuste de ne pas citer les trois autres disques de cette livraison printanière : «Soul», en quartette avec Matthew Shipp, Michael Bisio et Whit Dickey ; «Breaking Point», avec Mat Maneri, Joe Morris et Gerald Cleaver ; et « Blue », en duo avec Joe Morris. Chacun assurément mériterait une chronique spécifique. Mais soyez curieux, allez sur le site du saxophoniste, et découvrez ces pépites !

Xavier Prévost

http://www.ivoperelman.com/listen/

Le duo au Michiko's, studio et petite salle de concert de New York

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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 10:00
FLASH PIG invite Pierre de Bethmann, Émile Parisien et Manu Codjia

FLASH PIG : Maxime Sanchez (piano), Adrien Sanchez (saxophone ténor), Florent Nisse (contrebasse), Gautier Garrigue (batterie)

Invités : Pierre de Bethmann (piano électrique), Émile Parisien (saxophone soprano), Manu Codjia (guitare)

Meudon, 5-6 décembre 2015

NOME 005 / L'Autre Distribution

Après un premier disque enregistré en 2013 (« Remain Still », Plus Loin Music), le quartette des frères Sanchez, créé voici près de huit ans, poursuit sa route sans dévier de sa trajectoire initiale, faite de créativité, d'exigence artistique et de liberté, avec une pointe d'humour. Grand prix en 2015 du concours européen de jazz organisé par l'Union Européenne de Radio-Télévision (UER/EBU) et le Northsea Jazz Festival de Rotterdam, le groupe confirme son excellence par ce nouvel opus ; il y accueille trois invités, présents au fil des plages, mais choisit de commencer pour lui même, en quartette, avec un thème mélancolique, For B. , d'un lyrisme poignant, et d'une organisation subtile dans son apparente simplicité. Dans les quatre autres plages sans invité, le lyrisme continue de prévaloir, toujours nourri de délicates interactions entre les membres du groupe. On pense parfois aux mélodies intenses et recueillies de Charlie Haden, sans esbroufe, en totale immersion dans la musique. Les thèmes sont signés par le pianiste, sauf deux : Junior , composé par son frère saxophoniste, et The Veil d'Ornette Coleman, où le débat s'anime avec vigueur. Viennent ensuite les invités, que le groupe avait accueillis séparément en 2014 dans le cadre d'une résidence mensuelle proposée par le club parisien « Les Disquaires » : dans 6444, Manu Codjia apporte son lot de fougue et de tension, et dans la plage suivante cet invité guitariste va jouer au contraire la carte d'une sérénité très atmosphérique ; Pierre de Bethmann, fan déclaré de ce groupe dès son émergence, apporte sur Octobre ses lignes cursives, en fuyant les clichés et en usant ingénieusement du timbre si particulier du piano Wurlitzer, précurseur inspiré du Fender Rhodes qui, hélas, le fit disparaître.... ; et sur Spasme , le bien nommé, Émile Parisien vient exprimer son goût des exposés segmentés avant un envol comme toujours vertigineux. Et pour la pénultième, les trois invités rejoignent le groupe sur une espèce de reggae détendu où chacun va s'exprimer, dans un sorte de joie collective.... et communicative. Vient ensuite le terme du CD, en quartette, entre lyrisme alangui et dialogue télépathique : belle conclusion, en somme, pour une voyage au cœur d'une aventure intime et très collective.

Xavier Prévost

Flash Pig jouera le 8 juin à Paris au studio de l’Ermitage, puis le 16 Juillet à St-Omer et le 24 juillet à Amiens. Et en septembre on le retrouvera pour les festivals de La Villette et de Colmar

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4 juin 2016 6 04 /06 /juin /2016 17:35
RÉMI GAUDILLAT – BRUNO TOCANNE « Canto de Multitudes » édition vinyle

Rémi Gaudillat (trompette, bugle, composition), Bruno Tocanne (batterie), Élodie Pasquier (clarinette & clarinette basse), Lucia Recio (voix), Bernard Santacruz (contrebasse)

Montpellier, octobre 2014

Petit Label PLV 001

(nouvelle édition en 33 tours vinyle)

http://www.petitlabel.com

C'est le premier vinyle publié par Le Petit Label de Caen, tiré à 100 exemplaires, sous pochette de l'atelier de sérigraphie coopératif de l'Encrage : déjà une pièce de collection. Et un manifeste aussi : manifeste pour une production phonographique indépendante ; manifeste politique également, puisqu'il puise ses textes dans le Canto General du poète chilien Pablo Neruda. Le réseau imuZZic, de la région lyonnaise, qui a son propre label (Instant Musics Records : IMR), était allé en 2015 publier ce disque en CD chez le collectif normand. Et c'est désormais en vinyle que l'on retrouve ce bel ouvrage. On ne peut pas ne pas penser au « Liberation Music Orchestra » historique, celui de 1969, où Charlie Haden faisait retentir les musiques de la Guerre d'Espagne dans des arrangements de Carla Bley. C'est plus qu'un hasard si trois des cinq membres du groupe étaient partie (très) prenante dans « Over the Hills », inspiré par Escalator Over the Hill de Carla Bley. Ici la chanteuse Lucia Recio donne les textes de Neruda, tantôt en français, tantôt dans la langue d'origine de sa famille, l'espagnol. Les textes sont dits, souvent ; chantés, parfois ; parfois aussi la voix s'envole dans un chant improvisé d'expression radicale. Ici se lisent à la fois la résistance et l'espoir. Les thèmes, composés par Rémi Gaudillat, ont cette solennité lyrique qui va droit au but de l'émoi. De ce grand poème épique de libération, Mikis Theodorakis avait fait naguère un oratorio. Cette réalisation-ci, dans sa modestie affichée, n'en est que plus forte : Pour Le peuple victorieux, l'improvisation vocale, proche du cri, se substitue au poème : « Mon cœur se tient dans cette lutte. Mon peuple vaincra. Tous les peuples vaincront l'un après l'autre ». Ailleurs la voix parlée donne une prosodie du texte qui, plutôt que d'épouser la musique, entre en tension avec elle. Les instrumentistes sont d'une pertinence admirable, dans l'expression collective comme dans les solos. On est capté, emporté par ce chant de lutte à l'horizon d'espoir.

Xavier Prévost

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 21:59
DAVE LIEBMAN & RICHIE BEIRACH « Balladscapes »

Dave Liebman (saxophones ténor & soprano, flûte traditionnelle), Richie Beirach (piano)

Zerkall (Allemagne), avril 2015

Intuition INT 3444 2 / Socadisc

Ils se connaissent depuis les années 60, ils ont enregistré ensemble pour la première fois en 1970 (Dave Liebman & Carmel Six « Night Scapes »), et leur premier duo sur disque date de 1975 (« Forgotten Fantasies »), aventures conjointes prolongées par le légendaire quartette Quest. Autant dire que leur connivence est du plus haut degré. Pour ce disque, enregistré en Allemagne du Nord où réside désormais le pianiste, ils ont fait le choix de jouer des ballades, envisagées comme autant de paysages offerts à leur lyrisme, et à notre contemplation. Il commencent avec la Sicilienne de Bach (Sonate BWV 1031), très prisée des jazzmen (Bill Evans, et plus récemment Kenny Werner....). Le recueillement est intense, le lyrisme favorise la liberté à l'égard du thème : on commence, déjà, en beauté. Et le disque entier effeuille un catalogue imaginaire de ballades souvent magnifiées par le jazz : For All We Know , Zingaro (autrement appelé fréquemment Portrait in Black and White , et originellement Retrato em branco e preto ), Moonlight in Vermont, Day Dream (de Billy Strayhorn-Duke Ellington). L'émotion est palpable, et l'on est assurément dans le cœur du sujet musical. Sweet Pea de Wayne Shorter devient une complainte déchirante ; This Is New , de Kurt Weill, sur un tempo médium, résonne comme un éloge de la mélancolie. Le lyrisme de Coltrane est convoqué (Welcome / Expression), et le tout se complète de compositions des deux compères (Quest, Kurtland, DL ....). A savourer longuement, lentement, souvent : le bonheur musical est à l'horizon de chaque plage. Et l'on profite de l'occasion pour évoquer un autre disque de Dave Liebman, paru l'an dernier en Autriche, non distribué en France, et qui pourtant mérite le détour : « Sketches of Aranjuez »

DAVE LIEBMAN & RICHIE BEIRACH « Balladscapes »

DAVEC LIEBMAN & SAUDADES ORCHESTRA  « Sketches of Aranjuez »

Dave Liebman (saxophones ténor & soprano, flûte traditionnelle), Peter Massin, Jürgen Haider, Klemens Pliem (flûtes), Karin Gram (hautbois), Wolfgang Heiler (basson), Hermann Girlinger, Gottlieb Resch, Akiko Nishimara (cors), Klaus Ganglmayyr, Barney Birlinger, Mario Rom, Sebastian Höglauer (trompettes), Alois Eberl (trombone), Hermann Mayr (trombone basse), Ali Angerer (tuba), Heidi Rich (harpe), Guido Jeszenszky (guitare), Wolfram Derschmidt (contrebasse), Wolfgang Reisinger (batterie), Christoph Schachen, Ewald Zach (percussions), Jean-Charles Richard (direction)

Linz (Autriche), 12 avril 2011

PAO Records PAO11220 / www.pao.at

 

Depuis environ une décennie, Dave Liebman a joué une dizaine de fois cette relecture de « Sketches of Spain » de Gil Evans / Miles Davis, avec des orchestres différents, dans des instrumentations différentes, s'écartant généralement un peu de l'instrumentation originelle. Ce fut notamment le cas en 2007 au festival de Marciac avec un orchestre issu du Conservatoire de Toulouse, dirigé par Jean Charles Richard (voir plus bas les liens vidéo pour deux extraits) ; et en 2008 à Paris, Cité de la musique, puis à la Manhattan School of Music de New York, sous la direction de Justin DiCioccio (édité en 2009 sous le label Jazzheads) ; enfin en 2011, à nouveau sous la direction de Jean Charles Richard, à Linz en Autriche, où ce concert a été enregistré à l'initiative du très dynamique Herbert Uhlir, producteur de la radio publique autrichienne (ORF). Le disque reprend les cinq thèmes de l'œuvre originale, en modifiant parfois la durée et la structure des pièces. Le parti pris est celui de la très grande expressivité, dans l'écriture d'ensemble comme dans la partie soliste. Le souci, comme chez Gil Evans, est de faire retentir l'intensité émotionnelle de l'Espagne, avec les mêmes emprunts à Joaquim Rodrigo et Manuel De Falla  (Concierto de Aranjuez et El Amor Brujo); et Dave Liebman fait ressentir aussi très profondément l'atmosphère des pièces de Gil Evans inspirées par la tradition ibérique (Saeta , Solea , The Pan Piper ). Lyrique et profondément engagé dans la musique, Dave Liebman est une fois encore pour nous une indispensable source d'émotion(s).

Xavier Prévost

 

Deux extraits de Marciac 2007 sur Youtube :

https://www.youtube.com/watch?v=RwzYGUC5IXM

 

https://www.youtube.com/watch?v=b34NXsJranI

 

Extraits du CD

http://www.allmusic.com/album/sketches-of-aranjuez-mw0002815547

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