Overblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 23:28
WILL CALHOUN  :  Celebrating Elvin Jones »


Motema 2016
Carlos Mc Kinney (cl), Antoine Roney ( ts,ss), Heyon Harrold (tp), Christian Mc Bride (cb), Will Calhoun (dms), Doudou N’Diaye Rose (perc), Jan Hammer (cl).

On aurait pu, à se la couler douce, chapeau de paille vissé sur la tête et cocktail fruité à la main, regarder les bords de mers et passer un peu à la trappe quelques disques reçus durant l’été.
C’eut été une grave erreur car nous aurions alors remisé sans y porter le moindre intérêt le 2ème album que le batteur Will Calhoun consacre à son héros de toujours, Elvin Jones, le maître des forges.
Et cela n’eut pas été très bien joué car pour tout vous dire, j’ai kiffé grave cet album protéiforme aux multiples accents coltraniens, jazz-rock-fusion voire éthiopique.
Will Calhoun y rend ici un hommage fort à celui qui en dehors d’avoir été l’un des membres fondamental du fameux quartet de John Coltrabe, fut aussi un révolutionnaire de la batterie et un créateur en mouvement.
A tout seigneur tout honneur, Will Calhoun ultra-présent se montre intenable, batteur déchaîné, sorte de fils de vulcain, faisant parler le tonnerre et la poudre dans un réel déchainement polyrythmique que le maître n’aurait pas renié. L’essentiel des compositions vient d’Elvin Jones lui même ou d’un répertoire coltranien dans lequel il fut directement impliqué et qui retracent l’essentiel de la carrière du batteur. On y trouve aussi une compo de Wilbur Little Whew qui figure dans l’album du batteur « Poly-currents » sorti en 1969. Ou encore un Wayne Shorter ( Mahjong qui figure sur l’album « Juju » et auquel participait Elvin Jones).
Ca joue grave dans les chaumières et le saxophoniste Antoine Roney qui joua jadis avec Elvin apporte au ténor un son à faire pâlir d’envie papa Lovano. Juste un talent immense !

Véritable explorateur du travail d’Elvin Jones, Will Calhoun, batteur du Bronx et fondateur du groupe Living Legend livre là un travail passionnant et spectaculaire. Toujours dans le mouvement et dans l’osmose.
A découvrir de toute urgence
Jean-Marc Gelin

Partager cet article
Repost0
4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 15:30
MARC BENHAM  « Fats Food, Autour de Fats Waller »

Marc Benham (piano)

Malakoff, 3 septembre 2015

Frémeaux et Associés FA 8527 / Socadisc

Marc Benham avait déjà fait très forte impression avec son premier CD, « Herbst », enregistré en 2011-2012, et finalement publié par Frémeaux en 2013. Rompu au métier (le jazz traditionnel, la variété, l'électro....), c'est pourtant un jazzman dans le plus profond de l'âme, familier des clubs parisiens (Sunside, Caveau des Légendes). Il serait commode (et forcément réducteur) de le définir comme solaloïde , car le grand Martial Solal l'adoube de propos élogieux. Il y a chez lui ce goût du rebond, de la fantaisie, de l'inattendu, et toujours avec une intelligence musicale aiguë. Comme Martial c'est un adepte du « chemin aux sentiers qui bifurquent », et sa maîtrise de l'instrument, autant que son pouvoir de concentration sur l'instant improvisé, lui permettent des écarts inouïs. Pour ce disque, Marc Benham a choisi de revisiter l'univers de Fats Waller, avec une connaissance et un respect qui n'excluent pas de le ripoliner de teintes nouvelles. D'entrée de jeu, il agrémente l'étrange Viper's Drag d'un prélude plus déroutant encore. Mais le respect du style est là, allié à un sens aigu du détour. Aux reprises de Fats Waller se mêlent des compositions originales largement nanties de lyrisme, de finesse, et de ce pianisme intense (mais jamais ostentatoire) qui ravira les fanatiques de l'instrument (comblés aussi par la belle qualité du piano du studio Sextan). Lyrisme intense et recueilli également dans I've Got a Feeling I'm Falling de Fats, merveille d'équilibre entre sensualité et nostalgie ; et profondeur abyssale des harmonies de Madreza, signé par le pianiste. En outre Marc Benham nous offre un détour inattendu par Couperin (Les Barricades Mystérieuses), avec variations prolixes, imaginatives et pleines de swing en stride : belle escapade avant une composition originale, Tes Zygomatiques, empreinte de fantaisie virtuose (et d'un beau sens de la forme) ; et pour conclure une seconde version, fort différente, de l'inoxydable Ain't Misbehavin. Un disque magnifique, qui devrait plaire aux amateurs de (grand) piano et de (très bon) jazz !

Xavier Prévost

Partager cet article
Repost0
2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 11:37
François Raulin Stephan Oliva Correspondances

François Raulin & Stephan Oliva

Correspondances

Sortie CD 26 août

Abalone –L’autre Distribution

Concert de sortie d’album 4 septembre

www.f-raulin.com

www.stephanoliva.com

abalone-productions.com

Sort ces jours-ci Correspondances pour deux pianos sur le label Abalone, une musique encouragée par Régis Huby qui aide à organiser ce que les deux amis François Raulin et Stephan Oliva veulent mettre dans leur musique : en résulte un jeu de miroir de deux pianos côte à côte ( Raulin sur le canal droit et Oliva sur le gauche).

Dans l’histoire toujours renouvelée des duos, en voilà un « historique » et singulier, inspiré de leurs affinités électives (ils sont tous deux fous de littérature et de cinéma) et de leur partages depuis une vingtaine d’années sur différents projets. Ayant une réelle capacité à travailler ensemble, à faire évoluer leurs objectifs dans le temps, particulièrement créatifs, les deux pianistes ont l’art de transformer leurs idées en projets, toujours passionnants à suivre, incluant souvent leurs amis soufflants ou contrebassistes ( Sept Variations sur Lennie Tristano, Little Nemo, Echoes of Spring). Ils revisitent les figures aimées, sous la forme de « Lettres à… » qui permettent échanges, questions-réponse, post scriptum, voire post-it .

Un travail d’imbrication qui réunit deux parties très complémentaires, pour un résultat d'une grande fluidité, un dialogue orchestral ( par exemple, en un travail de doublage des notes, constituant un empilement, une "épaisseur" orchestrale) ou minimal au contraire : ces deux personnalités ne se ressemblent pas stylistiquement, mais partagent une même vision de la musique.

Ce CD nous livre 12 compositions qui ont toutes de quoi surprendre, si on ne connaît pas l’univers de Raulin et Oliva, mais autrement, retiennent notre attention par cette «versatilité » toujours de bon aloi. Leurs « Visions Fugitives » (si je peux emprunter cette expression à un autre label ami) tournent autour de personnalités majeures qui les ont influencés dans leur parcours : des compositeurs classiques comme Ligeti ou Dutilleux( un maître de l’association des timbres) ou pour le jazz, d’autres icônes, comme le grand Martial Solal (15 mn quand même) ou Jimmy Giuffre. Dans le très beau « Tango Indigo », ils font le lien entre Stravinsky et Duke Ellington. Ils n’oublient pas d’inclure leurs propres compositions, les improvisations collectives. Vaste et beau programme, car tous deux sont interprètes, compositeurs, improvisateurs, arrangeurs, des artistes complets, des musiciens érudits. On comprend qu’ils se soient fait plaisir en choisissant leurs thèmes (Hermeto Pascoal, Jean Jacques Avenel pour Raulin par exemple, Linda Sharrock pour Oliva), ils tendent ainsi un peu plus à abolir la différence entre écrit, partition et improvisation. Leur écriture réactualise souvent une partition déjà originale, sans revivalisme compassé. Ils n’hésitent jamais à franchir les limites, à jouer dans les marges. La musique profite de rythmes constamment déjoués, caresse sans perdre sa force, fait entendre son chant sans tomber dans la romance, recherchant chromatismes et recourant aux dissonances. En jouant sur l’étirement du temps, des notes, ils parviennent sur le merveilleux thème d’Ornette Coleman « Lonely Woman », à faire jaillir des images et l’émotion. Mystère entretenu et tension palpables. Le final est dédié au prodigieux cornettiste Bix Beiderbecke de Davenport (Iowa), auteur de cette sublime et unique composition pour piano, une rêverie en jazz, « In a mist », après une nuit passablement embrumée…Une nouvelle version après leur mémorable quintet Echoes of Spring (2008) sorti sur le label Melisse d'un autre pianiste ami Edouard Ferlet.

Voilà une trame d'échanges sublimée en un récit, un récital efficace, d’une vraie délicatesse, d'une complicité exigeante dont chaque nouvel échange complète le tableau de leurs variations en série.

Sophie Chambon

Partager cet article
Repost0
31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 11:30
THE BAD PLUS : «  It’s hard »

Okeh 2016
Ethan Iverson (p), Reid Anderson (cb), David King (dms)

20 ans après la révolution « Bad Plus », les révolutionnaires sont , comment dire, un peu moins révolutionnaires.
Et pourtant le temps peut bien passer sur le trio de Minneapolis, il n’en reste pas moins que ces trois-là ont véritablement laissé leur empreinte sur la conception du piano trio-basse-batterie dans le jazz et que, bien qu’imités souvent ils n’ont jamais été égalés. Le son et la façon de tout déstructurer rend ce trio-là reconnaissable entre tous.
De quoi, si j’étais redan chef d’un grand magazine de jazz, leur faire une « Une « spéciale ». Moi c’que j’en dis…..

Ce nouvel album conçu autour de reprises très hétéroclites de Prince, de Kraftwerk, de Peter Gabriel et même de Cindy Lauper (Time after time jadis repris par Miles lui-même) nous frustre un poil de ne pas entendre les superbes compositions de Reid Anderson. Mais le travail qu’ils réalisent autour de ces véritables standards est un régal de bout en bout. Toujours avec The bad Plus, le même choix cornélien qu’ils ont choisi de ne pas résoudre entre respect de la forme et souci de la déstructuration métodique. Toujours avec The bad Plus, le même souci que chaque membre du trio puisse s’entendre comme partie autonome d’un tout. Certes ils se sont un peu assagis et même attendris. On les entend plus doux et plus gentils sur certains titres. Un peu plus conciliants. Mais à l’inverse ils touchent et émeuvent comme sur cette très belle reprise de The beautiful ones de Prince. Et je sais pas vous mais moi, toujours ils me fascinent comme s’il s’agissait de rentrer dans une oeuvre moderne de Paul Klee et qu’au delà de l’apparente fluidité il s’agissait aussi d’en comprendre l’intelligente modernité.
Enregistré à Brooklyn avec leur fidèle igné-son, Peter Rende, «It’s Hard » nous remet sur les rails de The Bad Plus dont ils s’étaient éloignés quelque peu ( après avoir signé un magistral Sacre du Printemps qui fera certainement date dans l’histoire du jazz).
On les retrouve ici avec quelques cheveux blancs mais avec la foi intacte. Et loin prend toujours le même pied !
Jean-Marc Gelin

Partager cet article
Repost0
27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 18:50
MARC DUCRET & JOURNAL INTIME « Paysage, avec bruits »

Marc Ducret (guitares, composition), Sylvain Bardiau (trompette), Matthias Mahler (trombone), Frédéric Gastard (saxophone basse)

Paris, 28-30 avril 2015

Abalone Productions AB 025 (L'Autre Distribution)

La rencontre de Marc Ducret avec les membres de Journal Intime, et avec le trio lui-même, est une déjà longue histoire, et même une série d'aventures partagées. Le saxophoniste et le tromboniste ont participé au projet « Tower » du guitariste, et Marc avait déjà rejoint le trio en diverses occasions (dont le CD « Extension des Feux », Neuklang, 2013) ; et il l'avait convié lors du concert de sortie du CD « Metatonal » au Studio Sextan. Le répertoire mêle des pièces déjà enregistrées et de nouvelles compositions, élaborées sur mesure pour cette rencontre fructueuse. Ce qui frappe, comme toujours chez Ducret, c'est un savant alliage de forme exigeante, et maîtrisée, avec des espaces d'improvisation qui conjuguent incitation à la liberté et pertinence dramaturgique dans la forme d'ensemble. Là où André Hodeir préconisait l'improvisation simulée, pour obtenir un discours spontané qui reste en phase avec la logique interne de l'œuvre, Ducret construit un chemin dont les balises sont autant de stimulations à la créativité des solistes. Le disque commence par une plage dont les accents rythmiques se souviennent de Stravinski et Bartók, mais sans servilité. Le parcours conjugue constamment des échappées rythmiques d'un soliste avec des harmonisations tendues, et souvent audacieuses. Et le guitariste, s'il est le compositeur, ne se privilégie nullement comme soliste au détriment de ses partenaires. Il « joue collectif », comme il sait si bien le faire, et la musique s'en trouve magnifiée. C'est très contemporain et très VIVANT, comme pour battre en brèche une idée tellement reçue, et hélas si souvent partagée par les oreilles distraites, selon laquelle la musique de création serait léthargique et anesthésiante.... Tous les quatre sont impeccables d'audace, d'intelligence de l'instant musical, et d'esprit de groupe. Bref c'est un régal, autant qu'une pièce maîtresse !

MARC DUCRET & JOURNAL INTIME « Paysage, avec bruits »

On retrouve également Marc Ducret sur le nouveau disque du compositeur, batteur, percussionniste et manipulateur de sons Michel Blanc. Autour de séquences sonores d'actualité qui couvrent de l'ère Pompidou jusqu'à la chute de mur de Berlin, la guitare de Ducret, l'orgue d'Antonin Rayon, la voix d'Anabelle Playe, le piano d'Anne Gimenez et les percussions de Michel Blanc offrent une foule de paysages sonores et musicaux avec bruits d'époque. Là encore l'inventivité et la cohérence donnent à l'ensemble une vitalité exceptionnelle : un idéal d'Art Vivant en quelque sorte (Michel Blanc, « Le Miroir des Ondes », Ayler Records AYLCD-151, Orkhêstra)

Xavier Prévost

Marc Ducret & Journal Intime joueront le 2 septembre à Paris, au Studio de l'Ermitage, dans une série de concerts, du 2 au 4 septembre, autour des publications récentes du label Abalone, avec notamment Boreal Bee, Marc Buronfosse, Régis Huby Quartet et le duo Stephan Oliva-François Raulin

Partager cet article
Repost0
6 août 2016 6 06 /08 /août /2016 15:29
@Claude Dinhut & Marianne Mayen  (TJA)

@Claude Dinhut & Marianne Mayen (TJA)

Mercredi 3 Août : Cloître des Carmes

A la fin de leur concert, le quintet de Kyle Eastwood entonne, après un rappel musclé du « Boogie Stop Shuffle » tiré de Mingus Ah Hum, un « Joyeux anniversaire » et, à la plus grande surprise des deux présidents du Tremplin, Robert Quaglierini et Jean Michel Ambrosino, les nombreux bénévoles, tout de bleu vêtus, entrent en scène avec un énorme roulé de crêpes Suzette ( absolument délicieux, je confirme) soulignant ainsi le final de cette vaillante édition 2016. Il fallait bien ça en ce passage de la nuit symbolique du 4 Août, de l’abolition des privilèges, pour nous faire oublier une année sinistre.

Sinne EEG Quartet : la sirène de Copenhague sinnemusic.com

Sinne EEG (vocal), Jacob Christoffersen (piano), Lennart Ginnman( bass) Zoltan Csörz( drums)

La soirée avait commencé avec le concert de la chanteuse danoise Sinne EEG (prononcez « ig ») une révélation du jazz vocal suédois, bien qu’elle en soit à son septième album, intitulé sobrement Eeg- Fonnesbaek du nom de son contrebassiste virtuose. Elle a remporté en France le prix de jazz vocal de l’Académie du Jazz en 2014. Elle choisit d’interpréter en quartet un panaché de chansons de ses différents albums, dont Face the Music. Très enjouée, vive et gracieuse, la blonde et grande Scandinave présente de bon cœur ses compositions comme « The Best I Ever Had » qui se partagent son programme à égalité avec les standards du Song book qu’elle maîtrise parfaitement. C’est vrai que les Scandinaves ont la tradition chevillée au corps : elle a choisi de reprendre un « It might as well be spring » assez mélancolique (mais « April is the cruellest month » selon T.S ELIOT ) ainsi qu’un débridé « What a little moonlight can do » tout à fait indiqué en ce début août où le ciel se pare d’étoiles. Elle scate et improvise avec aisance d’une voix claire et chaude, se glissant dans le sillon creusé par Sarah Vaughan qui me semble être sa principale influence.

Kyle Eastwood Quintet :

Andrew McCormack (piano), Quentin Collins (trompette), Brandon Allen (saxophones), Chris Higginbottom (batterie)

Entouré de la fine fleur des jazzmen anglais, le contrebassiste californien va nous régaler de compositions de son dernier album, paru en 2015, chez Jazz Village, Time Pieces, dont le titre est parfaitement explicite. Kyle Eastwood joue la musique qu’il aime et qu’il a entendu pendant son enfance, et cela peut remonter à « Bullet train » de Big Noise from Winnetka du batteur Gene Krupa, en passant par le hard bop d’ Horace Silver, pianiste co-leader des Jazz Messengers. Et ce n’est sans doute pas un hasard si Horace Silver écrivit un mémorable Song for my father. Ou encore le caméleon surdoué Herbie Hancock ( « Dolphin Dance » de Maiden voyage). Un jazz historique. Il ne faut sans doute pas lui demander de s’aventurer sur les terres du free. Tout comme Woody Allen qui ne dépasse pas les années quarante dans ses BO ou alors passe à d’autres musiques y compris contemporaines. il mettrait ses pas dans les traces de son père ? Justement c’est le moment d’en parler,de la figure paternelle. Time Pieces, c’est le passage du temps, l’inscription dans une filiation assumée, si ce n’est revendiquée. Si la tentation du cinéma l’a effleuré, on se souvient du blondinet attendrissant, le neveu de Clint dans Honky Tonk Man en 1982, Kyle a choisi de se consacrer à la musique américaine. Et par des chemins qui bifurquent, il revient au cinéma puisqu’il participe aux B.O paternelles avec Michael Stevens. C’est ainsi que l’un des morceaux marquants du concert est une version réarrangée, du thème principal de « Letters from Iwo Jima » d’une douceur poignante, en duo avec le pianiste. C’est la seconde fois que j’entends ce programme en quelques jours, après la soirée du Mucem à Marseille, dans le cadre du festival des Cinq continents. Mais je suis dette fois tout à fait convaincue. Est ce parce qu’il a pris le temps de se (re) poser 3 jours à Avignon pour participer au jury du Tremplin jazz en tant que président? Le concert emporte très vite l’adhésion du public qui remplit le cloître, l’« acme » se situant lors de l’interprétation improvisée, lentement déployée de son « Marrakech » qu’il commence à jouer à l’archet sur sa drôle de contrebasse raccourcie, accompagné du seul sax soprano avant de passer à la basse électrique. Une pratique longue et assidue d’un instrument dont Kyle Eastwood maîtrise les techniques, à l’aise dans le slap, la walkin bass, à l’archet, changeant aussi pour la basse électrique comme Pastorius sur « Dolphin Dance ». Sérieux, réfléchi, il joue comme il est ou semble paraître. Détendu avec son groupe, comme en famille. Un vrai « professionnel », qui a su s’entourer de musiciens attentifs et experts, d’un pianiste brillant, Andrew Mc Cormack, de soufflants précis que j’aurais aimé cependant voir jouer encore plus souvent à l’unisson. Mais le groupe est soudé autour de sa rythmique et joue collectif, une mécanique bien huilée qui sait aussi donner sur le versant caliente, avec un « Capirinha » de circonstance, ou un « Prosecco smile » effervescent ! Pour l’anecdote, dès le lendemain, le groupe reprenait la ( longue) route pour Marciac (concert le vendredi 6 août) en compagnie de Pascal Bussy, en charge des label Jazz village et World Village chez Harmonia mundi pour aller écouter le soir même Ahmad Jamal …dans son unique concert programmé cet été.

Sophie Chambon

@Claude Dinhut & Marianne Mayen

@Claude Dinhut & Marianne Mayen

@Claude Dinhut & Marianne Mayen

@Claude Dinhut & Marianne Mayen

Partager cet article
Repost0
5 août 2016 5 05 /08 /août /2016 21:37
Grand Prix du Jury  Just another Foundry @Claude Dinhut @Marianne Mayen (TJA)

Grand Prix du Jury Just another Foundry @Claude Dinhut @Marianne Mayen (TJA)

Prix de composition Morgan Freeman  @ Claude Dinhut& Marianne Mayen

Prix de composition Morgan Freeman @ Claude Dinhut& Marianne Mayen

Prix du meilleur instrumentiste Amaury Faye @Claude Dinhut & Marianne Mayen

Prix du meilleur instrumentiste Amaury Faye @Claude Dinhut & Marianne Mayen

@Claude Dinhut & Marianne Mayen (TJA)

@Claude Dinhut & Marianne Mayen (TJA)

Merci au public @Claude Dinhut & Marianne Mayen

Merci au public @Claude Dinhut & Marianne Mayen

Airelle Besson Grand Prix 2002...revenait jouer cette année avec son quintet @Claude Dinhut & Marianne Mayen(TJA)

Airelle Besson Grand Prix 2002...revenait jouer cette année avec son quintet @Claude Dinhut & Marianne Mayen(TJA)

Partager cet article
Repost0
5 août 2016 5 05 /08 /août /2016 15:58
25 anniversaire Avignon Jazz  Festival :

Avec celui de la Défense, le Tremplin Jazz d’Avignon

http://www.tremplinjazzavignon.fr est l’un des concours-événements qui dans sa catégorie, compte dans le paysage musical du jazz, un espace d’expression des jeunes musiciens européens qui s’affrontent amicalement au cœur de la cité papale. Plus largement reconnu depuis 2000, qui consacra Avignon « ville européenne de la culture », le Tremplin Jazz s’est étoffé, le concours européen s’insérant dans un festival de Jazz, et cette manifestation sudiste, simple et chaleureuse, a pris sa place en dépit du festival de Théâtre qui monopolise toutes les attentions, y compris médiatiques en juillet, profitant de l’accalmie du début août, quand les affiches sont enfin ôtées des rues et ne jonchent plus les caniveaux et que la ville retrouve une apparence humaine. Il perdure bon an mal an, avec des années plus fastes, question subventions. Malgré des partenaires privés toujours solides, les conséquences sont immédiatement visibles sur la programmation- une soirée de moins cette année, du dimanche 30 juillet au mercredi 3 août, avec le Tremplin qui s'insère, les 1er et 2 août : les 6 groupes dont 3 français, retenus sur 110 formations européennes, donnent une vision assez précise du jazz actuel, reflétant le spectre d’une musique qui continue de s’inventer.

La belle aventure, lancée il y a un quart de siècle dans le quartier difficile de la Barbière puis dans le parc public d’Agricol Perdiguier, par une équipe de bénévoles, des amis passionnés de jazz, continue en dépit des problèmes inhérent à ce genre d’organisation : s’il est une chose qui ne change pas, c’est la qualité de l’accueil due à une équipe de bénévoles infatigables, toujours sur le pont qui, avec le temps ont su prendre leurs marques dans le difficile exercice de gestion de groupe : des chauffeurs qui ont la tâche ardue de se coucher tard et de se lever tôt pour amener groupes et musiciens à bon port, au catering ( Nicole et sa petite famille qui concoctent l'une des plus délicieuses cantines collectives de festival), sans oublier l’équipe du bar, des tee-shirts, des photographes…

L’un des atouts du tremplin et donc du festival est un lieu mythique : faire de la musique dans le cloître des Carmes est une expérience inoubliable. Restant à taille humaine, l’architecture de pierres blondes est merveilleusement servie par Mathieu, peintre des lumières. Gaetan Ortega, lui, est le maître incontesté du son : une équipe choc prête à parer à toute éventualité...

Le public qui vient très nombreux lors des deux soirées gratuites du Tremplin est fidèle et connaisseur. On a donc créé un prix du public, très attendu qui, certaines années, rejoint le choix du jury ce qui confirme la qualité de l’écoute. Public et jury continuent à partager ce qui traverse le paysage musical de ces soirées estivales provençales, lieu d’ouvertures, de passages, toutes frontières abolies…. Avec délicatesse, tout en retenue, le Président du Jury, Kyle Eastwood, a laissé cette année circuler les échanges entre les membres du jury qui, s’ils sont reconnus pour leur « expertise » n’en sont pas moins hommes et…femmes avec leur subjectivité. Et il a su entériner les « bonnes » décisions. Comment en effet évaluer des musiques, prendre position sur des esthétiques et des styles souvent contrastés ? Les vainqueurs du Grand Prix ont la chance de pouvoir enregistrer l’année suivante au studio réputé de Pernes les Fontaines, La Buissonne, sous la direction de Gérard de Haro et de faire la première partie d’un concert du festival.

Les groupes en lice :

Première soirée Lundi 1er Août : Cloître des Carmes

Garbage Ghost ( Belgique) Quentin Gayrard ( saxophones) Pierre Heurty ( batterie), Thomas Chabalière ( vibraphone)

Just Another Foundry ( Allemagne) Jonas Engel (saxophone) Florian Herzog ( basse) Anthony Greminger ( batterie)

Frédéric Perreard Trio ( France) Frédéric Perreard ( piano,compositions) Samuel F’Hima (batterie) Arthur Alard (contrebasse)

Le premier groupe, un trio français représentant la Belgique partait avec un handicap sévère, la défection une semaine auparavant du claviériste. Trouver un nouveau partenaire dans un laps de temps aussi court est une gageure et malgré les qualités évidentes de Thomas Chabalière, la «pièce rapportée», l’alliage ne put convaincre d’autant que le groupe suivant allait quasi instantanément imposer un style, une esthétique et un vrai travail de groupe. Le trio formé à l’école redoutable de Köln (l’une des meilleures avec Berlin) a cette connaissance du jazz et de son histoire qu’il sait s’approprier, retraverser en lui conférant des couleurs originales : de Lee Konitz à Ornette Coleman. Que les musiciens s’éloignent de l’écriture pour improviser ou qu’ils y reviennent, voilà un jazz authentique aux structures micro tonales, au groove évident, à la plasticité formelle d’où l’image de la fonderie ou de l’aciérie http://www.justanotherfoundry.de

Un groupe qui s’inscrit intelligemment dans la tradition, un « power trio » fin et racé, surprenant dans l’aisance des changements de rythmes, dont l’expression musicale coule comme un métal en fusion. Le saxophoniste qui avait, en outre, fait l’effort de travailler sa présentation dans un français choisi, drôle, articulé à l’allemande, faisait entendre un son d’une vigueur convaincante, d’une expressive beauté aux coulées vibrantes. Virtuose avec humour. Mention pour le soliste ?

Dans ces conditions, le troisième groupe, un trio français avait fort à faire. Beaucoup plus classique et prévisible en dépit de compositions originales amplement développées, il sut installer un climat appréciable soulignant un jeu de groupe certain. Prometteur…

Deuxième soirée : Mardi 2 Août

LE JARDIN Julien Dubois (saxophone), Ouriel Ellert (basse électrique), Simon Chivallon (piano), Gaëtan Diaz (batterie)

MORGAN FREEMAN Andrius Dereviancenko ( saxophone), Dennis Sekretarev (trompette), Matt Adomiet ( contrebasse), Tristan Renfrow ( batterie)

Trio Amaury FAYE Amaury Faye ( piano), Louis Navarro ( contrebasse ), Theo Lanau (batterie)

Le Jardin est un quartet bordelais qui a tout ce qu’il faut pour envoyer le bois… mené par un saxophoniste alto inspiré, dont les phrases jaillissent avec aisance. Il livrera même un combat vainqueur avec une cigale, son ajustement sur le tempo rappellant d’autres souvenirs vocaux. D’ailleurs le groupe s’enhardit en jouant et le plaisir s’en ressent pour écouter cette suite écrite autour de « Icare ou le drame de l’augmenté » ou du « Sisyphe ou la Révolte du diminué » sans oublier Madoff ou « la tectonique des plaques » ; des titres improbables aux sources d’inspiration variées reflétant la diversité des styles entre fusion, rock progressif, un zeste de Zappa pour les brusques ruptures, Steve Coleman (encore et toujours). Une formation à suivre pour les Rétois lors de leur tremplin à venir, Jazz au Phare. Et pour les Parisiens au Sunset le 28 septembrehttp://www.sunset-sunside.comSi le Jardin avait surpris, le quartet suivant avait de quoi déstabiliser : ces Hollandais « violents » entraînés par un batteur pitre et visuellement déconcertant, à l’attirail imposant, nous prennent à contre-pied : un élan irrésistible, un souffle libertaire, une vraie prise de risque, des souffleurs qui suivent et relancent alors que le contrebassiste imperturbable, garde le rythme et la boutique. Décoiffant et absurde comme le nom Morgan Freeman qui se serait bien demandé ce qu’il venait faire avec cet équipage. Le dernier groupe a toujours un rôle difficile, un trio bien français, conduit par un pianiste lyrique, séduisant par la « joliesse » jamais facile de la mélodie et la finesse technique du pianiste. Vainqueurs de différents tremplins dont celui de Vienne et de Vannes, sans partir favori, il avait la carte du lyrisme dans son jeu surtout en reprenant une composition parkerienne. Après discussions et échanges solidement argumentés, le jury s’entend pour remettre le Grand Prix au trio allemand Just Another Foundry, le Prix de soliste au pianiste français Fredéric Perreard qui sut plaire au président du Jury, et le prix des compositions au trio hollandais de Morgan Freeman, dont le batteur « fou » avait néanmoins composé la majeure partie du programme. Choix souligné par le Prix du Public qui leur allait sans hésitation selon le décompte des voix. Le Tremplin Jazz continue ainsi cette aventure musicale sous la houlette du président Robert Quaglierini et du co président Jean Michel Ambrosino, d’un dynamisme à toute épreuve, en dépit des charges d’organisation, épaulés par l'efficace attaché de production Jeff Gaffet. Le succès de ce très bon cru nous invite à être confiant pour la suite. Souhaitons à cette manifestation sensible de garder longtemps une place méritée dans le paysage culturel avignonnais ! Il me restait encore une soirée à vivre cette année, celle de la clôture du festival...avec le quintet de Kyle Eastwood et en première partie la chanteuse danoise Sinne Eeg.

A suivre…

Sophie Chambon

Le Cloître des Carmes écrin du Tremplin   @S.C

Le Cloître des Carmes écrin du Tremplin @S.C

Partager cet article
Repost0
29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 08:44
SEBASTIEN PAINDESTRE TRIO  : « Paris »


La Fabrica’son 2016
Sebastien Paindestre (p, fd), Jean-Claude Oleksiak (cb), Antoine Paganotti (dms)
http://www.sebastienpaindestre.com/discographie/


Avant de partir en vacances j’avais prévu de vous parler de Brad Mehldau et de son très bel album « Blues and Ballads" qu’il a signé chez Nonesuch en compagnie de Larry Grenadier et Jeff Ballard.
J’avais prévu et cela aurait été amplement justifié.
Seulement voilà, entre temps j’ai mis dans ma platine l’album d’un pianiste dont nous vous avons déjà parlé plusieurs fois ici, Sebastien Paindestre et finalement j’ai décidé de changer mes plans estivaux.
Car après tout Mehldau, on vous en parle à toutes les sauces alors que Paindestre, moins.

Sebastien Paindestre que l’on sait amoureux de Radiohead auquel avec son groupe Amnesiac il a déjà rendu plusieurs hommages (Sebastien a même chroniqué dans les DNJ http://www.lesdnj.com/2016/05/a-moon-shaped-pool-radiohead-une-chronique-de-sebastien-paindestre.html) quitte ici les chemins de la pop. Il l’avait d’ailleurs fait avec le très bel album « En rouge » (http://www.lesdnj.com/2016/01/atlantico-en-rouge.html).

Mais ici, si l’on devait trouver dans « Paris » une nouvelle filiation, elle serait justement à chercher du côté de Brad Mehldau. Dans cet album, le même soin apporté aux compositions et au son. Même façon de partir de mélodies parfois très simples pour en faire un véritable matériau où le pianiste passe allègrement du clavier du piano à celui du fender, n’hésitant pas à en salir le son à volonté. Il suffit d’écouter Gaza-Paris-Jerusalem pour se rendre compte qu’avec Sebastien Paindestre, tout est affaire de reliefs et de cartes postales. Ou plutôt, non. A l’image fixe nous préférons celle en mouvement, quasi cinématographique. Il y a des plans fixes, en mouvement, des zooms, des travellings, des plans serrés et des plans larges rendus possible par la belle cohésion du groupe, sorte de soft-power-trio. Sebastien Paindestre y joue avec une admirable libération de toutes tension, gardant au bout des doigts un rare sens du grosse. Souple comme un gros chat à pattes de velours. Derrière, Jean-Claude Oleksiak est énorme à la contrebasse. Quand à Paga’ comme toujours c’est l’assurance d’un drive de grande classe.
Paindestre nous ballades ainsi hors des sentiers battus, dégagé de tous clichés dans un univers finalement très personnel. Un envers jamais univoque mais qui respire le jazz. A l’exacte intersection de R
adiohead et de Brad Mehldau il y a Sebastien Paindestre qui en apporte ici une démonstration éclatante.

Bon vous pouvez bien sûr acheter l’album de Brad Meldhau mais franchement je vous verrai bien emmener dans vos bagages celui de sebastien Paindestre. Les deux font la paire.


Moi c’que j’en dis..
Jean-Marc Gelin

Partager cet article
Repost0
29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 08:15
DAN TEPFER : ALGORITHMES, PIANO ACOUSTIQUE & IMPROVISATION

Après le concert du Festival de Radio France & Montpellier, les réflexions du chroniqueur, et les précisions du pianiste apportées lors d'un entretien téléphonique et transatlantique.

À l'occasion de la Carte blanche que lui offrait le festival de Radio France & Montpellier Occitanie, Dan Tepfer a choisi de poursuivre ses expérimentations personnelles autour du piano acoustique à interface numérique, de la programmation et de l'improvisation.

Au cours du concert, le pianiste a fait le va-et-vient entre le piano de concert (Steinway modèle D) et le Disklavier Yamaha, piano à queue d'une taille plus modeste, équipé d'un dispositif qui lui permet tout à la fois d'enregistrer la musique jouée par un pianiste, de la restituer instrumentalement mais aussi, via une interface numérique pilotée par ordinateur, d'exécuter une musique programmée ou, dans le cas qui nous intéresse, de réagir à la musique jouée sur le clavier par le pianiste et de générer d'autres notes, d'autres rythmes, d'autres accords.

Dan Tepfer, de culture scientifique de haut niveau, pratique la programmation depuis l'adolescence. Et il conçoit et programme lui même des algorithmes qui font réagir le piano à ses improvisations selon des choix dûment codifiés par ses soins. Pour éclairer le public du concert donné le 19 juillet dans l'imposant Amphithéâtre du Domaine d'O, il a commencé en jouant, sur le grand piano de concert, la 3ème Variation Goldberg de Bach. Puis, comme il l'a fait régulièrement en concert, et sur disque, il a improvisé à partir de la contrainte que s'était fixées Bach pour cette variation : celle du canon à l'unisson, qui consiste à répéter en décalage de temps et de registre les notes jouées dans la phrase initiale, et de poursuive ainsi le discours en suivant la même règle, ce qui entraîne vers des espaces de complexité dont Bach se délectait. Il a ensuite expliqué au public qu'il allait, sur le Disklavier et en utilisant un algorithme élaboré par ses soins selon le même principe, improviser sur All The Things You Are : et le piano, piloté par l'ordinateur et cet algorithme, ajoute à son improvisation des notes, phrases et rythmes obéissant à cette règle, et suscitées par le jeu de Dan Tepfer au clavier. Le résultat est vertigineux, et reste totalement musical, car c'est le musicien-improvisateur qui fournit la matière, et continue d'improviser en tenant compte de ce que génère le programme.

DAN TEPFER : ALGORITHMES, PIANO ACOUSTIQUE & IMPROVISATION

Pour une série de duos avec ses partenaires (la chanteuse Claudia Solal, le contrebassiste François Moutin, le batteur Arthur Hnatek), il va chaque fois élaborer un algorithme propre à engendrer, à partir de son jeu de piano, la matière d'un dialogue avec l'invité(e). La folle effervescence rythmique du programme destiné au duo avec le batteur va entraîner les deux musiciens dans une complexité ludique réjouissante, où l'extrême concentration de chacun participe de la jubilation commune.

Quand on demande à Dan Tepfer si écrire un algorithme, dans ce contexte, c'est composer, il répond par l'affirmative, mais en précisant que l'algorithme est un procédé, un cadre, comme dans la composition musicale peuvent l'être une choix de forme ou de règles. Si l'on demande au pianiste si l'algorithme écrit par ses soins laisse place à l'aléatoire, il dit que ce n'est pas le cas, en tout cas pour l'instant. Dans le dispositif cependant existe une petite part d'aléatoire, mais qui n'est pas codifiée comme telle, avec l'intention d'introduire l'aléa comme une élément conscient du code. Et lorsque l'on lui demande si l'algorithme conçu par ses soins devient comme un partenaire de jeu, il répond « oui »,sans hésiter.

Quand on évoque la délicate question de savoir si une contrainte, ou un faisceau de contraintes, une règle, stimulent la créativité, sa réponse est aussi nettement positive. Et il cite l'influence qu'a eue sur sa réflexion une pièce de György Ligeti, Musica Ricercata , œuvre pour piano qui utilise d'abord dans un premier mouvement deux notes, dont l'une est déclinée dans d'infinies variations de dynamique, de timbre, de couleur.... Puis dans le suivant trois notes, et ainsi de suite. C'est par exemple le défi que s'impose Dan Tepfer, en improvisant après chacune des Variations Golberg, d'en reprendre les contraintes dans un langage différent, le sien en l'occurrence. Dan Tepfer se dit que l'on eut aller encore beaucoup plus loin dans la démarche entreprise. Le concert de Montpellier, avec différents partenaires, et en public, marque une nouvelle étape, et ces premiers résultats l'encouragent à développer encore ses recherches ; il pointe cependant la limite du conceptuel, et l'importance du facteur humain (compositeur-programmateur-improvisateur) ; mais il reconnaît aussi que, par cette démarche, il parvient à produire une musique à laquelle il n'aurait pas accédé par d'autres voies, et le but recherché est atteint : produire de la joie.

Dans le prochain disque, d'ores et déjà enregistré, avec Lee Konitz, et qui devrait paraître dans les mois qui viennent sous un grand label, il y a une plage qui utilise le disklavier et un algorithme conçu par Dan ; et le pianiste dit que Konitz s'en est trouvé inspiré, entraîné vers un ailleurs insoupçonné. Dan Tepfer prévoit, en 2017, de mettre chaque mois en ligne une vidéo illustrant l'évolution de son travail, avant de publier un nouveau disque qui sera le résultat de ce parcours presque initiatique.

Les Dernières Nouvelles du Jazz suivront cette progression, avec un ou plusieurs entretiens en compagnie de Dan Tepfer, pour illustrer et éclairer ce qui s'annonce, d'ores et déjà, comme passionnant.

Xavier Prévost

Plus d'informations , en anglais, sur le site The Culture Crush :

http://www.theculturecrush.com/acoustic-informatics

Partager cet article
Repost0