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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 21:43

1 CD ECM 2011

 mantler.jpg

Ne pas se tromper sur l’étiquette. Michael Mantler que l’on avait laissé avec ses formidables Concertos (ECM 2054, 2008) n’apparaît pas ici en tant qu’instrumentiste dans cet album mais comme le compositeur de 18 petites compositions brèves écrites pour un duo guitare-piano. Comme toujours avec Mantler il y est question de la relation étroite entre l’écrit et l’improvisé. Mais ne pas non plus se tromper sur la supposée interaction entre les musiciens. En effet, cet album a d’abord été enregistré en solo par le pianiste danois Per Salo un peu comme pour en définir le cadre formel, lui revenant ainsi la part la plus écrite de la musique. C’est ensuite deux mois plus tard que le guitariste Bjarne Roupé a lui-même enregistré en play-back sa partie très largement improvisée. Et si le cadre ainsi défini peut sembler d’un certain académisme c’est tout le travail du guitariste qui, au travers de la richesse de ses improvisations et des effets qu’il multiplie, parvient à animer ce travail constitué de petites saynètes de 2 minutes à peine. On a parfois le sentiment que Bjarne Roupé utilise 5 guitares différentes tant l’éventail de ce qu’il montre est varié. Les structures musicales de Michael Mantler sont complexes, flirtant avec la musique contemporaine. Guitare et piano dans ce format exigu échangent les rôles en se partageant les espaces harmoniques sur des séquences courtes et riches. Le plaisir subreptice est conceptuel et souvent fascinant. Il relève avant tout de la curiosité d’esthète.

Jean-marc Gelin

Bjarne Roupé (g), Per Salo (p)

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 23:01

« Songs of mirth and melancholy »

Marsalis Music 2011

Brandford Marsalsi (ts, ss), Joey Calderazzo (p)

 branford-marsalis-and-joey-calderazzo-songs-of-mirth-melanc.jpg Brandford s’offre un petit intermède, une sorte de parenthèse avec le pianiste de son groupe, Joey Calderazzo (celui là même qui a remplacé il y a quelques années l’irremplaçable Kenny Kirkland) pour un exercice en duo dont le titre ne saurait mieux résumer l’atmosphère. Car ce dont il est question est effectivement la Mélancolie avec un grand « M », dans un album où la plupart du temps Brandford Marsalis joue du soprano et s’y affirme comme l’un de tout meilleur sur cet instrument. Brandford Marsalis m’avouait dans une interview que j’avais recueilli pour Jazzman qu’il s’était mis sur le tard à travailler beaucoup son instrument et surtout sur le soprano au point de maîtriser à la perfection ce subtil vibrato comme peu le font aujourd’hui. Dans cette même interview, le saxophoniste New orléanais me parlait de son amour de l’opéra et de son désir de faire chanter son soprano comme un chanteur. Et c’est exactement ce qu’il fait ici dans une posture qui le conduit à une forme de classicisme de musique de chambre que certains ne manquent pas de reprouver venant d’un musicien de jazz qui semble un peu trahir ses propres racines ( rassurez vous je n’adhère pas à cette thèse). Soyons juste cela dégouline quand même parfois dans le genre tire-larme au point de frôler le mélo, le mauvais pathos. Mais soyons encore plus juste, cela frôle aussi parfois le sublime. The Bard Lacrymose dont le son de Brandford Marsalis transperce l’âme par exemple. Moi je pense à des lieds de Schubert et cela m’émeut. Mais je dois reconnaître qu’en gommant toute notion de jazz dans ces interprétations, Brandford Marsalis pourrait tout aussi bien aussi glacer son auditoire.

Marsalis sur ce terrain-là ne surprend qu’à moitié. Car ceux qui avaient entendu « Braggtown » il y a deux ans reconnaîtrons par exemple Hope qui figurait dans cet album et qui est ici repris à l’identique en duo. Il y  avait déjà alors les prémisses de ce nouvel album qui, malgré une ouverture très old school, se tourne résolument vers ces thèmes d’opéra ou d’église ( inspiration du lieu) . Thèmes sur lesquels l’expressivité du saxophoniste et sa sentimentalité explosent véritablement. Presque du théâtre. Il faut l’entendre sur Face on the barroom floor, entendre sa puissance, son vibrato qui s’accommode de la droiture du son qui transperce tout, et ce léger glissando qui irait presque jusqu’au blues, si seulement…. Et il faut aussi entendre comment il fait sonner son sax sur Endymion où le son se confond presque avec un violon alto. Une progression de ce thème ( l’éloignement de Brandford du micro témoigne d’un album qui garde la sincérité des 1ères prises) où pour une fois Joey Calderrazzo semble trouver l’axe pour propulser Brandford Marsalis dans un chorus de très très haute volée pour un de ses solos sur lequel l’on décèle la marque des très très grands saxophonistes. Ceux qui loin de se laisser emporter par un torrent de sentiments savent lui donner son expressivité ravageuse. Ce qui doit être peu ou prou ce que l’on nomme le feeling et qui n’appartient qu’à une poignée de musiciens.

Les deux hommes ressentent quelque chose de plus grand qu’eux dans ce H"aiti Heritage Center" dans lequel l’album a été enregistré.

Et il faut certainement écouter cet album avec un capital de tendresse pour entrer dans cette forme de musique pour laquelle les deux musiciens ont certainement mis une grande dose d’humanité. L’émotion qu’il véhicule peut parfois faire sourire ou agacer par son côté bel canto un peu kitsch. Mais il peut aussi émouvoir les âmes simples qui entreront dans cet album sans aucun préjugé. Je dois certainement faire partie de celles-là.

Jean-Marc Gelin

 

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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 23:49

Gallimard NRF – L’Un et l’autre

2011, 116p, 16,50 euros.

jacquesreda.jpg

 

 La poésie, c’est de la musique ! On l’a déjà dit. Tout le monde l’a dit. Et c’est peut être ce qui explique pourquoi Duke Ellington a amené l’immense écrivain Jacques Reda à la poésie à moins que ce ne fut peut être le contraire. Faudrait lui demander. Dans tous les cas c’est une histoire d’amour. D’amour curieux. D’amour et de fantasmes. Car Jacques Réda ne peut pas s’en empêcher, d’imaginer. Il est curieux et il imagine, se raconte des histoires et nous embarque avec. C’est ainsi qu’effeuillant les grands titres des compositions qui marquent l’épopée Ellingtonienne, Jacques Réda retrace ce grand Orchestre peuplé de femmes, ces Béatrices (après tout chacun le sienne), ces héros ( il les appelle des Dieux), et ce nuancier de couleurs du bleu au sépia virant à l’indigo.

Il décortique avec son imaginaire et sa grande érudition aussi. Il voit les relations de Duke avec le blues. Péché originel ? Car Duke et le blues, ce sont des relations ambiguës qu’il aime à décrypter Jacques Reda.

Parce qu’aussi il prend le jazz suffisamment au sérieux pour, à son âge, avoir le loisir de s’en amuser aussi. Le site web Criss Cross (excellent au demeurant) a eu la bonne idée d’aller interviewer le mâitre des mots. Le poète et romancier, le choniqueur de jazz qui a eu la bonne idée de publier cet été cette « Autobiographie du jazz » écrite à la première personne. Et c’est  avec une facétie de sage que celui-ci s’était prêté au jeu de cette interview avec autant d’humilité que de savoir précieux à tous et à toutes.

Mais revenons à notre ducale affaire. Celle qui déclencha tout chez le jeune Réda lui aussi jeune amoureux des femmes et de cette musique nouvelle. Jacques Réda  qui ne sait pas encore, qui goûte à tout pour revenir ensuite à ses premières passions.

 

 Morceaux choisis

« Puis nous avons constaté que notre irruption post-ellingtonienne dans l’histoire de la musique n’en avait pas inversé le mouvement, et nous devînmes du jour au lendemain « be-bop » à outrance. Julius ne jurait plus que par Thelonious Monk et, reniant Sonny Greer pour s’inféoder à Max Roach, Nanard cherchait l’inspiration en précipitant des seaux à charbons vides dans l’escalier de sa cave ».

Sa relation au Duke, on l’a compris aurait pu tourner court.

 

Mais voir Duke, voir son orchestre. Le rêve : 

« Si je les ai connus ? En tout cas je les ai vus comme je vous vois, et j’aurais pu me faufiler à l’entracte dans les coulisses pour les voir de plus près, leur mettre un crayon dans la main afin qu’ils signent discrètement mon programme. Mais ce ne sont pas mes moeurs »

Suit un analyse subtile de l’œuvre de Duke. Aléatoire et revendiquée comme telle.

On commence par L’Orchestre Amour ( Duke et les femmes et cette Adelaide Hall par qui tout commence. On notera en revanche dans toute cette gynécée : pas un mot sur Ella). On poursuit par L’Orchestre Bleu ( "A la première écoute, avant d’avoir compris que Duke s’en était pris à l’état d’âme dépressif que l’expression «  the blues »c ommunément résume, plutôt qu’à une forme musicale qui le structure et permet de le surmonter, j’ai failli céder à la tentation de me croire plus proche du blues que lui ». Enfin L’Orchestre Club peuplé de héros et de danseuses à frivolités. Les héros de la litanie Ellingtonnienne, les vieux hussards, les fidèles d’entre les fidèles.

« Dix jours après Paul Gonsalves, dont la longue cavalcade à Newport en 1956 avait, « Diminuendo and Crescendo in blue » rendu patente la métamorphose de l’orchestre tel qu’en lui-même ; quelques mois avant Harry Carney qui en était resté la poutre maîtresse pendant quarante-sept ans après l’apparition de la jeune créole ( référence à Creole Love callde 1927) Duke mourut à New-York le 24 mai 1974. C’est pourquoi je n’aime pas les biographies, elles finissent toujours mal »

 

Au travers de ces courts chapitres, ce petit ouvrage  conserve cette extrême élégance de l’érudition qui n’écrase pas. Qui ne vous renvoie pas à votre crasse ignorance. Jacques Réda est plutôt du genre à vous prendre par la main et, en regardant les étoiles vous invite à fermer les yeux et à écouter ce qu’il sait, ce qu’il présume, ce qu’il suppose et ce qu’il imagine. Et c’est presque si Jacques Réda s’en voudrait de se montrer trop savant sur son sujet qu’il est vrai, on parcourt d’autant mieux que l’on a les oreilles ce petit East Saint Louis Toodle-Oo avec en toile de fond la parole qu’il rend à ce trompettiste trop oublié, Bubber Miley que Jacques Réda dans une moment de réminiscence passionnée arrache à l’oubli injuste et le rend ici un peu à la vie. Et aux étoiles.

Jean-Marc Gelin

 

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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 13:44

  13 Août 2011

Mycal : Basya - Ayelet - Sofia - Malika

Bar Kokhba : Joe Baron (b) - Greg Cohen (cb) - Marc Ribot (g) - Marc Feldman (v) - Erik Friedlander (c) - Cyro Baptista (perc)

Masada Sextet : Joe Baron (b) - Greg Cohen (cb) - Dave Douglas (t) - John Zorn (as) - Uri Caine (p) - Cyro Baptista (perc)

 middelheim-1.png

                Excentré au sud d’Anvers, le parc de Middelheim qui abrite des sculptures de grands maîtres, accueille depuis déjà trente ans, le festival Jazz Middelheim. De grands arbres centenaires trônent fièrement derrière une veille bâtisse aux allures de petit pavillon versaillais. Derrière ce bâtiment, un grand chapiteau rose recouvre la scène. Tout autour, des baraques à frites, des stands de bière, de vin, de saucisses et autres fricadelles. L’atmosphère est bonne enfant et le public se réjouit à l’avance de la soirée qui l’attend.

11 années après la sortie du Live in Middelheim, incontournable disque du quartet de Masada, le festival a choisi de programmer cette année une soirée entièrement dédiée à l’œuvre de John Zorn: « Book of Angels » interprété par 4 formations différentes. Début des festivités à 17H30, la soirée promet d’être longue. En ouverture, Uri Caine offre comme mise en bouche 20 minutes de piano solo sous le regard attentif de Zorn, à demi caché derrière la scène. Grand pianiste improvisateur, avec puissance et intensité, il revisite avec brio les compositions de Zorn.

La féminité a eu sa place dans la soirée avec le Quatuor Mycale. Quatre chanteuses (Ayelet Rose Gottlieb, Sofia Rei Koutsovitis, Basya Schecter et Malika Zarra) originaires d’Amérique du Nord, du Sud, d’Afrique et du Moyen Orient interprètent à leur tour a capella le livre des Anges avec des chants en arabe, en yiddish, en français et en espagnol. Entièrement séduit et conquis par ce quatuor, le public est sorti de ces 40 minutes de concert sous le charme de la grâce et de la beauté.

middelheim-2.png

Un entracte de 45 minutes a permis non seulement aux backliners d’installer la scène, mais surtout de laisser le temps aux spectateurs d’étancher leur soif. Rappelons que nous sommes en Belgique, pays où la bonne bière coule à flots. Sans faire une étude poussée sur le consommateur de bière type, la seule vue de la queue des toilettes « hommes » comparée à celles des « femmes », à l’entracte, m’a confortée dans l’idée que la bière, belge ou pas est une boisson d’homme.

Après une présentation au micro de chaque musicien qui compose Bar Kokhba (Marc Ribot et Joey Baron gagnent largement la première place à l’applaudimètre), le sextet à cordes dirigé de main de maître par John Zorn, interprète le chapitre Lucifer du Masada Book. Envolées de violon et de violoncelles, percussions brésiliennes au milieu des ces mélodies aux accents Klezmer, le moment est magique. Je ne pourrai m’empêcher de souligner la magnifique version de Kisofim qui laisse à Marc Ribot tout l’espace pour nous transporter au son de sa Gretsch ... un autre moment de grâce ! Malgré ce festival de notes, un bémol tout de même : le choix de l’ingénieur du son façade qui a mis un peu trop en avant le son de la guitare rendant inévitablement violon et violoncelle trop lointains … dommage connaissant les talents de Mark Feldman et Erik Friedlander ...

Enfin, la soirée sous le chapiteau de Middelheim s’achève par le très attendu Masada Sextet. Après la première apparition du Sextet en 2008 sous le chapiteau de Marciac, le concert se devait d’être au moins aussi réussi. Leur temps de jeu était plus court et 3 ans après, le répertoire est rôdé. Les morceaux s’enchaînent, plus de courte pause où le saxophoniste cherche dans ses partitions. Les « standards » du Quartet sont présents, Beeroth (ou le morceau de Joe Baron), Kedushah (ou le morceau de Greg Cohen), mais aussi les morceaux du disque Stolas sorti en 2009. Les échanges entre le génial Dave Douglas et le saxophoniste sont plus rares, mais lorsqu’ils ont eu lieu, c’est la magie de Masada qui a opéré. J’attribue sans hésiter une mention spéciale à Uri Caine qui a su prend sa place dans cette formation et apporter son génie afin de valoriser et de donner encore plus de relief aux compositions de Zorn.

Pas de répit pour les happy few, puisque John Zorn enchainait sa soirée avec un concert d’orgue inédit dans l’église protestante ‘De Olijfberg’ d’Anvers. La configuration est surprenante : c’est le cœur de l’église qui a été pris d’assaut par les spectateurs les plus passionnés. En haut, surgit le musicien, caché sous la capuche de son éternel sweat shirt. Pendant 40 minutes, il se donne à l’orgue en passant par des mélodies douces comme on en trouve dans ses Filmworks puis se laisse aller à une musique plus tapageuse digne de Naked City, Moonshild ou Hemophiliac. Si le concept ne manquait pas d’originalité et était une expérience à vivre pour ses fans, il n’en demeure pas moins que, sur le plan musical, sa première prestation dans le parc était plus convaincante et pourtant, la rumeur laissait entendre … qu’il ne jouerait plus.

Julie-Anna Dallay Schwartzenberg

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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 07:33

David-Murray---I-am-a-jazzmanDVD23.jpgDavid MURRAY : "Saxophone Man"
La Huit & 3D Family - 2010
2 DVD, 3 films de Jacques Goldstein: "David Murray, I am a Jazzman" / "David Murray and the Gwo Ka Masters - Live in Sainte Lucie" / David Murray Black Saint quartet - Live at Banlieues Bleues Festival"

En Europe, David Murray est connu depuis les années 90 lorsqu'il quittait les Etats Unis pour la France. A cette époque, le jazzman est au sommet de sa gloire aux Etats Unis: élu saxophoniste de la décennie 90 et nommé à de multiples reprises aux Grammy Awards. Sans jamais laissé la naphtaline lui monter au citron et en prenant de véritables risques artistiques, ce musicien fondamental a parcouru les divers chemins musicaux en s'essayant à TOUS les styles empruntés par les musiques noires: du free aux musiques expérimentales, du duo aux big bands (jazz ou cubain),  opéra, spiritual, gospel, be-bop, mainstream, blues, de la musique sénégalaise aux musiques créoles…
Quelles sont ses motivations? Pourquoi avoir quitté les "sunlights" du jazz américain, en pleine reconnaissance, pour venir s'aventurer en Europe? David Murray explique tout, avec des mots simples, dans le substantiel documentaire "I am a Jazzman" de Jacques Goldstein.
Tout commence à NYC où l'ont voit David Murray, accompagné de son pianiste Lafayette Gilchrist, qui arpente les rues de cette ville fantastique à la rencontre de ses souvenirs (1). Puis, retour aux origines: la rue de son enfance où son père l'a élevé dans un quartier volontairement mixte en couleurs: "Je n'ai pas été élevé pour être raciste. j'ai été élevé pour être un bon être humain". Personnage charismatique qui se dévoile peu, David Murray est franc et direct: il se décrit comme un artiste engagé, digne et respectueux représentant de son époque. Sans renier ses racines, celui qui cherche à occulter son "américanité" pour gagner en "africanité" nous fait part de la mission qu'il s'est donnée, des obligations que lui confère la "Great Black Music", avec un B très majuscule puisqu'il l'embrasse dans toute sa globalité universelle.
Avec une scénarisation minimaliste qui parfois le dessert, ce documentaire, fait d'instantanés, est en réalité très complet. Si on aperçoit de rares documents historiques (2), il revisite tous les points d'orgue de la carrière de l'artiste, les personnalités qui ont été influentes (3), bref les fondements de la musique de Murray. On discerne la sincérité profonde du parcours musical d'un Murray, tourné vers l'avenir, qui veut être le chantre du passé de la culture noire dans toutes ses largeurs, à la manière de Sun Ra ou Ellington.
Sur le deuxième DVD, "Live at Sainte Lucie" reprend en grande partie les images carribéennes du premier documentaire où l'on y voit un David Murray courageux comme au premier jour car contraint de faire son trou pour se faire entendre sur une scène locale de chants et musiques traditionnels. L'originalité du concert sur l'ile de Sainte Lucie avec les Gwo Ka Masters est d'abord cinématographique car le show a été filmé directement sur scène, sans aucun plan sur le public ou depuis le public. Goldstein utilise à nouveau cette technique de prise d'images sur la scène, à l'intérieur même du groupe, avec le live à Banlieues Bleues. Ce deuxième concert est court alors qu'il est celui des deux qui est le plus évocateur car il permet de redécouvrir le Black Saint quartet de Murray (4), versant occulté de la musique du saxophoniste au profit des Gwo Ka Masters ces dernières années. Les deux concerts, regardés l'un à la suite de l'autre, montrent l'étendu du spectre musical de ce saxophoniste boulimique de créativité.


Jérôme Gransac

 

(1) - sa participation aux Loft Sessions, avec le regretté Julius Hemphill, lui permet à l'époque d'occuper une place que la ville ne lui donne pas.
(2) - David Murray à l'église accompagnant des chants Gospel ou avec son père guitariste.
(3) - Stanley Crouch avec qui il semble s'être rabiboché, Amiri Baraka avec qui il constate l'espace ridicule donné au jazz par les instances culturelles américaines en comparaison à celui accordé aux orchestres philharmoniques, le poète Ismaël Reed, la chanteuse Cassandra Wilson avec qui il a enregistré aux débuts de la chanteuse.
(4) - avec Lafayette Gilchrist, qu'on retrouve sur le cd enregistré par David Muray et Hal Singer chez Marge Futura, Andrew Cyrille et Ray Drummond.

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 08:15

[Acoustic Jungle] # 1

www.mustrecord.com

www.myspace.com/glucktrio

 gluck.jpg

 

Voilà un album tout à fait épatant pour les amateurs de Drum & Bass, dont je ne suis pas précisément, disons-le tout net. Mais enfin il faut laisser sa chance aux musiques actuelles et écouter leur production… D’ailleurs, le nom du groupe Glück signifie « chance » en allemand.  Par contre, il n’y a sans doute aucun rapport avec le compositeur d’opéra allemand du XVIIIème siècle qui écrivit la partition d’ Orphée cherchant en enfer son Euridyce qu’il avait perdue…

Revenons à ce trio endiablé, diablement vif justement, qui sort sur Must records un album d ‘ «acoustic jungle» . La « jungle » fait d’abord référence à ce jazz expressionniste, qui utilisait certains effets de traitement de son (growl, sourdine wah wah pour les cuivres, vibrato appuyé ) dans la période ellingtonienne fin des années vingt … Là encore, je m’égare…bien que

Aujourd’hui, ce que sous-entend ce genre, dans la grande famille des musiques électroniques, est un hybride, apparu en Angleterre aux débuts des années 90, mêlant reggae, dub, jazz, techno, soul…  les Anglais ne cessant de recycler les musiques qu’ils aiment, et cela peut donner des rythmes plus ou moins dansants, expérimentaux… Le trompettiste Eric Truffaz, dans ses premiers albums Blue Note (The Dawn), dès 1998, fusionne sans machines un jazz dansant, accessible et audacieux

 

Trois instrumentistes acoustiques nous entraînent donc dans une danse-transe effrénée, respectivement Cédric Thimon aux saxophones ténor et soprano, bien allumé, Paul Gelebart au soubassophone, grave profond et Thomas Derouinau qui se déchaîne sur sa batterie et aux percussions. Le trio fondé en 2009 vient d’une fanfare Zéphyrologie et de l’électro, et se propose de jouer sur des instruments acoustiques au lieu de machines… Voilà de quoi surprendre et détourner ou inverser la principale caractéristique  de ces musiques « industrielles », issues d’un univers en expansion, populaire, abolissant les frontières entre les genres. Avec pour seul point de repère la « pulse », le fameux « boum boum »(rien à voir avec Trenet) émergeant d’une superposition de sons et d’effets plus ou moins complexes.

 Ce qui n’est pas pour nous déplaire, d’autant que l’alliage des timbres est plus que plaisant, réconfortant pour l’amateur de jazz, quand se rajoute de surcroît l’orgue Hammond de Stéphan Patry on «Lucky Glück»et «Freesbie» ! Evidemment la frénésie de la batterie qui jamais ne relâche son tempo a de quoi lasser un peu mais on imagine très bien que dans l’ambiance du ‘live’, ça le fait … A la maison, écoutez donc pleine puissance « Speed addict » ou « Full up » titres qui parlent d’eux mêmes !

Voilà donc un groupe d’ « agités du bocal », d’allumés authentiques qu’il faudra écouter en direct car redisons le le meilleur moyen d’écouter de la musique est d’en voir… 

Sophie Chambon

 

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 08:09

www.imuzzic.net

www.facebook.com/imuzzic

Distribution Musea records

www.musearecords.com

 libresensemble.jpg Libre(s) ensemble symbolise l’aventure du jazz actuel que l’on peine parfois à définir quand il n’est pas revivaliste, ou trop bien défini par une nomenclature rigide.

Ce collectif au nom emblématique suit les traces du jazz, en continue l’histoire, la prolonge, là où le précédent album l’avait laissé : se retrouvent en effet les textures affranchies du premier trio, au nom évident de Résistances (Tocanne, Keller, Martin), ou les envolées excitantes du quintet New Dreams par exemple. Avec une évidence radieuse, cette formation à 8  (+ une clarinettiste sur deux titres) entre dans la nébuleuse imuZZic, donne à entendre que l’on peut encore réunir des esthétiques différentes, des effluves de la campagne, « le chant des marais», aux emballements rock «La coupe deTirésias», réconcilier des approches en apparence éloignées : les climats évoluent d’un titre à l’autre, brouillant les pistes, mais on en reconnaît l’état d’esprit dans les joyeux rebonds de Tocanne, ou la guitare volontairement électrique, emportée ou bruitiste de Philippe Gordiani.

Le jazz a la vie dure, il perdure, toujours sous tension dans «Free for Ornette», franchement  affirmé dans la Suite de Rémi Gaudillat dont le dernier morceau «La révolte des Canuts» rappelle l’origine régionale (Rhône Alpes) du collectif.

Avec des frissons ethniques, jungledans «Free KC to Gawa», voilà un univers clairement exposé (« Bruno rubato »), lumineux, jusque dans le final « Crépuscule avec Nelly » de Rémy Gaudillat où les souflants ont la hardiesse désordonnée de fauves hésitant à entrer en cage ou à retourner dans la savane.

Le répertoire de cet album (compositions de Philippe Gordiani (guitare), Bruno Tocanne (batterie), Rémi Gaudillat (trompette et flugelhorn))  est éclectique et pourtant homogène, à l’élégance savante, tout en sonorités de cuivres, bois, peaux, cordes, racontant une traversée initiatique, aux ruptures franches.

Précisément, la brisure fait éclat… A l’écoute immédiate se déploient certains implicites car on sent bien que tous ces musiciens arpentent un même rivage à la recherche d’un horizon partagé. Leur musique dense, profonde et engagée, marque la volonté obstinée de faire entendre un jazz porteur à la fois de sens et de vertus formelles. Ces musiciens qui vivent dans les monts du Beaujolais savent ce que jazz veut dire : faire du nouveau sans perdre ses repères, créer une musique qui évolue librement dans l’instant. Et ils agissent aussi… dans une diversité de projets, de pistes possibles pour une musique d'aujourd'hui qui soit reliée à l’actualité.

Sophie Chambon

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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 23:24

marilyn-mazur-celestial-circle.jpgECM /Universal Music
2011
Sortie le 11 juillet

 
 Qu’il est doux de plonger au cœur de l’été dans la plénitude rafraîchissante d’un album ECM. Passons sur la pochette reconnaissable entre toutes, énième variation sombre et nuageuse, ou sur la qualité singulière et immédiate d’un son pur et éthéré, autrement dit, sur la griffe de ce label incontournable.
 Enregistré en décembre dernier à Oslo, il s’agit cette fois d’un album de la batteuse Marylin Mazurn, née à New york mais élevée au Danemark, ce qui explique qu’elle se retrouve à l’aise au sein d’ECM ; d’ailleurs, Marylin Mazur a fortement contribué des deux côtés de l’Atlantique à développer, si ce n’est à faire connaître, la libre improvisation auprès de nombreux partenaires dont Jan Garbarek.
Avec Celestial circle, c’est un projet personnel qu’elle mène à bien au sein d’un quartet mixte composé du pianiste John Taylor, du contrebassiste Anders Jormin et de la jeune chanteuse suédoise Josephine Cronholm qui a, devant elle, assure-t-on, une carrière des plus prometteuses…
 Au cœur de ce dispositif, Marylin Mazur signe la plupart des titres, et on est immédiatement saisi de la délicatesse de ces miniatures, objets dont il faut entendre les infimes variations, les plus subtiles nuances comme dans « Kildevaeld » ou dans ce « Gentle quest » où les cris et chuchotis d’une voix souple modulent agréablement, quand la chanteuse ne passe pas à un scat léger, jamais insistant. De la mesure et de l’élégance en toute chose. Voilà une musique d’exception, de femme –ce n’est pas que Taylor et Jormins s’effacent, loin de là – sans effet spectaculaire, d’une précision absolue, où l’écriture est rehaussée d’un accompagnement pur jus, de quelques épices percussives qui lui donnent toute sa couleur. Simplicité, équilibre, associations toujours bienvenues  où la contrebasse sûre et souple fait merveille, et où la batterie nous régale de sa musicalité. Le toucher posé et ferme de John Taylor est au service d’une véritable pensée musicienne ; en éveil constant, sans violence aucune, il soutient l’écoute, la force même..
Sobre et de bon goût, l’album avec ces psalmodies énigmatiques et envoûtantes, possède un charme et un mystère indéniables. Un choeur de femmes venu d’ailleurs s’élève sur «Temple chorus» ou «Among the trees», ou encore dans ce chant initiatique «Drum rite», semblable aux exhortations des Indiens attendant la pluie. Chaque titre contribue à dresser un édifice tout en arrangements de vocalises obsédantes et d’atmosphères, prélude à l’évasion. Un climat d’une douceur exquise où les mots gagnent en ampleur et intensité dans une énonciation parfaite, où le silence a son rôle. « Among the trees » constitue la version musicale d’un rêve étrange Grâce d’une écriture aérée, poétique, avec la redécouverte de bribes, fragments perdus de chansons dans «Chosen darkness».
On tend l’oreille à chaque instant, prêt à découvrir l’infinie diversité des sons proposés. Ici tout glisse en finesse avec un risque contrôlé, une énergie tranquille qui laissent ouvertes les marges de l’exploration.  Tendre, inventive, mélodique, l’essentiel de cette musique réside dans l’instant et l’échange immédiat. Une sorte de discours sur la lisibilité du temps. Voilà la très improbable bande son d’un été parenthèse. Ecoutez  ce Celestial circle qui paraît sous de bonnes étoiles.

Sophie Chambon

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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 23:11

pochette Conflicts Conclusions

Daniel Erdmann, Hasse Poulsen, Edward Perraud
Conflicts & Conclusions
Das Kapital plays Hanns Eisler
Das Kapital Records/ L’autre distribution

 
« Seul celui qui comprend son temps peut s’en libérer », lit on dans les notes de pochette du second opus de Das Kapital plays Hanns Eisler. On avait laissé le trio à Ballads and Barricades, aux prises avec un projet qu’ils revendiquaient fortement, celui de rendre compte de l’engagement social encore plus que musical de Hanns Eisler, compositeur allemand ballotté dans la  tourmente des années de guerre…
Aussi nos trois compères replongent sans hésiter dans le passé et la musique de l’époque, conscients plus que jamais que l’art est la grande centrifugeuse de l’histoire.
Mais qui était donc Hanns Eisler ?
Né en 1898 à Leipzig, mort en 1962 à  Berlin Est, il fuit le régime nazi en 1933 pour se réfugier à Paris, puis à Londres avant de s’exiler aux USA , sur la côte ouest. Alors qu’il contribue à l’industrie cinématographique en écrivant des musiques de films dont le très intéressant Scandal in Paris, une variation très libre sur la vie d’Eugène François Vidocq, de Douglas Sirk [auteur de mélos flamboyants], il est rattrappé par le Maccarthysme et les hommes de l’infâme Edgar.J.Hoover. Accusé d’être le ‘Karl Marx de la musique’, il  est obligé de fuir à nouveau alors que son frère est emprisonné. Hanns Eisler  finira sa vie en RDA, où il composa d’ailleurs l’hymne national Auferstanden aus Ruinen.
Comment relire aujourd’hui quelques-unes des compositions de cet artiste atypique du XX e siècle, élève de Schönberg, compositeur de  musique de chambre d’avant-garde avant de rencontrer Kurt Weill et Bertold Brecht, écrivant des musiques de film avant de revenir à des airs populaires de l’ex RDA ?
Voilà en quatorze pièces, un disque simplement harmonieux si ce n‘est franchement révolutionnaire, très cohérent  dans son propos, politique,  résolument engagé et joyeusement libre.
Il est vrai que le trio européen ( un Français Edward Perraud, un Danois Hasse Poulsen, un Allemand  Daniel Erdmann), a su s’approprier cette musique avec l’incandescence qu’on lui connaît par ailleurs. C’est à dire que s’il ne l’a pas tout à fait « inventé » cette musique, faite de mélodies essentiellement populaires, elles sont  jouées ici allègrement à la Kapital way, avec un kapital « K ».
On écoute donc le doux «Wiener lied», «Coal for Mike» aux accents coltraniens, la somptueuse ballade « Misguided love » presque sussurrée à nos oreilles.
Quoi ? Pas de frissons de free ? Juste la guitare d’Hasse Poulsen, pas préparée ici,  plutôt son «seventies » : dans « Peace song » , cela commence « yéyé » pour virer hard rock,  tout un esprit d’époque revisité, alors que sur « All or nothing », le rythme flirte résolument avec le mambo, autre danse prisée avant et  après guerre. Quant à l’hymne de la RDA sans être assimilé à une bluette, il est joué avec un certain entrain, peu compatible avec une antienne nationale, si on le compare à l’emphase de la Marseillaise par exemple .
Ces musiciens sont tous préoccupés  par l’histoire, obnubilés par elle même : ils s’efforcent de souligner constamment ce qui nous rattache à ce passé proche. Comme on les comprend et pourtant nulle nostalgie, la période qui les inspire est loin d’être radieuse…
Batteur et percussionniste, coloriste et rythmicien, Edward Perraud que l’on ne peut imaginer sans avoir en tête la photo de Bruce Milpied *, raconte une histoire avec des changements de rythme, des ruptures franches qui collent à une alternance de pièces vives et douces : parfois cela commence comme un doux murmure et se termine par un fracas d’électricité contrôlée, vraiment peu statique !
Quant à Daniel Erdmann, que l’on a gardé pour la fin, à chaque fois, c’est la même séduction, immédiate, à l’ écoute de ce saxophoniste inouï, vibrant, tout en souffle, impressionniste ou fougueux…Ah l’effet Erdmann !
Il est manifeste que cette musique reconstruite à trois est structurée, parfaitement élaborée, continuant l’histoire sans oublier les (re)pères , en marchant dans les pas des aînés  « To those who came before” suivi de « To those who came after ».
Attentifs, délicats et terriblement lyriques, sans fébrilité excessive : paradoxalement, ce bel album finit sur une élégie américaine double, hollywoodienne, musclée mais comme le disait Faulkner, qui avait cependant fini par en prendre son parti, qu’il était dur de travailler « dans les mines de sel de Hollywood » !
 
Sophie Chambon
 
    •    Allez vite découvrir le site de ce merveilleux photographe dont on vous reparlera : http://brucemilpied.fr
    •     Remarquez la très intéressante pochette avec un livret très documenté et une belle photo de couverture travaillée par Edward Perraud justement !

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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 14:12

Petit Label 2011

 Verona_solitude_du_roi_w.jpg

L’envoûtement est immédiat avec «La solitude du roi», dès les premières notes, évoquant instantanément de fugitives visions, des aplats de couleurs, papiers découpés de Matisse dans «La tristesse du roi», l’ivresse de vapeurs volatiles dans «La part des anges»… François Chesnel, le pianiste du groupe a écrit la plupart des titres, suite de compositions-comme un livre d’images- qui s’ouvre et se referme sur une variation de « Ugly beauty » de Monk, titre oxymorique à la mélancolie insidieuse.

Si Barney Wilen disait que le jazz  pouvait (nous) garder de sombres pulsions, il n’est pas sûr, à l’écoute de cette musique envoûtante, que l’on n’ait pas la tentation de s’abandonner à elles, par instant seulement -nous ne voulons pas troubler nos lecteurs en cette fin d’été proprement asphyxiante- pour aller voir de l’autre côté du miroir…

Plongeons dans la musique de cet ensemble qui répond au joli nom de VERONA : des morceaux doux alternent avec d’autres plus enlevés comme ce «Thrill»  surprenant, proprement excitant qui suit le cri final de « 4D ». Comme si chaque tentative d’évasion ramenait au point de départ, le sens échappant sans cesse.

 
Présentons donc ce groupe qui s’inscrit dans le travail magnifiquement jazz du collectif PETIT LABEL : dans cette famille unie qui niche à côté de Caen (Calvados-Basse Normandie), on connaissait le pianiste  François Chesnel (Kurt Weil Project, Renza Bô), le saxophoniste Yoann Loustalot (Grand Six-De la Jungle
,  Kurt Weil Project), le trompettiste Pierre Millet (Renza Bô) …

Vous l’aurez compris, tous ces musiciens jouent dans d’innombrables groupes - c’est une obligation pour survivre aujourd’hui - formant une nébuleuse dont on ne se lasse pas… de découvrir les nouvelles étoiles.  Car nous sommes loin d’avoir épuisé tout le potentiel du Petit Label.

Mais dans ce quartet au titre « poisson » ou « cité vénète », on découvre un saxophoniste inspiré Rémy Garçon, qui s’appuie sur une rythmique subtile, irréprochable,  jouant l’imprévu (Bernard Cochin à la contrebasse, et Ariel Mamane à la batterie).

Après un démarrage impressionnnant du saxophoniste, c’est le contrebassiste sur GG en particulier qui prend le relais, avant que le saxophoniste ne reprenne son envol sur 4 D, exhalant sa plainte. Jouage efficace, interaction active, ils sont quatre et cela suffit à notre bonheur.

Un thème de Paul Motian, « Once around the park », repris en forme de complainte  un rien désabusée, parfume le « mood » d’un climat de roman noir : « chaque silence est une musique à l’état de gestation ». S’entendent inquiétudes et désirs dans ces phrases, le poème d’une certaine solitude, alors que résonne le dialogue d’un saxo éploré et d’un piano vigoureux, à vif.

Inventif et crépusculaire, cette Solitude du roi ouvre des pistes innombrables, réveille des souvenirs, captive… et surprend aussi comme dans la relecture finale d’ «Ugly beauty ».

Comme si la traversée de l’album par ce quartet avait aboli le temps-espace, apportant force et vigueur nouvelles, régénérant notre mémoire, stimulant notre imagination. Le final enchanté, enchanteur, échappant au jeu des figures obligées et des passages imposés, ouvre sur un espace de liberté. Ainsi, ce Cd captive de bout en bout, pourvu que l’on accepte de suivre Vérona en eau profonde !

 

Précisons que le disque, publié à cent exemplaires a une pochette imprimée par les soins d’un autre atelier de sérigraphie coopératif, l’encrage. On aime vraiment cet OBJET DISQUE particulièment attachant, qui pourrait bien devenir « collector ». Et en plus, la série des « Petit label » aura une place de choix dans une discothèque… NON virtuelle…

 

Sophie Chambon
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